Données scientifiques produites :
https://www.ifao.egnet.net/recherche/archeologie/ouadi-sannour/
- 1 Briois, Midant-Reynes, Guyot 2021 ; Midant-Reynes, Briois 2022.
1Les travaux menés au Ouadi Sannour depuis 2014 ont pour objectif l’étude d’un vaste complexe minier localisé dans la partie sud-ouest du massif du Gâlâlâ nord. Les calcaires éocènes de ce plateau contiennent de riches ressources d’un silex de belle qualité, qui a fait l’objet d’une exploitation intensive depuis les premières dynasties jusqu’à l’Ancien Empire. Des carrières et des ateliers de fabrication d’outils en silex, d’étendue variable, ont été localisés sur près de 1 000 km² dans une large zone entre Nil et mer Rouge, ainsi que des campements dont l’étude a été placée dans nos priorités1.
- 2 Briois, Midant-Reynes 2015.
2En 2014, les travaux ont commencé par des prospections et des sondages sur deux centres miniers importants (WS100 et WS118) et par la fouille de quatre constructions rectangulaires datées de l’Ancien Empire2, localisées sur un plateau bordant le Ouadi Nikhaybar (WS005).
- 3 Briois, Midant-Reynes 2016
- 4 Briois, Midant-Reynes 2017.
3La campagne suivante a été consacrée à la fouille d’un nouvel établissement localisé plus au sud (WS010), sur lequel ont été mis en évidence les restes de plusieurs constructions et un atelier de production de lames et de couteaux bifaciaux contemporains de WS0053. En 2016, nous avons repris les travaux dans le Ouadi Nikhaybar et entrepris des prospections dans le Ouadi Abou Rimth où nous avons étudié un petit atelier intact de débitage de lames (WS328), implanté au cœur d’un vaste complexe d’extraction de silex4.
4Depuis 2017, les travaux se sont principalement concentrés sur la fouille d’un vaste établissement de mineurs en lien avec les exploitations de silex (WS013). Placé au cœur d’un réseau de pistes entre vallée du Nil et mer Rouge, le site suit, sur un peu plus de 100 m du sud au nord, la courbe que forme à cet endroit le Ouadi Nikhaybar. La découverte d’une marque incisée sur tesson mentionnant le nom d’une équipe nommée d’après le nom d’Horus d’or du roi Khoufou (Bjkwy nbw)5 confirme et précise la chronologie suggérée par la céramique. Elle atteste pour les mines de silex du Ouadi Sannour d’une organisation semblable à celle du Ouadi el-Jarf et des grands sites de l’Ancien Empire.
5À l’issue de la campagne 2023, l’établissement présentait une série de pièces rectangulaires, constituées de murs en gros blocs calcaire plus ou moins bien conservés, mitoyennes ou plus rarement isolées, dessinant trois grands ensembles6.
6L’ensemble sud – le premier à avoir été fouillé – comprend les pièces mitoyennes A, B, C, D, F, orientées est-ouest, auxquelles se rattache la pièce K, orientée nord-sud. La pièce M, à l’extrémité sud-ouest, a manifestement été ajoutée comme l’atteste un remaniement des murs à cet endroit. À partir du mur nord de F, un changement d’orientation s’opère vers l’ouest avec un ensemble de petites pièces dont on ne peut dire grand-chose puisqu’elles ont été entièrement détruites avant fouille, entre 2018 et 2019, par une grande fosse de pillage.
7Immédiatement au nord, un ensemble central est constitué par un bâtiment très remanié (N-U), suivi d’un espace (ouvert ?) (V) d’une pièce isolée (W) et de deux autres, mitoyennes (Ca-Cb). Leur orientation suit la courbe de la terrasse, s’infléchissant vers le nord-est. Un espace étroit et allongé forme une sorte de « rue » bordée au nord par quatre grandes pièces mitoyennes (Bf, Ba, Bc, Bb), orientées également vers le nord-est. Elles présentent de nombreux remaniements, aboutissant notamment à des murs nord en abside. On a donné à cet ensemble le nom de la lettre à partir de laquelle on le décline : B. Au-delà d’un nouvel « espace-rue », un autre ensemble – appelé D – dévoile six pièces mitoyennes, orientées est-ouest, à l’exception de Da qui suit l’orientation des pièces de l’ensemble B. Cette pièce a livré un matériel particulièrement significatif comprenant deux ostraca7, plusieurs dépôts de lames de silex et vingt-deux coquillages de la mer Rouge regroupés et contenus initialement peut-être dans une bourse de matière organique (cuir ?).
8La mission 2024 avait un objectif précis : obtenir le plan complet de l’établissement de mineurs WS013 et fouiller jusqu’à la base chacune des pièces dégagées, selon le protocole mis en œuvre dès le début des travaux sur ce site, en 2017.
9Le premier point a été atteint avec le dégagement de neuf pièces supplémentaires formant l’extrémité nord de l’occupation (Dd, De, Df, Dg, Dh, Dk, Dl, Dm, Dn ; fig. 1). La fouille a été menée à son terme dans les pièces Dd, De, en partie dégagées en 2023, mais non fouillées, puis en Df, Dg, Dh, Dk. Enfin, la fouille de la moitié ouest de Db1 (Db1b) a été achevée, en prenant soin, dans un premier temps, de conserver la face ouest de la coupe CP1841 sur laquelle s’appuie l’ensemble de l’analyse stratigraphique de ce secteur. On dispose à présent de la quasi-totalité de l’implantation de l’établissement de mineurs.
Fig. 1. WS013. Vue depuis l’extrémité nord dégagée en 2024 (B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMPF_001
10Sur le plan stratigraphique, on distingue plusieurs niveaux d’occupation, bien visibles à l’analyse des coupes réalisées dans chacune des pièces fouillées de l’espace D. De manière générale, comme l’illustre la CP1841 (fig. 2), on observe trois principales phases d’occupation séparées par des comblements naturels d’amplitude variée. À la base de la séquence stratigraphique, sur la terrasse où l’établissement s’est implanté, un niveau sablo-cendreux de faible épaisseur correspond à la première phase d’occupation (niveaux a, b, c). C’est là que se trouve la majorité des foyers et des aménagements en fosses ou cuvettes, creusés dans la terrasse même.
11Un dépôt sablo-gravillonneux relativement compact, de couleur jaune orangé, d’une faible et irrégulière épaisseur, le coiffe, constituant la phase 2 (niveau d). Un matériel abondant s’y trouve (lames, éclats, tessons et très nombreux os de faune dans les pièces Dd et surtout Dh (fig. 3).
12La troisième phase illustre davantage une présence qu’une réelle occupation car on y trouve du matériel formant sol, mais des structures ne sont présentes que dans quelques cas, comme en Db, où un foyer (Fy.1948) se situe nettement plus haut dans la séquence stratigraphique. Il se trouve au sommet d’un dépôt éolien très compact, de 5 cm en moyenne d’épaisseur (niveau e), dont la base très indurée forme un niveau blanchâtre, de 2 à 3 cm d’épaisseur (niveau e1). Ce dépôt est particulièrement significatif car on le rencontre sur toute l’étendue du site. Il scelle les deux premières phases d’occupation. Sur la coupe CP1841, il est surmonté par un développement végétal lisible sous la forme d’un liseré rougeâtre fortement imprégné de matières organiques (niveau f).
Fig. 2. WS013. Face orientale de la coupe nord-sud (CP1841) effectuée au milieu de la pièce Db1 (relevé et DAO : B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMCN _001
13Les épisodes suivants sont marqués par des dépôts successifs de limon et de sables fins éoliens (lœss désertique) séparés par des événements pluvieux soulignés par des concrétions blanches formant des lignes horizontales. Au-dessus du dernier épisode végétal, un dépôt de 15 à 20 cm de lœss pur (niveaux g et h) traduit une période sans pluie. C’est à partir de ce niveau qu’apparaissent généralement les premières pierres résultant du démantèlement des murs. Ces dépôts liés à l’abandon de l’établissement s’observent sur la totalité du site.
14La pièce Dd (fig. 3), mise au jour en 2023, est une grande pièce rectangulaire de 7,30 × 3,30 m, orientée globalement est-ouest. Elle présente deux passages fermés par une accumulation volontaire de pierres, l’une au nord, dans le mur M98 qui lui permet de communiquer avec Df, l’autre à l’est, dans M97, qui lui donne accès à l’entrée en chicane Dc.
15On distingue deux phases d’occupation marquées, à la base, par un niveau cendreux (US1888) surmonté d’un mince niveau sableux, formant l’interface US1886/1888. Trois foyers s’y implantent (Fy.1889, Fy.1900, Fy.1889) et deux cuvettes (F.1901 et F.1905).
16Une présence plus tardive (phase 2) se signale à l’interface 1884/1886 par environ 70 lames et éclats formant « sol ».
Fig. 3. WS 13. Les pièces Dd et Df en cours de fouille (B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMPF_002
17La pièce De est une petite pièce de 3,40 × 3,50 m, mitoyenne de Dd, avec laquelle elle partage le mur M100. Deux passages bloqués se présentent : l’un au nord, dans le mur M101, donne accès à Dg ; l’autre, à l’opposé, dans le mur sud M104, ouvre vers Db2.
18À la base de la séquence, sur la terrasse, se trouve un niveau cendreux (US1906). Il est surmonté par un fin dépôt de sédiment sableux (US1885) qui constitue, avec l’US précédente, le premier et unique niveau d’occupation. La principale caractéristique tient à la présence singulière de nombreux fragments de branches de coraux et des épines d’oursin, autant de liens avec la mer Rouge.
19La pièce Df est orientée est-ouest. C’est une longue pièce de 10 × 4,8 m avec trois ouvertures : une, à l’ouest, donne vers l’extérieur ; une autre au sud, obturée par des blocs, ouvre vers Dd ; la dernière, à l’ouest, permet d’accéder à Dg (fig. 3).
20On retrouve, à la base de la séquence stratigraphique, un niveau d’occupation où ont été implantés deux foyers (Fy.1923 et Fy.1924) et, dans la partie est, quatre petites cuvettes peu profondes pouvant correspondre à des structures de calage de jarres. Il est surmonté par deux autres niveaux d’occupation, marqués par un amas de débitage de gros éclats de silex (F.1915), situé au sommet d’un dépôt sableux sus-jacent, et par un foyer situé plus haut dans la stratigraphie.
21La pièce Dg forme un espace carré de 3,30 m (nord-sud) × 3,10 m (est-ouest) situé à l’ouest de Df. La base de la séquence est marquée, comme ailleurs, par un niveau d’occupation cendreux peu épais incluant deux foyers superposés (Fy.1954 et Fy.1965). Le dépôt orangé sus-jacent (US1953) a livré des éclats et lames nombreux, ainsi que des tessons. Au sud de la pièce, devant le seuil du passage De/Dg, se trouve une petite cuvette (F.1958) formée de tessons de panses déposés à plat et jointoyés par de la mouna. Plus haut dans la séquence, à la base de l’accumulation pierreuse dans la partie sud – la partie nord demeurant encore remplie de blocs (fig. 4) – un niveau de lames et de tessons marque la phase 2 de l’occupation.
Fig. 4. WS 13. Niveau de comblement de la pièce Dg en cours de fouille (B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMPF_003
22La pièce Dh est de sens est-ouest et mesure 9,9 m (est-ouest) × 3,20 m (nord-sud). Elle communique avec la pièce Df par une ouverture située dans l’angle sud-est.
23Le niveau de base de la séquence contient de nombreux vestiges, trois foyers (Fy.1961, Fy.1972 et Fy.1973) et une fosse (F.1977). Le centre de la pièce est occupé par trois trous de poteaux (TP.1974, 1975, 1976). Le niveau sus-jacent (US1962) contient de très nombreux restes d’ossements de caprinés consommés (fig. 5). La même abondance est observée plus haut dans la séquence (US1943, phase 2), sur un niveau sableux jaune fin formant sol.
Fig. 5. Concentration de rejet de faune consommée découverte à la base de la pièce Dh (B. Midant-Reynes).
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24La pièce Dk se distingue des autres pièces de l’ensemble D en ce qu’elle affiche une orientation nord-sud et est pourvue d’un dallage (fig. 6). Elle mesure 9,90 × 3,20 m et se trouvait couverte d’une forte accumulation de pierres qui en dissimulait totalement les contours. La base de la séquence (US1945) est là aussi marquée par l’implantation de deux foyers à plat (Fy.1946 et Fy.1956) surmontés par un niveau sableux rougeâtre (US1939) concrétionné où s’implante la cuvette F.1944 et sur lequel se trouve le dallage (F.1937).
25Ce dallage dessine un quadrilatère de 2,80 × 2,30 m et est constitué de très grands éclats de calcaire massif dont apparaissent les faces d’éclatement.
Fig. 6. WS 13. Le dallage au centre de la pièce Dk (B. Midant-Reynes).
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26L’ensemble D, dégagé et en partie fouillé en 2023 et 2024, constitue l’extrémité nord de l’établissement WS013. Il couvre environ 600 m² et comprend 13 espaces clos qui se déclinent en sept pièces mitoyennes, rectangulaires allongées, orientées est-ouest (fig. 7). Des pièces de plus petites dimensions (Db2, De, Dg), plus ou moins carrées, sont mitoyennes respectivement de Db1, Dd, Df. L’espace Dk prolonge vers le nord la disposition de ces trois petites pièces, mais embrasse, à l’est, les espaces Dh et Dl avec lesquels il partage le mur M108. Dk semble bien entrer dans le programme architectural, en revanche, la pièce Da, sise à sud-est, et dont on a signalé plus haut la spécificité, est légèrement décalée et reliée à Db1 par la jonction M88/M87. Si elle communique directement avec Db1 par une ouverture dans son mur ouest (M87), son implantation implique une entrée en chicane depuis l’extérieur vers Db1. Le magasin boulangerie Db3, accolé à Db2, sort de l’emprise générale.
Fig. 7. WS013. Plan de l’extrémité nord du baraquement de mineurs fouillé en 2024 (Dd à Dn) (plan M. Gaber ; DAO F. Briois).
© Ifao. 17133_2024_NDMCN _002
27Le nombre total de pièces en silex décomptées sur l’ensemble des espaces fouillés en 2024 (Db1, Dd, De, Df, Dg, Dh et Dk) s’élève à 604, non compris les éclats et déchets de taille provenant des amas de taille. L’examen de la distribution du nombre de pièces, en fonction des phases d’occupation déterminées par les séquences stratigraphiques pour chaque unité d’habitation, fait apparaître que les mobiliers sont concentrés à la base des remplissages où deux niveaux d’occupation superposés mais très proches ont été distingués en phase 1 et 2. Les effectifs sont très élevés pour la phase 1 en Db1 et Dh, tandis que Dd, De, Df, Dg et Dk voit le plus grand nombre de pièces en phase 2.
28Cette industrie est nettement dominée par des produits bruts de débitage correspondant à des éclats ordinaires, à des éclats plats de façonnage bifacial et à de nombreuses lames. L’outillage est représenté par 46 pièces (soit 8 % du total) correspondant principalement à des racloirs triangulaires sur éclats plats et minces. L’outillage sur lames est caractérisé par de nombreuses pièces à retouches continues, mais également par des grattoirs. Les pièces bifaciales ne sont représentées que par une seule pièce correspondant à un couteau à soie dont le taillant à fortement été modifié par des retouches obliques (fig. 8).
Fig. 8. Couteau bifacial daté de l’Ancien Empire provenant de la pièce Dd (B. Midant-Reynes).
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29Les pièces Dg et De ont livré des préformes de grands racloirs abandonnés en cours de fabrication ou cassés, indiquant la présence de chaînes de fabrication d’outils au sein de certaines unités d’habitation ou à vocation artisanale.
30Plusieurs amas de silex ont été fouillés et étudiés au cours de la campagne 2024 (F.1863, F.1915 et F.1933). Ils correspondent à des postes de débitage de grands blocs de silex qui ont fonctionné sur le site au cours de la phase 2. Une concentration de lames (F.1966) a pu être mise en évidence au centre de la pièce Db1 (fig. 9). Elle s’ajoute aux nombreux autres regroupements du même type, identifiés au cours de la phase 1 en différents points du site et qui correspondent à des stocks de lames taillées en dehors du site et destinées à l’exportation vers les sites consommateurs de la vallée du Nil.
Fig. 9. Amas de lames F.1966 de Db1 (B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMPM_001
31Les analyses des céramiques de cette saison 2024 à WS013 ont porté sur un nombre relativement modeste de 545 tessons. Cet assemblage est principalement composé d’une vaisselle fonctionnelle qui peut être datée du début de la IVe dynastie, époque de forte activité du site.
32La majorité du répertoire céramique consiste en jarres et en moules à pain, à côté desquels on trouve quelques fragments de bords carénés, spécifiques des Maidum bowls. Les céramiques recueillies cette année présentent une relative uniformité, en termes de matière première et de formes, les jarres à col et moules à pain étant les catégories les mieux représentées.
33La distribution des différents groupes de matières premières identifiés cette année reste cohérente avec les observations réalisées depuis 2016, indiquant une continuité dans la production et les utilisations des céramiques sur le site au cours du temps. Le matériau le mieux représenté est une marne calcaire fine constitutive d’environ 51,5 % du matériel, qui provient pour 38,5 % de la vallée du Nil et pour 23 % des régions désertiques. S’y ajoutent 1,1 % de céramiques réalisées à partir d’une argile calcaire grossière, typique de la production de Ouadi el-Jarf. Les témoins de cette production spécifique ont été cette année particulièrement rares, se limitant à un Maidum-bowl fragmentaire et à un récipient miniature.
34Une découverte intrigante provient d’une inscription fragmentaire incisée sur une jarre, qui peut être interprétée comme un wȝḏ. Cette inscription peut indiquer le nom de la section d’une équipe revendiquant la propriété de la jarre ou de son contenu. Elle témoigne des pratiques économiques et sociales d’une époque, suggérant la présence de personnes ou de groupes propriétaires de biens à l’intérieur de la communauté.
35Les principales découvertes de cette année viennent de l’espace De (US1885). Il s’agit de fragments de coraux, dont les cassures montrent qu’ils ont été volontairement sectionnés (fig. 10). S’il n’est pas possible de déterminer avec certitude l’usage qui en était fait, on ne peut exclure que, outre leur aspect coloré, ils ont pu avoir une valeur d’échange au sein des communautés de mineurs. Il en va peut-être de même des quatre épines d’oursins (les radioles) trouvées dans le même contexte.
36Quoi qu’il en soit, ces éléments, auxquels s’ajoutent trois arêtes de poisson, renforcent plus encore les liens du site avec la mer Rouge.
Fig. 10. Fragments de coraux originaires de la mer Rouge trouvés dans la pièce De (B. Midant-Reynes).
© Ifao. 17133_2024_NDMPM_002
37La fouille de l’établissement minier WS013 est en passe d’être terminée. La mission 2025 se concentrera sur l’achèvement des pièces Dl, Dm, Dn et procèdera à des vérifications dans d’autres secteurs de l’ensemble D. Une attention particulière sera apportée à la mise en œuvre des murs, leur chaînage éventuel et toute modification apportée à leur construction, ainsi qu’aux seuils et portes le plus souvent fermées par des blocailles. La présence de trous de poteaux, bien attestée dans certaines pièces, devra être contrôlée partout ailleurs. Le but est de passer à la phase de publication de cet établissement exceptionnel de 28 pièces, structuré en trois grands ensembles (non compris les sept ou huit pièces de l’ensemble ouest détruit par la fosse de pillage et dont une seule pièce (G) a pu être fouillée).
38Un point important portera sur la dévolution des espaces à des fins spécifiques, comme l’ont montré les fouilles de ces dernières années. En effet, toutes les pièces ne livrent pas un matériel identique. Des « caches » de lames en caractérisent certaines, d’autres ont été des lieux de production, et, dans le cas de la pièce B, il s’agit d’un véritable atelier de taille qui a fonctionné sur le long terme8. Un guéridon de calcaire brisé n’a été retrouvé qu’en W, tandis que l’espace U a livré un stock de galets de jaspe testés et des coquillages. Coquillages et concentrations de lames également en Da, coraux et radioles d’oursins en De. Db3 est une boulangerie, Dk possède un dallage, et des déchets de boucherie abondent en Dh, justifiant la venue d’une archéozoologue lors de la prochaine campagne. Du point de vue épigraphique, WS013 n’est pas en reste comme l’ont montré les tessons incisés du nom de Chéops, double faucon d’or, et les deux ostraca portant mention des chasseurs-nw.w, sortes d’auxiliaires locaux des armées accompagnant les expéditions.
39Enfin, l’étude du contexte environnemental et des ressources en eau, commencée en 2023 avec la collaboration d’un géo-archéologue, constitue un aspect essentiel du projet et devra être poursuivi en 2025.