Données scientifiques produites :
Versement aux archives photographiques de l’EFA : N1071
1En parallèle des fouilles poursuivies en 2022 dans le secteur de la porte nord‑est, l’étude du rempart a largement progressé entre 2022 et 2024, sur place et à distance, vers l’achèvement de la documentation numérique et graphique des sections dignes d’intérêt et vers l’ébauche d’hypothèses architecturales et historiques.
2La collaboration avec l’architecte Magali Huille, effective depuis 2019, a pu se poursuivre sur plusieurs années, ce qui est très profitable pour le travail sur cette documentation et sur l’interprétation de ce monument millénaire qu’est le rempart d’Apollonia d’Illyrie. Nous nous félicitons de ce travail d’équipe dans la durée, salué par l’obtention de financements complémentaires, notamment pour le travail sur la restitution d’une entrée dans la ville, dans le cadre d’un appel à projets 2024-2025 du contrat de plan État-Région ENHANCE de la Région des Hauts‑de‑France, porté par la FR 2052 Sciences et cultures du visuel1. Ces travaux et ces financements sont ainsi en phase avec l’avancement de l’étude archéologique, architecturale et historique du rempart d’Apollonia, conduite depuis 2017 par N. Genis.
- 2 Tour 8 dans Dimo, Lenhardt, Quantin 2007, fig. 93, p. 181, tour VII dans la numérotation de Genis 2 (...)
- 3 Bastion 2 dans Dimo, Lenhardt, Quantin 2007, fig. 93, p. 181, bastion III dans la numérotation de G(...)
3Le début de la mission de l’été 2022 a mobilisé une partie de l’équipe, les étudiantes de l’Université de Tirana et des ouvriers pour nettoyer deux segments du rempart ouest (le premier à proximité d’une tour en demi-cercle outrepassé2 — fig. 1, le second dans le secteur d’un bastion3 — fig. 2) ainsi qu’un mur à gradins dans le versant sud‑ouest de l’acropole nord.
Fig. 1. Orthoimage géoréférencée bastion III du rempart ouest.
© EFA / F. Bièvre-Perrin, N. Genis. N1071‑02‑0483
Fig. 2. Orthoimage géoréférencée de la tour VII et de la courtine du rempart ouest.
© EFA / F. Bièvre‑Perrin, N. Genis. N1071‑01‑1808
4La procédure d’acquisition des données est maintenant bien rodée : les coordonnées topographiques des cibles sont levées à la station totale dans le système de coordonnées international WGS84 (UTM 34N), les photographies sont prises à l’appareil photo numérique, soit à pied, soit à l’aide d’une perche. Ensuite, le traitement est réalisé sous Agisoft Metashape, en qualité moyenne ou haute, afin d’obtenir des images nettes et précises dans la perspective du relevé architectural à l’échelle 1/20e. L’architecte travaille désormais nativement en dessin vectoriel, ce qui facilite l’import des relevés dans le système d’information géographique (SIG) qui rassemble toute la documentation graphique et spatiale pour l’étude du rempart et de ses liens avec l’urbanisme.
5Un contrat de prestation avec l’architecte Magali Huille entre 2022 et 2023 a permis de réaliser les relevés, sur la base des orthoimages géoréférencées, et l’analyse architecturale de ces segments du rempart, qui sont très probablement les derniers à mériter un tel traitement.
6Les segments relevés apportent des informations nouvelles et précieuses pour la compréhension de la fortification de la ville et de sa chronologie : à l’échelle de chaque segment, l’analyse détaillée détaille la chronologie relative des différentes sections, en particulier les relations de postérité ou de simultanéité entre les courtines et les édifices de flanquements (tours et bastions) ; en outre, à l’échelle du rempart urbain dans son ensemble, la comparaison des types d’appareil et des méthodes de construction, entre les différents segments du rempart, peut donner des indications sur la chronologie générale. Il est à ce titre particulièrement important de disposer désormais de données inédites sur le rempart ouest, qui fait incontestablement partie d’un grand projet de construction du mur d’enceinte à l’époque hellénistique. Quant au mur à gradins en contrebas de l’acropole nord (fig. 3), son analyse permettra d’identifier son degré de proximité avec d’autres constructions et de proposer des restitutions pour son élévation complète, afin de préciser sa nature et sa fonction : si les gradins ne sont pas surmontés d’une élévation lisse, il est peu probable qu’il s’agisse à proprement parler d’un ouvrage de fortification.
Fig. 3. Orthoimage verticale du mur à gradins, sous l’acropole nord.
© EFA / É. Favier, N. Genis. N1071‑03‑0260
7Le système d’information géographique (SIG), à l’état d’ébauche depuis 2020, fonctionne désormais parfaitement et permet d’intégrer toutes les données nouvelles, mais également de transférer les données anciennes, en particulier toute la documentation cartographique élaborée pour l’Atlas de 2007 et qui reste un ensemble de données incontournable et inégalé pour l’étude de la cité d’Apollonia. La campagne sur le terrain à l’été 2022 a permis de grandes avancées dans la migration, dans le SIG, de ces données anciennes, géoréférencées dans le système de projection Albanian 1987 / Gauss-Kruger zone 4 (EPSG:2462).
8Les relevés architecturaux en plan sont également intégrés dans le SIG et les données de l’analyse architecturale sont, le plus possible, intégrées directement dans le SIG, par le biais des tables attributaires par couche de relevé, afin de faciliter, à terme, l’analyse automatisée des données spatiales, en premier lieu autour de la question des influences réciproques entre rempart et urbanisme.
9La campagne 2024 a permis de réaliser des vérifications sur les vestiges, pour le relevé architectural, à partir des modèles faits lors de la campagne de 2022 et, dans certaines zones, de modèles plus anciens :
- Sur le rempart ouest : tour VII et courtine adjacente ; bastion III4 (modèles 3D de 2022 — fig. 4)
- Sur le versant ouest de l’acropole : mur à gradins (modèle 3D de 2022)
- Dans le secteur de la porte nord‑est : vérifications et nouvelles observations, notamment la zone de la porte et devant la porte, en lien avec le projet InCity (cf. infra).
Fig. 4. Vérifications de Magali Huille sur la tour VII du rempart ouest.
© EFA / N. Genis. N1312‑003
10N. Genis a obtenu, pour les années civiles 2024 et 2025, un financement du CPER ENHANCE (contrat pluriannuel État‑Région des Hauts‑de‑France) pour le projet InCity : L’entrée en ville : reconstitution, perception, valorisation, à partir de l’exemple d’Apollonia d’Illyrie.
11Le projet InCity propose de partir de l’exemple d’une cité grecque, Apollonia d’Illyrie, pour établir un modelé de chaîne de travail — de l’acquisition des données de terrain à la reconstitution virtuelle 3D — qui permette de reconstituer, avec la plus grande exactitude historique possible, l’entrée dans une ville et ainsi interroger la perception de l’urbanité. À l’échelle de la Région Hauts‑de‑France, cette chaîne de travail pourra s’appliquer à d’autres sites et également bénéficier des connaissances, techniques et méthodes utilisées pour l’étude des fortifications d’autres périodes, notamment les forteresses de Vauban, en synergie avec les chercheurs d’autres unités de recherche et universités de la Région.
12C’est dans la perspective de propositions de restitutions architecturales et d’une reconstitution virtuelle 3D de la porte nord‑est que les nouvelles observations ont été faites autour de la porte nord‑est (fig. 5), afin de servir de support au travail à l’automne 2024 et au printemps 2025, entre Lille et Tourcoing.
Fig. 5. Vue panoramique de la zone de la porte nord‑est (N. Genis).
© EFA / N. Genis. N1312‑020
13L’étude du rempart d’Apollonia d’Illyrie arrive ainsi à un tournant. L’étude architecturale des segments déjà dégagés et dont l’état de conservation justifie une étude détaillée est sur le point d’être terminée. Grâce à l’analyse segment par segment et entre les segments, la chronologie relative du rempart est désormais plus claire, même si des sondages et l’étude du matériel qui en vient sont nécessaires pour pouvoir avancer des éléments de chronologie absolue. L’équipe se penche actuellement sur les hypothèses de restitution du rempart, d’abord de la porte nord‑est et de la zone environnante, mais bientôt pour d’autres segments, afin de préparer, à terme, la publication monographique, version remaniée et largement enrichie du mémoire inédit de 2020. Dans cette perspective, la continuité des activités de terrain est cruciale, à la fois pour obtenir de nouveaux éléments de datation et pour continuer de vérifier, sur place, les éléments analysés et ébauchés sur la base de la documentation produite depuis le début du projet.