Remerciements : La fouille de la nécropole de la porte Médiane de Cumes fait partie du programme de recherche « Aux marges de la ville de Cumes » porté par le Centre Jean Bérard (UAR 3133, CNRS‑EFR) avec le soutien du Parco archeologico dei Campi Flegrei.
Nous tenons à remercier de leur aide et appui le directeur du Parco archeologico dei Campi Flegrei, F. Pagano, l’archéologue M. Iadanza et l’architecte M. Salvatori, fonctionnaires responsables de zone, ainsi que l’archéologue M. Del Villano, fonctionnaire responsable des dépôts, et l’assistant technique C. Giordano.
Les recherches à Cumes sont financées par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères (Mission archéologique « Italie du Sud »), le CNRS et l’École française de Rome.
Données scientifiques produites :
https://hal.science/CUMES/
Notices archéologiques dans le BAEFE :
https://journals.openedition.org/baefe/2508
1La mission archéologique de Cumes en 2025 s’est déroulée en collaboration avec le Parc archéologique des Champs Phlégréens. Les travaux de terrain ont été réalisés en deux périodes, du 26 mai au 21 juin puis du 2 au 10 septembre.
2Malgré plusieurs épisodes sismiques ayant touché la région encore cette année, les opérations ont pu être conduites sans difficulté majeure.
3Les recherches se sont organisées autour de deux axes principaux (fig. 1) :
• d’une part, la poursuite de l’étude de la nécropole de la porte Médiane d’époque tardo-hellénistique, avec la fouille de deux monuments funéraires (MSL46642 et MSL46420), partiellement dégagés entre 2022 et 2024, et d’une sépulture individuelle en caisson de tuf (SP46759) ;
• d’autre part, l’étude du système antique de gestion des eaux usées situé à l’extérieur des remparts (SDR74168), déjà partiellement identifié lors des campagnes de 2022 et 2023.
4Ces travaux s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la structuration des marges urbaines de Cumes de l’époque républicaine à l’époque impériale, fondée sur une approche intégrée associant archéologie, géomorphologie et analyses environnementales.
Fig. 1. Vue aérienne du secteur de la nécropole au nord‑est de la porte Médiane.
M. Leone ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
5Les travaux de terrain se sont concentrés sur une zone située dans l’angle nord-ouest de la grande terrasse aménagée à l’époque impériale, qui s’étend au nord‑est de la porte Médiane des fortifications septentrionales de la ville (fig. 2‑3). Cette zone, déjà explorée au cours des années précédentes, est caractérisée par la présence, sous les niveaux supérieurs, de plusieurs mausolées tardo-républicains, dont la fréquentation se poursuit au moins jusqu’à la première moitié du ier siècle ap. J.‑C., sous Tibère et Claude.
6Elle a fait l’objet, en particulier au xixᵉ siècle, de nombreuses fouilles, tant clandestines que programmées. Au cours des dernières années, nous avons été amenés à investiguer plusieurs de ces tranchées anciennes, ce qui nous a permis, d’une part, de documenter une séquence stratigraphique particulièrement dense et, d’autre part, de mettre au jour une série de monuments qui avaient malheureusement déjà été partiellement visités et vidés par le passé. Ces tranchées constituent en outre une source précieuse pour l’histoire de la recherche dans la nécropole de Cumes, en permettant de documenter et d’analyser les interventions anciennes.
Fig. 2. Plan du secteur de la nécropole au nord‑est de la porte Médiane.
F. Fouriaux ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
Fig. 3. Détail du secteur de la nécropole au nord‑est de la porte Médiane fouillé en 2025.
M. Leone ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
7L’exploration de la tranchée FS46648 a permis d’intercepter une tombe à caisse tronco-pyramidale (SP46759). Elle est orientée est‑ouest, selon un axe sensiblement parallèle à celui des hypogées à voûte en berceau voisins MSL46642 et MSL46070.
8Le caisson, entièrement réalisé en tuf jaune, présente des parois au profil oblique divergent, à l’exception d’une bande sommitale de 7 à 8 cm dotée d’une mouluration verticale à profil droit (fig. 4). La structure est construite à partir d’assises de grands blocs ou dalles juxtaposés à sec, au nombre de quatre sur les longs côtés nord et sud et de deux sur les petits côtés est et ouest ; le fond est constitué de cinq dalles de tuf.
Fig. 4. La tombe à caisse tronco-pyramidale SP46759.
Clichés M. Leone ; photogrammétrie A. Lambiase ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
9L’ensemble présente, à la base, un quadrilatère mesurant entre 1,10 et 1,40 m de largeur pour une longueur comprise entre 2,15 et 2,20 m ; à la sommité, les dimensions se réduisent à une largeur comprise entre 0,45 et 0,53 m et à une longueur comprise entre 1,56 et 1,66 m, pour une hauteur conservée d’environ 1,15 m.
10Le dispositif était recouvert d’au moins trois dalles de tuf (US 46759). L’une d’elles avait été fracturée par les fouilleurs du xixᵉ siècle et se trouvait désormais placée en oblique, appuyée contre la dalle occidentale restée en place.
- 1 Munzi, Leone 2023, p. 109‑126 ; Mermati 2024, p. 191‑216.
11Même en l’absence de mobilier permettant de préciser la chronologie de construction de ce tombeau, cette sépulture présente un intérêt particulier, car elle correspond à une typologie jusqu’à aujourd’hui peu attestée dans la nécropole de Cumes. Par sa morphologie, elle rappelle très étroitement une tombe fouillée en 1843 par Lord Vernon, aristocrate anglais passionné d’archéologie, dont les travaux furent suivis et documentés par Carlo Bonucci, devenu en 1841 « Architetto Direttore degli Scavi di Cuma »1. La datation de cet exemplaire demeure toutefois, elle aussi, imprécise.
12Les approfondissements stratigraphiques prévus lors de la prochaine campagne permettront sans doute de préciser plus finement la chronologie de ce tombeau, même si les aspects techniques observées ainsi que les quelques éléments stratigraphiques actuellement disponibles conduisent, pour l’instant, à proposer une datation générale à l’époque hellénistique.
13La fouille d’une deuxième tranchée (FS46658), postérieure à la précédente et située plus au nord, a permis la l’exploration d’un autre grand hypogée à voûte en berceau (MSL46642). Dès 2024, nous avions entrepris son dégagement et pu constater que cette tranchée avait déjà permis aux fouilleurs du xixᵉ siècle d’atteindre le monument funéraire (fig. 5‑6).
Fig. 5. L’hypogée avec voute en berceau d’Ovius Equitius (MSL46642).
E. Conca ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
Fig. 6. Photogrammétrie de l’hypogée à voûte en berceau d’Ovius Equitius (MSL46642).
Photogrammétries A. Lambiase ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
14Celui‑ci était signalé par un cippe portant une inscription latine mentionnant Ovius Equitius, fils de Minatus. L’onomastique – qui associe un nom personnel d’origine osque à un gentilice latin – permet de dater le tombeau de la fin du IIᵉ ou du début du iᵉʳ siècle av. J.‑C. Il constitue ainsi un témoignage précieux des dynamiques sociales et culturelles à l’œuvre en Campanie à la fin de l’époque républicaine.
15En 2024, nous avions dégagé la voûte en berceau, ainsi que le tumulus qui devait la recouvrir2.
16L’hypogée MSL46642, est construit en grands blocs équarris assemblés à sec. Orienté globalement nord-ouest/sud-est et accessible par l’ouest, il n’a été que partiellement exploré : seule la partie nord‑est de sa voûte (VT46676) a été dégagée. Deux blocs, situés immédiatement au nord de la clé de voûte et reposant sur la lunette de fond (MR46677), avaient été partiellement retirés par les fouilleurs du xixe siècle afin d’accéder à la chambre funéraire.
- 3 Sur la grande fosse du xixe siècle dégagée lors de la campagne de 2024 voir Munzi et al. 2025.
17La voûte en berceau VT46676 est recouverte par une fine couche de sable marin (US 46688), elle‑même surmontée d’un niveau de fragments de tuiles (US 46687), visible en coupe au‑dessus de sa partie occidentale, qui constitue ici la paroi ouest du grand creusement FS466583. Plusieurs couches de sédiment assez fin, dépourvues de matériel, recouvrent ensuite la voûte du mausolée MSL46642. Au‑dessus de ces niveaux se trouvait la structure de soutien du cippe inscrit (US 46642), composée d’éclats de tuf et de fragments de briques, protégée par une tuile plate. Celle‑ci était elle‑même surmontée, dans sa partie orientale, d’éclats de tuf et de tegulae, puis de trois grands fragments de tuiles peintes avec des triangles opposés en noir, disposées en oblique. À l’ouest, un bloc de tuf de forme sub-trapézoïdale, adossé au cippe, faisait office de contrefort.
18La fouille menée cette année a permis d’explorer l’intérieur du monument. L’accès à la chambre funéraire se faisait par un dròmos débouchant sur une ouverture aménagée dans le mur ouest (PR46798), caractérisée par une architrave monolithique à profil cintré (0,61 × 0,44 m) et fermée par un monolithe de tuf. Cette ouverture rectangulaire, décalée vers le sud, mesure 1,80 m de haut pour 0,63 m de large, avec une profondeur d’environ 0,35 m.
19Immergée dans la nappe phréatique, la fouille de la chambre a nécessité l’emploi de pompes afin de permettre une intervention conforme aux normes archéologiques.
20De plan quadrangulaire (ca. 2,72 × 1,92 m), elle est aménagée selon une disposition en triclinium, avec deux lits funéraires destinés à accueillir des inhumations, installés le long des murs nord (SP46713) et est (SP46716).
21Les parois, construites en blocs de tuf, posés à sec, étaient entièrement enduites de blanc (US 46706), sur une couche préparatoire de 1,5 cm d’épaisseur composée de chaux et de sable. Ce revêtement, épais d’environ 1 mm, couvrait également l’intrados de la voûte, bien que son état de conservation soit aujourd’hui inégal.
22À 1,50 m du sol court une corniche en saillie ornée d’une moulure en cyma reversa (US 46707), taillée dans le dernier rang de blocs avant la mise en place de la voûte. Présente sur les quatre côtés de la chambre, Elle correspond au niveau de l'imposte et marque la transition entre les parois verticales et la couverture.
23La voûte en berceau (VT46676), constituée de blocs trapézoïdaux de tuf assemblés à sec, comprend onze assises, dont cinq visibles à l’extérieur. Elle mesure 1,92 m de largeur, 2,72 m de longueur et 2,30 m de hauteur maximale.
24Le sol (SL46708) est formé de huit dalles de tuf posées à sec, de dimensions variables. Le pavement couvre une surface de 1,69 m (E‑O) sur 1,07 m (N‑S). Il présente une légère convexité en dos d’âne, probablement lié à un phénomène d’affaissement provoqué par la présence de la nappe phréatique.
25Les lits funéraires (SP46713 et SP46716), aménagés le long des murs nord et est, sont construits en creux. Ils sont délimités par des dalles de tuf jaune équarries, posées verticalement et ajustées sans liant, formant les parois latérales des coffres. L’intérieur est comblé d’un remblai limono-sableux (US 46715 pour le lit nord ; US 46718 pour le lit est), dont la lecture stratigraphique est aujourd’hui perturbée par la nappe phréatique.
26Le remplissage des coffres ainsi que les dalles qui les composent sont revêtus d’un enduit gris‑blanc à base de chaux, destiné à renforcer la cohésion de l’ensemble et à en assurer la finition.
27Le lit nord (SP46713), long d’environ 1,85 m, est délimité par deux grandes dalles monolithiques de tuf. Sur l’enduit (US 46714) reposait une fine couche de sable (US 46783), servant de lit de déposition au squelette SQ46732 : l’individu est de format adulte et déposé sur le dos, la tête à l’est.
28À l’extrémité orientale du coffre, le mobilier funéraire (US 46731) comprenait cinq unguentaria en céramique (46731.CE.01‑05), fusiformes (type CUMN.UNG.A.I), à bord triangulaire plein, base tronconique et col verni de noir, datables typologiquement entre le iiᵉ et le ier siècle av. J.‑C. (fig. 7b).
Fig. 7. Le mobilier de l’hypogée d’Ovius Equitius (MSL46642) : a. Unguentarium provenant du lit SP46716 ; b. Détail des unguentaria du lit SP46713.
Archives CJB, CNRS‑EFR.
29Le lit oriental (SP46716), construit selon le même principe, est délimité par deux blocs de tuf posés verticalement, mesurant chacun 1 m de long, 0,53 m de haut et 0,17 m d’épaisseur.
30La structure était recouverte d’un enduit de mortier de chaux gris‑blanc (US 46717), particulièrement bien conservé sur le pulvinus aménagé sur le côté méridional. Le sommet du coffre était couvert d’une fine couche de sable (US 46765), sur laquelle reposaient le squelette SQ46764, correspondant à un individu adulte, ainsi que plusieurs éléments du mobilier funéraire (US 46799). La position primaire du défunt devait être en décubitus dorsal, les membres inférieurs en extension et la tête orientée au sud.
31Le mobilier se compose de deux unguentaria en céramique (46799.CE.01‑02) de type fusiforme (type CUMN.UNG.A.I), à bord plein de section triangulaire et pied tronconique. Le bord et le col sont recouverts d’un vernis brun, tandis qu’une ligne peinte en blanc apparaît sur le col et le pied. Ces exemplaires trouvent des parallèles morphologiques avec certains unguentaria provenant de Tarente, datés du iiᵉ siècle av. J.‑C. (fig. 7a).
32Près de la paroi orientale du lit, deux demi-sphères en argile crue (ou insuffisamment cuite) (46799.CE.03a/b) ont également été recueillies ; elles pourraient être interprétées comme des pions de jeu. Enfin, la présence d’une tige en fer (46799.ME.01) doit être signalée.
33Dans le but d’étudier la façade du monument MSL46642, un sondage a été ouvert immédiatement à l’ouest du cippe.
34La stratigraphie s’est toutefois révélée presque entièrement perturbée par un tunnel (FS46754), vraisemblablement creusé par les fouilleurs du xixᵉ siècle qui, après avoir pénétré dans le tombeau MSL46642, avaient poursuivi leur exploration vers le sud-ouest selon un parcours souterrain, et non plus à ciel ouvert.
35La façade n’a ainsi pu être dégagée que sur une hauteur d’environ 0,80 m, jusqu’à la partie supérieure du grand bloc monolithique fermant l’entrée du mausolée (PR46798).
36Au‑dessus de ce monobloc à profil cintré, le dernier rang du mur de façade (MR46709) est formé, au centre, d’un grand bloc posé de chant, encadré au nord par trois blocs sub-rectangulaires disposés à plat, et au sud par deux autres blocs, l’un posé de chant, l’autre à plat. Au‑dessus du bloc central se dressait le cippe portant l’épitaphe latine du défunt dédicataire du monument.
37De part et d’autre du ce dernier, un dispositif de soutènement (US 46723), composé de blocs de tuf et de trachyte de dimensions variées, grossièrement équarris, avait été aménagé. Étroitement imbriqués avec la base du cippe, ces éléments formaient une structure de contrebutement.
- 4 Sur les hypogées avec voûte en berceau de Cumes : Munzi 2024, p. 249‑278.
38Le monument funéraire MSL46642, par son architecture et son inscription, appartient à une série de monuments édifiés par les élites locales d’origine osque à proximité immédiate de la porte Médiane, entre les dernières décennies du iiᵉ et le milieu du ier siècle av. J.‑C. On en dénombre aujourd’hui une quinzaine le long des voies sortant des deux portes des fortifications septentrionales de la ville4.
- 5 Brun, Munzi et al. 2019.
- 6 Munzi et al. 2024.
39Orienté ouest‑est, ce tombeau est situé entre les mausolées MSL46522 et MSL46501. Il avait été mis au jour en 20205 et partiellement fouillé en 20236. L’édifice est construit en opus incertum. Le monument possède un accès à l’ouest. Cet accès est obturé par un bloc monolithe de tuf (US 46420).
40Au cours de la fouille de 2023, il avait été décidé de préserver la section occidentale de la voûte, la mieux conservée, et de sonder stratigraphiquement la moitié orientale du mausolée. Directement sous la voûte (VT46417), plusieurs niveaux sédimentaires (US 46605-46606) ont été observés, recouvrant trois tombes à caisson aménagées au niveau de la corniche, dans le remplissage correspondant à la fin de la première phase d’utilisation de l’espace funéraire. Ces trois sépultures, désignées SP46613, SP46614 et SP46618, sont orientées selon un axe est‑ouest et dotées de couvertures de tuiles reposant sur la corniche et sur six petits murets formant les coffrages maçonnés.
41La fouille a mis au jour, à l’intérieur des trois sépultures, les restes squelettiques de plusieurs individus. En particulier, la tombe SP46618, adossée au mur nord du mausolée (MR46458), se distingue par la présence de deux squelettes (SQ46627 et SQ46628). Plusieurs objets de mobilier (US 46631) ont été retrouvés au niveau du dépôt des deux individus, sans qu’il soit possible de les attribuer précisément à l’un ou à l’autre. Ces éléments permettent de dater la réutilisation du monument comme espace funéraire du dernier tiers du iiᵉ siècle apr. J.‑C.
42Lors de la campagne de 2025, pour des raisons de sécurité, la section occidentale de la voûte (VT46417) a dû être déposée, ce qui a permis la mise au jour d’une quatrième sépulture en caisson de moellons de tuf (SP46701), orientée nord‑sud et adossée au mur ouest, correspondant à la paroi d’entrée du monument dans sa phase originaire. Celle‑ci a livré les restes squelettiques d’un sujet adulte déposé sur le dos, les membres en extension (SQ46624), ainsi qu’un élément de mobilier funéraire (US 46726), venant confirmer cette chronologie. Il s’agit d’un boccaletto (46726.CE.01), proche de la forme Marabini LXVIII, datable du iiᵉ siècle apr. J.‑C.
43La campagne de cette année a également permis de fouiller la première phase d’occupation du monument funéraire et d’en préciser l’organisation (fig. 8).
Fig. 8. Le tombeau MSL46420.
M. Leone ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
44L’espace intérieur est aménagé avec trois lits munis d’un pulvinus à une extrémité, laissant libre l’espace central ainsi que l’angle sud‑ouest. En démontant le mur sud de la sépulture SP46614 (MR46620) et partiellement le mur nord de la sépulture SP46613 (MR46768) – deux tombes appartenant à la seconde phase de fréquentation du tombeau –, la partie méridionale du lit est (SP46762), relevant de la première phase d’utilisation du mausolée, a été dégagée.
45Le lit, long d’environ 2 m et large d’environ 1,10 m, présente un pulvinus soigneusement façonné, construit en éclats de tuf et agglomérats de mortier. Celui‑ci, tout comme la plus grande partie du lit, était encore recouvert d’un enduit gris soigneusement lissé (US 46762), appliqué sur une couche préparatoire composée de petits éclats de tuf (US 46777). Cette dernière recouvrait un remplissage de plus de 0,50 m d’épaisseur (US 46657), contenant des fragments de céramique, des agglomérats de mortier, des particules de charbon, ainsi que des éclats et éléments de tuf équarris.
46Ce niveau homogène, sans cloisonnement interne, comblait également le lit nord (SP46779) et probablement aussi le lit sud (SP46633), délimités vers l’intérieur de la chambre par des murets constitués de blocs superposés en un seul rang.
47Au‑dessus d’un dépôt de sable (US 46769), peut‑être vestige du niveau de sable marin utilisé comme lit de dépôt, ont été découverts, dans l’angle sud‑est, des éléments du mobilier funéraire (US 46763) de la sépulture SP46672 (fig. 9). Il s’agit d’un unguentarium (46763.CE.01) de forme globulaire (type CUMN.UNG.B.IIa), à bord et col peints en rouge ; d’un second unguentarium (46763.CE.02) de forme piriforme (type CUMN.UNG.B.IIb) ; de deux strigiles en fer (46763.ME.04‑05), suspendus à un anneau en bronze (46763.ME.03) ; d’un peigne en os (46763.OS.02) aux extrémités façonnées et à double denture ; et d’une paire de ciseaux en fer (46763.ME.06), dont la lame conserve plusieurs minéralisations de bois.
Fig. 9. Le tombeau MSL46420 et les éléments du mobilier funéraire de la sépulture SP46672.
M. Leone ; Archives CJB, CNRS‑EFR.
48L’ensemble était vraisemblablement contenu dans une cassette en bois, dont subsistent la serrure en bronze (46763.ME.01), quelques anneaux (46763.ME.02) et une petite plaquette en os (46763.OS.01), peut‑être élément décoratif. Ce mobilier est datable de la seconde moitié du ier siècle av. J.‑C., probablement vers le dernier quart du siècle.
49Le lit sud (SP46633) n’a été dégagé que partiellement, car il a été décidé, pour le moment, de ne pas démonter complètement la sépulture en caisson SP46613, installée directement au‑dessus et utilisant comme fond la surface enduite du lit appartenant à la première phase d’utilisation du mausolée. L’enduit recouvre une couche préparatoire de 3 à 4 cm d’épaisseur, composée de petits éclats de tuf (US 46761). Du lit, seule une partie du pulvinus a été repérée, à l’extrémité occidentale. À l’est, SP46633 est entaillée par une tranchée de fouilleurs clandestins (FS46629), ce qui a permis d’observer le niveau préparatoire de l’enduit et, plus ponctuellement, celui du remplissage du lit, de nature similaire à ceux des lits nord et est.
50À la différence de la sépulture SP46633, le lit nord (SP46779) et la partie centrale du lit est (SP46762) avaient été beaucoup plus remaniés au cours de la seconde phase d’utilisation du mausolée. Lors de la construction du mur sud (MR46615) de la sépulture SP46618, adossée au mur nord du mausolée, les enduits de revêtement (US 46762 pour SP46762 et US 46779 pour SP46779), leurs couches préparatoires (US 46644 et US 46777) et au moins la moitié du pulvinus du lit nord, ont été détruits par une tranchée orientée est‑ouest ouverte à cette occasion.
51Le remplissage des lits (US 46657) s’est en revanche conservé presque intégralement ; il recouvrait, à la base, un niveau homogène de mortier (US 46663). Il est probable qu’une partie du mobilier funéraire (US 46637) ait été rassemblée et déposée juste à l’ouest de la limite du pulvinus, là encore peut‑être dans une cassette en bois.
52Dans l’angle nord‑ouest, ont été découverts les restes d’au moins deux alabastres (73637.PI.01‑02), caractérisés par un corps allongé, fusiforme, se terminant en pointe, et un rebord en disque particulièrement élargi, relié au corps par un emboîtement. Des formes similaires, proches du type Colivicchi II.1.5, sont attestées dans la première moitié du ier siècle apr. J.‑C. La présence d’une tache brun-orangé à proximité des alabastres et de quelques clous en fer avec incrustations de bois, suggère que les récipients étaient placés dans une boîte en bois.
53L’analyse stratigraphique et le mobilier funéraire indiquent que le mausolée a connu deux phases principales d’utilisation : la première, datée de la seconde moitié du ier siècle av. J.‑C., correspond à l’aménagement originel du monument ; la seconde, datée du dernier tiers du iiᵉ siècle apr. J.‑C., témoigne de sa réutilisation comme espace funéraire.
54Les recherches récentes menées par le Centre Jean Bérard dans la zone immédiatement extérieure aux remparts nord de Cumes, au nord‑est de la porta Médiane, ont fourni de nouveaux éléments essentiels à la compréhension du secteur.
55En septembre 2021, une campagne de prospections géophysiques a été réalisée7, en collaboration avec l’Université de Padoue, sur une surface d’environ 1500 m². Les anomalies détectées indiquaient la possible présence de structures enfouies. Particulièrement remarquable était une anomalie linéaire, interprétable comme un fossé ou canal, peut‑être intégré à un tracé plus vaste. Cette anomalie correspondait partiellement au fossé intercepté par les carottages effectués antérieurement par l’université L’Orientale de Naples.
56Les vérifications stratigraphiques menées au cours des quatre dernières années ont permis de mettre au jour un imposant système de canalisation lié à l’évacuation des eaux de pluie et des eaux usées de la ville. Ce dispositif, situé à environ 9 à 9,50 m au nord du doublement hellénistique des fortifications, en suit l’orientation. Il présente plusieurs phases d’utilisation, datables, selon l’état actuel de la recherche, entre l’époque archaïque et le iiie siècle apr. J.‑C. (fig. 10).
Fig. 10. Cumes. Secteur suburbain septentrionale : le réseau de canalisation lié à l’évacuation des eaux de pluie et des eaux usées SDR74168 (fouilles 2022-2025).
Archives CJB, CNRS‑EFR.
57Une exploration préliminaire de cette canalisation a été menée en 2022 par l’intermédiaire d’un puits en opus vittatum (PT74125), situé presque au centre de la terrasse et associé au rehaussement des niveaux de circulation dans le secteur à l’époque impériale8.
58Vers l’ouest, en direction de la porte Médiane, la canalisation se développe sur au moins 25 m : il s’agit d’un specus large de 1,60 m, couvert d’une voûte en berceau en caementicium et délimité par deux murs en opus vittatum (SDR74168).
59Immédiatement à l’est du puits, la canalisation s’appuie sur une section (MR74152) d’environ 4 m de longueur, plus étroite, couverte par une voûte formée de grands blocs de tuf jaune ; cette structure interprétée comme un resserrement destiné à accroître la pression du flux à proximité de la porte.
60Lors de la campagne de 2023, un sondage a été ouvert entre un puissant mur nord‑sud (MR74011), situé à 65 m à l’est de la porte, et le doublement hellénistique des fortifications9.
61Sous les niveaux d’accumulation liés au rehaussement des sols à l’époque impériale, la poursuite du conduit vers l’est a été mise en évidence : une portion de voûte (VT74168) ainsi que le parement nord du mur septentrional, construit en opus reticulatum (MR74157), ont été dégagés.
62Ce sondage a également permis de clarifier les relations stratigraphiques entre la canalisation et les niveaux antérieurs.
63Au moment de la construction du mur nord‑sud, une importante dépression orientée est‑ouest existait en avant des fortifications ; elle était occupée par un large canal. Au nord de celui‑ci, les niveaux du terrain s’élevaient progressivement, formant une sorte de levée naturelle. Le mur nord‑sud (MR74011) fut édifié en tenant compte de cette topographie : au droit de la canalisation, son parement occidental associe opus vittatum et opus incertum, et présente un arc de décharge au‑dessus de la voûte. Le mur est conservé sur environ 17 m de longueur et 4 m de hauteur, pour une épaisseur moyenne de 2,50 m.
64À l’époque impériale, l’ensemble de la zone fit l’objet d’une importante réorganisation : la dépression occupée par la cloaca fut comblée, les niveaux de circulation rehaussés et le puits PT74125 en opus vittatum, interprété comme un puits piézométrique ou de trop‑plein, fut aménagé.
65Un dernier sondage, ouvert en septembre 2025 à l’est du mur nord‑sud MR74011, a permis de mettre en évidence l’entrée de l’égout. Il a ainsi été possible de constater qu’à partir de ce point, vers l’est, le conduit n’est plus voûté, mais à ciel ouvert, délimité par deux puissants murs en opus reticulatum (MR74184 et MR74185), dégagés sur environ 4 m de longueur.
66On ignore si ces murs se prolongeaient plus à l’est ou s’ils se limitaient à ce tronçon. Des traces d’érosion sont nettement visibles sur les parois latérales ainsi qu’à l’embouchure du canal.
67L’inspection de cette ouverture a également permis de confirmer que l’égout est construit en opus vittatum (MR74157-MR74158), selon une technique analogue à celle observée dans le tronçon occidental.
68Les données stratigraphiques et géomorphologiques indiquent que cet imposant système de canalisation, en usage entre le ier siècle av. J.‑C. et au moins le iiie siècle apr. J.‑C., s’inscrit dans une vaste réorganisation hydraulique tardo-républicaine, probablement liée aux grands travaux d’infrastructure entre la fin de l’époque républicaine et le début de l’Empire.