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Dossier thématique

Un face-à-face imprimé

Enquête sur le Bildtnüs eins newen Propheten de Jean Calvin (1539)
A printed face-to-face. A study of John Calvin’s Bildtnüs eins newen Propheten (1539)
Un cara a cara impreso. Estudio sobre el Bildtnüs eins newen Propheten de Juan Calvino (1539)
Nathalie Szczech
p. 49-76

Résumés

Cette étude porte sur une feuille volante illustrée, publiée à Strasbourg en 1539. Dans sa partie gauche, cet imprimé reproduit une image volante parisienne qui loue les mérites d’un prédicateur itinérant, présenté comme un prophète, et qui attire les foules dans la région de Montbéliard. Dans sa partie droite, Jean Calvin publie une dénonciation de l’individu, accusé d’être un imposteur. Cet article propose une analyse du dispositif antithétique adopté dans cet imprimé polémique et cherche à éclairer la mobilisation collective dont il résulte, ainsi que les enjeux auxquels il répond.

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Texte intégral

  • 1 Je remercie l’Institut d’histoire de la Réformation (Université de Genève), qui m’a accueillie dans (...)
  • 2 La feuille volante (broadsheet ; Flugblatt) est « une feuille publiée isolément, imprimée sur un se (...)

1En 15391, paraît à Strasbourg une feuille volante2 illustrée et rédigée en allemand, qui signale l’arrivée d’un prédicateur anonyme aux abords de Montbéliard. Exhortant à la pénitence, l’homme appelle celles et ceux qui s’en sont séparés à revenir dans le giron de l’Église romaine et rencontre un franc succès : on admire son style de vie austère, son discours remarquable et les miracles qu’on lui prête. Alors que ses soutiens le considèrent comme un prophète, l’imprimé strasbourgeois en fait un imposteur : composé en antithèse, ce document présente ce « nouveau prophète » dans sa partie gauche et y oppose, dans sa partie droite, une dénonciation signée Jean Calvin (fig. 1). Si cette pièce est connue des spécialistes de Calvin, elle n’a jusqu’alors pas fait l’objet d’une analyse dédiée : on se propose donc d’en mettre en lumière les particularités et enjeux.

Figure 1. Bildtnüs eins newen Propheten

Figure 1. Bildtnüs eins newen Propheten

[Anonyme] et Jean Calvin, [Strasbourg], [W. Rihel], [1539 ?]. In-plano. 28,7 × 35,7 cm. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22.

© Public Domain Mark
DOI : 10.7891/e-manuscripta-92142

  • 3 Strasbourg, BNUS, R.10.613 (la cote E 14037, également citée dans la Bibliotheca calviniana, est un (...)
  • 4 Zürich, ZB, PAS II 12/22 (https://www.ustc.ac.uk/editions/750202). Cette édition est attribuée, de (...)
  • 5 [Anonyme] et J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, auß Franckreich herbracht, und jetz erstlich (...)

2La Bibliotheca calviniana recense deux exemplaires de cette feuille volante (Peter, Gilmont, 1991 : 533). À cette date, en sont également inventoriés deux exemplaires dans le Universal Short Title Catalogue4. La préparation de cet article a permis de dénombrer en réalité cinq exemplaires de cet imprimé5, qui, comme on le verra, ne sont pas identiques. Il est rare de repérer autant d’exemplaires d’une feuille volante du xvie siècle (Pettegree, 2017 : 4-6), ce qui suscite d’emblée la curiosité. Cette pièce attire en outre l’attention, car elle constitue un cas unique dans la production polémique conservée de Calvin, au sein de laquelle on ne compte pas d’autre feuille volante ni d’autre imprimé illustré. L’imprimé s’insère en revanche dans un très dense ensemble de feuilles volantes, produites en masse dans l’Europe du début du xvie siècle, en particulier dans l’espace germanique (Schilling, 1990 ; Honemann, Griese, Eisermann, Ostermann, 2000 ; Harms, Schilling, 2008 ; Pettegree, 2014). Il s’agit donc de comprendre la place de la feuille signée par Calvin dans ce large corpus d’ephemera du premier xvie siècle et d’étudier le dispositif qui, au carrefour de l’actualité et de la polémique, y est adopté pour dénoncer celui que Calvin et les pasteurs de la région accusent d’être un faux prophète. Quels modèles sont convoqués dans cet imprimé, qui puise dans un réservoir de formules tirées tant des occasionnels relatant des prodiges que des images saintes ? Comment comprendre le choix de l’antithèse dans cette feuille composée comme la double page d’un livre et pourquoi y publier l’image et la parole de l’adversaire ? Quelles stratégies d’écriture sont employées dans ce face-à-face imprimé et dans quelle mesure l’image et le texte interagissent-ils pour anéantir la réputation du prédicateur ? Pourquoi Calvin prend-il la plume pour dénoncer cet anonyme, quelles sont ses sources et quelle place cet imprimé occupe-t-il dans son œuvre polémique ?

3Pour explorer ces questions, on fera d’abord un retour sur l’irruption de ce prédicateur dans la région de Montbéliard. On présentera ensuite le dispositif imprimé antithétique mis en œuvre pour contrer ce personnage et sa parole, jugés dangereux. On essaiera enfin d’éclairer les publics et enjeux possibles de cette feuille volante, aux objectifs pluriels.

L’irruption d’un « nouveau prophète » aux marges du Saint-Empire

Aux portes de Montbéliard

  • 6 Lettre de J. Vogler à J. von Watt, dit Vadian, à Saint-Gall. De Montbéliard, 26 mai 1539, in Die Va (...)

4Les activités de ce prédicateur aux abords de Montbéliard sont d’abord signalées, non sans inquiétude, par Johannes Vogler, engagé dans la réforme de l’Église locale et alors aumônier de Georges de Wurtemberg, qui, depuis 1526, gouverne le comté de Montbéliard pour son demi-frère Ulrich. Le 26 mai 1539, Vogler informe Joachim Vadian, docteur en médecine, humaniste et homme d’État de Saint-Gall, des problèmes que pose l’individu installé en Bourgogne voisine. Il précise que, lors d’un récent sermon, l’homme les a insultés, lui et les deux autres prédicateurs évangéliques de Montbéliard, les traitant de « fils de prostituées » (« hürenkinder »). Très bien renseigné sur ses adversaires, il s’est moqué en chaire du parcours de vie de Pierre Toussain, ancien chanoine messin devenu prédicateur à Montbéliard, ainsi que de Nicolas de La Garenne, ancien aumônier de Marguerite de Navarre, qui s’est récemment installé dans la cité pour y prêcher aux côtés de Toussain et de Vogler6 (Viénot, 1900 : 39-49, 56-59 ; Debard, 2005 : 51).

  • 7 « [I]mpostorem [qui] falsaque et ementita sanctitatis specie multis imponere » : lettre de P. Touss (...)
  • 8 Par « luthériens », l’homme ne désigne pas seulement des disciples de Luther, mais utilise ce terme (...)
  • 9 Lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, p. 344-345.

5Le 28 juin, Toussain transmet à son tour à Calvin des informations sur cet « imposteur [… qui], par une fausse et mensongère apparence de sainteté, trompe beaucoup de gens7 ». Il écrit qu’alerté du succès du présumé prophète, il est allé l’écouter prêcher lors des funérailles d’un gentilhomme. Prévenu de sa présence, l’homme en a profité pour dérouler un sermon à charge contre les partisans de la Réforme, qu’il étiquette comme « luthériens8 ». Toussain raconte avoir tenté, à la sortie de l’église et durant plus d’une heure, de réfuter ses propos, en vain. Il a dû s’en retourner à Montbéliard, en laissant l’homme à son triomphe et à ses nombreux partisans9.

Itinéraire d’un prédicateur gyrovague

  • 10 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

6Pour en savoir plus sur cet individu, les pasteurs de Montbéliard écrivent à leurs « frères de Savoie », c’est-à-dire aux pasteurs des territoires romands. Deux lettres d’informations leur parviennent en retour, peut-être écrites par Guillaume Farel, acteur central de la dynamique réformatrice dans les territoires romands, dans lesquels il prêche depuis 1526, et installé comme pasteur à Neuchâtel depuis 1538 ; Christophe Fabri ou Antoine Froment, qui sont alors pasteurs de Thonon, dans le Chablais bernois, ont peut-être envoyé eux aussi des informations aux prédicateurs de Montbéliard (Guillaume Farel, 1930 : 169-417). Ces lettres romandes sont aujourd’hui perdues mais Vogler en fait une synthèse, grâce à laquelle on peut reconstituer quelques étapes du passé du personnage, telles qu’elles ont été narrées par les pasteurs des territoires romands, qui semblent bien connaître l’individu10.

  • 11 Ce pourrait être l’abbaye cistercienne du Lieu (Brécorens), dont les sources bernoises dénoncent le (...)
  • 12 Peut-être s’agit-il de Monthoux, près d’Annemasse. La cure étant sur les terres conquises par les B (...)
  • 13 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

7L’homme serait un ancien religieux, qui aurait été, à la fin des années 1520, confesseur d’une communauté féminine de « Savoie11 ». Il aurait fui la région après avoir mis une religieuse enceinte. À Rome, le pape l’aurait absous et délié de ses vœux. Il serait par la suite rentré en Savoie et aurait pris en charge une paroisse, que les réformateurs appellent tantôt « Monté » tantôt « Montoy12 ». Après la conquête de la région par les Bernois et l’imposition de la foi réformée à ses habitants (fin 1536), l’homme aurait publiquement manifesté son opposition et aurait donc dû partir pour la Bourgogne. De là, il serait arrivé près de Montbéliard, au printemps 1539, au plus tard13.

  • 14 [Anonyme], Imago prophetae novi, gravure non attribuée, [Bâle ?], [s. n.], [1539 ?], Gotha, Frieden (...)
  • 15 Jean Morin [?-1548], seigneur de Paroy (Delettre, 1850, vol. 2 : 146-147), échevin en 1522 et prévô (...)

8Des informations concordantes sont données dans une feuille volante latine, vraisemblablement publiée en 1539, à Bâle, d’après l’analyse de la lettrine et des caractères typographiques qui y sont utilisés (Koegler, 1936 : 215). Cet imprimé dénonce lui aussi ce prédicateur comme un imposteur et constitue une autre source de la feuille volante signée par Calvin14 (fig. 2). Il n’existe, dans l’état actuel des connaissances, qu’en un seul exemplaire et n’a fait l’objet que de très rares études (Schäfer, Eydinger, Rekow, 2016, 1 : 174-175 et 2 : 286). Il oppose, dans un semblable dispositif antithétique, la même gravure du « nouveau prophète » que dans la feuille volante strasbourgeoise à une lettre qu’un auteur, caché sous le pseudonyme de « Calchas Telemachus », écrit à Jean Morin, lieutenant criminel de la prévôté de Paris15. Si elle présente une illustration et une composition similaires, cette dénonciation bâloise n’a cependant pas le même contenu que celle de Strasbourg et n’est vraisemblablement pas l’œuvre de Calvin. Mon hypothèse est que la feuille volante signée Calvin s’inspire de cette feuille volante bâloise, dont le contenu est moins riche en détails et qui lui serait de peu antérieure.

Figure 2. Imago prophetae novi

Figure 2. Imago prophetae novi

[Anonyme], [Bâle ?], [s. n.], [1539 ?]. In-plano. 26, 8 × 39, 5 cm [le bas de la feuille a été coupé]. Gotha, Friedenstein Foundation, Inv. Nr. 37, 52.

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  • 16 « Fuit apud Sabaudos superiore anno, nebulo quidam circumforaneus, qui se prophetam nominavit. Is d (...)

9Dans sa lettre datée du début du mois de juillet 1539, « Telemachus » indique lui aussi à son correspondant qu’un aventurier gyrovague, se proclamant prophète, circulait « en Savoie » l’année précédente, accompagné de deux jeunes filles qu’il surnommait ses « pénitentes ». Ces dernières s’étaient toutes deux retrouvées enceintes du « prophète virginal », qui avait, de ce fait, pris la fuite en Valais. Chassé de cette région puis de Lorraine, où il avait trouvé refuge, il se trouvait depuis lors en Bourgogne16.

  • 17 Newe zeyttung von unserm Hern dem Kayser. Vom König von Franckreich. Von ettlichen Welischen Fürste (...)
  • 18 « [H]inter Strasburg bey Meinsfelgarten der zeucht im Landt hin und wider » ; « man saget ehr thue (...)
  • 19 « [I]st itzet nicht mehr dann xviii. meil wegs von Straszburg, solchs ist einem Stadt und Commetthe (...)

10Un occasionnel d’information publié à Dresde en 1539 pourrait, à son tour, évoquer cet individu (fig. 3). Dans sa dernière page, ce court imprimé informe en effet ses lecteurs de l’existence d’un « Nouveau prophète qui vient de se lever près de Strasbourg17 ». Venu de « derrière Strasbourg, près de Meinsfelgarten [Montbéliard], il parcourt le pays de long en large », « accomplit de grands miracles parmi le peuple » – « fabula », a pris soin de commenter, en marge, un lecteur du livret –, « suivi en permanence par trois ou quatre cents personnes18 ». S’il s’agit du même homme, le faux prophète dénoncé par « Telemachus » puis par Calvin circulerait ainsi aux marges du Saint-Empire au cours de l’année 1539 et, d’après les informations que l’auteur de la Newe zeyttung indique avoir reçues d’un conseiller de Strasbourg, il « ne se trouve[rait] pas à plus de dix-huit milles » de la cité alsacienne au moment de la publication de l’occasionnel19.

Figure 3. Newe zeyttung

Figure 3. Newe zeyttung

[Anonyme], [Dresde], [W. Stöckel], 1539, page de titre et sign. [a. iii vo]. In-4o. Leipzig, Universitäts Bibliothek, NeueGesch.102/18.

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Une dangereuse image parlante

  • 20 Les images volantes sont des imprimés éphémères sacrés ou profanes de grand format, imprimés sur un (...)
  • 21 « Attulit ad me isthinc Jesuphorus Albarcius prophetae cuiusdam imaginem Luteciae editam. », [Anony (...)
  • 22 « Dise bildnüs, mit denen sprüchen der schrifft, und der anzeige, wie diser Prophet solle gestaltet (...)

11Ce prédicateur itinérant a bénéficié d’une publicité imprimée et ses prodiges ont été vantés dans une image volante20, publiée à Paris. « Telemachus » indique ainsi avoir reçu d’un certain « Jesuphorus Albarcius », personnage qui, en l’état actuel de nos connaissances, demeure lui aussi caché sous son pseudonyme, « une image d’un certain prophète, publiée à Paris21 ». Calvin confirme que « cette image, avec ces passages de l’Écriture et l’indication de l’apparence de ce prophète, comment il prêche, fait des miracles et convertit les Luthériens de leurs erreurs, a été imprimée à Paris22 ». Cette image parisienne laudative est certainement celle qui est reproduite dans la partie gauche des feuilles volantes bâloise puis strasbourgeoise (fig. 1 et 2) : Calvin la désigne ainsi par le pronom démonstratif « Dise » et le mot « bildnüs », qui reprend le terme utilisé dans le titre de l’image volante parisienne. Pour mieux la dénoncer, il est stratégique de reproduire à l’identique l’image laudative qui circulait alors (De Boer, 2010 : 332). Il semble que le bois utilisé par les imprimeurs bâlois et strasbourgeois ait été réalisé à partir de la gravure parisienne d’origine, qui s’en trouve, de ce fait, inversée. Dans les feuilles volantes accusatrices, la figure prophétique pointe en effet l’index gauche et porte une croix de roseau dans la main droite, alors que l’iconographie de Jean-Baptiste, que cette image prend pour modèle, privilégie traditionnellement l’inverse.

  • 23 « Mit begnadigung. Ist feil zů Paris inn S. Jacobs gassen zům guldenen morselstein, bei Vinian Gaut (...)

12L’image volante laudative publiée à Paris n’a pu être retrouvée, mais son existence est très probable. « Vinian Gaultherot », désigné comme son producteur23, est certainement Vivant Gaultherot, imprimeur parisien dont l’activité est documentée à partir de 1534 ; l’adresse typographique mentionnée est bien celle de son officine en 1539 (Renouard, 1898 : 143 ; Mellot et al., 2019 : 622). Gaultherot, récemment installé, publie alors surtout en association avec d’autres imprimeurs (BP16, 2014-2026 : « Gaultherot, Vivant »). Dans sa situation, les images volantes, faciles, rapides et peu coûteuses à élaborer, ont pu constituer un produit intéressant. Il pourrait sembler étrange, de la part des partisans du « nouveau prophète », d’aller jusqu’à Paris pour faire imprimer une simple image. Il existait des presses en Bourgogne, mais elles n’ont fonctionné que ponctuellement jusqu’à la fin du xvie siècle, la région étant, avant cela, dépendante de grands centres de production typographique, tels Bâle, Lyon et surtout Paris (Ducout, Theurot, Vernus, 1984).

  • 24 « […] similiter multa edit miracula, quorum admiratione convertit ad fidem perditos haereticos ac a (...)
  • 25 « […] alle die güt Päpstisch sein woellen, hefften sie an ire thueren und laeden, Und ist ein gross (...)

13Dans leur partie gauche, les feuilles volantes bâloise et strasbourgeoise reproduiraient donc une image parisienne perdue, publiée en français ou en latin, et en conserveraient le dispositif caractéristique. En haut de l’image, la première ligne du titre se détache ainsi nettement du blanc de la feuille, les mots « Imago » et « Bildtnüs » attirant l’attention des spectateurs-lecteurs. Pour piquer la curiosité de ceux-ci, les termes « novi » et « newen » sont mobilisés, ce qui est très fréquent dans les titres d’ephemera (Schilling, 2018 : 7). La composition de l’image volante fait la part belle à la représentation du prophète, ce qui est typique des occasionnels relatant des prodiges, construits sur une interaction entre la force des mots et le choc de l’image (Harms, Schilling, 2008 : 21 ; Pettegree, 2014 : 89). Grâce aux blancs ménagés autour de la figure et à une gravure réalisée d’un trait épais, on peut voir l’image d’assez loin, placardée dans l’espace public ou accrochée au panier d’un colporteur (Schilling, 2018 : 5-6 ; Walsby, 2020 : 238). La place qui est accordée à cette image sur la feuille, ainsi que la mention, en légende, de l’admiration que le prophète suscite24, invitent à rapprocher cet imprimé laudatif des images de dévotion, alors très diffusées et notamment distribuées au sein des confréries religieuses (Gaston, 1910 ; Lothe, Virole, 1999). Affichées dans les maisons, ateliers ou boutiques, collées à l’intérieur de meubles ou d’accessoires de voyage, conservées au sein de livres ou portées sur soi, ces images pouvaient être des supports de prière, des instruments de protection ou même des objets-témoins de miracles (Areford, 2009 : 119-121). Ce que Calvin dit de l’usage fait de l’image qu’il critique, rejoint, au carrefour du public et du privé, ces emplois propres aux images pieuses : « Tous ceux qui veulent être de bons papistes l’affichent à leurs portes et à leurs volets. Et c’est pour eux une grande joie d’avoir acquis un tel défenseur de la Papauté et un convertisseur de Luthériens25. »

  • 26 La légende latine de la feuille volante bâloise et la légende allemande de la feuille volante stras (...)
  • 27 On comprendrait alors les divergences entre la gravure et le portrait dressé par Calvin : « […] trů (...)

14La légende décrit le prophète à grands traits, de sorte que l’œil du spectateur-lecteur fait le va-et-vient entre texte et image, qui se confortent l’un l’autre26. Le « nouveau prophète » est représenté en extérieur et en mouvement, allusion visuelle à son itinérance, précisée en légende. Il est figuré comme un homme âgé, aux cheveux clairsemés et à la longue barbe. Vêtu d’une tunique courte et lâche, il est pieds nus. Il porte une fragile croix de roseau de la main droite et pointe son index gauche (Harms, Schilling, 2005 : 34). Ces traits, ainsi que l’injonction « Poenitentiam agite » (« Repentez-vous »), l’apparentent à Jean-Baptiste prêchant dans le désert (Réau, 1974 : 438-439). Gaultherot aurait-il détourné un bois représentant le saint, comme le faisaient alors couramment les imprimeurs, qui puisaient dans leur stock pour illustrer les ephemera27 ? Qu’un bois de Jean-Baptiste ait été remployé ou son iconographie imitée, le lien visuel établi avec le saint participe à la construction du charisme du prédicateur anonyme. Image et texte présentent conjointement le type alors très courant du « nouveau prophète » annonciateur de la fin des temps, par opposition aux prophètes vétéro-testamentaires (Brady, 1967 ; Crouzet, 2005 : 163-232 ; Junod, 2008 : 15-16). Anonyme, marginal, itinérant, fascinant par sa parole libre et ses prodiges, ce prophète de pénitence stéréotypé s’oppose également aux « pronosticateurs » ou astrologues alors représentés comme des savants portant robe longue, bonnet de lettré, chaussures et livre (fig. 4 ; Crouzet, 2005 : 101-162).

Figure 4. Ein Epistel von einem newen Propheten zu Lyon in Franckreich

Figure 4. Ein Epistel von einem newen Propheten zu Lyon in Franckreich

[Anonyme], [Nuremberg], [H. Höltzel], [1502]. In-4o. 20,3 × 14,5 cm. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Res/4 Astr.P. 510, 5.

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https://www.digitale-sammlungen.de/​en/​view/​bsb00007955?page=4,5

  • 28 Voir, par exemple, « Considera nunc quo prostrata sis et projecta. Jere. 3 » / Schawe nun wahin du (...)

15Sur l’image volante publiée par Gaultherot et remployée à Bâle puis à Strasbourg, le « nouveau prophète » est figuré bouche ouverte. Son geste de l’index, caractéristique des scènes de prédication ou d’enseignement – digitus argumentalis –, représente la parole d’autorité (Christin, 2005 : 171). Il pointe certes la croix mais, au-delà, signale la colonne de texte imprimée sous le titre, bardée d’injonctions à la pénitence, très librement inspirées de versets bibliques, dont l’imprimeur a précisé les références dans la colonne de droite. Cette paraphrase lâche des Écritures, marquée par l’oralité, pourrait être une série de citations de sermons du prophète28. Les références listées à droite invitent à une recherche plus approfondie dans le texte biblique et aménagent plusieurs temps et niveaux de lecture (Wenzel, 2008 : 189-191). L’image du prophète est donc une image qui parle, dissout les frontières de l’oral et de l’écrit, et souligne le fait que l’autorité du prédicateur se construit tant sur son ethos (physique, vêtements, attitude) que sur sa parole (Junod, 2008 : 18-26).

La mobilisation d’un complexe dispositif imprimé

Une action polémique collective

  • 29 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.
  • 30 Voir la lettre de P. Toussain à G. Farel, à Neuchâtel. De Montbéliard, le 31 juillet 1539, in Hermi (...)
  • 31 Sur ce rôle de relais joué par Farel, voir la lettre de P. Toussain à G. Farel, in Herminjard, t. 5 (...)
  • 32 Les gravures étant identiques dans les deux feuilles volantes, on peut faire l’hypothèse d’un trans (...)

16Cette image parisienne laudative est diffusée « in Germania » ou « inn Deutschen landen », comme l’indique son titre, dans les feuilles volantes bâloise et strasbourgeoise qui la remploient. Ainsi, comme « Telemachus », Vogler se la procure et en envoie un exemplaire à Vadian, fin mai 153929. Ce « nouveau prophète » et son image qui circulent inquiètent les réformateurs, qui, dans les semaines suivantes30, s’organisent pour les contrer et activent des liens qui unissent, depuis le passage de Farel à Montbéliard, quinze ans plus tôt (Guillaume Farel, 1930 : 131-167), les prédicateurs de cette ville, ceux de Strasbourg et ceux des territoires romands. Les lettres de ces derniers fournissent des informations essentielles concernant le passé du « nouveau prophète »31. Si les recherches conduites jusqu’alors n’ont pas permis de reconstituer sa genèse ni son parcours jusqu’à Strasbourg, on peut penser que la feuille volante bâloise a, quant à elle, fourni une image32, un modèle de composition antithétique, ainsi que, comme on le verra, une partie des informations publiées par Calvin.

  • 33 « Und man hat dir Predicantten zu Strasburg vor einen Radt lassen beruffen, und sie befraget, was s (...)
  • 34 « […] der zeucht im Landt hin und wider, und ist itzet nicht mehr dann xviii. meil wegs von Straszb (...)

17Car c’est Calvin qui prend la plume pour répliquer à l’image volante venue de Paris, peut-être parce qu’il est celui qui a le plus de facilités pour faire rapidement imprimer un texte. À l’été 1539, il est installé à Strasbourg, où sont actives plusieurs officines d’imprimerie (Chrisman, 1990), alors qu’il n’y en a aucune à Montbéliard avant 1586 (Roux, 1905). Il y a bien des presses à Genève, mais Farel et Calvin ont été expulsés de la ville en avril 1538 (Guillaume Farel, 1930 : 360-361). À Neuchâtel, où s’est installé Farel, les presses de Pierre de Vingle sont à l’arrêt depuis l’été 1535 (Gilmont, 2007 : 2-3). Strasbourg est donc la solution. De plus, Calvin s’y est lié avec l’imprimeur Wendelin Rihel (Ritter, 1955 : 261-268 ; Reske, 2007 : 886-887), auquel il a confié la deuxième édition latine de son Institution, presque achevée en juillet 1539 (Peter, Gilmont, 1991 : 58-64 ; Gilmont, 1997 : 240-241), et qu’il a aisément pu solliciter pour l’impression de la feuille volante. Si l’on admet que la Newe zeyttung parle du même prédicateur que celui que « Telemachus » et Calvin dénoncent, les autorités strasbourgeoises ont pu être directement impliquées dans cette entreprise polémique : d’après l’auteur de l’occasionnel, le Conseil de la cité a demandé aux pasteurs de la ville leur avis sur le prédicateur itinérant33. Les autorités ont pu s’inquiéter de la présence de cet individu qui « parcourt le pays de long en large », qui se rapproche de la ville et que « beaucoup de gens à Strasbourg [ont] vu34 », et encourager les pasteurs à alerter le public. À la même période, Calvin prend plusieurs fois la plume à la demande des réformateurs strasbourgeois (Szczech, 2016 : 687-695), au point que Jean-François Gilmont le présente alors comme le « secrétaire » de Martin Bucer (Peter, Gilmont, 1994 : 1112) : à l’été 1539, il a peut-être de nouveau porté la parole collective des pasteurs de la ville.

18Les exemplaires conservés de la feuille volante signée Calvin ont, en tout cas, tous été produits à Strasbourg. On y distingue trois éditions :
– a. Strasbourg, BNUS, R.10.613 et Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22 ;
– b. Londres, British Library, 1865.c.10.(33.) ;
– c. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 2/9 et Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro.

Figure 5. Trois éditions de la feuille volante strasbourgeoise signée par Jean Calvin

Figure 5. Trois éditions de la feuille volante strasbourgeoise signée par Jean Calvin

a. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22. © Public Domain Mark
b. Londres, British Library, 1865.c.10.(33.). © Droits réservés
c. Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, Vadianische Sammlung der Ortsbürgergemeinde, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. © Creative Commons BY-NC

19La gravure du prophète, reprise de la feuille volante bâloise, est la même dans les trois éditions, mais les caractères, la lettrine, la disposition du texte et son orthographe présentent des variantes (fig. 5 et 6).

Figure 6. Détails des trois éditions de la feuille volante

Figure 6. Détails des trois éditions de la feuille volante

a. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22. © Public Domain Mark
b. Londres, British Library, 1865.c.10.(33.). © Droits réservés
c. Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, Vadianische Sammlung der Ortsbürgergemeinde, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. © Creative Commons BY-NC

20Les lettrines et les caractères permettent l’attribution des éditions a et b à Wendelin Rihel et de l’édition c à Jakob Frölich, lui aussi installé à Strasbourg (Ritter, 1955 : 326 ; Reske, 2007 : 883-884). On ne sait, en revanche, dans quel ordre ces éditions sont parues. Peut-être ont-elles été, dans l’urgence, publiées concomitamment, les presses de Rihel et celles de Frölich travaillant en parallèle. L’existence de trois éditions témoigne en tout cas d’un effort important de la part des acteurs engagés dans cette opération polémique.

  • 35 « Sin leben ist zu Strasburg gedruckt ussgangen. Jörg Kell auff dem Spital zu Altstädten hat. So in (...)
  • 36 Zurich, ZB, PAS II 12/22 (disponible en ligne : https://doi.org/10.7891/e-manuscripta-92142 [consul (...)
  • 37 Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. Disponible en ligne : ht (...)

21Les éditions conservées de la feuille volante signée par Calvin sont toutes en allemand et adaptées au public germanophone de cette région de frontière linguistique – au comte Georges et à sa cour (Debard, 1983 : 1), mais aussi aux spectateurs-lecteurs des territoires alsaciens et des cantons suisses germanophones35. Preuves de la circulation de cette version allemande vers les cantons alémaniques, deux des exemplaires conservés36 proviennent de la célèbre collection du pasteur zurichois Johann Jakob Wick (Harms, Schilling, 2005 ; Mauelshagen, 2011) ; un autre37 est relié dans les Sabbata, chronique manuscrite rédigée par Johannes Kessler, enseignant et pasteur de Saint-Gall (Gamper, Gantenbein, Jehle, 2003). Calvin ne maîtrisant pas l’allemand, cette version a forcément fait intervenir un traducteur, ce qui ne devait pas manquer à Strasbourg. Il a dû exister une version française de l’imprimé, indispensable pour s’adresser aux francophones de Montbéliard et des environs. Peut-être Calvin et ses éditeurs strasbourgeois ont-ils également produit une version latine. Il n’y a malheureusement plus de trace de ces possibles éditions ni de leur circulation. Les éditions conservées montrent, en tout cas, que la production de cette feuille volante strasbourgeoise est une entreprise collective, informateurs, autorités locales, auteur, graveur, traducteur et imprimeurs unissant leurs efforts afin de publier un imprimé des plus efficaces.

Une confrontation imprimée

22En raffinant la stratégie mise en œuvre dans la feuille volante bâloise, l’équipe éditoriale strasbourgeoise tente de contrer le faux prophète en détournant le dispositif que ses partisans ont mis en place : à l’imprimé illustré venu de Paris, il faut répondre par un contre-imprimé également illustré ; à l’argumentation par l’ethos déployée par le prophète et ses soutiens, il convient de répliquer par la construction d’un anti-ethos, qui viendra ruiner la réputation de celui que les réformateurs considèrent comme un dangereux imposteur. Comme sa probable source bâloise, la feuille volante strasbourgeoise signée par Calvin est ainsi imprimée in-plano, au format paysage, et s’apparente à la double page d’un livre ouvert, les deux parties de la feuille fonctionnant par antithèse (fig. 1 et 5).

23L’adresse de Calvin aux lecteurs, imprimée dans le plus grand corps de caractères de la composition, attire l’œil, les mots « Gnad und frid von Got, durch unseren herren Iesum Christum, allen fromen christen » (« Grâce et paix de la part de Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ, à tous les pieux chrétiens ») constituant une réplique directe au « Poenitentiam agite » du « nouveau prophète » : alors que ce dernier appelle ses auditeurs-spectateurs-lecteurs à la pénitence, Calvin leur rappelle que la rédemption ne s’acquiert pas par les œuvres, mais qu’elle est donnée par « grâce », « à tous les pieux chrétiens », qui peuvent donc aller en paix. À la composition complexe de l’image volante parisienne est opposée la simplicité de la réponse de Calvin, qui, comme dans l’imprimé signé « Telemachus », est présentée en un seul bloc dense : le texte écrase ainsi l’image et les divers discours qui l’entourent. Au bas de la feuille volante strasbourgeoise, c’est le nom de Calvin qui répond à l’adresse typographique de Gaultherot, ce qui est inhabituel pour un occasionnel. Alors que l’auteur de la feuille volante bâloise s’était masqué sous un pseudonyme, la visibilisation du nom de Calvin permet de profiter de sa réputation, qui grandit alors de plus en plus (Szczech, 2016 : 542-556).

  • 38 Sur ce point, voir l’article de Brigitte Roux, dans ce même numéro.
  • 39 L’auteur de la feuille volante bâloise adopte, à cet égard, un pseudonyme tout à fait significatif, (...)

24Cette composition antithétique est l’un des dispositifs possibles des Flugblätter et autres imprimés de polémique confessionnelle et l’on trouve, en particulier dans l’espace germanique, bien des exemples qui confrontent ainsi l’idéal de la Réforme et la critique de l’Église romaine (Reumann, 1966 ; Oelke, 1992 : 247). Le dispositif du Passional Christi et Antichristi (1521), adapté à Strasbourg puis à Neuchâtel et à Genève par les proches de Farel dans les Faictz de Jesus Christ et du pape (1533-1534 et 1538-1542), organise ainsi cette antithèse au moyen de deux images distinctes, qui se font face sur une double page38. À partir du milieu des années 1520, thèse et antithèse sont souvent réunies en une seule image (Oelke, 1992 : 248), comme dans le Flugblatt d’Erhard Schoen, La Différence entre un moine et un chrétien (Nuremberg, fin des années 1520), qui oppose deux locuteurs et leurs discours, en recréant une situation de dispute (Christin, 2005). Comme dans sa probable source bâloise, la feuille volante strasbourgeoise oppose, quant à elle, deux compositions différentes. Pour affronter le « nouveau prophète », on n’y trouve pas de représentation de Calvin ni de figure pastorale générique : le texte seul porte la contradiction. Refuser ainsi la représentation du locuteur est une manière de dénoncer le charisme du faux prophète, hypocritement construit sur les apparences, et dont l’image a en outre pu être le support d’une vénération superstitieuse. La composition même des feuilles volantes bâloise et strasbourgeoise affirme que la vérité n’a pas besoin de l’aura de son énonciateur, mais qu’elle triomphe dans la simplicité des mots39.

Une argumentation par l’anti-ethos

  • 40 « Telemachus » ne consacre que huit lignes au parcours du « nouveau prophète » (voir n. 15) alors q (...)
  • 41 « […] gewoellet ein newer Bůsprediger sein, in einem dorff heisset Monte, trůge ein gantz lang haar (...)
  • 42 « Wohnet in einer hůlen, wie ein keller, darueber doch ein klein hütlin war, name sich an er schlie (...)
  • 43 « In dem loch ist er aber etliche mal ergriffen worden in leichtsinnigen zechen mit seinen Bůszdoec (...)
  • 44 J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 21-29. « Telemachus » est le seul à mention (...)

25Plutôt qu’une démonstration théologique, Calvin propose une argumentation par l’ethos et écrit une anti-vie, qui déconstruit la partie gauche de l’imprimé, en mobilisant les lieux communs de la critique des mœurs du clergé. Le prédicateur anonyme se donne l’apparence d’un prophète, mais son parcours est tout sauf vertueux, comme Calvin cherche à le démontrer par un récit chronologique, qu’il tisse à partir d’informations puisées dans la correspondance et dans la feuille volante bâloise, mais qui se révèle bien plus précis et ironique que la déploration de « Telemachus40 ». « Il a voulu être un nouveau prédicateur de pénitence, dans un village nommé Monté. Il portait de très longs cheveux et barbe, et une robe qui traînait après lui de presque une demi-aune41 », écrit Calvin, qui amplifie les détails donnés dans la légende de l’image volante parisienne pour présenter d’emblée le prédicateur comme une figure de l’excès. Le réformateur fait ensuite écho au dépouillement du prophète, que soulignait l’image volante laudative (« Geht garnach blos [Il va pieds nus] ») : « Il demeurait dans une grotte, semblable à une cave, au-dessus de laquelle il y avait tout de même une petite cabane, où il prétendait dormir directement sur la terre nue [« blosser »]42 ». Le verbe « prétendait » ouvre néanmoins une entreprise de renversement de toute l’argumentation qui était déployée dans l’imprimé parisien : « On l’a pourtant surpris plusieurs fois dans ce trou, faisant des libations insouciantes avec ses pénitentes. On ne croyait pas ceux qui l’avaient surpris, jusqu’au jour où il a engrossé deux de ces jeunes pénitentes, “Penitentialium”, ainsi qu’il les nomme43. » Calvin poursuit son récit en évoquant les différents lieux que le « nouveau prophète » a parcourus : Valais, Savoie, Lorraine, Bourgogne ne sont pas les terres de mission vers lesquelles le marcheur de l’image semble se rendre, mais des terres de débauche, et celui qui appelle à grands cris à la pénitence mène en réalité une vie dissolue sur les chemins qu’il emprunte44.

  • 45 Ibid., l. 29-35.
  • 46 Ibid., l. 29-35. Ces informations se trouvent dans la lettre que Calvin a reçue de Toussain (Hermin (...)
  • 47 Ibid., l. 35-36. Cette précision est également fournie par la lettre de Toussain.

26La colonne de citations homilétiques et les renvois bibliques, qui donnaient autorité à la parole du « nouveau prophète » dans l’image parisienne, sont eux aussi renversés par Calvin : ce faux prophète ne prêche pas mais vocifère, habité par la violence45. Calvin oppose « Pierre Toussain, un homme pieux et instruit », qu’il appelle systématiquement « le prédicateur », à ce soi-disant « nouveau prophète », qu’il ne désigne que d’un simple « il » et qu’il décrit comme un agitateur refusant le débat46. Calvin prétend enfin que l’individu, présenté, dans l’image volante parisienne, comme un nouveau Jean-Baptiste sans attaches et mû par Dieu, est en réalité soutenu par le clergé catholique local et est aux ordres des autorités bourguignonnes47.

  • 48 K. Lykosthenes, Wunderwerck, Bâle, H. Petri, 1557, p. 308, 387, 505 (De Boer, 2010 : 339).

27Dans un récit dense, qui puise dans différentes sources mais témoigne de son inventio de polémiste, Calvin démonte ainsi les différents arguments avancés par l’image volante parisienne, afin qu’elle en perde peu à peu toute force de conviction. La gravure d’origine change alors de sens et, déconstruite, devient la représentation non plus du nouveau, mais bien du faux prophète : l’imposteur se trouve pris à son propre piège. C’est avec cette signification nouvelle que l’image est remployée par la suite : considérée comme suffisamment typique et efficace, elle est, par exemple, réutilisée par Konrad Lykosthenes, qui, dans son Wunderwerck (fig. 7), la mobilise pour illustrer plusieurs histoires de faux prophètes48.

Figure 7. Wunderwerck

Figure 7. Wunderwerck

Konrad Lykosthenes, Bâle, H. Petri, 1557, p. cccviii. Zurich, Zentralbibliothek, NM 50 | G.

© Public Domain Mark.
https://doi.org/​10.3931/​e-rara-49776

Vers Montbéliard et au-delà ?

Un problème local à résoudre

  • 49 « Folgt im über die mass ain gros volk nach. », lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. (...)
  • 50 « […] multis imponere […] », lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 343.
  • 51 « Homo impurus, scelerosus, et immani impudentia. […] pro Divo obducitur […] », [Anonyme], Imago pr (...)
  • 52 « […] er noch bei etlichen ein ansehen hat, nemlich bei den einfeltigen. », J. Calvin, Bildtnüs ein (...)
  • 53 « […] volge yhm stetz nach in die drey oder vier hundert person. » ; « Auch so sein viel leuthe in (...)
  • 54 Lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 344-345.
  • 55 J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 42-43.

28Cette affaire a un ancrage local certain, dont témoigne la correspondance des réformateurs. Le texte de Calvin est d’abord une mise en garde adressée, probablement en plusieurs langues, aux fidèles de Montbéliard, de Strasbourg et de leur région. Comme l’indiquent les lettres des prédicateurs de Montbéliard, le « nouveau prophète » a en effet du succès : « une grande multitude le suit », écrit Vogler49 ; « il trompe beaucoup de gens », confirme Toussain50. « Telemachus » écrit lui aussi qu’il est « un homme impur, scélérat et d’une monstrueuse impudence », qui est pourtant « tenu pour divin51 », ce que reprend Calvin, qui indique qu’il s’est acquis « l’estime de plusieurs, notamment des gens simples52 ». L’auteur de la Newe zeyttung souligne, lui aussi, le succès du prédicateur itinérant : « Il est suivi en permanence par trois ou quatre cents personnes », « beaucoup de gens à Strasbourg l’ont vu53 ». Toussain explique en outre que l’individu peut compter sur des partisans, qui l’entourent et le protègent54, ce que Calvin répète55.

  • 56 « Principes nostri obliti sunt Domini, nec ulla vera habetur gloriae Dei, pauperum, et aequitqtis r (...)
  • 57 « In dem sihe aber, fromer Christ, wie die leut woellen verfueret sein, und wie das den Oberkeiten (...)

29Ce personnage charismatique fait irruption aux confins de la Bourgogne et du comté de Montbéliard, dans un espace de frontière religieuse : alors qu’Ulrich de Wurtemberg et son demi-frère Georges se sont ralliés aux idées évangéliques (Viénot, 1900 ; Schukraft, 2005 ; Debard, 2005), le gouverneur de Bourgogne, représentant Charles Quint, le parlement de Franche-Comté, les autorités de la ville de Besançon ainsi que l’archevêque luttent, depuis le début des années 1520, contre toute diffusion des idées nouvelles dans leurs territoires (Richard, 1851 : 202-211). Le « nouveau prophète » surgit donc dans un espace d’affrontement confessionnel. Fort du soutien du clergé et des autorités de la province ecclésiastique de Besançon, il apparaît alors particulièrement dangereux. En effet, au milieu de l’année 1539, la Réforme du comté de Montbéliard s’enlise, au grand dam de Toussain et de ses collègues. Le comte Georges a aboli la messe dans toute la cité, le 17 novembre 1538 ; le 5 mars 1539, il a fait retirer les reliques et les images de la chapelle castrale Saint-Maimbœuf ; une première cène a même été célébrée le 6 avril 1539, jour de Pâques. Mais la mise en place d’un nouvel ordre ecclésiastique tarde à venir et les treize premiers pasteurs du comté n’y seront installés qu’en 1540. À l’été 1539, le manque d’empressement du comte et le ralentissement de la dynamique réformatrice inquiètent les prédicateurs évangéliques. « Nos princes ont oublié le Seigneur », se lamente Toussain. « Il n’y a chez eux aucun véritable souci de la gloire de Dieu, des pauvres et de la justice. Chacun fait ce qu’il veut en toute impunité. On laisse les paysans sans pasteurs, au milieu des loups56 ». Dans ces circonstances, comme « Telemachus » exhortait le lieutenant Morin à intervenir contre le charlatan, peut-être Calvin en appelle-t-il directement au comte Georges, quand il regrette que les autorités ne fassent rien pour arrêter le faux prophète57. Ce dernier, qui célèbre une messe par jour, défie les prédicateurs évangéliques, dont les élans réformateurs se voient freinés, et il jette le trouble parmi les habitants de la ville et des campagnes, déstabilisés par une Réforme imposée par le souverain, mais encore privée d’institutionnalisation (Viénot, 1900 : 67). Conscients de l’enjeu que constituent la cité et, plus largement, le comté de Montbéliard, qui est une tête de pont évangélique aux marges de la Franche-Comté habsbourgeoise, les réformateurs se doivent d’agir.

30Si l’on tient compte de la Newe zeyttung, les conseillers et pasteurs de Strasbourg ont pu considérer le « nouveau prophète » comme une menace pour leur propre territoire et donc encourager, voire commanditer l’intervention écrite de Calvin. Celui-ci est en contact avec les réformateurs de Strasbourg depuis 1535 au moins et il est installé dans la cité alsacienne depuis l’automne 1538. Ses compétences de polémiste commencent à être largement reconnues (Szczech, 2016 : 550-552). Les autorités strasbourgeoises ont donc pu le solliciter pour dénoncer le prédicateur anonyme : l’influence de ces commanditaires expliquerait pourquoi l’intervention de Calvin suit – exception dans son œuvre polémique – le modèle des feuilles volantes germaniques (Chaix, 2000), dont la cité alsacienne est alors l’un des pôles de production les plus importants et au sein de laquelle il a pu compter sur des savoir-faire éprouvés. Montbéliard, les territoires romands et la ville de Strasbourg se trouveraient ainsi engagés dans une lutte commune.

Un public français ?

  • 58 « Und bedencke ein jeder fromer Christ, was das für ein erschroeckliche grausame plage Gottes seie, (...)
  • 59 « Quid agimus mi Morine, si hic propheta ille est, de quo Parisienses mei scribunt ? [Que faire, mo (...)

31L’image volante louant les mérites du prophète anonyme a circulé dans le royaume de France, notamment à Paris. Non sans ironie, Calvin déplore en effet, dans sa conclusion, que « de si gros mensonges aient pu prendre autant de place à Paris, dans la capitale si renommée d’un si magnifique royaume, de tous le plus chrétien, si ce nom doit avoir une quelconque valeur, où se trouve la plus haute des hautes écoles et où devraient se trouver les théologiens les plus savants58 ». Comme l’écrivait déjà « Telemachus »59, on connaissait à Paris les exploits du prophète et l’imprimé qui les publiait. L’image volante de Gaultherot est publiée « avec permission », ce qui implique qu’elle a été approuvée par la faculté de théologie, qui est alors chargée de la censure préalable des imprimés et aurait eu tout intérêt à la voir circuler (Farge, 1992 : 33, 47-48).

  • 60 « Der herre erbarme sich iren, und aller deren denen das heilsame Evangeli, mit solchen tuecken und (...)
  • 61 Catalogue des actes de François Ier, op. cit., vol. 4, p. 14.

32Dans cette perspective, si elle a connu une version française ou latine, la dénonciation strasbourgeoise pourrait viser un public élargi au royaume de France. Calvin semble le confirmer, priant pour que « le Seigneur ait pitié d’eux [les partisans montbéliardais du faux prophète] et de tous ceux dont le saint Évangile est détourné par de telles ruses et violences60 ». Par ces mots, il pourrait désigner les évangéliques français, dont la persécution s’est accrue à l’été 1539 et dont le sort préoccupe, au plus haut point et depuis plusieurs mois, les réformateurs des territoires suisses et germaniques. C’est en effet à cette période que François Ier renforce les outils juridiques de répression des hétérodoxes. Le 24 juin 1539 est notamment promulguée une ordonnance qui intime aux juges séculiers et ecclésiastiques de coopérer dans la lutte contre l’hérésie61. Même si cette décision est difficilement applicable, elle témoigne de la détermination royale à extirper plus efficacement l’hérésie (Monter, 1999 : 85-96). Face à cette répression renforcée, il n’est pas envisageable de laisser circuler sans réagir une image qui loue les hauts faits d’un « nouveau prophète » convertisseur de « luthériens ». La diffusion de la réponse de Calvin dans le royaume de France, et tout particulièrement à Paris, pourrait ambitionner de faire échec à cette entreprise de déstabilisation, de rétablir la vérité et de conforter les évangéliques, alors particulièrement vulnérables. La feuille volante publiée à Strasbourg dépasserait ainsi les seuls enjeux locaux pour s’inscrire dans une action politico-religieuse collective plus vaste, par laquelle les réformateurs plaident pour le salut des évangéliques français et tentent de convaincre François Ier de mettre fin à sa politique répressive (Szczech, 2016 : 713-719).

Un métadiscours sur le ministère pastoral

33On peut, plus largement, intégrer la dénonciation par Calvin du « nouveau prophète » aux réflexions sur la nature et les contours de la charge pastorale, qui s’intensifient alors parmi les réformateurs. La feuille volante de 1539 participe de ce métadiscours, alors que s’élabore la doctrine calvinienne du ministère, dont la précision progressive doit beaucoup à l’expérience strasbourgeoise de Calvin, au tournant des années 1530-1540 (McKee, 2016 : 17-38). En dénonçant le prédicateur installé aux abords de Montbéliard, Calvin repousse au plus loin ce que la parole prophétique spontanée peut avoir de déstabilisant pour une Église en voie d’institutionnalisation. Il fait du « nouveau prophète » un faux prophète, en excluant ainsi de l’Église ce type de figure charismatique et de discours subversif : la fonction prophétique ne peut plus être assumée désormais que par les seuls pasteurs (Engammare, 1998 : 648 ; Millet, 1998 : 68-69 ; Balserak, 2014 : 55-64 ; Szczech, 2016 : 584-590). Dans cette perspective, la feuille volante de 1539 contribue, par la négative, à construire l’autorité pastorale, à une période où s’engage une dynamique nouvelle de fermeture du ministère réformé de la Parole (Beraud, Bernat, Rauwel, 2023).

*

  • 62 « Der hailig falsch prophett ist gfangen gelegen ; wais nie, wohin verwißen ; sin armen bettel (etw (...)
  • 63 « Et dabo posthac operam, pro mea virili, ut hujus impostoris iniquitas retegatur in hac vicinia. » (...)

34Le 9 août 1539, Vogler écrit à Vadian que « le saint faux prophète a été emprisonné » et que « personne ne sait où il a été expulsé ». Moquant la pseudo-pauvreté volontaire de l’individu, il ajoute qu’« il a laissé derrière lui son maigre butin (quelque chose comme sept ou huit mille francs)62 ». Les sources ne permettent pas de déterminer si la dénonciation signée par « Telemachus » ou la feuille volante produite par les réformateurs ont joué un rôle dans ces événements, mais l’action concertée des réformateurs en avait en tout cas l’ambition – « je m’efforcerai, autant que je le pourrai, de dévoiler l’iniquité de cet imposteur dans cette région. », promettait ainsi Toussain63. L’imprimé de 1539 est ainsi un témoin de la collaboration entre plusieurs pôles de la Réforme, aux frontières du Saint-Empire, et invite à poursuivre les recherches sur le fonctionnement réticulaire de l’action réformatrice, au tournant des années 1530-1540.

35En participant à cette entreprise collective, Calvin fait l’expérience de l’antithèse, bien connue des polémistes germaniques et des premiers collègues de Farel. Si le format de la feuille volante n’est plus employé par la suite dans l’œuvre polémique de Calvin, la confrontation imprimée de 1539 y fait date : cette stratégie du face-à-face a dû faire la preuve de son efficacité, puisque le polémiste la reprend, dès 1541, dans son commentaire au Consilium de Paul III (Peter, Gilmont, 1991 : 1109-1112). C’est la confrontation paragraphe par paragraphe qui y est adoptée, et non plus la confrontation de deux pages. Si le dispositif imprimé de 1539 se perd, le principe de l’antithèse demeure donc et devient l’une des stratégies polémiques préférées de Calvin.

36L’étude de la feuille volante strasbourgeoise de 1539 permet de présumer l’existence de plusieurs imprimés disparus, que l’on a cherché à intégrer à l’analyse, en suivant une perspective micro-historique de bibliographie matérielle. Dans la lignée de travaux récents qui interrogent à nouveaux frais « the legion of the Lost » (Pettegree, 2016), cette étude de cas invite à prendre en considération ces fantômes imprimés, à « documenter l’invisible » et, plus encore lorsqu’il s’agit d’envisager des ephemera conçus pour être utilisés plutôt que conservés (Limbach, 2016 ; Pettegree, 2016 : 9-12), à intégrer les « lost books » aux corpus d’étude ainsi qu’à l’analyse des usages modernes de l’imprimé.

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Notes

1 Je remercie l’Institut d’histoire de la Réformation (Université de Genève), qui m’a accueillie dans ses locaux pour la préparation de cet article. Je suis très reconnaissante à Ueli Zahnd, qui a vérifié les traductions des sources rédigées en allemand du xvie siècle, ainsi qu’à Daniela Solfaroli Camillocci, Geneviève Gross, Brigitte Roux, Paolo Sachet et Hadrien Dami, pour leur aide et leurs relectures attentives.

2 La feuille volante (broadsheet ; Flugblatt) est « une feuille publiée isolément, imprimée sur un seul côté et destinée à être lue sans être pliée » (IFLA, 2011 : 320). Au xvie siècle, ces pièces, de format variable, combinaient souvent texte et image et pouvaient être affichées, distribuées ou vendues. Elles publiaient des contenus aussi bien administratifs que commerciaux, informatifs, polémiques ou littéraires (Bruni, 2017 ; Pettegree, 2017 ; Schilling, 2018 : 4-5).

3 Strasbourg, BNUS, R.10.613 (la cote E 14037, également citée dans la Bibliotheca calviniana, est une erreur : après vérification auprès de ses services, il s’avère que la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg ne possède pas d’autre exemplaire de la feuille volante) ; Londres, BL, 1865.c.10.(33.).

4 Zürich, ZB, PAS II 12/22 (https://www.ustc.ac.uk/editions/750202). Cette édition est attribuée, de manière erronée, à Vivant Gaultherot ; Londres, exemplaire signalé dans la Bibliotheca calviniana (https://www.ustc.ac.uk/editions/182308).

5 [Anonyme] et J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, auß Franckreich herbracht, und jetz erstlich inn Deutschen landen ausgangen, gravure non attribuée et traducteur vers l’allemand anonyme, [Strasbourg], [W. Rihel], [1539 ?]. Strasbourg, BNUS, R.10.613. Disponible en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94010322 (consulté le 14 avril 2026).
Autre exemplaire de cette édition : Zürich, ZB, PAS II 12/22. Disponible en ligne : https://doi.org/10.7891/e-manuscripta-92142 (consulté le 14 avril 2026). Mes citations sont tirées de cet exemplaire zurichois.
Id., Bildtnüs eins newen Propheten, auß franckreich herbracht, und jetz erstlich inn Deutschen landen außgangen, gravure et trad. anon., [Strasbourg], [W. Rihel], [1539 ?]. London, BL, 1865.c.10.(33.).
Id., Bildtnuß eins nüwen Propheten, uß franckrych herbracht, und yetz erstlich in Tütschen Landen ußgangen, gravure et trad. anon., [Strasbourg], [J. Frölich], [1539 ?]. Zürich, ZB, PAS II 2/9. Disponible en ligne : https://doi.org/10.7891/e-manuscripta-92164 (consulté le 14 avril 2026). Dans cet exemplaire, la première ligne du titre de l’image volante (partie gauche de l’imprimé) et plusieurs lignes de texte en bas de la feuille manquent.
Autre exemplaire de cette édition : Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, Vadianische Sammlung der Ortsbürgergemeinde, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. Disponible en ligne : https://doi.org/10.5076/e-codices-vad-0072 (consulté le 14 avril 2026).

6 Lettre de J. Vogler à J. von Watt, dit Vadian, à Saint-Gall. De Montbéliard, 26 mai 1539, in Die Vadianische Briefsammlung der Stadtbibliothek St. Gallen, édition de E. Arbenz, Saint-Gall, Fehr, 1902 [abrégé VB par la suite], fasc. 4, no 1059, p. 556.

7 « [I]mpostorem [qui] falsaque et ementita sanctitatis specie multis imponere » : lettre de P. Toussain à J. Calvin, à Strasbourg. De Montbéliard, 28 juin 1539, in Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française recueillie et publiée avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques, édition de A.-L. Herminjard, t. 5, Genève/Bâle/Lyon, H. Georg, Paris, G. Fischbacher, 1878 [abrégé Herminjard par la suite], p. 343.

8 Par « luthériens », l’homme ne désigne pas seulement des disciples de Luther, mais utilise ce terme dans une perspective simplificatrice et polémique, comme le font alors de nombreux controversistes et acteurs de la lutte contre les hétérodoxes de la foi, pour désigner toutes sortes de partisans d’une réforme de l’Église, dans une période où les frontières confessionnelles ne sont pas encore fixées.

9 Lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, p. 344-345.

10 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

11 Ce pourrait être l’abbaye cistercienne du Lieu (Brécorens), dont les sources bernoises dénoncent les scandales et qui a été fermée en 1538 (Herminjard, t. 5, p. 348-349, n. 5).

12 Peut-être s’agit-il de Monthoux, près d’Annemasse. La cure étant sur les terres conquises par les Bernois en 1536, il ne peut s’agir de Monthey (Valais), comme le propose, sans certitude, Herminjard (ibid., n. 4).

13 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

14 [Anonyme], Imago prophetae novi, gravure non attribuée, [Bâle ?], [s. n.], [1539 ?], Gotha, Friedenstein Foundation, Inv. Nr. 37, 52. J’adresse tous mes remerciements à Brigitte Roux, qui m’a signalé cet imprimé.

15 Jean Morin [?-1548], seigneur de Paroy (Delettre, 1850, vol. 2 : 146-147), échevin en 1522 et prévôt de Paris en 1524 (Registre des délibérations du bureau de la ville de Paris, éd. par A. Tuetey, t. 2, Paris, Imprimerie nationale, 1886, p. 58, n. 10), a été lieutenant du bailliage de Paris (Catalogue des actes de François Ier, vol. 1, Paris, Imprimerie nationale, 1887, p. 685, no 3583, 4 janvier 1530), et, en cumul, lieutenant criminel de la prévôté du 28 décembre 1529 (ibid., p. 683, no 3572) au 30 mai 1544. Par la suite, il fut fait lieutenant civil de la prévôté de Paris (ibid., vol. 4, Paris, Imprimerie nationale, 1890, p. 618, nos 13887, 13888 et 13889). Morin est connu des autorités bâloises, qui lui ont notamment écrit le 3 mai 1538, pour plaider la cause des libraires Conrad Resch et Jean Frellon, soupçonnés de vendre des livres interdits à Paris (Herminjard, t. 5, p. 7-8).
Les recherches réalisées pour cet article n’ont en revanche pas permis de déterminer qui lui a écrit sous le pseudonyme de « Calchas Telemachus ». D’après sa lettre, cet auteur écrit de Dole et semble connaître la région et son actualité récente. Il compte, outre Morin, des amis à Paris. Il est nourri d’une culture humaniste et pourrait appartenir au milieu intellectuel local, peut-être à l’université de Dole. Il déplore l’état de l’Église, mais se positionne à l’écart de ceux qu’il appelle « les luthériens », ce qui le situerait dans la nébuleuse des partisans d’une réforme de l’Église sans rupture : de manière significative, il conclut sa lettre en appelant à une purification de l’Église, qui doit « commencer par nous-mêmes ».

16 « Fuit apud Sabaudos superiore anno, nebulo quidam circumforaneus, qui se prophetam nominavit. Is duas puellas apud illam gentem circumduxit : quas professionis suae nomine Poenitentiales appellavit. Ecce paucis mensibus uterum gerere illae coeperunt. Ob eamque rem in periculum vocatus, virginalis propheta, effugit, et ad Valesianos confugit. Itaque ab his etiam ejectus transiit ad Lotharingos, apud quos iam ei crux parata est, et in cruce penderet nisi erupisset. Tandem in Burgundia latebras suorum scelerum invenit : apud quos etiam nunc refugium habet. », [Anonyme], Imago prophetae novi, p. droite, l. 12-19.

17 Newe zeyttung von unserm Hern dem Kayser. Vom König von Franckreich. Von ettlichen Welischen Fürsten. Vom Newen Propheten, so itzt bey Straszburg auffgestanden ist, [Dresde], [W. Stöckel], 1539. Je remercie très sincèrement Ueli Zahnd de m’avoir signalé cet occasionnel.

18 « [H]inter Strasburg bey Meinsfelgarten der zeucht im Landt hin und wider » ; « man saget ehr thue grosse wunder im volgke » ; « volge yhm stetz nach in die drey oder vier hundert person », ibid., sign. [a iii vo].

19 « [I]st itzet nicht mehr dann xviii. meil wegs von Straszburg, solchs ist einem Stadt und Commetther zu Straszburgk zugeschrieben. », ibid.

20 Les images volantes sont des imprimés éphémères sacrés ou profanes de grand format, imprimés sur un simple recto, qui font la part belle à la gravure et peuvent y associer quelques lignes de texte explicatif (Chartier, 1982 : 707-710).

21 « Attulit ad me isthinc Jesuphorus Albarcius prophetae cuiusdam imaginem Luteciae editam. », [Anonyme], Imago prophetae novi, p. droite, l. 4-5.

22 « Dise bildnüs, mit denen sprüchen der schrifft, und der anzeige, wie diser Prophet solle gestaltet sein, predigen, wunderzeichen thün, und die Lutheraner von iren irthumben bekeren, hat man zu Paris gedrucket. », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 4-7.

23 « Mit begnadigung. Ist feil zů Paris inn S. Jacobs gassen zům guldenen morselstein, bei Vinian Gautherot. 1539 » (ibid., bas de la partie gauche). Le bas de la feuille volante bâloise ayant été coupé, la mention de Gaultherot a disparu mais demeure son adresse : « Veneunt Lutetiae in vico divi Iacobi, ad insigne mortarii aurei, », [Anonyme], Imago prophetae novi, bas de la p. gauche.

24 « […] similiter multa edit miracula, quorum admiratione convertit ad fidem perditos haereticos ac amentes Lutheranos. », ibid., p. gauche, légende ; « […] des gleichen thuot er auch vil wunderzeichen, aus welcher verwunderung, bekeret er zuom glauben die verderbte ketzer, und sinnlosen Lutheraner », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. gauche, légende.

25 « […] alle die güt Päpstisch sein woellen, hefften sie an ire thueren und laeden, Und ist ein grosse freud, das sie ein solchen verfechter des Papstumbs, und bekerer der Lutherischen [sic] uberkomen haben. », ibid., p. droite, l. 7-9.

26 La légende latine de la feuille volante bâloise et la légende allemande de la feuille volante strasbourgeoise sont identiques et reprennent certainement celle de l’image volante parisienne de Gaultherot : « Haec est imago ac viva effigies sancti cuiusdam viri, aetate sexagenarii, qui nunc agit apud Mompelgardiam, Germaniae oppidum, quod octo miliaribus distat ab Argentina. Is autem procero est corpore, cana barba, et ad cincturam usque protensa. Nudus ferè incedit, concionatur, ac quotidie Missam celebrat : similiter multa edit miracula, quorum admiratione convertit ad fidem perditos haereticos ac amentes Lutheranos. », [Anonyme], Imago prophetae novi, p. gauche, légende ; « Dis ist die bildnůs und controfeitung eins heiligen mans, seines alters setzigjaerig, der sich jetzt heltet zů Mompelgart, ein stat inn Deutschland, gelegen acht meilen von Strasburg. Diser man aber ist gerad von leib, hat ein grawen bart, der im bis uff den guertel reicht. Geht garnach blos, prediget, und haltet taeglich ein Messe, des gleichen thůt er auch vil wunderzeichen, aus welcher verwunderung, bekeret er zům glauben die verderbte ketzer, und sinnlosen Lutheraner. », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. gauche, légende.

27 On comprendrait alors les divergences entre la gravure et le portrait dressé par Calvin : « […] trůge ein gantz lang haar unn bart, und ein rock der im schier eine halbe elenachgieng. [Il portait de très longs cheveux et barbe, et une robe qui traînait après lui de presque une demi-aune.] » (ibid., p. droite, l. 15-16), alors que les cheveux et la tunique du prophète de la gravure sont courts.

28 Voir, par exemple, « Considera nunc quo prostrata sis et projecta. Jere. 3 » / Schawe nun wahin du gestürzet und geworffen bist. Jer. 3 », qui constituent, en latin comme en allemand, une paraphrase de Jér. 3, 2. Il en va de même pour les lignes suivantes, dans les deux versions de l’image volante, qui paraphrasent Jér. 2, 13 : « Vide quàm grave sit dereliquisse dominum. Deum fontem aquae vivae, fodiendo cisternas veteres, quae aquam non possunt continere. Jere. 2 » et « Sihe wie schwer es ist, Gott den herren, den lebendigen brunnen verlassen haben und alte cisternen graben die kein wasser halten mögen. Jer. 2 ».

29 Lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

30 Voir la lettre de P. Toussain à G. Farel, à Neuchâtel. De Montbéliard, le 31 juillet 1539, in Herminjard, t. 5, p. 363-364, qui lui réclame « la vie » du prophète, ce qui pourrait indiquer que la dénonciation de Calvin est parue.

31 Sur ce rôle de relais joué par Farel, voir la lettre de P. Toussain à G. Farel, in Herminjard, t. 5, p. 364.

32 Les gravures étant identiques dans les deux feuilles volantes, on peut faire l’hypothèse d’un transfert du bois de Bâle à Strasbourg.

33 « Und man hat dir Predicantten zu Strasburg vor einen Radt lassen beruffen, und sie befraget, was sie von ihm halden, was sie aber vor antwort geben haben, kann man itzent eygentlich nit wissen », [Anonyme], Newe zeyttung, sign. [a. iii vo]. L’auteur parle probablement ici du Sénat (Gross Rath), aussi appelé Conseil des XXI (Lienhard, 2010 : 18).

34 « […] der zeucht im Landt hin und wider, und ist itzet nicht mehr dann xviii. meil wegs von Straszburg » ; « Auch so sein viel leuthe in Straszburg die yhn haben gesehen […] », ibid.

35 « Sin leben ist zu Strasburg gedruckt ussgangen. Jörg Kell auff dem Spital zu Altstädten hat. So ins vor nit haben, finden ins vertauscht by im. [Sa vie a été imprimée à Strasbourg. Jörg Kell à l’hôpital d’Altstädten l’a. Si vous ne l’avez pas, vous pouvez vous la procurer chez lui.] », indique ainsi J. Vogler à J. Vadian, VB, fasc. 4, p. 568.

36 Zurich, ZB, PAS II 12/22 (disponible en ligne : https://doi.org/10.7891/e-manuscripta-92142 [consulté le 14 avril 2026]) et PAS II 2/9 (disponible en ligne : https://doi.org/10.7891/e-manuscripta-92164 [consulté le 14 avril 2026]).

37 Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. Disponible en ligne : https://doi.org/10.5076/e-codices-vad-0072 (consulté le 14 avril 2026).

38 Sur ce point, voir l’article de Brigitte Roux, dans ce même numéro.

39 L’auteur de la feuille volante bâloise adopte, à cet égard, un pseudonyme tout à fait significatif, « Calchas Telemachus », et probablement forgé ad hoc, en combinant deux références homériques. Calchas est un grand devin, notamment cité dans l’Iliade, qui met en scène son incomparable don de prophétie au service des Achéens. Télémaque, fils d’Ulysse, est, dans l’Odyssée, un personnage en quête de vérité, qui veut découvrir ce qu’est devenu son père. Véritable clairvoyant contre faux prophète, voyageur en quête du vrai contre aventurier débauché : ce pseudonyme fonctionne par antithèse et oppose la figure anonyme de l’auteur à l’imposteur qu’il dénonce.

40 « Telemachus » ne consacre que huit lignes au parcours du « nouveau prophète » (voir n. 15) alors que Calvin en propose un récit de près de trente et une lignes.

41 « […] gewoellet ein newer Bůsprediger sein, in einem dorff heisset Monte, trůge ein gantz lang haar unn bart, und ein rock der im schier eine halbe ele nachgieng », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 15-16. La mention de « Monte » vient de la lettre que Calvin a reçue de Toussain, in Herminjard, t. 5, p. 343. Si la longue barbe est évoquée par la Newe zeyttung, ni les longs cheveux ni la longue robe ne sont mentionnés dans les sources repérées pour cet article. Ces précisions pourraient provenir de lettres aujourd’hui perdues.

42 « Wohnet in einer hůlen, wie ein keller, darueber doch ein klein hütlin war, name sich an er schlieffe uff blosser erden », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 17-18. Ces détails ne sont pas non plus présents dans les sources que l’on a repérées.

43 « In dem loch ist er aber etliche mal ergriffen worden in leichtsinnigen zechen mit seinen Bůszdoechteren. Man glaubts aber denen nit die in ergriffen hetten, bis dz er zwo der selbigen Bůsjuengerin, Penitentialium, so nennet er sie, schwengerte », ibid., l. 18-21. Vogler ne mentionne qu’une seule religieuse enceinte : lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556. Ces deux jeunes filles, ce surnom de « pénitentes » et ces grossesses sont en revanche mentionnés par « Telemachus » (voir n. 15), qui est donc ici la source de Calvin.

44 J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 21-29. « Telemachus » est le seul à mentionner toutes ces étapes (voir n. 15). Il est donc probablement de nouveau la source de Calvin ici.

45 Ibid., l. 29-35.

46 Ibid., l. 29-35. Ces informations se trouvent dans la lettre que Calvin a reçue de Toussain (Herminjard, t. 5, p. 343-344).

47 Ibid., l. 35-36. Cette précision est également fournie par la lettre de Toussain.

48 K. Lykosthenes, Wunderwerck, Bâle, H. Petri, 1557, p. 308, 387, 505 (De Boer, 2010 : 339).

49 « Folgt im über die mass ain gros volk nach. », lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 556.

50 « […] multis imponere […] », lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 343.

51 « Homo impurus, scelerosus, et immani impudentia. […] pro Divo obducitur […] », [Anonyme], Imago prophetae novi, p. droite, l. 25.

52 « […] er noch bei etlichen ein ansehen hat, nemlich bei den einfeltigen. », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 25-26.

53 « […] volge yhm stetz nach in die drey oder vier hundert person. » ; « Auch so sein viel leuthe in Straszburg die yhn haben gesehen », [Anonyme], Newe zeyttung, sign. [a. iii vo].

54 Lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 344-345.

55 J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 42-43.

56 « Principes nostri obliti sunt Domini, nec ulla vera habetur gloriae Dei, pauperum, et aequitqtis ratio, sed cuivis licet quidvis impunè. Foris relinquuntur rustici sine pastoribus in medio luporum », lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 342.

57 « In dem sihe aber, fromer Christ, wie die leut woellen verfueret sein, und wie das den Oberkeiten so wenig zů hertzen gange. [En cela, pieux chrétien, vois comme les gens se plaisent à être séduits et à quel point cela touche peu au cœur des autorités.] », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 9-10.

58 « Und bedencke ein jeder fromer Christ, was das für ein erschroeckliche grausame plage Gottes seie, und verderbliche blindheit, das solchen groben lugen so fil statt solle gegeben werden, zů Paris, in der so berhuembten hauptstat eins solchen herlichen, und wann der name gelten solle, des aller christlichsten koenigreich , da die allerhoehiste hohe schůl, und die gelertisten Theologen sein sollen, Dan warlich die Weh, so sie wider uns anzogen, ueber sie gehn », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 45-50.

59 « Quid agimus mi Morine, si hic propheta ille est, de quo Parisienses mei scribunt ? [Que faire, mon cher Morin, si ce prophète est bien celui à propos duquel mes amis parisiens m’écrivent ?] », [Anonyme], Imago prophetae novi, p. droite, l. 20.

60 « Der herre erbarme sich iren, und aller deren denen das heilsame Evangeli, mit solchen tuecken und gewalt abgewandt wurt », J. Calvin, Bildtnüs eins newen Propheten, p. droite, l. 44-45.

61 Catalogue des actes de François Ier, op. cit., vol. 4, p. 14.

62 « Der hailig falsch prophett ist gfangen gelegen ; wais nie, wohin verwißen ; sin armen bettel (etwas by 7 oder 8 tuest francken) hinder im gelaßen », lettre de J. Vogler à J. Vadian, in VB, fasc. 4, p. 568. Vogler ne précise pas où l’individu a été détenu.

63 « Et dabo posthac operam, pro mea virili, ut hujus impostoris iniquitas retegatur in hac vicinia. », lettre de P. Toussain à J. Calvin, in Herminjard, t. 5, p. 345.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Bildtnüs eins newen Propheten
Légende [Anonyme] et Jean Calvin, [Strasbourg], [W. Rihel], [1539 ?]. In-plano. 28,7 × 35,7 cm. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22.
Crédits © Public Domain MarkDOI : 10.7891/e-manuscripta-92142
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-1.jpg
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Titre Figure 2. Imago prophetae novi
Légende [Anonyme], [Bâle ?], [s. n.], [1539 ?]. In-plano. 26, 8 × 39, 5 cm [le bas de la feuille a été coupé]. Gotha, Friedenstein Foundation, Inv. Nr. 37, 52.
Crédits © Droits réservés
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-2.jpg
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Titre Figure 3. Newe zeyttung
Légende [Anonyme], [Dresde], [W. Stöckel], 1539, page de titre et sign. [a. iii vo]. In-4o. Leipzig, Universitäts Bibliothek, NeueGesch.102/18.
Crédits © Public Domain Markhttps://digital.ub.uni-leipzig.de/​mirador/​index.php?ns=viewid&id=0000031799
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-3.jpg
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Titre Figure 4. Ein Epistel von einem newen Propheten zu Lyon in Franckreich
Légende [Anonyme], [Nuremberg], [H. Höltzel], [1502]. In-4o. 20,3 × 14,5 cm. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Res/4 Astr.P. 510, 5.
Crédits © Public Domain Markhttps://www.digitale-sammlungen.de/​en/​view/​bsb00007955?page=4,5
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-4.jpg
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Titre Figure 5. Trois éditions de la feuille volante strasbourgeoise signée par Jean Calvin
Crédits a. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22. © Public Domain Markb. Londres, British Library, 1865.c.10.(33.). © Droits réservésc. Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, Vadianische Sammlung der Ortsbürgergemeinde, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. © Creative Commons BY-NC
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-5.jpg
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Titre Figure 6. Détails des trois éditions de la feuille volante
Crédits a. Zurich, Zentralbibliothek, PAS II 12/22. © Public Domain Markb. Londres, British Library, 1865.c.10.(33.). © Droits réservésc. Saint-Gall, Kantonsbibliothek Vadiana, Vadianische Sammlung der Ortsbürgergemeinde, VadSlg Ms. 72, f° 553 vo et 554 ro. © Creative Commons BY-NC
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-6.jpg
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Titre Figure 7. Wunderwerck
Légende Konrad Lykosthenes, Bâle, H. Petri, 1557, p. cccviii. Zurich, Zentralbibliothek, NM 50 | G.
Crédits © Public Domain Mark.https://doi.org/​10.3931/​e-rara-49776
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84420/img-7.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Nathalie Szczech, « Un face-à-face imprimé », Archives de sciences sociales des religions, 213 | 2026, 49-76.

Référence électronique

Nathalie Szczech, « Un face-à-face imprimé », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 213 | janvier-mars 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/assr/84420 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16fp4

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Auteur

Nathalie Szczech

CEMMC, Université Bordeaux Montaigne

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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