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Dossier thématique

Au seuil de la controverse

Pages de titre et publication dans le sillage de l’Anticoton
Thresholds of Controversy. Title Pages and Publication in the Wake of the Anticoton Pamphlet
Umbrales de la controversia. Páginas del título y publicación a raíz del panfleto Anticoton
Isabelle Moreau
p. 141-168

Résumés

Y a-t-il une spécificité du titre de l’écrit de controverse au début du xviie siècle ? Cet article choisit ici d’aborder la question des modalités de la controverse en partant de l’espace de l’imprimé et, plus précisément, de son seuil. L’enquête est menée à partir d’une étude des pages de titre des écrits parus dans le sillage de l’Anticoton (1610), au lendemain de l’assassinat du roi Henri IV. L’article montre que les pages de titre participent à la scénographie des controverses, construisent des effets de série, en contribuant ainsi à nourrir une mémoire du titre chez les auteurs, les imprimeurs-libraires et les lecteurs, et forment enfin un « lieu commun » de la controverse par les commentaires répétés qu’elles suscitent.

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Texte intégral

1Nous sommes en 1610. Henri IV vient d’être assassiné. Le retentissement émotionnel de l’événement est sans précédent (Cassan, 2010). La crise politique rouvre d’anciennes fractures entre la monarchie et la Compagnie de Jésus (Nelson, 2005 ; Le Roux, 2017 [2006]) et ruine les efforts de réhabilitation déployés par le père Coton, jésuite, prédicateur et surtout confesseur du roi. L’incrimination de la Compagnie est d’autant plus aisée qu’en 1594, la tentative d’assassinat de Jean Chastel à l’encontre de la personne royale avait conduit à la mise en cause de l’enseignement jésuite, jugé favorable aux théories tyrannicides, et conduit la Couronne à prononcer son bannissement. La Compagnie avait dû son rappel, en 1603, notamment au père Coton. Aussi, en 1610, les défis sont-ils considérables pour la Couronne, ses partisans et les parlements soucieux de préserver la paix fragile et difficilement imposée depuis l’édit de Nantes. Ils ne sont pas moindres pour la Compagnie, de nouveau directement associée aux thèses scandaleuses du jésuite Mariana sur la monarchie et la licéité du tyrannicide. Dans les semaines qui suivent la mort du roi, le livre de Mariana fait l’objet d’une condamnation officielle par le Parlement puis la Sorbonne – condamnation rapidement diffusée sous forme de recueils d’arrêts (Gabriel, 2010). La condamnation du « parricide » commis par Ravaillac est désormais unanime (Mousnier, 1964 ; Rodier, 2019 : 40, 42-43).

  • 1 Pierre Coton, Lettre declaratoire de la doctrine des peres jesuites, conforme aux Decrets du Concil (...)
  • 2 Ibid. :  21.
  • 3 Ibid., « Attestation de Monsieur de Paris, justifiant les Pères Jésuites » : 31, mentionnant « plus (...)
  • 4 Ibid. : 23-24.
  • 5 [Louis Richeome], Plainte justificative de Louis de Beaumanoir pour les peres Iesuites. Contre la R (...)
  • 6 Voir Adrien Baillet, Des satyres personnelles. Traité historique et critique de celles qui portent (...)
  • 7 Je laisse de côté l’examen formel de la qualité du travail d’impression, qui varie énormément et té (...)
  • 8 Pour une approche quantitative et statistique des titres de la « littérature polémique » française (...)

2En parallèle à l’explosion des oraisons, des déplorations, des sermons et des gravures héroïsant le roi défunt, une campagne de diffamation prend pour cible la Compagnie de Jésus. Pour faire cesser ces « bruits », le père Coton fait paraître une Lettre declaratoire afin de « représenter » à la reine « ce que les Docteurs de [leur] Compagnie ont écrit sur ce sujet1 ». Pour lui, il s’agit d’abord d’une justification, qui doit « montrer que le corps de [leur] Compagnie ne peut être infecté par l’opinion d’un seul2 » – à savoir Mariana. Cette justification, accompagnée d’une « Attestation de Monsieur de Paris, justifiant les Pères Jésuites3 », se double d’un appel à l’autorité suprême de la reine, afin « que tous ces écrits, qui sont au commencement allumettes de rébellion, et en peu d’heures deviennent flambeaux de sédition, soient ôtés de devant les yeux des Français4 ». Loin d’avoir l’effet escompté, la Lettre declaratoire suscite une nouvelle flambée d’écrits hostiles aux jésuites. Louis Richeome, figure majeure de la Compagnie depuis l’affaire Chastel, le déplora en ces termes : les imprimeurs « faisaient parler leurs presses, les Anti-Cotons, les Anti-Jésuites, Anti-Gournais et autres oiseaux de bonne volonté et ramage voltigeaient par la France5 ». Rassemblés sous le titre d’« Anti6 » par Richeome, ces écrits tombent apparemment tous dans la catégorie des satires personnelles. En réalité, il vaut la peine de s’arrêter aux « genres d’écrire » ainsi qu’aux modes de la polémique mobilisés7. Dans ce qui suit, j’aborderai, par la page de titre, l’enchaînement des publications parues dans le sillage de la Lettre declaratoire du père Coton, au moment où « les polémiques du gallicanisme parlementaire et du gallicanisme universitaire atteignirent leur apogée » (Duccini, 2003 ; Rodier, 2019 : 53). Je ne chercherai pas à trancher entre ce qui relève de la querelle sur le tyrannicide, de la question de la prééminence papale sur le roi dans les affaires spirituelles, ou de celle relative à l’enseignement jésuite. Toutes ces questions sont amalgamées de fait dans l’Anticoton8. Elles sont aussi très tôt mises en recueil et deviennent autant de facettes de l’antijésuitisme ambiant (Fabre, Maire, 2010).

La page de titre et la formation de chaînes polémiques

3Au tome premier daté de 1611 du Mercure françois, souvent présenté comme le premier périodique en langue française, le rédacteur évoque la parution de l’Anticoton, puis témoigne en ces termes :

  • 9 Le Mercure françois ou la Suitte de l’histoire de la paix. Commençant l’an M.D.CV. pour suitte du S (...)

Le douzième de septembre, on fit voir le jour à cette grande satire contre les jésuites appelée l’Anticoton, sans nom d’auteur et d’imprimeur.
Presque au même temps, on y vit une réponse intitulée Le Fleau d’Aristogiton puis Le Remerciement des Beurrières : tous livres sans permission, qui coururent et trottèrent assez librement sur les tables des meilleures familles de France.
À la foire de Francfort de cette année, l’Anticoton a même été traduit en latin ; et le P. Gretzerus, Jésuite, y a fait une réponse intitulée La Lexive.
Je me trouvai en un lieu où plusieurs de ces petits livrets étaient sur une table, avec l’Anti-Mariana, La Deffence des puissances terrestres et soixante autres sortes de discours imprimés au mois d’août, septembre et octobre. Plusieurs personnes étaient autour de cette table, chacun en disant selon sa passion. Et entre autres, deux de différentes opinions s’empêchaient fort à vérifier les passages contenus au premier chapitre de l’Anticoton, sur les propres livres des auteurs allégués (car pour les autres chapitres, ils ne passeront jamais que sous le titre d’invectives). Et d’autre part, pour trouver les passages contenus dans Le Fleau d’Aristogiton, on les voyait feuilleter Viclef, Calvin sur Daniel, et Buchanan ; et sur quelques incidents, Luther, l’Institution de Calvin, les Memoires de Charles IX, Brutus et plusieurs livres traitant de cette matière9.

  • 10 Il est difficile de préjuger de la présentation matérielle de pièces qui ne sont peut-être pas tout (...)
  • 11 Le Mercure françois…, op. cit. : 500-500vo.

4Introduite par la manchette « Anticoton », cette anecdote est d’abord le récit d’un succès éditorial : l’Anticoton est une « grande satire » par la diffusion dont elle a fait l’objet en France comme hors de France. C’est aussi le récit d’une chaîne de répliques : le retentissement de l’Anticoton se mesure à ses suites, soit plus d’une soixantaine d’écrits, dont il est difficile de mesurer le degré de dérivation, à part pour les premiers qui relèvent explicitement d’une logique de réponse. L’emballement de la polémique est rendu manifeste par la quasi-simultanéité des publications et la vitesse de diffusion d’écrits parus « sans permission », partout colportés à pied ou à cheval et figurant en bonne place à la grande foire aux livres de Francfort. C’est enfin un témoignage de première main sur les modes de consommation de l’actualité polémique : livres et livrets de tous formats et de tous styles sont étalés sur des tables autour desquelles on se presse10. Gros ouvrages érudits avoisinent bagatelles injurieuses ou simplement comiques. Deux personnes parmi l’assistance prennent la peine de vérifier les passages allégués, qui dans Le Fleau d’Aristogiton, qui dans l’Anticoton. La limite entre la controverse publique et le pugilat est toutefois ténue, ces deux-là étant prêts d’« en venir aux mains11 ». Les autres commentent les titres de l’actualité éditoriale, sans adopter pour autant la posture du controversiste.

  • 12 Le régime de polémicité réfléchit aux variations dans les modalités et les pratiques du débat en te (...)
  • 13 Une gageure relevée par Duma, 2017 : 77. Je renvoie à son état de l’art et à sa mise au point métho (...)

5Y a-t-il une spécificité du titre de l’écrit de controverse au début du xviie siècle ? La question est d’autant plus ouverte que son explosion éditoriale, au lendemain de l’édit de Nantes, coïncide avec « la naissance conjointe d’une littérature de distraction et d’une littérature politique de petit format » (Fragonard, 2002 : 867). Elle est d’autant plus complexe que la lisibilité du titre dépend pour partie du « régime de polémicité12 » adopté. Or les modalités de l’échange et les stratégies discursives employées par la controverse interconfessionnelle varient en intensité d’un écrit à l’autre. En outre, s’il est facile de percevoir la dimension oppositionnelle de ces écrits, comprendre qui s’oppose à qui ou à quoi et comment, à partir de la seule page de titre, relève de la gageure13. Pourtant, les titres circulent autant, sinon plus, que les livres. En l’absence de nom d’auteur ou d’imprimeur, l’accroche du titre peut même devenir une pièce centrale dans la théâtralisation d’affrontements doctrinaux qui privilégient les voies de la diffusion imprimée. S’intéresser à la page de titre permet ainsi de replacer dans l’espace de l’imprimé la question des modalités de la controverse.

  • 14 Barbafieri, Denis, 2023 : 6. La réflexion collective menée dans cet ouvrage a été séminale pour l’é (...)

6Pour mieux cerner les différents rôles joués par la page de titre dans cette guerre de plumes, j’envisagerai le titre à la fois comme un agencement d’énoncés isolables sur la page et comme un « dispositif » titulaire complexe, dans le sillage des travaux menés sous la direction de Carine Barbafieri et de Delphine Denis14. En effet, la page de titre ne fonctionne pas seulement en relation avec le contenu qu’elle introduit, elle s’inscrit également dans un contexte éditorial précis. Or « l’une des spécificités des corpus d’Ancien Régime est de se constituer d’eux-mêmes en séries aisément repérables » – ce que Leo H. Hoek a nommé « l’intertitularité » (Hoek, 1981 : 183 ; Barbafieri, Denis, 2023 : 10). Compte tenu de l’hétérogénéité formelle des écrits de controverse, la mise en série des titres ne conduit pas à l’émergence d’un « genre d’écrire » commun (Réach-Ngô, 2023 : 231-232). Pour autant, l’écrit de controverse n’apparaissant jamais seul, le « dispositif » titulaire qu’il arbore a pour particularité d’entrer en résonnance avec d’autres titres formant parfois plusieurs familles au sein d’un même ensemble. L’approche par famille permet de réfléchir à la « dimension concurrentielle » des titres (Barbafieri, Denis, 2023 : 10), tout en tenant compte des catégorisations génériques et des « régimes de polémicité » propres à chacun des écrits ainsi rapprochés.

« Les imprimeurs faisaient parler leurs presses » : l’Anticoton et ses suites

  • 15 Voir par exemple l’Arrest de la cour de parlement, ensemble la censure de la Sorbone, contre le liv (...)
  • 16 Sur ce genre de discours, voir Langer, Mellet, 2021.
  • 17 Sur cette pièce, voir Duccini, 2003 : 90-93.
  • 18 Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…, Paris, jouxte la copie imprimée (...)

7À partir des informations de page de titre, on peut ainsi distinguer cinq ensembles dans la polémique étudiée. Un premier ensemble concerne les documents officiels émanant du Parlement et de la Sorbonne. Ces documents circulent largement sous forme de « recueils », lesquels sont progressivement augmentés par adjonction d’écrits officiels, ou qui en empruntent les apparences15. La limite entre ce premier ensemble et le second est ainsi poreuse, le second rassemblant des textes qui, par leur titre, s’apparentent encore à ce qu’il est convenu d’appeler la « littérature juridique » (Dauchy, 2011). Plusieurs textes du corpus s’inspirent ainsi du droit de remontrance des parlements16. Il peut s’agir de textes relativement courts, à la page de titre minimale, comme cette Remonstrance à Messieurs de la Cour de Parlement sur le parricide commis en la personne du Roy Henry le Grand, parue en 1610 sans lieu d’édition17. D’autres font de leur page de titre un véritable réquisitoire. Ainsi la Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…18, de 1614, comporte un titre complexe, permettant par le séquençage et les effets de contrepoint typographique, d’inférer l’objet de la remontrance.

Figure 1. Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…, page de titre

Figure 1. Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…, page de titre

Imprimé à Paris, jouxte la copie imprimée chez P. Mettayer, 1614. Notice NuBIs : https://nubis.bis-sorbonne.fr/​ark:/15733/​11gw?view=full.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque de la Sorbonne

  • 19 [Louis Richeome], Plainte justificative…, op. cit. : 9.

8Dans le bloc central, le livre de Suarez est précisément identifié par ses lieux d’impression et de réimpression, avec mention en toutes lettres du contenu litigieux : « [c]ontenant plusieurs propositions & maximes contraires aux puissances souveraines des Roys & Princes ordonnez & establis de Dieu, seureté de leurs personnes, repos & tranquillité de leurs subjects. » De part et d’autre figurent le titre rhématique de « remontrance » avec la date de la délibération (20 juin 1614), et la mention de l’arrêt de la Cour censurant l’ouvrage de Suarez, également précisément daté. Cette Remonstrance suscite, l’année suivante, une Plainte justificative de Louis Richeome sous le pseudonyme de Louis de Beaumanoir. Si le jésuite se cache sous un nom d’emprunt, la page de titre, en revanche, exhibe désormais le nom de son adversaire : le gallican Louis Servin, avocat du roi. En cause, la publicité donnée aux thèses condamnées par cette remontrance distribuée « à plusieurs milliers d’exemplaires […] par les villes de France, d’Angleterre et d’autres pays qui entendent le français, où l’on n’oyait ces mois derniers de juillet et d’août que colporteurs criant par les rues Remonstrance et plaincte des gens du Roy19. »

9Cette « plainte contre » m’amène à une troisième catégorie d’écrits : ceux dont les pages de titre affichent leur insertion dans une ou plusieurs séries polémiques. La logique de réponse est parfois explicitée par l’emploi de termes tels que « réfutation » ou « réponse », mais de tels marqueurs ne permettent qu’imparfaitement le repérage des chaînes de répliques. Ces pages de titre témoignent d’un emballement de la controverse, ses acteurs se répondant désormais les uns aux autres. La cible affichée peut être une ou multiple, ce qui témoigne alors de l’imbrication des objets de la polémique. C’est le cas de l’Examen categorique du jésuite Richeome :

Figure 2. Examen categorique du libelle Anticoton…, page de titre

Figure 2. Examen categorique du libelle Anticoton…, page de titre

Par Louis Richeome. Imprimé à Pont-à-Mousson, chez Melchior Bernard, 1613.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France

  • 20 Je cite ici l’intertitre de l’ouvrage de La Martelière. Disponible sur Gallica : https://gallica.bn (...)
  • 21 Louis Richeome, Examen categorique du libelle Anticoton…, op. cit., épître liminaire à Monseigneur (...)

10Richeome affiche, en page de titre, une réfutation de l’Anticoton accompagnée du corrigé du plaidoyer du parlementaire Pierre de La Martelière. Ce dernier avait, en effet, prononcé les 17 et 19 décembre 1611, puis publié l’année suivante, un plaidoyer à la défense de l’Université de Paris « Contre les Jesuites Demandeurs, & requerans l’enterinement des lettres patentes par eux obtenues, de pouvoir lire & enseigner en ladite Université20 ». La mention du plaidoyer, en page de titre, témoigne de l’actualité d’un propos qui se cristallise désormais sur la mission éducative des jésuites. L’intertitre « Et les droicts inviolables de la Majesté & personne des Roys defendus », toutefois, inscrit résolument la défense de Richeome dans la continuité de la Lettre declaratoire de Coton (qui dissociait la Compagnie des thèses de Mariana). Il s’agit moins, en réalité, de répondre à La Martelière sur le fond que de discréditer un propos qui ne fait que « regorger, remâcher, et rendre ce que l’Anticoton et les autres avaient ja remâché et rendu21 ». Ainsi, Richeome, en répondant à l’auteur de l’Anticoton, répond aussi à La Martelière, qu’il épingle dans son Examen par une série de parallèles.

  • 22 Response apologetique a l’Anticoton et a ceux de sa suite. Presentée a la Royne, mere du Roy, Regen (...)

11Deux autres éléments permettent de donner une valeur plus générale à cet Examen : d’une part, l’usage du pluriel indéfini « plusieurs calomniateurs des Peres Jesuites refutez » ; d’autre part, la mention en italiques de cette « lettre » répondant à la « plainte » de quelques-uns de la religion réformée. L’accroche est suffisamment précise pour susciter l’intérêt du lecteur, mais suffisamment vague pour empêcher l’identification des cibles. Le dispositif est d’autant plus complexe qu’il dialogue en réalité avec divers éléments du péritexte de l’ouvrage. La lettre est une défense de l’humeur piquante et du style rude contre l’esprit de douceur quand il s’agit de réfuter les calomniateurs. Il faut se reporter à l’épître liminaire au chancelier Nicolas Brûlart de Sillery pour s’apercevoir que Richeome s’en prend nommément à Casaubon, par l’intermédiaire de sa lettre à Fronton du Duc, qui elle-même réfutait la Response apologetique a l’Anticoton attribuée au père Coton sous le pseudonyme du P. François Bonald22. Richeome joue d’une intertextualité polémique à la fois explicite (en page de titre) et implicite (dans l’adresse au chancelier). L’ouvrage prend ainsi place dans un ensemble polémique qui a des ramifications à la fois nationales (polémique avec le gallicanisme universitaire par l’intermédiaire de La Martelière) et internationales (polémique avec la couronne d’Angleterre par l’intermédiaire de Casaubon).

  • 23 Mercier, 2005, t. 2, décrit à l’entrée n° 248.
  • 24 Ibid., décrits aux entrées n° 321 et n° 320 pour la version de 8 pages avec page de titre.
  • 25 Je dois cette expression à Abiven, Amstutz, Goderniaux et Petit, 2023.

12La quatrième catégorie d’écrits affiche en page de titre (quand elle existe) une visée satirique. La bibliographie critique d’Alain Mercier propose de nombreux exemples de cette littérature de facétie. Ainsi Le Confiteor de Henry le grand : cet in-8° de 7 pages, probablement de 1611, sans page de titre autonome, se présente comme une « prière parodique en forme de prosopopée », dans laquelle le roi défunt se reproche sa trop grande clémence à l’égard de la Compagnie23. Autre exemple, un Credo des Jesuistes est imprimé sur une feuille volante au recto seul, sur deux colonnes, alors qu’on en connaît aussi une édition in-8° de 8 pages24. Ici, la page de titre se confond avec le placard. La parodie de pièces liturgiques est une formule à succès, quelle qu’en soit d’ailleurs la cible (jésuite, catholique ou encore réformée). L’intérêt de ces pièces réside dans le détournement formel de la prière, ainsi que dans l’emploi de formes versifiées. Les libelles sont « mitoyens au champ littéraire25 », et la limite entre la facétie et l’expression pamphlétaire est parfois mince. À côté de ces exemples où l’intention parodique se traduit par un surcroît d’inventivité stylistique, il en est d’autres, très nombreux, qui privilégient l’efficacité polémique aux effets de style.

  • 26 Je laisse ici de côté les recueils de pièces polémiques qui sont, par définition, à géométrie varia (...)
  • 27 Louis Richeome, Plainte apologétique au Roy très chrestien de France & de Navarre pour la Compagnie (...)
  • 28 Je remercie Sacha Grangean d’avoir vérifié, à ma demande, les particularités de l’exemplaire conser (...)
  • 29 Le Franc et Véritable Discours au Roi, sur le rétablissement qui lui est demandé pour les Jésuites, (...)

13On accordera, enfin, une place à part aux rééditions opportunistes. J’en donnerai un seul exemple26. Le Franc et Véritable Discours au Roi, sur le rétablissement qui lui est demandé pour les Jésuites paraît initialement en 1602, sans nom d’auteur ni lieu d’édition. La pièce, attribuée à Antoine Arnauld père (1560-1619), porte « sur la question de la validité des vœux des Jésuites en droit français » (Gay, 2005 : n. 3 ; Gabriel, 2010 : n. 56). Elle avait suscité une réponse de Richeome, en 1602, à l’époque de sa première parution27. Elle connaît plusieurs éditions en 1602 et 1603. En 1610, la page de titre signale le réemploi : « Jouxte la coppie imprimée en l’an 1602. » L’édition de 1612, en revanche, omet cette précision28. La page de titre, arborant une date nouvelle, n’en joue pas moins de l’effet palimpseste pour le lecteur vigilant. Lorsqu’en 1762, cette pièce est de nouveau publiée, elle est apparemment toujours d’actualité29. En revanche, le manque d’information en page de titre est désormais compensé par un « avertissement » qui l’attribue formellement à Antoine Arnauld père, avant d’en retracer la fortune éditoriale :

  • 30 Ibid., avertissement non paginé.

On a plusieurs éditions de ce précieux écrit. Outre celle de 1602, nous en connaissons une de 1610 aussi in-8 et une 3e plus récente donnée sous ce titre : Discours au Roi Henri IV par M. Arnauld, procureur Genéral de la Reine Catherine de Medicis, & Consultation de M. Charles du Moulin… sur l’utilité ou les inconvéniens de la nouvelle Secte ou espèce d’Ordre Religieux des Jésuites, adressée à MM. les Maire & Echevins de la ville de Laon… pour les animer dans les efforts qu’ils faisoient pour empêcher l’établissement des Jésuites dans leur ville. Enfin, l’écrit de M. Arnauld a été traduit en latin, sous ce titre : Ingenua & libera Oratio ad Regem Christianissimum de restitutione Jesuitarum in Regno Galliae. A Lyon, in-4. 161130.

  • 31 Il s’agit du Discours au roi Henri IV, par M. Arnauld, procureur général de la reine Catherine de M (...)

14On sera particulièrement sensible à la réimpression de 1735 adressée aux notables de la ville de Laon31 : la page de titre est modifiée pour correspondre à une situation locale précise, qui tient à l’établissement des jésuites dans la ville et aux difficultés subséquentes liées à l’administration du collège. Le risque d’invisibilisation de l’écrit original, lié à la perte du titre premier, est compensé par un dispositif titulaire double, qui décrit les circonstances initiales de production du discours (genre, adresse, auteur et sa fonction, objet), avant d’en opérer une recontextualisation.

  • 32 Thomas Pelletier, Discours lamentable, sur l’attentat & parricide commis en la personne de tres-heu (...)
  • 33 Id., De l’Inviolable et sacree personne des Rois, Contre tous Assassins & Parricides…, Paris, Franç (...)
  • 34 Id., Le Pacifique, aux Calomniateurs des Peres Jésuites, Salut, & augmentation de cervelle, Paris, (...)
  • 35 Id., Remonstrance tres-humble a Messieurs de la Cour de Parlement, en recommandation du bon droict (...)
  • 36 Marie Le Jars de Gournay, Adieu de l’ame du Roy de France et de Navarre Henry le Grand à la Royne, (...)
  • 37 Le Remerciement des Beurrières de Paris au sieur de Courbouzon Montgomery, Niort, s. n., 1610 : 3, (...)
  • 38 L’Anti-Gournai ou, l’Anti-Gontier, servant de response à l’adieu de l’ame ; fait par le perre Gonti (...)

15Ce rapide examen d’une sélection des « suites » de l’Anticoton témoigne de l’hétérogénéité formelle des pièces concernées. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un même auteur investisse plusieurs genres et plusieurs formats. Thomas Pelletier, protestant fraîchement converti par Du Perron, publie la même année, et chez le même éditeur, une courte déploration sur la mort du roi32 et un ouvrage de défense des jésuites sur la question du parricide33, ainsi que deux courtes pièces polémiques (sans indication d’éditeur) : un pamphlet intitulé Le Pacifique34, où il répond à l’auteur du Tocsin, et une remontrance sur le sujet de la mission éducative jésuite35. L’hybridité générique est également un trait récurrent de nombre de pièces concernées, avec parfois – mais pas toujours – des fortunes éditoriales dissociées. Ainsi l’opuscule de Marie de Gournay, l’Adieu de l’ame du Roy de France et de Navarre Henry le Grand à la Royne, avec la defence des Peres Jesuistes, paru en 1610, comporte deux volets distincts : une longue défense des jésuites, suivie d’une oraison funèbre, qui fera seule l’objet d’une réédition remaniée dans le recueil de mélanges de 1626, L’Ombre de la Damoiselle de Gournay36. On peut penser que seule la section de l’opuscule consacrée à la défense des jésuites s’insère dans une chaîne polémique. Marie de Gournay est ainsi la cible de critiques dans Le Remerciement des Beurrières de Paris au sieur de Courbouzon Montgomery, qui répond lui-même au Fleau d’Aristogiton37. Ce qui n’empêche nullement l’ouvrage en son entier d’être pris à partie par l’intermédiaire de sa page de titre, et son auctorialité contestée, dans l’Anti-Gournai38. Cette hétérogénéité formelle se retrouve au niveau des pages de titre, qui vont de la formule laconique éventuellement accompagnée d’une date (Aux bons françois, 1610) aux énoncés les plus complexes et les plus travaillés. J’en viens ainsi aux divers modes d’appréhension et de théorisation de ce « seuil » du livre.

« Les promesses du titre »

  • 39 Adrien Baillet, Jugemens des sçavans sur les principaux ouvrages des auteurs, Paris, Antoine Dezall (...)

16La titrologie a une histoire, qui commence avec les réflexions de Charles Sorel, dans De la connaissance des bons livres (1671), et d’Adrien Baillet, dans son Jugemens des sçavans (1685)39, et que prolongent les grandes entreprises lexicographiques de la fin du siècle (Barbafieri, Denis, 2023 : 7). Deux conceptions opposées s’y font jour, selon que le titre est envisagé dans sa fonction informative, ou qu’il obéit à un impératif plus directement commercial.

17Pour Baillet, « le titre d’un livre doit être son abrégé, et il en doit renfermer tout l’esprit autant qu’il est possible » (Baillet, 1685 : 486 ; Noille, 2023 : 54). C’est pourquoi il n’y a jamais de titre trop long, sauf à s’écarter de son sujet. Et c’est pourquoi aussi les attendus d’un bon titre en font quelque chose d’aussi rare que d’invention difficile :

[I]l est de la dernière importance pour la fortune d’un livre et pour la réputation de son auteur que son titre soit juste, simple, naturel, modeste, en termes propres, sans figure, sans affectation, sans obscurité, sans équivoque, sans finesse, sans raffinement, sans fourbe, sans hâblerie, sans fanfare, sans rodomontade, sans enflure, sans impertinence, sans expression ridicule, sans superfluité, et sans aucun air qui soit rude et choquant. (Baillet, 1685 : 487-488 ; Noille, 2023 : 56)

  • 40 L’Antimariana de Michel Roussel connaît en 1610 trois éditions parisiennes, chez Mettayer, chaque f (...)

18Baillet défend une conception rhétorique du seuil du livre : le titre est l’équivalent de la propositio, « l’énoncé incipitial de ce qu’on se propose de prouver dans la suite du discours » (Noille, 2023 : 55). Cette conception du titre est bien présente dans le corpus étudié et se décline sous les formes du « titre-argument » et du « titre-table des matières » (Flandrin, 1965 : 940). Quand Michel Roussel publie un Antimariana, en 1610, la cible (les « propositions de Mariana ») ainsi que la thèse principale (« Pour monstrer que la vie des Princes souverains doit estre inviolable aux subjects & à la Republique, tant en general qu’en particulier, & qu’il n’est loisible de se revolter contr’eux ou attenter à leur personne, sous pretexte de tyrannie ou autre que ce soit ») sont énoncées en page de titre40.

Figure 3. Antimariana…, page de titre

Figure 3. Antimariana…, page de titre

Par Michel Roussel. Imprimé à Paris, chez P. Mettayer, 1610.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France

  • 41 Antoine Le Clerc (sieur de La Forêt), La Deffense des puissances de la terre, par Antoine Leclerc…, (...)
  • 42 Thomas Pelletier, De l’Inviolable et sacrée personne des rois…, op. cit. ; Gabriel, 2010.

19Malheureusement, à juger du contenu au titre, on risque souvent de se fourvoyer. Antoine Le Clerc, dans La Deffense des puissances de la terre, partage « de nombreux arguments » avec Roussel (Gabriel, 2010). Son titre n’en est pas moins sibyllin et nécessite un travail d’élucidation inaugural de la part de son auteur : « Le titre que j’ai gravé sur le front de ce petit livre donnera sujet à beaucoup de discourir sur une question qui en peut naître41. » Quant au « titre-argument » de Pelletier De l’Inviolable et sacrée personne des Rois. Contre tous Assassins & Parricides qui ozent attenter sur leurs Majestez, il s’affiche faussement dans la continuité des précédents. Son auteur dissocie, en effet, Mariana des opinions de la Compagnie de Jésus et consacre son second discours, intitulé « De l’innocence de ceux qu’on blâme à tort, de favoriser les Parricides par leur doctrine », à la défense des jésuites42.

  • 43 Adrien Baillet, Des satyres personnelles, op. cit., t. 1, premier entretien : 8.

20Aussi, le titre, bien souvent, devient le premier élément discuté par les contestants. Situé au seuil de la controverse, il en devient très vite un « lieu » attendu – un topos. Prenons le cas des « Anti », dont Baillet dresse, en 1689, le relevé bibliographique et critique. On pourrait attendre de ces livres qu’il n’y ait « pas un mot […] qui ne soit directement contre la personne » de Bellarmin, de Baronius, de Copernic ou de Coton43.

Fig. 4. Anticoton…, page de titre

Fig. 4. Anticoton…, page de titre

Imprimé en 1610.

Source/crédit : Cliché Société de l’histoire du protestantisme français, Paris

21Or c’est loin d’être le cas. Le jésuite Richeome, au chapitre i de l’Examen catégorique du libelle Anticoton, ouvre ainsi l’offensive sur une véritable analyse de la page de titre de son adversaire :

  • 44 Louis Richeome, Examen categorique du libelle Anticoton…, op. cit., chapitre i « Du nom et titre d’(...)

Ton œuvre de cinq chapitres, et ton Almanach de soixante et quatorze pages, a deux titres : le premier est, Anticoton, qui fait le timbre, et veut dire, contrecoton, comme Anti-Christ, contre-Christ ; par icelui tu protestes que c’est contre ce Père, que tu écris. Le second attaché par un, Ou, avec le premier, est, Ou refutation de la lettre declaratoire du Pere Coton, qui veut dire que tu réfutes sa lettre. Après ces deux titres, suit au lieu de taille douce de la première page, le grand Cartel de proclamation et thèse générale du livre, Auquel, ce dis-tu, est prouvé, que les Jesuites sont coulpables, & autheurs du parricide execrable commis en la personne du Roy tres-Chrestien Henry quatriesme d’heureuse mémoire44.

  • 45 Response apologetique a l’Anticoton…, op. cit. : 16.
  • 46 Ibid. : 17. Sur les libelles, voir notamment Jouhaud, 2003 et Debbagi-Baranova, 2012a ; 2012b.
  • 47 Sur l’effet des controverses de 1610 sur la réputation de Pierre Coton et la réception subséquente (...)

22La critique porte précisément sur la confusion entretenue par un tel montage : le second titre introduit par « ou » est « superflu », car qui s’en prend à Coton s’en prend aussi à sa lettre – ou, en termes plus imagés, « qui comprend toute la tête il n’a besoin d’espécifier l’oreille ». Mais surtout, si ces deux titres montrent que la cible première est le jésuite Coton, la thèse, en revanche, vise l’ensemble de la Compagnie : « [I]l fallait donc intituler ton Almanach anti-Jesuite, et non anticoton » (p. 2). On trouve des éléments de critique similaire dans la Response apologetique à l’Anticoton. Cette fois encore, la réfutation du livre de l’adversaire commence par la page de titre, appelée ici « frontispice ». L’approche est logicienne plutôt que rhétoricienne, mais la conclusion est la même : « [L]es noms et dénominations doivent être extraites ou du total, ou du principal de la substance des choses […], et non des appartenances ou conséquences », « il les devait donc appeler plutôt, Anti-Jesuites qu’Anticoton, vu nommément qu’en la page 67 et 68 il exempte le père Coton entre tous les jésuites de ce crime45 ». Si, malgré tout, Coton en est bien la cible (comme tendrait à le prouver le dernier chapitre de l’Anticoton qui s’en prend à ses mœurs), alors l’Anticoton n’est qu’« un libelle, et libelle, de diffamation46 ». N’en déplaise à la Compagnie, l’efficacité de l’Anticoton tient précisément à sa puissance d’amalgame, manifeste en page de titre : les jésuites sont collectivement incriminés par l’intermédiaire d’un seul, qui n’est autre que le confesseur et le prédicateur du roi assassiné47.

  • 48 Antoine Furetière, Dictionnaire universel, La Haye/Rotterdam, Anout et Reinier Leers, 1690, article (...)
  • 49 Attribué à l’avocat Le Jay. Sur le désir d’auteur, et les difficultés posées par les libelles, voir (...)

23À l’opposé du « titre-table des matières », on trouve le « titre en coup de poing » (Flandrin, 1965 : 940). Le titre fait vendre. Véritable « proxénète », le titre est l’entremetteur privilégié du marché du livre48. Pour être accrocheur, il n’a pas besoin de tenir ses « promesses » (du moins, à la manière dont l’entend Baillet). Il n’a pas, non plus, besoin d’être complexe, d’autant qu’une partie de la production de libelles est criée sur le Pont-Neuf, au même titre que la littérature facétieuse. Ainsi, en réponse au Tractatus de potestate Summi Pontificis in rebus temporalibus adversus Culielmum Barclaium de Bellarmin, Le Tocsin paraît en 1610 sans nom d’auteur49, mais pourvu d’approbations fantaisistes et d’un lieu d’édition fictif : autant d’indices d’une intention satirique, qui s’étend jusqu’au seuil de l’ouvrage pour en perturber la fonction identificatrice. La cible, en revanche, est désignée sans équivoque possible : l’auteur qui se cache derrière la « Statue de Memnon » écrit « Contre le Livre de la Puissance Temporelle du Pape, mis n’agueres en lumiere par le Cardinal Bellarmin Jesuite ».

Figure 5. Le Tocsin…, page de titre

Figure 5. Le Tocsin…, page de titre

Attribué à E. Le Jay. Imprimé à Paris avec une fausse adresse, 1610.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France

24Le Tocsin suscite la même année une réponse tout aussi polémique :

Figure 6. Le Premier Coup de la retraite…, page de titre

Figure 6. Le Premier Coup de la retraite…, page de titre

Par Alexandre De Monréal. Imprimé à Montpellier, jouxte la copie imprimée à Saumur chez le libertin, 1611.

Source/crédit : Cliché Société de l’histoire du protestantisme français, Paris

  • 50 Le Premier Coup de la retraite contre le Tocsin sonne par la statue de Memnon contre le Livre du Ca (...)
  • 51 Pierre Richelet, Dictionnaire françois, Genève, Jean Herman Widerhold, 1680, articles « Tocsin » et (...)
  • 52 Sur cette question complexe, voir Bourdin, 2013.
  • 53 Voir la Remonstrance et conclusions des gents du Roy et Arrest de la Cour de Parlement du 26 Novemb (...)

25La reprise d’éléments du titre précédent permet d’inscrire celui-ci dans sa continuité. Le Premier Coup de la retraite50 est écrit « contre » Le Tocsin, qui lui-même était écrit « contre » le livre du cardinal Bellarmin. Ou pour utiliser les sèmes lexicaux mobilisés par les deux pages de titre, le premier libelle sonnait l’alarme, quand le second bat la retraite, c’est-à-dire, ordonne aux soldats de rentrer au logis51. Le jeu des titres et des intertitres met en valeur les substantifs « tocsin » et « retraite », au détriment des thèses de l’ouvrage de Bellarmin. L’objet de la controverse passe au second plan – ce que confirme le contenu des pièces – au profit d’une réflexion sur l’opportunité (ou non) de sonner l’alarme. Pour l’auteur du Premier Coup de la retraite, l’écrit de son adversaire donne de « fausses alarmes » (p. 7), faute de replacer l’ouvrage de Bellarmin dans la bonne chaîne de répliques (p. 9). En replaçant ce dernier dans la controverse qui l’opposa à Jacques Ier d’Angleterre et au juriste William Barclay52, l’auteur du Premier Coup de la retraite cherche ainsi à atténuer le retentissement de l’affaire en France. Il joue la carte de l’apaisement, en attendant l’arrêt du parlement de Paris (p. 9), qui survient effectivement le 26 novembre 1610 et fait à tous défense de « recevoir, retenir, communiquer, imprimer, faire imprimer, ou exposer en vente53 » l’ouvrage de Bellarmin. L’imbrication des chaînes de polémique de part et d’autre de la Manche est par ailleurs rendue sensible par le fait que Le Tocsin connaît une traduction anglaise, sous le titre The Tocsin, Or, Watch-bell, en 1611.

La question de l’énonciateur : fonction-auteur ou bonimenteur ?

  • 54 Sur cette notion, voir notamment Malandain, 1995 ; Chartier, 1996 ; 2015 ; Jacques-Lefèvre, 2001 ; (...)

26Dans le corpus, les pages de titre arborant un nom d’auteur sont loin d’être majoritaires. L’ouvrage peut éventuellement se diffuser sous un pseudonyme plus ou moins transparent ou présenter une signature dans le paratexte. Beaucoup restent anonymes. Comme pour les titres, pris entre souci d’information et tentation proxénète, on est confronté à deux conceptions antithétiques de l’auctorialité54 : quand l’une revendique sa fonction d’autorité en associant un nom à une thèse, l’autre assimile l’auteur à la figure littéraire du bonimenteur.

27En règle générale, les pages de titre affichant un nom d’auteur (ou, à défaut, un nom de plume), éventuellement affilié à un corps, un ordre ou une compagnie, exhibent dans le péritexte les marques de leur inscription institutionnelle. En revanche, l’anonymat (par ailleurs très courant, surtout chez les adversaires des jésuites) fait régulièrement l’objet de commentaires critiques ou satiriques. La renommée de l’Anticoton se construit ainsi à partir des jeux onomastiques que son anonymat permet. L’auteur, qui répond aux initiales P. D. C., promet dans un bref « Avertissement au lecteur » « d’écrire derechef sur le même sujet, et dire son nom », s’il se trouve quelqu’un « qui puisse répondre de point en point à ce livre » – ce qu’il estime impossible. Ses adversaires auront beau jeu de se gausser. L’auteur de la Response apologetique à l’Anticoton (1610) affiche en page de titre son appartenance à la Compagnie de Jésus. Fort de cette inscription institutionnelle, l’auteur présumé peut stigmatiser la couardise de ceux qui se cachent derrière les lettres acrostiches P. D. C. :

  • 55 Response apologetique a l’Anticoton…, op. cit. : 10. Voir également Pioffet, 2013 : 138.

[lesquelles] signifient, ou Père de calomnie, ou Partisan de Calvin, ou Pasteur de Charenton, ou comme aucuns l’ont interprété, Pierre du Cuignier, homme d’infâme mémoire, pour avoir de son temps persécuté, comme le font maintenant ceux-ci, les ordres Religieux et l’Église55.

  • 56 Pierre du Cuignier semble renvoyer, en effet, à Pierre de Cuignières (12..-1345 ?), « professeur de (...)

28Il s’agit moins d’attribuer l’Anticoton à un individu qu’à un camp – celui de l’ennemi. Sous les initiales de son auteur, il faut chercher la figure intemporelle du persécuteur de l’Église, comme tendrait à le prouver son lointain ancêtre parlementaire56. L’année suivante, les mêmes initiales s’affichent en page de titre dans l’Advis de Mtre Guillaume nouvellement retourné de l’autre monde, sur le suject de l’Anticoton, composé par P.D.C. c’est-à-dire, Pierre du Coignet, jadis mort, & depuis n’agueres resuscité. Un avis « Au lecteur », sous prétexte de lever l’anonymat, reprend les principales trouvailles de la Response apologetique en une parodique recherche d’attribution : tour à tour glosées en « Père De Calomnie », « Pipeur Des Catholiques », « Passevolant de Charenton », « Plein De Cruauté », « Peu De Cervelle » et « Point De Conscience », les initiales P. D. C. finissent par se stabiliser sur l’identité de « Pierre du Coignet », opportunément revenu de l’autre monde :

fort renommé autrefois pour s’être déclaré ennemi juré des Ecclésiastiques de son temps, puisqu’il suivait la même piste de persécution contre les jésuites, que cet autre prenait contre les Ecclésiastiques. Pour mémoire de quoi encore aujourd’hui en toutes nos Églises cathédrales de France, l’on lui dresse en forme de statues des figures de marmousets. (Mercier, 2005, t. 1 : 352 ; Pioffet, 2013 : 139)

29Dans ce dernier exemple, l’identité réelle de l’auteur de l’Anticoton importe moins que la figure grotesque qui émerge du jeu sur les initiales : « Pierre du Coignet », en l’occurrence, était devenu, « dans la tradition populaire, une tête de diable qui se trouvait à l’angle du chœur de Notre-Dame de Paris » (Mercier, 2005 : 352). Quant à l’auteur, il est probable qu’il se cache lui-même derrière un « prête-nom ». Un grand nombre de textes facétieux sont, en effet, publiés sous le nom de « Maître Guillaume », le fou du roi, sans qu’il soit possible de toujours distinguer les paternités réelles ou supposées. Pour les jésuites comme pour leurs adversaires, le choix de « Maître Guillaume » a l’avantage de mobiliser la figure du « fou-sage » à l’énonciation paradoxale, tout en bénéficiant du « surplus de visibilité associé au personnage » (Beaulieu, 2019 : 26-27). La même identité de plume servant indifféremment une cause et son contraire, la fortune éditoriale de « Maître Guillaume » s’accompagne d’une profonde « instabilité fonctionnelle » (Fragonard, 2002 : 867). Bien qu’employée pour des visées pragmatiques et polémiques diverses, elle n’en construit pas moins une « autorité » fictive susceptible de rassembler un nombre toujours plus important de pièces. « Maître Guillaume » intervient à la suite de la parution de l’Anticoton, mais il s’exprime aussi sur bien d’autres affaires du temps et continue de sévir bien après le décès du célèbre fou du roi.

30On le voit, la fabrique du titre est sérielle, d’où l’effet d’« intertitularité », mais ce n’est pas toujours l’accroche du titre qui en est le principal support. Le nom de l’auteur s’émancipe parfois jusqu’à incarner un personnage autonome, comme « Maître Guillaume ». En outre, l’effet sériel engendre une attente qui inscrit le dispositif titulaire dans la durée. Ce dernier doit donc être envisagé non seulement dans la synchronie, mais également dans la diachronie. Autrement dit, l’intertitularité n’est pas séparable d’une intertextualité, et l’effet palimpseste, que j’évoquais à propos des rééditions opportunistes, doit être étendu à l’ensemble des pièces considérées.

La mémoire du titre

  • 57 Voir, par exemple, Le Tocsain, contre les massacreurs et auteurs des confusions en France…, Reims, (...)

31Il y a une mémoire du titre, comme il y a une mémoire de la controverse. Nombre de titres évoqués dans ces pages ont, en effet, été employés dès le xvie siècle dans le cadre des controverses. Des « Remontrances » de toutes sortes ont inondé les presses dès les années 1560 ; « l’invention rhétorique de la notion de “Bons françois” » date de 1574 (Fragonard, 2002 : 869) et l’on a sonné le tocsin bien avant 1610, en France57.

32Cette mémoire est présente dans le corpus. Ainsi, Le Premier Coup de la retraite commence sa réfutation du Tocsin par une analyse de son titre :

  • 58 Le Premier Coup de la retraite…, op. cit. : 3.

Le titre de ce livre me fait juger que c’est une fusée sortie de la même fournaise où l’on a ci-devant forgé ces francs et libres discours, ces rodomonts de soldats français, qui discouraient de la guerre comme Picrochole en Rabelais. Et ce cavalier français (qui était au siège d’Amiens logé au milieu du bagage) qui tous cornaient la guerre, dont M. Guillaume se gaussait58.

  • 59 Le Premier Coup de la retraite est signé et daté à la fin : « Alexandre de Monreal. De Saumur ce 6. (...)
  • 60 Pierre de Lostal, Le Soldat François, s. l., s. n., 1604.
  • 61 Voir notamment La Response de Maistre Guillaume au Soldat François. Faicte en la presence du Roy, à (...)
  • 62 Le Premier Coup de la retraite…, op. cit. : 4.
  • 63 Ibid. : 3.

33L’auteur59 rapproche Le Tocsin d’une série antérieure, celle dont le héros éponyme sériel était le « soldat français ». La série a été analysée par Marie-Madeleine Fragonard (2002 : 872-873), qui décrit l’autonomisation du personnage, pris désormais dans une série de reprises qui lui fabriquent des interlocuteurs et même des supérieurs hiérarchiques. Lancé en 1604 par Le Soldat françois du protestant Pierre de Lostal60 dans un écrit en faveur de la guerre avec l’Espagne, le « soldat français » s’invite dans les titres et dialogue aussi bien avec d’autres figures de plume en voie de fictionnalisation – ainsi Maître Guillaume61. L’auteur du Tocsin de 1610 est ainsi lu comme un héritier de ces réformés qui « massacrent tout le monde à coups de plume62 » et un continuateur des boutefeux du début du siècle, mais il en présente la version dégradée et burlesque : « il est aux champs armé comme le franc archet de Baignolet63 », en référence au monologue dramatique du xve siècle mettant en scène un soldat fanfaron. En même temps, parce qu’« on installe chez le lecteur des habitus, en lui fournissant des séries » (Fragonard, 2002 : 873), le rappel n’est pas sans danger. Le spectre des guerres civiles est à fleur de page de titre :

  • 64 Ibid. : 3-4.

Vous souvient-il point d’avoir vu en la première page des livres qu’ils faisaient imprimer à Genève du temps qu’ils cassaient des coques pour éclore, qu’il y avait une enclume martelée par trois maréchaux, le soldat, le cavalier, le sonneur de tocsin, ou la trompette, en l’autre une épée flamboyante, avec cette inscription, non veni pacem mittere, sed gladium ? Ces gens ne parlent que d’épées à deux mains, ils ne toussent que des arquebusades, ils bannissent, ils tuent, ils massacrent tout le monde à coups de plume64.

  • 65 Le développement qui suit aurait été impossible sans les échanges que j’ai eus avec Hadrien Dami, à (...)
  • 66 La Bible qui est toute la saincte Escriture : à sçavoir le Vieil testament et le Nouveau, translate (...)

34Ici, l’effet palimpseste s’applique plus précisément aux marques typographiques de l’édition genevoise renaissante65. L’épée flamboyante apparaît, par exemple, sur cette Bible66 de 1556 :

Figure 7. La Bible…, page de titre

Figure 7. La Bible…, page de titre

Imprimé à Genève, s. n. [Pierre-Jacques Poullain & René Houdouyn], 1556.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France

  • 67 La Bible en laquelle sont contenus tous les livres canoniques, de la Saincte Escriture, tant du Vie (...)
  • 68 Selon Fabienne Henryot, que je remercie pour sa relecture, il existe deux marques différentes, quoi (...)
  • 69 Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France, 3 t., Anvers (...)

35L’imprimeur Jean Girard a également employé plusieurs marques « à l’épée » (par exemple son édition de la Bible de 154067, dite « à l’épée »), et au moins deux variantes de l’épée flamboyante68. Une marque à l’enclume martelée par trois soldats orne, par ailleurs, l’Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze69, un véritable best-seller cette fois sorti de l’officine de Jean Remy :

Figure 8. Histoire ecclésiastique…, page de titre

Figure 8. Histoire ecclésiastique…, page de titre

Par Théodore de Bèze. Imprimé à Anvers, de l’imprimerie de Jean Remy, 1580.

Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France

36Les représentations des trois personnages ne permettent pas d’identifier un soldat, un cavalier et un trompette : il est probable que l’auteur du Premier Coup de la retraite modifie sa description d’une marque très connue pour mieux correspondre à son titre et son propos. Ce faisant, il réécrit la page de titre du Tocsin, qui affichait un lieu d’édition fantaisiste – « On le vend à Paris, à l’enseigne de la Quadrature du Cercle, en la ruë du Tonneau des Danaides » – et assigne à ce brûlot antijésuite une origine genevoise.

Conclusion

37Je me demandais, en ouverture, s’il y avait une spécificité du titre de controverse. Si celle-ci existe, elle n’est pas d’abord d’ordre informatif. Les écrits de controverse affichent une très grande diversité de formats et de titres. La page de titre n’aide pas forcément à situer l’écrit qu’elle introduit dans le débat politico-religieux et permet rarement d’en inférer le contenu. Elle est aussi relativement instable, au sens où une même pièce peut recevoir des titres différents et paraître avec des pages de titre plus ou moins travaillées et complètes. Néanmoins, prises dans un ensemble, comme ici, ces mêmes pages de titre peuvent servir d’outil cartographique. En effet, elles s’opposent et dialoguent entre elles et forment des chaînes de répliques. Elles mettent en scène et en mots, de manière synthétique, voire elliptique, des affrontements doctrinaux. Ce faisant, elles participent à la scénographie des controverses. Parce que la fabrique du titre obéit bien souvent à une logique sérielle, les titres forment des familles – parfois mal assorties. Il faut alors tenir compte des effets de calque comme des effets de notoriété, et ne pas minimiser leurs rôles dans la dynamique de publication.

38Les pages de titre permettent aussi de construire des liens d’un autre ordre. Il y a, en effet, une mémoire des titres, comme il y a une mémoire des noms d’auteurs (en particulier fictifs) et des marques typographiques. Chacune d’entre elles crée ses propres références et ses effets sériels. Aussi, ces titres, tout menteurs et proxénètes qu’ils soient (pour la plupart), n’en sont-ils pas moins un lieu d’élaboration de divers signes de reconnaissance par les auteurs, les imprimeurs-libraires et leurs publics. À cet égard, les pages de titre participent indirectement à l’émergence de la controverse comme « discipline » (Gay, 2022 : 218 ; Léonard, 2023), alors même qu’on ne peut parler de « genre éditorial », si l’on entend par là un ensemble d’ouvrages apparentés par leur titre, sur le modèle des « Thresors » de la Renaissance ou des « Ana » du siècle suivant (Réach-Ngô, 2023 : 231-233).

39Enfin, les pages de titre ont cette particularité d’être à la fois un « seuil » et un « lieu commun » de la controverse. La page de titre fait, ainsi, l’objet de commentaires répétés, souvent critiques, par les acteurs de la controverse et leurs publics. Avant même les grandes entreprises de théorisation de la fin du siècle, on s’interroge sur ses « promesses », on s’indigne de ses mensonges, on apprécie ses effets de style. Cette première consommation du titre joue un rôle non négligeable dans le succès (ou l’échec) des écrits de controverse sur le moment. Il est probable qu’elle ait eu aussi son rôle à jouer dans la diachronie avec laquelle doit être envisagé le dispositif titulaire. Après tout, le succès prolongé de l’Anticoton est d’abord le fait d’un titre bien choisi.

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Notes

1 Pierre Coton, Lettre declaratoire de la doctrine des peres jesuites, conforme aux Decrets du Concile de Constance, adressée à la Royne, Mere du Roy, Regente en France, Lyon, Nicolas Jullieron, 1610 : 4, 6. Je modernise l’orthographe et la ponctuation de toutes les citations de cet article.

2 Ibid. :  21.

3 Ibid., « Attestation de Monsieur de Paris, justifiant les Pères Jésuites » : 31, mentionnant « plusieurs bruits ayant couru par cette ville de Paris, au préjudice remarquable de l’Ordre desdits Pères Jésuites » (datée du 26 juin 1610).

4 Ibid. : 23-24.

5 [Louis Richeome], Plainte justificative de Louis de Beaumanoir pour les peres Iesuites. Contre la Remonstrance & plaincte de Mre. Louys Servin Advocat du Roy…, s. l., s. n., 1615 : 5 ; cf. Louis Richeome, Examen categorique du libelle Anticoton…, Pont-à-Mousson, Melchior Bernard, 1613, épître liminaire à Monseigneur de Sillery, Chancelier de France et de Navarre : « [M]ultipliant libelles sur libelles à l’envi, et remplissant d’iceux toute la France, et presque toute la Chrétienté, d’Antigournais, d’Anti-Jésuites, de Pyramidans, d’Artusius, et d’autres profanes cahiers, qu’on a vus voltiger sans nom, comme sans conscience de leurs auteurs. »

6 Voir Adrien Baillet, Des satyres personnelles. Traité historique et critique de celles qui portent le titre d’Anti, 2 t., Paris, Antoine Dezallier, 1689.

7 Je laisse de côté l’examen formel de la qualité du travail d’impression, qui varie énormément et témoigne bien souvent de la rapidité de fabrication propre à cette littérature d’action (pour reprendre l’expression de Jouhaud, 1985).

8 Pour une approche quantitative et statistique des titres de la « littérature polémique » française sur la période 1610-1618, voir Duma, 2017. Sur la période 1610-1613, la « question jésuite » concerne presque 8 % de la production totale (63 titres sur un total de 797 d’après les tableaux statistiques de Duma). La période 1614-1616 voit une nette diminution de la production sur la question, avec 25 titres pour la plupart concentrés sur les années 1614-1615. Dans la continuité de cette étude, mon approche de la « question jésuite » sera typologique.

9 Le Mercure françois ou la Suitte de l’histoire de la paix. Commençant l’an M.D.CV. pour suitte du Septenaire du D. Cayer, & finissant au Sacre du Tres-Chrestien Roy de France & de Navarre Loys XIII, vol. I, Paris, Jean Richer, 1611 [1610] : 499vo-500 et suiv. Consultable sur Google Livres (consulté le 27 janvier 2026). Hadrien Dami a le premier attiré mon attention sur ce témoignage remarquable – quel que soit son degré de véracité d’ailleurs.

10 Il est difficile de préjuger de la présentation matérielle de pièces qui ne sont peut-être pas toutes reliées et peuvent circuler en cahiers ; la distinction entre livres et petits livrets indique au moins des variations importantes de format.

11 Le Mercure françois…, op. cit. : 500-500vo.

12 Le régime de polémicité réfléchit aux variations dans les modalités et les pratiques du débat en termes d’intensité dans la confrontation. Voir Sère, 2019 : 7-8 : « Entre la controverse et la polémique, quel degré ? Quel seuil de la violence ? Où placer le curseur de la violence ? Quelle intensité ? Quel critère pour basculer de l’un à l’autre ? De la polémique à l’invective, quelle mutation ? À suivre les fixations terminologiques, l’on perdrait l’objet. […] À penser en termes de “régimes de polémicité”, nous évitons d’achopper sur des définitions elles-mêmes discutables et nous envisageons un phénomène scalaire […]. » Voir également, pour la période qui m’occupe, Gay, 2022. Pour une approche de la polémique en termes de « modalité argumentative », voir Amossy, 2014, chap. 2 : 70.

13 Une gageure relevée par Duma, 2017 : 77. Je renvoie à son état de l’art et à sa mise au point méthodologique.

14 Barbafieri, Denis, 2023 : 6. La réflexion collective menée dans cet ouvrage a été séminale pour l’élaboration de cet article. J’ai pu également consulter avec profit Gilmont, Vanautgaerden, 2008.

15 Voir par exemple l’Arrest de la cour de parlement, ensemble la censure de la Sorbone, contre le livre de Jean Mariana, intitulé De regis & rege institutione. Avec un Avertissement aux bons Franc̜ois sur la Lettre declaratoire presentee a la Royne mere du Roy, regente en France, par le Pere Coton. Avec quelques Stances à la loüange de tres-heureuse memoire Henry le Grand roy de France & de Navarre, [s. l.], [s. n.], 1610. Le caractère composite de l’ensemble est souligné en page de titre. On comparera ce petit ouvrage à cet autre, beaucoup plus volumineux, paru en 1612 : Recueil de plusieurs actes et memoires remarquables pour l’histoire de ce temps ; Desquels l’Indice se veoit en la page suivante, [s. l.], [s. n.], 1612. Il comprend, certes, toujours l’arrêt de la cour de Parlement contre le livre de Mariana, complété du « Procès-verbal de l’exécution dudit Arrêt », mais sont venus s’y agréger des textes en français, en latin et en espagnol, pour la plupart relatifs à la question de la prééminence papale. La page de titre mobilise, désormais, le terme de « recueil » pour souligner la compilation et se contente de mentionner « l’indice » qui la suit, soit un sommaire de trois pages des pièces rassemblées dans le volume.

16 Sur ce genre de discours, voir Langer, Mellet, 2021.

17 Sur cette pièce, voir Duccini, 2003 : 90-93.

18 Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…, Paris, jouxte la copie imprimée chez P. Mettayer, 1614.

19 [Louis Richeome], Plainte justificative…, op. cit. : 9.

20 Je cite ici l’intertitre de l’ouvrage de La Martelière. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1011273.image (consulté le 27 janvier 2026).

21 Louis Richeome, Examen categorique du libelle Anticoton…, op. cit., épître liminaire à Monseigneur de Sillery, non paginée.

22 Response apologetique a l’Anticoton et a ceux de sa suite. Presentée a la Royne, mere du Roy, Regente en France. Ou il est monstré, que les Autheurs anonymes de ces libelles difamatoires sont attaints des crimes d’Heresie, leze Majesté, Perfidie, Sacrilege, & tres-enorme Imposture. Par un Père, de la Compagnie de Jesus, Pont, Michel Gaillard, 1610. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15258378 (consulté le 27 janvier 2026).

23 Mercier, 2005, t. 2, décrit à l’entrée n° 248.

24 Ibid., décrits aux entrées n° 321 et n° 320 pour la version de 8 pages avec page de titre.

25 Je dois cette expression à Abiven, Amstutz, Goderniaux et Petit, 2023.

26 Je laisse ici de côté les recueils de pièces polémiques qui sont, par définition, à géométrie variable et connaissent souvent des modifications et des ajouts pour mieux suivre l’actualité polémique.

27 Louis Richeome, Plainte apologétique au Roy très chrestien de France & de Navarre pour la Compagnie de Jésus. Contre le libelle de l’aucteur sans nom intitulé Le franc & veritable discours & c. Avec quelques notes sur un autre libelle dict le Catechisme des jesuites. Par Louys Richeome, Provençal religieux d’icelle Compagnie, Bourdeaus, S. Millange, 1602. L’autre libelle a pour titre Le Catechisme des Jesuites : ou Examen de leur doctrine, Ville-franche, Guillaume Grenier, 1602, attribué à Étienne Pasquier.

28 Je remercie Sacha Grangean d’avoir vérifié, à ma demande, les particularités de l’exemplaire conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal.

29 Le Franc et Véritable Discours au Roi, sur le rétablissement qui lui est demandé pour les Jésuites, s. l., s. n., 1762, incipit de l’avertissement non paginé : « Le discours dont nous donnons une nouvelle édition fut composé pour empêcher le rappel des jésuites sous Henri IV. Les raisons que l’auteur apporte étaient décisives. Heureux, si elles eussent été suivies ! » Ouvrage consultable sur Google Livres (consulté le 27 janvier 2026). La Compagnie de Jésus est supprimée par le parlement de Paris en 1762.

30 Ibid., avertissement non paginé.

31 Il s’agit du Discours au roi Henri IV, par M. Arnauld, procureur général de la reine Catherine de Médicis, et la Consultation de Me Charles Dumoulin, célèbre jurisconsulte de France et d’Allemagne et ancien avocat au parlement de Paris, sur l’utilité ou les inconvéniens de la nouvelle secte ou espèce d’ordre religieux des Jésuites, adressée à MM. les maire et échevins de la ville de Laon. Sur l’imprimé de 1603, s. l., s. n., 1735. Notice BnF n° FRBNF31732065.

32 Thomas Pelletier, Discours lamentable, sur l’attentat & parricide commis en la personne de tres-heureuse memoire Henry IIII roy de France & de Navarre, Paris, François Huby, 1610.

33 Id., De l’Inviolable et sacree personne des Rois, Contre tous Assassins & Parricides…, Paris, François Huby, 1610, dont le deuxième discours est à la défense des jésuites. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8725139m (consulté le 27 janvier 2026).

34 Id., Le Pacifique, aux Calomniateurs des Peres Jésuites, Salut, & augmentation de cervelle, Paris, s. n., 1610 : 8-9. Consultable sur Google Livres (consulté le 27 janvier 2026).

35 Id., Remonstrance tres-humble a Messieurs de la Cour de Parlement, en recommandation du bon droict que poursuivent les Peres Jesuites…, Paris, s. n., 1610.

36 Marie Le Jars de Gournay, Adieu de l’ame du Roy de France et de Navarre Henry le Grand à la Royne, avec la defence des Peres Jesuistes. Par la damoiselle de G., Lyon, Jean Poyet, 1610 : 43 sq. pour la déploration. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101119h.image (consulté le 27 janvier 2026). Réimpression sous le titre « Exclamation sur l’assassinat deplorable de l’année mil six cens dix », in L’Ombre de la Damoiselle de Gournay, Paris, Jean Libert, 1626 : 61. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70563p/f4.item (consulté le 27 janvier 2026).

37 Le Remerciement des Beurrières de Paris au sieur de Courbouzon Montgomery, Niort, s. n., 1610 : 3, 8. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k841522v (consulté le 27 janvier 2026). Le Fleau d’Aristogiton. Ou Contre le calomniateur des peres jesuites, sous le tiltre d’Anticoton, Paris, François Rousselet, 1610.

38 L’Anti-Gournai ou, l’Anti-Gontier, servant de response à l’adieu de l’ame ; fait par le perre Gontier, sous le nom de la Damoiselle de Gournai, s. l., s. n., 1610. Consultable sur Google Livres  (consulté le 27 janvier 2026).

39 Adrien Baillet, Jugemens des sçavans sur les principaux ouvrages des auteurs, Paris, Antoine Dezallier, 1685.

40 L’Antimariana de Michel Roussel connaît en 1610 trois éditions parisiennes, chez Mettayer, chaque fois augmentées. Voir Gabriel, 2010 : n. 63. Les pages de titre en sont légèrement différentes.

41 Antoine Le Clerc (sieur de La Forêt), La Deffense des puissances de la terre, par Antoine Leclerc…, Paris, George Lombart, 1610, incipit de l’adresse liminaire « Aux puissances de la terre ». Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87036892 (consulté le 28 janvier 2026).

42 Thomas Pelletier, De l’Inviolable et sacrée personne des rois…, op. cit. ; Gabriel, 2010.

43 Adrien Baillet, Des satyres personnelles, op. cit., t. 1, premier entretien : 8.

44 Louis Richeome, Examen categorique du libelle Anticoton…, op. cit., chapitre i « Du nom et titre d’Anticoton » : 1.

45 Response apologetique a l’Anticoton…, op. cit. : 16.

46 Ibid. : 17. Sur les libelles, voir notamment Jouhaud, 2003 et Debbagi-Baranova, 2012a ; 2012b.

47 Sur l’effet des controverses de 1610 sur la réputation de Pierre Coton et la réception subséquente de son œuvre, voir Gabriel, 2020 ; sur la répercussion de longue durée de cette même affaire sur l’antijésuitisme français, voir Gabriel, 2010. Plus largement, voir Boltanski, Claverie, Offenstadt, Van Damme, 2007 et Dosquet, Petit, 2013.

48 Antoine Furetière, Dictionnaire universel, La Haye/Rotterdam, Anout et Reinier Leers, 1690, articles « Titre » et « Proxénète » ; Noille, 2023 : 51. L’élaboration du titre obéit à un impératif commercial que Noille rapproche de la fonction exordiale, en rhétorique.

49 Attribué à l’avocat Le Jay. Sur le désir d’auteur, et les difficultés posées par les libelles, voir Abiven, Amstutz, Goderniaux, Petit, 2023.

50 Le Premier Coup de la retraite contre le Tocsin sonne par la statue de Memnon contre le Livre du Cardinal Bellarmin Jesuite. Par Alexandre de Monreal, Montpellier, Jouxte la coppie imprimée à Saumur chez le libertin, 1611. Les citations suivantes renvoient à l’exemplaire numérisé sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53789645x (consulté le 28 janvier 2026).

51 Pierre Richelet, Dictionnaire françois, Genève, Jean Herman Widerhold, 1680, articles « Tocsin » et « Retraite ».

52 Sur cette question complexe, voir Bourdin, 2013.

53 Voir la Remonstrance et conclusions des gents du Roy et Arrest de la Cour de Parlement du 26 Novembre M.DC.X. Sur le livre intitulé Tractatus de Potestate Summi Pontificis in rebus Temporalibus adversus Guilielmum Barclaium, s. l., s. n., 1610 : 63. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3046549h (consulté le 28 janvier 2026).

54 Sur cette notion, voir notamment Malandain, 1995 ; Chartier, 1996 ; 2015 ; Jacques-Lefèvre, 2001 ; Chatelain, 2004 : 159-170 ; Furno, Mouren, 2012.

55 Response apologetique a l’Anticoton…, op. cit. : 10. Voir également Pioffet, 2013 : 138.

56 Pierre du Cuignier semble renvoyer, en effet, à Pierre de Cuignières (12..-1345 ?), « professeur de droit, conseiller du roi Philippe VI, président du Parlement en 1324. Il prit part à l’assemblée de Vincennes (décembre 1329-janvier 1330) en faveur des droits de la justice laïque dans les conflits de juridiction avec la justice ecclésiastique » (voir la notice IdRef 132983214).

57 Voir, par exemple, Le Tocsain, contre les massacreurs et auteurs des confusions en France…, Reims, Jean Martin, 1577. Disponible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043523x (consulté le 29 janvier 2026).

58 Le Premier Coup de la retraite…, op. cit. : 3.

59 Le Premier Coup de la retraite est signé et daté à la fin : « Alexandre de Monreal. De Saumur ce 6. jour de decembre 1610. »

60 Pierre de Lostal, Le Soldat François, s. l., s. n., 1604.

61 Voir notamment La Response de Maistre Guillaume au Soldat François. Faicte en la presence du Roy, à Fontainebleau, le huictiesme Septembre 1604, s. l., s. n., 1605. Un recueil de la même année témoigne du succès de la série : Le Soldat franc̜ois, ensemble M. Guillaume : la Response audit M. Guill. La Replique modeste : l’Apointement faict par Mathurine, entre le soldat franc̜ois & M. Guillaume : & autres responses & discours sur le mesme suject. Le tout reveu, corrigé & mis en meilleur ordre qu’auparavant. Avec les portraits des personnages, au devant de chacun discours, s. l., s. n., 1605.

62 Le Premier Coup de la retraite…, op. cit. : 4.

63 Ibid. : 3.

64 Ibid. : 3-4.

65 Le développement qui suit aurait été impossible sans les échanges que j’ai eus avec Hadrien Dami, à la suite de la journée d’étude où ce travail a été présenté pour la première fois. Je lui dois l’identification des marques typographiques genevoises.

66 La Bible qui est toute la saincte Escriture : à sçavoir le Vieil testament et le Nouveau, translatez en François : le Vieil selon l’hebrieu, et le Nouveau […], Genève, s. n. [Pierre-Jacques Poullain & René Houdouyn], 1556. Ouvrage également conservé à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel (ZQ 700a), et consultable en ligne : https://www.e-rara.ch/nev_r/doi/10.3931/e-rara-33154 (consulté le 29 janvier 2026).

67 La Bible en laquelle sont contenus tous les livres canoniques, de la Saincte Escriture, tant du Vieil que du Nouveau Testament : & pareillement les Apocryphes, […], [Genève], [Jean Gérard], 1540. Bibliothèque de Genève (BGE Cti 2344 BGE Su 5000). Consultable en ligne : https://www.e-rara.ch/gep_g/doi/10.3931/e-rara-14880 (consulté le 29 janvier 2026).

68 Selon Fabienne Henryot, que je remercie pour sa relecture, il existe deux marques différentes, quoique probablement rattachées à la même officine : l’une très simple – une main sort des nuées et tend l’épée de la Parole de Dieu –, l’autre plus complexe, où la nuée est remplacée par une sorte de brasier. Dans les deux cas, le dessin est encadré par la devise empruntée à Matthieu 10, 34 : « Non veni pacem mittere sed gladium. » La base de données GLN15-16, interrogée en inscrivant dans le champ « marque typographique » le mot « mittere », donne cinquante éditions différentes dans les années 1540 – ce qui donne une idée de la masse et des contours du corpus évoqué par le sonneur de tocsin.

69 Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France, 3 t., Anvers [Genève], de l’imprimerie de Jean Remy, 1580. Consultable en ligne : https://www.e-rara.ch/gep_g/doi/10.3931/e-rara-6413 (consulté le 29 janvier 2026).

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Remonstrance et plaincte des gents du roy a la cour de Parlement…, page de titre
Légende Imprimé à Paris, jouxte la copie imprimée chez P. Mettayer, 1614. Notice NuBIs : https://nubis.bis-sorbonne.fr/​ark:/15733/​11gw?view=full.
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Titre Figure 2. Examen categorique du libelle Anticoton…, page de titre
Légende Par Louis Richeome. Imprimé à Pont-à-Mousson, chez Melchior Bernard, 1613.
Crédits Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France
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Titre Figure 3. Antimariana…, page de titre
Légende Par Michel Roussel. Imprimé à Paris, chez P. Mettayer, 1610.
Crédits Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France
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Titre Fig. 4. Anticoton…, page de titre
Légende Imprimé en 1610.
Crédits Source/crédit : Cliché Société de l’histoire du protestantisme français, Paris
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Titre Figure 5. Le Tocsin…, page de titre
Légende Attribué à E. Le Jay. Imprimé à Paris avec une fausse adresse, 1610.
Crédits Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France
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Titre Figure 6. Le Premier Coup de la retraite…, page de titre
Légende Par Alexandre De Monréal. Imprimé à Montpellier, jouxte la copie imprimée à Saumur chez le libertin, 1611.
Crédits Source/crédit : Cliché Société de l’histoire du protestantisme français, Paris
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Titre Figure 7. La Bible…, page de titre
Légende Imprimé à Genève, s. n. [Pierre-Jacques Poullain & René Houdouyn], 1556.
Crédits Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France
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Titre Figure 8. Histoire ecclésiastique…, page de titre
Légende Par Théodore de Bèze. Imprimé à Anvers, de l’imprimerie de Jean Remy, 1580.
Crédits Source/crédit : Cliché Bibliothèque nationale de France
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Pour citer cet article

Référence papier

Isabelle Moreau, « Au seuil de la controverse », Archives de sciences sociales des religions, 213 | 2026, 141-168.

Référence électronique

Isabelle Moreau, « Au seuil de la controverse », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 213 | janvier-mars 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/assr/84784 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16fp8

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Auteur

Isabelle Moreau

Institut d’histoire des représentations et des idées dans les modernités (IHRIM),
École normale supérieure de Lyon

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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