Remerciements : La mission archéologique « sanctuaire des divinités chthoniennes d’Akragas » a eu lieu du 8 au 27 avril 2024. Notre gratitude va au directeur du Parc archéologique, R. Sciaratta ainsi qu’à nos collègues V. Caminneci, M. C. Parello, M. S. Rizzo et M. Rizzo Pinna qui, depuis 2018, nous accompagnent avec bienveillance et compétence dans nos travaux. Nous remercions chaleureusement M. Rizzo, restauratrice du Parc archéologique, pour ses interventions souvent décisives sur le matériel et D. Mangione qui a grandement facilité nos recherches dans les réserves du Musée Griffo. L’École de Rome est un partenaire essentiel du projet et nous lui renouvelons toute notre reconnaissance pour son soutien.
Chroniques de l’EFR :
https://journals.openedition.org/cefr/4702
https://journals.openedition.org/cefr/2816
Notices dans le BAEFE :
https://journals.openedition.org/baefe/7224
1La campagne 2024 s’est concentrée sur la zone 6 au Nord‑Est de la Terrasse Est du sanctuaire des divinités chthoniennes avec la poursuite d’un grand sondage S6000/S6100 implanté en 2023 et l’ouverture d’un nouveau sondage S6200, plus à l’ouest (fig. 1).
Fig. 1. Zone au nord‑est de la Terrasse est – Implantation des sondages (Agrigente 2024).
Orthophoto et photomontage : L. Fornaciari – D.A.O. : E. Cayre.
2La fin de la campagne 2023 avait été consacrée à l’implantation d’un sondage S6000/6100 dans la zone totalement inexplorée au Nord‑Est de la Terrasse Est, suite à la campagne de prospection géophysique menée en mars 2023 qui avait révélé plusieurs anomalies laissant supposer l’existence de plusieurs constructions dans cette zone1.
3La fouille avait notamment permis de dégager un mur soigné MR6105, en grand appareil, comprenant une seule assise de trois blocs dont le parement ouest présente une sorte de rebord taillé s’apparentant à une surface d’appui (niveau de sol ?). Vers le Nord, ce mur semblait avoir été prolongé, dans une seconde phase (?), par un mur MR6112 de construction plus médiocre, comprenant des moellons grossiers et des galets mêlés à de la terre. Perpendiculairement au parement occidental du bloc sud, nous avions découvert un bloc (de seuil ?) SE6019. Dans la partie sud‑est du sondage, les restes d’un four circulaire FR6018, d’un diamètre restitué d’environ 0,90 m, construit en briques et en tuiles remployées (datables du Ve s. a.C.) avaient également été découverts2.
Fig. 2. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6000/6100 – Plan et photogrammétrie (Agrigente 2024).
Photogrammétrie : L. Fornaciari et D. Giuliano – D.A.O. : E. Cayre.
4La campagne de 2024 a vu l’agrandissement du sondage S6000-6100 avec pour double objectif de déterminer l’extension du bâtiment auquel appartient le mur MR6105 et de comprendre son articulation avec la plateia I‑L et le reste du sanctuaire.
5Nous avons tenté d‘agrandir le sondage vers le Sud (vers la plateia) mais nous avons été contraints d’arrêter rapidement l’opération pour ne pas détériorer une installation électrique souterraine dont nous ne connaissions pas l’existence et ainsi de renoncer à voir l’articulation des structures découvertes en 2023 avec la plateia I‑L. Le sondage a donc été élargi vers le Nord et vers l’Est.
6L’agrandissement vers le Nord nous a permis de dégager en totalité le bloc nord de MR6105 ainsi que la suite du mur MR6112 de médiocre facture. La fouille a mis en évidence deux départs de murs, perpendiculaires à MR6105, côté ouest et parallèles au SE6019 découvert en 2024. Comme les deux blocs au sud, le parement occidental du troisième bloc de MR6105 présente une sorte de rebord taillé s’apparentant à une surface d’appui qui est muni d’une sorte de mortaise creusée en son milieu. Les premiers blocs des deux nouveaux départs de murs sont taillés de manière à faire penser à un système d’encastrement et de fermeture (fig. 3). L’exiguïté des espaces compris entre ces différents murs, côté ouest de MR6105, nous a interdit d’approfondir notre recherche.
Fig. 3. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6000/6100 – Rebord taillé du bloc nord de MR6105 et système d’encastrement et fermeture (?) (Agrigente 2024).
Photo et D.A.O. : E. Cayre.
7L’agrandissement vers l’Est, nous a permis de dégager un nouveau mur MR6113 (fig. 4), parallèle à MR6105 et de même facture, qui s’élève à la même altitude et repose sur la même couche d’argile (US6108). Il s’en distingue cependant par l’existence d’une cuvette creusée dans le bloc central (diamètre supérieur, ca 0,60 m ; diamètre inférieur ca 0,30 m) dont nous ne comprenons pas – à ce stade de la fouille – la fonction (artisanale ?). Entre les deux murs de belle facture (MR6105 et MR6113) se trouvait une couche de pierraille US6111, sur une largeur de 1,10 m, refermant galets, moellons et terre mais aussi beaucoup de matériel céramique (figurines en terre cuite, peson, fragments de pithos, vaisselle commune etc.).
Fig. 4. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6000/6100 – MR6113 vu du Sud (Agrigente 2024).
Photo : E. Cayre.
- 3 Cavalier et al. 2024. Pour autant que l’on puisse en juger, le four FR6018 semble être du même type (...)
8Malgré l’agrandissement du sondage S6000/6100, nous ne pouvons pas déterminer la nature des deux murs en grand appareil (MR6105 et MR6113), ni confirmer ou infirmer qu’il s’agit là d’une construction d’origine ou s’il s’agit de remplois. Les blocs de grand appareil pourraient appartenir ou provenir d’un bâtiment d’époque classique ou hellénistique. Dans une seconde phase (après la destruction de la cité en 406 a.C. ?), ce secteur aurait changé de vocation au profit d’une installation artisanale (retaille des blocs de MR6105 et MR6113, construction de MR6112, des murs perpendiculaires et mise en place du seuil SE6018, construction du four FR60183). Dans une ultime phase, tout le secteur est remblayé (le four est à ce moment‑là détruit et arasé) et une nouvelle construction (MR6003) voit le jour en s’appuyant en partie sur les gros blocs de MR6105.
9Malheureusement ce sondage n’a pas permis de retrouver le tracé de la plateia I L supposée relier le centre de la cité à la Porte V.
10Ce nouveau sondage a été implanté au nord‑ouest du sondage S6000/6100 à l’endroit d’une autre anomalie révélée par la prospection géophysique menée en mars 20234. Nous avons dégagé presque immédiatement deux murs perpendiculaires et un sol.
11Les murs MR6204, d’orientation Nord‑Sud, MR6206, d’orientation Est‑Ouest, contemporains, sont de facture inégale et constitués de moellons et de blocs. La fouille s’est concentrée sur la partie à l’Ouest de MR6204 ce qui a permis de dégager son parement occidental et de constater que ce mur repose sur un mur plus ancien MR6222, fait de moellons et construit directement sur le rocher dont la surface semble avoir été aplanie. MR6222 fait saillie de ca 22 cm par rapport au parement ouest de MR6204 et semble ainsi constituer une semelle débordante. MR6222 présente une orientation légèrement différente, déviant un peu plus vers le Nord‑Ouest. La fouille au pied de ce mur a produit son lot de matériel : céramique commune, céramique à vernis noir, nombreuses tuiles dont certaines presque complètes. Un nombre assez important de coquillages, concentrés sous une couche de tuiles, pourrait suggérer les restes d’un dépôt volontaire.
Fig. 5. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6200 – Photogrammétrie (Agrigente 2024).
Photogrammétrie : D. Giuliano – D.A.O. : E. Cayre.
Fig. 6. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6200 – Photographie et photogrammétrie du parement occidental des MR6204 et MR6222 (Agrigente 2024).
Photo et photogrammétrie : D. Giuliano – D.A.O. : E. Cayre.
12La campagne de fouilles 2024 a livré, comme les années passées, un nombre important de mobiliers essentiellement composés de céramiques. Le protocole de gestion et de conservation du mobilier appliqué durant les campagnes précédentes a été poursuivi. De par la période courte de présence (une semaine), priorité a été donnée au conditionnement et à la réalisation d’un inventaire général des artefacts. Une étude plus fine lors des prochaines campagnes devrait d’apporter des éclaircissements sur ce mobilier et des précisions sur des datations. À la fin de ce séjour, l’inventaire et le conditionnement ont été confiés à M. de Luca (Université de Palerme) qui les a pris en charge jusqu’à la fin de la mission.
13Concernant les céramiques communes, fines et amphores, seule une petite partie des US a été traitée. Dans l’état actuel des données disponibles, les céramiques ont été classées par catégorie, quantifiées et triées par forme. Sur un total de plus de 1500 objets, un NMI de 150 a été recensé.
Fig. 7. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6100 – Céramiques (Agrigente 2024).
T. Blanco.
Fig. 8. Zone au nord‑est de la Terrasse est – S6200 – Céramiques (Agrigente 2024).
T. Blanco.
14Pour les céramiques remarquables isolées, nous avons jugé opportun, à partir de cette campagne de fouilles, d’attribuer un numéro d’inventaire qui se compose des deux derniers chiffres de l’année de découverte, du numéro de l’US et d’un numéro d’ordre chronologique dans l’US. Ces numéros ont été notés sur les tessons afin de les identifier plus facilement. Cette numérotation sera poursuivie lors des prochaines missions.
15Quelques dessins ont été réalisés afin de fournir un petit aperçu du matériel issu des fouilles de cette année. Mais l’étude n’étant pas exhaustive, il est difficile aujourd’hui d’avoir une approche d’identification typo-chronologique des céramiques par structure. Les informations suivantes donnent donc une illustration sommaire sur quelques US. Les analyses futures des pâtes et les rapprochements avec les typologies existantes apporteront des corrections et davantage de précisions.
16US6103 : Une grande marmite culinaire (24.6103.1) à lèvre triangulaire sortante et en cochet intérieur (période hellénistique ou romaine)
US6104 : Grande coupe à lèvre triangulaire sortante (24.6103.2) et gorge marquant le passage avec la panse convexe. Coupe à lèvre horizontale retombante et parois convexes (24.6104.2) (période hellénistique ou romaine)
US6106 : Bord de skyphos à anses horizontales rondes (24.6106.1) (période classique ou début de la période hellénistique)
US6114 : Coupe carénée à lèvre droite arrondie et paroi supérieure droite et avec un petit boudin marquant le passage avec la partie basse du vase (24.6114.1) (période romaine).
US6017 : Fond de skyphos à pied annulaire arrondi (24.6017.1) et petite coupe votive de fabrication locale (24.6017.3) (période classique ou hellénistique)
US 6202 : Grande bassine à lèvre triangulaire arrondie et moulurée à l’extérieur (24.602.1) et bord de cruche à lèvre en crochet rentrant (24.602.3) (période hellénistique ou romaine)
US 6203 : Fond de coupe à décors peints de cercle noir (24.6203.1)
US 6204 : Partie haute d’une petite cruche à une anse à lèvre évasée vers l’extérieur et marquée par une petite gorge à l’intérieur (24.6204.1) (période hellénistique ou romaine)
US 6207 : Le fond d’une coupe en céramique sigillée (période romaine)
17L’étude des phiales en bronze découvertes lors des campagnes de fouilles 2019 et 2021 dans le secteur du Tempietto a été confiée à Ch. Mazet5. Les premiers résultats ont été présentés à l’occasion du colloque international de Lille « Vases miniatures en contexte. Fonctions et usages », 25‑27 Septembre 2024 sous le titre « Offrir petit aux grandes déesses d’Akragas ».
- 6 de Cesare, Portale 2016 ; de Cesare, Portale 2020.
18Une quarantaine de phiales, toutes en bronze et inégalement conservées, a été recensée. Leur diamètre varie de 6 à 10 cm pour les plus petites et atteint 15 cm maximum pour les plus grandes. Le décor au repoussé de trois d’entre elles permet de les rapprocher de productions de la fin du vie s. a. C. Certaines montrent des perforations qui indiquent qu’elles étaient suspendues. Les fouilles anciennes du secteur, notamment celles de Piro Marconi et d’Ernesto de Miro avaient déjà mis au jour une quantité importante de phiales de même type. Plus récemment, Monica di Cesare et Chiara Portale (Université de Palerme) ont dégagé un nombre considérable de phiales très semblables aux nôtres de la fouille d’un autre petit temple situé plus à l’est6. Ce type d’offrande n’est donc pas inhabituel à Agrigente mais sa concentration dans ce secteur de la ville indique probablement une pratique rituelle spécifique qu’il faudra tenter de préciser.
19L. Fornaciari, topographe de l’Ecole Française de Rome, a procédé à une prise photographique par drone ce qui a permis d’obtenir une belle orthophoto de l’ensemble du sanctuaire des divinités chthoniennes. Il a également commencé un travail de relevé topographique des structures du sanctuaire et fait la photogrammétrie du sondage S6000/6100.
20Nous avons commencé le reconditionnement du matériel et procédé au rangement des caisses dans le dépôt en vue de faciliter les inventaires et les études en cours et à venir.