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Résumé

Programme de l’année 2017-2018 : I. Typologie linguistique. — II. Typologie et évolution des langues austronésiennes.

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Texte intégral

1La première heure de conférence développe des thématiques de typologie linguistique générale et met en perspective invariants et variation linguistique. L’analyse adopte une approche comparative, synchronique et diachronique, et aborde des faits choisis dans diverses familles de langues.

2La seconde heure de conférence porte plus spécifiquement sur des systèmes et faits linguistiques observés parmi les langues austronésiennes.

Première heure de conférence

3Un certain nombre de concepts fondateurs de la typologie sont tout d’abord présentés à partir des travaux de Greenberg (1960, 1966), Comrie (1981), Hagège (1982), Hawkins (1983, 2004), Croft (1990), Nichols (1986, 1992).

4La thématique plus particulièrement approfondie cette année a porté sur la typologie des propositions relatives. Cette question est abordée sous divers angles : les type de relatives (descriptives ou restrictives) ; l’ordre relatif des propositions relatives et principales ; le type de constructions (tête interne ou externe à la proposition relative, constructions corrélatives, relatives sans tête, etc.) et le type de marques morphologiques impliquées ; les restrictions liées aux fonctions syntaxiques des noms susceptibles d’être la tête d’une proposition relative.

5Les prédictions typologiques corrélant l’ordre général des mots et la place respective de la proposition principale et de la relative sont rappelées. Dans une langue OV, l’on s’attend ainsi à ce que la proposition relative se trouve avant sa tête nominale (prop.REL – Nom), et l’on s’attend à l’inverse dans les langues VO.

6Si cette généralisation est globalement attestée dans les langues du monde, il y a toutefois de nombreuses exceptions. Ainsi, le persan est une langue OV dont les relatives sont postposées au nom relativé ; quant au mandarin et à l’amis (langue austronésienne de Taiwan), toutes deux sont de type VO, avec des relatives sont antéposées au nom dont la référence est ainsi restreinte.

[Tā măi de] chē hěn guì. 他买的车很贵
3sg buy lnk car very expensive

7« La voiture qu’il a achetée est très chère. »

8En amis, les relatives sont très généralement antéposées :

Ma-waswas=tu k-uya [ni-cakay-an n-ira  i  pacakayay  a] dateng
uv-scatter=pfv nom-that pfv.nmz-lvgen-3sg loc market  lnk veggies

9« The veggies she had bought at the market were scattered. » (Bril)

10La diversité de constructions des relatives et la variété des marques morphologiques impliquées ont ensuite été abordées : présence de relateurs / linker (comme en mandarin et en amis), présence de marques ou de pronoms relatifs aux origines variées, propositions participiales parfois associées à des marques casuelles, propositions nominalisées, propositions converbiales, simple parataxe, relatives sans tête, etc.

11Quelque exemples illustrent certaines de ces constructions.

12Latin

[Puer-ōs voca-nt-em] video.
enfant-ACC.PL appeler-PRES.PTCPL-ACC.SG voir.PRES-1SG

13« Je vois celui qui appelle les enfants. »

14Turc (Keenan, 1985)

[Adam-ɩn Mary-ye  ver-diğ-i] patates-i ye-dɩ-m.
man-GEN Mary-DAT give-NMZ-3SG.POSS potato-ACC eat-PAST-1SG

15« I ate the potato that the man gave to Mary. »

16Cebuano (Philippines)

Mi-dagan [ang mi-palit sa saging].
av-run nom.det av-buy non.top banana

17« The one that bought bananas ran away. »

18Les contraintes sur les fonctions des noms relativisables et la hiérarchie d’accessibilité dégagée par Keenan et Comrie (1977, 1979) ont été discutées.

19Cette hiérarchie se présente ainsi : SU > DO > IO > OBL > GEN > OCOMP (object of comparison).

20Dans les langues austronésiennes de l’Ouest (Formose, Philippine et Madagascar) seul le pivot syntaxique, i.e. le nom au nominatif / absolutif, peut être la tête de la relative (ce point est détaillé dans la partie suivante).

21Dans certaines langues à syntaxe ergative, comme le dyirbal (Dixon 1972), un agent ne peut être la tête d’une relative, ce qui déclenche une construction antipassive permettant au pivot syntaxique d’être à l’absolutif dans les deux propositions.

Bayi yara [bagal-ŋa-ŋu bagul yuri-gu] banaga-ɲu.
CL man.abs spear-antip-rel CL kangaroo-dat return-non.past

22« The man who speared the kangaroo is returning. » (Dixon 1972)

23En Luganda (bantu, SVO), si l’on veut relativiser un instrument, une construction applicative est requise, qui promeut l’instrument à la fonction objet (comme en a.) ; il est impossible de relativiser l’instrument prépositionnel (*).

a. Ekiso John kye-ya-tt-is-a enkoko.
Knife J. rel-he-killed-appl.inst-ta chicken

24« The knife that John killed a chicken with. » (Keenan 1972 : 186)

* Ekiso John (na) kye-ya-tta enkoko (na). (agrammatical)
Knife J. (with) rel-he-killed chicken (with)

25« The knife that John killed a chicken with. »

Deuxième heure de conférence

26Le deuxième volet de la conférence porte plus spécifiquement sur la vaste famille austronésienne. Cette famille comporte de nombreux sous-groupes: formosan, malayo-polynésien (incluant par exemple les langues des Philippines, le malgache, l’indonésien), les langues micronésiennes, les langues océaniennes de Mélanésie (Salomons, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, etc.) et de Polynésie.

27Cette famille est un vaste laboratoire d’étude pour ce qui a trait à l’évolution linguistique, la diversité typologique et la variation.

Typologie des constructions des relatives dans les langues austronésiennes

28Différents aspects de la construction des relatives dans diverses langues austronésiennes ont été abordés plus en détail, parmi lesquels le cas des relatives marquées par des démonstratifs, et dont les marqueurs réagissent plus généralement à des questions de hiérarchie référentielle et sont donc sensibles à la définitude et à la référentialité du terme relativé.

29En nêlêmwa (Nouvelle-Calédonie), cette hiérarchie apparaît dans le choix des morphèmes ; les relatives avec xe apparaissent lorsque l’entité est indéfinie, mentionnée pour la première fois, et que la proposition présuppose l’existence de cette entité. Le morphème xe (< ke) vient d’un coordonnant « et » ; ce type de relative vient donc de deux propositions originellement coordonnées et assertées comme en (1).

1. Na fhe pwaxi-n xe i Khîlû.
1sg bring child-poss.3sg conj 3sg be.ill

30« I bring his child who is ill. » (Bril 2001 : 262) [new information]

31(lit. j’amène cet enfant et il / qui est malade)

32Dans les impératifs suivants, le choix du morphème xe suppose que l’existence de l’entité est considérée comme avérée et certaine; dans le cas contraire, le morphème d’irrealis o est utilisé (2b). Enfin, en (2c), la relative marquée par l’anaphorique bai porte sur un nom déjà défini et référentiel.

2a. Fhe-dume hele xe caak.
bring-down.here knife conj be.sharp

33« Bring me a sharp knife (lit. a knife which is sharp) » (I know there is one)

b. Fhe-dume hele o caak.
bring-down.here knife irr be.sharp

34« Bring me a sharp knife. » (if there is one) [Bril 2001 : 268]

c. Fhe-dume hele bai caak.
bring-down.here knife anaph be.sharp

35« Bring me the knife which is sharp / the sharp knife. » (Bril)

36Ce type de faits n’est pas isolé ; une autre langue, le takia (Ross 2002) oppose les relatives construites avec =(a)k (également un coordonnant « et »), qui sont utilisées pour les informations nouvelles, et celles qui mettent en œuvre l’enclitique de définitude =n employé lorsque les entités sont déjà définies et référentielles (voir Bril 2010, Clause-linking and clause hierarchy: syntax and pragmatics. Benjamins).

3 a. Ab a [oŋ w-abi] ya=n ŋai Mait da lo mu-mado da.
House dx2 2sg 2sg-build R=def 1sg Mait com 3loc.in 1exc-stay ipfv

37« The house that you built, Mait and I are living in it. » (Ross 2002 : 230)

b. aŋar [parapar na ya=k] kaek ma-ŋa=p …
3sg canarium platform loc R=ak one 1pl.exc-take=irr.dep

38«  so we take one canarium nut which is on the bed and » (2002 : 231)

39Dans certaines langues austronésiennes de l’Ouest (Philippines et Formose), les relatives ont des caractéristiques très différentes.

40En tagalog, la tête de la proposition relative apparaît dans des positions très diverses (Aldrige, Glossa 2017).

41En amis (Bril), les relatives sont le plus souvent des propositions nominalisées et se trouvent en position interne, avec la tête (i.e. le nom relativisé) en position finale (comme en 4a) ; quelques cas de relatives avec des têtes initiales sont toutefois attestés (b).

4a. Ma-waswas=tu k-uya [ni-cakay-an n-ira i pacakayay a] dateng
uv-scatter=pfv nom-that pfv.nmz-trade-lv gen-3sg loc market lnk veggies

42« The veggies she had bought at the market were scattered. » (Bril)

b. Ma-waswas=tu k-uya dateng [ni-cakay-an n-ira i pacakayay]
uv-scatter=pfv nom-that veggies pfv.nmz-trade- lv gen-3sg loc market

43« The vegies she had bought at the market were scattered. »

44Comme dans de nombreuses langues austronésiennes de Formose, des Philippines et de Madagascar, seul le pivot syntaxique (i.e. le terme au nominatif) peut être la tête de la relative (Keenan et Comrie 1977, 1979), ce qui induit des changements de voix permettant à la tête de la relative d’être toujours en fonction sujet.

45Ainsi en amis (ex. a, b ci-dessus) dateng « légumes » étant le patient / objet du verbe « acheter », sa relativisation déclenche la voix locative sur le verbe cakay « acheter » (une voix acteur en mi- serait agrammaticale).

46Comparer avec la phrase indépendante avec une voix acteur en c :

c. Mi-cakay c-ira t-u dateng i pacakayay.
av-trade nom-3sg obl-nm veggies loc market

47« She bought veggies at the market. »

Le système des voix de l’amis et des langues formosanes

48Les langues austronésiennes occidentales sont connues pour leur système de voix multiples. L’amis, comme d’autres langues formosanes, et comme les langues des Philippines, possède des voix distinctes orientées vers l’acteur, le patient, le lieu, l’instrument, le bénéficiaire. Leur système d’alignement est parfois scindé (ergatif ou accusatif), c’est le cas de l’amis. Ce système se manifeste aussi bien dans les énoncés realis qu’irrealis où les morphèmes prennent des formes différentes.

49Ce système a été présenté en amis et des extraits de textes de littérature orale enregistrés et transcrits auprès des locuteurs de la langue amis ont permis de détailler d’autres aspects de sa morphologie complexe et de sa syntaxe.

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Pour citer cet article

Référence papier

Isabelle Bril, « Typologie linguistique »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 150 | 2019, 483-486.

Référence électronique

Isabelle Bril, « Typologie linguistique »Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques [En ligne], 150 | 2019, mis en ligne le 12 juin 2019, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ashp/3265 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ashp.3265

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Auteur

Isabelle Bril

Directeur d’études, Mme, École pratique des hautes études — section des Sciences historiques et philologiques

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