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Dossier thématique

« Réformer avec violence »

Conjuguer les temps des images agonistiques et des corps en agonie
“Reforming with Violence”. Combining the Temporalities of Agonistic Images and Bodies in Agony
“Reformar con violencia”. Conjugar los tiempos de las imágenes agonísticas y los cuerpos agonizantes
Ralph Dekoninck
p. 117-139

Résumés

Le présent article explore la rhétorique visuelle agonistique mise en œuvre, à la charnière des xvie et xviie siècles, par les confessions adverses pour contraster leurs différences. Il s’attarde en particulier sur les stratégies déployées par les catholiques pour dénoncer en image la cruauté des réformés, en opérant une liaison profonde entre l’image du martyre et le martyre de l’image, comme entre le temps des origines du christianisme et celui des guerres de Religion. À travers l’analyse des analogies qui se dessinent entre martyre, anatomie et arts dans le médium de la gravure, il s’agit de montrer comment ce retour aux sources correspond à un retour au corps, à un moment de l’histoire où sainteté, image et relique se pensent conjointement.

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Texte intégral

La violence « fait voler en éclats [le] tableau. […] Ils [les victimes] ne connaissent plus la forme des choses ». (Rushdie, 2024 : 24)

L’art protestant de l’antithèse

  • 1 L’exemple le plus éloquent dans la production de Lucas Cranach le Jeune est sa gravure confrontant, (...)

1L’art de la controverse est un art de la caricature, c’est-à-dire littéralement du « portrait-charge » contre l’adversaire. Une des stratégies agonistiques les plus éprouvées dans la transposition en images de cet art, tant du côté catholique que protestant, est celle qui consiste à opposer les deux confessions, en forçant les contrastes, sans nécessairement tomber dans le grotesque (Kaenel, 2000 ; Berger, 2025). Un des exemples les plus représentatifs de ce comparatisme à visée idéologique pourrait être deux gravures qui forment un diptyque et qui ont été éditées, si l’on suit l’attribution de F. W. H. Hollstein (1949, n° 116 : 189), à Amsterdam par Robert de Baudous, dans le premier quart du xviie siècle, à destination d’un public manifestement germanophone, si l’on en juge par les titres en allemand (Koerner, 2004 : 43-45 ; Pollmer-Schmidt, 2017 : 242-244). Présentant le point de vue protestant, elles opposent la Vera imago Ecclesiae papisticae ou Ware abcontrofeitung der Romische baptische Kirchen (fig. 1) à la Vera imago veteris Ecclesiae Apostolicae ou Ware abcontrofeitung der alter Apostolischer Evangelischer Kirchen (fig. 2). La critique n’apparaît que par contraste. Car si l’on envisage indépendamment la gravure présentant le culte catholique, on pourrait estimer qu’il s’agit d’un compte rendu assez fidèle de la pratique des sacrements et de la liturgie que peut accueillir une église catholique de cette époque. Outre l’abondance des peintures et des sculptures qui tranche avec la sobriété du temple protestant, ce qui frappe au premier coup d’œil est la prolifération des rites et des dévotions, ainsi que la pompe que cette dernière confère à l’intérieur de l’église. Celle-ci apparaît comme un système dense et complexe, saturé de stimuli visuels, mais aussi olfactifs et sonores, alors que dans l’image protestante tout est concentré sur la seule Parole. Outre l’envahissement des rites dans l’espace visuel catholique, on peut noter la profusion des objets manipulés par ces rites, profusion qui renforce l’antithèse avec le monde protestant et la critique d’une religiosité jugée trop matérielle (Dekoninck, 2018). On pourrait qualifier ce système contrastif, fondé sur la juxtaposition de deux images, d’« effet Koulechov », du nom du cinéaste soviétique qui a le premier théorisé ce principe du montage par lequel les spectateurs tirent plus de sens de l’interaction d’une image avec un autre image à laquelle elle est associée, que de l’observation d’une seule image. Mais il n’a pas fallu attendre le xxe siècle et le cinéma pour que ce principe soit expérimenté par les artistes, puisqu’il est au cœur de bien des dispositifs mis au point à des fins liturgiques et pédagogiques dès la fin du Moyen Âge. Il nous intéresse ici pour son utilisation dans un contexte polémique, c’est-à-dire quand il permet de creuser l’écart entre le « bien » et le « mal » dans ce qu’on peut appeler, cette fois, un « effet miroir », système déjà exploité par des artistes comme Lucas Cranach le Jeune, inventeurs d’un art de la controverse par l’image1. Ces derniers ont en effet exploré les ressorts polémiques d’une rhétorique imagée de l’antithèse selon laquelle « les choses opposées se font apercevoir les unes les autres : la blancheur éclate auprès de la noirceur » (Lamy, 1998 : 203 ; Surgers, 2007 : 119-130).

Figure 1. Vera imago Ecclesiae papisticae

Figure 1. Vera imago Ecclesiae papisticae

[Robert de Baudous], premier quart du xviie siècle (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des estampes et photographies).

© Source gallica.bnf.fr / BnF

Figure 2. Vera imago veteris Ecclesiae Apostolicae

Figure 2. Vera imago veteris Ecclesiae Apostolicae

[Robert de Baudous], premier quart du xviie siècle (Amsterdam, Rijksmuseum).

CC – Public Domain Mark 1.0

  • 2 Notons que Robert de Baudous s’est illustré dans cet art de la caricature, notamment dans trois gra (...)

2Dans le cas de nos deux gravures, la dimension axiologique est révélée par les titres, et non par une exagération qui aurait pu prendre la forme d’une déformation des traits distinctifs de la confession rivale2. L’insistance sur la révélation de la vérité (vera imago) – qui explique l’absence de toute caricature – se complète d’une dimension historique, puisqu’à l’Église papistique est opposée la « vieille » Église apostolique. Si les contextes ecclésiaux attestent d’une certaine contemporanéité des deux mises en scène dichotomiques, la protestante, par son dépouillement, renvoie à la pureté des origines, la « vraie » Église apostolique restant fidèle à celle des premiers temps, même en ce début du xviie siècle.

Image du martyre et martyre de l’image

3C’est ce rapport entre temps et image qui est ici exploré. À travers ce rapport nouant historicité et iconocité, il s’agit également de mettre en lumière une autre articulation, celle entre la destruction des corps et la destruction des images, articulation particulièrement travaillée par les catholiques et qui ouvre sur ce qu’on pourrait appeler une dimension méta-iconique, nous invitant à réfléchir sur le statut des images qui mettent en scène d’autres images et qui construisent aussi un discours en image, à travers lequel la monstration vaut démonstration. On sait, notamment depuis les travaux pionniers d’Olivier Christin (1991) et de David Freedberg (1998), qu’il est assez fréquent de voir rapprochés, dans la littérature et l’imagerie de controverse catholiques, la destruction des images par les iconoclastes, mimant souvent de véritables exécutions, et les supplices infligés aux catholiques, les images étant de la sorte élevées au rang d’authentiques martyrs dont on peut exhiber les mutilations comme preuves des violences protestantes et de leur résistance ou survivance, pour ne pas dire de leur résurrection miraculeuse, tandis que les supplices transforment les corps en images, celles du martyre et de la sainteté.

  • 3 Notons l’ambivalence entre le bâtiment (église) et l’institution (Église), le mot « kerck » étant b (...)
  • 4 En voici la retranscription : « Catol. : Hoe woelt en raest dit volck in’t heylich huys des heeren. (...)

4Il s’agit donc d’envisager la façon dont le discours visuel catholique rend compte de ce lien et le déploie dans le temps long de l’histoire de l’Église. Ce n’est dès lors plus la logique de l’antithèse qui prévaut ici, mais celle de l’analogie consistant non seulement à opposer les confessions adverses, mais aussi à souligner la continuité entre l’Église primitive et celle du xvie siècle, logique bien présente dans la littérature de controverse de l’époque. Le premier exemple retenu est une gravure anonyme, produite vers le milieu du xviie siècle et qui a pu être mise en rapport avec l’œuvre d’un controversiste catholique des anciens Pays-Bas méridionaux (fig. 3). Comme je voudrais le montrer, elle est assez exemplaire dans sa façon de traiter conjointement l’image du martyre et le martyre de l’image. Son titre pourrait être celui donné en tête du parchemin représenté en son centre, surplombant les deux protagonistes identifiés par ce titre : « Dialogue sur cette image entre un catholique et un prédicateur réformé » (Samenspracke over dese afbeeldinge tusschen een catolyck met gereformeert predicant). Ce dialogue en néerlandais fait donc explicitement référence à une image (afbeelding). Dans une forme de balancement entre la représentation et ce qu’elle représente, cette image renvoie tout à la fois à la gravure elle-même et à ce qui se déploie à l’arrière-plan, une espèce de toile de fond référentielle. On pourrait parler de projection mentale ou de transposition visuelle du contenu de la controverse qui anime les deux contradicteurs. Prêtons donc d’abord attention à cette dernière qui s’amorce avec une question du catholique : « Comment se comporte et se déchaîne ce peuple dans la sainte maison du Seigneur ? » Le réformé se contente d’une simple réponse : « Nous voulons réformer l’Église de Dieu avec violence3. » Il s’ensuit un long monologue du catholique4 qui commence par rappeler que les païens avaient procédé de la même manière, en détruisant cloîtres et églises, mais aussi – car c’est bien le même verbe (vernielen) qui est utilisé pour les êtres humains et les biens matériels – pape, évêque et prélat. Aujourd’hui, ce sont les catholiques romains – on glisse ainsi d’une Rome à l’autre – qui sont les victimes des exactions protestantes. « Est-ce ainsi que tu réformes l’Église de Dieu avec le sang des chrétiens ? », s’insurge le catholique qui énumère ensuite les atteintes portées aux murs des églises, aux habits sacerdotaux et jusqu’aux saintes espèces. Il en conclut que les soi-disant réformés prennent l’exemple des païens plutôt que celui du Christ. Voilà ce que dit en substance le contenu du dialogue écrit.

Figure 3. Dialogue entre un catholique et un protestant sur les similitudes entre les destructions et exécutions infligées à l’Église par les Romains et les réformés

Figure 3. Dialogue entre un catholique et un protestant sur les similitudes entre les destructions et exécutions infligées à l’Église par les Romains et les réformés

Anonyme, vers 1625-1674 (Amsterdam, Rijksmuseum).

CC – Public Domain Mark 1.0

5Plus importante ici est l’« image » – dialogique elle aussi – sur laquelle il porte, le texte faisant lui-même image au sein de cette mise en scène « théâtrale ». Elle est divisée en deux parties : l’une, logiquement placée à gauche, se rapporte aux temps des premières persécutions sous l’Empire romain, et l’autre, en miroir de la première, renvoie, à droite, aux temps récents des guerres de Religion. Pour rester sur la présentation des deux interlocuteurs, il est intéressant de noter que le catholique, situé à gauche, a le dos tourné au passé et que la position de sa main droite, dirigée vers sa bouche, indique bien que c’est lui qui donne la leçon au réformé, lequel, par le geste de ses deux mains, fait allusion aux temps présents de « l’Église/église réformée avec violence ». Quant à la « fresque » à l’arrière-plan, elle se déploie dans un continuum spatial transformé en un continuum temporel, impression renforcée par la forte ressemblance entre les acteurs de gauche et ceux de droite, pourtant éloignés de plus d’un millénaire. C’est là une manière de bien souligner l’unité des temps et des actions de l’Église apostolique à travers une unité de lieu.

6Cette corrélation spatio-temporelle se marque notamment à travers la ressemblance des deux églises, celle de droite prenant toutefois, au niveau du fronton, des formes chantournées qu’on pourrait dire quelque peu baroques, comparées en tout cas à celle de gauche dont les seuls indices d’une datation antique sont les piliers latéraux et l’entrée. Ces indices bien minces ainsi que certains anachronismes, comme le clocheton présent sur la toiture, ne sont sans doute pas dus seulement à l’ignorance de la part du graveur quant à la manière de représenter une église paléochrétienne. Selon un régime d’historicité présentiste (Hartog, 2003), la volonté est bien de créer une analogie iconographique et idéologique entre des temps éloignés. C’est ainsi que les deux églises brûlent de la même manière, comme l’atteste la fumée qui s’échappe des deux édifices. Cette fumée se confond avec celle des bûchers tant à gauche qu’à droite. Du côté des temps anciens, on reconnaît ce qui s’apparente au martyre de saint Laurent placé au devant même de l’église, tandis que du côté des temps récents c’est un moine qui est brûlé vif. Ces martyres se confondent à droite comme à gauche avec ceux d’autres religieux : à gauche, un évêque pend au gibet, tandis qu’un autre personnage mitré est sur le point d’être décapité ; un moine attaché à un poteau est en train de se faire crever les yeux, alors que juste derrière on distingue un de ses coreligionnaires qui se fait passer au fil de l’épée. Pour rester sur les scènes de martyre proprement dites, on découvre sur l’avant-scène, qui donne à voir étrangement un autel en plein air – stratégie visuelle consistant à montrer l’intérieur de l’église dont l’extérieur est visible à l’arrière-plan –, un prêtre célébrant la messe qui va se faire poignarder dans le dos. On notera la dimension inchoative de l’ensemble de ces actions violentes, l’arrêt sur image étant chaque fois lié au moment qui précède la mise à mort. Ce qui compte ici est précisément l’action (« détruire ») dont il est question dans le dialogue. D’une même débauche de cruauté (pendaison, décapitation, supplice par le feu) sont victimes, à droite, religieux et religieuses – notons l’apparition des femmes de ce côté de l’histoire – avec à nouveau, toujours de manière spéculaire, un prêtre exécuté plus ou moins dans la même posture, devant un autel fort semblable à celui qui est antique.

  • 5 « Afbeeldinge waer in dat claer vergeleken wordt hoe aerdich dat de nieuwe reformatie over een comt (...)

7Le message est on ne peut plus clair : la cruauté des réformés, dirigée contre les catholiques, ne fait que répéter celle des Romains à l’encontre des premiers chrétiens. Mais la morale ne s’arrête pas là. Car ce ne sont pas seulement les corps qui sont ainsi massacrés, ce sont aussi les images, dont il n’est pourtant pas question dans le « dialogue ». Seule la légende située au bas de la gravure y fait allusion, puisqu’on peut y lire que le « paganisme a détruit églises, cloîtres, autels et a brisé les images du Christ comme l’ont fait les nouveaux réformés5 ». C’est cette destruction qui est mise en scène à l’avant-plan, de façon à nouveau spéculaire, mais aussi en créant des rimes visuelles avec les scènes de martyres placées de chaque côté de la barrière temporelle. Ainsi, du côté antique, la pendaison d’un évêque se rejoue à travers la sculpture de même apparence qui est située au sommet de l’autel et que deux iconoclastes tirent depuis le sol pour l’abattre, sorte de pendaison à l’envers, puisque plutôt que de suspendre par le haut on tire vers le bas, avec pour même résultat de briser le corps, vivant comme artificiel. Dans le coin inférieur gauche, c’est un bûcher, semblable à celui qui consume le corps de saint Laurent à l’arrière-plan, qui brûle une image sculptée de la Vierge à l’Enfant et une de saint Pierre, tandis qu’au devant un soldat romain s’acharne à coup de hache sur une statue du Christ en croix. C’est l’allusion la plus évidente à la réitération du sacrifice de l’Image de Dieu, car le geste pourrait être aisément assimilé à celui des soldats clouant le Christ sur la croix. Ce dernier est ainsi triplement sacrifié : sur la croix, en image et sur l’autel de la messe – sans compter la profanation des hosties données en nourriture à des chiens –, sorte de triangulation qui forme la pierre angulaire de l’argumentation visuelle ici exposée. Le rejeu du sacrifice eucharistique en raison duquel le prêtre est à son tour sacrifié se réitère dans l’exécution de l’image et la profanation du saint-sacrement.

  • 6 C’est ce qu’on peut découvrir dans certaines représentations de l’iconoclasme de 1566, notamment da (...)

8L’anachronisme des images anciennes ainsi brisées, dont l’apparence les rend en effet plus proches du xviie siècle que de l’antiquité chrétienne, incite naturellement le regard à comparer cette scène d’iconoclasme avec celle qui se joue dans l’autre coin de l’image, en bas à droite. Ce sont les mêmes images qui sont jetées au feu, à une différence près, celle de saint Paul au lieu de saint Pierre, l’une répondant toutefois à l’autre afin de bien mettre en évidence ces deux principaux piliers de l’Église chrétienne, tels qu’ils figurent, à cette époque, dans les églises des anciens Pays-Bas, précisément sur les piliers de la nef les plus proches du chœur et contre lesquels les iconoclastes se sont acharnés6. Il faut ajouter à cette liste d’images victimes de l’iconoclasme celle de sainte Catherine dont le cou est sur le point d’être transpercé d’une lance, à l’image du prêtre catholique célébrant la messe, tourné vers ce qui pourrait être l’image du Christ en croix, comme on l’entraperçoit sur l’autel de gauche. Enfin, ce n’est plus la statue d’un quelconque évêque qui est tirée du sommet de l’autel, mais celle de saint Laurent dont le martyre se répète donc en image, dans l’image. Le saint martyrisé des premiers temps est devenu une image martyrisée, ce qui permet de souligner visuellement la liaison profonde, réaffirmée à Trente, entre les saints et les images. La leçon que l’auteur anonyme de cette gravure invite à tirer est donc la suivante : la destruction des images saintes rejoue celle des corps saints. La mémoire du sacrifice de celles et ceux qui ont refusé de sacrifier aux idoles se perpétue à travers leurs images que l’ennemi assimile à autant d’idoles, sa rage iconoclaste n’étant que le symptôme d’une relation ambiguë aux pouvoirs des images que les catholiques s’évertuent à reconduire dans le domaine de l’instruction et de la dévotion.

  • 7 « […] Le prestre ayant forcé à célébrer la Messe, / Misteres prophanant, & le batant sans cesse, / (...)
  • 8 « En la ville de Houdan, au Diocèse de Chartres, les hérétiques ayans pris un prestre, le menèrent (...)

9Ce rapprochement entre les corps martyrisés et les images détruites est un des traits distinctifs de l’iconographie martyrielle, telle qu’elle s’épanouit à la fin du xvie siècle. Ainsi, plusieurs planches du Théâtre des cruautés des hérétiques de notre temps, ouvrage publié à Anvers d’abord en latin en 1587 (Verstegan, 1587) par le catholique anglais exilé sur le continent Richard Verstegan, et traduit l’année suivante en français (Verstegan, 1588 ; 1995), mettent de la même manière l’accent sur l’efficace analogie entre les corps faits image et les images faites corps. La plus explicite à cet égard est celle qui illustre les événements qui se sont déroulés dans l’église de Houdan, située dans le diocèse de Chartres : on y voit des soldats huguenots contraignant un prêtre à célébrer la messe en l’insultant, en le frappant et même en le poignardant, pour finalement l’attacher sur un crucifix et l’achever à coups d’arquebuse (fig. 4). La pièce poétique7 sous l’image comme le commentaire8 qui lui fait face insistent bien sur l’idée de profanation (« mystères profanant »), qui s’opère par un mélange de moquerie et de violence physique. Le scénario mis en place par le polémiste catholique et son illustrateur apparaît très clairement : le sacrifice de la messe est concomitant au sacrifice du prêtre qui rejoue celui du Christ sur la Croix. Cette assimilation du prêtre au Christ est clairement renforcée par le port de la chasuble qui affiche ostensiblement le motif de la croix, en rappelant ainsi que le prêtre célèbre in persona Christi. Le « corps sanglant » du prêtre martyr résiste aux coups et aux injures jusqu’au moment de la communion, moment où les huguenots « luy arrachèrent des mains le pretieux corps de nostre Seigneur, & le calice où étoit le sang pretieux, & ayans jetté le tout par terre, le foulèrent aux pieds ». On découvre ainsi un parallélisme assez poussé entre corps du Christ, corps du prêtre et corps des images (Wanegffelen, 2002).

Figure 4. Les supplices infligés à un prêtre en l’église de Houdan dans le diocèse de Chartres

Figure 4. Les supplices infligés à un prêtre en l’église de Houdan dans le diocèse de Chartres

Anonyme, dans Richard Verstegan, Theatrum crudelitatum haereticorum nostri temporis, Anvers, Adrien Hubert, 1587, p. 45 (Université de Liège).

CC – Public Domain Mark 1.0

Retour aux sources, retour au corps

10Revenons à la logique comparatiste entre l’Église des premiers temps et celle du xvie siècle, et à la rhétorique agonistique qui la sous-tend, rhétorique qui, si elle n’est pas absente de l’ouvrage de Verstegan, n’est pas rendue visible explicitement. Pour poursuivre la réflexion sur la mise en image de cette rhétorique en la ramenant à la confrontation des temps, il importe de relever qu’une part essentielle de l’inspiration de Verstegan a été puisée du côté des cycles à fresque réalisés à Rome dans les années 1580, à commencer par les trente-deux fresques peintes par Niccolò Circignani (alias le Pomarancio) pour l’église du collège germano-hongrois des jésuites, Santo Stefano Rotondo (Monssen, 1981 ; 1982a; 1982b ; Bailey, 2003 : 122-152 ; Burschel, 2004 : 197-222 ; Dekoninck, 2022). Célébrant les martyrs chrétiens des premiers siècles, ce cycle sera complété, quasiment au même moment, par un autre cycle réalisé par le même artiste et dédié aux martyrs anglais – ceux des origines comme les plus récents – dans l’église du collège anglais des jésuites, toujours à Rome, San Tommaso di Cantorbery, ensemble aujourd’hui disparu (Dillon, 2002 : 170-239 ; Bailey, 2003, 153-165 ; Broggi et al., 2009). D’une certaine manière, ces deux cycles romains sont conçus dans une forme de comparatisme transhistorique. Car l’intention est ici aussi, toujours selon un régime d’historicité présentielle, de faire résonner les sévices les plus cruels infligés aux premiers chrétiens avec les atrocités commises par les protestants, cette fois en Angleterre. Certes, ces deux cycles ne sont pas coprésents dans le même espace, en étant éloignés d’environ trois kilomètres à vol d’oiseau, soit une quarantaine de minutes de marche. C’est toutefois sans compter sur le relais de l’image imprimée, puisque ces deux cycles vont être très rapidement reproduits en gravure par Giovanni Battista Cavallieri : le cycle de Santo Stefano Rotondo dès 1583 sous le titre d’Ecclesiae Militantis Triumphi et celui de San Tommaso, en 1584 sous le titre d’Ecclesiae Anglicanae Trophaea. Ces Triomphes et ces Trophées font partie de l’une des toutes premières véritables offensives visuelles orchestrées par les jésuites et tournées vers les terres protestantes, mais aussi destinées à circuler à l’échelle mondiale (Noreen, 1998). On peut d’ailleurs lire dans les annales du collège jésuite des Anglais à Rome que « nous avons diffusé des copies de cette œuvre très loin, jusqu’aux Indes, de sorte que l’infamie de ces persécutions les plus désastreuses, la rage frénétique des hérétiques, la fermeté invincible des Catholiques puissent être connues partout » (Foley, 1880 : 83).

11Ce qui importe pour mon propos est que les deux séries ont pu circuler ensemble, en attestant de la volonté de conjuguer au présent les temps anciens, c’est-à-dire de rendre compte d’une traditio, littéralement d’un passage de témoin fondant une chaîne ininterrompue de témoignages de la foi jusque dans la mort. Si l’on se tourne du côté des Trophaea, on constate déjà que la série de gravures, comme des fresques dont elles sont les reproductions, s’origine dans l’Antiquité chrétienne, puisque les premiers martyrs qui y apparaissent sont bien ceux des premiers temps. Or entre les premiers martyrs et les derniers en date (fig. 5), ceux quasiment contemporains des fresques et des gravures, aucune solution de continuité n’apparaît. Les martyrs les plus récents sont en effet plongés dans un décor en tout point comparable à celui de leurs antiques prédécesseurs. Si quelques discrets marqueurs chronologiques révèlent les différences d’époque, l’impression générale est celle d’une répétition dans une espèce de hors-temps, impression qui devait être renforcée au sein même de l’église dont l’espace pouvait être parcouru de différentes manières, en faisant ainsi dialoguer des scènes de martyres de siècles différents. Non seulement le cadre spatial, mais aussi l’habillement, notamment celui des bourreaux, accroissent cette impression de déjà-vu. Quant aux corps des martyrs, dont la nudité est souvent exhibée, ils se laissent aisément confondre, seules les actions permettant, avec l’aide des légendes, de les identifier, même si là aussi les types de souffrance qu’on leur fait endurer apparaissent reproduire certains patterns imités des premiers martyres. Ces caractéristiques itératives ou rémanentes et les anachronismes assumés confèrent à l’ensemble un certain archaïsme, renforcé par la présence, sur l’image, des lettres renvoyant à la légende située sous la fresque et au pied de la gravure. Cela n’a pas échappé aux observateurs de l’époque qui ont relevé le style sévère et « médiocre » (au sens rhétorique d’un style moyen), lequel avait pour fin d’ancrer ces images dans un espace-temps autre, celui des origines qui survit dans le temps présent (Korrick, 1999). D’un point de vue stylistique toujours, la dimension « archéologique », combinée au système archaïsant du lettrage, devait apparenter ces fresques et gravures à l’art paléochrétien, dont le revival était alors encouragé par la redécouverte des catacombes chrétiennes (Magill, 2015) dans lesquelles des scènes lettrées comparables pouvaient être contemplées, mais aussi dans lesquelles les reliques – morceaux des corps saints qui ont pu être démembrés par le martyre – sont alors « inventées ».

Figure 5. Martyre d’Edmund Campion et de ses compagnons

Figure 5. Martyre d’Edmund Campion et de ses compagnons

Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, Ecclesiae Anglicanae Trophaea, Rome, Bartolomeo Grassi, 1584 (Lisbonne, Bibliothèque nationale du Portugal).

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12Deux autres imaginaires se superposent à cette forme de retour aux sources, qui est aussi un retour au corps, deux mouvements convergents. Le premier est celui, déjà bien étudié, de l’anatomie (Carlino, 1994 ; Moe, 1995 ; Sawday, 1995 ; Mandressi, 2003). On a ainsi pu mettre en évidence les résonances entre corps disséqués et corps martyrisés (Park, 1994 ; Gimaret, 2008 ; 2011 : 603-619 ; Pacifici, 2010 ; Behrmann, 2014 ; 2015 ; Kapustka, 2014). En ce sens, on pourrait dire que Circignani procède à la dissection des corps et des images, notamment par le système des lettres qui ponctuent ces dernières (fig. 6). L’artifice de ces images se trouve ainsi révélé, comme sur les planches d’anatomie, sans pour autant atténuer leur force de frappe visuelle, qui a pu d’ailleurs nourrir une forme d’attirance malsaine pour le spectacle des corps ouverts.

Figure 6. Martyres sous Maximien et Licinius

Figure 6. Martyres sous Maximien et Licinius

Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, Ecclesiae Militantis Triumphi, Rome, Bartolomeo Grassi, 1583 (Los Angeles, Getty Research Institute).

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  • 9 Voir par exemple ce qu’en dit Ulisse Aldrovandi : « Et acciò il pittore si faccia in ciò eccellenti (...)

13On sait en outre que cet univers de l’anatomie, fondé, comme celui du martyre, sur l’idée d’autopsie (consistant à « voir de ses propres yeux » la souffrance des héros chrétiens dont on « autopsiait » à l’époque les reliques), partageait bien des intersections avec celui des arts visuels. En effet, les artistes étaient alors encouragés à représenter scrupuleusement les corps, non seulement dans leurs apparences – ce qui supposait déjà une fine connaissance de l’anatomie – mais aussi dans leurs configurations intérieures (Hyatt Mayor, 1964)9, dont la représentation n’était plus un tabou, une transgression précisément encouragée par la vogue de l’iconographie martyrielle, à moins de considérer que cette dernière se soit nourrie des évolutions de la dissection anatomique. Quoi qu’il en soit, il est clair que les deux univers s’hybrident, car ils relèvent d’un même paradigme, sous-tendu par un désir similaire de voir pour savoir. Il y a une parenté visuelle évidente entre corps disséqués et corps suppliciés, comme entre les instruments et mises en scène de la torture d’une part et de la dissection de l’autre. Si la violence et le pathos viennent ainsi parasiter la valeur épistémique des planches anatomiques, exhibant souvent les corps dans des positions analogues à celles des martyrs, on peut dire que cette valeur contamine en retour l’iconographie martyrielle, laquelle gagne de la sorte une dimension pour ainsi dire « scientifique », celle de la preuve autopsique.

14Du côté toujours des analogies corps-images nouant les temps passé et présent, il faut également signaler la présence d’un second imaginaire qui prend la forme d’allusions, sur les fresques comme sur les gravures, à certains modèles de la statuaire antique dans le traitement des corps martyrisés, dont les membra disjecta peuvent être confondus avec les « reliques » de l’art de l’Antiquité, tant admirées et imitées à l’époque. Pour ne retenir qu’un exemple en dehors des fresques romaines et de leurs transpositions imprimées ici examinées, cette confusion entre fragments de sculptures et morceaux de corps démembrés apparaît implicitement sur l’une des planches (fig. 7) du Trattato de gli instrumenti di martirio, e delle varie maniere di martoriare vsate da’ gentili contro christiani d’Antonio Gallonio, paru à Rome en 1591, traité qui s’inscrit dans le même contexte d’élaboration des fresques de Circignani et dont les gravures sont de la main de celui qui avait contribué au cycle de Santo Stefano Rotondo, à savoir Antonio Tempesta (Touber, 2014). La gravure montre dans le coin droit un corps mutilé dont les membres gisent à ses côtés, à l’image de bien des vestiges de la statuaire antique découverts au xvie siècle. D’ailleurs, ces corps brisés ne sont jamais loin des idoles païennes au nom desquelles ils sont précisément brisés, l’opposition entre les vraies images souffrantes du Christ que sont les martyrs et les fausses images, mortes et mortifères, que sont les idoles – les premières étant sacrifiées en raison de leur refus de sacrifier aux secondes qui servent pourtant de modèles pour représenter ces corps en agonie – étant devenue un des ressorts fondamentaux de cette iconographie réinventée à la fin du xvie siècle (Dekoninck, 2020).

Figure 7. Maritre percosso con una stanga, segato pel mezzo, martire à cui sono state mozzate le braccia, et i piedi

Figure 7. Maritre percosso con una stanga, segato pel mezzo, martire à cui sono state mozzate le braccia, et i piedi

Gravure d’Antonio Tempesta, dans Antonio Gallonio, Trattato de gli instrumenti di martirio, e delle varie maniere di martoriare vsate da’ gentili contro christiani, Rome, Ascanio et Girolame Donangeli, 1591, p. 123 (Amsterdam, Rijksmuseum).

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  • 10 Le cas du Laocoon est à cet égard emblématique (Chiquet, 2022 : 159-178).

15Un autre mimétisme se manifeste entre ces idoles, devenues avec la Renaissance des œuvres d’art, et les corps martyrisés10 : les contorsions maniéristes de ces derniers les rapprochent des modèles artistiques modernes tant imités. Il en va ainsi de la représentation du martyre de saint Laurent à Santo Stefano Rotondo (fig. 8), dont la pose évoque de manière assez explicite le modèle de l’Adam dans la Création d’Adam de Michel-Ange à la chapelle Sixtine. Ce corps du premier homme est lui-même inspiré des modèles antiques, double référence ou imitation en abyme qui n’est pas juste une citation émulatrice, puisqu’elle se fonde dans l’idée que la sainteté advient par le martyre. Laurent naît à la sainteté par la mort, la place du Dieu créateur étant prise ainsi par le pouvoir oppresseur.

Figure 8. Martyre de saint Laurent

Figure 8. Martyre de saint Laurent

Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, dans Ecclesiae Militantis Triumphi, Rome, Bartolomeo Grassi, 1583 (Los Angeles, Getty Research Institute).

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16Pour conclure sur la manière dont l’articulation des corps et des images se double d’une articulation entre les temporalités, arrêtons-nous sur une des dernières gravures des Trophaea, celle consacrée au martyre du jésuite Edmund Campion et de ses compagnons, Alexander Briant et Ralph Sherwin, à Londres le 1er décembre 1581, autrement dit une scène de quasi actualité (fig. 5). Pourtant, là aussi, l’exhibition de la cruauté exercée sur des corps nus par des bourreaux vêtus à l’antique, et dont la musculature vient à nouveau opérer la liaison avec les corps de la statuaire antique, tend à écraser le temps présent sur le temps passé. Se détachant sur un décor assez interchangeable avec celui des martyres des premiers siècles, la barbarie dont ils sont les victimes rivalise avec celle des Romains : après avoir été pendus (lettre A dans l’image), on les vide de leurs entrailles (lettre B) et on sectionne leurs membres pour les faire bouillir ou pour les pendre aux tours et portes de la ville (lettre C). Notons par ailleurs que la scène, au second plan, de la découpe d’un corps renvoie explicitement à une des scènes les plus crues et cruelles des Triumphi (la xxviiie), celle des martyres sous les règnes de Maximien et Licinius (fig. 6). Située dans les lointaines contrées de la Perse, on y voit une vallée recouverte des 16 000 martyrs exécutés, l’avant-scène exhibant l’un de ces martyrs, littéralement haché par son bourreau, dont l’impassibilité l’apparente plus à un boucher. Une seule lettre (A : Christianis crudelem inmodum excruciatis membra multas in partes dissecatur) désigne cette « boucherie » qui présente, par sa mise en scène, une analogie évidente avec l’acte de dissection (il est bien question de membres disséqués/coupés – dissecatur – en morceaux). Outre ces interférences ou résonances avec les pratiques contemporaines d’ouverture des corps comme des images (Didi-Huberman, 2007), ce qu’il importe de souligner est que cette débauche d’horreur fait exploser les cadres spatio-temporels. La violence a cet effet sur la réalité comme sur sa représentation : les corps agonisants sont de tout temps et de tout lieu. Il faut donc cultiver la mémoire de leur agonie comme de leur triomphe dans la mort, qui transcendent le cours du temps. Qui plus est, la représentation des corps agonisants ne se comprend que dans un cadre agonistique. Car c’est bien une guerre des souffrances glorieuses et de l’horreur sacrée que se livrent les camps adverses, guerre qui passe par un travail des formes et des forces contraires (humaines et divines), tel que mis en œuvre et en scène dans les images ici analysées. Les réformes, protestantes comme catholiques, engagent une déformation des corps, ceux de l’adversaire, dont la difformité est ainsi révélée, comme ceux de leur propre camp qui, par la violence qu’ils subissent, révèlent leur deiformitas, leur conformation à Dieu.

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Notes

1 L’exemple le plus éloquent dans la production de Lucas Cranach le Jeune est sa gravure confrontant, en deux volets, La Vraie Religion du Christ et la Fausse Doctrine de l’Antéchrist (Die wahre Religion Christi und die falsche Lehre des Antichristen, vers 1545, Berlin, Kupferstichkabinett, Staatliche Museen, inv. 707-115) (Elsig, Sala, 2013 : 27).

2 Notons que Robert de Baudous s’est illustré dans cet art de la caricature, notamment dans trois gravures qui forment un triptyque et qui fustigent toutes les superstitions catholiques déployées dans l’intérieur d’une église (Robert Willemsz. Baudous, De Rhoemse Kercke, 1605, gravure, Amsterdam, Rijksmuseum) (Koerner, 2004 : 47-51).

3 Notons l’ambivalence entre le bâtiment (église) et l’institution (Église), le mot « kerck » étant bien orthographié sans majuscule.

4 En voici la retranscription : « Catol. : Hoe woelt en raest dit volck in’t heylich huys des heeren. / Geref. : Wy willen met gewelt godts kerck so reformeeren. / Cat. : T.-verkeerde heydendom heeft oock als gy gedaen / So gy op dander sy daer afgebeelt siet staen / En volgens Davidts woort wt d. acharonsche wallen / Bloet dorstich comen voort in godes erf deel vallen / Vant Roomsch catolyck volck veel hondert duyst ontsielt / Paus Bisschop en prelat cloosters kercken vernielt / Herformt gy so godts kerck met Christen bloet te plengen / En met haer heylich breyn de wanden te besprengen / Ent priestelyck gewaedt daer me besproyet ontsacht / Der Heylgen dier baer vleesch voort pronck altaer geslacht / Daer wert der maegh den blom schoffierelyck geschonden / Die met een reyne trau aen Christus was verbonden / Hebt gy dit they dendom niet aerdich afgeleert / Die onder Heylich schyn so goddloos reformeert / Of reformeert gy dus naer Christus goet exempel / Schof sierlyck moort en brant in oodts gewyndden tempel / Wilt gy met hebben deel met afgodts heydendom / Niet meer so reformeert keert tot godts kerck wedrom. »

5 « Afbeeldinge waer in dat claer vergeleken wordt hoe aerdich dat de nieuwe reformatie over een comt, met de barbarissche onmenschelycke verwoestinge, dat het afgodissche heydendom inde oude heylige Roomsche Apostolyk kercke gedaen heeft. Want heeft het heydendom kercken cloosters altaren vernielt ende de beelden Christi gebroken, al t’selve hebben de niewe reformeerders oock gedaen, heeft het heydendom Pausen, bisschoppen priesters monik, vermoort, vrouwen en maegd, geschoyiert de nieu gereformeerde, en moten ent’ heydendom daer in oock niet weycken. »

6 C’est ce qu’on peut découvrir dans certaines représentations de l’iconoclasme de 1566, notamment dans celle que propose Frans Hogenberg (Mielke, Luijten, 2009, B59 : 46), où l’on voit clairement les iconoclastes tirer, avec des cordes (comme sur la figure 3), les statues des apôtres placées au sommet des colonnes de la nef.

7 « […] Le prestre ayant forcé à célébrer la Messe, / Misteres prophanant, & le batant sans cesse, / L’a mis finallement à la croix du Sauveur » (Verstegan, 1588 : 45).

8 « En la ville de Houdan, au Diocèse de Chartres, les hérétiques ayans pris un prestre, le menèrent dans une Eglise, où ilz le contraignirent de célébrer la Messe en leur présence, pour s’en mocquer. Tandis que ce bon homme continuoit cette saincte action, ils le frappoyent par le visage à coups de poing armez de gantelletz, & luy donnoyent de coups de poignard par autres parties du corps. Cependant ce patient ayant le visaige tout meurtry, & le corps tout sanglant, continua l’action iusques à la communion, lors luy arrachèrent des mains le pretieux corps de nostre Seigneur, & le calice où étoit le sang pretieux, & ayans ietté le tout part terre, le foulèrent aux pieds. Puis attachèrent ce bon prestre au crucifix, & le harquebusèrent tellement, que luy sacrifioit au Dieu souverain selon son ordonnance, luy fut même sacrifié hostie plaisante en témoignage de fidélité » (ibid. : 44).

9 Voir par exemple ce qu’en dit Ulisse Aldrovandi : « Et acciò il pittore si faccia in ciò eccellentissimo et instruttissimo, bisogna che abbia conversazione con gli anatomici eccellentissimi e vegga con diligenza tutta la sezione del corpo umano, così esteriore come interiore, a fine che possa conoscere di qual figura sia il cuore, il fegato, la milza, gl’intestini, lo stomaco, la gola, il cervello, i muscoli, acciochè, occorrendo a dipingere qualche martirologio, come di San Erasmo e simili altri, quali sono piu noti mille volte a V.s.R., ma che a me, lo sappia dipingere. » U. Aldrovandi, Avvertimenti del dottore Aldovrandi all’Ill.mo cardinal Paleotti sopra alcuni capitoli della pittura [1581], dans Barocchi, 1961 : 511.

10 Le cas du Laocoon est à cet égard emblématique (Chiquet, 2022 : 159-178).

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Vera imago Ecclesiae papisticae
Légende [Robert de Baudous], premier quart du xviie siècle (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des estampes et photographies).
Crédits © Source gallica.bnf.fr / BnF
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,8M
Titre Figure 2. Vera imago veteris Ecclesiae Apostolicae
Légende [Robert de Baudous], premier quart du xviie siècle (Amsterdam, Rijksmuseum).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 3. Dialogue entre un catholique et un protestant sur les similitudes entre les destructions et exécutions infligées à l’Église par les Romains et les réformés
Légende Anonyme, vers 1625-1674 (Amsterdam, Rijksmuseum).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,8M
Titre Figure 4. Les supplices infligés à un prêtre en l’église de Houdan dans le diocèse de Chartres
Légende Anonyme, dans Richard Verstegan, Theatrum crudelitatum haereticorum nostri temporis, Anvers, Adrien Hubert, 1587, p. 45 (Université de Liège).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 793k
Titre Figure 5. Martyre d’Edmund Campion et de ses compagnons
Légende Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, Ecclesiae Anglicanae Trophaea, Rome, Bartolomeo Grassi, 1584 (Lisbonne, Bibliothèque nationale du Portugal).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 2,4M
Titre Figure 6. Martyres sous Maximien et Licinius
Légende Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, Ecclesiae Militantis Triumphi, Rome, Bartolomeo Grassi, 1583 (Los Angeles, Getty Research Institute).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 7. Maritre percosso con una stanga, segato pel mezzo, martire à cui sono state mozzate le braccia, et i piedi
Légende Gravure d’Antonio Tempesta, dans Antonio Gallonio, Trattato de gli instrumenti di martirio, e delle varie maniere di martoriare vsate da’ gentili contro christiani, Rome, Ascanio et Girolame Donangeli, 1591, p. 123 (Amsterdam, Rijksmuseum).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
Titre Figure 8. Martyre de saint Laurent
Légende Giovanni Battista Cavallieri, d’après Niccolò Circignani, dans Ecclesiae Militantis Triumphi, Rome, Bartolomeo Grassi, 1583 (Los Angeles, Getty Research Institute).
Crédits CC – Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84635/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
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Pour citer cet article

Référence papier

Ralph Dekoninck, « « Réformer avec violence » », Archives de sciences sociales des religions, 213 | 2026, 117-139.

Référence électronique

Ralph Dekoninck, « « Réformer avec violence » », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 213 | janvier-mars 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/assr/84635 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16fp6

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Auteur

Ralph Dekoninck

Centre d’analyse culturelle de la première modernité (GEMCA), UCLouvain

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