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Le paratexte dans les traductions allemandes de La Henriade de Voltaire : une dispersion du savoir épique ?

Lisa Kemper
p. 33-47

Résumés

La Henriade (1728), qui traite des guerres de Religion en France entourant le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), est l’œuvre voltairienne la plus souvent traduite en allemand. Nous en connaissons dix-sept versions, parues entre 1737 et 1948. Ces éditions ne diffèrent pas seulement l’une de l’autre en ce qui concerne les traductions des dix chants, c’est aussi le traitement des paratextes nombreux de Voltaire et l’ajout de nouveaux éléments paratextuels de la part des traducteurs qui paraissent révélateurs. Dans la plupart des éditions, sont uniquement transposés les paratextes transmettant du savoir historique. Cette étude de cas, qui s’inscrit dans le domaine du transfert culturel franco-allemand et s’appuie sur la théorie de Gérard Genette, se propose par conséquent d’analyser les formes de sélection et de dispersion du savoir.

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Notes de la rédaction

Nous remercions la traductrice Valentine Meunier pour ses relectures.

Texte intégral

  • 1 Cf. Daniele Maira et Jean-Marie Roulin, « Introduction », La Henriade de Voltaire : poésie, mémoire (...)

1La Henriade est une épopée de Voltaire qui porte sur les guerres de Religion en France, dont le paroxysme est atteint lors de la nuit de la Saint-Barthélemy en 1572, au cours de laquelle des milliers de huguenots perdent la vie. Le personnage historique auquel Voltaire consacre son poème épique est Henri de Bourbon, roi de Navarre et futur Henri IV. Celui-ci fait passer l’État avant le dogme religieux et réconcilie les catholiques avec les protestants. Voltaire n’obtient pas le privilège royal pour son poème épique, son œuvre étant considérée comme trop anticatholique. Il le fait par conséquent paraître en 1723 dans une édition clandestine (sous le titre La Ligue ou Henri le Grand) et en neuf chants. Il continue à remanier son texte et le présente à Londres à un libraire qui la publie en 1728 sous le titre La Henriade, cette fois en dix chants. Les transformations textuelles de l’épopée voltairienne vont bien au-delà du changement de titre et de l’ajout d’un chant. Du vivant de Voltaire, une soixantaine d’éditions francophones de son épopée sont publiées. L’ouvrage évolue constamment et s’enrichit progressivement de plusieurs éléments textuels, que l’on peut interpréter comme des paratextes, au sens de Gérard Genette. Il s’agit de plusieurs préfaces, de nombreuses notes et de textes d’escorte que Voltaire a envisagés comme introduction à son œuvre1.

  • 2 Cf. Roman Kuhn, « Epische Fußnoten. Gelehrsamkeit und Gelehrsamkeitssatire in Voltaires Anmerkungen (...)
  • 3 Cf. Nikola von Merveldt, « Textmobilisierung. Überlegungen zur Transferleistung von Paratexten am B (...)

2Ce type d’écrits montre que Voltaire se préoccupe de la genèse du savoir dans La Henriade. Selon Roman Kuhn, la production de savoirs en France, notamment au XVIIIe siècle, est liée au genre épique. Les formes narratives épiques longues, en particulier, pourraient être considérées comme des mémoires de savoirs. Dans ce contexte, on observe une forte référence au passé : dans La Henriade, Voltaire aborde des événements historiques d’un siècle antérieur et les immortalise dans son œuvre littéraire2. Il ne s’y emploie toutefois pas seulement dans les dix chants écrits en alexandrins, mais aussi dans les nombreux paratextes en prose sur lesquels nous nous concentrerons ici. Dans ce qui suit, nous ne chercherons pas à déterminer dans quelle mesure les éditions françaises de La Henriade véhiculent du savoir. Nous nous attacherons aux transferts culturels et nous demanderons si et comment certaines connaissances mises en avant dans l’épopée voltairienne sont traduites ou transmises dans l’espace germanophone. Nous nous focaliserons sur les paratextes qui, selon Nikola von Merveldt, jouent un rôle crucial dans le cadre des transferts culturels et littéraires. Elle soutient qu’ils agissent en tant que médiateurs et peuvent influencer les attitudes et les attentes du lectorat. Du point de vue de la culture de départ, le paratexte peut mener à une perte de contrôle auctorial et éditorial. Du point de vue de la culture cible, en revanche, les paratextes offrent la possibilité d’orienter le transfert littéraire et d’adapter l’œuvre à son nouveau contexte de réception3.

La réception germanophone de La Henriade4

  • 4 Nous préparons actuellement une thèse de doctorat sur ce sujet : « Die deutschen Henriaden : Überse (...)
  • 5 Cf. Hermann August Korff, Voltaire im literarischen Deutschland des XVIII. Jahrhunderts. Ein Beitra (...)
  • 6 Cf. Walter Kuhfuß, Eine Kulturgeschichte des Französischunterrichts in der frühen Neuzeit, Französi (...)
  • 7 Cf. Johann Georg Rehr, Verzeichniß aller Schüler, welche in der Studienanstalt zu Windsheim in dem (...)

3La réception germanophone de La Henriade, qui prend des formes variées, est principalement favorisée par l’intérêt du roi Frédéric II de Prusse et de l’écrivain Johann Christoph Gottsched. Selon Korff, il existe, par exemple, plusieurs épopées allemandes qui représentent une imitation de La Henriade5. En outre, elle fait son entrée dans l’enseignement en Prusse, ainsi que l’a montré tout d’abord Walter Kuhfuß, d’après qui La Henriade est l’une des œuvres les plus étudiées dans les classes de terminale et dans l’enseignement supérieur prussien autour de 18006. L’usage scolaire de La Henriade est étroitement lié à la forme de réception germanophone la plus importante pour notre étude, c’est-à-dire aux traductions allemandes. En témoigne Georg Wilhelm Daumenlang, qui enseigne la religion et le français à Windsheim (Bavière). Son recteur explique comment Daumenlang combine ses matières en enseignant à ses élèves la langue française et l’histoire de la religion à l’aide de La Henriade. Pour cela, il se sert des traductions allemandes du poème épique. Malheureusement, nous ignorons quelles éditions il a utilisées à cet effet7.

4Actuellement, nous connaissons dix-sept traductions, publiées entre 1737 et 1948. Ce nombre excède celui des traductions en allemand d’autres œuvres voltairiennes, de même que le volume de traductions de La Henriade dans d’autres langues. Le corpus se distingue par sa grande diversité, ainsi que le montrent les tableaux suivants :

Traductions partielles

Édition

Chants traduits

Mètre

Traducteur

Hdt 1737 – Nuremberg

I, v. 1-76

Alexandrins

Julius Friedrich Scharffenstein

Hdt 1761 – Mannheim

I à V

Trochées

Johann Christoph Schwarz

Hdt 1766 – Magdebourg

I à V

Trochées

Elias Caspar Reichard

Hdt 1775 – Moscou

I-II

Hexamètres

Iwan I. Melissino

Hdt 1788 – Lemgo

I

Alexandrins

Ernst Lorenz Michael Rathlef

Hdt 1807 – Saint-Pétersbourg

I, v. 157-170

I, v. 171-218

I, v. 157-293

Alexandrins

Alexandrins mélangés à des anapestes

Hexamètres

Ludwig Purgold

Manuscrit

s.d., s.l.

I, v. 1-194

Alexandrins, vers libres

Ferdinand Freiligrath

(H : La Henriade ; dt : deutsch)

Traductions intégrales

Édition

Mètre

Traducteur

Hdt 1751 – Dresde

Alexandrins

Friedrich Heinrich von Schönberg

Hdt 1782/1783 – Vienne

Deux rééditions : Hdt 1796 – Mannheim ; Hdt 1810 – Vienne

Hexamètres

Franz Anton Schrämbl

Hdt 1817 – Francfort-sur-le-Main

Hexamètres

Karl Kleinschmidt

Hdt 1821 – Graz

Hexamètres

Josef Hoffbauer

Hdt 1824 – Berlin

Alexandrins

Franz Hermes

Hdt 1828 – Leipzig

Deux rééditions : Hdt 1833 – Leipzig ; Hdt 1840 – Leipzig

Alexandrins, vers libres

Friedrich Ferdinand Hempel (pseud. Peregrinus Syntax)

Hdt 1843 – Leipzig

Alexandrins

Friedrich Schröder

Hdt 1845 – Hanovre

Pentamètres ; chants découpés en huitains

F. S…..e

Hdt 1875 – Leipzig

Alexandrins

Philipp Ludwig Krafft

Hdt 1948 – Pékin

Alexandrins, vers libres

Vincenz Hundhausen

  • 8 Voir Daniele Maira et Lisa Kemper, « Traductions allemandes et survivances germaniques de La Henria (...)

Tableau 1 : Traductions en allemand de La Henriade, version révisée et augmentée8

  • 9 Voir Lisa Kemper, « Analyser les Henriades allemandes à l’aide de Berman », Essays in French Litera (...)
  • 10 Voir Daniele Maira et Lisa Kemper, « Les traductions en allemand de La Henriade », in Daniele Maira (...)

5Cette diversité peut être considérée comme une forme de dispersion, car l’unité d’un ensemble – c’est-à-dire de l’épopée voltairienne – est rompue et ses éléments sont parfois séparés. Les traductions s’écartent de l’original à plusieurs égards ; de plus, elles présentent aussi des différences notables entre elles. Ce phénomène s’observe à plusieurs niveaux. Premièrement, on relève une dispersion géographique : les éditions sont publiées un peu partout dans l’espace germanophone, mais aussi ailleurs. Deuxièmement, on note une dispersion du contenu, au sens où les choix linguistiques et sémantiques, par conséquent également l’interprétation de certains événements décrits dans le poème épique, varient9. Troisièmement, les traducteurs optent pour des solutions métriques différentes. En règle générale, ils choisissent entre l’alexandrin, que Voltaire a privilégié pour son épopée, et l’hexamètre, très répandu en Allemagne à l’époque considérée. À notre connaissance, les traducteurs sont tous des hommes et, dans la plupart des cas, des érudits relativement peu connus10. Au moins six d’entre eux enseignent, ce qui confirme le lien entre les traductions et l’usage scolaire de La Henriade en Allemagne. Enfin, la dispersion touche aussi à la présentation textuelle. Nous connaissons ainsi sept traductions partielles et dix qui ont transposé la totalité des dix chants.

Le paratexte

  • 11 Cf. Gérard Genette, Seuils, Paris, Seuil, 1987, p. 10 sq.

6La dispersion textuelle ne s’arrête d’ailleurs pas là. La manière dont les traducteurs traitent les paratextes voltairiens varie aussi fortement et sera examinée dans ce qui suit. Ici, nous nous concentrerons sur le péritexte – notamment sur les titres, les préfaces, les dédicaces et les notes qui entourent le texte dans l’espace du même volume. En revanche, nous n’aborderons pas l’épitexte qui, au moins à l’origine, ne fait pas partie du livre11.

  • 12 Ibid., p. 7 sq.
  • 13 Cf. Kathryn Batchelor, Translation and Paratexts, London/New York, Routledge, 2018, p. 30 sq.

7Selon Gérard Genette, le péritexte est « ce par quoi un texte se fait livre et se propose comme tel à ses lecteurs, et plus généralement au public. Plus que d’une limite ou d’une frontière étanche il s’agit ici d’un seuil, ou […] d’un “vestibule” qui offre à tout un chacun la possibilité d’entrer, ou de rebrousser chemin »12. Rappelons que nous n’aborderons pas les éditions francophones de La Henriade pour nous concentrer sur les traductions allemandes de l’épopée, qui s’inscrivent dans un autre contexte et qui visent un nouveau lectorat. Il en résulte qu’on ne saurait se contenter d’analyser le péritexte de Voltaire et la manière dont il est transmis dans l’espace germanophone ; il nous faut également prendre en compte les péritextes rédigés par les traducteurs afin d’offrir un seuil au nouveau public. Nous nous trouvons par conséquent face à la coexistence du péritexte de l’auteur, appelé péritexte traduit, et du péritexte traductif qui est ajouté par le traducteur13. Cela nous amène à plusieurs questions : le traducteur ferme-t-il la porte qui permet au lectorat d’appréhender les chants de La Henriade s’il traduit, modifie, raccourcit ou même supprime entièrement le péritexte ? Ou se peut-il qu’en adaptant le (péri-)texte au public cible ou en l’accompagnant de son propre péritexte traductif, le traducteur élabore un nouveau seuil guidant le lectorat vers l’œuvre littéraire ?

  • 14 Cf. Hans-Jürgen Lüsebrink, « ‘Bestseller-Transferʼ – Struktur und Rezeption der Übersetzungen Volta (...)

8Si l’on considère les traductions en allemand de La Henriade, on remarque qu’aucune des dix-sept éditions ne reprend l’ensemble des péritextes de Voltaire. Ce sont en premier lieu les nombreuses préfaces françaises qui ont été supprimées sans exception. Une explication pourrait être qu’elles ont été perçues comme peu adaptées au lectorat allemand et que la majorité des traducteurs a préféré rédiger ses propres préfaces. Selon Hans-Jürgen Lüsebrink, les transformations dans le cadre des traductions sont tout à fait courantes : dans sa Bibliothèque culturelle franco-allemande, il en arrive à la conclusion que, dans son corpus, 23 % des traductions de Voltaire parues au XVIIIe siècle présentent des modifications significatives, soit dans le texte traduit lui-même, soit par l’ajout de préfaces ou de notes14.

La poésie négligée

  • 15 Cf. Christophe Martin, « Une place vide dans le Parnasse français. L’Essai sur la poésie épique, (...)

9Notre premier exemple de transformation est l’Essai sur la poésie épique de Voltaire. Ce texte est publié en 1727 en anglais, indépendamment de La Henriade. En 1732, il est traduit en français et est intégré à toutes les éditions suivantes de l’épopée. L’Essai devient ainsi un péritexte, qui constitue pour son auteur une introduction à La Henriade. Dans l’Essai, Voltaire esquisse sa conception spécifique du poème épique. Il explique les divergences entre les épopées en différentes langues et les met en relation non seulement avec les conditions culturelles de leur parution, mais surtout avec les goûts littéraires des différentes nations. Ce faisant, il soumet les épopées antérieures à une comparaison avec La Henriade. Il importe grandement à Voltaire de devenir le seul auteur français capable d’offrir à sa nation un poème épique moderne, à même de rivaliser avec les épopées analysées dans son Essai, et donc de se hisser sur la cime du Parnasse15.

  • 16 La Henriade: Versuch über die epische Dichtkunst und epischen Gedichte aller Nationen. Aus dem Fran (...)

10Malgré l’importance que Voltaire attribue à l’Essai, il ne se retrouve dans aucune des éditions allemandes analysées ici. Nous ne connaissons qu’une traduction en allemand, qui est publiée en 1765, indépendamment de La Henriade. Le péritexte s’est donc éloigné ou émancipé de son texte. Le traducteur anonyme explique qu’il souhaite écrire lui-même une épopée à partir de laquelle il veut essayer les règles poétiques de Voltaire16. Il semble d’ailleurs que ce poème épique n’ait jamais été publié. L’un des traducteurs du XIXe siècle pense avoir trouvé une explication à la suppression de l’Essai. Dans la préface à sa traduction (1843), il explique :

  • 17 Voltaire, La Henriade, Trad. Friedrich Schröder, Leipzig, Brockhaus, 1843, p. VIII (de la préface). (...)

« Von den auch in den Stereotypenausgaben befindlichen prosaischen Zugaben des Verfassers derselben, ist die Abhandlung über die epische Poësie, weil sie für unsere Zeit und namentlich für uns Deutsche zu wenig Interesse hat, weggeblieben, dagegen das zur Henriade selbst gehörige geschichtliche Material und die Exposition derselben, als zur Sache nothwendig, auch der deutschen Uebersetzung beigefügt »17.

11Friedrich Schröder commente ici le traitement des péritextes de Voltaire dans son péritexte traductif. Il montre qu’un texte ne doit pas seulement être ‘traduit’ au niveau linguistique, mais qu’il est aussi nécessaire de l’adapter aux conditions de l’époque et de la culture. En raison de sa référence spécifique au public français, l’Essai sur la poésie épique n’intéresse évidemment pas le lectorat allemand. Le ‘matériau historique’ auquel il se réfère, en revanche, se trouve effectivement dans plusieurs éditions de notre corpus.

L’histoire mise en avant

12Quatre traités voltairiens entrent dans la catégorie du ‘matériau historique’. Le texte le plus long est l’Essai sur les guerres civiles. Tout comme l’Essai sur la poésie épique, il est d’abord publié en anglais et doit faire office de préface historique pour le lectorat anglophone initialement visé. Voltaire pose des bornes chronologiques allant du règne de François II à la conversion d’Henri de Navarre et à son entrée à Paris. Il décrit les principaux faits historiques ainsi que les acteurs qui y sont liés. On trouve une version allemande de l’Essai dans trois éditions du XIXe siècle (Syntax, Schröder, F. S…..e).

  • 18 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 339.

13Il est également important de mentionner l’Histoire abrégée des événements sur lesquels est fondée la fable de La Henriade, qui est traduite quatre fois dans notre corpus (Hermes, Syntax, Schröder, F. S…..e). Ce texte est une version raccourcie de l’Essai, comme l’indique le titre. L’Idée de La Henriade – autre texte qui entre dans cette catégorie –, traduite par trois acteurs (Syntax, Schröder, F. S…..e). Il s’agit d’un texte bref dans lequel Voltaire explique le rapport entre les dix chants de la Henriade, qui s’inscrivent dans un genre narratif, et le péritexte, qui constitue un document historique se rapportant aux événements traités dans l’épopée. Voltaire explique à ce propos : « Le poème est fondé sur une histoire connue, dont on a conservé la vérité dans les événements principaux. Les autres, moins respectables, ont été ou retranchés, ou arrachés suivant la vraisemblance qu’exige un poème »18.

  • 19 Cf. Myrtille Méricam-Bourdet, « L’Histoire au prisme de la fiction dans La Henriade », in Daniele M (...)

14Pour Myrtille Méricam-Bourdet, Voltaire souhaite éviter par cette déclaration une lecture exclusivement historique de son épopée. La Henriade oscillerait constamment entre la prétendue vérité (historique) et la vraisemblance. L’ordre de certains événements rapportés par Voltaire ne correspond pas à l’ordre historique. Ainsi le voyage en Angleterre d’Henri IV est totalement fictif, mais plausible à bien des égards, et nécessaire d’un point de vue narratif19. L’Idée de La Henriade est donc indispensable pour comprendre le rapport entre l’histoire et la fiction. L’absence de ce texte dans la majorité des traductions allemandes pourrait favoriser une lecture non désirée par Voltaire, c’est-à-dire une lecture trop historique et non épique.

Lessing et le paratexte de La Henriade

15On peut d’emblée retenir que le concept épique de Voltaire, décrit notamment dans son Essai sur la poésie épique, n’a pratiquement joué aucun rôle dans l’espace germanophone. Le contexte historique des guerres de Religion en France semble avoir éveillé, au moins partiellement, l’intérêt du lectorat allemand. Il faut cependant ajouter qu’il existe un quatrième texte historique qui, à partir de 1748, devient un élément péritextuel de la Henriade et n’est pris en compte dans aucune des dix-sept traductions. Il s’agit du court essai intitulé La Dissertation sur la mort de Henri IV. Comme cette dissertation parle du décès d’une personnalité française, les traducteurs ont probablement supposé qu’elle n’était pas assez intéressante pour un public germanophone.

  • 20 Les petits écrits historiques du Monsieur de Voltaire, traduits du français [ma traduction].
  • 21 Cf. Bruno A. Wagner, « Lessing als Voltaire-Übersetzer [Mit Wiederabdr. der Lessingschen „Vorrede d (...)
  • 22 Cf. Wolfgang Adam, « La relation de Lessing à Voltaire dans la perspective du gallotropisme », Revu (...)
  • 23 Cf. Hermann August Korff, Voltaire im literarischen Deutschland des XVIII. Jahrhunderts. Ein Beitra (...)

16Il existe d’ailleurs une traduction publiée indépendamment de La Henriade, comme c’est aussi le cas pour l’Essai sur la poésie épique. En 1752, sort Des Herrn von Voltaire kleinere Historische Schriften, aus dem Französischen übersetzt20. Elle comprend les traductions de quinze traités de Voltaire et de Frédéric II de Prusse, dont deux textes, qui sont considérés comme des péritextes de La Henriade dès 1730 et à partir de 1748. Il s’agit de L’Histoire abrégée et de la seule traduction connue de La Dissertation sur la mort de Henri IV. Publiées anonymement dans un premier temps, ces traductions ont pu être attribuées a posteriori au célèbre poète allemand Gotthold Ephraim Lessing. Pendant longtemps, l’œuvre n’est pas prise en compte, le poète ayant refusé d’en faire officiellement état par égard pour son père, très critique envers Voltaire21. Lessing et le philosophe français ont toujours entretenu une relation ambivalente. Une querelle à propos d’un ouvrage historique de Voltaire, aujourd’hui largement reprise par les chercheurs, s’élève ainsi entre eux. Lessing traduit Le siècle de Louis XIV (1751) à partir d’un manuscrit inachevé qu’il a reçu par l’intermédiaire du secrétaire de Voltaire – sans l’accord de l’auteur22. En outre, Lessing a rédigé une épitaphe dans laquelle il défend qu’il faut pardonner à Voltaire ses tragédies ainsi que La Henriade23.

  • 24 « du commun des historiens » [ma traduction]. Des Herrn von Voltaire kleinere Historische Schriften (...)

17Lessing fournit néanmoins des traductions de deux textes d’escorte de La Henriade et donne à ces deux traités un statut quasiment indépendant du poème épique. Comme il n’apprécie évidemment pas l’épopée en elle-même, c’est-à-dire les dix chants, contrairement à ses péritextes historiques, il semble avoir séparé ou dispersé les deux niveaux de texte et n’en retient que ce qui paraît lui convenir. Dans la préface, l’écrivain allemand souligne que Voltaire a toujours cherché à s’éloigner du « gemeinen Haufen der Geschichtsschreiber »24, ce qui montre à quel point la lecture d’un texte littéraire peut varier selon le contexte de sa réception. Lessing range ici Voltaire du côté des historiens, bien que le texte en question appartienne à une épopée.

Les annotations : entre sélection et augmentation

  • 25 Nicholas Cronk et Christiane Mervaud, « Stratégies de la note dans l’œuvre voltairienne », in Nicho (...)
  • 26 Cf. Daniele Maira, « Herméneutique de la note d’histoire dans La Henriade », in Daniele Maira et Je (...)
  • 27 Cf. Daniele Maira, « Voltaire éditeur de La Henriade », in Dominique Brancher, Gaëlle Burg et Giova (...)

18Considérons enfin l’élément péritextuel des annotations – sous forme de notes de bas de page ou de notes de fin – pour lequel Voltaire a une prédilection particulière. L’appareil critique de La Henriade, en constante évolution du vivant de Voltaire, tant au niveau du contenu que de la typographie, comprend jusqu’à soixante-dix pages dans certaines éditions. C’est la raison pour laquelle Nicholas Cronk et Christiane Mervaud décrivent le Français comme un « annotateur particulièrement prolifique »25. Pour sa part, Daniele Maira explique que les annotations de Voltaire peuvent remplir les fonctions suivantes : explicatives et historiques (analyse du rapport à la vérité historique), philosophiques et polémiques (combat contre l’intolérance et le fanatisme), esthétiques ou intertextuelles (identification des sources historiques) et linguistiques (remarques étymologiques, stylistiques ou esthétiques)26. Dans l’édition de La Henriade parue en 1741, un autre niveau d’annotations se déploie : les notes et variantes allographes de l’éditeur Nicolas Lenglet Du Fresnoy. Grâce à ce dernier, La Henriade devient un texte unique dans l’histoire de la littérature française, car elle est la première œuvre francophone à être dotée d’un appareil critique indépendant du vivant de l’auteur27. Les versions de Lenglet ne figurent toutefois dans aucune des traductions allemandes, pas même dans celles qui s’appuient sur une édition française reprenant ces variantes. Seules les notes de Voltaire sont transférées, peut-être pour ne pas perturber le lecteur avec un volume de texte trop important.

19Onze des dix-sept traductions contiennent des notes. Toutefois, six acteurs ne prêtent pas attention à cet élément péritextuel (Rathlef, Purgold, Hoffbauer, Krafft, Hundhausen, Freiligrath). Il s’agit en grande partie des traductions des XIXe et XXe siècles et des traductions partielles. En outre, ces mêmes éditions ignorent également les autres péritextes de Voltaire. Par ailleurs, les onze traductions dotées d’annotations révèlent de grandes différences. Certains traducteurs s’inspirent majoritairement des notes de Voltaire. D’autres, en revanche, raccourcissent ou retranchent certaines annotations et ajoutent d’autres explications. En accord avec les résultats précédents, les notes contenant des informations historiques sont conservées et les explications épiques ou poétiques disparaissent souvent.

  • 28 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 228.
  • 29 Ibid., p. 174. L’italique est de Voltaire.
  • 30 Cf. Daniele Maira, « Herméneutique de la note d’histoire dans La Henriade », loc. cit., p. 93.

20Au chant VI, Voltaire explique dans une annotation qu’un poème épique exige d’accorder davantage d’attention à l’« ordonnance du dessein » qu’à la « chronologie » (chant VI, v. 12)28. Comme dans l’Idée de La Henriade, il considère ici le rapport entre la vérité historique et la conception littéraire et esthétique de son texte. Tous les traducteurs suppriment cette remarque. La note dans le chant III est particulièrement intéressante en ce qui concerne le langage approprié au genre de l’épopée : « On reprit l’auteur d’avoir mis le mot de prêche dans un poëme épique. Il répondit que tout peut y entrer, & que l’épithète de criminels relève l’expression de prêche » (chant III, v. 129)29. On voit ici une posture défensive. Voltaire anticipe certainement les remarques critiques de ses adversaires en attirant lui-même l’attention sur ce détail30. Seuls deux traducteurs du XIXe siècle conservent cette note (Syntax et Schröder).

  • 31 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 179.
  • 32 Voir Voltaire, La Henriade, Trad. Johann Christoph Schwarz, Mannheim, Churfürstliche Hof=Buchdrucke (...)

21Délaissant les notes contenant les aspects poétiques et linguistiques, beaucoup de traducteurs ajoutent des informations, en particulier à caractère historique. Elias Caspar Reichard, par exemple, qui publie en 1766 une version révisée de la traduction de Johann Christoph Schwarz datant de 1761, semble n’être satisfait ni de l’appareil critique de son prédécesseur, ni de celui de Voltaire, et insère plusieurs addenda. Au chant III, par exemple, Voltaire dépeint un personnage historique comme suit : « Le Duc de Guise, à cette journée des Barricades, se contenta de renvoyer à Henri III ses Gardes, après les avoir désarmés »31. On trouve une version allemande de ce texte chez Schwarz32 et Reichard. Ce dernier ajoute toutefois que :

  • 33 « Le jour des barricades, c’est-à-dire de l’enfermement ou de la fermeture, tire son nom du fait qu (...)

« Der Tag der Barricaden, das ist, der Einschliessung oder Versperrung, hat seinen Namen daher, weil an demselben die Leibwache des Königs eingeschlossen und entwaffnet, auch der Monarch genöthiget wurde, aus seiner Hauptstadt und Residenz zu flüchten »33.

  • 34 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 212.

22On observe ici un assemblage du savoir de Voltaire et de celui du traducteur. Une autre note fait l’objet d’un traitement similaire. Voltaire écrit : « Pays des Ammonites, qui jettaient leurs enfans dans les flammes au son des tambours & des trompettes, en l’honneur de la Divinité, qu’ils adoraient sous le nom de Moloc »34. Et le traducteur de compléter :

  • 35 « Pour amender cette remarque, je dois ajouter que ce n’est pas la Rabba ou Rabbath des Ammonites, (...)

« Zur Berichtigung dieser Anmerkung muß ich hinzusetzen, daß nicht sowol das Rabba oder Rabbath der Ammoniter, als vielmehr die Hauptstadt der Moabiter, gleiches Namens, sonst aber auch Ur genannt, an dem Flusse Arnon gelegen habe […] »35.

23On peut supposer que Reichard, qui est professeur de langues à Magdebourg, précise ici ce qu’il juge nécessaire à la compréhension du lectorat cible, probablement un public jeune apprenant le français. Dans le premier exemple, il se contente de replacer le terme « barricade » dans son contexte historique, car il n’est pas forcément familier au lectorat allemand. Dans le second exemple, il endosse le rôle du critique explicite de Voltaire. La note du traducteur a évidemment la fonction d’un commentaire visant à rectifier le savoir historique transmis et à en donner une version améliorée.

  • 36 Voltaire, La Henriade, Trad. Franz Anton Schrämbl, Wien, Verlag der Schrämblischen Buchdruckerey, 1 (...)

24Les cas similaires, dans lesquels des informations notamment historiques sont augmentées, approfondies ou même corrigées, ne sont pas rares – y compris dans d’autres éditions – mais ne peuvent pas tous être abordés dans les pages imparties ici. Pour cette raison, nous nous contenterons ici de donner la parole à deux traducteurs, qui fournissent des explications sur ce sujet dans leur péritexte traductif. Franz Anton Schrämbl, dont l’édition est publiée en 1782, 1796 et 1810, souligne dans une note qu’il ne faut pas faire confiance à Voltaire dès qu’il s’agit d’histoire et qu’il est par conséquent parfois nécessaire de le corriger36. On ne devrait cependant pas oublier que l’auteur de La Henriade lui-même n’a jamais prétendu rendre compte avec une exactitude scientifique de tous les faits des guerres de Religion dans son épopée.

25Enfin, la préface d’une traduction parue en 1817 à Francfort-sur-le-Main prévient le lectorat :

  • 37 « Les notes de l’édition parisienne n’ont pas paru suffisantes pour expliquer les chants, ni assez (...)

« Die Anmerkungen der Pariser Ausgabe schienen zur Erläuterung der Gesänge nicht hinreichend, auch nicht unpartheilich und gründlich genug für ein deutsches Publikum; sie wurden daher nach eigener Ansicht theils vermehrt theils umgearbeitet » 37.

  • 38 La Henriade de Voltaire. En hexamètres allemands et avec des notes historiques [ma traduction].

26Même si le traducteur ne précise pas l’édition parisienne à laquelle il se réfère, il indique que le transfert d’une œuvre littéraire et sa réception réussie dans la culture cible requièrent des modifications. Il nous renseigne sur leur nature dès le titre de l’ouvrage : Die Henriade von Voltaire. In deutschen Hexametern mit geschichtlichen Anmerkungen38.

Conclusion

27Les traductions allemandes de La Henriade sont dispersées à maints égards. Au sens géographique, puisque les différents traducteurs s’y attellent non seulement dans l’espace germanophone, mais également en Chine ou en Russie. Dans un sens plus métaphorique, puisque ses parties (péri-)textuelles sont séparées les unes des autres et réapparaissent dans des contextes différents, parfois même détachées du texte principal, ainsi que le montre Lessing. Ce constat ne signifie d’ailleurs pas forcément que les traducteurs ferment la porte menant le lectorat allemand à La Henriade. Même une transmission sélective – c’est-à-dire sans certains éléments comme L’Essai sur la poésie épique, qui témoigne d’une référence spécifique au public français et n’est donc pas jugé assez intéressant pour le nouveau lectorat – peut être comprise comme un effort de construction. L’accent n’est plus mis sur le concept épique, mais sur une transposition intelligible de l’événement historique à la base de l’épopée.

  • 39 Ce terme est emprunté à F. S…..e qui, dans la préface, désigne sa traduction comme une « deutsche H (...)

28Les éléments (péri-)textuels transmis dans l’espace germanophone sont en quelque sorte recomposés. En premier lieu, les notes de bas de page sont souvent enrichies d’explications supplémentaires. Les traducteurs élaborent sans doute un nouveau seuil qui conduit le lectorat germanophone au texte. Ce public a certainement besoin de plus d’informations historiques pour comprendre l’épopée voltairienne que le lectorat français, qui connaît probablement mieux les événements relatifs aux guerres de Religion. Souvent, les explications de Voltaire et des traducteurs se rejoignent. Sans collationner les différentes traductions et les éditions françaises de La Henriade, il est impossible, dans la plupart des cas, de distinguer les différents niveaux de texte. Il semble souvent en résulter un texte quasiment nouveau, mais aussi la coexistence de dix-sept ‘Henriades allemandes’39 différentes. Cette analyse de La Henriade et de sa réception montre à quel point un texte et le savoir qu’il contient est instable et requiert toujours d’être reformulé et adapté au contexte comme aux besoins du public cible.

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Bibliographie

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Notes

1 Cf. Daniele Maira et Jean-Marie Roulin, « Introduction », La Henriade de Voltaire : poésie, mémoire, histoire, Paris, Champion, 2019, p. 12.

2 Cf. Roman Kuhn, « Epische Fußnoten. Gelehrsamkeit und Gelehrsamkeitssatire in Voltaires Anmerkungen zur Henriade und zur Pucelle », p. 56 sq.

3 Cf. Nikola von Merveldt, « Textmobilisierung. Überlegungen zur Transferleistung von Paratexten am Beispiel von Joachim Heinrich Campe », p. 113 sq.

4 Nous préparons actuellement une thèse de doctorat sur ce sujet : « Die deutschen Henriaden : Übersetzungen und didaktische Verwendungen des voltaire’schen Epos (18.-20. Jhd.) » (Göttingen, sous la direction de Daniele Maira et Ruth Florack).

5 Cf. Hermann August Korff, Voltaire im literarischen Deutschland des XVIII. Jahrhunderts. Ein Beitrag zur Geschichte des deutschen Geistes von Gottsched bis Goethe, p. 44 sq. Il cite les œuvres suivantes à titre d’exemple : Johann Ulrich von König, August im Lager, Helden-Gedicht, Dresden, Harpeter, 1731 ; Franz-Christoph Scheyb, Theresiade. Ein Ehren-Gedicht, Wien, Jahn, 1746 ; Johann Heinrich Schlegel, Heinrich der Löwe. Ein Heldengedicht, Kopenhagen und Leipzig, Rummische Buchhandlung, 1766 ; Friedrich Wilhelm Zachariä, Cortes, Braunschweig, Waisenhaus-Buchhandlung, 1766.

6 Cf. Walter Kuhfuß, Eine Kulturgeschichte des Französischunterrichts in der frühen Neuzeit, Französischlernen am Fürstenhof, auf dem Marktplatz und in der Schule in Deutschland, Göttingen, V & R Unipress, 2014, p. 572 sq.

7 Cf. Johann Georg Rehr, Verzeichniß aller Schüler, welche in der Studienanstalt zu Windsheim in dem verfloßnen Studienjahre Unterricht und zum Theil Preise erhalten haben, Nürnberg, Johann Georg Wilbradt, 1813, p. 222.

8 Voir Daniele Maira et Lisa Kemper, « Traductions allemandes et survivances germaniques de La Henriade », Revue Voltaire, 19, 2019, p. 65.

9 Voir Lisa Kemper, « Analyser les Henriades allemandes à l’aide de Berman », Essays in French Literature and Culture. Retranslation Revisited, 59, 2022, pp. 41-57.

10 Voir Daniele Maira et Lisa Kemper, « Les traductions en allemand de La Henriade », in Daniele Maira et Jean-Marie Roulin (éds.), La Henriade de Voltaire, op. cit., p. 267 sq.

11 Cf. Gérard Genette, Seuils, Paris, Seuil, 1987, p. 10 sq.

12 Ibid., p. 7 sq.

13 Cf. Kathryn Batchelor, Translation and Paratexts, London/New York, Routledge, 2018, p. 30 sq.

14 Cf. Hans-Jürgen Lüsebrink, « ‘Bestseller-Transferʼ – Struktur und Rezeption der Übersetzungen Voltaires und Raynals im deutschen Sprach-und Kulturraum des 18. Jahrhunderts », in Hans-Jürgen Lüsebrink et Rolf Reichardt (éds.), Kulturtransfer im Epochenumbruch. Frankreich – Deutschland 1770 bis 1815, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 1997, p. 738.

15 Cf. Christophe Martin, « Une place vide dans le Parnasse français. L’Essai sur la poésie épique, apologie de La Henriade” », in Daniele Maira et Jean-Marie Roulin (éds.), La Henriade de Voltaire, op. cit., p. 25 sq., p. 34 sq. Voir aussi : Siegbert Himmelsbach, L’Épopée ou la « case vide », La réflexion poétologique sur l’épopée nationale en France, Tübingen, Niemeyer, 1988 ; Klára Csurös, Variétés et vicissitudes du genre épique de Ronsard à Voltaire, Paris, Honoré Champion, 1999.

16 La Henriade: Versuch über die epische Dichtkunst und epischen Gedichte aller Nationen. Aus dem Französischen des Herrn von Voltaire übersetzt von dem Verfasser der Lieder auf die Siege von Krezors, Hochkirch und Maxen, p. 1.

17 Voltaire, La Henriade, Trad. Friedrich Schröder, Leipzig, Brockhaus, 1843, p. VIII (de la préface). « Parmi les suppléments prosaïques de l’auteur, qui se trouvent aussi dans les éditions stéréotypes, l’Essai sur la poésie épique a été supprimé, parce qu’il présente trop peu d’intérêt pour notre époque, notamment pour les Allemands ; en revanche, le matériau historique appartenant à la Henriade elle-même et l’exposition de celle-ci ont été ajoutés à la traduction allemande, parce que cela était nécessaire pour le sujet » [ma traduction].

18 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 339.

19 Cf. Myrtille Méricam-Bourdet, « L’Histoire au prisme de la fiction dans La Henriade », in Daniele Maira et Jean-Marie Roulin (éds.), La Henriade de Voltaire, op. cit., p. 80.

20 Les petits écrits historiques du Monsieur de Voltaire, traduits du français [ma traduction].

21 Cf. Bruno A. Wagner, « Lessing als Voltaire-Übersetzer [Mit Wiederabdr. der Lessingschen „Vorrede des Übersetzers“ zu Voltaires Kleineren Historischen Schriften, Rostock 1752] », Vossische Zeitung, Berlin, 1879, Sonntags-Beilage, n° 26, 29. Juni, col. 1.

22 Cf. Wolfgang Adam, « La relation de Lessing à Voltaire dans la perspective du gallotropisme », Revue Voltaire, 20, 2021, p. 137 sq. ; voir aussi Ute van Runset, « Lessing und Voltaire, ein Mißverständnis? Untersuchung eines Einflusses und seiner deutsch-französischen Rezeption », in Wilfried Barner et Albert M. Reh (eds.), Nation und Gelehrtenrepublik. Lessing im europäischen Zusammenhang, Detroit, Wayne State University Press, 1984, p. 260 sq.

23 Cf. Hermann August Korff, Voltaire im literarischen Deutschland des XVIII. Jahrhunderts. Ein Beitrag zur Geschichte des deutschen Geistes von Gottsched bis Goethe, Heidelberg, Carl Winters Universitätsbuchhandlung, 1918, p. 340.

24 « du commun des historiens » [ma traduction]. Des Herrn von Voltaire kleinere Historische Schriften, aus dem Französischen übersetzt, p. 2. Plus tard, l’œuvre a été rééditée et attribuée à G. E. Lessings Übersetzungen aus dem Französischen Friedrichs des Großen und Voltaires, im Auftrag der Gesellschaft für deutsche Literatur in Berlin, herausgegeben von Erich Schmidt, Berlin, Verlag von Wilhelm Hertz, 1892.

25 Nicholas Cronk et Christiane Mervaud, « Stratégies de la note dans l’œuvre voltairienne », in Nicholas Cronk et Christiane Mervaud (éds.), Les notes de Voltaire. Une écriture polyphonique, (SVEC 2003. 3), Oxford, Voltaire Foundation, 2003, p. 8.

26 Cf. Daniele Maira, « Herméneutique de la note d’histoire dans La Henriade », in Daniele Maira et Jean-Marie Roulin (éds.), La Henriade de Voltaire, op. cit., p. 93.

27 Cf. Daniele Maira, « Voltaire éditeur de La Henriade », in Dominique Brancher, Gaëlle Burg et Giovanni Berjola (éds.), L’éditeur à l’œuvre. Reconsidérer l’auctorialité, Basel, Plateforme Emono Universitätsbibliothek, 2020, p. 97.

28 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 228.

29 Ibid., p. 174. L’italique est de Voltaire.

30 Cf. Daniele Maira, « Herméneutique de la note d’histoire dans La Henriade », loc. cit., p. 93.

31 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 179.

32 Voir Voltaire, La Henriade, Trad. Johann Christoph Schwarz, Mannheim, Churfürstliche Hof=Buchdruckerey, 1761, p. 117.

33 « Le jour des barricades, c’est-à-dire de l’enfermement ou de la fermeture, tire son nom du fait que, ce jour-là, les gardes du roi étaient enfermés et désarmés, et que le monarque était contraint de fuir sa capitale et sa résidence » [ma traduction]. Voltaire, La Henriade, Trad. Elias Caspar Reichard, Magdeburg, Hechtel, 1766, p. 54.

34 Voltaire, La Henriade, éd. cit., p. 212.

35 « Pour amender cette remarque, je dois ajouter que ce n’est pas la Rabba ou Rabbath des Ammonites, mais plutôt la capitale des Moabites, du même nom, mais autrement appelée Ur, qui était située au bord du fleuve Arnon » [ma traduction]. Voltaire, La Henriade, Trad. Elias Caspar Reichard, éd. cit., p. 88.

36 Voltaire, La Henriade, Trad. Franz Anton Schrämbl, Wien, Verlag der Schrämblischen Buchdruckerey, 1810, p. 188.

37 « Les notes de l’édition parisienne n’ont pas paru suffisantes pour expliquer les chants, ni assez impartiales et approfondies pour un public allemand ; elles ont donc été tantôt augmentées tantôt remaniées, en fonction de notre point de vue » [ma traduction]. Voltaire, La Henriade, Trad. Karl Kleinschmidt, Frankfurt am Main, Franz Varrentrapp, 1817, p. 10 (de la préface).

38 La Henriade de Voltaire. En hexamètres allemands et avec des notes historiques [ma traduction].

39 Ce terme est emprunté à F. S…..e qui, dans la préface, désigne sa traduction comme une « deutsche Henriade » (Voltaire, La Henriade, Trad. F. S…..e, Hannover, George Beese, 1845, p. XI).

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Pour citer cet article

Référence papier

Lisa Kemper, « Le paratexte dans les traductions allemandes de La Henriade de Voltaire : une dispersion du savoir épique ? »Babel, 53 | 2026, 33-47.

Référence électronique

Lisa Kemper, « Le paratexte dans les traductions allemandes de La Henriade de Voltaire : une dispersion du savoir épique ? »Babel [En ligne], 53 | 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/babel/18681 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16h5f

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Auteur

Lisa Kemper

Georg-August-Universität Göttingen
Seminar für Romanische Philologie

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