Donnée scientifiques produites :
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- 1 Sur les travaux effectués, voir Gallazzi 2022b ; Gallazzi, Hadji-Minaglou 2022.
- 2 Concernant les fouilles réalisées année après année, se reporter à la bibliographie indiquée dans (...)
- 3 Le texte du document est publié dans Spiegelberg 1908, p. 56-58.
- 4 Gallazzi 2022b, p. 203-219 ; Gallazzi, Hadji-Minaglou 2022, § 20-22.
1Lors de la campagne menée en septembre et octobre 20211, la mission conjointe de l’Ifao et de l’université de Milan, qui travaille sur les vestiges de l’ancienne Tebtynis depuis 19882, avait fouillé une portion de l’énorme dépotoir s’étendant à l’est du sanctuaire de Soknebtynis, ainsi qu’une partie de la petite place située à l’extrémité est de la grande allée dénommée « dromos de Tefresudj(ty ?) » dans le papyrus P.Cair. 30617a, 3 (98 av. J.-C.)3. Dans les dernières semaines du mois d’octobre, les façades de deux temples superposés, situés sur le côté est de la place, avaient été mises au jour4, mais, par manque de temps, les travaux s’étaient arrêtés dans la cour du lieu de culte supérieur. À la fin de la campagne, la mission s’était donc fixée quatre objectifs pour la saison suivante : 1. continuer la fouille du dépotoir ; 2. compléter la fouille de la place ; 3. mettre au jour dans leur totalité les temples repérés ; 4. identifier la/les divinité(s) adorée(s) dans les deux lieux de culte.
2Les permis des autorités égyptiennes, attendus pour juillet-août 2022, n’ont été accordés qu’en février 2023, de sorte que la mission a été obligée de reporter ses fouilles, de travailler avec moins de spécialistes que prévu – plusieurs d’entre eux étant engagés ailleurs – et de mener une campagne de seulement cinq semaines – au lieu des deux mois habituels –, du 28 mars au 30 avril 2023. Malgré une équipe réduite et une saison écourtée, les objectifs fixés à la fin de la campagne de 2021 ont tout de même été atteints.
3Le grand dépotoir, situé près du temple de Soknebtynis, a été repéré en 1994. Déjà fouillé sur une surface de plus de 5 500 m2, il est cependant loin d’être épuisé5. En avril 2023, son démantèlement a donc repris là où il s’était arrêté fin octobre 2021, à savoir 95 m à l’est du péribole du temple, et a été étendu vers le nord sur une superficie de 70 m2. Malgré les dimensions réduites de l’espace fouillé, une certaine quantité d’objets et de textes a, comme d’habitude, été mise au jour.
- 6 Gallazzi, Hadji-Minaglou 2016, p. 72-73 ; Gallazzi, Hadji-Minaglou 2019, p. 152, no 92.
- 7 Voir l’exemplaire reproduit dans Gallazzi, Hadji-Minaglou 2019, p. 213, no 142.
4Le mobilier se situe dans la période comprise entre la fin du iiie s. av. J.-C. et le début de l’époque romaine, mais la plupart des objets datent du iie s. av. J.-C. Aucun n’est exceptionnel, mais certains sont remarquables par leur rareté et leur état de conservation. Nous n’en mentionnons que deux : un piège à oiseaux et une fronde. Le piège, fait de cordes, de crins de cheval ou d’ânes, de boules d’argile et d’un bâtonnet de bois, est identique à celui découvert en 2015 au nord-ouest du sanctuaire de Soknebtynis dans une couche du ier s. apr. J.-C. et présenté en 2019 comme pièce unique dans l’exposition consacrée aux fouilles de la mission au Musée égyptien du Caire6. Il doit, néanmoins, être mentionné pour deux raisons : il est exceptionnellement intact et, daté du iie s. av. J.-C., il témoigne de la diffusion de cet instrument de chasse pendant plusieurs siècles. La fronde, probablement employée elle aussi par un chasseur, est venue s’ajouter à quelques autres exemplaires exhumés les années précédentes. Contrairement aux pièces déjà connues, de petites dimensions et en fibre de palmier ce qui donne l’impression qu’il s’agit de jouets7, celle trouvée en 2023 est faite d’un tissu épais et possède une poche à projectile longue d’une quinzaine de centimètres, permettant de lancer des pierres assez grosses (fig. 1). Aucun outil comparable n’avait été identifié jusqu’à présent.
Fig. 1. Fronde du iie s. av. J.-C. (Ihab Mohamed Ibrahim).
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5Une vingtaine d’ostraca et de dipinti sur amphores écrits en grec ont été découverts, ainsi qu’une dizaine d’ostraca et de dipinti démotiques, 20 papyrus grecs et 10 papyrus démotiques, tous datés du iie ou du ier s. av. J.-C., ce qui porte à une soixantaine le nombre de textes recueillis. Aucune pièce en démotique ou en grec ne se démarque par son contenu du matériel exhumé du dépotoir depuis 1994. Toutefois, deux papyrus démotiques doivent être mentionnés pour la manière dont ils nous sont parvenus : ils n’ont pas été mis au rebut enroulés, froissés ou ouverts, mais attachés à des bouchons d’amphores. En effet, ils avaient été pliés et placés sous ces bouchons au moment de la fermeture des conteneurs, afin d’empêcher que l’argile mouillée ne tombe à l’intérieur, et ont alors adhéré à l’argile fraîche. Le fait qu’un papyrus provienne du bouchon d’un pot ou d’une amphore doit retenir notre attention, car il peut permettre d’expliquer certaines détériorations, mais aussi nous aider à identifier et à replacer des fragments détachés.
- 8 Gallazzi, Hadji-Minaglou 2021, § 10 ; Gallazzi 2022a, p. 29.
- 9 Gallazzi, Hadji-Minaglou 2022, § 11-16 ; Gallazzi 2022a, p. 29-32. Pour des photos et des plans, v (...)
- 10 Gallazzi, Hadji-Minaglou 2021, § 23 ; Gallazzi 2022a, p. 30.
- 11 Gallazzi 2020, p. 128-129 ; Gallazzi, Hadji-Minaglou 2020, § 23-24.
6Pendant la campagne de 2020, la place qui s’ouvre à l’extrémité du « dromos de Tefresudj(ty ?) » avait été atteinte et fouillée sur son côté ouest8. En 2021, les travaux ont été étendus vers le sud et l’est, et les limites de l’esplanade à l’époque romaine ont été repérées sur ses quatre côtés9. En même temps, un dallage, long de 9,70 m et large de 3,05 m à l’est et de 3,80 m à l’ouest, a été mis au jour devant l’entrée du temple le plus récent, C3400-II. Les couches hellénistiques n’ayant été fouillées en 2021 que dans la moitié sud, les travaux ont débuté en mars 2023 au nord du dallage mis au jour et ont été poussés jusqu’au sol vierge partout où cela était possible. Un autre dallage, long de 2 m, a été découvert dans les niveaux du iiie s. av. J.-C., devant la porte du temple le plus ancien (C3400-I) ; une aire de passage en argile bordée d’une mince assise de briques a été repérée dans le prolongement de ce dallage et un autel en briques crues a été retrouvé non loin, dans des couches du iie s. av. J.-C. À 8 m du dallage, la limite nord de la place à l’époque ptolémaïque a été identifiée : le mur d’un bâtiment remontant au iiie s. av. J.-C. a été repéré sous les façades des maisons romaines, décalé de 40 cm vers le nord. Nous pouvons ainsi dire que la longueur nord-sud de la place n’a pas changé du début de la période hellénistique, lorsque l’esplanade a été aménagée, au iiie s. apr. J.-C., quand le sable du désert commença à envahir ce secteur du village. La largeur est-ouest a, en revanche, diminué à la fin de l’époque ptolémaïque au sud de l’esplanade, quand la maison C3200-III W a été bâtie dans l’angle sud-ouest, devant le podium C5100-III, ainsi que nous l’avons constaté en 202010. Aucune vérification n’ayant pu être effectuée à cause de l’énorme cavalier de déblais recouvrant les constructions bordant le côté nord du « dromos de Tefresudj(ty ?) », nous ne pouvons malheureusement pas pour l’instant dire si au iie et au ier s. av. J.-C. l’esplanade était aussi étendue vers l’ouest, sur son côté nord que sur son côté sud11.
- 12 Gallazzi 2022b, p. 215-218 ; Gallazzi, Hadji-Minaglou 2022, § 19-22.
- 13 Les tombes les plus proches, remontant à la fin de l’époque romaine ou au début de la période byza (...)
- 14 Papaconstantinou 2001, p. 320.
7Après l’achèvement des investigations menées dans la place, la fouille a été étendue vers l’est, au-delà des façades des deux temples superposés, qui avaient été repérées en 2021 sur le côté est de l’esplanade12. À l’exception du côté nord, où les traces d’une intervention précédente étaient visibles, le terrain était intact et présentait une surface plane, entièrement couverte de sable éolien. Comme au-dessus du dromos et de la place, le sable avait une épaisseur moyenne de 1 à 1,50 m et ne contenait aucun matériel, hormis une dizaine de marmites noircies par la fumée. Elles sont les témoins de repas commémoratifs de défunts préparés non loin des sépultures13, selon une tradition égyptienne conservée jusqu’à l’époque chrétienne14. Ces marmites, que nous pouvons dater des iiie-ive s. apr. J.-C., ont été déposées dans le sable qui recouvrait les vestiges du temple supérieur, C3400-II, alors que celui-ci était en ruine depuis un certain temps.
8Construit vers 100 av. J.-C. sur un plan rectangulaire, C3400-II mesure 16,60 (est et ouest) × 21,70 (nord et sud) m (fig. 2-5). Il est orienté d’est en ouest, dans l’axe du « dromos de Tefresudj(ty ?) », et sa façade principale donne sur le côté est de la place. Son entrée, d’une largeur totale de 3,10 m, sans les montants en pierre aujourd’hui disparus, s’ouvre sur une cour de 5,25 (est et ouest) × 8,50 (nord et sud) m qui donne accès au nord à une pièce de service et à un couloir, au sud à une petite cour et à la cage d’escalier, et à l’est au pronaos.
Fig. 2. Le temple C3400-II vu du « dromos de Tefresudj(ty ?) » (iie-ier s. av. J.-C.) (Ihab Mohamed Ibrahim).
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Fig. 3. Le temple C3400-II vu de l’est (Ihab Mohamed Ibrahim).
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Fig. 4. Plan du temple C3400-II (G. Hadji-Minaglou).
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Fig. 5. Le temple C3400-II consolidé, vu de nord-ouest (M. Kačičnik).
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9Au nord, la pièce de service, mesurant 2,85 (est et ouest) × 3 (nord et sud) m, contient quatre silos construits contre son mur est au iie s. apr. J.-C. Le couloir, large de 85 cm, mène à quatre pièces établies contre le mur nord du bâtiment. Ces pièces, numérotées de I à IV, sont de plan rectangulaire et ont approximativement les mêmes dimensions : 3 (nord et sud) × 1,50 (est et ouest) m. Des banquettes étaient installées dans trois d’entre elles (I, III et IV), tandis que le sous-sol de la quatrième (II) est entièrement occupé par une cave au plafond en bois. Deux autres caves voûtées sont aménagées sous le couloir. L’une, à l’ouest, a une longueur de 6,50 (nord et sud) m, une largeur de 43 cm et une hauteur de 1,10 m ; on y pénétrait par un puits situé à l’extrémité ouest du couloir. L’autre, à l’est, longue de 5,76 (nord et sud) m, large de 52 cm et haute de 1,10 m, était accessible de la pièce III par un escalier de quatre marches passant sous le mur nord du couloir. Un appui de fenêtre est en partie conservé dans la pièce III et l’emplacement de deux autres a été repéré dans les pièces II et IV. Ces fenêtres étaient situées au-dessus de niches creusées dans le mur nord. Chaque pièce possédait une seconde niche aménagée dans son mur ouest. Comme les trois autres situées au sud, ces quatre pièces étaient vraisemblablement affectées aux prêtres qui habitaient dans le temple et avaient la charge du culte.
10Au sud, la petite cour sud-ouest mesure 3,40 (est et ouest) × 3,75 (nord et sud) m ; contre son mur est, deux fours à pain ont été installés au début du iie s. apr. J.-C. La cage d’escalier occupe une surface carrée de 5,60 m de côté. Elle compte deux entrées : l’une à l’ouest s’ouvre sur une soupente, l’autre à l’est donne accès à l’escalier, composé de quatre volées se développant autour d’un noyau central, et à un couloir desservant trois pièces (numérotées de V à VII) disposées le long du mur sud de la construction. Ces pièces sont presque carrées, de dimensions 2,20-2,30 (nord et sud) × 2 (est et ouest) m. Comme les pièces au nord, elles étaient sans doute éclairées par des fenêtres et avaient des niches. Le sous-sol des pièces V et VII est divisé en deux caves voûtées de direction nord-sud, dans lesquelles on pénétrait par des trappes situées contre le mur sud. D’autres caves sont installées sous le couloir. Au nombre de trois, elles se développent vers l’est et sont accessibles par des puits situés devant la porte de chacune des pièces. Couvertes de voûtes presque plates, ces trois caves ont des longueurs comparables (d’est en ouest : 1,95 m, 2,05 m et 1,90 m), mais leurs autres dimensions sont différentes : la largeur de la cave ouest est de 41-43 cm et sa hauteur varie de 1,14 m à l’entrée à 50 cm au fond ; la largeur de la cave est est de 48 cm et sa hauteur change de 1 m à l’entrée à 68 cm au fond. La troisième cave, celle du milieu, est particulière : non seulement sa largeur varie de 80 à 70 cm et sa hauteur de 1 m à 38 cm, mais elle passe en partie sous le mur sud du couloir, dont la fondation à cet endroit est en encorbellement.
- 15 Pour des autels similaires dans les deux temples de Karanis, se reporter à Boak 1933, p. 9, pl. IV (...)
- 16 Boak 1933, p. 9 ; pl. III, fig. 6 ; pl. IV, fig. 7 ; et Peterson 1933, p. 53, pl. XXVIII, fig. 50.
11Les deux couloirs au nord et au sud encadrent le pronaos et le naos. Le pronaos mesure 1,55 (nord et sud) × 5,35 (est et ouest) m. Son entrée, large de 1,90 m, fait face à celle du temple et se trouve dans le même axe que celle-ci. L’emplacement des jambages est conservé, avec la crapaudine en position, au nord. Également orienté dans l’axe de l’entrée du temple, le naos a un plan légèrement trapézoïdal mesurant 5,65 (nord et sud) × 5,40 (ouest) × 5,15 (est) m. Il était occupé pour un tiers par un autel constitué d’une plateforme rectangulaire, mesurant 4,50 (nord et sud) × 2 (est et ouest) m, haute d’au moins 1 m et adossée au mur est du bâtiment sur son côté le plus court15. Son socle en briques crues, entièrement habillé en blocs de calcaire, contient deux compartiments enduits et accessibles de l’extérieur, qui étaient utilisés comme resserres. Le mur à l’est étant arasé trop bas, nous ne pouvons pas affirmer qu’une niche y était creusée derrière l’autel, comme dans d’autres temples, par exemple ceux de Karanis16, mais cela est fort probable. Dans le mur sud de la pièce s’ouvrait une petite porte donnant sur le couloir adjacent. Sa crapaudine en bois a été retrouvée en place sur le seuil.
- 17 Il n’est pas exclu que la construction était déjà en mauvais état, comme d’autres lieux de culte p (...)
12Malheureusement, au iiie s. apr. J.-C., C3400-II a été saccagé par des gens qui voulaient vandaliser plutôt que piller, vraisemblablement des chrétiens qui s’acharnèrent contre un symbole de la religion païenne17 (fig. 6).
Fig. 6. Le naos démantelé du temple C3400-II (Sayed Awad Mohamed).
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13Ils déplacèrent les blocs du dallage dans le pronaos et le naos, creusèrent des trous de part et d’autre de l’autel et démantelèrent la plateforme, rejetant les pierres à droite et à gauche. Néanmoins, ils n’emportèrent rien : ils bouleversèrent les lieux et laissèrent tout sur place. Ainsi, un linteau, réutilisé comme siège ou comme appui, sur lequel est gravée une dédicace grecque à Soknebtynis faite par les ἐλαιουργοί, à savoir les producteurs d’huile, de Ptolemais Euergetis (iie-ier s. av. J.-C.) a été récupéré dans la cour. Un second bloc, portant une dédicace semblable gravée par les mêmes ἐλαιουργοί, a été recueilli dans le naos en même temps que des petits autels brisés, une statue en calcaire d’Isis kourotrophos au visage défiguré et plusieurs morceaux d’un ou deux brancards en bois. En outre, sous les blocs renversés de l’autel, ont été retrouvés deux crocodiles momifiés : un exemplaire adulte long de plus de 4 m et un bébé de 30 cm, qui étaient à l’origine installés sur l’autel et ont été jetés lorsque la plateforme a été détruite (fig. 7).
Fig. 7. Momie de crocodile dans le naos du temple C3400-II (Sayed Awad Mohamed).
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- 18 Van de Walle 1972.
- 19 Rübsam 1974, p. 179-185 ; Kockelmann 2017, p. 400-404.
- 20 Rondot 2004, p. 9-143 ; Gallazzi 2018, p. 113-153.
- 21 Kockelmann 2017, p. 403.
- 22 Concernant la régénération du dieu, qui se réalisait grâce au rite du hnm-jtn, voir Kockelmann 201 (...)
- 23 Aucun mammisi dédié à un dieu-crocodile n’est mentionné dans les rapports de fouilles publiés jusq (...)
14À qui pouvait être dédié ce temple ? Le papyrus P.Cair. 30617a, qui mentionne à la l. 3 le « dromos de Tefresudj(ty ?) », ne nous aide pas à répondre à cette question, car Tefresudj(ty ?) n’indique pas un seul dieu. Le mot Rś-wd3, inclus dans TꜢ-frś(.t)-wdꜢf = Tefresudj(ty ?), peut en effet dénommer une entité divine, ou bien être une épithète attribuée à Osiris, Amon, Rê-Horakhty, Ptah et Sokaris, souvent associés les uns aux autres ou à d’autres divinités dans les formes composites Min-Amon, Rê-Horakhty-Atoum, Ptah-Sokaris-Osiris18. Mais il est exclu que C3400-II ait été consacré à une entité divine dénommée Rś-wd3 ou à une des divinités se parant de cette épithète : les deux momies et les cinq statuettes de crocodile récupérées dans la construction révèlent que le lieu de culte était consacré à un dieu-crocodile. Plusieurs divinités représentées par un crocodile étaient adorées à Tebtynis : Soknebtynis, Sokeabonthis, Soknebnaïs, Sokonopis et Sokopikonsis19. Soknebtynis était vénéré dans le temple principal du village découvert en 1899 et fouillé dans les années 193020, tandis que Sokeabonthis, Soknebnaïs, Sokonopis et Sokopikonsis étaient hébergés comme ϲύνναοι θεοί dans le sanctuaire de Soknebtynis, ou bien avaient des chapelles qui leur étaient consacrées21. Pourtant, il est impossible que C3400-II ait été dédié à l’une de ces quatre divinités : les deux dédicaces à Soknebtynis récupérées dans ses ruines prouvent que C3400-II était aussi dédié à Soknebtynis. Mais l’existence de deux temples consacrés à la même divinité n’est attestée dans aucun autre village du Fayoum ou de la Vallée. Pour expliquer cette présence concomitante de deux lieux de culte dédiés à Soknebtynis, il faut prendre en considération les caractéristiques de C3400-II, sa situation et ce que nous y avons trouvé. En observant ses vestiges, nous remarquons que ses dimensions ne sont pas comparables à celles du grand sanctuaire : il mesure 21,70 × 16,70 m, tandis que l’autre a une longueur de 114 m et une largeur de 60 m. En considérant sa position, nous constatons qu’il est situé à l’est du sanctuaire, qu’il n’est pas loin de celui-ci et qu’il lui est directement relié par le « dromos de Tefresudj(ty ?) ». Rappelons aussi que dans le naos nous avons mis au jour deux momies de crocodiles, l’une d’une longueur d’environ 4 m, l’autre d’une trentaine de centimètres, une statue d’Isis kourotrophos et des morceaux de brancards. Ces remarques nous portent à penser que C3400-II était une dépendance du grand sanctuaire, une sorte de mammisi, où, par l’intervention du soleil Rê, se réalisait la transformation rituelle du vieux dieu-crocodile en jeune dieu solaire Sobek-Rê-Horus22. Si nous interprétons ainsi C3400-II, la dédicace à Soknebtynis du nouveau temple et du grand sanctuaire devient claire, car il s’agissait du même dieu qui occupait les deux lieux de culte dans des phases différentes de son existence. La situation du bâtiment s’explique aisément : il se trouve à l’est du sanctuaire parce que c’est à l’est que se levait le soleil régénérant le vieux dieu-crocodile ; et il est relié au grand temple parce que les deux lieux de culte étaient des stations des processions se déroulant en dehors du sanctuaire. Pour ce qui concerne les deux momies, il est aisé de comprendre pourquoi elles se trouvaient dans le naos : elles représentaient le vieux dieu-crocodile et le dieu rajeuni en tant que Sobek-Rê-Horus. Quant à la statue d’Isis kourotrophos, sa présence est justifiée : la déesse s’occupait d’Horus, à qui était assimilé le jeune dieu-crocodile né par l’intervention de Rê. Les morceaux de brancards, enfin, montrent que les momies des sauriens étaient transportées hors du temple pendant les processions liées au rite du hnm-jtn. Cette interprétation de C3400-II éclaire aussi la dénomination « dromos de Tefresudj(ty ?) », à savoir une « grande allée qui mène au temple du dieu qui se réveille en bonne santé » : le dieu se réveillant en bonne santé était Soknebtynis qui renaissait et rajeunissait grâce au rite de l’hnm-jtn23.
15C3400-II a été bâti vers 100 av. J.-C. sur les fondations d’un temple plus ancien, C3400-I, en remployant une grande partie des briques de la construction démantelée. Érigé à la fin du ive ou au début du iiie s. av. J.-C., C3400-I mesure 16,70 (nord-sud) × 10,60 (est-ouest) m. Il n’est conservé qu’au niveau des fondations et seules ont été repérées des sections des murs extérieurs sud, nord et est et quelques portions de murs de refend, de même que l’emplacement de l’entrée et de la cage d’escalier. L’entrée s’ouvrait sur la place à l’ouest et se trouve dans l’axe est-ouest de l’édifice, qui est parallèle à celui de C3400-II. Elle donnait sur un espace dont n’a été repéré que l’angle sud-est et dans lequel a été trouvé un reste de dallage en pierre. La cage d’escalier était située au nord de l’espace suivant, qui était sans doute le pronaos et dont la largeur est de 2 m ; elle couvrait une superficie d’environ 9 m2. Le troisième espace, dont seules quelques bribes de mur donnent les limites, avait une largeur nord-sud de 6 m ; ce devait être le naos où se trouvait l’autel, sans doute semblable à celui de C3400-II (fig. 8).
Fig. 8. Plan du temple C3400-I (G. Hadji-Minaglou).
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- 24 Gallazzi, Hadji-Minaglou 2016, p. 78-82 ; Gallazzi 2016, p. 13-20 ; Gallazzi 2018, p. 152-156.
- 25 Hadji-Minaglou 2000, p. 43-61.
- 26 Kockelmann 2017, p. 408-410.
16L’orientation et la situation de C3400-I et C3400-II étant identiques et leurs proportions étant comparables, nous devons en déduire que les deux bâtiments avaient les mêmes fonctions. C3400-I était, donc, le mammisi rattaché au premier sanctuaire de Soknebtynis, celui qui a été découvert en 2015 à l’intérieur du téménos plus récent, mis au jour dans les années 193024. Ce n’est pas un effet du hasard si C3400-I et le premier sanctuaire ont tous deux été bâtis vers 300 av. J.-C. et arasés à la fin du iie ou au début du ier s. av. J.-C. De même, C3400-II était le mammisi annexe au deuxième sanctuaire, érigé vers 100 av. J.-C. et utilisé jusqu’au iiie s. apr. J.-C. Les connexions très étroites entre les deux petits temples et les deux phases du grand sanctuaire expliquent pour quelle raison la chronologie des bâtiments coïncide : ils furent construits, arasés, rebâtis et abandonnés en même temps, parce qu’ils fonctionnaient ensemble. À la chronologie du sanctuaire, de C3400-I et de C3400-II correspond celle de la chapelle d’Isis Thermouthis, qui fut elle aussi fondée au tout début du iiie s. av. J.-C., démantelée vers 100 av. J.-C. et reconstruite tout de suite après25. Elle était également liée au temple de Soknebtynis et avait la même destinée, car Isis Thermouthis était considérée comme la parèdre du dieu-crocodile26 et, pour cette raison, sa chapelle se trouvait près de l’entrée de son sanctuaire principal. Le grand temple de Soknebtynis, les mammisis et la chapelle d’Isis Thermouthis constituaient un ensemble de lieux de culte centrés autour du dieu-crocodile, qui ont évolué de façon homogène pendant six siècles.