Navigation – Plan du site

AccueilNuméros150Résumés des conférencesLangue et littérature latines du ...

Résumés des conférences

Langue et littérature latines du Moyen Âge

Frédéric Duplessis
p. 222-241

Résumé

Programme de l’année 2016-2017 : La lectura Iuuenalis (IVe siècle-XVe siècle) : lectures médiévales des Satires de Juvénal.

Haut de page

Texte intégral

1[2016-2017]

2La conférence portait sur la réception médiévale de Juvénal, qui fut, à partir du ixe siècle, un des principaux auteurs étudiés dans les écoles occidentales. Cette enquête a pris en compte les différents types d’indices pouvant refléter l’influence de cet auteur : les manuscrits conservés ou attestés dans des catalogues anciens, les citations de Juvénal ou les références aux Satires dans les textes médiévaux, la production de matériel explicatif (sous forme de gloses ou de commentaires) et d’outils scolaires (notamment les glossaires juvénaliens).

3La première partie de l’année a été consacrée à une présentation de la tradition manuscrite des Satires jusqu’au xvie siècle. Une fois ce cadre général posé, nous nous sommes attachés à étudier et caractériser les principales étapes de la lecture de Juvénal durant le Moyen Âge, en accordant une attention toute particulière aux productions des maîtres de l’école carolingienne d’Auxerre. Les dernières séances, quant à elles, se sont concentrées sur un phénomène plus ponctuel, riche d’enseignements pour l’histoire culturelle occidentale de la période : l’apparition et la diffusion des premiers accessus sur Juvénal entre la fin du ixe siècle et le début du xiie siècle.

I. La diffusion manuscrite de Juvénal au Moyen Âge : importance des éléments paratextuels et portrait-robot du manuscrit perdu Saint-Gall D n. 304

4Le texte des Satires que nous lisons aujourd’hui est fort différent de celui que connaissaient les lecteurs médiévaux. Cette remarque vaut, tout d’abord, pour la qualité du texte (largement corrompu et interpolé durant tout le Moyen Âge) et pour sa présentation (découpage des seize satires en cinq livres). Après avoir résumé les principales études consacrées à la tradition manuscrite de Juvénal et avoir évoqué certains problèmes posés par l’histoire du texte des Satires, nous avons souligné l’importance des différents éléments paratextuels transmis par les manuscrits aux côtés des vers de Juvénal : incipit et explicit des cinq livres, présence de titres pour la majorité des Satires, ajout fréquent de gloses, de commentaires, de uitae ou d’accessus. La prise en compte de toutes ces pièces qui gravitent autour des Satires est essentielle pour comprendre la façon dont le satiriste romain était lu. Elle donne accès à l’arrière-plan intellectuel des lecteurs médiévaux, tout en nous permettant de saisir au fil des siècles les continuités et les évolutions de l’enseignement de Juvénal.

  • 1 Julius Dürr, Das Leben Juvenals, Ulm, 1888 (p. 22-26).

5Ces séances ont été l’occasion de traduire plusieurs biographies de Juvénal circulant fréquemment avec les Satires, notamment les uitae les plus répandues jusqu’au xiie siècle (les uitae Ia, IIb, IIIa et IIIc dans la classification de J. Dürr1). La confrontation du contenu de ces biographies avec le texte des Satires révèle que la majorité des informations qu’elles transmettent pouvait être tirée du texte de Juvénal lui-même. La lecture de ce matériel (complétée par celle des gloses et des commentaires contemporains) met en lumière l’existence de deux débats importants concernant la vie de Juvénal : le premier porte sur le pays dans lequel il aurait été exilé, le second sur l’époque à laquelle le satiriste aurait vécu. Pour ce qui est du lieu de l’exil de Juvénal, deux théories s’opposent, l’une proposant l’Égypte, l’autre l’Écosse. La première se fonde avant tout sur le sujet de la satire XV, qui relate une anecdote survenue en Égypte dont on pense que Juvénal a été témoin oculaire (à cause, notamment, de Sat. XV, 27 et 45). L’autre hypothèse s’appuie sans doute sur les nombreux passages où Juvénal évoque la Bretagne (II, 161 ; IV, 126 et 141 ; X, 14 ; XIV, 196 ; XV, 124). En ce qui concerne la date de composition des Satires, pendant l’époque carolingienne on considérait qu’elle devait se situer sous le règne de Néron (Vita IIb, IIIa, IIIc) ou celui de Domitien (gloses interlinéaires sur la Vita Ia), voire, pour une partie des satires, sous celui de Trajan (Scholia recentiora, VII, 87 ou VII, 92). Il n’est pas rare de voir un même manuscrit juxtaposer deux hypothèses contradictoires (voir, par exemple, Scholia recentiora, I, 27-28 ou I, 36). Si ces différentes hypothèses se maintiennent durant les siècles suivants (par exemple, Firenze, BML, Plut. 34.39, f. 57r), on constate un réel effort de recontextualisation de l’œuvre (voir Firenze, BML, Plut. 34.36, f. 72v), qui aboutit à l’élaboration d’une chronologie plus nuancée se rapprochant de celle communément acceptée de nos jours, où l’époque de composition, la date de l’exil et celle de la mort de Juvénal sont clairement distinguées (voir, par exemple, les commentaires de Domizio Calderini ou Giorgio Valla).

  • 2 Voir Otto Jahn, Zeitschrift für die Alterthumswissenschaft, 5, 1838 (no 130, mercredi 31 octobre), (...)
  • 3 Paul Lehmann, Mittelalterliche Bibliothekskataloge Deutschlands und der Schweiz, 1918, p. 147-148.

6Par ailleurs, au cours de ces premières séances, la présentation des principaux témoins de la branche la plus « pure » de la tradition des Satires a été l’occasion de mettre en lumière une importante erreur diffusée depuis le xixe siècle dans les études consacrées à la tradition de Perse et de Juvénal. Depuis le xvie siècle, on a insisté, à juste titre, sur l’importance du texte des Satires transmis par le manuscrit Montpellier, BIUM, H 125, f. 13v-79v (IX2/4, Lorsch), un volume contenant les Satires de Juvénal et celles de Perse accompagnées de gloses abondantes copiées par deux mains. Ce témoin complet a été rapproché de deux témoins partiels produits en Suisse : un florilège contenu dans St. Gallen, Stiftsbibl. 870, p. 6-31 (IX², Saint-Gall) et un fragment conservé au Staatsarchiv d’Aarau (Xin, Allemagne ou Suisse). Dès 1838, Otto Jahn a, en outre, signalé qu’il existait autrefois à Saint-Gall un gemellus du manuscrit de Montpellier, coté D n. 304 dans le catalogue de 17592. En effet, grâce à la description de ce catalogue réalisé par le bibliothécaire Pius Kolb, on sait que ce manuscrit conservait les Satires de Perse et celles de Juvénal avec de nombreuses gloses et qu’il attribuait aux satires de Perse le même titre étrange que le manuscrit de Montpellier (« Thebaidorum Persi Satyra »). O. Jahn supposait que ce volume, qui est peut-être l’ancêtre du florilège de Saint-Gall et du Juvénal d’Aarau, avait disparu depuis longtemps de l’abbaye suisse et que le catalogue de 1759 ne faisait ici que recopier la notice d’un catalogue plus ancien. Ce qui n’était qu’une hypothèse pour O. Jahn devient une certitude sous la plume de ses successeurs, comme Paul Wessner (Scholia in Iuvenalem vetustiora, Leipzig, 1931 p. xiii-xiv). Au xxe siècle, on se met même à identifier l’ancien catalogue avec une liste de livres de 1484, aujourd’hui perdue, décrite par P. Lehmann3 (voir, entre autres, A. Persi Flacci Saturarum Liber, éd. Wendell H. Clausen, Oxford, 1956, p. xi et A. Persius Flaccus. Saturarum liber, éd. Walter Kissel, Berlin, New York, 2007, p. xxiii, n. 67).

7Cette belle reconstitution est en réalité complètement erronée. Premièrement, le contenu de la notice de 1759 (datation par siècle, description des gloses…) ne correspond pas à celui d’une entrée de catalogue du xve siècle. Les précisions données par Pius Kolb invitent plutôt à penser qu’il a eu entre les mains le volume de Juvénal qu’il décrit. Cela est, d’ailleurs, confirmé par la cote elle-même (« D n. 304 », c’est-à-dire le 304e volume sur la droite) qui correspond précisément à la nouvelle campagne de cotation des manuscrits menée par ce bibliothécaire durant les années 1750.

  • 4 L’ensemble de ce dossier sera exposé plus en détail dans un prochain article.

8La lecture des autres catalogues modernes confirme que le volume de Perse et Juvénal se trouvait encore à Saint-Gall au xviiie siècle. Ce manuscrit est, en effet, décrit à la fois dans le catalogue rédigé vers 1730 par A. Zeller (aujourd’hui St. Gallen, Stiftsbibl. 1279, p. 67 et 81) et dans celui composé vers 1700 par H. Schenk (actuel St. Gallen, Stiftsbibl. 1280, p. 4). Le catalogue de Schenk nous offre, d’ailleurs, des informations extrêmement précieuses au sujet du volume perdu. Il nous apprend tout d’abord qu’il renfermait au début et à la fin des fragments du Phénix attribué à Lactance (formant sans doute une unité codicologique distincte du reste du volume). Par ailleurs, ce catalogue a reproduit le colophon du manuscrit et nous permet ainsi de savoir que le manuscrit de Perse et Juvénal a été copié par trois moines : « Reruuic, Addhelm, Suzzo scripserunt uolumen istud ». Or, un Kerwic apparaît dans plusieurs diplômes à la fin du ixe siècle à Saint-Gall, où un moine du nom de Suzzo est attesté à la même époque. Ces indices pourraient situer la copie du manuscrit disparu dans le dernier tiers du ixe siècle, peu de temps avant celle du manuscrit 870 de Saint-Gall4.

II. Les grandes étapes de l’exégèse de Juvénal (de l’Antiquité au XVIe s.) : le rôle central d’Heiric et de Remi d’Auxerre

9Les séances suivantes ont été consacrées aux gloses et commentaires des Satires. Leur étude permet de distinguer quatre grands moments de la Lectura Iuuenalis en Occident jusqu’au xvie siècle :

  • la fin de l’Antiquité, époque à laquelle remonte l’élaboration des Scholia uetustiora, des Scholia Bobiensia et du Probus Vallae,
  • la seconde moitié du ixe siècle, durant laquelle les efforts des maîtres auxerrois aboutissent à la mise en forme des Scholia recentiora, qui se diffusent rapidement en différentes versions (les recensions φ et χ et une version contaminée) et serviront de vulgate exégétique jusqu’à la fin du Moyen Âge,
  • l’apparition des premiers véritables commentaires continus, munis d’accessus, au cours du xiie siècle, notamment en France,
  • la floraison de commentaires érudits, manuscrits ou imprimés, durant le Quattrocento italien.

10Des exemples illustrant chacune de ces périodes ont été étudiés et comparés. Une séance fut, notamment, consacrée aux tribulations de la célèbre formule « panem et circenses », transmise sous la forme « pan et circenses » dans la majorité des manuscrits. Les commentateurs médiévaux ont déployé des trésors d’ingéniosité pour défendre cette leçon corrompue. Il faut attendre le xve siècle pour voir apparaître les premières propositions de correction. Mais si la bonne leçon est proposée dès cette époque par A. Sabino, elle est concurrencée par d’autres conjectures plus savantes (comme « pana » ou « pannum »). Le poids de la tradition scolaire est tel qu’il faut attendre le xviie siècle pour que la bonne leçon, défendue par l’édition Pithou de 1585, s’impose définitivement.

11Après avoir proposé ce panorama diachronique de la Lectura Iuuenalis, le cours s’est concentré sur la strate exégétique carolingienne, qui joue un rôle central dans la réception des Satires jusqu’à la Renaissance. Grâce à la récente et excellente édition de Stefano Grazzini et aux nombreuses numérisations de manuscrits carolingiens de Juvénal désormais disponibles en ligne, l’étude de ces Scholia recentiora est aujourd’hui grandement facilitée. Cet ensemble de scholies marginales et de gloses interlinéaires reflète l’enseignement de Remi d’Auxerre sur Juvénal, qui reprend lui-même les travaux de son maître Heiric d’Auxerre. Les liens entre les maîtres auxerrois et les scholies carolingiennes sur Juvénal ont été mis en avant depuis longtemps. On s’appuie principalement sur le contenu de trois gloses :

  • une glose sur Sat. IX, 37 (« Unus pes deest uersui graeco quem magister Heiricus scire non potuit »), qui nous apprend qu’un maître du nom d’Heiric a tenté de corriger un passage en grec corrompu (problème qui ne sera résolu qu’avec l’édition de Pithou de 1585),
  • une glose sur I, 44, dont le contenu doit être rapproché à la fois du prologue des Miracula Sancti Germani d’Heiric (Patr. Lat., 124, col. 1209C-1210A) et de sa Vita s. Germani (IV, 297-298),
  • une glose sur Sat. I, 78, qui cite à propos du terme « praetexta » un vers de cette même Vita s. Germani (I, 98).
  • 5 Cela est confirmé par d’autres indices, comme, par exemple, le récit qu’Heiric fait de la traversée (...)

12Notre connaissance de la strate liée à Heiric a progressé récemment grâce aux recherches de S. Grazzini et de V. von Büren, qui ont proposé de rapprocher les gloses transmises par le manuscrit Cambridge, King’s College, 52 (et recopiées à partir de ce témoin dans le manuscrit Leiden, UB, BPL 82) de l’enseignement d’Heiric sur Juvénal. La justesse de cette hypothèse a pu être constatée à plusieurs reprises au cours de cette année. L’étude des gloses de ce manuscrit de Cambridge permet, en outre, de confirmer qu’Heiric a bien eu connaissance des Scholia uetustiora5.

13Deux séances ont ensuite été consacrées à la recherche des sources et des loci similes des Scholia recentiora, en prêtant une attention toute particulière aux nombreux parallèles entre ces scholies juvénaliennes et les autres commentaires attribués à Remi d’Auxerre. Je me contenterai ici simplement de signaler les échos qui ne sont pas indiqués dans l’apparat de l’édition Grazzini :

  • Schol. rec. II, 86 (1) et 86-87 (1) : « Abdomen dicitur pinguedo sed, ut Seruius dicit, neque pinguedo neque pinguitudo facit sed tantum hoc pingue. (...) “Bonam deam” Cererem dicit in cuius sacris non admittuntur uiri et cui porca dicata est » ; cf. Remi, In Mart. éd. Lutz, t. I, p. 136 : « Ceres dicta quasi creres a creando, quam antiqui Bonam Deam uocabant. Hinc Iuuenalis : “Atque bonam tenerae placant abdomine porcae”. Abdomen est pinguedo porci ».
  • Schol. rec. VI, 306 (9) : « Sanna dicitur obscenus sonitus narium : hinc subsannare dicitur » ; cf. Remi, Commentaire sur Sedulius, Hymne II, éd. Huemer, p. 359, l. 14 : « Sanna est obscenus sonitus narium, unde et pro irrisione ponitur ».
  • Schol. rec. VI, 555 (11-13) : « (11) Oraculum apud Delon insulam respondit interficiendum esse Neronem a populo Romano. (VWDB) Oraculum quod apud Delon insulam uel Delphos fuit Apollinis famosissimum, respondit interficiendum esse Neronem a populo Romano. (UTE) Quod cum Nero didicisset, timens ne populus inde occasionem sumeret et se interficeret, quasi oraculo uolens parere, damnauit illud templum iussitque claudi et obserari ideoque non inde dabantur responsa » (VWDBUTE) ; cf. Suppl. Adn. super Lucanum, éd. Cavajoni, V, 114 : « Respondit praeterea Neronem a populo interficiendum, ideoque uetuit Nero, obseratis portis templi, ne quis oraculum illud consuleret, ne populus a numine occasionem interficiendi se sumeret » (ADR).
  • Schol. rec. XVI, 60 (1) : « Phalerae sunt proprie equorum ornamenta quae graece efipia dicuntur » ; cf. Remi, In Mart. III, éd. Lutz, t. II, p. 1 : « Phalerae proprie sunt ornamenta equorum, Grece ephipia » ; cf. Scholica Graecarum Glossarum, éd. Laistner, E 86 : « Ephyppia dicitur ornamentum equorum ».
  • 7 Tite-Live, Servius et les Mythographes du Vatican I et II évoquent tous un exil à Ardea.

14La comparaison avec les autres commentaires de Remi d’Auxerre révèle une grande proximité des Scholia recentiora avec le commentaire sur Prudence et celui sur Martianus Capella. Par exemple, les scholies sur Juvénal (XVI, 15 (1-3)) et le commentaire sur Prudence (Contra Symm. II, 558c-d, éd. Burnam, p. 166) sont, à ma connaissance, les seuls textes qui affirment que Camille, le général romain, fut exilé chez les Sabins (« Camillus fuit a Romanis apud Sabinos in exilium missus »)7. De la même façon, plusieurs détails ne semblent se rencontrer que dans les Scholia recentiora et le commentaire rémigien sur le De Nuptiis :

  • la comparaison de la Sicile à la lettre delta (« in modum deltae litterae » : Schol. rec. V, 100 (1) et Remi, In Mart., éd. Lutz, t. II, p. 132).
  • le récit de la destruction et de la reconstruction de la ville de Thèbes en Égypte par Alexandre : Schol. rec. XV, 6 (1-4) : « Thebe ciuitas fuit Aegypti maxima quam Alexander diruit. Cumque quendam Thebanum tibicinem audisset postea canentem suauiter, interrogauit eum de qua esset patria, cui ille : “Vtinam”, inquit “haberem patriam. Tu enim eam subuertisti”. Qua de causa iussit eam Alexander reaedificari » ; Remi, In Mart. IX, 908, éd. Lutz, t. II, p. 311 : « Amphion ciuis Thebanorum, optimus cytharista, cum expulsus esset simul cum reliquis ciuibus a patria et a ciuitate sua Thebis quam Alexander destruxit ; quadam die cum in praesentia Alexandri cytharizaret, interrogatus cuius patriae esset, respondit dixitque Alexandro, “Vtinam haberem patriam!”. Rege uero perquirente cur se patriam dixisset non habere, respondit quia, “Tu eam destruxisti.” Vnde statim iussit Alexander rursus extrui Thebas ».

15Cet exemplum remonte probablement à l’Epitome de Julius Valerius (I, 46-47) mais à travers une version simplifiée que l’on lit dans le commentaire sur l’Ars maior de Sedulius Scottus :

Sed. Scottus, In Donat. art. mai. 2, éd. Löfstedt, 91.35-92.42 : « Thebanus homo de Thebis ciuitate Greciae quae centum portas fertur habere. Est autem et alia ciuitas in Aegypto quae Thebae uocatur centum similiter portas habens cuius habitatores Thebaei uocantur. Vnde Iuuenalis : “atque uetus Thebe centum iacet obruta portis”. De hac ciuitate fuit Amphion auledus quem cum audisset Alexander suauiter tibiis canentem interrogauit eum de qua ciuitate esset at ille : “Vtinam, inquit, haberem ciuitatem. Olim fui Thebis, modo autem non”. Antea enim eam destruxerat Alexander et iurauerat quod in aeternum non reaedificaretur. Postea uero misericordia motus propter illius auledi cantilenam eam iussit iterum restaurari ».

16Dans son commentaire de l’Ars maior de Donat, Remi d’Auxerre reprend ce passage presque mot pour mot (In Donati art. mai. 2, éd. Elder, p. 155, d’après Reg. Lat. 1560). La comparaison de ces trois extraits nous invite à penser que la version du commentaire sur Martianus est la dernière. On aurait d’abord la version de Sedulius, reprise par Remi dans son commentaire sur Donat, citant le vers 6 de la quinzième satire de Juvénal. Cette version est ensuite légèrement remaniée dans les Scholia recentiora commentant précisément Sat. XV, 6. On retrouve de façon presque identique la séquence « cum audisset Alexander suauiter tibiis canentem interrogauit eum de qua ciuitate esset at ille : “Vtinam, inquit, haberem ciuitatem” », les scholies sur Juvénal transformant « ciuitatem » en « patriam ». Il est probable que la citation de Juvénal dans les commentaires sur Donat a facilité ce transfert de matériel. Ce passage est à nouveau modifié par Remi pour son commentaire sur Martianus Capella où Remi reprend du matériel présent à la fois dans son commentaire sur Donat (le nom du musicien Amphion, provenant d’une confusion avec le fondateur mythique de la cité grecque de Thèbes) et de ses scholies sur Juvénal (l’exclamation d’Amphion au discours direct), mais en faisant du joueur de flûte un cithariste.

17Dans ce genre d’enquête, comme l’exemple précédent vient de l’illustrer, l’analyse des citations peut se révéler fort utile non seulement pour trouver des échos mais aussi pour ébaucher une chronologie relative. C’est pourquoi nous avons étudié, d’une part, les citations de Juvénal dans les commentaires de Remi sur Prudence, Martianus Capella et Sedulius, et, d’autre part, les citations ou références à ces trois auteurs dans les Scholia recentiora. La présence d’une citation est souvent l’indice de l’existence d’un écho entre deux œuvres rémigiennes et certaines citations jouent même parfois le rôle de véritable passerelle entre deux commentaires. C’est le cas, par exemple, entre les Scholia Recentiora X, 28-9 (1-4) et le commentaire sur le Carmen Paschale de Sedulius (I, 331, éd. Huemer, p. 330-331), à propos de Démocrite. La scholie juvénalienne sur la satire X cite un passage de Sedulius, dont le commentaire rémigien contient une référence à ce même passage de la satire X.

  • 8 Voir Remi, In Mart. éd. Lutz, t. I, p. 136 et Schol. rec. II, 86 (1) [abdomen] ; Remi, In Mart. éd. (...)
  • 9 Schol. rec. VII, 126-127 (1-2) renvoie au début du livre V du De Nuptiis (V, 426). Schol. rec. VII, (...)

18L’analyse des citations peut se révéler extrêmement éloquente lorsque nous disposons de deux éditions intégrales comme c’est le cas pour les Scholia recentiora (édition Grazzini) et le commentaire de Remi sur Martianus Capella (édition Lutz). On constate que Remi cite Juvénal à six reprises dans son commentaire sur Martianus Capella8 et que ces citations s’accompagnent la plupart du temps d’un écho entre le commentaire et les scholies juvénaliennes. En revanche, on ne trouve aucune citation du De Nuptiis dans les Scholia recentiora, mais uniquement deux références assez vagues9. Le contraste entre les deux situations est évident et nous invite à considérer que Remi aurait commenté Martianus après avoir composé ses scholies sur Juvénal, dans lesquelles il semble puiser régulièrement pour rédiger son commentaire sur le De Nuptiis. Cette hypothèse tend à renforcer notre analyse de l’exemplum du musicien thébain exposée plus haut.

  • 10 Remi, In Prud., praef. 8, éd. Burnam, p. 11 cite Sat. I, 15 [ferula] ; Remi, In Prud., Cath. V, 119 (...)

19Pour les autres œuvres de Remi d’Auxerre, en l’absence d’édition scientifique satisfaisante, il est difficile de tirer des conclusions de l’étude des citations. On ne trouve qu’une citation de Juvénal dans l’édition Huemer du commentaire rémigien sur le Carmen Paschale (Carm. Pasch. I, 331), contre deux citations de Sedulius dans les Scholia recentiora (en X, 28-29 [3] et VII, 73 [1]), la première cite, comme nous l’avons déjà vu, le Carmen (I, 331) et la seconde reformule soit l’Opus Paschale (I, 30, éd. Huemer, p. 195, l. 11) soit le Carmen Paschale (I, 347-348). En ce qui concerne Prudence, je n’ai trouvé aucune citation de ce poète dans les Scholia recentiora mais on rencontre trois citations de Juvénal dans le commentaire de Remi10. Cela pourrait laisser penser que Juvénal a été glosé avant Prudence alors que le contenu de certaines gloses vient affaiblir cette hypothèse. C’est le cas, par exemple, des gloses rémigiennes sur le terme « iaspis » :

Scholia recentiora, V, 42 (3-4) : Iaspis praepulcher lapis dictus ab aspide. Sunt autem plura genera iaspidis : est fuluus et uiridis qui est pretiosior. (uTE).

Remi, In Mart., I, 75, éd. Lutz, t. I, p. 130 : Iaspis et ipse est lapis uiridis sed obtunsae et non adeo perspicuae uiriditatis, cuius multa sunt genera, inter quae est etiam fuluum quo dicuntur daemonia et omnia fugari fantasmata. Dictus iaspis ab aspide serpente in cuius cerebro fertur nasci.

Remi, Commentaire sur Prudence, Psych. 860, éd. Burnam, p. 116 : Iaspis de Greco in Latinum uiridissima gemma interpretatur ; ias quippe uiride pinna gemma dicitur. Est autem smaragdo similis, sed crassi coloris.

Servius, Aen. IV, 261 : iaspide fulua] pro uiridi, ut <V 309> « fuluaque caput nectentur oliua » ; dicit etiam Plinius in Naturali Historia, multa esse iaspidum genera.

Isidore, Etym. XVI, 7, 8 : Iaspis de Graeco in Latinum uiridis gemma interpretatur : ias quippe uiride, pinasin gemma dicitur. Est autem smaragdo subsimilis, sed crassi coloris. Species eius decem et septem.

  • 11 Leiden, UB, VLF 48, f. 9v : « Iaspis gemma est multicolor a serpente in cuius fronte nascitur uocat (...)

20On remarque que Remi reprend l’étymologie d’Isidore dans son commentaire sur Prudence mais que les scholies sur Juvénal et le commentaire sur Martianus reprennent une autre étymologie (« iaspis ab aspide »), qui est, en fait, tirée de la plus ancienne strate de gloses carolingiennes sur Martianus Capella11. Ce « corpus anonyme » carolingien est connu de Remi, qui l’utilise notamment pour commenter le De Nuptiis. On pourrait penser que l’œuvre qui cite l’étymologie la plus répandue (celle d’Isidore) est aussi l’œuvre la plus ancienne et que cette étymologie aurait été remplacée dans la suite de l’œuvre de Remi par une étymologie carolingienne plus rare, qu’il aurait découverte en travaillant sur Martianus Capella. Cette chronologie s’oppose à celle qui semblait découler de l’analyse des citations. Une nouvelle édition du commentaire de Remi d’Auxerre sur Prudence établie à partir d’une base manuscrite plus large que celle utilisée par Burnam permettra sans doute un jour de trancher.

  • 12 Pierre Courcelle, La Consolation de Philosophie dans la tradition littéraire, Paris, 1967, p. 254-2 (...)
  • 13 Cf. Jean-Paul Bouhot, « Le manuscrit Angers, B.M. 277 (268) et l’opuscule De spe et timore d’Agobar (...)

21Quoi qu’il en soit, cette étude des sources et des parallèles permet néanmoins d’ébaucher une chronologie relative pour certaines œuvres de Remi d’Auxerre. Comme nous l’avons vu, il semble, notamment, assez probable que les Scholia recentiora sont antérieurs au commentaire sur le De Nuptiis. Ce point de repère est intéressant car le commentaire de Remi sur Martianus est une de ses rares œuvres que nous parvenons à situer de façon relativement précise dans la carrière du maître auxerrois. Pierre Courcelle proposait de situer sa composition dans les années 901-902, lorsque Remi enseignait à Paris12. Il me semble que cette hypothèse n’est qu’à moitié exacte car la Vita sancti Odonis, sur laquelle s’appuie Courcelle, ne précise pas que Remi a glosé l’ensemble des neuf livres du De Nuptiis à Paris. On pourrait très bien imaginer que Remi a commencé son commentaire sur Martianus lorsqu’il se trouvait écolâtre à Reims (vraisemblablement entre 893 et 900), et qu’il aurait poursuivi et achevé ce travail dans ses premières années à Paris. Cette reconstitution paraît confirmée par les deux plus anciens témoins manuscrits de ce commentaire : il s’agit du manuscrit Paris, BNF, lat. 7900A (copié dans la région de Milan vers 900) et des feuillets de garde du manuscrit 277 d’Angers (copié probablement à Reims à la fin du ixe siècle). Le premier contient le commentaire de Remi sur les quatre premiers livres du De Nuptiis ainsi que le début du commentaire sur le livre V. Quant au fragment d’Angers, il transmet un extrait du commentaire rémigien sur le livre I ainsi que des gloses sur le livre VI de Martianus13. Ces gloses correspondent au « corpus anonyme » carolingien sur le De Nuptiis, une des sources du commentaire de Remi sur Martianus. La datation et le contenu de ces deux témoins s’accordent parfaitement avec l’hypothèse d’une rédaction en deux temps du commentaire rémigien sur Martianus : les cinq premiers livres (au moins) auraient été commentés progressivement à Reims dans les dernières années du ixe siècle, et ce n’est qu’une fois à Paris que Remi aurait achevé son commentaire sur l’ensemble du De Nuptiis. Le manuscrit de Paris, tout comme les feuillets de garde d’Angers 277, refléterait un état inachevé du commentaire, tel qu’il était en train d’être constitué à Reims.

  • 14 Il n’existe pas d’étude consacrée à cette question. Signalons simplement que, parmi les parallèles (...)

22Cette datation est précieuse pour situer la date de composition des Scholia recentiora, car si l’on considère que ces scholies sont antérieures au commentaire de Remi sur Martianus, cela signifie que Remi avait sans doute fini de commenter Juvénal lorsqu’il a quitté Reims vers 900. Par ailleurs, nous avons vu que les Scholia recentiora citaient la Vita s. Germani d’Heiric d’Auxerre, qui fut achevée sans doute en 873. Le travail de Remi sur Juvénal remonte donc soit à sa période d’enseignement à Auxerre durant les années 880, soit au début de sa période rémoise, qui débute probablement en 893. Mais rien n’empêche aussi d’imaginer que Remi a pu commenter les Satires à la fois à Auxerre et à Reims. Cette configuration pourrait même peut-être expliquer l’existence des deux recensions des Scholia recentiora (φ et χ) : l’une refléterait la période auxerroise et l’autre la période rémoise de l’exégèse de Remi. La branche rémoise serait dans ce cas celle qui est la plus proche du commentaire sur le De Nuptiis14. Une enquête plus approfondie sur l’origine de ces deux familles permettra de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses.

III. Les proto-accessus carolingiens sur Juvénal

23Les dernières séances de l’année ont porté sur les accessus aux Satires élaborés à l’époque médiévale. Pour mesurer la constitution et les évolutions de ce matériel introductif, nous avons traduit et étudié plusieurs accessus, inédits pour la plupart, à partir d’une dizaine de manuscrits et de quelques incunables :

  • Cambridge, King’s College, 52, f. 1v (ix3/4, France) ;
  • Montpellier, BIUM, H 125, f. 80r (ix-x, Lorsch) ;
  • Vaticano, BAV, Urb. lat. 342, f. 1v (x, Ouest de l’Allemagne) ;
  • Vaticano, BAV, Pal. Lat. 1701, f. 1v (x², Lorsch) ;
  • Wolfenbüttel, HAB, Gud. lat. 156, f. 1v (xi, Allemagne) ;
  • München, BSB, CLM 408, f. 81v-82v (xi, Allemagne) ;
  • Linz, Oberösterreichische Landesbibliothek, Cod. 329 (Schiffmann 79), f. 1v (XIIin, Autriche) ;
  • Firenze, BML, Plut. 34.39, f. 57 (xii, Italie) ;
  • Köln, Dombibl. 199 (xii2/4, région rhénane)15 ;
  • Oxford, Bodl. Libr., Auct. F.6.9 (xii², France)16 ;
  • Wolfenbüttel, HAB, Gud. lat. 155 (xiii-xiv) ;
  • Firenze, BML, Plut. 34.36, f. 72v (xiv, Italie) ;
  • Commentaire de D. Calderini, Venise, 1476-1477 (GW 5886 ; ISTC ic00035000) ;
  • Commentaire de G. Valla, Venise, 1486 (GW M15790 ; ISTC ij00655000).

24Cette lecture en diachronie a notamment été l’occasion de mettre en lumière l’existence de véritables proto-accessus remontant à la fin du ixe siècle et au début du xe siècle. En effet, si les carolingiens n’ont pas produit pour Juvénal d’accessus à proprement parler, on voit apparaître dans une vingtaine de manuscrits antérieurs au xiie siècle des ensembles introductifs composés de Vitae Iuuenalis et de quelques scholies. Ces scholies portent sur des termes présents dans le titre des Satires (le mot « satira » et les nomina de Juvénal « Decimus » et « Iunius »), dans les Vitae (le mot « histrio »), ou dans les scholies sur les premiers vers (« Comoedia » et « Tragoedia »).

25L’analyse de ces proto-accessus a fait apparaître l’existence de plusieurs versions dès le xe siècle. En prenant en compte les variantes textuelles et les différentes combinaisons de Vitae, il a été possible de distinguer trois familles d’accessus au contenu relativement homogène (que je propose de nommer 1, 2 et 3).

Témoins du proto-accessus 1 :
Cambridge, King’s College, 52, f. 1v (ix3/3, Nord-Est de la France) [Δ]
Leiden, UB, BPL, 82, f. 14v (xi, Allemagne ?) [L]
Cambridge, Trinity College, O.4.11 (1242), f. 3r (x2/3, Nord de la France) [Θ]
Témoins du proto-accessus 2 :
Paris, BNF, lat. 8070, f. 1r (x-xi, Mont Saint-Michel) [Da
Paris, BNF, lat. 8070, f. 17rv (x-xi, Mont Saint-Michel) [Db]
Leiden, UB, VLF 64, f. 1v-2r (x², France, Auxerre / Reims ?) [B]
Vaticano, BAV, Urb. lat. 342, f. 1v (xmed, Ouest de l’Allemagne ?) [N]
Vaticano, BAV, Pal. lat. 1701, f. 1v (, Lorsch) [C]
Montpellier, BIUM, H 125, f. 80r (xi, Lorsch) [P²]
Témoins du proto-accessus 3 :
Paris, BNF, lat. 9345, f. 162r (xex, Echternach) [H]
München, BSB, Clm 408, f. 81v-82v (xi, Sud de l’Allemagne) [A]
Vaticano, BAV, Vat. lat. 2810, f. 1rv (x1, Nord de l’Italie) [T]
Einsiedeln, Stiftsb. 365, p. 15 (x3/4, Suisse) [Y]

26La cohérence de ces familles a été confirmée par l’étude des gloses interlinéaires portant sur les uitae Iuuenalis. Si les témoins de l’accessus 1 ne contiennent aucune glose interlinéaire, les témoins de l’accessus 2 ont plusieurs gloses communes qu’on ne retrouve pas dans les gloses interlinéaires des témoins de la troisième famille. Par ailleurs, l’étude des scholies, des uitae et de leurs gloses interlinéaires a mis en lumière l’existence de plusieurs accessus contaminés empruntant à la fois à l’accessus 2 et à l’accessus 3 :

Wolfenbüttel, HAB, Gud. lat. 156, f. 1v (xi, Allemagne) [I]
Bruxelles, KBR, 9973, f. 1v (xi, Ouest de l’Allemagne ?) [J]

27La diffusion de ces proto-accessus et leur relation avec les scholies carolingiennes sur les Satires de Juvénal permettent de mieux comprendre leur origine. Comme nous l’avons dit plus haut, on peut répartir schématiquement les manuscrits transmettant les scholies juvénaliennes d’influence auxerroise en quatre grandes familles : les témoins contenant le matériel lié à la figure d’Heiric d’Auxerre (ancêtre des Scholia recentiora), les témoins transmettant la recension φ de la strate rémigienne, les témoins transmettant la recension χ de cette même strate, et les témoins contaminés contenant du matériel provenant tantôt de φ et tantôt de χ. Or, la diffusion des différents proto-accessus carolingiens semble recouper celle de ces quatre familles : les trois manuscrits qui contiennent l’accessus de type 1 sont les seuls à transmettre la strate de scholies que l’on attribue à Heiric d’Auxerre (voir infra). Les manuscrits de la branche φ qui contiennent un accessus (B et D) ont tous deux l’accessus 2. L’accessus 3, à l’inverse, circule au sein de la branche χ des Scholia recentiora (Y, A, H, T, U). Quant aux manuscrits contaminés des Scholia, ils transmettent soit une variante de l’accessus 2 (que je nomme 2b) soit des accessus contaminés.

28Ces liens étroits entre les scholies carolingiennes sur Juvénal et les proto-accessus carolingiens sont renforcés par l’étude des sources. Le matériel du proto-accessus 2, par exemple, est tiré de plusieurs textes scolaires qui semblent avoir été connus par Remi d’Auxerre, comme les scholies sur Perse de la « Traditio B » (pour la scholie satyra) ou le commentaire de Sedulius Scottus sur l’Ars Maior de Donat (pour comoedia et tragoedia). Il existe, en outre, quelques parallèles étroits entre la scholie sur Decimus de ce proto-accessus et d’autres œuvres attribuées à Remi d’Auxerre (ses gloses sur les Partitiones de Priscien ou ses gloses sur le De Trinitate de Boèce). L’analyse de la diffusion et du contenu des proto-accessus nous invite ainsi à rattacher l’accessus 1 à l’activité d’Heiric d’Auxerre et les accessus 2 et 3 aux recherches de Remi sur Juvénal.

  • 17 Au terme de l’année académique, les résultats de mes travaux sur les proto-accessus ont fait l’obje (...)

29Ce travail sur les proto-accessus carolingiens est riche d’enseignements17. Tout d’abord, il met en lumière une étape importante de la Lectura Iuuenalis en Occident et permet de mieux comprendre l’origine des véritables accessus juvénaliens, qui circulent à partir du xiie siècle. En outre, l’analyse de ces introductions fait apparaître des liens de parenté entre plusieurs témoins anciens de Juvénal (par exemple, entre N, C et ou entre A, T et Y). L’exemple le plus frappant est celui du manuscrit Cambridge, Trinity College, 1242 (O.4.11), auquel a été consacrée la dernière séance de l’année.

30La découverte de la présence de l’accessus de type 1 dans ce manuscrit nous a invités à analyser l’ensemble du contenu de ce volume encore peu étudié. L’examen de ces scholies a révélé qu’elles transmettaient une partie des Scholia recentiora mais aussi, notamment pour les premières satires, une partie conséquente de la strate exégétique liée à Heiric d’Auxerre, dont on ne connaissait jusqu’ici que deux témoins : Cambridge, King’s College, 52, f. 1v (ix3/3, Nord-Est de la France) et Leiden, UB, BPL, 82, f. 14v (xi, Allemagne ?), qui copie les gloses du précédent. Le manuscrit du Trinity College est donc un précieux témoin du travail d’Heiric sur Juvénal. Ce manuscrit provient de l’abbaye bénédictine de Saint-Augustin de Canterbury, où il se trouve au moins depuis le xiie siècle, mais son écriture nous invite à considérer qu’il a été copié vraisemblablement dans le nord de la France dans la seconde moitié du xe siècle. Cette origine française est confirmée par notre étude de son contenu.

31Tout d’abord, en dehors des scholies liées à Heiric, les Scholia recentiora qu’il contient appartiennent pour la plupart à la recension φ, qui se diffuse principalement en Francie occidentale. Un examen partiel (portant sur les scholies de la satire XVI) révèle une grande proximité avec les scholia du manuscrit V (Leiden, UB, VLQ 18, copié durant le xe siècle dans le Nord-Est de la France, peut-être à Auxerre). De la même façon, son texte des Satires (variantes textuelles en IX, 37, X, 96, en X, 198 ou en X, 322 ; omission en VIII, 160 ; uariae lectiones proposées en ΙΙ, 112, en XV, 75, en XVI 4, en XVI, 45…) le rapproche du texte de Juvénal transmis par Δ (Cambridge, King’s College, 52) et par Z (London, BL, Add. 15600, copié dans le Nord de la France dans le dernier quart du ixe siècle). Cette proximité est confirmée par l’analyse des titres que le manuscrit du Trinity College attribue aux différentes satires et qui est souvent similaire à celui que l’on trouve dans Z (satt. II, III, V, VI, VIII, IX, X, XII, XIII, XIV, XV, XVI) ou dans ces deux manuscrits (satt. II, III, V, VI, VIII, IX, X, XII, XIII, XIV, XV). Certains titres ne sont même attestés que dans ces trois manuscrits (satt. III, VIII).

  • 18 Albert Poncelet, « Un manuscrit hagiographique provenant de l’abbaye de Hautmont », Analecta Bollan (...)

32Le début du volume (f. 1r-2v) renferme, en outre, l’Ecloga de Caluis d’Hucbald de Saint-Amand, dont on connaît une petite dizaine de témoins. Il s’agit de la version en 146 vers sans prologue. Bien que le manuscrit du Trinity College soit un des plus anciens témoins complets conservés de ce poème composé à la fin du ixe siècle, il avait échappé à l’attention des spécialistes d’Hucbald et n’a jamais été utilisé par les éditeurs. La collation de son texte nous offre pourtant plusieurs variantes intéressantes. Par exemple, le titre rubriqué donné dans ce manuscrit (« Ecloga Hucbaldi <de C>aluis cuius causa haec est carminis ») est rarissime. Il était attesté dans un manuscrit du xie siècle provenant de l’abbaye d’Hautmont et aujourd’hui perdu18.

33Par ailleurs, le dernier feuillet contient plusieurs additions contemporaines intéressantes. On y trouve d’abord un poème de l’Anthologie latine (A.L. 393) qui était bien diffusé en France durant le ixe et le xe siècle. Les leçons du manuscrit de Cambridge l’apparentent à un manuscrit copié sans doute à Reims à la fin du xe siècle ou au début du siècle suivant (Paris, BNF, lat. 8069). Après ce poème, on a ajouté trois pièces : les Nomina Musarum (« Clio ystorias, Euterpe tibias… »), une version augmentée du poème A.L. 664 sur les muses, puis une solutio à un problème mathématique, transmise par neuf autres manuscrits (voir MGH, Poetae 4-2, p. 1120). Avant le xiie siècle, la version augmentée du poème sur les muses se retrouve dans les manuscrits Paris, BNF, lat. 7930 (xi², Nord de la France ou Reims ?) et Vaticano, BAV, Reg. lat. 1495 (xi, Reims), tandis que de légères variantes dans le texte de la solutio rapprochent le volume de Cambridge du manuscrit Valenciennes, BM, 413 (394) (x, Saint-Amand). Or, si ces trois pièces ne sont pas rares, le seul autre manuscrit à les rassembler est précisément ce manuscrit Valenciennes, BM, 413 (394), au f. 47r.

  • 19 Richard Gameson, « L’Angleterre et la Flandre aux xe et xie siècles : le témoignage des manuscrits  (...)

34L’analyse philologique permet ainsi de confirmer l’origine française de ce volume et met en lumière plusieurs liens avec le Nord-Est de la France et notamment avec l’abbaye de Saint-Amand. Cette origine pourrait parfaitement expliquer pourquoi ce volume a traversé la Manche. En effet, les échanges intellectuels entre l’Angleterre et la Flandre sont bien attestés au cours des xe et xie siècles et l’on connaît plusieurs volumes copiés notamment à Saint-Amand ou à Saint-Bertin qui sont arrivés rapidement à Saint-Augustin de Canterbury19. Les recherches sur le contenu de ce beau manuscrit seront exposées lors du colloque France et Angleterre : manuscrits médiévaux entre 700 et 1200 en novembre 2018.

Programme de l’année 2017-2018 : Établir la chronologie relative des commentaires de Remi d’Auxerre (fin IXe siècle – début Xe siècle) : étude des branches φ et χ des Scholia in Iuuenalem recentiora et des versions A et B du commentaire sur Martianus Capella.

35[2017-2018]

36La biographie de Remi d’Auxerre († ca 908), dernier grand maître de l’école carolingienne de Saint-Germain d’Auxerre, reste très incertaine. Né sans doute au début des années 840, il devient élève d’Heiric d’Auxerre avant d’enseigner lui-même à Auxerre. Sa réputation lui vaut d’être appelé, peut-être en 883 ou en 893, par l’archevêque Foulques de Reims afin de rénover les écoles rémoises. Lorsque Foulques est assassiné en 900, Remi devient professeur à Paris, où il a notamment Odon de Cluny comme élève.

37Cet intellectuel carolingien est l’auteur d’une vingtaine d’œuvres, transmises le plus souvent de façon anonyme. Il s’agit principalement de commentaires, circulant sous forme de gloses marginales et interlinéaires ou sous forme de commentaires continus. Le contenu de son enseignement concerne autant la Bible (Genèse, Psaumes), la Messe, que les traités grammaticaux (Donat, Phocas, Priscien, Eutychès, Bède), les poètes chrétiens (Prudence, Sédulius) ou païens (Juvénal, Perse, pseudo-Caton) ainsi que les ouvrages de Boèce et le De Nuptiis Philologiae et Mercurii de Martianus Capella.

38Si le corpus rémigien est aujourd’hui assez bien connu, notamment grâce aux travaux de Colette Jeudy, on ignore à quelle époque de son enseignement attribuer telle ou telle œuvre ; la chronologie relative de ses travaux est un terrain de recherche presque vierge. C’est cette enquête qui a fait l’objet du séminaire : il s’est concentré principalement sur les deux recensions des scholies de Remi sur Juvénal et sur les deux versions de son commentaire sur Martianus Capella.

I. Étude de la première diffusion des branches φ et χ des Scholia in Iuuenalem recentiora

39Dans la continuité de la conférence de l’année précédente, la première partie de l’année a été consacrée à l’étude de la diffusion précoce des Scholia recentiora sur Juvénal, notamment de la branche χ, qui semble avoir atteint le Nord de l’Italie et la Suisse du vivant même de Remi d’Auxerre. Durant ces séances, l’analyse des différentes présentations de ce matériel scolaire (glossae collectae ou gloses marginales et interlinéaires, avec signes de renvoi ou sans signes de renvoi…) a permis, entre autres, de reconstituer le modèle du manuscrit Y de l’édition Grazzini (Einsiedeln, Stiftsbibl., 34, f. 25-96) et de retrouver ses premiers feuillets.

40Y est une unité codicologique contenant les Satires de Juvénal accompagnées de gloses. Alors que les gloses interlinéaires ont été copiées tout au long du texte, les gloses marginales ne se rencontrent qu’en marge des premiers vers, aux f. 25r-26r, sous forme de glossae collectae. Ces scholies commentent Sat. I, 118-II, 13 et ne correspondent donc pas au texte de Juvénal copié en regard. Elles sont toutes introduites par des lettres qui servent de signes de renvoi et suivent l’ordre alphabétique. Dans le reste du manuscrit, le copiste a régulièrement copié dans l’interligne des signes de renvoi alphabétiques, sans que la glose marginale correspondante ait été recopiée. En comparant ces deux listes de signes de renvoi alphabétiques pour les passages où elles se recoupent, on constate qu’elles concordent parfaitement. Elles doivent donc correspondre toutes deux au système de signes de renvoi utilisé dans le modèle de Y. On comprend que le copiste de Y a copié dans un premier temps le texte de Juvénal et le contenu des interlignes de l’antigraphe (non seulement les gloses interlinéaires mais aussi les signes de renvoi), et qu’il a ensuite entrepris de copier à la suite les gloses marginales de son modèle sous forme de glossae collectae, en abandonnant ce projet au début de la deuxième satire. Dans les manuscrits glosés utilisant un système de signes de renvoi alphabétiques, il est fréquent que la série des lettres suive la pagination et recommence avec la lettre A à chaque début de page. Or, dans Y, la suite des signes de renvoi présente deux particularités intéressantes : leur série ne redémarre pas à A à chaque début de page et elle ne recommence pas systématiquement à la lettre A une fois arrivée à la lettre Z. Ces caractéristiques nous indiquent, d’une part, que le copiste de Y a repris tels quels les signes de renvoi de son modèle sans respecter sa mise en page et, d’autre part, que le système de signes de renvoi doit refléter la mise en page de l’antigraphe, dans lequel la série des lettres devait recommencer avec la lettre A à chaque début de page. En analysant ces deux listes alphabétiques (qui ne se recoupent que très partiellement), il devient ainsi possible de dessiner le squelette du manuscrit qui a servi de modèle à Y. Ce témoin précoce de la famille χ des Scholia recentiora, aujourd’hui perdu, devait, notamment, contenir trente-six lignes par page (excepté peut-être pour la première).

  • 20 Sur cette typologie, je me permets de renvoyer à mon article issu de la conférence de l’année unive (...)
  • 21 Cette parenté paléographique avait déjà été notée par Hartmut Hoffmann, Schreibschulen des 10. und (...)
  • 22 Je prépare actuellement l’édition des gloses retrouvées dans Einsiedeln, Stiftsbibl., 365.

41Par ailleurs, l’étude des témoins des proto-accessus carolingiens sur Juvénal débutée dans le cadre de la conférence de l’an passé a permis de retrouver les gloses marginales portant sur les premiers vers de Y. Ce matériel commentant Sat. I, 1-117 est conservé dans une unité codicologique de l’actuel manuscrit 365 de la bibliothèque d’Einsiedeln (p. 15-18). Ces deux feuillets, qui contiennent d’abord un proto-accessus de type 320 (p. 15) suivi des gloses marginales des Scholia recentiora jusqu’en I, 117 (p. 16-18), sont copiés par la même main que Y21, avec la même présentation que les glossae collectae des f. 25-26 de Y. De plus, chaque scholie y est précédée d’un signe de renvoi correspondant exactement à la série des signes notés dans les interlignes des premiers vers de Y. Tous ces indices révèlent que les deux feuillets juvénaliens du manuscrit 365 d’Einsiedeln étaient autrefois rattachés aux f. 25-96 du manuscrit 34 de cette bibliothèque et permettent de compléter le contenu de Y, qui n’est désormais plus acéphale22.

II. Les accessus médiévaux au De Nuptiis Mercurii et Philologiae

42Les séances suivantes ont été consacrées à plusieurs problèmes posés par le commentaire de Remi d’Auxerre sur Martianus Capella et par son édition. Pour mettre en perspective la place occupée par le travail de Remi sur le De Nuptiis dans la tradition exégétique médiévale, nous avons commencé par comparer son accessus sur Martianus avec d’autres accessus antérieurs et postérieurs. Voici la liste des accessus (incluant les simples explicationes tituli) antérieurs au xiiie s. qui ont été traduits et étudiés dans le cadre du séminaire :

  • Accessus du « corpus anonyme carolingien » (édition : Glossae aevi carolini in libros I-II Martiani Capellae de Nuptiis Philologiae et Mercurii, éd. Sinead O’Sullivan, Turnhout, 2010 (CCCM 237), p. 3-5).
  • Accessus de Jean Scot [Version 1] (édition : Annotationes in Marcianum, éd. Cora Lutz, Cambridge [MA], 1939, p. 3).
  • Accessus de Jean Scot [Version 2] (édition : Glosae Martiani, éd. Édouard Jeauneau, dans Quatre thèmes érigéniens, Montréal, Paris, 1978, p. 101-102).
  • Accessus de Remi d’Auxerre (édition : Remigii Autissiodorensis commentum in Martianum Capellam, I, éd. Cora Lutz, Leyde, 1962, p. 65-66).
  • Accessus composé sans doute au xie siècle (édition : E. Narducci, « Intorno ad un comento inedito di Remigio d’Auxerre al Satyricon di Marziano Capella e ad altri comenti al medesimo Satyricon », Bullettino di bibliografia e di storia delle scienze matematiche e fisiche, 15, 1882, p. 533-534)23.
  • Accessus inédit composé sans doute au xiie siècle et conservé dans München, BSB, Clm 14732, f. 1 (XIII ; provenant de Ratisbonne)24.

43On peut ajouter à cette typologie la traduction en vieux-haut-allemand par Notker Labeo de l’introduction rémigienne (conservée dans le manuscrit 872 de Saint-Gall, p. 2) ainsi que différentes versions mixtes, comme celles des manuscrits Paris, BNF, lat. 8674 (f. 1v) et Florence, B.M.L., Plut. 90 sup. 19 (f. 1v), qui introduisent au début du commentaire de Remi du matériel de l’accessus du « corpus anonyme », ou celle du manuscrit Basel, Universitätsbibliothek, F V 17, où l’accessus de ce « corpus anonyme » est copié au f. 38r après le commentaire de Remi sur les livres I-II.

  • 25 Voir, notamment, Franck Cinato, « Accessus ad Priscianum. De Jean Scot Erigène à Létald de Micy », (...)
  • 26 Certaines de ces formules se retrouvent aussi dans un accessus sur Priscien copié au début du xe si (...)
  • 27 C’était déjà le point de vue défendu par Cora Lutz dans « One Formula of Accessus in Remigius’ Work (...)

44Une des caractéristiques les plus remarquables de l’accessus de Remi est sans aucun doute son double schéma gréco-latin de sept periochae, composé de sept questions (posées par une liste de sept interrogatifs grecs traduits ensuite en latin) et de sept réponses (introduites aussi par des termes grecs et leurs équivalents latins). Si Remi est probablement le premier à appliquer ce schéma au De Nuptiis, il n’en est pas l’inventeur. Il a été démontré que cette structure se rencontrait déjà dans l’enseignement de Jean Scot sur Priscien et ensuite dans plusieurs accessus sur Virgile25. Quelques variations dans les listes gréco-latines révèlent que le travail de Remi est plus proche des accessus virgiliens que des introductions de l’Érigène sur Priscien. Le matériel de la double liste des periochae de l’accessus rémigien se retrouve, en effet, dans les Periochae Vaticanae sur Virgile, dont le plus ancien témoin a été copié à Reims dans la seconde moitié du ixe siècle (Vaticano, BAV, Reg. lat. 1669, f. 192r), et dans les Periochae Tegernseenses, conservées dans le manuscrit München, BSB, Clm 18059, f. 162v (xi2/4, Tegernsee ; addition de la fin du xie siècle). La proximité entre cet accessus de Tegernsee et l’accessus de Remi sur le De Nuptiis va même au-delà des periochae gréco-latines car ces deux introductions présentent aussi la même structure, les mêmes formulations et les mêmes chevilles pour introduire les questions et leurs réponses26, à tel point qu’il semble extrêmement probable qu’un des deux accessus soit la source directe de l’autre. Comme le commentaire de Remi sur Martianus a connu une plus grande diffusion que l’accessus de Tegernsee et que ce dernier n’était jusqu’ici connu que par un seul témoin de la fin du xie siècle, on pouvait émettre l’hypothèse que la source était le travail de Remi. Mais les recherches menées pour le séminaire nous ont conduits à retrouver un second témoin de cet accessus, qui permet de remonter sa date de composition de presque deux siècles : Paris, BNF, n.a.l. 1525, f. 4v (ix-x, Saint-Amand ?). Il s’agit d’un feuillet isolé conservé dans un recueil de fragments de manuscrits, dont la majorité serait d’anciennes gardes de manuscrits de l’abbaye de Saint-Amand. En dehors de l’accessus virgilien, aujourd’hui à moitié effacé, ce fragment contient plusieurs poèmes pseudo-virgiliens et les « Versus de diebus Aegyptiaci » d’Hucbald de Saint-Amand, datés du premier tiers du xe siècle et transmis uniquement par ce témoin. Ce contenu permet de supposer que ce feuillet provient probablement d’un manuscrit de Virgile copié à Saint-Amand au début du xsiècle. La découverte de ce témoin fragmentaire n’est pas sans importance. Tout d’abord, elle invite à considérer que les Periochae Tegernseenses pourraient tout aussi bien être nommées Periochae Elnonenses. Par ailleurs, la date de ce fragment nous indique que cet accessus virgilien existait déjà au début du xe siècle, c’est-à-dire à l’époque où Remi d’Auxerre commentait Martianus Capella. Si Remi est la source de ces Periochae, cela signifie que son accessus sur Martianus était déjà connu à Saint-Amand au début du xe siècle, peut-être grâce à Hucbald, qui enseigna à Reims en même temps que Remi d’Auxerre à la fin du ixe siècle. Mais ce nouveau témoin nous incite aussi à envisager que l’accessus virgilien dit « de Tegernsee » puisse être la source de l’introduction rémigienne sur le De Nuptiis ou qu’il puisse même être directement attribué au maître auxerrois27.

III. Les versions A et B du commentaire de Remi sur Martianus Capella

  • 28 Voir Cora Lutz, « The Commentary of Remigius of Auxerre on Martianus Capella », Medieval Studies, 1 (...)

45Les dernières séances de la conférence ont porté sur les relations entre les deux recensions du commentaire rémigien au De Nuptiis. L’éditrice du texte, Cora Lutz, distingue deux versions de ce commentaire : une version A, qu’elle édite en l’attribuant à Remi, et une version B, qu’elle choisit de ne pas éditer en considérant qu’il s’agit du travail d’un disciple du maître auxerrois. Selon C. Lutz, la recension B se caractérise principalement par l’absence de l’accessus construit sur les sept periochae et par le contenu du commentaire sur les quatre derniers livres, dont la formulation diffère nettement de ce qu’on lit dans la version A (bien que la teneur des deux versions soit très proche). L’éditrice note, par ailleurs, plusieurs différences stylistiques entre les deux versions (notamment dans l’ordre des mots et l’emploi de la première personne du singulier ou du pluriel). Elle signale aussi d’autres caractéristiques secondaires concernant le commentaire sur les cinq premiers livres comme la présence de quelques interpolations ou omissions et un recours fréquent aux lettres M et G pour introduire les lemmes et les gloses28.

  • 29 Pour la datation du commentaire de Remi sur le De Nuptiis, que je propose de situer durant les ving (...)
  • 30 Jerold. C. Frakes avait déjà proposé de considérer la version sans accessus comme la plus ancienne (...)

46Ces observations sont toutes intéressantes mais les conclusions qu’en tire C. Lutz sont fragiles car elles ne s’appuient pas du tout sur l’étude de la transmission matérielle du texte. Il semble difficile, en effet, de considérer la version B comme l’œuvre d’un continuateur de Remi étant donné qu’elle est transmise par certains des plus anciens témoins du commentaire, comme le manuscrit Paris, BNF, lat. 7900A (copié dans la région milanaise vers 900) ou le manuscrit Bern, Burgerbibl., 56B (ixex ou x1, France, peut-être Fleury). Cela signifie que cette recension se diffusait déjà du vivant même de Remi, à l’époque où il était en train de commenter Martianus Capella29. Ces témoins précoces nous invitent donc à envisager que les deux recensions distinguées par C. Lutz puissent être toutes deux attribuées à Remi d’Auxerre. En suivant cette hypothèse, on pourrait même proposer d’inverser la chronologie avancée par C. Lutz en considérant la version A comme une mise au propre de la version B, ce qui permettrait d’expliquer plusieurs caractéristiques de B (comme l’absence d’accessus30, les différences stylistiques ou la présence des lettres M et G).

47La question des relations entre les deux versions de ce commentaire ne pourra être réglée de façon définitive que lorsque la version B aura fait l’objet d’une édition critique. En attendant, dans le cadre du séminaire, nous nous sommes penchés sur une série de gloses sur le livre III du De Nuptiis présentes dans une partie de la tradition des témoins de B. Le commentaire de Remi d’Auxerre (dans sa version A comme dans sa version B) ne couvre qu’une petite partie de ce livre III consacré à la grammaire. En effet, le texte édité par C. Lutz ne commente de façon continue que le début de ce livre, jusqu’en III, 229 (c’est-à-dire juste avant le début du discours de Grammatica). Ensuite, seuls les passages en vers sont commentés par Remi. Les longs développements en prose de Martianus présentant la grammaire sont donc dépourvus de toute explication.

  • 31 Je prépare actuellement une édition et une étude de ces gloses.

48Néanmoins, on trouve dans cinq témoins de la version B une même série d’environ quatre-vingts gloses portant sur des termes rares se trouvant dans ces passages en prose délaissés par le commentaire continu31. Dans deux manuscrits, ces gloses sont insérées au sein du commentaire de Remi en respectant l’ordre du texte du De Nuptiis qu’elles commentent :

  • Paris, BNF, lat. 8674, f. 37v-38r (x, Auxerre ?) ;
  • Firenze, BML, Plut. 90 sup. 19, f. 33v-34r (x).

49Dans deux autres témoins, cette série de gloses est copiée sous forme de glossae collectae après la fin du commentaire de Remi sur le livre III, formant ainsi une sorte d’addition au matériel édité par C. Lutz :

  • Bern, Burgerbibl., 56b, f. 43v-44r (ixex ou x1, France) ;
  • Köln, Dombibl. 194, f. 59v-60r (xi, Allemagne).

50Enfin, dans le cinquième témoin de ces gloses sur le livre III, celles-ci se retrouvent copiées dans les marges du texte de Martianus et sont introduites par des signes de renvoi :

  • Paris, BNF, lat. 7900A, f. 128v-129r (ix-x, région de Milan).
  • 32 Dans l’introduction de son édition (vol. 1, p. 51), Cora Lutz énumère sept manuscrits qu’elle consi (...)

51Ce matériel qui circule dans la majorité des principaux témoins de la recension B indiqués par C. Lutz32 reprend parfois les gloses du « corpus anonyme » ou celles de Jean Scot mais il présente aussi plusieurs similitudes avec l’enseignement et la culture de Remi d’Auxerre. Voici trois des parallèles les plus intéressants :

  • glossa in Martianum III, 234 : Iugurta proprium nomen, qui fuit toparca Africae, id est princeps unius loci.
  • Commentaire de Remi sur l’Institutio de Priscien (éd. Huygens, p. 16)33 : Iugurta, qui fuit toparca, id est unius loci princeps: τόπος enim grece locus, ἀρχός princeps, inde toparca.
  • Scholica Graecarum Glossarum T8 (éd. Laistner, p. 445)34 : Toparcha : princeps unius loci.
  • glossa in Martianum III, 234 : Peripetasma id est uelum quod in circuitu lecti pendet. Peri circum, petasum id et uelum.
  • gloses rémigiennes sur les Institutiones de Priscien (lib. 5, GL 2, p. 145)35 : Peri circum, petasma uelum. Vnde peripetasma cortina siue uelum eo quod in circuitu dependeat. Idem sunt aulę siue tapetia.
  • Scholica Graecarum Glossarum P10 (éd. Laistner, p. 445) : Peripetasmata sunt uela nauis dicta a circumducendo uel eo quod per funes circumducantur per ambitum domus ; peri enim dicitur circum, petasma uelum.
  • glossa in Martianum III, 292 : Turben id est ludus puerilis id est trochus, dicitur et turmen, id est rotatio fusi.
  • Remig. in Prud., Perist. X, 55 (éd. Burnam, p. 205)36 : turbo, turbinis : uis uenti ; turmen, turminis : trochus ; Turbo, Turbonis : proprium.
  • Commentaire de Remi sur l’Institutio de Priscien (éd. Manitius, p. 88-89)37 : Verticulum aliqua res ubi possumus uerti, uel uerticulum est lignum quoddam, quod mittitur in summitate fusi et dicitur a uertendo, id est et turmen, unde Virgilius : « Turmine precipiti rumpuntur saepe rudentes », id est fila ; hoc de Hercule legitur. Fabula talis est : Omfala regina fuit Egyptiorum, que cum hospitio recepisset Herculem, suo amore fecit eum nere.

52Dans ce dernier exemple, la première définition donnée ici par le glossateur est fréquente ; on la trouve notamment dans le commentaire de Servius (Aen. X, 665), qui lui associe déjà le nom propre Turbo :

TVRBO uis uenti et sciendum est, quod quando appellatiuum est « turbinis » facit, sed si sit nomen proprium, « Turbonis » facit, ut Horatius « Turbonis in armis » <Sat. II, 3, 310>.

53On trouve des développements proches chez Martianus, Priscien ou Bède :

Mart. Cap., De nuptiis, III, 292 : Turbo, si nomen est proprium, ut Cicero declinatur ; si autem uim uenti significes aut puerilis ludi instrumentum, ut cupido declinatur.

Prisc., Instit. VI (GL 2, p. 207, l. 17-20) : « turbo turbinis », quando de ui uentorum loquimur – nam si sit proprium, seruat o in genetiuo, « hic Turbo (nomen proprium gladiatoris) Turbonis », sic Horatius in II sermonum : « Corpore maiorem rides Turbonis in armis ».

Beda, De orthographia, PL 90, col. 149c : Turbo, si sit proprium, Turbonis facit ; nam siue uentus, siue quo ludunt pueri, hic turbo dicitur.

  • 38 On la rencontre aussi dans une glose sur les Gesta Berengarii (II, 185), influencée par Remi d’Auxe (...)

54En revanche, la juxtaposition des trois termes turbo-turbinis, turmen-turminis et Turbo-Turbonis, où turmen remplace turbo employé dans le sens de « toupie » et désigne un jouet, est bien plus rare. Elle se rencontre dans les gloses de Remi d’Auxerre sur Prudence. La forme rarissime turmen se retrouve, en outre, dans le commentaire de Remi sur les Partitiones de Priscien38. Tous ces indices nous invitent à penser que ces gloses ont été élaborées dans un milieu proche de Remi et qu’elles pourraient même refléter un premier travail du maître auxerrois, qui serait resté inachevé. Une enquête portant sur l’ensemble de la version B permettra de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

Haut de page

Notes

1 Julius Dürr, Das Leben Juvenals, Ulm, 1888 (p. 22-26).

2 Voir Otto Jahn, Zeitschrift für die Alterthumswissenschaft, 5, 1838 (no 130, mercredi 31 octobre), col. 1050. Cette hypothèse est reprise et développée dans les prolegomena de son édition de Perse (Auli Persii Flacci Satirarum liber, éd. Otto Jahn, Leipzig, 1843, p. ccxii-ccxiii).

3 Paul Lehmann, Mittelalterliche Bibliothekskataloge Deutschlands und der Schweiz, 1918, p. 147-148.

4 L’ensemble de ce dossier sera exposé plus en détail dans un prochain article.

5 Cela est confirmé par d’autres indices, comme, par exemple, le récit qu’Heiric fait de la traversée des Alpes par Hannibal dans la Vita s. Germani (V, 210-217), voir Francesco Lubian, « Sedulio Scoto, l'occhio di Annibale e gli Scholia in Iuuenalem. Una nota a Sedul. Scot. carm. 6, 30 », Maia, 68-3, 2016, p. 728-734.

6 Il s’agit d’un glossaire gréco-latin carolingien qui circulait dans le réseau « auxerrois ».

7 Tite-Live, Servius et les Mythographes du Vatican I et II évoquent tous un exil à Ardea.

8 Voir Remi, In Mart. éd. Lutz, t. I, p. 136 et Schol. rec. II, 86 (1) [abdomen] ; Remi, In Mart. éd. Lutz, t. II, p. 88 et Schol. rec. VI, 338 (1 et 3) [anticatones] ; Remi, In Mart., éd. Lutz, t. I, p. 164 et Schol. rec. VIII, 229 (1) [syrma] ; Remi, In Mart. VI, éd. Lutz, t. II, p. 162 et Schol. rec. IX, 14 (1-2) [psilotrum] ; Remi, In Mart. V, éd. Lutz, t. II, p. 67-68 et Schol. rec. X, 129 (3) [pater Demosthenis] ; Remi, In Mart. II, 125, éd. Lutz, t. I, p. 167 et Schol. rec. XI, 27 (4-5) [γνῶθι σεαυτόν].

9 Schol. rec. VII, 126-127 (1-2) renvoie au début du livre V du De Nuptiis (V, 426). Schol. rec. VII, 208 (3) fait aussi référence à Martianus (« Martianus de hac re latissime disputat dicens animas uernare in urnis ») sans que l’on puisse déterminer avec certitude à quel passage du De Nuptiis songe ici l’auteur de la scholie sur Juvénal. S. Grazzini dit qu’il n’a pas réussi à identifier de chapitre correspondant. Pour ma part, je me demande s’il n’y a pas ici une allusion confuse au passage du livre I où Martianus évoque les quatre urnes d’Apollon (De Nuptiis, I, 16-18).

10 Remi, In Prud., praef. 8, éd. Burnam, p. 11 cite Sat. I, 15 [ferula] ; Remi, In Prud., Cath. V, 119, éd. Burnam, p. 18 cite Sat. VI, 464 [folium] ; Remi, In Prud., Contra Symm. I, 196, éd. Burnam, p. 126 cite Sat. VIII, 274-275 [asilum].

11 Leiden, UB, VLF 48, f. 9v : « Iaspis gemma est multicolor a serpente in cuius fronte nascitur uocata id est aspide ».

12 Pierre Courcelle, La Consolation de Philosophie dans la tradition littéraire, Paris, 1967, p. 254-259.

13 Cf. Jean-Paul Bouhot, « Le manuscrit Angers, B.M. 277 (268) et l’opuscule De spe et timore d’Agobard de Lyon », Revue des études augustiniennes, 31, 1985, p. 227-241 (p. 232-236).

14 Il n’existe pas d’étude consacrée à cette question. Signalons simplement que, parmi les parallèles évoqués plus haut, deux scholies juvénaliennes comportant du matériel présent aussi dans le commentaire sur Martianus ne sont transmises que dans des témoins de la branche χ : Schol. rec. V, 100 (1) : « factaque insula in modum deltae litterae » (UHE) et Schol. rec. V, 42 (3-4) : « Iaspis praepulcher lapis dictus ab aspide. Sunt autem plura genera iaspidis : est fuluus et uiridis qui est pretiosior » (uTE).

15 Édité dans Irene Caiazzo, Lectures médiévales de Macrobe : les glosae colonienses super Macrobium, Paris, 2002, p. 100.

16 Édité dans Vier Juvenal-Kommentare aus dem 12. Jh, éd. Bengt Löfstedt, Amsterdam, 1995, p. 3-5.

17 Au terme de l’année académique, les résultats de mes travaux sur les proto-accessus ont fait l’objet d’une édition et d’une étude détaillée : « Scholia in Vitas Iuuenalis », dans Scholia in Iuvenalem recentiora: secundum recensiones φ et χ tomus II (satt. 7-16), éd. Stefano Grazzini, Pise, 2018 (Appendix, p. 332-347), et « Les “proto-accessus” carolingiens sur Juvénal : formation et diffusion », Archivum Latinitatis Medii Aevi, 75, 2017, p. 107-148.

18 Albert Poncelet, « Un manuscrit hagiographique provenant de l’abbaye de Hautmont », Analecta Bollandiana, 15, 1896, p. 276-284 (p. 280).

19 Richard Gameson, « L’Angleterre et la Flandre aux xe et xie siècles : le témoignage des manuscrits », dans Les échanges culturels au Moyen Âge, Paris, 2002, p. 165-206.

20 Sur cette typologie, je me permets de renvoyer à mon article issu de la conférence de l’année universitaire 2016-2017 : « Les “proto-accessus” carolingiens sur Juvénal : formation et diffusion », Archivum Latinitatis Medii Aevi, 75, 2017, p. 107-148.

21 Cette parenté paléographique avait déjà été notée par Hartmut Hoffmann, Schreibschulen des 10. und des 11. Jahrhunderts im Südwesten des Deutschen Reichs, Hannover, 2004, p. 65 et 132.

22 Je prépare actuellement l’édition des gloses retrouvées dans Einsiedeln, Stiftsbibl., 365.

23 J’ai repéré cet accessus dans cinq manuscrits, qui, tous, transmettent simplement les deux premiers livres du De Nuptiis accompagnés de la version B du commentaire de Remi : Firenze, BML, Plut. 24, sin. 10, f. 22r-22v (xi), München, BSB, Clm 14271, f. 12r (xi², Sud de l’Allemagne), München, BSB, Clm 14792, f. 40r-41v (xi, Ratisbonne), Vaticano, BAV, Vat. lat. 3428, f. 1rv (xii, région de Pérouse), Firenze, BNC, Magl. VI, 177, f. 16r (xvin, Italie). Ma proposition de datation de cette introduction repose à la fois sur l’âge des plus anciens témoins et sur le fait que cet accessus porte uniquement sur les deux premiers livres du De Nuptiis, qui se mettent à circuler fréquemment sans les sept derniers livres à partir du xie siècle, cf. Claudio Leonardi, « I codici di Marziano Capella », Aevum, 33, 1959, p. 473-474.

24 Le manuscrit de Munich est habituellement daté du xiiie siècle, mais les rubriques de ce petit accessus (intentio, modus tractandi, utilitas, pars philosophiae) correspondent aux schémas en vigueur au xiie siècle, c’est pourquoi je propose de situer sa composition durant ce siècle plutôt que dans le suivant (où l’on rencontre souvent une structure influencée par les catégories d’Aristote).

25 Voir, notamment, Franck Cinato, « Accessus ad Priscianum. De Jean Scot Erigène à Létald de Micy », Archivum Latinitatis Medii Aevi, 70, 2012, p. 27-90.

26 Certaines de ces formules se retrouvent aussi dans un accessus sur Priscien copié au début du xe siècle au verso du deuxième feuillet du manuscrit Paris, BNF, lat. 10290 (ix4/4, Nord-Est de la France ? ; provenance : Echternach). Sur l’origine discutée de ce manuscrit, voir Franck Cinato, « Les gloses à Priscien dans les manuscrits scottice scripti et leurs relations avec le Liber Glossarum », Britannia Monastica, 19, 2017, p. 83-115 (n. 4, p. 86-87).

27 C’était déjà le point de vue défendu par Cora Lutz dans « One Formula of Accessus in Remigius’ Works », Latomus, 19, 4, 1960, p. 774-780 (p. 780).

28 Voir Cora Lutz, « The Commentary of Remigius of Auxerre on Martianus Capella », Medieval Studies, 19, 1957, p. 138-156 et Remigii Autissiodorensis commentum in Martianum Capellam, I, éd. Cora Lutz, Leyde, 1962, p. 51-52.

29 Pour la datation du commentaire de Remi sur le De Nuptiis, que je propose de situer durant les vingt dernières années de sa vie, je renvoie au résumé de ma conférence de l’an dernier, qui paraît aussi dans ce volume de l’Annuaire.

30 Jerold. C. Frakes avait déjà proposé de considérer la version sans accessus comme la plus ancienne des deux, cf. Jerold C. Frakes, « Remigius of Auxerre, Eriugena, and the greco-latin Circumstantiae-formula of Accessus ad Auctores », dans Michael W. Herren (éd.) The sacred nectar of the Greek. The study of Greek in the West in the early Middle Ages, Londres, 1988, p. 229-255 (p. 239).

31 Je prépare actuellement une édition et une étude de ces gloses.

32 Dans l’introduction de son édition (vol. 1, p. 51), Cora Lutz énumère sept manuscrits qu’elle considère comme étant les meilleurs témoins complets de la version B (en laissant donc de côté Paris, BNF, lat. 7900A, qui ne contient pas le commentaire sur les quatre derniers livres). Parmi ces sept volumes, quatre transmettent les gloses additionnelles sur le livre III, deux ne les transmettent pas (Leiden, BPL, 167 et Saint-Mihiel, BM, 30) et un troisième présente une perte matérielle qui nous empêche de savoir s’il contenait les gloses sur la fin du livre III (Paris, BNF, n.a.l. 340).

33 Commentarius in Prisciani De nomine (excerpta), éd. Robert B. C. Huygens, dans Serta mediaevalia. Textus varii saeculorum X-XIII. Tractatus et epistulae, Turnhout, 2000 (CCCM 171), p. 9-23.

34 Scholica Graecarum Glossarum, Max L. W. Laistner, « Notes on Greek from the Lectures of a Ninth Century Monastery Teacher », Bulletin of the John Rylands Library, 7, 1923, p. 421-456. Il s’agit d’un glossaire gréco-latin utilisé par Remi d’Auxerre.

35 Cette glose est éditée et étudiée dans Elke Krotz, « Remigius von Auxerre und die Ars Prisciani », Archivum Latinitatis Medii Aevi, 72, 2014, p. 21-82 (p. 44).

36 Commentaire anonyme sur Prudence d'après le manuscrit 413 de Valenciennes, éd. John M. Burnam, Paris, 1910.

37 Max Manitius, « Remigiusscholien », Münchener Museum, 2, 1913, p. 79-98.

38 On la rencontre aussi dans une glose sur les Gesta Berengarii (II, 185), influencée par Remi d’Auxerre.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Frédéric Duplessis, « Langue et littérature latines du Moyen Âge »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 150 | 2019, 222-241.

Référence électronique

Frédéric Duplessis, « Langue et littérature latines du Moyen Âge »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 150 | 2019, mis en ligne le 11 juin 2019, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ashp/3032 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ashp.3032

Haut de page

Auteur

Frédéric Duplessis

Chargé de conférences, M., École pratique des hautes études — section des Sciences historiques et philologiques

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search