Notices du BAEFE :
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- 1 Borzatti von Löwenstern et al. 1997.
- 2 Programme structurant PALEO. L’Italie paléolithique : peuplement et traditions techniques. www.efro (...)
- 3 Rocca et al. 2023a.
- 4 Aureli et al. 2016 ; Carpentieri et al. 2023 ; Moncel et al. 2020 ; Rocca, Abruzzese, Aureli 2016.
- 5 Abruzzese, Aureli, Rocca 2016 ; Rocca et al. 2023a.
1Le site paléolithique de Cimitero di Atella se trouve dans le sud de l’Italie, dans la province de Potenza en Basilicate, à quelques kilomètres du Mont Vulture. Le gisement est localisé dans le village d’Atella, derrière l’actuel cimetière (fig. 1). Fouillé pendant une vingtaine d’années par E. Borzatti von Löwenstern et son équipe à partir des années 19901, et repris par une équipe italo-française depuis 20142, ce site a livré une importante séquence stratigraphique qui conserve des traces de diverses occupations humaines datées d’environ 500 ka3. Outre les restes fauniques appartenant à diverses espèces de grands herbivores, notamment de Palaeoloxodon antiquus, l’intérêt du site est également lié à la présence d’outils lithiques caractéristiques de la seconde phase du Paléolithique ancien en Italie4. Lors de la fréquentation du site, les groupes humains ont produits des grands outils sur galets de « type bifacial », mais aussi des éclats bruts et des petits outils en silex5.
Fig. 1. Localisation du site paléolithique ancien de Cimitero di Atella (Atella, PZ, Basilicate, Italie).
Crédits : MIC, EFR.
2Lors de la mission 2024, nous nous sommes concentrés sur la fouille d’une aire d’environ 6 m2 et sur l’étude de trois coupes (fig. 2). D’une part, nous avons fouillé la partie supérieure de la séquence stratigraphique (ensemble L, fig. 3), où des vestiges de faune et des outils lithiques ont été mis au jour, témoignant d’occupations humaines en contexte fluviatile. D’autre part, nous avons également entrepris l’étude de la partie inférieure de la séquence (ensemble B-C-D-E, fig. 3), correspondant plutôt à un environnement marécageux, dans le but de reconstituer en détail l’évolution du paysage et de l’environnement durant les premières phases de l’occupation humaine à Atella.
Fig. 2. Localisation de l’aire de fouille 2024 et des coupes étudiées à Cimitero di Atella.
Crédits : MIC, EFR.
Fig. 3. Log stratigraphique (d’après Giannandrea in Rocca et al. 2023b) et localisation des prélèvements réalisés en 2024 (en rouge) pour les datations et pour les analyses sédimentologiques et micromorphologiques sur une vue générale du site avant la pose de la couverture en 2021.
Crédits : MIC, EFR.
3L’objectif principal de la campagne 2024 était de poursuivre la fouille de la base de l’ensemble L sur une bande de 12 m², correspondant aux carrés X-Z-Y, 3 à 6 (fig. 2). Ce niveau, riche en matériel archéologique, correspond à la première occupation du site en contexte fluviatile, après le dépôt du niveau I.
- 6 Borzatti von Löwenstern 2005.
- 7 Rocca et al. 2023b ; Rocca, Aureli, Fornaciari 2025.
4Comme l’ont déjà démontré les recherches d’E. Borzatti von Löwenstern6 et les campagnes précédentes7, la partie supérieure de l’ensemble L est caractérisée par la présence sporadique de matériel archéologique. Ces données ont été confirmées lors de la campagne de 2024 par la découverte d’un fragment unique d’une probable mandibule de cervidé dans une lentille de sable plus fin (fig. 4) et de quelques petits éclats lors du tamisage.
Fig. 4. Faune en cours de fouille dans le niveau Lsup, probable fragment de mandibule de Cervidae, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
5Le niveau Lbase se caractérise par une plus importante concentration de matériel archéologique. Il s’agit du premier moment d’occupation en contexte fluviatile, dont les sédiments présentent une granulométrie très variable, allant de limons très fins à des sables grossiers, incluant des éléments centimétriques, tels que des fragments de clastes volcaniques (fig. 5). La fouille de ce niveau a permis de mettre en plan 148 pièces, dont 144 éléments lithiques, qui présentent un état de surface globalement frais et seulement 5 restes fauniques, dont 3 dents et quelques fragments d’os longs qui présentent un très mauvais état de conservation.
Fig. 5. Concentration de matériel archéologique à la base de la séquence fluviatile (Lbase), Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
- 8 Borzatti von Löwenstern et al. 1997.
6Le sommet du niveau I, niveau fin stérile induré, dont l’origine n’a pas encore pu être établie avec certitude, n’a été atteint que dans une partie de la zone étudiée, principalement dans les carrés des bandes Z (3-6) et 2 (AA-Z). Comme déjà observé lors des précédentes missions, le sommet du niveau I présente une morphologie irrégulière, caractérisée par de très importantes dépressions et un fort pendage vers le nord et l’est. Dans la bande 2, on observe par exemple de petites dépressions concentriques d’environ 40 cm de diamètre, dont les bords forment une lèvre (fig. 6). Elles devront être étudiées pour déterminer s’il s’agit, comme proposé par E. Borzatti dans un autre secteur, d’empreintes animales8. Les analyses géomorphologiques en cours devront établir si cette morphologie est liée à la paléotopographie au moment du dépôt ou à d’éventuels processus post-dépositionnels (déformation, érosion, etc.).
Fig. 6. Dépressions observées au sommet du niveau I, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
7La séquence du site de Cimitero di Atella est désormais bien documentée, grâce aux travaux antérieurs de l’équipe d’E. Borzatti et aux nouveaux travaux récemment publiés dans un article de synthèse9. Mais certains aspects doivent encore être précisés afin d’affiner l’attribution chronologique, de restituer l’évolution paléo-environnementale et de mieux caractériser la dynamique de formation des dépôts notamment celle des niveaux archéologiques. C’est dans cette optique que pendant de la mission 2024, nous avons relancé une série d’études qui ont nécessité le prélèvement de plusieurs échantillons dont certains sont encore en cours d’étude.
8Pendant la mission, nous nous sommes concentrés sur la partie inférieure de la séquence sédimentaire du site afin d’en réaliser le relevé et la description pédo-stratigraphique ainsi que l’échantillonnage pour les études sédimentologiques et micromorphologiques. Intégrer les différentes échelles d’observations (macroscopique et microscopique) dans des études géoarchéologiques est essentielle à la bonne compréhension des sites archéologiques et du contexte géographique et environnemental dans lesquels ils s’inscrivent. Au vu de la complexité de la séquence sédimentaire du site de Cimitero di Atella en termes de diversité des dépôts et de leur géométrie, l’étude géoarchéologique procède progressivement du bas vers le haut de la succession, en prenant en compte les diverses coupes de l’aire de fouille. Trois coupes ont été relevées et échantillonnées (sez 1, sez 2, sez 3) qui comprennent les niveaux B à I (fig. 2).
- 10 Servizio geologico d’Italia, Melfi (foglio 451) ; Potenza (foglio 470) ; Rionero in Vulture (foglio (...)
9Nous avons également débuté l’analyse des sédiments directement sur le terrain. Des mesures de susceptibilité magnétique ont été effectuées à l’aide d’une sonde MS2 E de la marque Bartington® sur les profils Sez 1, Sez 2 et Sez 3 (fig. 2) avec un pas de 2 cm et avec une calibration à l’air libre tous les 20 cm. A Atella, les variations de susceptibilité magnétique vont témoigner du changement de nature des sédiments et des apports sédimentaires. Les valeurs élevées indiqueront la présence des produits volcaniques du Monte Vulture, tandis que les valeurs plus basses seront issues des sédiments carbonatés et riche en quartz provenant de la chaine apennine10, précipités en milieu lacustres ou des oxydes et produits d’altération résultant des processus de pédogénèse.
10Les résultats des analyses sédimentologiques, micromorphologiques et de susceptibilité magnétique permettront de préciser les processus de mise en place des niveaux archéologiques dans leur contexte environnemental et climatique.
- 11 Pereira 2017 ; Rocca et al. 2023a.
11Si de nombreuses datations radiométriques ont été réalisées à Cimitero di Atella11, les occupations humaines demeurent difficiles à situer précisément dans le temps. Une des questions qui restent en suspens est l’attribution des différents niveaux archéologiques à la période contemporaine d’un stade isotopique marin (MIS) spécifique : du MIS 15 au MIS 13.
12De nouvelles datations radio-isotopiques (⁴⁰Ar/³⁹Ar sur monocristaux de feldspaths potassiques) ont été réalisées début 2024 sur plusieurs niveaux de tephra au sein de la séquence. Le niveau TF4 est caractérisé par une matrice cendreuse homogène de couleur grisâtre comprenant des clastes lithiques et des lapillis blanchâtres en quantité restreinte. Il correspond à un dépôt pyroclastique primaire, qui précède les occupations humaines et a donné un âge de 617,7 ± 1,0 ka, (Figure 2 ; Figure 7, b). Le TF I (ou niveau I), est très induré et se caractérise par une structure litée, une teinte verdâtre et une granulométrie homogène. Ce dépôt se place stratigraphiquement au-dessus du niveau archéologique F-deb1 qui comprends notamment une défense de Palaeoloxodon antiquus et a donné un âge de 514,1 ± 3,9 ka (fig. 2 ; fig. 7a).
Fig. 7. (a) Diagramme de probabilité multimodal suggérant des sources volcaniques multiples pour les cristaux datés du niveau I (TF I) ; (b) Diagramme de probabilité illustrant une population principale juvénile de cristaux et quelques xénocristaux de TF 4.
13Ces datations contraignent davantage le cadre temporel des occupations humaines en lui donnant un âge maximum autour de 618 ka, âge direct obtenu pour le niveau volcanique TF 4. L’âge minimum des niveaux de l’ensemble F, donné par la datation des occupations situées stratigraphiquement au-dessus, reste cependant à améliorer. En effet, bien qu’un cristal ait été daté autour de 514 ka dans le niveau TF I, attestant du remaniement d’une éruption du MIS 13, aucun élément ne permet de dater de manière directe ce dépôt, qui pourrait être plus jeune. Cependant cette datation est en adéquation avec la datation ESR à 511 ± 58 ka obtenue au préalable pour l’ensemble L12, suggérant ainsi une attribution potentielle aux stades isotopiques 13 (MIS 13) ou 14 (MIS 14).
14Dans le but d’affiner davantage le cadre temporel du site, une campagne d’échantillonnage a été menée en 2024 (localisation des échantillons fig. 8c). Sur la base des résultats préliminaires, l’attention s’est portée sur la partie supérieure de la stratigraphie, avec un prélèvement effectué sur VUL01, le niveau volcanique le plus haut de la séquence dans l’ensemble L, ainsi que de nouveau sur le niveau TF I.
15Une nouvelle campagne d’échantillonnage est programmée pour 2025. Les échantillons sélectionnés seront datés par la méthode ESR sur quartz blanchis (Electron Spin Resonance) et permettront, nous l’espérons, de préciser le contexte chronostratigraphique de la partie supérieure de la séquence.
Fig. 8. Petit outil micro-denticulé en silex, niveau Lbase, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
16Le matériel lithique (205 pièces) et faunique (8 éléments) retrouvé lors de la mission 2024 provient en grande partie de l’ensemble L (notamment Lbase), et également des refus de tamis des sédiments issus de la reprise de la coupe 1.
- 13 Abruzzese, Aureli, Rocca 2016 ; Rocca et al. 2023a.
17Le matériel lithique découvert dans l’ensemble L présente les mêmes caractéristiques que celles déjà connues à Atella13, témoignant principalement de la présence d’une chaîne opératoire de fabrication de petits outils. L’étude, jusqu’ici très préliminaire, a permis d’identifier au moins cinq petits outils (fig. 8), principalement à tranchants rectilignes et denticulés. La chaîne opératoire de débitage, jusqu’ici peu documentée à Atella, hormis quelques grands éclats de silex, s’est enrichie cette année de nouveaux éléments, avec la présence d’au moins quatre nucléus (fig. 9), qui s’ajoutent aux neuf découverts depuis le début de nos fouilles.
18Comme indiqué précédemment, lors du recul de la coupe 1, nous avons également mis au jour un petit éclat (fig. 10), probablement de confection ou d’encoche, dans le niveau E, ce qui indique la présence d’activités de production d’outils également dans les niveaux inférieurs de la séquence.
Fig. 9. Nucléus en silex, niveau Lbase, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
Fig. 10. Localisation d’un petit éclat en silex à la base de la coupe Sez 1, dans le niveau E, Cimitero di Atella, mission 2024.
19Les restes de faune, qui devront faire l’objet d’études spécialisées, ne peuvent être décrits que de manière très préliminaire. Dans l’ensemble L, hormis le fragment isolé de mandibule retrouvé dans la partie supérieure, le matériel osseux est mal conservé. Les restes dentaires sont mieux conservées, il s’agit probablement de cervidés (fig. 11), dont un encore inséré dans un fragment de mandibule ou de maxillaire. Lors du tamisage des sédiments de la coupe 1, entre les niveaux C et Fbase, une dent de carnivore a également été trouvée, alors qu’ils étaient jusqu’à présent totalement absents du spectre faunique d’Atella. D’après les premières observations de collègues spécialistes14 il pourrait s’agir d’une dent de loup (fig. 12).
Fig. 11. Dent probablement de Cervidae, niveau Lbase, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
Fig. 12. Dent de carnivore, probablement du Loup, niveau Lbase, Cimitero di Atella, mission 2024.
Crédits : MIC, EFR.
20La mission 2024 a marqué une nouvelle étape dans l’étude du site de Cimitero di Atella. Nous avons fouillé pour la première fois sur une surface significative le niveau Lbase, l’un des niveaux plus riches de la séquence fluviatile. Nous avons ainsi confirmé l’importance de ce niveau, qui a conservé de rares vestiges de faune isolés dans sa partie supérieure et, à sa base, une importante concentration de vestiges lithiques. Il s’agit principalement de petits outils, mais aussi, depuis cette année, d’éléments de la chaîne opératoire de débitage avec quelques nucléus, qui nous permettront de mieux comprendre la chaîne opératoire de production d’éclats.
21Les différentes méthodes de datations radiométriques testées, permettront d’affiner encore l’âge des occupations humaines à Atella. Nous avons également lancé de nouvelles études de la séquence basse du site, encore largement inexplorée. Les analyses encore en cours, nous fourniront de nouveaux résultats sur les processus de formation de ces niveaux et sur l’environnement au moment de l’occupation du site. Le recul de la coupe 1 pour prélèvements d’échantillons micromorphologiques nous a également permis d’identifier un nouveau niveau archéologique, avec la découverte d’un éclat dans le niveau E, considéré jusqu’à présent comme stérile, et d’élargir la liste faunique avec la détermination, pour la première fois, d’une dent de carnivore.
22La fouille du niveau Lbase devra se poursuivre l’année prochaine afin d’atteindre la totalité de la surface de fouille au somment du niveau I et de pouvoir évaluer la pertinence de cette hypothèse concernant la présence d’empreintes animales. Le niveau I pourrait également être retiré sur une partie de l’aire pour commencer la fouille du niveau sous-jacent, F deb1, l’autre important niveau d’occupation du site d’Atella. L’analyse des échantillons pour datation sera réalisée et l’étude sédimentologique de la séquence se poursuivra dans sa partie supérieure avec l’échantillonnage des niveaux F et L. La future stratégie de fouille devra aussi tenir compte du projet de valorisation du site, en conservant des témoins des différents niveaux, tout en s’adaptant aux contraintes liées aux conditions de conservation d’un site de plein air.