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Dossier thématique

La double page illustrée, un dispositif de combat ?

The Illustrated Double Page: a Fighting Device?
¿La doble página ilustrada, un dispositivo de combate?
Brigitte Roux
p. 25-47

Résumés

Le Passional Christi und Antichristi, œuvre de Philippe Melanchthon et Johannes Schwertfeger pour le texte et de Lucas Cranach pour les gravures, a paru en 1521 sous les presses de Johann Rhau-Grunenberg à Wittenberg. Il se compose de treize antithèses qui s’affrontent sur l’espace de la double page. Tout aussi expressive que les images et le texte, cette mise en pages contribue à l’efficacité du discours polémique du plus ancien pamphlet illustré de la Réforme. D’origine médiévale, la double page antithétique est l’un des moyens retenus pour structurer plusieurs écrits de polémique religieuse, notamment en terres francophones, au cours de la première moitié du xvie siècle.

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Texte intégral

1En mai 1521, Johann Rhau-Grunenberg fait paraître sous ses presses à Wittenberg le Passional Christi und Antichristi (dorénavant Passional), un pamphlet pro-luthérien qui est l’œuvre conjointe de Philippe Melanchthon et de Johannes Schwertfeger pour le texte, et de Lucas Cranach (avec son atelier) pour la série des bois gravés. Cet ouvrage se compose de treize antithèses associant étroitement l’image et le texte. Chaque paire de gravures, accompagnée de citations de la Bible pour la vie du Christ et du droit canon pour la vie du pape, met en scène l’affrontement des deux images sur l’espace de la double page. Ce dispositif qui se déploie sur l’ensemble du livre n’est pas inédit, comme nous le verrons ; il est appelé à une belle prospérité, notamment dans des écrits de polémique religieuse publiés à la suite et sur le modèle de cet ouvrage. Si généralement les formes du livre imprimé « sont investies d’une “fonction expressive” et portent la construction de la signification » (Chartier, 1991 : 6), le cas de la double page antithétique représente un dispositif formel extrêmement intéressant, en ce qu’il paraît diriger, voire imposer l’interprétation. Dans un face-à-face direct, la double page illustrée entraîne la création d’unités de pensée – aussi bien figurative qu’argumentative – renouvelées après chaque page tournée. Dans des ouvrages religieux du xvie siècle, objet de cet article, l’enchaînement de doubles pages antithétiques ne vise pas à former un récit, mais bel et bien à forger une démonstration textuelle et visuelle, soutenue par la rhétorique d’opposition encouragée par le dispositif même de mise en pages. Celui-ci concourt, au même titre que l’iconographie, à l’élaboration d’un discours argumentatif efficace, pro et contra. Afin de saisir les enjeux de la « pensée en double page », le cas du Passional et de sa trajectoire éditoriale s’avère exemplaire. Cet ouvrage, où le face-à-face antagoniste est appliqué tout au long du texte, ne constitue pas une innovation totale par rapport à des expériences antérieures de l’époque médiévale, mais il a eu un impact considérable sur une série d’imprimés divers (pamphlet, page de titre, feuille volante), qui se réclament ouvertement de ce modèle, tout d’abord en Allemagne, puis hors du contexte germanique.

Ouvertures médiévales

2Disons-le d’emblée, la double page n’a guère suscité d’études qui lui soient exclusivement consacrées, à l’exception notable d’Ouvertures de Jeffrey Hamburger (2010) et, dans une moindre mesure, de la courte contribution sur « la double page illustrée » d’Hélène Toubert (1990). À partir du point de vue de l’histoire de l’art, ces deux auteurs traitent principalement de la double page enluminée du codex médiéval, en rappelant l’unité visuelle fondamentale qu’elle forme. Elle peut être un lieu de confrontation antagonique aussi bien que d’harmonie. L’exemple des tables des canons illustre admirablement bien l’idée d’une concordance parfaite, sur l’unité de la page, mais aussi entre deux pages en vis-à-vis. Inventées au ive siècle par Eusèbe de Césarée afin de préserver l’intégrité et de démontrer l’harmonie des Évangiles, ces dix tables réunissent en colonnes, le plus souvent rangées sous de hautes arcades, les références des lieux d’apparition des péricopes dans les différents Évangiles (Bausi, Reudenbach, Wimmer, 2020). La succession de ces tableaux synoptiques, graphiquement identiques, révèle le parallélisme des Évangiles, en établissant des correspondances entre les colonnes et, à une plus large échelle, entre les pages. C’est probablement le passage du rouleau au codex qui a suscité de telles inventions. En effet, contrairement au volumen dont le déroulement est continu, le codex constitue un espace matériellement segmenté en pages et en doubles pages où la disposition du texte et de l’image permet d’activer des relations spatiales en opposant la gauche et la droite, le verso et le recto (Reudenbach, 2009 : 60).

  • 1 On note une plus forte proportion de couleurs du côté de l’arbre des vertus, probablement pour renf (...)
  • 2 L’expression « penser par figure » reprend le titre d’un ouvrage de Jean-Claude Schmitt (2019).

3L’espace articulé de la double page s’apparente à celui formé par les ais de reliure, mais aussi à celui des diptyques, qu’ils soient sculptés ou peints. Au-delà de l’analogie formelle, le rapprochement du diptyque avec la double page manuscrite se vérifie jusque dans les sources documentaires qui, en empruntant au vocabulaire du livre, décrivent ces œuvres comme « fermant à deux feuillets » (Falque, 2012 : 119). Constitué de deux volets de taille égale, le diptyque est un objet mobile qui se transforme lors de l’activation de l’ouverture ou de la fermeture de ces parties (Ganz, 2016 : 56). Par analogie, en feuilletant le livre manuscrit ou imprimé, une transformation comparable se produit, les unités de double page se succédant les unes aux autres. L’articulation du diptyque – la charnière – comme celle de la double page – le pli vertical médian – organisent l’espace en le coupant en deux parties égales. Le pli délimite deux espaces équivalents à la fois distincts et solidaires qui peuvent entretenir des « rapports de contiguïté ou d’opposition, de vis-à-vis ou de dos à dos » (Melot, 2006 : 45). À la manière d’un axe de symétrie, il introduit une césure dans l’espace de la double page qui permet, en fonction du contenu, de construire et de souligner l’identité ou, au contraire, l’opposition des deux pages la constituant. À ce titre, l’iconographie de l’arbre des vices et des vertus, telle qu’elle se rencontre par exemple dans le Speculum virginum, attribué à Konrad von Hirsau (vers 1140), permet de juger de l’efficacité du dispositif antithétique de la double page (fig. 1). Les deux représentations d’arbres, dessinés à l’encre et rehaussés çà et là de couleurs1, sont encadrées à l’identique et couvertes d’inscriptions : alors que les fruits de l’arbre des vices tombent des branches (fo 75vo), ceux de l’arbre des vertus germinent vers le haut (fo 76). Grâce à cet agencement face à face, l’opposition des deux images, pourtant élaborées selon une composition identique, se révèle immédiatement au regard. Cette façon de « penser par figure »2, très courante pour toute l’époque médiévale, visualise des réseaux de relations dans des systèmes classificatoires complexes, qui « se présentent par paires, avec, d’une image à l’autre, des effets de symétrie et de similitude » (Schmitt, 2019 : 48). La grande efficacité didactique de ces schémas devait en outre aider à la mémorisation de leurs différents composants.

Figure 1. Arbre des vices et des vertus

Figure 1. Arbre des vices et des vertus

Dans Speculum virginum, deuxième tiers du xiie siècle (Salzbourg, Universitätsbibliothek, M I 32, fo 75vo-76).

Public Domain

  • 3 Il existe de très rares cas de Biblia pauperum où le dispositif typologique se développe sur la dou (...)

4L’articulation de la double page n’est évidemment pas toujours de type antithétique, mais peut être harmonique, comme l’exemple des tables des canons l’a préalablement montré. Elle se prête particulièrement bien à la visualisation de la pensée typologique, à son apogée au xiie siècle et qui connaît une faveur renouvelée après 1500, en particulier chez les réformateurs (Ohly, 1985). La typologie est une méthode d’interprétation du Nouveau Testament visant à établir des rapports entre les événements néotestamentaires (« antitypes ») et leurs préfigurations dans l’Ancien Testament (« types »). Elle se rencontre dans toutes les techniques artistiques : orfèvrerie, vitrail, peinture monumentale et enluminure. Le Speculum humanae salvationis et la Biblia pauperum représentent des exemples très aboutis du mode d’exégèse typologique. Les épisodes de l’histoire évangélique sont systématiquement associés à un ou plusieurs types. Prenons le cas de l’entrée du Christ à Jérusalem dans un exemplaire imprimé chez Albrecht Pfister à Bamberg vers 1462 (Häussermann, 2008) (fig. 2). L’antitype représente le Christ monté sur un âne devant la porte de Jérusalem, qui est associé à deux gravures de la même taille, respectivement l’entrée du roi David avec la tête de Goliath (1 S 18) et les fils du prophète accueillant Élisée (4 R 2). Les portraits de quatre prophètes complètent ces images, qui sont encadrées d’extraits de leurs prophéties et d’explications exégétiques. Dans cet exemple, tout tient sur l’unité de la page, qui est l’unique lieu de confrontation entre Ancien et Nouveau Testament, entre types et antitypes3. Le regard des lecteurs est engagé à passer d’un niveau à l’autre, dans une dynamique d’aller-retour permettant de dévoiler des parallélismes.

Figure 2. Entrée du Christ à Jérusalem

Figure 2. Entrée du Christ à Jérusalem

Dans Biblia pauperum, Bamberg, Albrecht Pfister, vers 1462 (Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Rar. 4, f° 6v°).

CC BY-NC-SA 4.0

  • 4 Formulation tirée de l’extrait « Et in opposito folio omnis picture expositio, qualiter ewangelio c (...)
  • 5 Si l’on reprend l’exemple de l’entrée du Christ à Jérusalem, les types choisis sont identiques à ce (...)

5D’autres œuvres bâties sur le principe de la typologie tirent parti des possibilités de la double page à créer des unités de sens, à l’instar des Concordantiae caritatis du cistercien Ulrich de Lilienfeld. D’après la préface, ce texte est destiné aux clercs peu instruits comme une aide à la prédication, d’où la présence d’images : « Car les images sont les livres des simples laïcs (quia picture sunt libri simplicium laicorum)4. » La construction typologique se scinde en deux parties, textuelle et visuelle, qui visent à démontrer les rapports entre Ancien et Nouveau Testament. Sur le verso (fig. 3) figurent les enluminures, réparties en trois registres distincts : en haut l’antitype néotestamentaire entouré de quatre prophètes, au centre deux scènes vétérotestamentaires – David et Goliath, et les fils du prophète devant Élisée, et en bas deux éléments naturels – étourneaux et peuplier – préfigurant l’Évangile (comportement des animaux, propriétés des plantes, etc.). Sur le recto se déploient les différents textes explicatifs en lien direct avec les illustrations en vis-à-vis. L’agencement des paragraphes, avec des retours à la ligne et des rubriques, reproduit exactement celui de la pleine page illustrée : en haut, une brève description de l’antitype occupe la largeur de la page, au-dessous les explications des types et des exemples naturels se développent sur deux colonnes, comme les vignettes carrées placées sous l’enluminure principale5. En structurant de manière identique les deux pages, le texte fait lui-même image. Tout comme le regard est invité à découvrir les rapports entre chaque vignette sur la page enluminée, et à lire les différents paragraphes en relation les uns avec les autres du côté du texte, il est également incité à passer d’une page à l’autre dans un va-et-vient producteur de sens. Un tel dispositif favorise une lecture dynamique et non linéaire, afin de mettre au jour les relations complexes entre les différents éléments de la double page, selon une logique associative. Leur composition en miroir, articulée autour du pli central du livre, crée un espace synoptique où toutes les parties s’offrent en même temps au regard (Jeanneret, 2013 : 33).

Figure 3. Entrée du Christ à Jérusalem

Figure 3. Entrée du Christ à Jérusalem

Dans Ulrich von Lilienfeld, Concordantiae caritatis, Vienne, vers 1460 (New York, Pierpont Morgan Library, M 1045, fo 72vo-73).

© The Morgan Library & Museum. MS M.1045. Gift of Clara S. Peck, 1983

Premières impressions

  • 6 Ars moriendi « Quamvis secundum philosophum… », Bibliothèque nationale de France, département Réser (...)

6Cette collecte d’exemples issus du monde du manuscrit ne prétend aucunement à l’exhaustivité, mais elle rend compte de la façon dont des auteurs, des copistes ou des enlumineurs se sont servis des potentialités expressives d’une mise en pages donnée. Le passage à l’imprimé s’inscrit sans grande surprise dans la continuité de ces pratiques, comme l’exemple issu d’une bible des pauvres imprimée l’a montré ci-dessus. Des remarques analogues peuvent être reconduites pour les livrets xylographiques, imprimés au cours de la deuxième moitié du xve siècle (Mertens, Schneider, 1991). Si cette technique lie matériellement images et textes, elle invite également à créer des correspondances de sens entre eux, par leur mise en regard. Ainsi pour les artes moriendi : sur la page de gauche se trouve une gravure en pleine page représentant le mourant soumis à une dernière tentation (démoniaque ou angélique), que le texte complète sur la page de droite, en fournissant une explication de la tentation représentée, de la conduite à suivre et des prières à réciter. Par exemple, la tentation du diable contre l’espérance représente un homme à l’agonie dans son lit qui est assailli par d’hideux démons, lui reprochant d’avoir forniqué, de s’être détourné des pauvres et d’avoir tué un homme. La double page suivante répond par la figuration de la tentation angélique contre le désespoir où quatre saints – Pierre, Marie-Madeleine, le bon larron et Paul – interviennent avec un ange auprès de l’homme mourant pour chasser les diables à son chevet6. Chaque double page constitue ainsi une unité thématique, s’opposant à la double page suivante, qui reproduit la même composition (typo)graphique. L’imbrication du texte et de l’image à l’œuvre dans les livrets xylographiques n’entraîne toutefois pas forcément un découpage en double page, comme le montrent les calendriers, almanachs et autres éphémérides imprimés selon cette technique.

  • 7 Die heimliche Offenbarung Johannis, Nuremberg, Anton Koberger, 1498.
  • 8 Apocalypsis cum figuris, Nuremberg, Anton Koberger, 1498.

7L’association systématique d’une illustration et d’un texte répartis de chaque côté de l’espace de la double page trouve sa réalisation emblématique avec l’Apocalypse illustrée d’Albrecht Dürer, parue à Nuremberg en 1498, dans deux éditions distinctes, l’une en allemand7, l’autre en latin8. Les quinze gravures sur bois, d’une taille inédite (39 × 28 cm), sont imprimées sur le recto, face au texte de l’Apocalypse, rangé en deux colonnes, sur le verso du feuillet précédent. Il s’agit d’une disposition inhabituelle, qui inverse l’ordre d’apparition texte/image tel que nous l’avons rencontré jusqu’à présent. Les avis divergent au sujet de l’agencement du texte apocalyptique, et du rapport qu’il entretient avec la série de xylographies. Dans sa monographie sur l’artiste allemand, Erwin Panofsky affirme que « Dürer, lui, fait imprimer le texte sans interruption de sorte que le verso de sa dernière gravure sur bois reste blanc. Il ne désire pas que le lecteur rapproche telle illustration de tel passage en particulier, mais plutôt qu’il s’imprègne à la fois de la totalité du texte et de la totalité des illustrations dans leur séquence, comme deux versions complètes et continues du même récit » (Panofsky, 1987 : 91). Peter Krüger (1996), suivi par David Price (2003), soutient au contraire que Dürer a soigneusement cherché à établir une correspondance étroite entre les images et le texte sur l’espace de la double page. Or, comme l’a montré Natasha O’Hear, il semble bien qu’il y ait des interruptions dans la copie du texte afin de ménager des correspondances, même si celles-ci ne sont pas toujours entièrement abouties (O’Hear, 2011 : 159).

8Le succès rencontré par l’Apocalypse de Dürer a certainement influencé la mise en pages de nombreux ouvrages illustrés postérieurs, sans que cela devienne toutefois la règle. Le Speculum passionis domini nostri Iesum Christi du médecin de Nuremberg Ulrich Pinder offre un exemple intéressant de la variabilité des solutions, à quelques années d’intervalle seulement (Münch, 2005). Ce traité sur la Passion est abondamment illustré par des vignettes gravées de la largeur d’une colonne de texte, ainsi que par une série d’images en pleine page. Ces dernières, dues à Hans Schäufelein, un élève de Dürer, placées sur le verso, font face à un texte s’y rapportant directement et entièrement sur le recto, dans la première édition parue en 1507, à Nuremberg. Ce dispositif est abandonné dans la seconde édition, parue à la mort de Pinder, en 1518 chez Peypus à Nuremberg. Les pleines pages occupent désormais le recto et, pour lire le texte correspondant imprimé au verso, il faut donc tourner la page. Avec l’abandon du dispositif du face-à-face, l’illustration est détachée du texte qui l’accompagne, ce qui empêche leur appréhension simultanée et retarde leur mise en parallèle.

Passional Christi und Antichristi : polémiquer face à face

  • 9 Nous avons volontairement laissé de côté la question très étudiée de la série de peintures opposant (...)

9Dès le début des années 1520, la propagande visuelle luthérienne s’approprie le système de la double page antithétique, qui recoupe la rhétorique fondée sur les oppositions des premiers textes des réformateurs allemands. Au lieu d’établir une correspondance, un parallélisme ou une comparaison entre texte et image sur la double page, elle scinde celle-ci en deux unités opposées. Pour autant, la double page ne perd pas son caractère unitaire, qui repose désormais sur la réunion et la confrontation des contraires. Figure de style par excellence des débuts de la Réforme, l’antithèse envahit tous les domaines de l’imprimé, pamphlets, feuilles volantes, ou pages de titre (Scribner, 1981)9.

  • 10 Publié dans l’édition critique des œuvres de Luther (Kawerau, 1893 : 701-715), il existe aussi une (...)
  • 11 Les références scripturaires sont, pour la première scène : Jn 2,14-16 ; Mt 10,8 ; Ac 8,20, et pour (...)
  • 12 On remarquera l’opposition presque constante entre l’espace extérieur pour les scènes de la vie du (...)

10Le Passional Christi und Antichristi, brièvement présenté en introduction, constitue l’un des exemples les plus éloquents et aboutis de ce mode de confrontation, qui s’exprime également par le biais de la mise en pages10. Il comprend treize antithèses distribuées ainsi sur la double page : à gauche figure une gravure représentant un épisode de la vie du Christ accompagnée de citations bibliques, tandis qu’à droite une gravure d’une scène de la vie du pape, complétée de citations de la Bible et du droit canon, contraste avec la page adjacente. La taille et la position des gravures sont identiques sur les deux pages. Pareilles similitudes renforcent leur appariement ou, pour le dire autrement, en empruntant le terme aux théoriciens de la bande dessinée, renforcent leur « solidarité iconique ». Tout en étant séparées l’une de l’autre, ces deux gravures sont formellement et sémantiquement déterminées du fait de leur coexistence dans un espace commun, celui de la double page (Groensteen, 2025 : 39). À titre d’exemple, la douzième antithèse oppose le Christ chassant les marchands du temple au pape vendant des indulgences (fig. 4)11. La première scène s’inscrit dans une longue tradition iconographique, contrairement à la seconde, dont il s’agit probablement de l’une des premières représentations, avec celle ouvrant le pamphlet Beclagung eines Laien, genannt Hans Schwalb über viele Missbräuche christlichen Lebens, paru la même année à Augsbourg chez Melchior Ramminger. La mise en parallèle des deux gravures dans le Passional souligne leur rigoureuse opposition thématique, que viennent appuyer des éléments formels. Le Christ debout, suivi des apôtres, s’emporte violemment contre les marchands et les chasse du temple qu’ils vident de leur présence. En vis-à-vis, le pape trônant et les membres du clergé vendent des indulgences à un groupe de personnes qui pénètrent en nombre dans le palais pontifical. Cranach imprime un mouvement inverse à ces deux scènes : fuite d’un côté et entrée de l’autre. Il accentue ainsi leur divergence, comme il le fait de façon encore plus démonstrative avec la dernière antithèse du livre confrontant l’Ascension et la chute du pape en enfer (sign. D1vo-D2). Le contexte architectural, ainsi que les costumes des différents personnages, à l’exception du Christ et des disciples en habits intemporels, synchronisent les deux épisodes en les situant à l’époque de la réalisation de ce pamphlet. De tels effets d’actualisation visent à situer dans le temps présent la critique de la papauté et de l’Église romaine, qui sont les objets de la dénonciation. Sur l’ensemble du livre, toutes les scènes de la vie du Christ sont non seulement modernisées, mais aussi déplacées en terres germaniques12, ce qui facilite probablement des mécanismes de reconnaissance, voire d’identification pour le public. La régularité du dispositif sur la double page, appliqué à l’ensemble du Passional, en accentue les effets d’opposition et participe, au même titre que le contenu visuel et textuel des antithèses, à l’exacerbation de la polémique du discours.

Figure 4. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences

Figure 4. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences

Dans Passional Christi und Antichristi [Wittenberg, Johann Rhau-Grunenberg, 1521], sign. C4vo-D1.

© München, Bayerische Staatsbibliothek, Res/4 H.eccl. 870,11, urn:nbn:de:bvb:12-bsb00086460-6 - Public Domain

11Au moment où Cranach réalise cette série d’antithèses, ce n’est pas la première fois qu’il met son art au service de la polémique réformée. Deux ans auparavant, en 1519, il a en effet créé avec Andreas Karlstadt une feuille volante, Himmelwagen und Höllenwagen, publiée au début de cette même année à Wittenberg. Elle précède de peu la dispute de Leipzig opposant Karlstadt et Luther à Eck, dont elle anticipe certains arguments. Considérée comme l’acte de naissance de la propagande visuelle réformée, cette gravure imbrique très étroitement image et texte. Sur deux registres superposés, elle confronte deux cortèges, l’un emmené par la vraie foi se rendant vers la Croix et le Christ (de droite à gauche), l’autre dirigé par les faux docteurs se précipitant vers la gueule de l’enfer (de gauche à droite). Lyndal Roper et Jennifer Spinks affirment que cette feuille est, du point de vue de la propagande, un « échec spectaculaire », par comparaison avec l’assurance et la clarté de la polémique à l’œuvre dans le Passional (Roper, Spinks, 2017 : 257). La profusion d’inscriptions qui dissimulent en partie les figures ne facilite pas en effet sa compréhension. L’antithèse fonctionne ici dans un sens de lecture vertical – le haut opposé au bas –, et non pas horizontal, comme avec les doubles pages. Quoi qu’il en soit, cette composition exprime déjà en germe la pensée antithétique que Cranach clarifie et systématise dans le pamphlet de 1521.

  • 13 Dans cet ouvrage, qui n’a pas été illustré, John Wyclif dresse une liste de douze antithèses sur le (...)
  • 14 D’après Karin Groll (1990 : 23), quatre antithèses issues du texte de Nicolas de Dresde apparaissen (...)

12Du point de vue du contenu, les antithèses développées dans le Passional trouvent leur source dans les écrits de John Wyclif, comme le De Christo et suo adversario Antichristo (1383/1384)13, ainsi que dans le traité hussite de Nicolas de Dresde, Tabulae veteris et novi coloris seu cortina de Antichristo (vers 1412). Ce texte oppose l’Église primitive du Christ à l’Église contemporaine du pape. Comme le Passional, il se compose presque exclusivement de citations des décrétales et des gloses du droit canon pour l’Église romaine actuelle, qui sont juxtaposées à des citations néotestamentaires et des Pères de l’Église14. Aucun manuscrit illustré de ce texte n’a été conservé, mais il est très probable qu’il en a existé ; certains auteurs suggèrent en outre qu’il a suscité la création d’antithèses picturales (Kaminsky et al., 1965 : 10 ; Mutlová, 2007 : 28). Deux volumes enluminés contenant une adaptation en tchèque du texte de Nicolas de Dresde permettent d’ailleurs de se faire une idée de la représentation de ces paires antithétiques, ainsi que de leur disposition. Le premier d’entre eux, un manuscrit sur papier, daté peu après 1463, partage par exemple avec le Passional l’opposition entre le portement de Croix du Christ et le pape monté sur un cheval, répartie sur une double pleine page (Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen, 2° Cod. Ms. theol. 182 Cim., fo 17vo-18). Cette même antithèse se retrouve dans le deuxième codex enluminé, connu sous le nom de « Codex de Iéna » (Boldan, 2009), réalisé entre 1490 et 1510 (Prague, Musée national, IV B 24, fo 12vo-13). Au total, les deux manuscrits présentent six antithèses en commun avec l’imprimé de Wittenberg. Ceux-ci devaient être connus, au moins indirectement, des réformateurs allemands, tant les similitudes textuelles et iconographiques, ainsi que de mise en pages, sont frappantes.

Éléments de paratexte

  • 15 Thomas Kaufmann (2019 : 658) estime que l’attribution des éditions de Strasbourg à deux officines s (...)
  • 16 Pour les deux antithèses ajoutées, seules trois gravures, qui sont les plus complexes du point de v (...)

13On dénombre huit éditions du Passional en allemand, ainsi qu’une traduction latine, Antithesis Christi et Antichristi, pour la seule année 1521 (Kawerau, 1893 : 690-694). Parmi elles, deux éditions strasbourgeoises, l’une parue chez Johann Knobloch, l’autre chez Johann Prüss15, présentent des changements relativement importants, en premier lieu du fait de l’ajout de deux antithèses. En outre, l’ensemble du cycle iconographique y est regravé de manière assez rudimentaire, en suivant le modèle de Cranach, et trois nouvelles compositions sont créées pour illustrer les antithèses supplémentaires16. Par rapport à la question de la double page, les éditions de Strasbourg se distinguent par la modification du titre courant, ainsi que par l’insertion de manchettes latines dans les marges du livre.

  • 17 La question de l’origine ou de l’auteur de ces manchettes n’est pas encore résolue. Elles circulent (...)

14Les différentes éditions de Wittenberg étaient déjà pourvues de titres courants, relativement simples, pour marquer l’opposition des deux pages. Dans le texte en allemand, ils se découpent ainsi : « Passional Christi und » à gauche, et « Antichristi » à droite, alors que la traduction en latin se limite à inscrire « Christus » et « Antichristus », en haut de chaque page. Les éditions de Strasbourg suppriment les noms de ces acteurs pour des titres descriptifs en allemand. Au-dessus de la scène figurant l’expulsion du temple, on lit ainsi : « Die wůcherer Christus vßtreib vom tempel sein » (« Le Christ chasse les usuriers de son temple »), et en regard : « Mit bullen banbriefen zwingt sy der Bapst wider hienin. » (« Par des bulles et des lettres d’excommunication, le pape les contraint à revenir »). Ces titres courants, formant des paires rimées, ajoutent, précisent, et même guident la compréhension des images qu’ils surmontent. En effet, en identifiant les personnages chassés du temple à des usuriers, ou en indiquant que le pape oblige les gens à payer pour revenir au sein de l’Église, ils en disent plus que l’image toute seule. Ils viennent en renfort assurer la juste compréhension du discours visuel. Ils peuvent en outre se lire de façon autonome, comme deux phrases antithétiques, tout comme les manchettes latines – hexamètres dactyliques –, dont chaque moitié se situe dans la marge extérieure de la double page17. L’ensemble de ces éléments paratextuels participent pleinement de la même rhétorique que celle mise en œuvre par les images et le texte du Passional, et soulignent le dispositif antithétique de la double page.

Le Passional, un livre modèle

15En dépit du succès éditorial du Passional, les ouvrages polémiques contemporains construits sur l’antithèse adoptent rarement le dispositif de la double page, ainsi que les éléments de paratexte, à peine examinés ici. À titre d’exemple, la Vergleichung des allerheiligsten Herrn und Vater, des Papsts, gegen den seltsamen fremden Gast in der Christenheit, genannt Jesus (Wittenberg, Nickel Schirlentz, 1523)18 de l’ancien franciscain converti au luthéranisme Heinrich von Kettenbach contient soixante-six antithèses numérotées, qui se suivent les unes les autres verticalement, dans une succession linéaire (Dejeumont, 2008). Introduites alternativement par « Christus » et par « Bapst », les deux parties de l’antithèse se distinguent par un seul retour à la ligne. Dans l’édition en trois tomes de textes attribués à Jan Hus par Otto Brunfels, parue à Strasbourg chez Johann Schott, en 1524 (Buck, 2011), certaines pièces brèves adoptent toutefois quelques motifs paratextuels similaires à ceux du Passional. Dans le premier tome, les prophéties du Christ sont par exemple mises en regard de celles du pape-Antéchrist (t. 1 : 228-233)19, ce que le titre courant signale, en surmontant chaque moitié de la double page de leur nom respectif. Pareillement, la Summa totius vitae Christi rédigée sous la forme d’une liste, numérotée de I à XXIII, reflète comme dans un miroir la Summa totius vitae Antichristi (t. 1 : 234-235)20. La stricte symétrie de cette double page, aussi bien du titre, de la numérotation, des éléments de la liste – par exemple, le premier numéro indique « Nascitur pauper » (« Il naît pauvre ») du côté du Christ et « Nascitur dives & inflatus » (« Il naît riche et imbu de lui-même ») du côté du pape – que de l’Amen final, fait image.

  • 21 Le projet de recherche SETAF (S’en tenir aux Faits) dirigé par Daniela Solfaroli Camillocci à l’Ins (...)

16C’est au cours de la décennie suivante, et dans un autre contexte linguistique et géographique, que le Passional est réactualisé avec les Faictz de Jesus Christ et du pape (dorénavant Faictz). Ce pamphlet, rédigé en français et paru sous couvert d’anonymat21, dérive directement des éditions strasbourgeoises augmentées (fig. 5). Il récupère toute la série d’antithèses selon la même succession, à l’exception de l’insertion d’une nouvelle paire antithétique opposant la Cène et la messe. Celle-ci s’accompagne d’un long développement textuel qui la transforme en une sorte de traité dans le traité. À l’exception de ces quelques pages, les antithèses des Faictz se composent dans les grandes lignes des mêmes références scripturaires que le modèle allemand, enrichies d’autres citations encore, en plus de quelques lignes d’un texte original. Elles sont accompagnées des mêmes manchettes en latin et des titres courants issus de la version strasbourgeoise du Passional, ici traduits en français. Elles recyclent également les gravures : à quelques exceptions près, celles illustrant la vie du Christ découlent des éditions de Strasbourg, alors que celles de la vie du pape proviennent des éditions de Wittenberg (Bodenmann, Kemp, 2005 : 190 ; Bodenmann, 2009 : 55). En recyclant de la sorte l’illustre modèle du Passional, les Faictz s’inscrivent dans la filiation directe du pamphlet luthérien, sous son autorité, ce qui devait susciter un sentiment de déjà-vu (de déjà-lu/de déjà-entendu). La pratique de la citation textuelle, visuelle, paratextuelle et de mise en pages réactive son souvenir et en dévoile aussi l’ambition.

Figure 5. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences

Figure 5. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences

Dans Faictz de Jesus Christ et du pape, [Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1534 ?], sign. D2vo-D3.

© Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque de l’histoire du protestantisme français - Public Domain

  • 22 Les faictz de Jesus Christ et du pape par lesquelz chascun pourra facilement congnoistre la grande (...)
  • 23 Les faits de Jesus Christ et du pape par lesquelz chascun pourra facilement congnoistre la grande d (...)
  • 24 Les Faits de Jesus Christ et du pape par lesquelz chacun pourra facilement congnoistre la grande di (...)
  • 25 L’édition critique numérique que prépare Geneviève Gross dans le cadre du projet SETAF permettra, e (...)

17Il existe trois éditions successives des Faictz. La première paraît à Neuchâtel chez Pierre de Vingle (1534 ?)22, dans le milieu du « groupe de Neuchâtel » constitué autour du réformateur Guillaume Farel (Droz, 1957 ; Szczech, 2021). C’est à Genève, probablement en 1540, qu’est publiée la deuxième édition de ce texte sous les presses de Jean Michel qui, ayant racheté le matériel typographique de Pierre de Vingle, réimprime une partie de son catalogue23. Quant à la troisième édition, elle est probablement publiée chez Jean Saugrain à Lyon en 156024. Entre la première édition et les deux suivantes, le texte est augmenté dans la partie finale de l’Epistre proffitable25. Les gravures sont identiques, à l’exception de celles apparaissant sur la page de titre. C’est toutefois par rapport à la mise en pages que se situent les différences majeures entre elles. La première édition reconduit le principe de la répartition de l’antithèse sur la double page couronnée des titres courants rimés (fig. 5), pour que « tous ceux qui liront » voient « la grosse différence entre la clarté du sauveur et les grosses ténèbres du pape » (sign. A2). Si, dans les rééditions suivantes, l’épître liminaire répète qu’il faut « comparer Iesus avec le pape », celles-ci abandonnent le procédé du face-à-face direct et séparent l’antithèse sur deux doubles pages successives. La rupture de la contiguïté spatiale des deux parties de l’antithèse contrarie ainsi la comparaison instantanée. Elle crée une sorte de suspens, qui ne se résout qu’au moment où l’on passe à la page suivante. De plus, ce changement de mise en pages freine, voire gêne une lecture synchronique des antithèses, ou tout du moins en modifie profondément le rythme. En désolidarisant les oppositions visuelles et textuelles, l’effet argumentatif, mais aussi polémique, diminue.

18Les rééditions des Faictz ne sonnent toutefois pas la fin de l’exploitation de la double page antithétique dans l’espace réformé des territoires romands. Pour preuve, Jean Girard publie à Genève en 1544 les éditions non illustrées, latine et française, des Articles de la sacrée faculté de théologie de Paris de Jean Calvin, en opposant sur le verso l’article à l’antidote au recto :

  • 26 Jean Calvin, Articuli a Facultate sacrae theologiae Parisiensi determinati super materiis fidei nos (...)

Que les lecteurs, afin de ne s’abuser en la lecture de ce présent traicté, soyent advertiz que d’un costé sont mis les articles de noz Maistres avec leur glose et leur probation, de l’autre qui est à l’opposite est mise la responce. Tellement qu’en lisant pour continuer un article il faut sauter toujours la page opposite, combien que le tiltre qui est par dessus pourra monstrer cela. Car à l’une des pages il y a articles, en l’autre il y a remede. Qu’on suyve donc cela et on ne s’y trouvera point empesché, moyennant qu’on conjoinge avec chacun article le remede qui est correspondant26.

  • 27 Nous ne détaillerons pas plus avant l’histoire éditoriale de l’ouvrage de Simon du Rosier, qui est (...)

19Dans cet « Advertissement » au lecteur, absent de la version en latin, Jean Girard annonce un mode de lecture synoptique (article vs remède) et un autre linéaire (chaque article ou remède à lire dans son intégralité et sans interruption). En ce sens, le dispositif de la double page gagne en mobilité, en ne se limitant pas à la confrontation directe et immédiate, mais en engageant à une deuxième lecture continue, hors du prisme de l’antithèse. Un parti analogue est adopté par le dernier ouvrage de polémique religieuse illustré au cours du xvie siècle dans le contexte genevois, l’Antithesis de praeclaris Christi et indignis Papae facinoribus, dû au professeur de l’Académie de Lausanne Simon du Rosier ([Genève], Zacharie Durant, 1557). Il s’agit d’une adaptation directe des Faictz présentant la même structure antithétique des textes et des images (Chaix, 1961). L’ouvrage a connu une diffusion importante en latin, mais aussi dans des traductions en français, en allemand et en néerlandais, jusqu’à la fin du xvie siècle. Le cycle des gravures, dû à Pierre Eskrich, emprunte une grande partie des compositions des Faictz, et en invente d’autres27.

  • 28 « Sed, vt nihil hîc temere legas, huius legendi methodum tibi fore praescribendam existimaui. Scias (...)

20Dès l’édition latine, le dispositif typographique de cet ouvrage est explicité dans l’avis au lecteur de l’imprimeur Zacharie Durant. En effet, craignant qu’on n’en fasse une mauvaise lecture, celui-ci propose une méthode : les images du Christ et du pape sont placées face à face, accompagnées de vers opposés, qui se poursuivent selon une répartition analogue sur la double page suivante, à gauche les vers relatifs au Christ, à droite ceux à propos du pape, signalés respectivement par des marques typographiques, une main à l’index pointé (manicula) et trois étoiles disposées en triangle (fig. 6). Il utilise en outre une police différente pour chaque partie des antithèses28. On peut s’étonner de l’accumulation des moyens déployés pour assurer une lecture correcte du pamphlet. La traduction en français, ainsi que celles en allemand et en flamand, republient un avis au lecteur comparable :

  • 29 Antithese des faicts de Jesus Christ et du pape, [Genève], [Zacharie Durant], 1560, sign. A2 (Bibli (...)

[P]our tenir ordre en la lecture d’icelle, il te convient tousiours laisser un [sic] page, & venir à l’autre suivante pour lire ce qui est de Christ, & faire le semblable pour lire ce qui est du Pape. Ce qui te sera facile à faire, d’autant que tu y as double conduite. Car en la suscription de la page qui traitte de Iesus Christ, tu trouveras au dessus de ladite page, ce titre, en lettres capitales, IESUS CHRIST : & en la page qui parle du pape, il y a au dessus de ladite page ce titre, LE PAPE. Outre cela tu as un signe different à la fin de la page, qui te conduira droit à ce qui doit suivre29.

21Si ces indications prétendent empêcher des lectures fautives, n’invitent-elles pas aussi à deux parcours de lecture distincts, celui de l’antithèse sur la double page, et celui de l’unité textuelle en sautant d’une page à l’autre ? Pour cette raison, l’imprimeur use de toutes sortes de moyens, tels que les titres courants, les signes typographiques (doublés des réclames), ou encore la numérotation des antithèses, afin de ne pas perdre son public.

Figure 6. Le Christ refuse la royauté terrestre/le pape défend l’entrée de la ville à l’empereur

Figure 6. Le Christ refuse la royauté terrestre/le pape défend l’entrée de la ville à l’empereur

Dans Simon du Rosier, Antithesis de praeclaris Christi et indignis Papae facinoribus, [Genève], Zacharie Durant, 1557, p. 9-10.

© Source e-rara.ch / Bibliothèque de Genève, BGE Cth 2566 BGE Bc 3499 - Public Domain

22Ce dispositif engageant à deux types de lecture – antithétique et linéaire – peut avoir été conditionné par la très petite taille de cet ouvrage. L’Antithesis de Simon du Rosier, tout comme ses adaptations en langues vernaculaires, adopte en effet le format d’un petit in-octavo (118 mm × 96 mm). Malgré le peu d’espace à disposition, l’auteur ou l’imprimeur n’abandonnent pas pour autant le dispositif d’opposition de la double page illustrée, si bien qu’Eskrich doit miniaturiser les gravures qu’il réalise d’après le modèle des Faictz (46 × 60 mm). La structure de ces pages illustrées s’apparente dès lors à d’autres productions livresques contemporaines, les livres d’emblèmes et les « figures de la Bible », qui s’organisent autour de trois éléments : un titre ou une légende, une figure gravée et une épigramme. L’Antithesis emprunte donc une solution hybride qui, tout en conservant l’esprit d’opposition des débuts de la Réforme, propose également une lecture alternative, de type emblématique, ce qui affaiblit son caractère polémique.

Conclusion

23L’étude de la double page illustrée depuis le Moyen Âge et sur deux types de livres différents, le manuscrit et l’imprimé, a permis de montrer la longévité d’une pratique, et les réorientations idéologiques et formelles qu’elle connaît. Il s’agit sans conteste d’un moyen efficace de structurer et d’organiser le discours. Les liens créés sur la double page sont de caractères divers, tantôt analogiques, tantôt antagonistes. Quelle que soit la nature de ces liens, ce dispositif de confrontation matérielle soutient l’argumentation, qui utilise le face-à-face comme un moyen de démonstration, et ce selon diverses acceptions : en tant qu’explication, comme dans le cas de la typologie, mais aussi en tant qu’argumentaire visant à convaincre un public, comme pour les traités polémiques. L’utilisation conjointe de l’image et du texte dans un même espace offre deux entrées dans le livre, notamment « à qui ne sait que mal le lire » (Chartier, 1987 : 15). Élargie sur la double page, elle accroît les possibilités de lectures dans une combinatoire riche, qui invite à passer d’un médium à l’autre, d’une page à l’autre, et inversement. Les imprimés de propagande religieuse tirent parti de cette dynamique de lecture, qu’ils contraignent méthodiquement en jouant du dispositif pour soutenir le discours polémique, fondé sur l’antithèse. Entre l’expérience du Passional et ses épigones tardifs, la stricte opposition conçue sur la double page se trouve infléchie, soit par sa disparition même comme dans les deuxième et troisième éditions des Faictz, soit par la prolongation du texte sur plusieurs pages successives, comme dans l’Antithesis de Simon du Rosier. L’augmentation de la part du texte dans ces différents ouvrages fait directement concurrence au discours visuel et marque le déclin progressif de l’usage du dispositif de la double page, mais aussi de l’image, dans les livres réformés. L’étude des livres illustrés défendant la cause de la Réforme a mis en évidence l’usage d’un dispositif de mise en pages qui concourt, au même titre que le texte et l’image, à consolider un discours. Ainsi, la double page antithétique représente un champ de force où se déploie le discours et où s’organise la mise en tension d’idées agonistiques, au service d’un combat.

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Notes

1 On note une plus forte proportion de couleurs du côté de l’arbre des vertus, probablement pour renforcer sa valeur positive.

2 L’expression « penser par figure » reprend le titre d’un ouvrage de Jean-Claude Schmitt (2019).

3 Il existe de très rares cas de Biblia pauperum où le dispositif typologique se développe sur la double page, comme dans un manuscrit conservé au Steiermärkisches Landesarchiv à Graz (Hs. 3).

4 Formulation tirée de l’extrait « Et in opposito folio omnis picture expositio, qualiter ewangelio concordet singula, cum sua moralitate plenius continetur. Iste enim totus liber per griseum monachum Vlricum nomine quondam abbatem in Campo Lyliorum ex paruitate sui ingenioli propter simplicitatem et penuriam pauperum clericorum multitudinem librorum non habencium est specialiter conpilatus, quia picture sunt libri simplicium laicorum» (Douteil, 2010, vol. 1 : 4). « Et sur la page opposée se trouvent l’explication complète de chaque image, montrant comment chacune concorde avec l’Évangile, ainsi que sa signification morale. En effet, tout ce livre a été spécialement compilé par un moine gris du nom d’Ulrich, autrefois abbé de Lilienfeld, non du fait de la grandeur de son esprit, mais de son humilité, en raison de la simplicité et la pauvreté de nombreux clercs qui ne possèdent pas beaucoup de livres, car les images sont les livres des simples laïcs » (nous traduisons et soulignons).

5 Si l’on reprend l’exemple de l’entrée du Christ à Jérusalem, les types choisis sont identiques à ceux de la Biblia pauperum, mais la réflexion typologique s’augmente de deux exemples tirés de la nature. Pour le premier, les étourneaux, identifiés aux Juifs, se taisent la nuit, mais chantent de joie le matin, lorsque le Christ commence son œuvre de Rédemption. Pour le second, les feuilles de peuplier sont vert foncé à l’intérieur, blanches à l’extérieur, pour montrer que le peuple juif a le cœur partagé envers le Christ.

6 Ars moriendi « Quamvis secundum philosophum… », Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, XYLO-24. Disponible en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040412v (consulté le 5 février 2026).

7 Die heimliche Offenbarung Johannis, Nuremberg, Anton Koberger, 1498.

8 Apocalypsis cum figuris, Nuremberg, Anton Koberger, 1498.

9 Nous avons volontairement laissé de côté la question très étudiée de la série de peintures opposant la loi et la grâce que réalise Lucas Cranach à partir de 1529, pour nous concentrer sur le domaine des imprimés.

10 Publié dans l’édition critique des œuvres de Luther (Kawerau, 1893 : 701-715), il existe aussi une édition numérique, révisée en 2021 : https://editions.mml.ox.ac.uk/editions/passional/ (consulté le 5 février 2026).

11 Les références scripturaires sont, pour la première scène : Jn 2,14-16 ; Mt 10,8 ; Ac 8,20, et pour la deuxième : 2 Th 2,4 ; Dn 11,36-37 ; Decr., d. 19 c. 2, CorpIC 1, 60 et Decr., C. 17 q. 4 c. 30, CorpIC 1, 823 (Wareham, 2021 : 57).

12 On remarquera l’opposition presque constante entre l’espace extérieur pour les scènes de la vie du Christ et l’espace intérieur pour la vie du pape.

13 Dans cet ouvrage, qui n’a pas été illustré, John Wyclif dresse une liste de douze antithèses sur le Christ et l’Antéchrist, qui se retrouvent de façon plus ou moins identique dans le Passional (Buck, 2011 : 358).

14 D’après Karin Groll (1990 : 23), quatre antithèses issues du texte de Nicolas de Dresde apparaissent dans le Passional : le lavement des pieds des apôtres vs le baiser de la pantoufle du pape ; le portement de la Croix vs le pape porté dans une litière ; les marchands chassés du temple vs la collecte d’indulgences ; le couronnement d’épines vs le couronnement du pape avec une tiare. À celles-ci, il faut ajouter le refus de la royauté par le Christ vs la donation de Constantin ; l’abandon des richesses des disciples vs l’exhibition des richesses du pape.

15 Thomas Kaufmann (2019 : 658) estime que l’attribution des éditions de Strasbourg à deux officines strasbourgeoises différentes doit être abandonnée sur la base d’une comparaison typographique.

16 Pour les deux antithèses ajoutées, seules trois gravures, qui sont les plus complexes du point de vue iconographique, sont créées à neuf, la quatrième – le Christ et ses disciples abandonnant leurs possessions – étant réutilisée une deuxième fois.

17 La question de l’origine ou de l’auteur de ces manchettes n’est pas encore résolue. Elles circulent par exemple de manière indépendante dans le Pasquillus extaticus de Curione, paru à Bâle chez Johan Oporin en 1544 (p. 26-27), dans le Sylvula carminum, paru chez le même éditeur en 1553 (p. 12-13), ou en édition bilingue (latin-allemand) dans le Welt urlaub von den Menschenkindern de Christoph Marstaller (Oberrsel, Nikoläus d. Ä. Heinrich, 1563, sign. C6vo-C7vo).

18 Ouvrage disponible en ligne sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich : https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb00036176?page=8,9 (consulté le 6 février 2026).

19 Tome consultable en ligne sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich : https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb00026197?page=230,231 (consulté le 6 février 2026).

20 Disponible en ligne sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich : https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb00026197?page=234,235 (consulté le 6 février 2026).

21 Le projet de recherche SETAF (S’en tenir aux Faits) dirigé par Daniela Solfaroli Camillocci à l’Institut d’histoire de la réformation à l’Université de Genève ambitionne, entre autres, de résoudre la question de l’auctorialité de ce texte, qui pourrait tout aussi bien être l’œuvre d’une personne que d’un groupe de personnes. Voir le site de présentation du projet : https://setaf.unige.ch/accueil.html (consulté le 9 février 2026).

22 Les faictz de Jesus Christ et du pape par lesquelz chascun pourra facilement congnoistre la grande difference de entre eulx : nouvellement reveuz, corrigez et augmentez selon la verité de la saincte. Escripture et des droictz canons par le lecteur du sainct Palais, [Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1534 ?], in-2°, 48 p.

23 Les faits de Jesus Christ et du pape par lesquelz chascun pourra facilement congnoistre la grande difference d’entre eulx : nouvellement reveuz, corrigez et augmentez selon la verité de la saincte Escripture et des droictz canons par le lecteur du sainct. Palais, [Genève, Jean Michel, 1540 ?], in-4°, 96 p.

24 Les Faits de Jesus Christ et du pape par lesquelz chacun pourra facilement congnoistre la grande difference d’entre eux : nouvellement reveuz, corrigez et augmentez selon la verité de la Sainte Escripture et des droitz canons par le Lecteur du sainct. Palais, [Lyon, 1560 ?], in-8°, 98 p. L’attribution à l’officine lyonnaise de Jean Saugrain a été confirmée par Malcolm Walsby (journée d’étude « Interroger les Faits de Jésus Christ et du pape : thèmes et représentations », Université de Genève, 6-7 février 2025). De même, ce dernier a montré que l’édition lyonnaise est un in-octavo (et non un in-quarto comme indiqué jusqu’à présent).

25 L’édition critique numérique que prépare Geneviève Gross dans le cadre du projet SETAF permettra, entre autres, de préciser les variantes entre les trois éditions des Faictz.

26 Jean Calvin, Articuli a Facultate sacrae theologiae Parisiensi determinati super materiis fidei nostrae hodie controversis (Les Articles de la sacree faculté de theologie de Paris concernans nostre foy et religion chrestienne, et forme de prescher), édité par Olivier Labarthe, Genève, Droz, 2021 : 245-247.

27 Nous ne détaillerons pas plus avant l’histoire éditoriale de l’ouvrage de Simon du Rosier, qui est l’objet d’une recherche en cours dans le projet SETAF.

28 « Sed, vt nihil hîc temere legas, huius legendi methodum tibi fore praescribendam existimaui. Scias igitur velim, Christi & Papae imagines esse è regione, atque de eisdem carmina carminibus opposita. Quòd si ad alteram paginam te conuerteris, manus depicta tibi indice demonstrabit esse redeundum ad sinistram, vt legas ea quae ad Christum pertinent. Contrà verò tres stellae in triangulum positae, ea quae sunt Papae tibi facilè demonstrabunt. Atque item, vt certior fias, néve à legendo aberres, mediocri charactere quae sunt Christi, aliquanto verò tenuiori quae sunt Papae, excudimus. Quantum autem inter se differunt, tam ex imaginibus quàm ex lectione carminum facile cognosces » (sign. A3vo-A4). « Cependant, pour que tu ne lises rien ici de manière imprudente, j’ai estimé nécessaire de te prescrire une méthode de lecture. Je voudrais donc que tu saches que les images du Christ et du Pape sont placées face à face, avec des vers opposés. Si tu te tournes vers l’autre page, une main dessinée t’indiquera de revenir vers la gauche pour lire ce qui concerne le Christ. En revanche, trois étoiles disposées en triangle te montreront facilement ce qui concerne le Pape. De plus, pour te rendre plus certain et pour que tu ne te trompes pas dans ta lecture, nous avons imprimé ce qui concerne le Christ en caractères de taille moyenne et ce qui concerne le Pape en caractères légèrement plus fins. Tu remarqueras facilement la différence entre les deux, que ce soit à partir des images ou de la lecture des vers » (nous traduisons).

29 Antithese des faicts de Jesus Christ et du pape, [Genève], [Zacharie Durant], 1560, sign. A2 (Bibliothèque des Pasteurs, BPU Neuchâtel, PA P.100.3.18).

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Arbre des vices et des vertus
Légende Dans Speculum virginum, deuxième tiers du xiie siècle (Salzbourg, Universitätsbibliothek, M I 32, fo 75vo-76).
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Figure 2. Entrée du Christ à Jérusalem
Légende Dans Biblia pauperum, Bamberg, Albrecht Pfister, vers 1462 (Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Rar. 4, f° 6v°).
Crédits CC BY-NC-SA 4.0
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Figure 3. Entrée du Christ à Jérusalem
Légende Dans Ulrich von Lilienfeld, Concordantiae caritatis, Vienne, vers 1460 (New York, Pierpont Morgan Library, M 1045, fo 72vo-73).
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 2,4M
Titre Figure 4. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences
Légende Dans Passional Christi und Antichristi [Wittenberg, Johann Rhau-Grunenberg, 1521], sign. C4vo-D1.
Crédits © München, Bayerische Staatsbibliothek, Res/4 H.eccl. 870,11, urn:nbn:de:bvb:12-bsb00086460-6 - Public Domain
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 2,0M
Titre Figure 5. Le Christ chasse les marchands du temple/le pape vend des indulgences
Légende Dans Faictz de Jesus Christ et du pape, [Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1534 ?], sign. D2vo-D3.
Crédits © Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque de l’histoire du protestantisme français - Public Domain
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1013k
Titre Figure 6. Le Christ refuse la royauté terrestre/le pape défend l’entrée de la ville à l’empereur
Légende Dans Simon du Rosier, Antithesis de praeclaris Christi et indignis Papae facinoribus, [Genève], Zacharie Durant, 1557, p. 9-10.
Crédits © Source e-rara.ch / Bibliothèque de Genève, BGE Cth 2566 BGE Bc 3499 - Public Domain
URL http://journals.openedition.org/assr/docannexe/image/84964/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
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Pour citer cet article

Référence papier

Brigitte Roux, « La double page illustrée, un dispositif de combat ? », Archives de sciences sociales des religions, 213 | 2026, 25-47.

Référence électronique

Brigitte Roux, « La double page illustrée, un dispositif de combat ? », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 213 | janvier-mars 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/assr/84964 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16fp9

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Auteur

Brigitte Roux

Institut d’histoire de la réformation (IHR), Université de Genève

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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