Données scientifiques produites :
http://www.ifao.egnet.net/archeologie/tell-el-herr/
- 1 En raison d’un retard administratif important des autorités locales lié à une évaluation des trava (...)
1En 2023, les membres de la mission franco-égyptienne de Tell el-Herr n’ont pas pu assurer leurs activités au sein des magasins des Antiquités du MoTA de la ville de San el-Hagar/Tanis (province de la Sharquiya, Delta), où est conservée une partie importante de la documentation issue des vingt-cinq années d’investigations menées sur le site. La septième campagne d’étude du matériel est donc programmée à l’automne 20241. Celle-ci se déroulera sous la tutelle du CNRS (UMR 8167 Orient & Méditerranée, équipe Mondes pharaoniques), de Sorbonne Université et de l’Ifao, et, comme chaque saison, sous l’autorité bienveillante des inspectorats de San el-Hagar et du Nord-Sinaï (Qantara) et de leurs représentants respectifs, Metwali Saleh, Qutub Mustafa Qutub, Omar Hasib Omar, Hesham M. Hussein et Nader Galal, à qui la mission adresse ses remerciements pour leur soutien toujours indéfectible.
2Les membres de l’équipe ont toutefois poursuivi leurs recherches et leurs efforts ont abouti, à l’automne 2023, à la parution d’un volume collectif de Varia dans la revue numérique de la Sorbonne, NeHeT, grâce à l’appui financier de l’UMR 8167. Cet ouvrage s’intitule Tell el-Herr et le Nord-Sinaï. Actualités de la recherche. Il réunit onze contributions : sept d’entre elles développent des aspects de la vie quotidienne des occupants de Tell el-Herr et de la culture matérielle de la fin de la Basse Époque, quatre autres présentent les données – anciennes ou nouvelles – acquises par les principaux acteurs des projets initiés sur d’autres sites majeurs du Nord-Sinaï (Tell Heboua I-II, Silè/al-Qantara, Péluse/al-Farama). D’autres études – articles, communications, notices – mettent aussi en avant les avancées des travaux menés antérieurement dans la région, dorénavant inaccessible, dont l’exploitation et la richesse des ressources documentaires suscitent toujours un intérêt accru.
3Dans la perspective de la valorisation du site et de ses alentours s’inscrivent, notamment, plusieurs études de collections d’objets. L’une, entamée l’an dernier et prioritaire dans le programme des publications à venir, concerne les inscriptions sémitiques (en araméen et en phénicien) et démotiques sur jarres et/ou amphores et autres artefacts en terre cuite, en métal ou en pierre, mises au jour dans les niveaux perses et du ive s. av. J.-C. de Tell el-Herr. Une classification affinée des amulettes et autres talismans trouvés en nombre sur le site est par ailleurs en cours d’élaboration, en vue de leur publication sous la forme d’un catalogue raisonné.
[Catherine Defernez]
- 2 Bonadies 2023 ; Pesenti 2023, p. 190-196. Dans l’une et l’autre contribution, les données chiffrée (...)
4Les recherches relatives aux activités économiques et commerciales dans la région de Tell el-Herr et de Péluse, entamées depuis plusieurs années, ont progressé. À cet égard, l’étude de deux ensembles céramiques importants vient nuancer les estimations récemment proposées2, sur la base d’une portion infime du matériel publié. Le cadre contextuel de ces assemblages se situe sur le pourtour est du tell, où les activités de la mission se concentrèrent dans les années 2000.
- 3 Valbelle 2010 ; Valbelle, Defernez 2023, p. 353-361.
5La mise en valeur du site et des imposants remparts des deux citadelles perses connues a conduit la mission à entreprendre, dans les années 2000, des fouilles de grande ampleur sur une superficie importante de la partie orientale du tell, en particulier dans la zone située autour du bastion d’angle nord-est de la première enceinte (fig. 1), dans un secteur sévèrement détruit par les explorations antérieures de l’université de Beersheba (North Sinaï Survey) et les interventions militaires menées dans les années 1970. Un vaste programme d’étude des enceintes et de leurs accès, initié en 2006, a abouti, en 2008, au dégagement de la porte monumentale de la deuxième enceinte – en partie détruite aujourd’hui – et, en 2010, à la découverte de la porte orientale de l’ancienne forteresse perse et de son important dispositif d’entrée3.
- 4 La phase VI de Tell el-Herr couvre les deuxième et troisième quarts du ve s. av. J.-C., la phase V (...)
6Les travaux engagés autour de la porte et de ses abords se sont effectués de manière progressive et en plusieurs étapes. Ils ont révélé une stratigraphie complexe, marquée par une riche accumulation de déblais – vestiges de l’abandon et de la démolition de l’ancienne citadelle – et de profondes excavations (fosses, foyers, fours) dans les arasements de l’enceinte. Une importante quantité de matériel provient des couches épaisses de remblai, formées au moment de l’édification du nouveau rempart, et qui scellent les constructions précédentes, contemporaines de l’enceinte du début du ve s. av. J.-C. Deux ensembles importants coïncident avec la grande phase d’extension du site. Ils s’inscrivent dans un intervalle court, au sein de la phase VB (dernier quart du ve s. av. J.-C.), qui marque le passage entre les deux périodes d’occupation majeures du site, les phases VI et VA4. Le premier ensemble, E29, est issu du comblement de l’espace compris entre les deux enceintes, en avant de la porte de l’ancien fortin (fig. 1-3) ; le second, E2, provient de la zone située immédiatement au sud de la tour d’angle nord-est du premier rempart (fig. 1).
Fig. 01. Segment oriental des enceintes dégagé de 2006 à 2010. Vue d’ensemble prise par cerf-volant (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, J.-F. Gout, J.-M. Yoyotte).
© Ifao. 19117_2023_NDMPF_001
- 5 Valbelle 2009.
- 6 Comme dans la partie ouest de la forteresse, une rampe desservait l’entrée depuis le niveau de la (...)
- 7 Ce remplissage comblait la rue, la porte et ses abords, jusqu’au niveau supérieur d’utilisation de (...)
7Le dégagement de la porte de l’ancienne forteresse perse et de ses abords (fig. 2-3), entamé en 20095, après la dépose des vestiges de deux bâtiments élevés sur l’arasement de la première enceinte, a révélé, en 2010, un dispositif d’entrée original et complexe6. La stratigraphie a mis en évidence plusieurs états successifs de son occupation et de son abandon. Un épais remblai homogène (E29, c. 1-3, c. 4-5), composé de terre mêlée à d’importants rejets cendreux de foyers et/ou de fours, d’éléments de briques crues – sous forme de moellons de couleur grise et brune – et de déchets divers (détritiques), scellait l’un des principaux accès de la forteresse7. Un matériel abondant constitué de fragments de vases et d’amphores, outre de nombreux artefacts, fut extrait de ce niveau. Il correspond au chantier de construction du deuxième rempart et se situe chronologiquement dans la phase terminale de la période perse achéménide ; certaines séquences (E29, c. 4-5) peuvent être plus précisément datées du début du dernier quart du ve s. av. J.-C. (entre la fin de la phase Tell el-Herr VIA et le début de la phase VB), grâce aux jalons chronologiques fournis par la céramique fine égéenne.
Fig. 02. Secteur est. Vue d’ensemble de la zone de fouille prise par cerf-volant, 2009 (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, J.-F. Gout, J.-M. Yoyotte).
© Ifao. 19117_2023_NDMPF_002
Fig. 03. Secteur est. Plan d’ensemble de la zone de fouille, 2009 (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr).
© Ifao. 19117_2023_NDMCN_001
- 8 Bettles 2003 ; Defernez 2019, p. 7-8.
- 9 Bettles 2003, p. 108, 123. Se référer également à Defernez 2001, p. 367-378, pl. LXXXI-LXXXIV ; De (...)
- 10 Sur ce point, se référer à Defernez 2019.
- 11 Defernez et al. 2022, p. 7-8, fig. 5 (avec références).
- 12 Voir les exemples déjà publiés dans Defernez 2001, p. 431, pl. LXXXIX-XC ; Defernez, Nogara, Valbe (...)
- 13 Sur ce point, cf. Defernez 2023, p. 68-69.
- 14 Defernez 2023, p. 66-68.
8Le nombre total de fragments de vases recueillis dans les niveaux de déblais et/ou de dépotoirs de l’espace E29 est estimé à 6 131 (E29, c. 1-c. 3 : 3 535 ; E29, c. 4-c. 5 : 2 596), le nombre minimum d’individus à 412 (E29, c. 1-c. 3 : 277 ; E29, c. 4-c. 5 : 135). Il s’élève à 568 tessons et 33 vases dans le niveau de comblement de la porte de l’enceinte (espace E30, c. 1) (fig. 2-3) : plusieurs éléments jointifs confirment la relation stratigraphique de E30, c. 1 et de E29, c. 3. Les productions égyptiennes à pâte alluviale et à pâte calcaire sont majoritaires : elles représentent près de 55,96 % du matériel recueilli (NMI : 249) et possèdent nombre de représentants dans chacune des catégories du vaisselier domestique et d’apparat du ve s. av. J.-C. connu de Tell el-Herr (vaisselles culinaires et de préparation, vaisselles de « table » et de service [vases à liquides]). Les importations issues des régions limitrophes sont en outre bien attestées (fig. 4-5). Elles forment une masse documentaire importante puisqu’elles constituent près de la moitié du total du NMI (44,04 % de l’ensemble du matériel de E29 et E30 ; NMI : 196 dont 152 amphores) dans certains contextes décrits (E30 : 48,5 % ; E29, c. 1-3 : 47,3 %), comme habituellement dans chacun des niveaux perses du ve s. fouillés du site. Les plus répandues sont sans conteste les jarres et/ou amphores venues du sud de la Phénicie, sans doute des anciens ateliers de la région de Tyr/Sarepta8, où la production de ces emballages à vin, à huile ou à salaisons de poissons, est avérée – même si d’autres lieux de provenance leur sont aussi supposés ; on en dénombre au total 73 : 54 dans les niveaux supérieurs (E29-E30, c. 1-3), 19 dans les niveaux inférieurs (E29, c. 4-5), ce qui représente 37,25 % du matériel importé ; plusieurs fragments de fonds (coniques) et de panses possédaient encore des dépôts résineux sur leurs parois, au moment de leur découverte. Le modèle standard, à corps biconique, anses torsadées, épaule plate et carénée, largement diffusé sur le pourtour oriental de la Méditerranée (fig. 5), s’impose numériquement (NMI : 68 ; 34,7 %). Il correspond au type A1 dans la classification de 2003, établie par Elizabeth A. Bettles9, et coexiste avec d’autres variantes et vases divers (couvercles, pots de cuisson/marmites et pichets), importés des mêmes centres de production10, en très faible quantité (NMI : 17 dont 10 amphores et une gourde). Du Levant-Sud, peut-être de la province de Judée, proviennent de petites jarres épaulées (NMI : 8 ; 4,09 %), à pâte orangée caractéristique, déjà évoquées pour leur timbrage original11, et, de centres plus éloignés, implantés au nord, le long du littoral, quelques modèles d’amphores massives à anses de panier, à pâte grise et rouge12 (NMI : 10 ; 5,10 %). Les productions chypriotes ne font pas défaut mais apparaissent peu sous forme de grands conteneurs13 (NMI : 1). Les plus significatives sont les larges cuvettes et/ou mortiers (NMI : 14), connus sous le nom de « Persian bowls » (fig. 5), d’origine supposée amathousienne14, des amphores de table à décor floral et des vases à liquides, aussi, vraisemblablement, réalisés dans des ateliers à Amathonte. Leur pourcentage est faible (7,65 %), en comparaison de celui que représente la documentation grecque : à peu près 40 % de l’ensemble des importations ; celle-ci réunit environ plus d’une vingtaine de catégories d’amphores (NMI : 55) et de vaisselles fines (NMI : 23).
Fig. 04. Répartition des productions égyptiennes et importées des ensembles E29/E30 (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, C. Defernez).
© Ifao. 19117_2023_NDMCN_002
- 15 Les principaux types amphoriques de cette période sont illustrés dans Valbelle, Defernez 2023, p. (...)
- 16 Sur ce point, se référer à Monachov 2003, p. 11-24, 237-239, pl. 7-9 ; plus récemment, Monachov et (...)
- 17 Lawall 2011, p. 46-48, 86, fig. 2 ; en dernier lieu, Lawall 2021, p. 81-83, 95-97 (et références).
- 18 Se référer aux exemples publiés dans Defernez 2001, p. 428, pl. XXXI-XXXV, LVI ; Valbelle, Deferne (...)
- 19 Voir notamment Sparkes, Talcott, Richter 1970, p. 316-317, fig. 11, pl. 39, 48, nos 1150-1151.
9Comme ailleurs en Méditerranée, les denrées les plus renommées de la mer Égée, exportées à la fin du ve s. av. J.-C. dans l’est du Delta, et, vraisemblablement, dans la région de Tell el-Herr, proviennent des centres actifs des cités de Thasos et de Mendè, en Chalcidique, et des aires de production des îles de Chios, de Lesbos, et de la région de Milet-Samos15. Chacune des séries amphoriques emblématiques de ces centres, à l’exception de celle de Lesbos, possède plusieurs occurrences dans les contextes de E29 et de E30. La documentation révèle 31 conteneurs nord-égéens, proches des modèles classiques thasiens et mendéens – et de ceux de leur cercle –, 10 amphores de Chios, 3 amphores de Lesbos, à pâte noire exclusivement, et 10 emballages de type samien ou milésien (fig. 5) ; l’attribution d’un individu à une catégorie connue reste à préciser. Au sein des ensembles étudiés, l’évolution sensible qui caractérise la typologie de certaines amphores marque nettement la période de transition entre les deux phases d’occupation majeures de l’histoire du site : les amphores de Chios, dotées dorénavant d’un col tubulaire – et non plus renflé, comme dans les niveaux antérieurs de la phase VI16 – montrent une forme plus élancée (fig. 5) ; certains fragments retrouvés étaient marqués du fameux sceau circulaire à l’effigie du sphinx ailé, l’emblème de la cité apposé sur les modèles nouvellement créés dès le troisième quart du ve s. av. J.-C.17 Les productions attiques – et pseudo-attiques –, illustrées par plusieurs exemples de vases à boire (principalement des skyphoi, des canthares et des coupes à profil convexe-concave), de lécythes à fond blanc, d’amphorisques et de rares vases monumentaux18 (éléments de cratères), offrent de bons repères et, surtout, un terminus post quem vers 430-42019 pour le comblement de la porte (E30, c. 1), ce qui fixe la démolition de l’ancienne citadelle dans les dernières décennies du ve s. av. J.-C. (phase VB).
Fig. 05. Importance relative des principales catégories d’amphores et vaisselles importées des ensembles E29/E30 (en pourcentage du nombre minimum d’individus importés) (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, C. Defernez).
© Ifao. 19117_2023_NDMCN_003
- 20 Valbelle 2006.
- 21 Sur la présence de ces marques, se référer à Lawall 2021, p. 81-83.
- 22 Defernez 2001, p. 258-269, pl. LVI-LVII.
10La fouille menée en 200620, au sud de la tour d’angle nord-est de la première enceinte, s’est déroulée en plusieurs étapes. Une stratigraphie développée marque, à cet endroit, l’abandon et l’arasement de l’ancienne citadelle perse, et une occupation sporadique de la zone au moment de l’édification du deuxième rempart : une alternance de lits sableux, de rejets cendreux de foyers et de dépotoirs (sols ténus de circulation ; E2, c. 2-c. 5/c. 102-105), laissés par les occupants du tell (allers et venues des artisans-ouvriers) durant les travaux de réaménagement du site, succède aux accumulations de déblais générées par la démolition des constructions précédentes (E2, c. 7/c. 106-107). Le matériel amphorique extrait de ces remblais couvre un large pan chronologique, au sein de la phase VB (dernier quart du ve s. av. J.-C.). Malgré un tri sélectif sévère, le nombre minimum d’individus obtenu à l’issue de l’examen de l’ensemble du matériel collecté (E2, c. 1-c. 7 ; NR : 1115) s’élève à 221, 149 dans la seule catégorie des importations (67,42 %) (fig. 6). Les éléments formels retenus (bases, anses, cols et bords) indiquent un pourcentage élevé de productions levantines (NMI : 40 ; 26,84 %) et de productions amphoriques égéennes (NMI : 63 ; 42,28 %) (fig. 7) ; les productions chypriotes, essentiellement des mortiers et/ou coupes et des amphores de table, ne forment que 8,72 % (NMI : 13) du mobilier recueilli. Les valeurs numériques de chacune des séries identifiées diffèrent sensiblement de celles qu’affichent les assemblages précédemment décrits (espace E29) : les amphores de Chios (NMI : 33 ; 22,14 %) – dont plusieurs portent des monogrammes peints en rouge21 – et du nord de l’Égée (Thasos, Mendè, et leur périphérie ; NMI : 22 ; 14,76 %) sont attestées en nombre plus élevé que celles importées de Phénicie (NMI : 23 ; 15,43 %). A contrario, seules 8 amphores provenant des centres de Milet-Samos et de Péparéthos sont représentées. Les vaisselles fines attiques s’imposent parmi les ensembles étudiés (NMI : 33 ; 22,14 %) et assurent en partie le phasage chronologique des séquences identifiées ; les composants les plus nombreux sont les petits lécythes globulaires à décor linéaire, les amphoriskoi et les coupes, à décor estampé d’oves et de palmettes22.
Fig. 06. Répartition des productions égyptiennes et importées de l’ensemble E2 (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, C. Defernez).
© Ifao. 19117_2023_NDMCN_004
Fig. 07. Importance relative des principales catégories d’amphores et vaisselles importées de l’ensemble E2 (en pourcentage du nombre minimum d’individus importés) (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, C. Defernez).
© Ifao. 19117_2023_NDMCN_005
- 23 Dont on rappellera le caractère préliminaire.
11Les données quantitatives livrées ci-dessus, à partir de l’étude de deux ensembles bien circonscrits au sein d’une même période23 – en l’occurrence, la phase VB – et découverts dans un secteur bien défini, sur le flanc oriental du tell, démontrent la fréquence élevée des productions étrangères à Tell el-Herr, dans les dernières décennies du ve s. av. J.-C. On dénombre, au total, 256 amphores ; à ce chiffre déjà important, il faut ajouter cinq autres conteneurs identifiés dans la pièce E10, et plusieurs dizaines d’autres contemporains – dont l’étude reste incomplète – découverts dans les espaces immédiats et dans des niveaux de composition identique à ceux de E29 (c. 3-4) et de E2 (c. 7) ; ce secteur couvre une superficie d’environ 250 m2.
- 24 Valbelle, Defernez 2023, p. 363-366.
- 25 Defernez 2007.
12À côté de ces ensembles issus de contextes bien particuliers (essentiellement de remblais), d’autres lots amphoriques, aussi conséquents numériquement et provenant de contextes clos (dépotoirs, celliers, magasins et/ou entrepôts), témoignent d’un trafic dense dans la région de Péluse, au cours de la deuxième partie du ve s. Les données quantitatives mettent en avant l’importance des deux principaux courants commerciaux de la fin du ve s., les courants phéniciens et égéens, avec comme points nodaux, Sarepta/Tyr, Chios, Thasos et Mendè, comme cela a déjà été évoqué, et encore récemment24. Un ensemble amphorique imposant (PNE 4) découvert en 199825, à l’angle nord-est du tell, à proximité d’un quartier d’habitations et d’un ensemble religieux, a révélé plus de 70 jarres et amphores, dont une vingtaine importée de la région de Sarepta, 14 du Levant-Sud, 13 de l’île de Chios et 19 du nord de l’Égée (région de Thasos et de Mendè).
- 26 Pesenti 2023, p. 190-196 et, auparavant, Gantès 2007. Voir supra.
13Selon les séquences chronologiques définies du site et la densité de la population du tell, le nombre des importations évolue, les échanges fluctuent. Seule une étude exhaustive de l’ensemble du mobilier recueilli et de plusieurs dépôts clos bien datés permettra de mesurer les variations des échanges d’une période à l’autre et de tenter une approche pertinente du cadre économique et commercial de l’aire géographique considérée. Les inférences induites d’une documentation partielle26, et qui plus est encore largement inédite, ne peuvent être agréées. Elles n’offrent qu’une vision incomplète et biaisée de la conjoncture économique de la région concernée.
[C. Defernez, Mitchka Shahryari]
14Cette nouvelle approche statistique de quelques ensembles céramiques imposants trouvés dans le secteur est de Tell el-Herr s’inscrit dans le cadre des recherches en cours sur le matériel épigraphié provenant du site, un matériel composé en majorité de jarres et d’amphores importées du Levant et de Grèce. Un volume collectif dédié aux inscriptions sur jarres et/ou amphores identifiées sur le tell est actuellement en préparation, sous la responsabilité conjointe de M. Shahryari et de Robert Hawley27.
- 28 L’étude exhaustive de certains de ces documents est en cours et aboutira à une contribution commun (...)
15Comme ailleurs en Égypte, sur les sites contemporains de l’est du Delta (Tell el-Maskhouta), de la Basse et de la Haute Égypte (région de Saqqara, Éléphantine), les emballages originaires de l’ancienne Phénicie, à épigraphe sémitique, s’imposent parmi le mobilier inscrit encore inédit (plus d’une dizaine). D’autres attestations sont également connues au sein d’autres catégories amphoriques, de provenance chypriote et/ou levantine et, fait étonnant, de centres renommés du nord de l’Égée. De rares mentions, récemment sorties de l’ombre d’une documentation anciennement publiée par Charles Clermont-Ganneau et issue des premières explorations du tell menées à l’initiative de Jean Clédat, viennent enrichir le corpus de nouvelles données28 et nourrir de plus amples réflexions le dossier relatif aux échanges et à leurs modalités, à l’entrée de l’un des principaux accès maritimes, fluviaux et terrestres de l’est du Delta, au cours du ve s. av. J.-C. Les inscriptions, rédigées à la fois en phénicien et en araméen, attestent notamment de la présence d’anthroponymes intéressants pour l’étude onomastique, que ce soit dans la documentation publiée naguère par C. Clermont-Ganneau ou dans la documentation inédite de Tell el-Herr.
[Sépideh Qahéri]
16Les travaux envisagés pour la vérification et la photographie des amulettes n’ont pas pu être menés cette année dans les magasins des Antiquités de San el-Hagar/Tanis. Par conséquent, les opérations se sont concentrées, dans un premier temps, sur l’intégration dans la base de données de la mission des images (différentes faces, détails, etc.) et des informations relatives à 76 amulettes examinées l’an dernier29. D’autres actions entreprises concernent l’indexation des métadonnées des clichés réalisés en 2022 via Adobe Bridge, ainsi que leur renommage conforme. L’encrage numérique des dessins a également été effectué pour un bon nombre de ces amulettes (fig. 8).
Fig. 08. Dessin de l’amulette Bès TEH 02/010 réalisé à partir de photographies prises en 2022 (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr, S. Qahéri).
© Ifao. 19117_2023_NDMDM_001
- 30 Les prototypes de ces amulettes, de tailles plus réduites, remontent probablement à l’époque saïte (...)
17En parallèle au traitement documentaire du corpus, l’analyse typo-chronologique des amulettes-oudjat a été poursuivie cette année, en ce qui concerne notamment les « grands modèles » en faïence à glaçure verdâtre (fig. 9). Ces amulettes, de belle facture générale et peu nombreuses dans la documentation actuelle du site (une dizaine), trouvent des parallèles proches parmi le matériel de Suse d’époque achéménide (fig. 10), dont la datation précise – entre la XXVIIe et la XXXIe dynastie – demeure difficile à déterminer30.
18À l’instar des exemples susiens, les oudjats de Tell el-Herr semblent appartenir aux séries typologiques apparentées et présentent des dimensions importantes (max. H. 4 ; l. 6 cm). Ils ont un aspect plat, en forme de petite plaque, et sont en général dotés d’une perforation longitudinale dans leur partie supérieure. Sur chaque face décorée, les éléments de l’œil-oudjat se détachent en relief léger. L’espace de séparation entre l’œil et le sourcil est bien marqué. Le contour de l’œil est allongé avec une ligne de fard droite ou légèrement courbée. Le sourcil est orné de chevrons incisés. L’élément vertical de plumes sous l’œil, quand il est conservé, apparaît peu incliné et orné de trois traits également incisés.
Fig. 09. Grands modèles d’amulettes-oudjat de Tell el-Herr ; exemplaires TEH 03/074 (a) et TEH 88/129 (b) (mission franco-égyptienne de Tell el-Herr. S. Qahéri, J.-F. Gout).
Fig. 10. Oudjatsprovenant de Suse ; exemplaires Téhéran, MNI 41 (a) et 1075 (b) (Musée national d’Iran, S. Qahéri).
Fig. 09. © Ifao. 19117_2023_NDMPM_001
Fig. 10. © Ifao. 19117_2023_NDMPM_002
- 31 D’après le rapport de fouilles 1910-1911 de Suse, un nombre considérable de ces oudjats proviendra (...)
- 32 Müller-Winkler 1987, p. 160-161, pl. IX, 171. Pour les exemples attestés en dehors de l’Égypte, vo (...)
19Ces amulettes, fragmentaires et brisées en grande partie, proviennent des secteurs ouest et sud-est du site, avec quelques pièces mises au jour dans les zones est et nord. Les exemplaires datés sont majoritairement associés aux niveaux de la phase VA-fin VA (fin ve – premier quart du ive s. av. J.-C./XXVIIIe à XXXe dynasties), ce qui laisse penser que les amulettes de Suse pourraient être également postérieures à la XXVIIe dynastie et dater du ive s. av. J.-C31. Même s’il est difficile d’étayer cette hypothèse sans l’étude systématique des modèles concernés – et en prenant en compte les pièces issues d’autres sites d’époque tardive, aussi bien en Égypte qu’en dehors du territoire égyptien –, force est de constater que les oudjats de grandes proportions aux caractéristiques stylistiques et techniques proches connaissent un essor important bien après la XXVIIe dynastie, pendant la période ptolémaïque32.
20Afin de compléter le classement des amulettes de Tell el-Herr et mener à bien leur étude approfondie, les opérations de documentation du matériel entamées en 2022 dans les magasins de San el-Hagar devront être poursuivies en 2024.
C. Defernez (dir.), Tell el-Herr et le Nord-Sinaï. Actualités de la recherche, NeHeT 7, 2023 (246 p.).
S. Abd el-Alim, « La plateforme de soubassement en briques crues à caissons de Tell Heboua I (Sinaï du Nord) », dans O. el-Aguizy, B. Kasparian (éd.), ICE XII: Proceedings of the Twelfth International Congress of Egyptologists, 3rd-8th November 2019, Cairo, Egypt, vol. I, BiGen 71, Le Caire, 2023, p. 345-353.
M. Abd el-Maksoud, S. Abd el-Alim, « Les magasins royaux récemment découverts à Tell Heboua II : le khétem de Tjarou », dans C. Defernez (dir.), Tell el-Herr et le Nord-Sinaï. Actualités de la recherche, NeHeT 7, 2023, p. 141-180.
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