Sources et méthodes de l’histoire des relations internationales dans l’Europe médiévale
Texte intégral
1Dans le prolongement d’un travail précédemment engagé (voir les résumés des conférences des années 2007-2008 et 2016-2017), le séminaire a été entièrement consacré à l’achèvement de l’étude de la « grande division » des terres du roi Sanche de Majorque consécutive à sa mort le 4 septembre 1324. Après avoir rappelé les enjeux d’une affaire interne et internationale qui mobilisa de très nombreux acteurs, les résultats contradictoires d’historiographies longtemps cloisonnées et les modalités de constitution d’un corpus aussi dispersé géographiquement que divers d’un point de vue typologique, les séances ont cette année envisagé successivement deux aspects du negocium Maioricarum, la querelle de succession puis les projets antagonistes de gouvernement des terres du roi défunt portés par Philippe de Majorque et par des Roussillonnais refusant tout autant de lui obéir que de reconnaître sa tutelle sur le neveu de Sanche, le jeune Jacques III de Majorque.
2Le conflit successoral, qui opposa principalement le roi d’Aragon et ses partisans, désireux de capter l’héritage majorquin, aux soutiens de Jacques III, parmi lesquels figurait le pape Jean XXII, a été resitué dans le cadre plus large de l’histoire du royaume de Majorque et de ses relations avec la couronne d’Aragon depuis sa création. Ce choix a conduit à analyser en détail et dans une perspective comparatiste les différents projets de partition des territoires des rois d’Aragon depuis le milieu du xiiie siècle. De nombreuses dispositions testamentaires des rois ont fait l’objet de commentaires approfondis. Dans ce sillage, la découverte de nouveaux documents a ensuite permis de préciser les logiques argumentatives déployées au cours de cette affaire non seulement par les chancelleries des différents protagonistes – en Avignon, à Barcelone, auprès du roi de Majorque –, mais aussi d’appréhender le travail intellectuel effectué par des experts dont les parties sollicitaient les compétences. L’affaire de la succession de Majorque a en effet fourni à des juristes renommés un motif puissant de réflexion. En alimentant de leurs consilia les argumentaires des parties impliquées dans la querelle, ils se sont disputé le mérite de l’interprétation définitive des dispositions testamentaires des rois d’Aragon et de Majorque.
3L’on s’est ensuite attaché à la figure de l’infant Philippe de Majorque, tuteur du roi Jacques III reconnu par le pape, aux soutiens dont il bénéficiait et à la caractérisation de son autorité effective sur les terres du roi de Majorque durant la grande division. Des pièces inédites nombreuses et de diverses natures ont été présentées à cet effet – correspondances, actes notariés, comptes, notamment. Leur analyse a permis d’apporter des précisions importantes à l’itinéraire de Philippe durant la période considérée, de mieux comprendre également les enjeux, la chronologie et les tensions suscitées par sa nomination comme tuteur. De manière plus générale, le séminaire a été l’occasion d’interroger les fondements, les ressources et les limites de l’expérience politique singulière de cet infant proche des franciscains spirituels et correspondant assidu d’Ange Clareno.
4Philippe de Majorque ne fit pas l’unanimité comme tuteur, loin de là. Les dernières séances du cycle ont précisément porté sur ses ennemis les plus déterminés, ceux que les sources nommaient bien souvent « les hommes du Roussillon », « les Roussillonnais » ou encore les « désobéissants à la tutelle de l’infant Philippe de Majorque ». En se fondant sur des centaines de documents inédits, dont plusieurs dizaines ont été présentés et traduits depuis le catalan ou le latin, il a été possible d’affiner la composition de différents groupes d’opposants, de saisir les contours comme les évolutions de leur projet, puis de mesurer leur emprise sur le Roussillon et leurs liens avec l’extérieur. De la sorte, la dislocation temporaire des terres auparavant réunies sous l’autorité du roi Sanche de Majorque est apparue beaucoup plus nettement, à la fois, et de façon indissoluble, comme un phénomène interne et comme une affaire internationale importante à l’échelle de la Méditerranée occidentale.
5Les recherches développées sur ce thème et discutées en séminaire ont pour l’essentiel été intégrées dans un mémoire inédit intitulé Une mer troublée. La grande division des terres du roi de Majorque (1324-1326) [2 vol., 625 p.]. Il a été joint au dossier réuni pour l’habilitation du maître de conférences, soutenue le 5 juin 2018 à l’École pratique des hautes études.
Pour citer cet article
Référence papier
Stéphane Péquignot, « Sources et méthodes de l’histoire des relations internationales dans l’Europe médiévale », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 150 | 2019, 281-282.
Référence électronique
Stéphane Péquignot, « Sources et méthodes de l’histoire des relations internationales dans l’Europe médiévale », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 150 | 2019, mis en ligne le 12 juin 2019, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ashp/3083 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ashp.3083
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