Friedrich Torberg, contempteur des Jeux olympiques de Berlin
Résumés
L’article analyse la série de trois articles publiés par Torberg en janvier 1934 dans le quotidien Prager Mittag sous le titre ironique « Man hört nur das Beste von der Berliner Olympiade ». La position politique de l’auteur y est abordée sous l’angle des interactions problématiques entre Mouvement olympique et idéologie nazie. Torberg, qui perçoit clairement les effets concrets de la discrimination raciale sur le destin des sportifs juifs deux ans avant le début des Jeux olympiques de Berlin, est convaincu que l’Allemagne hitlérienne ne manquera pas d’exploiter cet événement international à des fins de propagande. Il y dénonce également le déni de réalité dont fait preuve le Comité international olympique et tente d’alerter l’opinion publique sur les effets désastreux de la rhétorique mensongère du gouvernement national-socialiste et du Comité d’organisation allemand, ainsi que sur l’ingérence du nouveau régime dans les affaires olympiques.
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Torberg (Friedrich), olympische sommerspiele, Berlin, München, sport, politik, Prager MittagPlan
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- 1 Marcus G. Patka, « Vom Davidstern am Siegermast oder: Schani Kantors Leben für den Sport », dans Ma (...)
- 2 Pour une synthèse biographique, voir Jacques Lajarrige, « Friedrich Torberg », dans Hélène Leclerc (...)
- 3 Friedrich Torberg, « Auf den Tod eines Fußballspielers » [1939], dans Friedrich Torberg, Lebenslied (...)
- 4 Friedrich Torberg, « Fußball und Fortschritt. Ein Beitrag zur Technik der freiheitsliebenden Berich (...)
- 5 Friedrich Torberg, « Warum ich stolz darauf bin » [1959], dans Friedrich Torberg, Wien oder der Unt (...)
- 6 Friedrich Torberg, Die Mannschaft. Roman eines Sport-Lebens, Leipzig/Mährisch-Ostrau, Julius Kittls (...)
- 7 L’importance du football pour la jeunesse pragoise a également été soulignée à plusieurs reprises p (...)
1Le sport, comme pratique physique et phénomène politique et social, voire comme philosophie de l’existence1, est absolument indissociable de la vie et de l’œuvre de Friedrich Torberg2. En témoignent de nombreux textes, comme la célèbre ballade « Auf den Tod eines Fußballers3 », dédiée à la légende du football autrichien Matthias Sindelar, ou encore le chapitre « Lieben Sie Sport? » dans Die Erben der Tante Jolesch. Torberg, en effet, ne connaissait pas seulement le sport de l’extérieur, comme amateur du dimanche et spectateur passif, il fut lui-même « pratiquant » assidu et enthousiaste. Son amour du football4 fit ainsi très tôt de lui un fervent supporter du SK Hakoah (hébreu : force) de Vienne, qu’il rejoignit comme membre actif en 1921, à l’âge de treize ans, ce dont il gardera toute sa vie une immense fierté5. Mais comme la section de football, déjà très fournie, n’acceptait plus de nouveaux adhérents, il intégra la section de natation et de water-polo, disciplines dans lesquelles il s’illustrera plus tard également au sein du Hagibor (hébreu : héros) de Prague. Cette vie de sportif de haut niveau est retracée dans son roman largement autobiographique Die Mannschaft (19356), évoquant justement le parcours d’un jeune Viennois adepte de football devenu joueur à succès de water-polo7.
2Rétrospectivement, Torberg n’a cessé de revenir sur l’influence décisive du sport sur son existence :
- 8 Friedrich Torberg, Die Erben der Tante Jolesch, dans Friedrich Torberg, Die Tante Jolesch oder der (...)
Car le sport fut pour moi – comme pour tout sportif de haut niveau – un véritable sujet de gravité, durant de nombreuses années déterminantes de ma jeunesse et il a marqué mon développement plus durablement que presque aucune autre activité que je prenais alors au sérieux8.
3L’importance qu’a pu revêtir le sport dans sa vie d’homme et d’écrivain se révèle une nouvelle fois à la fin de ce même chapitre lorsque, cherchant à déterminer sur un mode ironique quel jour fut le plus beau de son existence, il met en balance un événement relevant de la vie littéraire et un autre renvoyant à ses propres exploits sportifs qui, comme le reste de son chemin de vie, oscille entre Vienne, sa ville natale, et Prague, où à partir de 1921 le père entraîna à sa suite la famille Kantor pour raisons professionnelles :
- 9 Ibid., p. 515 : « Und Jahrzehnte später, als ich von einem Interviewer nach dem ‚schönsten Tag mein (...)
Et des décennies plus tard, lorsqu’un journaliste, durant une interview, me demanda quel avait été le « plus beau jour de ma vie », je répondis avec la même sincérité que je n’étais toujours pas en mesure de trancher : était-ce le jour où, en l’espace d’un quart d’heure, Karl Kraus me parla de la bonne opinion qu’Alfred Polgar avait de moi, et où Alfred Polgar me rapporta des propos similaires de Karl Kraus – ou bien le jour où, lors du match décisif comptant pour le championnat tchécoslovaque de water-polo qui vit la victoire par 2 à 0 du Hagibor Prague contre le PTE Presbourg, j’avais été l’auteur de ces deux buts9 ?
- 10 Pour les liens entre littérature et sport, voir Mario Leis, Sport in der Literatur. Einblicke in da (...)
- 11 Willy Meisl, Der Sport am Scheidewege. Mit einem Vorwort von Egon Erwin Kisch und Beiträgen von Fra (...)
4Dans les années 1920, le public et les hommes de lettres ont accordé une attention toujours plus grande au sport10. Pour s’en convaincre, il suffit de songer par exemple à la fascination que la boxe exerça sur des auteurs aussi différents que Bertolt Brecht, Joseph Roth, Robert Musil, Norman Mailer et Ernest Hemingway. Cela explique également que plusieurs écrivains aient associé leur nom à une publication initiée par un ami de Torberg, Wilhelm (Willy) Meisl, lui-même ancien sportif qui se fit également un nom comme journaliste sportif et qui, avec Der Sport am Scheidewege11, concrétisa le lien entre les deux domaines.
5De fait, la période de l’entre-deux-guerres est partout en Europe un moment crucial dans l’histoire du sport qui commence alors à se constituer en un champ autonome et connaît de profondes mutations, un phénomène social de masse qu’accompagne l’essor d’une presse spécialisée. Subséquemment, le sport a ainsi pu mobiliser de nouveaux publics de lecteurs :
- 12 Laure Demougin, Filippos Katsanos et Marie-Ève Thérenty, « Malaise à Olympie : Les Jeux de Berlin d (...)
L’entre-deux-guerres […] a été une période de profondes mutations pour le monde sportif qui a connu une amélioration de son statut social non seulement par la croissance du nombre de ses pratiquants et par le renforcement de ses structures mais également par le fait qu’il a su mobiliser massivement de nouveaux publics de lecteurs, auditeurs et spectateurs, devenus partie intégrante de l’épopée sportive12.
- 13 Cette association, à ses yeux fondamentale, se retrouve en régime fictionnel, par exemple dans le r (...)
- 14 Friedrich Torberg, « Das Kinnhakenkreuz », Die Wiener Weltbühne, no 15-2, 1933, p. 456-458.
6Conscient de ces enjeux, Friedrich Torberg participe activement de ces évolutions en mettant très tôt sa plume au service de la presse sportive. D’abord modestement pour le journal du club Hakoah, puis pour différents organes de presse, ce qui lui offrit en outre la possibilité de lier sport et actualité politique immédiate13. C’est ainsi qu’il dénonça dans la Wiener Weltbühne la discrimination d’un boxeur juif14 et surtout qu’il consacra une longue contribution à la préparation des Jeux olympiques de Berlin dans les colonnes sportives du quotidien Prager Mittag.
- 15 Franz Höllering, proche de l’USPD, fut également un temps rédacteur en chef du journal communiste A (...)
- 16 Hans Sahl, Alfred Kerr, Joseph Roth ou encore Willy Haas prêtèrent également leur plume au Prager M (...)
7Fondé par l’homme de théâtre et journaliste autrichien Franz Höllering, ancien rédacteur en chef du Berliner Zeitung am Mittag15, le Prager Mittag accueillit de nombreux auteurs juifs exilés16 ayant quitté Berlin ou Vienne. Par faute de moyens, le journal rétrécit au fil des mois comme peau de chagrin jusqu’à cesser de paraître en mai 1938, mais maintint une page sportive pour tenter d’attirer un plus large public. Résolument démocratique et caractérisé par une liberté de ton courageuse, opposé ouvertement à l’Allemagne nazie, qui en interdit de ce fait rapidement la diffusion, le Prager Mittag permit à Torberg d’exprimer son point de vue critique sur le sort fait aux sportifs juifs allemands dans le contexte de la préparation des Jeux olympiques de Berlin.
- 17 « Die internationale Situation », Prager Mittag, 2e année, no 10, samedi 13 janvier 1934 ; « Die de (...)
8Sous le titre ironique, Man hört nur das Beste vom Gedeihen der Berliner Olympiade, Torberg fournit en trois parties17 une prise de position polémique que nous nous proposons d’aborder sous l’angle de l’articulation entre mouvement olympique et situation politique internationale. D’une extrême clairvoyance sur les conséquences d’ores et déjà patentes de la discrimination raciale sur le sort des sportifs juifs, alors que nous ne sommes encore qu’à deux ans du début des Jeux de Berlin, convaincu de l’exploitation guerrière que l’Allemagne ne manquera pas de faire de l’organisation de cette manifestation internationale, Torberg part en guerre contre le déni de réalité et tente d’alerter l’opinion sur les effets désastreux produits par le double discours des autorités politiques et sportives allemandes et sur l’ingérence du nouveau régime dans les affaires olympiques.
La situation internationale : faux-semblants et double discours
- 18 Sur la contamination du langage politique par les métaphores sportives, voir Viktor Klemperer, LTI. (...)
9Dans la première partie de son article, intitulée « Die internationale Situation » (13 janvier 1934), Torberg entreprend tout d’abord de débrouiller la confusion généralisée des idées et des réalités présentes qui tient selon lui au fait que la terminologie employée par le discours politique se nourrit fréquemment du jargon sportif pour asseoir son autorité18. Pour ce faire, il aborde en premier lieu la situation du pays qu’il connaît le mieux, à savoir l’Autriche, à propos de laquelle est mobilisée l’idée d’un « combat final [Endkampf] de Dollfuss ». Selon Torberg, le recours à un tel vocabulaire n’est toutefois destiné qu’à masquer les ambiguïtés du chancelier prônant d’un côté l’indépendance vis-à-vis de l’Allemagne nazie au nom du nationalisme autrichien, mais faisant en même temps le jeu de celle-ci en se comportant comme le commandant en chef des ostmärkische Sturmscharen fondées par Kurt Schuschnigg qui, on le sait, participeront très peu de temps après à la répression des émeutes de février 1934. En connaisseur averti de la situation politique intérieure de l’Autriche, Torberg signale ici sans détour à ses lecteurs qu’il ne croit pas un seul instant au mythe du sauveur Dollfuss comme ultime rempart au nazisme. Celui-ci a beau soigner la mise en scène et se montrer juché sur un cheval, le combat final dont il s’agit ne relève pas d’une compétition de type féodal, mais de la fin, au sens anglais de finish, que les philologues les plus avisés auront tout loisir de rapprocher de la racine latine finis. Autrement dit, de la fin d’un combat déjà perdu qui prétendait en s’opposant à l’Allemagne préserver l’intégrité de l’Autriche.
- 19 Même si, il faut le rappeler, le NSDAP resta officiellement interdit en Autriche jusqu’au « Juliabk (...)
10Procédant lui-même, en dépit de ses avertissements initiaux, à une analogie à partir du vocabulaire sportif, Torberg revient sur le terrain sportif qui lui fournit un exemple parlant de l’échec patent de Dollfuss et lui permet de démasquer une simple posture politique. Car au moment où la terreur nazie, en dépit de l’interdiction officielle du parti nazi, s’exprime ouvertement dans les rues de Vienne19, une déclaration officielle émanant de cette même ville confirme l’abdication de son pays face aux exigences allemandes. On vient en effet d’apprendre, précise Torberg à ses lecteurs, que le Comité olympique autrichien a répondu favorablement à l’invitation du comité d’organisation allemand des Jeux olympiques de Berlin :
11De fait, il y eut bien une délégation autrichienne aux JO de Garmisch et de Berlin. Mais pour Torberg, ainsi qu’il le laisse entendre clairement, cela ne signifie rien d’autre qu’une forme d’abdication annonciatrice de l’étape suivante, à savoir une dissolution pure et simple du Comité olympique autrichien dans le Comité allemand, qui ne saurait tarder.
12Le sport n’ayant, comme l’on sait, rien à voir avec la politique, en conclut sarcastiquement Torberg, on peut être absolument certain que cette décision autrichienne n’a pas été prise seulement avec l’accord tacite des cercles gouvernementaux, mais à leur demande. En sa qualité de journaliste sportif au nom de laquelle il s’exprime ici, l’auteur laisse entendre à ses lecteurs qu’il ne souhaite pas ici encore envisager les conséquences politiques de cette décision funeste, pour se concentrer sur ses implications sportives concrètes. En premier lieu, ce qu’il assimile à une reddition montre bien à ses yeux que les proclamations de principe censées empêcher les sportifs autrichiens d’affronter en compétition leurs homologues allemands ou même les interdictions de quitter le territoire prononcées contre eux, n’étaient au fond que du bluff. À quoi bon en effet réfuter la parenté de sang (Blutsbrüderschaft) revendiquée par les Allemands et rejetée en apparence par Vienne au nom d’une « nation autrichienne » découverte de fraîche date, si c’est en fin de compte pour bafouer cette idée à la première occasion venue. Car :
- 21 Ibid. : « Österreich [ist] in der Tat der einzige Staat, der mit Deutschland in offiziellem Unfried (...)
L’Autriche [est] en effet le seul État qui soit en désaccord officiel avec l’Allemagne. Et c’est justement cette Autriche qui ne trouve rien de plus urgent à faire que de soumettre sa candidature aux Jeux olympiques. Que peut-on alors attendre de ces États dont les relations avec l’Allemagne sont « correctes21 » ?
13Dès lors, Torberg doit bien admettre que sa volonté initiale de s’intéresser en premier lieu aux conséquences sportives ne résiste pas à l’épreuve des faits. En effet, il doit bien se résoudre à admettre que l’organisation de la XIe Olympiade ne saurait être simplement abordée comme la confrontation d’athlètes au cours d’un spectacle sportif à visée universaliste, mais bien comme l’occasion d’une exacerbation des nationalismes au détriment de la dimension sportive. Aussi est-il à ses yeux évident qu’il s’agit en l’occurrence d’une tentative d’instrumentalisation par l’Allemagne hitlérienne de l’idéal olympique à des fins de propagande.
- 22 La campagne de boycott y fut lancée à l’initiative notamment d’Ernest Lee Jahncke, membre d’origine (...)
14D’où il découle logiquement que le second aspect abordé par Torberg concerne la question du boycott des jeux de Berlin et les manœuvres allemandes pour dissiper les craintes, notamment exprimées aux USA par la voix de l’Amateur Athletic Union (AAU) quant au sort des sportifs juifs. De la même manière qu’il s’en était pris aux faux-semblants autrichiens, Torberg s’emploie à présent à déconstruire systématiquement la propagande allemande. Si l’attribution en 1931 des Jeux à Berlin n’avait pas encore fait craindre une impossibilité pour la République de Weimar de les organiser dans le respect de « l’idée olympique », les discriminations raciales qui accompagnèrent l’accession de Hitler au pouvoir en janvier 1933 avaient suscité une vague de réprobation et d’inquiétude, en particulier aux États-Unis, et fait naître l’idée d’un boycott des Jeux dans une Allemagne à l’égard de laquelle se manifestaient de sérieux doutes quant au respect de la Charte olympique et à la préservation de l’égalité des chances pour tous les participants, indépendamment de leur confession et de leur race22.
- 23 Hans von Tschammer und Osten avait été nommé dans un premier temps commissaire du Reich pour le spo (...)
- 24 Au moment où il écrit, Torberg ne savait sans doute pas que Tschammer und Osten intriguait dans le (...)
- 25 Sur les conséquences de l’entrée du sport dans le cadre étatique et la difficulté de la pratique da (...)
15C’est à cet arrière-plan diplomatique que Torberg fait ouvertement allusion lorsqu’il évoque l’échange de télégrammes entre Theodor Lewald, le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques allemand et l’AAU. Haut-fonctionnaire prussien ayant des origines juives, Lewald avait mis ses compétences et ses relations au service du sport allemand depuis le début du xxe siècle. Il avait d’ailleurs déjà joué un rôle de premier plan dans la préparation des Jeux olympiques prévus pour 1916 à Berlin. Personnage influent du monde sportif allemand, il cumulait les fonctions de président du Comité allemand du Reich pour les exercices physiques (Deutscher Reichsausschuss für Leibesübungen, DRA), mais aussi de responsable du Comité olympique national allemand depuis 1919 et membre du CIO (Comité international olympique) pour l’Allemagne depuis 1924. Si Lewald est bien parvenu d’un côté à rassurer les États-Unis sur le sort des sportifs juifs allemands, le Reichssportführer Hans von Tschammer und Osten23, qui ne voyait pas d’un bon œil que Jeux olympiques soient organisés par des dirigeants sportifs auparavant actifs sous Weimar et intriguait activement dans le but de succéder à ce dernier au sein du Comité d’organisation, incarne aux yeux de Torberg le double discours allemand en la matière24. Aussi s’empresse-t-il de rappeler qu’au même moment celui qu’il appelle avec mépris Tschammer-Osten fit paraître un décret laissant à la libre appréciation des clubs allemands l’admission en leur sein des sportifs juifs. Solution hypocrite ne leur interdisant pas formellement de le faire, mais exposant ceux-ci à de forts risques de représailles25. Torberg constate avec amertume que c’est la version la plus rassurante, celle de Lewald, qui a été perçue et crue :
- 26 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « [….] am 30. Dezember 1933 hätte in P (...)
[…] le 30 décembre 1933, aurait dû avoir lieu à Pittsburgh la réunion décisive du Comité olympique américain qui aurait eu à statuer définitivement sur la décision d’un boycott. Jusqu’à ce jour, aucune nouvelle de cette réunion n’est parvenue en Europe26.
- 27 Hajo Bernett, Der Weg des Sports in die nationalistische Diktatur. Die Entstehung des Deutschen (Na (...)
16L’explicitation des non-dits à laquelle procède ici l’auteur montre qu’il n’est déjà plus possible de parler d’autonomie du sport allemand par rapport au pouvoir, que sa mise au pas est déjà effective et traduite sur le plan structurel par la mise en place d’instances fonctionnant sur le modèle du Führerprinzip27. La politisation du sport, thème sur lequel s’ouvrait l’article, n’étant donc pas envisagée comme un outil de promotion de la concorde entre les nations, mais comme une arme d’exclusion, la vie sportive est désormais marquée par une ségrégation entre « Aryens » et « Non-Aryens ».
- 28 Daphné Bolz, Les arènes totalitaires. Fascisme, nazisme et propagande sportive, Paris, CNRS Édition (...)
17Viscéralement opposé à l’utilisation du sport comme vitrine politique du national-socialisme, Torberg veut empêcher que les jeux de Berlin offrent au monde une image rassurante, à mille lieues de la réalité du terrain. Il faut lui reconnaître une extrême lucidité quant aux enjeux de l’exploitation du sport par le régime nazi soucieux d’exalter une « double supériorité (politique et biologique28) ». Par ailleurs, il a bien conscience que seuls les États-Unis auraient été en mesure d’entraîner dans leur sillage d’autres pays s’ils avaient choisi la voie du boycott, au lieu de se laisser endormir par les dénégations rassurantes de Lewald. Car il est en outre clair pour lui que ni le Japon ni l’Italie, favorables à Hitler, pas plus que les pays nordiques ne choisiront spontanément cette voie. Au sein des clubs, les exclusions se font discrètes, les principes olympiques devant rester saufs, extérieurement du moins, car dans la perspective des Jeux de Berlin le monde entier garde les yeux braqués sur la nouvelle Allemagne.
18La seule lueur d’espoir, sur un plan moral plus que pratique, vient selon Torberg de l’exemple des deux grands champions de tennis britanniques, Frederik John Perry (1909-1995) et Henry Wilfred (Bunny) Austin (1906-2000), vainqueurs de la Coupe Davis en 1933 et 1934 avec l’équipe de Grande-Bretagne, qui refusèrent de jouer en Allemagne en signe de protestation contre l’exclusion de l’équipe allemande de la Coupe Davis du champion de tennis Daniel Prenn en raison de ses origines juives.
19Pour louables et admirables que soient ces décisions individuelles aux yeux de Torberg, elles peuvent toutefois laisser espérer au mieux d’autres mesures individuelles de boycott, sans pour autant rendre plus vraisemblables des actions officielles à l’échelle des pays concernés. Il n’a donc pas changé d’avis sur la situation par rapport à un article antérieur, intitulé « Sport und Demokratie », dans l’édition du 27 octobre 1933 du Prager Mittag, à la veille donc du 15e anniversaire de la fondation de la République tchécoslovaque :
- 29 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « Was aus Österreich werden wird, ist (...)
Ce qu’il adviendra de l’Autriche n’est pas encore tout à fait clair. Mais ce qui continue de se dérouler en Allemagne sous la dénomination de « sport » est à jamais la parodie la plus inimaginable de l’esprit sportif, la plus cruelle des profanations de l’idéal sportif depuis la Grèce antique. Tout comme l’Allemagne est la parodie d’un État et la négation de l’idéal d’humanité29.
20La suite des événements devait donner tristement sens à ce rapprochement implicite entre le sort de l’Autriche et celui de la République tchécoslovaque.
Le mensonge allemand
- 30 En 1960, le CIO a officiellement reconnu le Maccabi comme une « organisation de statut olympique ».
21Après avoir passé en revue la situation politique internationale, Torberg entreprend dans un second temps de dénoncer le mensonge allemand tel qu’il se répand à l’intérieur du pays. « Die deutsche Lüge von innen » (20 janvier 1934) lui fournit au passage l’occasion de revenir sur la soi-disant liberté accordée aux sportifs juifs et sur l’essor supposé du mouvement Maccabi, autre argument avancé par le régime nazi à des fins de déformation du réel pour faire taire ses détracteurs. Torberg fait ici allusion à la Maccabi World Union, créée en Tchécoslovaquie en 1921, lors du 12e Congrès juif mondial à Karlovy Vary. L’objectif était de former une organisation internationale regroupant toutes les associations sportives juives. Il n’est pas anodin, deux ans après les Jeux de Los Angeles et deux ans avant ceux de Berlin, d’évoquer cette entreprise qui s’était également donné pour objectif d’organiser des « Maccabiades », rencontres sportives juives internationales dont la première édition avait précisément eu lieu en 193230.
22Une nouvelle fois, l’enjeu est pour lui de mettre fortement en doute les déclarations officielles visant à faire croire au monde entier que les sportifs juifs ne seraient en Allemagne nullement entravés dans leur pratique et que rien même ne s’opposerait à leur intégration dans l’équipe olympique allemande. Affichage aussi fallacieux que le discours qui le sous-tend, que Torberg entend dénoncer en conjurant ses lecteurs, sans doute déjà gagnés à sa cause compte tenu de la composition sociologique de la rédaction du journal, de ne pas se laisser berner de la même façon que les vénérables vieillards du Comité olympique international. Pour désamorcer cette mystification, Torberg fait le choix de recourir au même schéma argumentatif que les nazis. Aussi est-ce avec l’ironie du désespoir qu’il affirme vouloir faire abstraction du fait que de nombreux sportifs juifs auraient déjà dû fuir l’Allemagne et que certains autres croupiraient déjà dans des camps de concentration, voire y auraient déjà trouvé la mort.
23Le choix rhétorique de la prétérition ne traduit naturellement aucun revirement de l’auteur, il est en revanche ce qui lui permet de passer de remarques générales ironiquement balayées comme négligeables à une série de cas particuliers, exceptions qui justifient la règle. Le pont aux ânes est bien entendu une façon éloquente de signifier à ceux qui persisteraient à ne pas vouloir comprendre la gravité de la situation qu’ils ne peuvent se retrancher derrière un manque d’explications et de preuves tangibles.
24Misant a contrario sur la force de l’exemple, Torberg évoque donc à l’appui de sa démonstration quatre cas qui font mentir tous les discours officiels. Celui, peu connu, de l’athlète Rosenfeld, originaire d’Offenburg, qui s’est suicidé après avoir été lapidé sur un terrain de sport. Les trois autres noms cités par Torberg possèdent une notoriété bien plus importante. C’est le cas du célèbre boxeur Erich Seelig (1909-1984), champion d’Allemagne des poids moyens en 1931 qui, le 28 février 1933, devant les 2 000 spectateurs du Theater Flora de Hambourg, avait également remporté le titre de champion des poids mi-lourds contre Helmut Hartkopp. Le 3 mars 1933, Seelig aurait dû défendre son titre de poids moyen à l’Arena Neue Welt de Berlin. Mais en raison de ses origines juives, il fut menacé par les SA la veille du combat et empêché de monter sur le ring par l’association des boxeurs professionnels allemands qui alla jusqu’à lui retirer tous ses titres allemands dans la catégorie des poids mi-lourds et moyens. Seelig dut s’enfuir avec son frère à Paris, avant de rejoindre les États-Unis.
25L’autre exemple en vue retenu par Torberg est celui de Rudolf Ball, dit Rudi Ball (1910-1975), l’un des meilleurs joueurs allemands de hockey sur glace, qui rejoindra la Suisse avec ses frères Gerhard et Heinz à la fin de l’année 1933, où ils jouent avec l’EHC Saint-Moritz pendant une saison avant d’évoluer ensuite avec le HC Diavoli Rossoneri Milano en Italie de 1934 à 1936. L’ironie de l’histoire voulut néanmoins que Ball, qui avait déjà joué avec la sélection nationale allemande aux Jeux olympiques d’hiver en 1932 (médaille de bronze), participe aux Jeux olympiques d’hiver de Garmisch-Partenkirchen en 1936, où il était le seul Juif de la délégation allemande.
26Un seul de ces cas suffirait aux yeux de Torberg à justifier le boycott sportif de l’Allemagne. Pourtant, il lui faut faire le triste constat que bien que l’Allemagne n’ait pas cherché à dissimuler aux yeux du monde cette réalité inconcevable, elle n’en a, au fond, subi aucun dommage sérieux. Une faillite qu’il convient d’imputer aux instances olympiques :
- 31 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « Das Internationale Olympische Komite (...)
Le Comité international olympique, bien entendu informé des faits, n’a même pas jugé nécessaire d’interpeller le représentant allemand à ce sujet ; cela n’aurait d’ailleurs eu que peu de sens, la réponse aurait certainement été « satisfaisante », comme par exemple l’affirmation que Prenn, Ball et les autres n’avaient été « contraints » par personne de quitter l’Allemagne – et autres plaisanteries d’hommes des cavernes du même acabit31.
27À la faiblesse coupable du CIO qu’un simple télégramme suffit à endormir, s’ajoute la ruse des nazis s’employant à fournir des preuves de nature à dissiper les inquiétudes quant au sort réservé aux sportifs juifs, car c’est bien selon Torberg l’une des armes de la politique national-socialiste que de pouvoir tout prouver. C’est là qu’entre en jeu l’argument de l’essor du mouvement Maccabi :
- 32 Ibid. : « Das Anwachsen der Makabi-Bewegung. Es ist tatsächlich enorm, und niemals unter dem Regime (...)
L’expansion du mouvement Maccabi. Elle est en effet énorme, et jamais, même sous le régime des criminels de novembre, les clubs sportifs juifs d’Allemagne n’avaient connu un tel afflux – « et donc » un tel essor – que comme sous Hitler. Ou bien, selon les arguments de Tschammer-Osten, existe-t-il une preuve plus manifeste de la prospérité d’une organisation sportive qu’une augmentation constante de ses membres32 ?
28Lui-même sportif accompli passé par le Hakoah Wien et le Hagibor Prag, Torberg n’ignore rien bien sûr de la structuration du monde sportif juif, ce qui le rend particulièrement insensible aux manœuvres de propagande en la matière, orchestrées par celui qu’il persiste à nommer Tschammer-Osten. Car si les clubs de sport juifs n’ont pas été dissous, laissant la possibilité aux athlètes juifs de s’y entraîner, tout cela reste purement théorique. Torberg serait bien le dernier à vouloir suggérer qu’il y aurait quelque chose à redire au fait que des sportifs juifs exercent leur discipline au sein de clubs juifs, même s’ils y sont de fait à présent contraints. En revanche, il n’est nullement disposé à laisser se répandre l’information mensongère selon laquelle leurs conditions d’entraînement n’auraient pas changé. Il en veut pour preuve la situation de Berlin où parmi la centaine de terrains de sport loués par la ville à des clubs de la communauté juive, un seul, de petite taille, situé dans le quartier de Grunewald, ne leur a pas été confisqué. De ce fait, seules des manifestations de petite envergure peuvent y être organisées, vouées à la clandestinité puisque tout public y est interdit. S’y ajoute que toute annonce de ces compétitions par voie de presse est interdite en dehors des journaux juifs et que des événements sportifs opposant des sportifs juifs à des sportifs « aryens » est pareillement prohibée. Dans ces conditions, il paraît dès lors impossible d’invoquer encore une quelconque liberté, sauf à considérer comme telle le fait qu’on ne les ait pas tous tués ou expulsés.
29Aussi précaire que soit la situation à Berlin, d’où Torberg affirme à ses lecteurs tenir directement ses informations, elle reste sans doute moins préoccupante que celle des petits villages où n’existe le plus souvent qu’un seul club sportif et où s’applique donc systématiquement la clause discriminatoire qui a pour nom « Arierparagraph ».
Un juif comme alibi
30La dernière contribution de ce triptyque, intitulée « Der Paradejud und die anderen » (25 janvier 1934) entreprend pour finir de revenir sur la question de la participation d’athlètes juifs aux séances d’entraînement en vue des Jeux de Berlin. Une nouvelle fois, Torberg a bien conscience que les méthodes employées jouent sur l’ambiguïté. Car si certains y sont associés, on prend bien soin de ne retenir que ceux dont on sait par avance que leurs performances physiques insuffisantes ne leur permettront pas d’être retenus pour concourir au sein de la délégation allemande, alors même que l’on exclut d’emblée ceux dont on est absolument certain qu’ils devraient être retenus sur le seul critère de leurs résultats sportifs. À l’appui de ses propos, Torberg se réfère explicitement cette fois à un reportage paru dans le journal français Paris-Soir. L’exemple le plus parlant lui semble être en effet le cas de la championne olympique d’escrime Helene Mayer, dont on entend justifier l’absence à Berlin par une méforme incompatible avec les hautes exigences des Olympiades à venir.
31Dans le même temps, pour occuper la place du juif de service (« Paradejud »), arbre qui cache la forêt de la ségrégation raciale, on est allé chercher à Francfort-sur-le-Main un jeune homme de dix-sept ans, dont les résultats plus qu’encourageants sur 800 mètres donnent à penser qu’il pourrait bien malgré tout y avoir un athlète juif dans la délégation allemande. De quoi fournir à la presse nazie (« Hakenkreuzpresse ») de quoi jubiler. Et Torberg de rappeler les cris d’orfraie pourtant poussés par ces mêmes journaux lorsqu’il fut question de faire représenter l’Allemagne à Londres par le relais 4 x 100 mètres du club juif berlinois « Bar Kochba ».
32L’auteur est en même temps conscient que cela pourrait apporter de l’eau au moulin des nazis qui seraient ainsi fondés à renvoyer les autres pays à leurs mensonges sur la situation intérieure allemande. Mais pas plus qu’il ne se fait d’illusions sur les manœuvres honteuses du régime hitlérien, Torberg ne songe qu’il faille attendre grand-chose de l’étranger. Car un seul contre-exemple suffirait en effet pour que la presse étrangère se sente libérée de toute obligation morale et renonce à demander des comptes aux Allemands. Ce qui tendrait à prouver que l’enjeu n’est pas au fond de savoir si l’idée même du sport ou de l’olympisme s’en trouve salie, idée que ses défenseurs allemands jureront pourtant défendre coûte que coûte dans un stade olympique dont l’auteur prévoit par avance qu’il sera pavoisé de croix gammées.
- 33 Daphné Bolz, Les arènes totalitaires, op. cit., p. 166.
33S’il pouvait en être autrement, l’attribution des Jeux à Berlin, décidée en 1931, donc avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, aurait logiquement dû être retirée à l’Allemagne dès le jour de la nomination de Tschammer und Osten au poste de Reichssportführer ou, au plus tard, lors de la session du Comité international olympique qui s’est tenue à Vienne du 5 au 7 juin 1933. Ce que Torberg ne dit pas ici, c’est que son président, Henri de Baillet-Latour, avait pourtant rappelé à l’ordre les membres allemands du CIO, en l’occurrence Theodor Lewald, Friedrich August von Mecklenburg-Schwerin et Karl Ritter von Halt33, et menacé d’en retirer l’organisation à l’Allemagne si elle ne s’engageait pas solennellement à respecter la Charte olympique en fournissant des garanties sérieuses. Notamment inquiet de la nature des relations entre le Comité d’organisation des Jeux olympiques et le nouveau gouvernement allemand, qu’il soupçonne de vouloir le reconfigurer à sa main, le président du CIO émet dans un premier temps de sérieux doutes quant à la compatibilité des « valeurs olympiques » avec le national-socialisme. C’est d’ailleurs la raison qui le conduit le 3 mai 1933 à écrire une lettre commune aux trois membres allemands du CIO dans laquelle il leur rappelle quelques points essentiels relatifs à l’organisation des Jeux, en particulier la nécessaire neutralité confessionnelle, politique et raciale.
- 34 Ibid., p. 167.
34Néanmoins, lors de son discours d’ouverture des travaux du Comité à Vienne, Baillet-Latour n’évoqua plus cette question, signe que le Comité d’organisation allemand était bel et bien parvenu à dissiper toute réticence. Carl Diem, pilier du mouvement sportif allemand et l’un des principaux artisans de la candidature allemande aux Jeux de 1936, fit valoir un courrier du ministre de l’Intérieur Wilhelm Frick dans lequel l’autonomie par rapport au pouvoir politique de l’organisation des Jeux était prétendument garantie et où l’on donnait par ailleurs l’assurance que les sportifs juifs ne devaient pas être systématiquement exclus de la compétition34.
35Un tel tour de passe-passe, en conclut Torberg, n’est pas tant dû au fait selon lui inimaginable qu’une personne en pleine possession de ses esprits puisse tomber dans ce piège qu’à un simple désintérêt, tel qu’en font montre les nations nordiques. Car si tout le monde sait en réalité de quoi il retourne, personne ne veut en tirer les conséquences qui s’imposent. Aussi en arrive-t-on à faire perdurer la fiction d’une séparation hermétique entre sport et politique, qui ne repose pourtant sur aucun fondement sérieux et qui, au moindre contact avec la réalité de l’Allemagne hitlérienne, dénature tout ce que l’on s’était représenté depuis des générations sous les noms de sport et d’esprit sportif.
36Dans ces conditions, et face à un tel manque de courage et de lucidité, qui se traduit par une totale inaction, il serait vain selon Torberg d’attendre des protestations venant de canaux officiels. Car si la situation n’est pas totalement désespérée, il serait cependant illusoire de penser que des signes d’espoir puissent encore venir de la diplomatie sportive. En tout état de cause, ils ne pourraient naître que d’initiatives en rupture avec l’idée qu’il faudrait préserver le sport de la politique.
37Bien que publiée dans la rubrique sportive du Prager Mittag, la série d’articles « Man hört nur das Beste vom Gedeihen der Berliner Olympiade » ne rend pas compte de résultats sportifs, ou seulement à la marge, et dans le but de servir une démonstration dont la visée est prioritairement politique. Elle s’inscrit dans un contexte historique marqué par une forte exacerbation des nationalismes en Europe, dont le fascisme italien et le national-socialisme allemand sont deux expressions paroxystiques, l’une et l’autre liées de près également au sport comme outil de propagande. L’organisation de la coupe du monde de football en Italie en 1934, puis des Jeux olympiques de Berlin en 1936 en attestent de manière irréfutable.
38Les mois qui précédèrent les Jeux de Berlin marquèrent une période de fortes tensions à l’échelle internationale, mais aussi nationale, que Torberg cherche ici à décrypter sans concessions. L’originalité de son point de vue, outre l’opposition farouche à l’idéologie nazie qui s’y déploie, est d’une part qu’il articule des considérations sur la situation internationale et les contextes nationaux, en l’occurrence autrichien, puis allemand, et d’autre part qu’il déconstruit la propagande allemande avec les armes de l’ironie et par le recours à des exemples concrets empruntés au milieu sportif. L’un des enjeux est de montrer que, compte tenu des évolutions de la situation politique intérieure de l’Allemagne, l’attribution des Jeux à Berlin, décidée en 1931 dans un tout autre contexte et avec l’espoir de consolider le gouvernement démocratique de la République de Weimar, n’est plus compatible avec les idéaux olympiques. Avec une grande lucidité, Torberg anticipe le capital symbolique qu’en retirera l’Allemagne nazie en termes d’image.
39Opposé tant aux fondements idéologiques du nouveau régime qu’à l’idée qu’il puisse retirer un quelconque bénéfice de l’organisation des Jeux olympiques, Torberg s’emploie avec méthode à dévoiler les mécanismes du double langage officiel pour en faire ressortir l’hypocrisie et le cynisme qui s’exercent au détriment des sportifs juifs allemands et contribue également à endormir la vigilance des autres nations. Ancien sportif accompli, lui-même juif, Torberg s’appesantit sans surprise sur la question du mauvais traitement réservé aux athlètes juifs, dont il fait un des principaux arguments pour ne pas envoyer de délégations à Berlin.
40Dans la forme, cette série d’articles reste profondément marquée par les ressources de l’écriture littéraire et mobilise de nombreux ressorts de la littérarité, comme l’anecdote, le dédoublement du narrateur posant les questions et y apportant lui-même les réponses, l’ironie qui, comme le dialogisme fictif, permet de créer une complicité avec le lecteur, de rechercher son adhésion et de prendre en compte la dimension idéologique de l’inter-discursivité, sans oublier la prétérition, le sophisme, ou l’antanaclase.
41Il ne faut pas perdre de vue que cette contribution intervient dans la phase de préparation des Jeux de Berlin, deux ans donc avant leur début, ce qui en explique le caractère militant. Car même si la tonalité générale en est plutôt pessimiste et, à bien des égards, teintée de découragement, Torberg n’a pas encore totalement renoncé à l’espoir d’éveiller les consciences et de provoquer un sursaut. Ou à tout le moins de mettre à nu les stéréotypes raciaux et la politique d’exclusion, dont il anticipe l’exploitation guerrière à l’occasion d’un événement sportif de portée planétaire comme les Jeux olympiques. De la sorte, il affirme avec force son refus que la question raciale soit amalgamée sans autre forme de procès à l’idée de nation, dès lors que la nation en question bafoue les droits les plus élémentaires et la dignité humaine au nom d’une idéologie destructrice. C’est bien là d’ailleurs le sens profond des toutes premières lignes de la première partie, qu’il convient de lire également comme l’affirmation d’une « nation autrichienne », à un moment fatal de bascule où l’idée de « nation building » par le sport et sous la contrainte réquisitionne métaphoriquement la notion de corps au service d’un fantasme de fusion, autrement dit de l’incorporation du territoire autrichien dans le Reich allemand. Fantasme qui, parallèlement, aboutit au rejet hors de la nation allemande des athlètes juifs sur la base d’une affirmation de la supériorité physique et biologique des sportifs « aryens ».
42C’est bien, en dernier ressort, contre cette scotomisation collective de la question juive au nom du sport que s’élève ici Torberg, contre les dessins funestes du nazisme et de ses estafiers, dont il montre qu’ils se recrutent aussi parmi les responsables sportifs au plus haut niveau de responsabilité.
Post-scriptum munichois
- 35 Friedrich Torberg, « Spitz an der Spitze » [1972], dans Wien oder der Unterschied, op. cit., p. 39- (...)
43L’histoire tourmentée qu’entretient Friedrich Torberg avec les Jeux olympiques ne s’arrêta pas en 1936. Les Jeux de Munich, où il était arrivé le 28 août 1972 pour assister aux compétitions de natation à l’invitation de la Deutsche Olympische Gesellschaft, devaient lui permettre une nouvelle fois de mettre sa plume et sa connaissance du milieu au service de la presse sportive. Torberg, qui s’était comme le reste du monde enthousiasmé pour les performances du nageur juif américain Mark Spitz, vainqueur de sept médailles d’or, avait rédigé un article destiné à un journal allemand, intitulé de manière amusante « Spitz an der Spitze ». Mais les événements tragiques qui se déroulèrent au lendemain des dernières épreuves de natation donnèrent cependant à voir un tout autre spectacle et décidèrent Torberg à ne pas en autoriser la publication, qui n’intervint de ce fait qu’à titre posthume35. Il n’est pas anodin que, célébrant la maîtrise et le sang froid de l’athlète, Torberg fasse à propos du juif Spitz, un rapprochement avec les jeux de Berlin :
- 36 Ibid., p. 40 et suivantes : « Nicht nur die Schwimmbewerbe, die ganzen olympischen Spiele standen b (...)
Ce ne sont pas seulement les compétitions de natation, mais l’ensemble des Jeux olympiques qui, jusqu’au dernier jour de sa participation, ont été dominés par la figure de Mark Spitz. S’il ne fut pas un précurseur – comme l’avaient été Johnny Weissmüller ou Arne Borg il y a plus de quarante –, il représente tout de même l’accomplissement de ce que l’on entend aujourd’hui par athlète d’élite, et il restera cette référence encore quelque temps. Il aura été le Jesse Owens de ces jeux. Et si l’on compare les circonstances dans lesquelles, dans l’Allemagne de 1936, le Noir Jesse Owens est devenu une vedette olympique, avec la liesse sans réserve et sans troubles qui a entouré ce même rôle de star attribué au Juif Mark Spitz dans l’Allemagne de 1972, on serait presque tenté de croire que le monde est devenu un peu plus bienveillant — et que les Jeux olympiques de Munich ont laissé transparaître un léger reflet de cette bienveillance36.
44Un enthousiasme immédiatement contredit et anéanti par la suite des événements et qu’il aurait pour cette raison paru inconvenant de rendre public. Alors qu’ils étaient censés effacer le souvenir de la propagande nazie des Jeux de Berlin, ceux de Munich furent en effet marqués de manière indélébile par la prise d’otages et l’assassinat de onze athlètes de la délégation israélienne par le groupe de terroristes Septembre noir, qui exigeait la libération de plus de deux cents prisonniers palestiniens.
45Bien qu’étant sur place, Torberg fut le témoin impuissant du drame qui s’y joua :
- 37 Friedrich Torberg à Johanna Buchberger, lettre du 23 septembre 1972, Wien Bibliothek im Rathaus, Na (...)
Au moment de ce tragique événement, je me trouvais encore à Munich et j’ai vécu, pour ainsi dire « de première main », les terribles et éprouvants hauts et bas de la nuit de Fürstenfeldbruck, sans pour autant avoir été plus proche des faits eux-mêmes que tous ceux qui les ont suivis devant leur écran. Chercher des « formulations » est totalement vain, aussi ai-je également strictement refusé de m’exprimer publiquement à ce sujet. De surcroît, aucune illusion, de quelque nature que ce soit, ne s’est effondrée pour moi, parce que je n’en ai jamais nourri, et encore moins concernant la « solidarité » des sportifs. Mais pourquoi exiger des sportifs ce que ni les hommes en général, ni la communauté des peuples ne sont capables d’accomplir ? [...] Cependant, je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se serait produit, si au lieu des onze sportifs juifs, par exemple, on avait assassiné onze sportifs français. Monsieur Pompidou aurait sans doute eu une réaction tout à fait différente, et les autorités officielles auraient répondu d’une tout autre manière [...] Mais s’attarder sur ces amertumes n’a que peu de sens37.
46Il fait ici naturellement allusion aux tractations entre le gouvernement allemand et les terroristes qui avaient exigé qu’on mette un bus à leur disposition afin de les transférer avec leurs otages vers deux hélicoptères censés les transporter à l’aéroport de la base aérienne de l’OTAN à Fürstenfeldbruck, à partir de laquelle ils voulaient rejoindre Le Caire.
47Entre les Jeux de Berlin et ceux de Munich – en dépit de toutes les différences de contexte historique – , court en pointillé un fil à peine perceptible et pourtant évident, qui a pour nom Avery Brundage. Car même si Torberg, dans cet échange épistolaire ne l’évoque pas ouvertement, on devine entre les lignes qu’il ne pouvait pas ne pas y songer. En effet, le Président en exercice du CIO, antisémite notoire, avait déjà joué un rôle des plus troubles en amont des Jeux de Berlin, puisqu’il avait combattu l’idée du boycott et qu’à la suite de son déplacement à Berlin en septembre 1934, où il rencontra des officiels du gouvernement allemand, il s’était dit persuadé qu’il n’y aurait pas de discrimination envers les Juifs.
48S’il refuse cette fois de s’exprimer publiquement, Torberg n’a rien abdiqué de sa lucidité. Et il sait que de nouveau Brundage ne s’est pas illustré par son courage en ne suspendant les Jeux de Munich que temporairement et en refusant d’annuler les épreuves restantes. Pis encore, il commet l’irréparable lors de la cérémonie funéraire à la mémoire des victimes, en ne mentionnant même pas leurs noms, se contentant de déclarer cyniquement « The Games must go on », comme pour décrier une nouvelle fois de manière hypocrite la politisation du sport, selon un mode opératoire mis en œuvre pour les Jeux de Berlin que Torberg avait déjà dénoncé dans ses trois articles pour le Prager Mittag.
49Si l’histoire bégaie, Torberg ne cède quant à lui ni aux faux-semblants ni aux illusions ou aveuglements successifs que le Mouvement olympique a engendrés à différents moments-clés du xxe siècle. Face aux réalités rugueuses, ses convictions sont restées entières, sa solidarité avec les sportifs juifs sans faille. Comme dans le cas des Jeux de Berlin, il exprime ici sa frustration d’avoir vécu l’événement de près tout en étant condamné à l’impuissance. Mais contrairement à la période 1934-1936, pendant laquelle il mobilisera sa plume pour éveiller les consciences, le drame de Munich constitue un choc trop violent pour qu’il souhaite s’exprimer publiquement à chaud. Sa réaction, d’ordre strictement privé, témoigne d’une forme de fatalisme et en même temps d’une réelle amertume, qui se dirige à la fois contre les sportifs, dont le manque de solidarité exacerbé par le contexte de la compétition olympique n’étonne pas l’ancien champion qu’il est, mais aussi contre la communauté internationale, incapable à ses yeux, comme en 1936, du moindre sursaut moral.
Notes
1 Marcus G. Patka, « Vom Davidstern am Siegermast oder: Schani Kantors Leben für den Sport », dans Marcel Atze et Marcus G. Patka (éd.), Die „Gefahren der Vielseitigkeit“. Friedrich Torberg 1908-1979, Vienne, Holzhausen, 2008, p. 9 : « Sport […] war ihm Lebensphilosophie und Politik zugleich. »
2 Pour une synthèse biographique, voir Jacques Lajarrige, « Friedrich Torberg », dans Hélène Leclerc (dir.), Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au xxe siècle. Dictionnaire et anthologie, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2018, p. 199-201.
3 Friedrich Torberg, « Auf den Tod eines Fußballspielers » [1939], dans Friedrich Torberg, Lebenslied. Gedichte aus 25 Jahren, Munich-Vienne, Langen Müller, 1958, p. 47-48.
4 Friedrich Torberg, « Fußball und Fortschritt. Ein Beitrag zur Technik der freiheitsliebenden Berichterstattung » [1954], dans Friedrich Torberg, Apropos. Nachgelassenes, Kritisches, Bleibendes. Gesammelte Werke, Munich-Vienne, Langen Müller, 1981, t. IX, p. 351-360.
5 Friedrich Torberg, « Warum ich stolz darauf bin » [1959], dans Friedrich Torberg, Wien oder der Unterschied. Ein Lesebuch, Munich, Langen Müller, 1998, p. 15-23. Cette adhésion fut, à sa demande, son cadeau de bar-mitsvah. Chez Torberg, la fierté d’être un sportif accompli est indissociable de sa fierté d’être juif, sans cesse réaffirmée.
6 Friedrich Torberg, Die Mannschaft. Roman eines Sport-Lebens, Leipzig/Mährisch-Ostrau, Julius Kittls Nachf., 1935 (à noter, la réédition : Vienne, Fritz Molden, 1968).
7 L’importance du football pour la jeunesse pragoise a également été soulignée à plusieurs reprises par Egon Erwin Kisch, notamment dans « Die Erlaubnis zum Fußballspiel » [1912], puis dans le chapitre « Familiäres, allzu Familiäres » du recueil Die Abenteuer in Prag, dans Bodo Uhse et Gisela Kisch (éd.), Egon Erwin Kisch. Gesammelte Werke, Berlin-Weimar, Aufbau, 1968, resp. p. 61-63 et p. 326.
8 Friedrich Torberg, Die Erben der Tante Jolesch, dans Friedrich Torberg, Die Tante Jolesch oder der Untergang des Abendlandes in Anekdoten und Die Erben der Tante Jolesch, Munich, Langen Müller, 2008, p. 490 : « Denn der Sport war für mich – wie für jeden, der sich als „Leistungssportler“ betätigt hat – durchaus ein Gegenstand der Ernstnahme, viele entscheidende Jugendjahre lang, und er hat meine Entwicklung so nachhaltig beeinflußt wie kaum eine andere der damals von mir ernstgenommenen Betätigungen. »
9 Ibid., p. 515 : « Und Jahrzehnte später, als ich von einem Interviewer nach dem ‚schönsten Tag meines Lebens’ gefragt wurde, habe ich ebenso ehrlich geantwortet, dass ich mich noch immer nicht entscheiden könne: ob es der Tag gewesen sei, an dem mir innerhalb einer Viertelstunde Karl Kraus von Alfred Polgars guter Meinung über mich erzählte und Alfred Polgar ein gleiches von Karl Kraus – oder der Tag, an dem ich im Entscheidungsspiel um die tschechoslowakische Wasserballmeisterschaft, das Hagibor Prag gegen PTE Preßburg 2:0 gewann, beide Tore geschossen habe. »
10 Pour les liens entre littérature et sport, voir Mario Leis, Sport in der Literatur. Einblicke in das zwanzigste Jahrhundert, Francfort/M., Peter Lang, 2000. La thèse de doctorat dont est issu cet ouvrage est également consultable en ligne : https://webdoc.sub.gwdg.de/ebook/dissts/Siegen/Leis1998.pdf (consulté le 14 septembre 2025).
11 Willy Meisl, Der Sport am Scheidewege. Mit einem Vorwort von Egon Erwin Kisch und Beiträgen von Frank Thieß, Arnolt Bronnen, Bert Brecht, Heinz Landmann, Carl Diem, Heidelberg, Iris, 1928. Sur Willy Meisl, voir Marcus G. Patka, « Meisl, Willy », dans Ignaz Hermann Körner (dir.), Lexikon jüdischer Sportler in Wien 1900–1938, Vienne, Mandelbaum, 2008, p. 159. Friedrich Torberg lui rend également hommage pour avoir concilié sport et intellect, voir Die Erben der Tante Jolesch, op. cit., p. 497 et suiv.
12 Laure Demougin, Filippos Katsanos et Marie-Ève Thérenty, « Malaise à Olympie : Les Jeux de Berlin dans la presse française en 1936 », Belphégor, no 15-1, 2017, DOI : 10.4000/ belphegor.875.
13 Cette association, à ses yeux fondamentale, se retrouve en régime fictionnel, par exemple dans le roman Hier bin ich, mein Vater, où le narrateur et personnage principal Otto Maier se souvient avoir dans son passé été employé comme journaliste sportif. Voir Friedrich Torberg, Hier bin ich, mein Vater. Roman [1948], Œuvres complètes, Munich-Vienne, Langen Müller, 1962, t. I, p. 268.
14 Friedrich Torberg, « Das Kinnhakenkreuz », Die Wiener Weltbühne, no 15-2, 1933, p. 456-458.
15 Franz Höllering, proche de l’USPD, fut également un temps rédacteur en chef du journal communiste Arbeiter Illustrierte Zeitung (AIZ).
16 Hans Sahl, Alfred Kerr, Joseph Roth ou encore Willy Haas prêtèrent également leur plume au Prager Mittag.
17 « Die internationale Situation », Prager Mittag, 2e année, no 10, samedi 13 janvier 1934 ; « Die deutsche Lüge von innen », Prager Mittag, 2e année, no 16, samedi 20 janvier 1934 ; « Der Paradejud und die anderen », Prager Mittag, 2e année, no 20, jeudi 25 janvier 1934. L’auteur tient ici à exprimer ses sincères remerciements à Steffen Höhne qui lui a facilité l’accès à ces articles. Aucun ne porte la signature de Torberg.
18 Sur la contamination du langage politique par les métaphores sportives, voir Viktor Klemperer, LTI. Notizbuch eines Philologen [1947], Leipzig, Reclam, 1996 (notamment le chap. xxxii, « Boxen »).
19 Même si, il faut le rappeler, le NSDAP resta officiellement interdit en Autriche jusqu’au « Juliabkommen », l’accord conclu le 11 juillet 1936 entre l’Autriche et le Reich allemand.
20 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « das österreichische olympische Komitee [hat] beschlossen, die Einladung des deutschen Organisationsausschusses für die 1936 in Berlin stattfindenden olympischen Spiele anzunehmen. »
21 Ibid. : « Österreich [ist] in der Tat der einzige Staat, der mit Deutschland in offiziellem Unfrieden lebt. Und gerade dieses Österreich hat nichts Eiligeres zu tun, als seine Nennung zu den Olympischen Spielen abzugeben. Was ist da von jenen Staaten zu erwarten, deren Beziehungen zu Deutschland „korrekt“ sind? »
22 La campagne de boycott y fut lancée à l’initiative notamment d’Ernest Lee Jahncke, membre d’origine allemande du CIO pour les États-Unis, qui tenta d’alerter Henri de Baillet-Latour, alors président du CIO depuis 1925.
23 Hans von Tschammer und Osten avait été nommé dans un premier temps commissaire du Reich pour le sport (Reichssportkommissar) le 28 avril 1933, puis Reichssportführer le 19 juillet de la même année.
24 Au moment où il écrit, Torberg ne savait sans doute pas que Tschammer und Osten intriguait dans le but de succéder à Lewald au sein du Comité d’organisation. Lewald se retirera du CIO en 1937.
25 Sur les conséquences de l’entrée du sport dans le cadre étatique et la difficulté de la pratique dans les clubs pour les juifs, voir Hajo Bernett, Der jüdische Sport im nationalsozialistischen Deutschland 1933-1938, Schorndorf, Hofmann, 1971.
26 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « [….] am 30. Dezember 1933 hätte in Pittsburg die entscheidende Sitzung des amerikanischen OK stattfinden sollen, die über den Boykottbeschluss definitiv zu entscheiden gehabt hätte. Von dieser Sitzung ist bis heute keine Nachricht nach Europa gelangt. »
27 Hajo Bernett, Der Weg des Sports in die nationalistische Diktatur. Die Entstehung des Deutschen (Nationalsozialistischen) Reichsbundes für Leibesorganisationen, Schorndorf, Hofmann, 1983.
28 Daphné Bolz, Les arènes totalitaires. Fascisme, nazisme et propagande sportive, Paris, CNRS Éditions, 2008, p. 162.
29 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « Was aus Österreich werden wird, ist noch nicht ganz klar. Aber was in Deutschland immer noch unter der Bezeichnung ‚Sport’ sich abspielt, ist die unfassbarste Parodie des Sportgedankens, die grausamste Verhöhnung des Sportideals seit Hellas und für alle Zeiten. Genau so, wie Deutschland die Parodie eines Staates ist und die Verhöhnung des Menschheitsideals. »
30 En 1960, le CIO a officiellement reconnu le Maccabi comme une « organisation de statut olympique ».
31 « Die internationale Situation », Prager Mittag, art. cité : « Das Internationale Olympische Komitee, dem sie natürlich bekannt sind, hat es nicht einmal für nötig befunden, den deutschen Vertreter deshalb zu interpellieren; es hätte auch wenig Sinn gehabt, die Antwort wäre ja gewiss „zufriedenstellend“ ausgefallen, etwa dass Prenn, Ball und die andern ja von niemandem „gezwungen“ worden seien, Deutschland zu verlassen, und was dergleichen Troglodytenscherze mehr sind. »
32 Ibid. : « Das Anwachsen der Makabi-Bewegung. Es ist tatsächlich enorm, und niemals unter dem Regime der Novemberverbrecher hatten die jüdischen Sportvereine Deutschlands solchen Zustrom „und daher“ solchen Aufschwung zu verzeichnen wie unter Hitler. Oder gibt es - argumentiert Tschammer-Osten - einen sinnfälligeren Beweis für das Prosperieren einer Sportkorporation, als ständigen Mitgliederzuwachs? »
33 Daphné Bolz, Les arènes totalitaires, op. cit., p. 166.
34 Ibid., p. 167.
35 Friedrich Torberg, « Spitz an der Spitze » [1972], dans Wien oder der Unterschied, op. cit., p. 39-41.
36 Ibid., p. 40 et suivantes : « Nicht nur die Schwimmbewerbe, die ganzen olympischen Spiele standen bis zum letzten Tag seines Antretens im Zeichen des Mark Spitz. Er ist kein Bahnbrecher (wie Johnny Weissmüller und Arne Borg vor mehr als vier Jahrzehnten), aber er ist die Vollendung dessen, was man sich heute unter einem Spitzensportler vorstellt, und er wird es noch eine Zeitlang bleiben. Er wird der Jesse Owens dieser Olympiade gewesen sein. Und wenn man die Umstände, unter denen im Deutschland des Jahres 1936 der Neger Jesse Owens zum olympischen Star geworden ist, mit dem schrankenlosen, ungetrübten Jubel vergleicht, der dem Juden Mark Spitz im Deutschland von 1972 die gleiche Starrolle zugewiesen hat, dann möchte man beinahe glauben, daß es in der Welt nun doch um einiges freundlicher zugeht und daß in den Olympischen Spielen von München ein kleiner Widerschein dieser Freundlichkeit zu finden war. »
37 Friedrich Torberg à Johanna Buchberger, lettre du 23 septembre 1972, Wien Bibliothek im Rathaus, Nachlass Torberg, H.I.N. 241753 : « Ich war zur Zeit jenes tragischen Vorfalls noch in München und habe das grauenvolle, nervenzermürbende Auf und Ab der Nacht von Fürstenfeldbruck sozusagen >aus erster Hand< mitgemacht, ohne dass ich darum den Ereignissen selbst auch nur um ein Jota näher gewesen wäre als alle anderen, die sie vor dem Bildschirm erlebt haben. Es ist vollkommen sinnlos, nach >Formulierungen< zu suchen, und ich habe es auch strikt abgelehnt, mich in diesem Zusammenhang öffentlich zu äußern. Außerdem ist da für mich keine wie immer geartete Illusion zusammengebrochen, weil ich mir niemals eine gemacht habe, am allerwenigsten über die >Solidarität< der Sportler. Aber warum soll man gerade von den Sportlern etwas verlangen, wozu weder die Menschen im allgemeinen noch die Gemeinschaft der Völker imstande sind? [...] Ich kann mir allerdings die Frage nicht verkneifen, was geschehen wäre, wenn man statt der elf jüdischen zum Beispiel elf französischen Sportler ermordet hätte. Da wäre Monsieur Pompidou wohl ganz anders dreingefahren und die offiziellen Stellen hätten dann ganz anders reagiert [...] aber solchen Bitterkeiten nachzuhängen hat wenig Sinn. »
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Référence papier
Jacques Lajarrige, « Friedrich Torberg, contempteur des Jeux olympiques de Berlin », Austriaca, 98 | 2024, 153-174.
Référence électronique
Jacques Lajarrige, « Friedrich Torberg, contempteur des Jeux olympiques de Berlin », Austriaca [En ligne], 98 | 2024, mis en ligne le 01 juin 2025, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/austriaca/9336 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16m71
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