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La presse des Spectateurs et son rôle dans le transfert du savoir des Lumières à l’exemple du concept du petit-maître

Elisabeth Hobisch et Yvonne Völkl
p. 65-84

Résumés

Cet article explore le processus de transfert culturel de l’image masculine péjorative du petit-maître français au contexte espagnol par le biais de la presse des Spectateurs, un genre journalistique aux caractéristiques littéraires qui s’est répandu en Europe au cours du XVIIIe siècle. Grâce à la grande popularité de cette presse périodique, les Spectateurs ont fonctionné non seulement comme un instrument permettant à son lectorat masculin autant que féminin de se familiariser avec les idées des Lumières, mais aussi comme un moyen de transfert culturel pour la diffusion du savoir culturel de cette époque. Après une introduction sur le rôle essentiel de la presse des Spectateurs dans le processus de diffusion du savoir culturel, nous nous concentrerons sur la transformation transculturelle de l’image stéréotypée du petit-maître français lors de son passage en Espagne dans la seconde moitié du siècle. À travers cet exemple, nous verrons dans quelle mesure le petit-maître est doté de connotations différentes selon les contextes culturels.

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Notes de la rédaction

Cette recherche a été financée par le Fonds autrichien pour la science (FWF : PAT3363224, DOI du projet : 10.55776/PAT3363224).

Texte intégral

Introduction

  • 1 Frank Bösch, Mediengeschichte: Vom asiatischen Buchdruck zum Fernsehen, Frankfurt a. M., Campus, 20 (...)
  • 2 Klaus-Dieter Ertler, Die Spectators in der Romania – eine transkulturelle Gattung ?, Frankfurt a. M (...)
  • 3 Ertler, « Moralische Wochenschriften », Europäische Geschichte Online (EGO), 30 janvier 2012, par. (...)
  • 4 Voir Misia Sophia Doms, Spectator-Type Periodicals in International Perspective: Enlightened Moral (...)

1Le siècle des Lumières est une période qui a vu notre vision du monde (occidental) et le savoir du monde se transformer radicalement à maints égards. C’est le moment historique de la naissance de la société européenne moderne, qui se caractérise entre autres par une image bourgeoise et hétéronormative des genres féminin et masculin, ainsi que par l’émergence d’une opinion publique. La constitution de cette dernière est étroitement liée à l’émergence d’un paysage médiatique prospère1, dont la presse des Spectateurs est un témoignage exemplaire. Inventé à Londres au début du siècle, ce genre journalistique aux caractéristiques littéraires2 vise à diffuser les valeurs, normes et pratiques sociales d’une société éclairée. Le modèle le plus connu, The Spectator (1711-1712 ; 1714), a donné lieu à de nombreuses imitations libres en anglais3. Après quoi, des auteurs composent dans toute l’Europe leurs propres périodiques du type Spectateur, mélangeant des passages de textes traduits avec des textes rédigés de leur propre main. La grande quantité d’imitations et de traductions contribue à établir les Spectateurs en un genre journalistique-littéraire spécifique. De cette manière, le genre des Spectateurs construit un réseau intellectuel à travers le continent européen. Il permet ainsi de retracer jusqu’à aujourd’hui de nombreux processus de transfert culturel et de transmission du savoir éclairé tout au long du siècle des Lumières4.

  • 5 Cité d’après Thomas Keller, « Kulturtransferforschung: Grenzgänge zwischen den Kulturen », in Steph (...)
  • 6 Hans-Jürgen Lüsebrink, « Kulturtransfer – methodisches Modell und Anwendungsperspektiven », in Inge (...)
  • 7 Lüsebrink, loc. cit., p. 216, 214 ; Espagne, loc. cit., p. 6.
  • 8 Lüsebrink, loc. cit., p. 220 ; Espagne, loc. cit., p. 1.
  • 9 Lüsebrink, loc. cit., pp. 216-218.

2Nous recourons ici et dans la suite de l’article au concept de transfert culturel, tel qu’il est forgé par Michel Espagne et Michael Werner5, chercheurs en études culturelles et historiques, et Hans-Jürgen Lüsebrink6, historien et romaniste, car il permet de saisir la nature procédurale de ce transfert aux multiples facettes. Commençons par poser que le transfert culturel se caractérise par un dynamisme inhérent et une grande complexité, étant donné que les systèmes culturels ne représentent pas des entités homogènes et se trouvent constamment en contact et en échange interculturels7. De surcroît, chaque transfert culturel implique une modification et constitue donc aussi un acte créatif8. Dans ce contexte, la traduction représente une modalité du transfert culturel9. Privilégier ce dernier offre l’avantage de pouvoir considérer la circulation des savoirs culturels et des idées au-delà d’un texte spécifique. Dans notre article, nous nous intéressons au transfert franco-espagnol de valeurs, de normes et de pratiques sociales entendues comme bien immatériel. Nous nous concentrerons plus précisément sur le transfert culturel et l’adaptation de l’image bourgeoise hétéronormative de la société et des modèles de genre qui en découlent. Ce processus s’est opéré au cours du XVIIIe siècle à travers de nombreux médias (théâtre, presse, manuels de conduite, manuels de correspondance, romans, poèmes, etc.), parmi lesquels les Spectateurs sont les moins étudiés jusqu’à ce jour, notamment en ce qui concerne le transfert de la France vers l’Espagne.

  • 10 Par exemple celles de Claire Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750 (...)
  • 11 Ana Hontanilla, « The Airy and the Irrational: Elaborating on the Meanings of the Petimetra from a (...)
  • 12 Selon Anette Höfer (Petit-maîtres, Muscadins, Incroyables, Merveilleuses, München, De Gruyter, 1996 (...)

3Sur la base de nombreuses recherches menées sur les images féminines et masculines au XVIIIe siècle10, nous mettrons ensuite en lumière le transfert culturel de l’image du petit-maître via le média des Spectateurs. Le petit-maître est une image de genre stéréotypée qualifiant un homme qui contrevient aux normes culturelles de la « masculinité vertueuse ». Comme le souligne Ana Hontanilla11, il va de soi que le petit-maître ne correspond pas nécessairement à la réalité sociale, ni en France, ni en Espagne. Ce stéréotype social sert à critiquer les vices de la société contemporaine et à ridiculiser ceux qui ne se soumettent pas aux valeurs, normes et pratiques sociales de la société bourgeoise émergente12. En France, mais aussi en Espagne, la figure du petit-maître fait office d’instrument discursif de la normalisation culturelle des sexes. Toutefois, les connotations qui y sont associées diffèrent dans les deux pays. L’exploration transculturelle et diachronique de cette image masculine dans la dernière partie de cet article permettra de mettre en évidence comment ce type d’homme vicieux s’est transformé au cours de son transfert culturel de la France à l’Espagne. Mais avant d’aborder ce transfert spécifique, il est essentiel de clarifier le rôle prépondérant de la presse des Spectateurs dans la diffusion des idées et du savoir culturel éclairés.

Les Spectateurs comme instrument de socialisation

  • 13 Birgit Neumann, Ansgar Nünning, « Kulturelles Wissen und Intertextualität: Grundbegriffe und Forsch (...)
  • 14 Yvonne Völkl, Sanja Sarić et Martina Scholger, Topic Modeling for the Identification of Gender-spec (...)
  • 15 Claire Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre, op. cit., p. 21.

4Dans la perspective des études culturelles, la littérature et la presse sont des formes centrales d’expression et de production de savoir culturels, qui contribuent de manière déterminante à l’auto-interprétation collective et à la création de sens dans une société. Le savoir culturel désigne « l’ensemble des hypothèses collectivement partagées et symboliquement transmises sur la réalité, c’est-à-dire sur des thèmes socialement prévalents, des valeurs, des normes, des images de soi et des autres »13. Les Spectateurs comme genre journalistique-littéraire populaire au XVIIIsiècle (co‑)construisent, préservent et distribuent le savoir culturel de leur époque, notamment les idées et le savoir éclairés qui voient le jour en Angleterre au début du siècle. Dans l’esprit de la devise antique prodesse et delectare, ce savoir est entrelacé d’observations, de réflexions et de narrations qui explorent certaines questions de la vie quotidienne du lectorat. En tant que média en plein essor circulant de l’Angleterre vers les Pays-Bas, jusqu’aux pays d’Europe du Sud-Ouest et vers la Russie même, ces périodiques favorisent entre autres la diffusion transculturelle d’une nouvelle compréhension du rapport entre les sexes dans une société hétéronormative, parallèlement à la modification des valeurs, des normes et des pratiques au sein des classes moyennes émergentes14. À cet égard, Claire Boulard souligne que la presse est un « instrument de socialisation »15.

  • 16 Klaus-Dieter Ertler et al., Storytelling in the Spectators / Storytelling dans les spectateurs, Fra (...)
  • 17 Samuel Baudry, Denis Reynaud, Nouvelles formes du discours journalistique au XVIIIe siècle : Lettre (...)
  • 18 « [P]our enrichir l’espace critique et rendre les enseignements plus plastiques et divertissants ». (...)

5Parmi les innombrables produits périodiques de l’époque, les Spectateurs se démarquent grâce à l’emploi d’artifices littéraires : pour susciter l’intérêt du public, les auteurs se servent, d’un côté, d’une structure narrative spécifique qui consiste en l’emprunt de différents niveaux de fiction intercalés et de diverses formes narratives, comme les rêves, les fables et les autoportraits16. Une autre caractéristique essentielle des Spectateurs est la publication de lettres de lecteurs17 : « para enriquecer el espacio crítico y hacer más plásticas y entretenidas las enseñanzas »18. Bien que fictives pour la plupart, ces lettres donnent l’impression que les Spectateurs constituent un forum authentique de l’opinion publique, tout en offrant la possibilité de présenter les sujets abordés sous de multiples angles. D’un autre côté, ce nouveau modèle journalistique favorise une communication divertissante et d’égal à égal avec le public, majoritairement composé de bourgeois, hommes et femmes, qui doivent y trouver des thèmes en accord avec leurs prédilections et intérêts respectifs.

  • 19 Suzanna van Dijk, Traces de femmes : Présence féminine dans le journalisme français du XVIIIe siècl (...)
  • 20 Yvonne Völkl, « Raconter soi, raconter l’autre. Stéréotypes nationaux dans les spectateurs de Justu (...)
  • 21 Van Dijk, Traces de femme, op. cit., p. 21. En ce qui concerne le rôle des femmes dans le système d (...)

6Un autre trait caractéristique qui distingue les Spectateurs d’autres périodiques de l’époque est que les auteurs réels inventent des auteurs fictifs comme porte-voix des messages et du savoir culturel qu’eux-mêmes cherchent à diffuser. Autour de ces plumes d’invention majoritairement masculines (les auteures femmes sont rares), « les auteurs des “spectateurs” s’efforcent [...] de personnaliser leurs discours, et ils y introduisent des artifices littéraires, notamment celui de la fictionalité [sic] [...]. Dans les “spectateurs”, toute une “société” imaginaire est souvent créée »19. Par l’intermédiaire de portraits, de fables, d’utopies ou au moyen d’observations quotidiennes, les auteurs fictifs enrichissent les textes d’une polyphonie de voix et de perspectives, et prétendent ainsi à représenter dans les pages du numéro la totalité de la société contemporaine20. Quant aux femmes, elles « y figurent comme sujet des “discours”, comme personnages dans les narrations et comme signataires de lettres supposées de lectrices. Il s’ensuit que les auteurs s’adressent même tout spécialement au public féminin, et qu’ainsi elles sont présentes dans le texte également comme destinataires. En effet, ces “spectateurs” avaient un lectorat féminin »21.

Les Spectateurs et leur réseau intellectuel européen

  • 22 Alexis Lévrier, La Spectatrice, op. cit., pp. 238-239.
  • 23 Ertler, « Moralische Wochenschriften », loc. cit.
  • 24 En règle générale, pourtant, les imitations et traductions ont varié dans leurs points de vue polit (...)

7Après l’invention de ce genre de presse périodique par Joseph Addison et Richard Steele dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle, la première imitation continentale du périodique anglais The Spectator (1711-1712 ; 1714) est publiée aux Pays-Bas en français par Justus van Effen. Le Misantrope (sic)22, datant de 1711, est une libre reprise de l’original anglais dont il conserve les caractéristiques narratives et les artifices littéraires. Si van Effen ne mentionne explicitement ni The Spectator ni ses auteurs, les imitations ultérieures du Spectator se réfèrent en règle générale clairement à leurs modèles anglais, contribuant ainsi à affirmer l’idée d’un genre littéraire distinct23. Ce n’est que quelques années après la publication du Misantrope qu’une traduction presque intégrale du Spectator anglais sera publiée en français (Le Spectateur ou le Socrate moderne)24. Compte tenu du rôle du français comme langue de culture et de littérature dans l’Europe du XVIIIe siècle, ces imitations et traductions françaises sont aujourd’hui considérées comme un facteur clé de la large diffusion du genre des Spectateurs.

  • 25 Guinard, La presse espagnole de 1737 à 1791, op. cit., p. 34.
  • 26 Plus exactement, El Filósofo à la moda (1788) est la traduction du périodique italien Il Filosofo a (...)
  • 27 En Espagne, la stricte censure étatique et religieuse est très probablement responsable de la multi (...)

8Un demi-siècle plus tard, les Spectateurs apparaissent sur le marché espagnol grâce à Charles III, roi d’Espagne et des Indes de 1759 à 1788, qui lance une politique de réforme en enrôlant scientifiques et hommes de lettres et en leur accordant sa protection. Le roi bourbon, qui jusqu’à sa prise de pouvoir en Espagne a vécu en Italie, suit le dessein de réformer non seulement la politique et l’État, mais aussi la société espagnole. À cette fin, il encourage la publication de périodiques tels que les Spectateurs25. Puis, à partir des années 1760, les auteurs espagnols incluent des imitations libres et des traductions partielles des Spectateurs (français), tandis que la traduction de l’original The Spectator, El Filósofo a la moda26, n’est publiée – qui plus est anonymement – que dans les années 178027. Par conséquent, nous pouvons supposer que les sujets dominants (comportement en société, rôles sociaux de genre, stéréotypes sexués) ainsi que les valeurs, normes et pratiques sociales des textes originaux, tout comme les artifices littéraires qui leur sont spécifiques (auteurs fictifs, niveaux de fiction intercalés et formes narratives), sont déjà connus du public espagnol et circulent dans le domaine littéraire avant la traduction des textes originaux. Compte tenu de ces circonstances, nous ne nous attacherons pas à analyser ici la traduction d’un périodique isolé, mais nous considérons le genre des Spectateurs dans son ensemble comme un vecteur de transfert culturel permettant la diffusion du savoir culturel éclairé.

  • 28 Voir par exemple les contributions dans le volume édité par Ann Thomson, Cultural Transfers: France (...)

9Le fait que les périodiques des Spectateurs constituent un réseau intellectuel propre implique que ce genre sert de support à de nombreux processus de transferts culturels du savoir éclairé d’origine anglaise. Alors que le lien entre presses anglaise et française au XVIIIe siècle a fait l’objet de nombreuses recherches28, les transferts culturels via la presse périodique entre la France et l’Espagne n’ont jusqu’à présent guère retenu l’attention. Tout comme leurs prédécesseurs anglais et français, les auteurs fictifs et réels des Spectateurs espagnols transmettent :

  • 29 Völkl, « Raconter soi, raconter l’autre », loc. cit., p. 83.

« leurs opinions – souvent critiques – sur la société, la politique, la mode, la conduite à tenir, ainsi que les “Vertus & Vices, répandu[s] dans les mœurs du Genre-humain” (XXXI. Bagatelle [178]). Pour illustrer ces différents aspects, les [...] [auteurs] emploient souvent des représentations simplistes et stéréotypées du propre et de l’autre »29

10ou bien des femmes et des hommes.

Des modèles stéréotypés de femmes et d’hommes dans les Spectateurs

  • 30 Völkl, Spectatoriale Geschlechterkonstruktionen, op. cit.
  • 31 Völkl, Sarić et Scholger, « Topic Modeling for the Identification of Gender-specific Knowledge », l (...)

11Comme l’a montré l’étude d’Yvonne Völkl30, le savoir culturel sur les femmes et les hommes est un sujet central dans les Spectateurs. Les périodiques francophones de la première moitié du XVIIIe siècle contribuent à véhiculer la notion d’une différence ‘naturelle’ entre les sexes, qui s’accompagne principalement d’un discours sur les différences de caractère et/ou physiques. À partir du milieu du siècle, ce discours de la différence s’élargit à la complémentarité des sexes, qui reconnaît la femme et l’homme comme des entités complémentaires. En raison de sa proximité supposée avec la nature, la femme est, dans ce discours de la complémentarité, hiérarchiquement placée sous l’autorité de l’homme, dont la capacité de raisonnement est jugée supérieure31.

  • 32 Esther Suzanne Pabst, Die Erfindung der weiblichen Tugend: Kulturelle Sinngebung und Selbstreflexio (...)
  • 33 Mónica Bolufer Peruga, Mujeres e Ilustración: La construcción de la feminidad en la Ilustración esp (...)
  • 34 Völkl, Sarić et Scholger, « Topic Modeling for the Identification of Gender-specific Knowledge », l (...)

12Pour diffuser ces discours de la différence et de la complémentarité, les Spectateurs francophones et hispanophones s’appuient sur la notion de ‘vertu’ (en espagnol : virtud). Les recherches sur le siècle des Lumières ont mis en évidence que ce terme fonctionne généralement comme un concept clé pour décrire les rôles sociaux des femmes et des hommes (en allemand : geschlechtsspezifischer Leitbegriff, Pabst32), en opposition à la notion de ‘vice’ (en espagnol : vicio)33. En outre, les discours sur les vertus et les vices sont associés à des traits de caractère positifs et négatifs et à des modèles de comportement hiérarchisés et pensés comme dignes ou non d’être imités. Parmi les vices ignobles, on trouve, par exemple, l’hypocrisie, l’oisiveté, la vanité ou la jalousie, que tous, hommes comme femmes, doivent éviter (et qui ne sont donc pas spécifiques à un sexe)34.

  • 35 Völkl, Spectatoriale Geschlechterkonstruktionen, op. cit., pp. 282-286.

13Les vertus dignes d’émulation sont pour leur part construites en fonction du sexe : les vertus ‘féminines’ s’articulent autour de concepts tels que la décence, la modestie, la bonté, la honte, la beauté ou l’éducation (spécifiquement féminine), tandis que les vertus ‘masculines’ ne comprennent que l’éducation (spécifiquement masculine), l’honnêteté et la raison. Afin de faire connaître vertus et vices au public, ils sont incorporés dans des modèles féminins et masculins stéréotypés, illustrant des images idéales ou des exemples dissuasifs. Par exemple, l’égoïsme et la vanité, rangés parmi les vices, sont liés aux stéréotypes de la coquette ou du petit-maître et opposés aux modèles vertueux de la femme mariée/épouse et mère côté féminin, de l’honnête homme côté masculin. Ces figures, avec leurs multiples déclinaisons, sont incorporées dans d’innombrables histoires (exemplaires) de la vie quotidienne et dans des portraits (de personnages) répétés à l’infini au sein des Spectateurs35.

14En raison de sa fonction emblématique pour la société du XVIIIe siècle, nous nous concentrerons dans ce qui suit sur le stéréotype vicieux du petit-maître, ses caractéristiques et son transfert culturel du contexte français au contexte espagnol, ainsi que sur sa transformation, liée au contexte culturel dans lequel s’inscrit chaque discours sur le petit-maître.

Le petit-maître en France

  • 36 Dictionnaire de l’Académie françoise, 1762, s.v. ‘maître’.
  • 37 Heße, Männlichkeiten im Spanien der Aufklärung, op. cit., p. 157.

15Qu’est-ce que le petit-maître ? Le dictionnaire de l’Académie française de l’époque le définit comme un jeune courtisan blasé et frivole : « Un jeune homme de Cour, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres & étourdies »36. Selon cette définition, les principales caractéristiques de ce stéréotype masculin résident dans son comportement extravagant, son statut social et son manque de sérieux37.

16Les descriptions du petit-maître dans les Spectateurs en français renforcent ces caractéristiques par un autre aspect : ses façons artificielles et affectées, comme dans cet exemple tiré du Misantrope de Van Effen :

  • 38 Van Effen, Le Misantrope, I, 17, 150-151. Les citations suivantes, tirées du Misantrope et des Spec (...)

« Je remarquai bien-tôt un Petit-Maître ; ces Messieurs se font d’abord remarquer partout où ils sont, ils font assez de bruit pour cela. [...] D’un côté, il étoit débraillé méthodiquement, il se veautroit dans un canapé, il avoit des distractions brusques, il essuyoit ses souliers aux jupes des Dames, il peignoit sa perruque sur les habits de l’une, & en la remettant il en donnoit dans le nez à l’autre. D’un autre côté il disoit des quolibets & des pointes, il avoit un soin ridicule de ses hardes, il ajustoit à tout moment les plis de sa cravate, & ce qui étoit le plus extravagant, il étoit continuellement occupé à frouer un castor noir & lustré »38.

17Comme le note la voix narrative dans cet exemple, le petit-maître observe non seulement un comportement bruyant et inconsidéré, mais il se distingue aussi par le fait qu’il se préoccupe sans cesse de son apparence et de ses fanfreluches. Ces traits indiquent sa superficialité et révèlent en creux que sa grossièreté est délibérée et artificielle. Le petit-maître est donc mis en scène par opposition au caractère prétendument naturel et modéré, raisonnable et éclairé qu’on attend de l’idéal masculin, l’honnête homme.

  • 39 Ibid., p. 4.
  • 40 Ibid., pp. 4-5.
  • 41 Ibid., pp. 7-8.

18Selon l’analyse diachronique d’Anette Höfer39, le terme petit-maître pourrait trouver son origine à la fin du XVIIe siècle pour désigner des courtisans dont l’attitude laisse accroire qu’ils occupent de hautes fonctions politiques, alors qu’il n’en est rien. En outre, son étude démontre que, partie du contexte spécifique de la cour, l’utilisation du terme petit-maître s’élargit pour critiquer les jeunes hommes appartenant à d’autres classes sociales et, à terme, les hommes âgés entichés de mode40. Höfer41 rappelle par ailleurs que les petits-maîtres divisent la société, dont une partie admire leur bon goût, pendant que l’autre rejette ces personnages superficiels et licencieux, jugés inutiles à la société.

  • 42 Selon le Dictionnaire de l’Académie françoise (s.v. ‘fat’), il s’agit d’un adjectif qui signifie «  (...)

19Cette division se lit également dans l’extrait suivant du Monde de Jean-François de Bastide, qui date du milieu du siècle. Un auteur fictif met en contraste la perception critique d’un fat42 (stéréotype d’un homme à la mode comparable au petit-maître, dont il est parfois synonyme) et l’admiration à son égard qu’il observe chez les femmes :

  • 43 Bastide, Le Monde, II, 46, 182-183.

« Moncade étoit un jeune fat, vicieux, caustique, tracassier, ingrat, volage, superficiel, suffisant, tel enfin qu’on auroit peine à le croire, si quelquefois il ne naissoit de pareils monstres : Mais il avoit l’avantage d’une jolie figure, & sçavoit répandre sur sa personne un certain prestige par le jeu adroit de ses défauts : il plaisoit par-là à ces femmes qui n’ont pas ou le tems ou l’esprit de bien juger, & de faire un bon choix »43.

  • 44 Voir aussi Höfer, Petit-maîtres, Muscadins, Incroyables, Merveilleuses, op. cit., p. 8.

20Les nombreux adjectifs négatifs utilisés pour décrire Moncade sont frappants et relient le stéréotype du fat ou petit-maître à plusieurs vices capitaux de l’époque. En conséquence, il n’est pas surprenant que les deux termes en soient venus au cours du siècle à se poser en synonymes de tous ces vices44. Autrement dit, les termes fat et petit-maître décrivent de plus en plus un type social vicieux dont les caractéristiques sont condensées dans ces termes. Ainsi, dès que l’un de ces mots est mentionné, on sait immédiatement de quel type social il s’agit.

  • 45 Ibid., p. 10.
  • 46 Ibid., p. 9.

21Cet extrait illustre aussi un autre aspect de ce stéréotype, souligné par Anette Höfer45 dans son analyse : à savoir le fait que ces hommes sont présentés comme la résultante de la mauvaise influence des femmes, donc du comportement vicieux de ces dernières. D’une part, ils sont rejetés comme des hommes efféminés qui ne correspondent pas aux rôles sociaux de la gent masculine ; d’autre part, ils sont dépeints comme les produits du manque de bon goût et du manque de vertu des femmes46, car leur comportement superficiel et leurs façons maniérées leur permettent de plaire aux femmes.

22En somme, dans les Spectateurs en français, le stéréotype créé par la répétition constante de ces portraits et descriptions est celui d’un homme frivole aux manières affectées qui ne se conforme pas aux normes sociales prévalentes. En raison de sa superficialité, les caractéristiques de l’honnête homme – la probité, la raison et la bonne éducation – lui font défaut. Par ses minauderies, le petit-maître incarne donc un repoussoir qui sert aux auteurs à établir les normes de genre éclairées dans la société française.

Le petimetre en Espagne

23À l’instar de nombreuses imitations et traductions espagnoles des médias circulant en Europe à l’époque, les imitations des Spectateurs reprennent en Espagne le concept du petit-maître – avec toutes les caractéristiques mentionnées ci-dessus – du contexte français et en conservent le terme lui-même. En Espagne, il semble correspondre aux besoins d’expression des auteurs et des lecteurs de l’époque, ce qui explique pourquoi le terme espagnol petimetre est largement utilisé.

  • 47 Heße, Männlichkeiten im Spanien der Aufklärung, op. cit. p. 157.

24Ainsi que Kristina Heße47 le met en évidence dans son étude sur la masculinité éclairée dans les Spectateurs espagnols, le stéréotype du petimetre ne se fonde pas principalement sur un comportement inapproprié, comme son homologue français, mais se focalise avant tout sur la vanité, l’obsession de l’apparence et l’engouement pour la mode. Cette compréhension coïncide avec la perception française d’un homme superficiel, mais elle privilégie clairement l’aspect extérieur – tout en donnant au lectorat les clés pour reconnaître ce type d’homme grâce à des indices visuels.

  • 48 Ibid., pp. 166-176.

25Le deuxième aspect du petimetre en Espagne, souligné dans l’analyse de Heße48, est sa transgression des rôles sociaux attribués à l’homme idéal, el hombre de bien, en faisant sien le vice de la superficialité qui, selon le discours des Lumières, constitue une faiblesse féminine. En comparaison avec le petit-maître français, dont le comportement inapproprié est directement lié au comportement vicieux des femmes, c’est donc la transgression du rôle social masculin qui est soulignée dans le contexte espagnol. En d’autres termes, l’aspect le plus fustigé est le fait que le petimetre ne remplisse pas son rôle social d’homme.

26Dans les Spectateurs espagnols, certaines voix (fictives) doutent même de l’utilité de catégoriser le petimetre comme masculin ou comme féminin, ainsi qu’il ressort de cet extrait du courrier d’une lectrice (fictive) dans El Pensador (1762-1763 ; 1767), le premier représentant très réussi des Spectateurs en Espagne publié dans les années 1760 :

  • 49 « [En les attribuant aux hommes], vous leur faites un tort notoire, en leur appropriant des êtres s (...)

« [atribuyéndolos a los hombres usted] hará à estos un notorio agravio, con apropriarles unos entes tan poco dignos de este nombre, sin seso, sin vigor, y sin talento; tan afeminados, y que han llegado à equivocarse tanto con las mugeres, que para serlo en la realidad no les falta mas que parir »49.

  • 50 « Ces petits chapeaux de vitrine, [...] qui ne peuvent protéger ni du soleil ni de la pluie ». El P (...)
  • 51 « Il est insensé de se persuader que la beauté de cet ornement s’accroît à mesure qu’il s’éloigne d (...)

27Dans sa lettre, la lectrice souligne un autre aspect que le stéréotype du petimetre espagnol partage avec la version française, à savoir le manque d’utilité et l’artificialité de son style, comme ses chapeaux trop petits et donc inutiles : « estos sombreritos de escaparate, [...] que ni pueden defender del Sol, ni de las lluvias »50; et leurs coiffures extravagantes : « [es una] insensatéz persuadirse à que crece la hermosura de este adorno à proporcion, que se aleja del natural »51.

  • 52 Il est intéressant de noter que le petimetre espagnol a une déclinaison féminine : la petimetra. Se (...)

28En d’autres termes, les accessoires de mode d’un petimetre sont ridiculisés en détail – conformément aux axiomes éclairés de la raison, de l’utilité et de la modération. On peut en conclure que, si les principales caractéristiques d’un petimetre espagnol ne se trouvent pas dans son statut social ou son comportement, mais dans son apparence, ces indices visuels ou vestimentaires révèlent néanmoins une inutilité générale pour la société ainsi qu’une absence de traits de caractère masculins52.

  • 53 Hobisch, « ¿Destinaria, epistológrafa o pensadora? », loc. cit., p. 76.

29De surcroît, leurs contempteurs reprochent aux petimetres de gaspiller temps et argent dans des frivolités telles que des coiffures coûteuses. L’extrait suivant provient d’un dialogue entendu et rapporté par un lecteur. Cet encadrement narratif est l’un des artifices littéraires typiques des Spectateurs, qui montre de manière paradigmatique, d’un côté, la complexité des nombreux niveaux de fiction et formes narratives, et, de l’autre côté, comment l’attitude des auteurs fictifs est imitée par des lecteurs fictifs. Tout comme l’autorité des Spectateurs, les lecteurs fictifs portent un regard critique sur leur environnement social et dénoncent publiquement les vices qu’ils y observent. Ainsi, les lecteurs fictifs se convertissent en modèle pour les lecteurs réels en ce qui concerne l’application pratique des idées éclairées soutenues par les Spectateurs53. Dans le cas suivant, le lecteur fictif a transcrit le dialogue qu’il a surpris et l’a envoyé dans une lettre au Curioso Entretenido, l’auteur fictif du périodique éponyme. L’objectif du lecteur fictif est clairement de ridiculiser le style et le contenu de la conversation entre un petimetre et deux femmes.

  • 54 « Petit-maître : J’ai proposé ce matin au coiffeur de me faire la coiffure aux roses, et après m’av (...)

« Pet. Propuse esta mañana al peluquero me hiciese el peinado de rosas, y despues de haverme tiranizado dos horas, colocò tan desiguales su puntos, que lo deshice; y por librarme quanto antes de sus hierros, he salido con este tan comun, que parezco un Ortèra; pero ya he resuelto no toque un pelo de mi cabeza oficial del Pais, pues los extrangeros aunque son mas caros, á lo menos tiene uno la complacencia de que todos admiren el buen gusto de su cabeza »54.

30Dans ce passage, le petimetre est ridiculisé de plusieurs façons : tout d’abord, pour le sujet superficiel de sa conversation – la coiffure, mais aussi pour son argumentation révélant que le seul but de ses efforts est d’être admiré (« que todos admiren el buen gusto »). Ensuite, sa manière de parler est artificiellement alambiquée et compliquée, et donc contraire au style naturel. Le petimetre se lamente d’une coiffure ratée et se sert de termes excessifs pour décrire la manière dont le coiffeur l’a traité (« tiranizado », « librarme de sus hierros »). Étant donné qu’il ne s’agit que d’une coiffure, cette effusion, autant que la détermination du personnage (« no toque un pelo de mi cabeza »), paraissent tout à fait déplacées, voire satiriques. De plus, et c’est une spécificité du concept espagnol du petimetre, il nuit à l’économie nationale à plusieurs titres : en contrevenant au rôle social idéal de l’homme, il gaspille inutilement son temps et son argent pour la mode au lieu de travailler et de contribuer au bien commun (esp. bien común). Par ailleurs, il privilégie la main-d’œuvre (le coiffeur dans l’exemple) et la mode étrangères aux artisans et biens locaux, et il en favorise donc l’importation au détriment de la production locale et de la création de valeur nationale.

  • 55 Christian von Tschilschke, Identität der Aufklärung – Aufklärung der Identität: Literatur und Ident (...)
  • 56 Ibid., pp. 72-94.
  • 57 Ertler, “Moralische Wochenschriften in Spanien”, loc. cit., pp. 207-215 ; Ertler, Tugend und Vernun (...)
  • 58 Tschilschke, Identität der Aufklärung, op. cit., pp. 72-77 ; Heße, Petit-maîtres, Muscadins, Incroy (...)
  • 59 Dans son analyse du discours identitaire du XVIIIe siècle en Espagne, Tschilschke (op. cit., pp. 70 (...)
  • 60 Lüsebrink, loc. cit., p. 217.

31Au XVIIIe siècle, la perception qu’ont les Espagnols de leur patrie est marquée par un sentiment de crise et de décadence55. Elle se nourrit de l’impression d’avoir perdu de l’influence culturelle et politique en Europe depuis la guerre de Succession d’Espagne et la prise de pouvoir des Bourbons, mais aussi de l’image négative que les philosophes anglais et français diffusent sur l’Espagne, pays catholique et rival dans la lutte pour le pouvoir ultramarin (voir leyenda negra)56. Cette sensation de crise se reflète dans certaines spécificités du discours illustré espagnol, parmi lesquelles se trouvent la préoccupation pour l’économie nationale57 et un débat qui vise à déterminer jusqu’à quel point il est possible, voire légitime, d’imiter des cultures européennes sans risquer de trahir la culture espagnole58. Par conséquent, le petimetre espagnol, auquel on attribue une prédilection pour la mode et la culture française, de même que pour la consommation de marchandises et de prestations étrangères, constitue la figure de l’ennemi idéal pour les illustrés espagnols. En pleine crise culturelle et économique espagnole59, le concept stéréotypé et satirique du petit-maître français est donc transféré au contexte espagnol et transformé pour mieux s’adapter au discours illustré dominant. Bien qu’inspiré par le petit-maître français, le petimetre espagnol acquiert une signification propre et des caractéristiques spécifiques à la culture cible répondant aux préoccupations des illustrés espagnols et permettant qu’à travers cette adaptation culturelle productive60 le concept développe un nouveau potentiel satirique et un pouvoir discursif spécifiquement espagnol.

Conclusion

  • 61 Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750, op. cit., p. 21.

32Dans le cadre du mouvement des Lumières, le savoir culturel européen connaît de grandes transformations. Le savoir culturel éclairé, associé à de nouvelles valeurs, normes et pratiques sociales, est propagé par de nombreux médias, dont les Spectateurs. Dans l’esprit des Lumières, les Spectateurs font, par exemple, avancer l’opérationnalisation du genre (en anglais : gender) en tant que catégorie sociale et l’établissement d’une image bourgeoise de la femme et de l’homme. En raison de sa position intermédiaire entre presse et littérature, ce genre journalistico-littéraire a longtemps été négligé par la recherche en littérature. Or, nous venons de le voir, les Spectateurs représentent un réseau européen de transfert culturel du savoir éclairé dont le rôle d’« instrument de socialisation », pour reprendre les mots de Claire Boulard61, ne saurait être sous-estimé.

33Compte tenu de la large réception des Spectateurs et de ses adaptations spécifiques à divers contextes culturels, ce genre est propice à éclairer les transformations du savoir culturel des Lumières durant sa diffusion à travers l’Europe. Lors de ce transfert culturel, on imite ou traduit non seulement les artifices littéraires caractéristiques de ces périodiques, mais aussi des passages de textes ou des discours entiers. Simultanément, les auteurs et traducteurs recontextualisent et transforment autant les textes originaux que le savoir culturel éclairé pour mieux les adapter aux goûts locaux et au contexte culturel de leur lectorat.

34Dans notre analyse, nous avons montré que le savoir culturel concernant l’image d’homme vicieux du petit-maître français subit une adaptation profonde au contexte culturel espagnol. Bien que les principales caractéristiques de cette figure soient conservées – c’est-à-dire sa superficialité, son manque de sérieux et de raison, ou encore sa proximité avec le genre féminin –, l’accent passe du comportement extravagant dans les définitions et descriptions françaises à l’apparence extravagante dans les versions espagnoles. De plus, en Espagne, le stéréotype du petimetre est directement lié au discours illustré de la crise économique et culturelle nationale.

35La préoccupation économique autant que la résistance à l’imitation excessive de la culture française (aux yeux de divers auteurs) sont des traits spécifiques du discours des Lumières en Espagne. En ce sens, notre analyse du transfert et de la transformation du stéréotype vicieux du petit-maître montre comment les significations préconçues du contexte d’origine confluent dans un processus créatif avec des enjeux culturels spécifiques dans le contexte de réception. Ainsi, ce stéréotype masculin mis au service de préoccupations spécifiquement espagnoles gagne en pertinence – et en potentiel pour faire l’objet d’une instrumentalisation critique.

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Spectateurs

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Notes

1 Frank Bösch, Mediengeschichte: Vom asiatischen Buchdruck zum Fernsehen, Frankfurt a. M., Campus, 2011 ; Werner Faulstich, Medien zwischen Herrschaft und Revolte: Die Medienkultur der frühen Neuzeit (1400-1700), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998 ; Faulstich, Die bürgerliche Mediengesellschaft (1700-1830), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2002 ; Paul-Jacques Guinard, La presse espagnole de 1737 à 1791. Formation et signification d’un genre, Paris, Centre de recherches hispaniques, Institut d’études hispaniques, 1973 ; Gideon Stiening, Robert Vellusig, Poetik des Briefromans: Wissens- und mediengeschichtliche Studien, Berlin, De Gruyter, 2012, p. 12 ; Volker Stürzer, Journalismus und Literatur im frühen 18. Jahrhundert: Die literarischen Beiträge in Tatler, Spectator und den anderen Blättern der Zeit, Frankfurt a. M., Peter Lang, 1984.

2 Klaus-Dieter Ertler, Die Spectators in der Romania – eine transkulturelle Gattung ?, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2011.

3 Ertler, « Moralische Wochenschriften », Europäische Geschichte Online (EGO), 30 janvier 2012, par. 13.

4 Voir Misia Sophia Doms, Spectator-Type Periodicals in International Perspective: Enlightened Moral Journalism in Europe and North America, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2020 ; Renate Hodab, Klaus-Dieter Ertler, Die Presse der spanischen Aufklärung: ‘El Corresponsal del Censor’, Wien, LIT, 2008 ; Klaus-Dieter Ertler, « Moralische Wochenschriften in Spanien », loc. cit. ; Ertler, Tugend und Vernunft in der Presse der spanischen Aufklärung: El Censor, Tübingen, Narr, 2004 ; Ertler, Die Spectators in der Romania – eine transkulturelle Gattung ?, op. cit. ; Guinard, La presse espagnole de 1737 à 1791, op. cit. ; Alexis Lévrier, Les journaux de Marivaux et le monde des ‘spectateurs’, Paris, PUPS, 2007 ; Hans-Jürgen Lüsebrink, Jeremy D. Popkin, Enlightenment, Revolution, and the Periodical Press, Oxford, Voltaire Foundation, 2004 ; Fritz Rau, Zur Verbreitung und Nachahmung des Tatler und Spectator, Heidelberg, Winter, 1980 ; Jean Sgard, Michel Gilot, Dictionnaire des journaux : 1600-1789, Paris, Universitas, 1999 ; Inmaculada Urzainqui Miqueleiz, « Autocreación y formas autobiográficas en la prensa crítica del siglo XVIII », Anales de Literatura Española 11, 1995.

5 Cité d’après Thomas Keller, « Kulturtransferforschung: Grenzgänge zwischen den Kulturen », in Stephan Moebius et Dirk Quadflieg (éds.), Kultur. Theorien der Gegenwart, Wiesbaden, VS Verlag, 2011, p. 107 ; Michel Espagne, « La notion de transfert culturel », Revue Sciences/Lettres [En ligne] 1, 2013.

6 Hans-Jürgen Lüsebrink, « Kulturtransfer – methodisches Modell und Anwendungsperspektiven », in Ingeborg Tömmel (ed.), Europäische Integration als Prozess von Angleichung und Differenzierung, Opladen, Leske/Budrich, 2001, p. 213.

7 Lüsebrink, loc. cit., p. 216, 214 ; Espagne, loc. cit., p. 6.

8 Lüsebrink, loc. cit., p. 220 ; Espagne, loc. cit., p. 1.

9 Lüsebrink, loc. cit., pp. 216-218.

10 Par exemple celles de Claire Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750, conversations à l’heure du thé. Étude du Gentleman’s Journal, du Spectator et du Female Spectator, Paris, L’Harmattan, 2000 ; Claudia Gronemann, Polyphone Aufklärung: Zur Textualität und Performativität der spanischen Geschlechterdebatten im 18. Jahrhundert, Frankfurt a. M., Vervuert, 2013 ; Kristina Heße, Männlichkeiten im Spanien der Aufklärung: Der Diskurs der moralischen Wochenschriften ‘El Pensador’, ‘La Pensadora gaditana’ und ‘El Censor’, Berlin, Logos, 2008 ; Anette Höfer, Annette Keilhauer, Femme, München, de Gruyter, 1996 ; Yvonne Völkl, Spectatoriale Geschlechterkonstruktionen: Geschlechtsspezifische Wissens- und Welterzeugung in den französisch- und spanischsprachigen Moralischen Wochenschriften des 18. Jahrhunderts, Bielefeld, transcript, 2022.

11 Ana Hontanilla, « The Airy and the Irrational: Elaborating on the Meanings of the Petimetra from a Selection of Goya’s Caprichos and the Spanish Periodical El Censor », Decimonónica 5.1, 2008.

12 Selon Anette Höfer (Petit-maîtres, Muscadins, Incroyables, Merveilleuses, München, De Gruyter, 1996, p. 10), en France le concept du petit-maître constitue même une arme politique (all. « Kampfbegriff ») des conservateurs pour normer le rôle social masculin en accord avec les conventions sociales. En ce qui concerne l’acte de traduction, la germaniste et philologue Regina Toepfer (« Sektionsleitung II: Anthropologie und Wissen », in Regina Toepfer, Peter Burschel et Jörg Wesche (eds.), Übersetzen in der Frühen Neuzeit. Konzepte und Methoden, op. cit., pp. 211-212) observe que les traductions se modèlent souvent sur les normes et valeurs dominantes de la culture cible ou de ceux qui y tiennent le pouvoir. De même, Espagne (loc. cit., p. 20) souligne que la sélection des œuvres à traduire est déjà soumise à ces mécanismes de pouvoir. De son côté, Lüsebrink (loc. cit., pp. 215-216) distingue les processus de sélection comme un élément structurel essentiel de tout transfert culturel.

13 Birgit Neumann, Ansgar Nünning, « Kulturelles Wissen und Intertextualität: Grundbegriffe und Forschungsansätze zur Kontextualisierung von Literatur », in Marion Gymnich et al., Kulturelles Wissen und Intertextualität: Theoriekonzeptionen und Fallstudien zur Kontextualisierung von Literatur, Trier, WVT, 2006, « […] die Gesamtheit kollektiv geteilter und symbolisch vermittelter Annahmen über die Wirklichkeit, d. h. über gesellschaftlich prävalente Themen, Werte, Normen, Selbst- und Fremdbilder », p. 6. [Cette traduction d’une citation en langue étrangère, ainsi que celles qui suivent, provient des autrices].

14 Yvonne Völkl, Sanja Sarić et Martina Scholger, Topic Modeling for the Identification of Gender-specific Knowledge: Virtues and Vices in French and Spanish 18th Century Periodicals », Journal of Computational Literary Studies, 1.1, 2022, p. 1.

15 Claire Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre, op. cit., p. 21.

16 Klaus-Dieter Ertler et al., Storytelling in the Spectators / Storytelling dans les spectateurs, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2020 ; Alexandra Fuchs, Klaus-Dieter Ertler, Jürgen Holzer, Mikroerzählungen in den Spectators: Eine Anthologie, Hamburg, Dr. Kovač, 2019 ; Donald Kay, Short Fiction in ‘The Spectator’, Alabama, University of Alabama Press, 1975.

17 Samuel Baudry, Denis Reynaud, Nouvelles formes du discours journalistique au XVIIIe siècle : Lettres au rédacteur, nécrologies, querelles médiatiques, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2018 ; Klaus-Dieter Ertler, « Moralische Wochenschriften », loc. cit. ; Elisabeth Hobisch, La forma epistolar en los espectadores españoles: Características y tipología de las cartas, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2017 ; Inmaculada Urzainqui Miqueleiz, « Autocreación y formas autobiográficas en la prensa crítica del siglo XVIII », loc. cit.

18 « [P]our enrichir l’espace critique et rendre les enseignements plus plastiques et divertissants ». Inmaculada Urzainqui Miqueleiz, « El último ‘espectador’ español: El Regañón General de Ventura Ferrer », in Klaus-Dieter Ertler, Alexis Lévrier et Michaela Fischer (éds.), Regards sur les ‘spectateurs’ : Periodical essay – Feuilles volantes – Moralische Wochenschriften – Fogli moralistici – Prensa moral, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2012, p. 235.

19 Suzanna van Dijk, Traces de femmes : Présence féminine dans le journalisme français du XVIIIe siècle, Amsterdam, APA, Holland University Press, 1988, pp. 19-20.

20 Yvonne Völkl, « Raconter soi, raconter l’autre. Stéréotypes nationaux dans les spectateurs de Justus van Effen », in Klaus-Dieter Ertler, Yvonne Völkl, Elisabeth Hobisch, Alexandra Fuchs et Hans Fernández (éds.), Storytelling in the Spectators / Storytelling dans les spectateurs, Frankfurt a. M., Peter Lang, 2020, p. 79.

21 Van Dijk, Traces de femme, op. cit., p. 21. En ce qui concerne le rôle des femmes dans le système de communication des Spectateurs espagnols, voir aussi Hobisch, « ¿Destinaria, epistológrafa o pensadora? Las voces femeninas en la Pensadora gaditana (1763-1764) », in Beatriz Sánchez Hita et Daniel Muñoz Sempere (eds.), Andalucía entre propios y extraños: Textos e imágenes en la (con)figuración de lo andaluz en los siglos XVIII-XIX, Granada, Comares, 2024, pp. 45-66. Dans son étude sur les voix féminines dans la littérature et la presse espagnoles du XVIIIe siècle, Claudia Gronemann (op. cit.) souligne également l’importance de la présence de voix fictives féminines et d’un lectorat imaginé féminin dans les textes qu’elle a analysés.

22 Alexis Lévrier, La Spectatrice, op. cit., pp. 238-239.

23 Ertler, « Moralische Wochenschriften », loc. cit.

24 En règle générale, pourtant, les imitations et traductions ont varié dans leurs points de vue politiques et leurs axes thématiques pour mieux s’adapter aux goûts locaux et au contexte culturel spécifique à leur public, tout en conservant les principales caractéristiques littéraires de l’original, y compris un auteur fictif, qui représente un homme exemplaire des Lumières s’adressant directement à son lectorat (Ertler, « Moralische Wochenschriften », loc. cit., par. 15-17). Dans ce contexte, Klaus-Dieter Ertler (« Les “spectateurs” sur le continent européen : le transfert d’un modèle de pragmatisme économique dans les cultures de langue romane ») a démontré, à l’exemple du personnage Andrew Freeport, comment le transfert du modèle de pragmatisme économique s’est déroulé à partir du contexte éthique protestant en Angleterre, via la France, vers les sociétés de tradition catholique en Italie et en Espagne.

25 Guinard, La presse espagnole de 1737 à 1791, op. cit., p. 34.

26 Plus exactement, El Filósofo à la moda (1788) est la traduction du périodique italien Il Filosofo alla Moda (1728-1730), lui-même traduction partielle de la traduction française du Spectator anglais, Le Spectateur ou le Socrate moderne (1716-1726). Dans la version italienne, les discours du texte français, qui maintiennent la structure du périodique anglais, sont transférés au contexte italien et enrichis par des références culturelles qui lui sont spécifiques. En outre, les numéros italiens sont plus longs et contiennent chacun deux discours traduits du texte original anglais. La traduction espagnole maintient la structure du périodique italien, mais varie légèrement l’ordre des discours et adapte les histoires fictives et références culturelles au contexte culturel espagnol.

27 En Espagne, la stricte censure étatique et religieuse est très probablement responsable de la multitude de périodiques publiés anonymement entre 1760 et 1789. De même, il est probable que, pour de nombreux auteurs, il paraisse plus sûr de taire les noms des auteurs et les titres des textes français qui les ont inspirés. Toepfer (Translationsanthropologie. Philologische Übersetzungsforschung als Kulturwissenschaft. Mit einer exemplarischen Analyse der ersten deutschen Odyssee von Simon Schaidenreisser (1537/38), Hannover, Wehrhahn, 2022, p. 14) va dans le même sens lorsqu’elle écrit que les traducteurs sont obligés d’orienter leur traduction en fonction de la culture cible et de ses normes et valeurs.

28 Voir par exemple les contributions dans le volume édité par Ann Thomson, Cultural Transfers: France and Britain in the Long Eighteenth Century, Oxford, Voltaire Foundation, 2010.

29 Völkl, « Raconter soi, raconter l’autre », loc. cit., p. 83.

30 Völkl, Spectatoriale Geschlechterkonstruktionen, op. cit.

31 Völkl, Sarić et Scholger, « Topic Modeling for the Identification of Gender-specific Knowledge », loc. cit., p. 2.

32 Esther Suzanne Pabst, Die Erfindung der weiblichen Tugend: Kulturelle Sinngebung und Selbstreflexion im französischen Briefroman des 18. Jahrhunderts, Göttingen, Wallstein, 2007.

33 Mónica Bolufer Peruga, Mujeres e Ilustración: La construcción de la feminidad en la Ilustración española, València, Inst. Alfons el Magnànim, 1998 ; Elena Kilian, Bildung, Tugend, Nützlichkeit: Geschlechterentwürfe im spanischen Aufklärungsroman des späten 18. Jahrhunderts, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2002 ; Birgit Schaufler, Schöne Frauen – starke Männer: Zur Konstruktion von Leib, Körper und Geschlecht, Opladen, Leske/Budrich, 2002 ; Lieselotte Steinbrügge, Das moralische Geschlecht. Theorien und literarische Entwürfe über die Natur der Frau in der französischen Aufklärung, Weinheim, Beltz, 1987.

34 Völkl, Sarić et Scholger, « Topic Modeling for the Identification of Gender-specific Knowledge », loc. cit., p. 2. Au cours du XVIIIe siècle, la redéfinition des rôles et fonctions des femmes et des hommes dans la société a entraîné une transformation de la perception de la nature humaine et de la vertu. Cette dernière, dérivée du latin virtus et associée aux qualités méritoires des hommes (comme le courage et la force), subit une féminisation à partir de la fin du XVIIe siècle. Ce changement s’accompagne d’une dichotomisation et d’une complémentarité des genres, attribuant des caractères et des qualités anthropologiquement invariants aux femmes et aux hommes. La vertu, autrefois définie de manière uniforme pour les deux sexes, devient problématique, est réinterprétée et dotée de normes comportementales spécifiques à chaque genre. Parallèlement, la vertu féminine est émotionnalisée et confinée à la sphère privée, permettant ainsi de perpétuer les hiérarchies de genre existantes à l’aide de nouveaux arguments. Ce processus contribue à la création, à la diffusion et à la stabilisation de la doctrine des caractères genrés (Pabst, op. cit., pp. 25-30).

35 Völkl, Spectatoriale Geschlechterkonstruktionen, op. cit., pp. 282-286.

36 Dictionnaire de l’Académie françoise, 1762, s.v. ‘maître’.

37 Heße, Männlichkeiten im Spanien der Aufklärung, op. cit., p. 157.

38 Van Effen, Le Misantrope, I, 17, 150-151. Les citations suivantes, tirées du Misantrope et des Spectateurs, référencées dans la bibliographie sous le nom de chaque éditeur, sont extraites de l’édition numérique des Spectators (Ertler et al., Les ‘spectateurs’ dans le contexte international, op. cit.).

39 Ibid., p. 4.

40 Ibid., pp. 4-5.

41 Ibid., pp. 7-8.

42 Selon le Dictionnaire de l’Académie françoise (s.v. ‘fat’), il s’agit d’un adjectif qui signifie « [i]mpertinent, sans jugement, plein de complaisance pour lui-même » et s’emploie régulièrement comme substantif.

43 Bastide, Le Monde, II, 46, 182-183.

44 Voir aussi Höfer, Petit-maîtres, Muscadins, Incroyables, Merveilleuses, op. cit., p. 8.

45 Ibid., p. 10.

46 Ibid., p. 9.

47 Heße, Männlichkeiten im Spanien der Aufklärung, op. cit. p. 157.

48 Ibid., pp. 166-176.

49 « [En les attribuant aux hommes], vous leur faites un tort notoire, en leur appropriant des êtres si indignes de ce nom, si peu intelligents, si peu vigoureux, si peu doués, si efféminés, et qui en sont venus à ressembler tellement aux femmes, que, pour l’être en réalité, il leur suffit seulement de donner naissance ». Álvarez y Valladares, El Pensador, LV, 38.

50 « Ces petits chapeaux de vitrine, [...] qui ne peuvent protéger ni du soleil ni de la pluie ». El Pensador, LV, 39.

51 « Il est insensé de se persuader que la beauté de cet ornement s’accroît à mesure qu’il s’éloigne de la nature ». El Pensador, LV, 40-41.

52 Il est intéressant de noter que le petimetre espagnol a une déclinaison féminine : la petimetra. Selon Ana Hontanilla (« The Airy and the Irrational », loc. cit.), dans le discours des Lumières, les goûts de luxe de la petimetra et son désir d’articles de mode étrangers sont présentés comme un facteur principal de la récession économique espagnole. Bien que la critique de ce stéréotype féminin se superpose et s’entrelace sur le plan discursif avec une vision catholique misogyne des femmes très ancienne, les satires de son équivalent masculin, le petimetre, sont, du point de vue économique, tout aussi sévères.

53 Hobisch, « ¿Destinaria, epistológrafa o pensadora? », loc. cit., p. 76.

54 « Petit-maître : J’ai proposé ce matin au coiffeur de me faire la coiffure aux roses, et après m’avoir tyrannisé pendant deux heures, il a fait ses points si inégaux, que je l’ai défait ; et pour me débarrasser au plus vite de ses fers, je suis sorti avec celle [la coiffure] si commune, que j’ai l’air d’un Ortèra [i.e. une écuelle de bois] ; mais j’ai déjà résolu qu’aucun officiel du pays [i.e. coiffeur] ne touche plus à un cheveu de ma tête, car chez les étrangers, bien qu’ils soient plus chers, on a au moins le plaisir de faire admirer par tout le monde le bon goût de sa tête ». Nosip y Vargas, El Curioso Entretenido, V, 232-233.

55 Christian von Tschilschke, Identität der Aufklärung – Aufklärung der Identität: Literatur und Identitätsdiskurs im Spanien des 18. Jahrhunderts, Frankfurt a. M., Vervuert, 2009, p. 65.

56 Ibid., pp. 72-94.

57 Ertler, “Moralische Wochenschriften in Spanien”, loc. cit., pp. 207-215 ; Ertler, Tugend und Vernunft in der Presse der spanischen Aufklärung, op. cit., pp. 89-120 ; Hobisch, « ¿Identidades en crisis? », loc. cit., par. 26-31 ; Hontanilla, « The Airy and the Irrational », loc. cit. Au sujet de l’économie dans les Spectateurs européens, voir les contributions du volume collectif publié par Klaus-Dieter Ertler, Samuel Baudry et Yvonne Völkl, Discourses on Economy in the Spectators, op. cit.

58 Tschilschke, Identität der Aufklärung, op. cit., pp. 72-77 ; Heße, Petit-maîtres, Muscadins, Incroyables, Merveilleuses, op. cit., p. 157 ; Jan-Henrik Witthaus, Sozialisation der Kritik im Spanien des aufgeklärten Absolutismus, Frankfurt a. M., Klostermann, 2012, p. 341.

59 Dans son analyse du discours identitaire du XVIIIe siècle en Espagne, Tschilschke (op. cit., pp. 70-71) souligne que, selon les historiens modernes, il ne s’agit pas vraiment d’un moment de crise ou de décadence, mais que cette argumentation vise plutôt à légitimer les réformes sociales et politiques des intellectuels de l’époque.

60 Lüsebrink, loc. cit., p. 217.

61 Boulard, Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750, op. cit., p. 21.

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Pour citer cet article

Référence papier

Elisabeth Hobisch et Yvonne Völkl, « La presse des Spectateurs et son rôle dans le transfert du savoir des Lumières à l’exemple du concept du petit-maître »Babel, 53 | 2026, 65-84.

Référence électronique

Elisabeth Hobisch et Yvonne Völkl, « La presse des Spectateurs et son rôle dans le transfert du savoir des Lumières à l’exemple du concept du petit-maître »Babel [En ligne], 53 | 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/babel/18838 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16h5g

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Auteurs

Elisabeth Hobisch

Graz University of Technology
Institute of Human-Centred Computing

Yvonne Völkl

Graz University of Technology
Institute of Human-Centred Computing

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