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2026
La Moyenne Égypte

Baouît (2025)

Le monastère d’Apa-Apollô au nord d’Assiout
Responsable d’opération : Florence Calament

Notes de l’auteur

Autorité nationale présente : Le Ministère du Tourisme et des Antiquités (MoTA) était représenté par Abd-Allah Mohamed Farghly en tant qu’inspecteur sur le terrain et par Rami Attica Bekhit en tant qu’inspecteur pour la restauration ; Mahmoud Moustafa Mohamed Said, également inspecteur du MoTA, était responsable des entrepôts locaux d’antiquités. Ragab Saber Abd-Elhakim et Shaimaa Felfel Fatthi ont également participé à la campagne en tant que stagiaires.

Numéro et intitulé exact de l’opération de terrain : 17126 – Fouilles du monastère de Baouît, Moyenne-Égypte.

Composition de l’équipe de terrain : Florence Calament (coptologue et épigraphiste, musée du Louvre) ; Joachim Le Bomin (archéologue, Ifao) ; Sayed Awad Mohamed Sheuib (archéologue, MoTA) ; Fabienne Boinay (architecte) ; Delphine Dixneuf (céramologue, CNRS-UMR 7298 LA3M) ; Anna Południkiewicz (céramologue, Université de Varsovie) ; Alexandra Konstantinidou (céramologue, Université d’Oslo) ; Paul Bailet (anthropologue, Dracénie Provence Verdon agglomération, Unité Archéologie et Patrimoine) ; Isabelle Marthot-Santaniello (papyrologue, Université de Bâle) ; Héléna Rochard (historienne de l’art, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; Alice Cétout (dessinatrice, Inrap) ; Abdullah Ali Harb (restaurateur, MoTA) ; Bruno Szktonicki (restaurateur, indépendant) ; Manon Lefèvre (restauratrice, indépendante) ; Ihab Mohamed Ibrahim (photographe, Ifao).

Année de la campagne : 2025 (23 février – 23 mars).

Partenariats institutionnels : Musée du Louvre ; Ifao.

Organismes financeurs : Musée du Louvre ; Ifao.

Texte intégral

Données scientifiques produites :
https://www.ifao.egnet.net/​archeologie/​baouit
https://petitegalerie.louvre.fr/​article/​le-site-de-baouit

Introduction

  • 1 Calament, Le Bomin 2024.
  • 2 Calament 2022.

1La mission conjointe du musée du Louvre et de l’Institut français d’archéologie orientale a pu mener, sous l’égide du ministère du Tourisme et des Antiquités de l’Égypte (MoTA), une campagne de quatre semaines de fouille sur le site de l’antique monastère de Baouît (Moyenne Égypte). Dans la continuité de la campagne menée en 2024, les investigations archéologiques se sont poursuivies sur le complexe ecclésial localisé dans la partie centrale du kôm de Baouit. L’objectif principal visait à compléter le dégagement de l’église dite « sud »1, située à proximité immédiate de la vaste basilique implantée plus au sud et désormais identifiée comme étant l’église principale du monastère dédiée à son fondateur Apa-Apollô2.

2Les autres objectifs de la mission concernaient d’une part l’étude de plusieurs séries de matériel mis au jour lors de précédentes campagnes et conservés dans les magasins de site, d’autre part, à la demande du ministère du Tourisme et des Antiquités de l'Égypte (MoTA) et en concertation avec ses représentants, l’exécution sur le terrain de travaux de conservation-restauration dans différents secteurs du kôm ayant fait l’objet de fouilles plus anciennes par nos prédécesseurs.

1. L’église dite « sud » du kôm de Baouît

  • 3 Le monument est essentiellement connu par les photographies, d’ensemble ou de fragments sculptés, e (...)
  • 4 Calament, Le Bomin 2024, § 3.

3Sur le terrain, la campagne de fouille visait comme principal objectif le dégagement complet de l’église dite « sud » du monastère, dont la dénomination remonte à sa découverte au tout début du xxe s. par des archéologues français. Vraisemblablement contemporaine de la grande basilique, sur le mur de chevet de laquelle elle est alignée et dont elle est séparée par un couloir de circulation, cette église a été sommairement fouillée par Charles Palanque et Émile Chassinat en 1902 avant d’être réensablée puis totalement recouverte par le sable éolien, mais elle n’a été que très partiellement publiée3. Situé au cœur du vaste complexe ecclésial du monastère, il s’agit du plus petit édifice connu, dont la fouille exhaustive a pour but d’affiner notre connaissance de son plan, de son décor et de son corpus épigraphique, très imparfaitement relevés4.

1.1. Fouille et aménagements intérieurs

  • 5 La surface dégagée correspond aux « chapelles » C (couloir) et B (église proprement-dite) du plan é (...)
  • 6 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin : le dallage d’origine est constitué de grandes dal (...)
  • 7 Particulièrement à l’aplomb du mur de l’abside où se trouvait la grande peinture figurant la Cène, (...)
  • 8 Cinq fragments en tout permettent d’en recomposer le profil et la taille : il mesurait à l’origine (...)

4Dans la continuité de l’espace de circulation (4,75 m de large) situé entre la grande église Apa-Apollô et l’église « sud », et du bas-côté sud de cette dernière (2,5 m de largeur sur 13,5 m de long), la fouille a progressé d’environ 7 m supplémentaires vers le nord, dégageant d’abord la nef centrale puis atteignant le bas-côté jusqu’à la paroi nord5. À terme, l’extension de la fouille a permis de mettre au jour cette année la totalité de la surface intérieure du monument jusqu’au niveau du sol, soit environ 125 m², mais la façade nord n’a pas pu être dégagée. Le sol était à l’origine entièrement dallé de plaques de calcaire à joints fins6, mais ce pavement a manifestement subi plusieurs réfections et il est très inégalement conservé ; la partie centrale est particulièrement bouleversée sur toute sa longueur, y compris et surtout la zone du chœur lui-même7, surélevé d’environ 20 cm et très perturbé, tandis que les bas-côtés sont beaucoup mieux préservés (fig. 1). Dans le chœur, plusieurs fragments d’un grand plateau rond à rebord en marbre ont servi en remploi pour le dallage final8.

Fig. 1. Vue cavalière nord-sud du dégagement complet de l’église « sud » de Baouît (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 1. Vue cavalière nord-sud du dégagement complet de l’église « sud » de Baouît (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_001.

  • 9 Rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.
  • 10 Calament, Le Bomin 2024, § 7 et 8.
  • 11 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

5Quatre sondages de faible extension ont été pratiqués à l’intérieur de l’édifice, à des emplacements où le sol était déjà perturbé (perte du dallage d’origine), ceci pour permettre d’atteindre des niveaux antérieurs. Ils ont tous révélé la présence de structures en briques crues antérieures à l’église (appartenant à un ou plusieurs édifices mais sans plan d’ensemble décelable) et ont confirmé les observations faites à partir des sondages précédents concernant la stratigraphie et la chronologie relative9. En effet, quatre phases d’occupation avaient pu être mises en évidence lors de la dernière campagne, dont deux sont antérieures à l’édifice lui-même (une première nécropole et une structure en briques crues, de nature indéterminée, ayant précédé la construction de l’église)10. Les sondages réalisés cette année ont aussi révélé plusieurs niveaux qui appartiennent directement à la construction de l’église et sont relatifs soit aux tranchées de fondation pour l’implantation des murs et des colonnes, soit à l’installation du dallage11.

  • 12 L’état actuel de cette configuration est identique à celui déjà visible sur les photographies du dé (...)

6En symétrie avec le bas-côté sud, trois nouvelles bases de colonnes d’inégales hauteurs rythment l’espace séparant le vaisseau central de la nef latérale nord, tandis que plusieurs fûts de colonnes monolithiques taillés dans le même granit rouge gisent au sol12. Chacun d’entre eux possède en partie inférieure une marque différente, peinte en rouge : il s’agit certainement d’un repère destiné à pouvoir les placer sur leur base respective. La plupart de ces fûts sont brisés en plusieurs morceaux, mais l’un d’eux est manifestement complet (3,78 m) ce qui nous fournit une précieuse indication pour restituer la hauteur d’origine de l’édifice. Parmi ces éléments tombés au sol figurent plusieurs fragments appartenant aux colonnes engagées monolithiques en calcaire flanquant les murs de refend nord et sud ; des encoches y indiquent l’emplacement d’une barrière de chancel en bois aujourd’hui disparue, qui séparait la nef du sanctuaire.

  • 13 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

7Le plan général de l’église, assez compact, est maintenant entièrement lisible (fig. 2) ; une particularité à noter est la présence d’un massif quadrangulaire (1,25 m × 74 cm) construit en briques cuites et revêtu d’un mortier lissé à la chaux, appuyé contre la colonne centrale sud13. Il comporte deux empreintes, quadrangulaire et circulaire, qui accueillaient visiblement des récipients. Quant au mode général de construction, il s’apparente comme déjà vu à celui de l’église Apa-Apollô. Les murs d’environ 1 m d’épaisseur aux parements non enduits sont montés à partir de parpaings de calcaire disposés en panneresse, et d’un blocage de briques cuites mêlées à du mortier de chaux. La partie inférieure des parements extérieurs était parcourue de longues frises en bois dont seules les empreintes subsistent aujourd’hui, tandis que d’autres frises en bois couraient le long des parois intérieures opérant des séparations entre les différentes zones de décor.

Fig. 2. Plan général de l’église « sud » (G. Hadji-Minaglou, J. Le Bomin, F. Boinay, S. Awad).

Fig. 2. Plan général de l’église « sud » (G. Hadji-Minaglou, J. Le Bomin, F. Boinay, S. Awad).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMCN_001.

1.2. Décoration du monument

1.2.1. Le décor sculpté

  • 14 Sans doute inachevée, cette sculpture témoigne potentiellement d’un double remploi : le bloc retail (...)
  • 15 La face sculptée était partiellement visible ; le mortier de chaux a été soigneusement enlevé : B.  (...)

8Comme dans la partie sud de l’église, les trois bases quadrangulaires de colonne en granit rose séparant la nef centrale de la nef latérale nord sont encore en place. Soigneusement taillées, elles présentent des moulurations et des hauteurs différentes. L’une d’elles apparaît comme un remploi manifeste de l’époque pharaonique : dans cette colonnade nord, la base nord-est comporte l’ébauche sculptée du profil d’une tête de pharaon portant au front l’uræus, puissant symbole de protection, placée ici face contre terre (fig. 3)14. On notera encore la présence notable d’un second remploi, cette fois dans le dallage au sud de la zone du chœur : une plaque fragmentaire de calcaire finement gravée mais partiellement recouverte de mortier y avait été insérée15.

Fig. 3. Remploi d’un bloc sculpté d’époque pharaonique pour une base de colonne en granit (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 3. Remploi d’un bloc sculpté d’époque pharaonique pour une base de colonne en granit (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_002.

  • 16 L’étude comparative entre les éléments sculptés encore in situ dans l’église sud et ceux conservés (...)

9À l’intérieur comme aux abords immédiats de l’église, plusieurs blocs sculptés appartenant à son décor ne sont plus en place ; tombés au sol ou présents dans les remblais du début du xxe s., ils appartiennent à des typologies bien connues de décors, essentiellement composés de cercles sécants dans des entrelacs géométriques et de frises continues de feuilles d’acanthe16. Le bouchage de la petite porte nord menant dans le sanctuaire (86 cm de large) a été démonté (fig. 4) ; composé de lits de briques et de blocs calcaires utilisés en remploi, il n’a cependant révélé aucun élément sculpté.

10Dans la partie nord du sanctuaire et le bas-côté nord, le décor sculpté encore conservé in situ consiste essentiellement en éléments encadrant les différentes niches de plan rectangulaire, en symétrie avec celles du côté sud : outre la grande niche de l’abside, une niche septentrionale dans le sanctuaire, une niche dans le mur de refend du côté de la nef latérale nord, et deux niches d’inégales dimensions sur la paroi nord. Le décor consiste en particulier en bases de pilastre moulurées, très soigneusement sculptées avec différents motifs de croix gravés, et parfois peintes (on remarque tout spécialement un monogramme à l’encre rouge sur celle du pilastre gauche de la niche du mur de refend nord, accompagnant l’abréviation de Jésus-Christ).

1.2.2. Le décor peint

  • 17 Pour la partie haute, non conservée, voir supra note 7.
  • 18 Calament, Le Bomin 2024, § 16 et fig. 5.
  • 19 Elles avaient été partiellement dégagées déjà en septembre 2007, lors d’un sondage pratiqué dans l’ (...)
  • 20 Parmi les nombreux exemples : Clédat 1904, p. 50 fig. 29 (chapelle viii) et pl. xxiii.1 (chapelle i (...)
  • 21 Voir le rapport 2025 sur les peintures murales de l’église sud par H. Rochard ; l’étude a porté aus (...)

11Le décor de l’église est également illustré par de nouvelles peintures murales, relativement bien conservées en partie basse de la niche de l’abside17 et dans la zone nord du sanctuaire : il se compose de plusieurs panneaux à motifs géométriques et floraux. Les peintures du mur de refend nord, du côté du sanctuaire, font écho à celles mises au jour au cours de la précédente campagne18, avec une composition identique bordée d’un cadre, à caractère essentiellement géométrique et végétal (fig. 4)19. Ce type de composition en réseau, plaçant un motif de feuille verte cordiforme au centre d’un losange, est particulièrement courant à Baouît, notamment comme décor de soubassement de paroi20. L’observation attentive de la couche picturale montre qu’il a existé au moins deux phases de décor dans l’édifice ; plusieurs fragments semblent appartenir à un décor figuratif non conservé en place21.

Fig. 4. Peinture murale dans la zone nord du sanctuaire (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 4. Peinture murale dans la zone nord du sanctuaire (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_003.

  • 22 Voir Chassinat 1911, pl. lxi, lxii et lxvi.
  • 23 Le texte, visible sous une couche plus récente de peinture, semble appartenir à un premier état du (...)

12Quelques fragments d’enduit peint ont été recueillis au cours de la fouille, ainsi que plusieurs blocs de calcaire à face peinte. Pour au moins l’un d’eux, orné d’un motif d’entrelacs multicolore, la position d’origine a pu être identifiée grâce aux photographies prises au début du xxe s. : il appartenait à la large frise peinte se poursuivant immédiatement après le chapiteau de pilastre à gauche de la grande niche centrale de la paroi nord, juste au-dessus de la frise en bois longeant toute la paroi et soulignant la partition entre le fond quadrangulaire de la niche et son tympan semi-circulaire22. Sur un autre bloc peint, recueilli dans la zone du narthex au fond de l’édifice et très effacé, se devine la tête nimbée d’un personnage accompagné d’une légende, peinte en noir : on y lit encore le mot incomplet « prophète » (le nom lui-même est malheureusement manquant)23.

1.3. Corpus des inscriptions

  • 24 Qui viennent s’ajouter à la douzaine collectée lors de la précédente campagne : Calament, Le Bomin (...)

13À l’intérieur de l’édifice, le corpus des inscriptions pariétales s’est augmenté d’une vingtaine d’items24 ; elles ont toutes été relevées mais certaines sont en cours d’étude car tombées d’une paroi avec l’arrachement de l’enduit et encore sous forme de puzzle après un traitement de restauration pour pouvoir les manipuler. Elles sont, dans l’ensemble, relativement brèves et très lacunaires ; quelques-unes ont été réalisées directement à même la pierre et se trouvaient donc cachées sous l’enduit. Il s’agit de rapides graffiti peints en noir ou en rouge, parfois gravés, qui donnent les noms de moines demandant la protection divine ou simplement de prier ou de faire mémoire d’eux. Ils sont situés à différents endroits de l’édifice : pilastres, fond et rebord de niches, colonnes engagées et murs de refend séparant la nef et le chœur.

  • 25 Cette inscription avait déjà été relevée lors du sondage réalisé en 2007 : voir Bénazeth 2008, p. 4 (...)

14Plus développée et occupant le fond de la niche orientale de la paroi nord, une inscription copte incomplète de dix lignes, à l’encre rouge très délavée, est particulièrement importante pour la chronologie et l’histoire du monument. Rédigée dans une écriture très angulaire et nommant de nombreux frères du monastère, elle comporte au moins une date totalement lisible, de la fin du xe s. : celle-ci est donnée dans « l’ère des Sarrasins » ou Hégire et nous place en 985/986 de notre ère25. Elle vient également enrichir le répertoire onomastique d’une série de noms fort peu usités dans la documentation générale, épigraphique ou papyrologique, du site et par conséquent liés ici à une occupation tardive.

  • 26 Chassinat 1911, pl. cx (repérable aussi sur la planche lxi) : elle ne semble pas avoir souffert de (...)
  • 27 Étudiée d’abord par F. Bauden, voir le thésaurus d’épigraphie islamique : https://www.epigraphie-is (...)

15Non loin de là, une autre inscription remarquable, rédigée en arabe cette fois, a été mise au jour sur le pilastre placé à droite de la niche principale de la paroi nord (fig. 5). Située dans la partie médiane du pilastre et occupant toute la largeur (38 cm) sur une douzaine de lignes, elle était déjà connue par les photographies des fouilles du début du xxe s.26, sans jamais avoir été véritablement publiée ; elle serait datée de la seconde moitié du xiie s.27. Deux lignes en copte sont entremêlées au début du texte, lisibles seulement au début et en fin de lignes, qui ne nous livrent aucune information pertinente ou chronologique.

Fig. 5. Inscription en arabe sur un pilastre de la paroi nord (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 5. Inscription en arabe sur un pilastre de la paroi nord (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_004.

  • 28 En calcaire clair de belle qualité et placée dans la partie médiane du bas-côté sud, elle n’avait p (...)

16Quelques objets inscrits très fragmentaires complètent ce dossier, mais ne sont pas directement liés à l’église sud car ils proviennent du contexte bouleversé des remblais anciens ou sont des remplois. Il s’agit notamment de deux ostraca coptes sur poterie (groupe O du type Assouan et LRA 7), rédigés à l’encre noire dans une écriture grossière, l’un mentionnant l’Apa-Phib (du nom du compagnon d’Apa-Apollô) et l’autre le « Dieu de l’Apa-Apollô ». La partie supérieure d’une stèle funéraire copte brisée a pour sa part été remployée pour une réfection dans le dallage de l’église, face inscrite contre terre28 : les six premières lignes, incomplètes, débutent par l’invocation grecque au Dieu unique et se poursuivent par l’évocation du « lieu saint », soit le monastère lui-même.

2. La découverte d’une crypte

  • 29 Les quelques rares vues photographiques du monument sous cet angle révèlent un état similaire au dé (...)
  • 30 Voir le plan de Daumas dans Chassinat 1911, pl. vii.

17La découverte la plus marquante de cette campagne, totalement inédite, a été faite au niveau du narthex de l’église et du mur ouest en grande partie écroulé29 : à l’emplacement supposé d’une large niche située au centre de la paroi ouest et masquée par celle-ci30, la fouille a finalement révélé l’existence d’un premier aménagement sous la forme d’une entrée. Depuis l’extérieur de l’édifice, l’ouverture dans le mur est matérialisée au niveau bas (donc sous le sol de l’église) par une structure très soignée en briques, de forme quadrangulaire, dont les bords intérieurs sont enduits : il s’agit d’un passage voûté qui donnait accès à une salle souterraine (fig. 1).

  • 31 Bien que ce type d’objet, lié au rite eucharistique, soit régulièrement attesté dans les listes de (...)
  • 32 Elle possède une sorte d’attache au revers, laissant penser qu’elle était à l’origine fixée sur aut (...)
  • 33 Avec ses terminaisons bouletées et ajourées, elle est d’une typologie remarquable et inconnue à ce (...)
  • 34 Aucun supérieur de ce nom n’est malheureusement connu à ce jour, tant à partir du dossier épigraphi (...)

18Finalement, enfoui à environ 1 m de profondeur et sous le niveau du linteau de pierre de la porte menant à la crypte, se trouvait un ensemble d’objets liturgiques soigneusement posés les uns par-dessus les autres. Ce sont, dans l’ordre inverse où ils ont été déposés : une large patène (diamètre 30,5 cm)31, une petite croix grecque pattée (H. 5,5 cm)32, un petit bassin rond à rebord droit (diamètre 20 cm), et deux grandes croix de procession. Totalement corrodés au moment de la découverte en raison de l’oxydation du métal cuivreux, ces objets aux décors gravés ont dû subir de nombreux traitements de restauration (fig. 6). Certains objets, notamment l’exceptionnelle grande croix à décor ajouré (hauteur 48,5 cm en l’état) étaient déjà cassés au moment de l’enfouissement33, et témoignent donc d’un usage long, sans doute largement antérieur au dépôt. La seconde croix de procession (hauteur 40 cm) comporte en partie inférieure un tenon permettant de la ficher dans une hampe en bois qui a disparu ; elle porte une inscription de deux lignes horizontales soigneusement gravées sur les deux faces, qui mentionne d’un côté un « Père du topos », c’est-à-dire un supérieur du monastère du nom de Jérémie34, de l’autre « le saint Apa Apollô, l’homme de Dieu ».

Fig. 6. L'ensemble des objets liturgiques après restauration (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 6. L'ensemble des objets liturgiques après restauration (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPM_001.

  • 35 Elles sont très étroites et les nez de marches étaient renforcés par une petite poutre en bois d’en (...)
  • 36 Voir le rapport de céramologie 2025, par D. Dixneuf, A.  Konstantinidou et A. Południkiewiecz. Horm (...)
  • 37 Le dégagement de la crypte a abouti au recueil de nombreux fragments de ce décor peint, déposés dan (...)
  • 38 Ces derniers sont relativement courants à Baouît : voir par exemple Clédat 1904, p. 139 fig. 62, Cl (...)
  • 39 Peu accessibles au moment de la fouille, elles sont encore en cours d’étude, mais ne livrent aucune (...)

19La descenderie comporte un palier et une dizaine de marches35 aboutissant au seuil d’une vaste crypte (3,4 m × 5,3 m) orientée est-ouest sous la nef centrale de l’église. Cette dernière était presque entièrement comblée par du sable et contenait uniquement du matériel céramique comportant notamment des coupelles glaçurées, remarquable par son homogénéité et datant du ixe s.36. Elle est construite en briques cuites et couverte d’une large voûte en plein cintre, qui comporte d’importants vestiges de décor peint encore en place37 : une tresse polychrome à deux brins sur fond noir, encadrée de bandes blanches et d’un liseré rouge, orne l’arrête de la voûte et la retombée de l’arc sur les parois latérales ; à la naissance de la voûte une large bande composée de tableaux en triangles enserrant de légers motifs végétaux verts et des arabesques noires (fig. 7). Le reste des parois est simplement blanchi d’un enduit à la chaux sur lequel sont apposés différents graffiti, sous forme de rapides dessins de bateaux38 et d’inscriptions malhabiles en arabe et en copte39.

Fig. 7. Intérieur de la crypte, vue vers l’entrée à l’ouest (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 7. Intérieur de la crypte, vue vers l’entrée à l’ouest (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_005.

  • 40 Voir à ce sujet notamment Torp 1965, p. 153-177 ; Timm 1984, p. 650-651.

20Le pavement est constitué d’épaisses dalles calcaires dont plus de la moitié est manquante, laissant apparaître jusqu’au fond de la pièce la chappe composée de mortier de chaux, sable et gravillons. Manifestement, les dalles ont été récupérées et la crypte a été vidée avant d’être remblayée et comblée par du sable. Quant au dépôt comme à l’escamotage de l’entrée, on peut raisonnablement penser qu’ils ont été réalisés par les moines eux-mêmes à une période de grand trouble, l’abandon définitif du monastère se situant vers le milieu du xiie s.40.

3. Études de matériel et opérations de conservation-restauration

  • 41 Les résultats des différentes analyses sont encore en cours d’acquisition, dans l’attente du rappor (...)
  • 42 Calament, Le Bomin 2024, § 7 et 18.

21Différentes études se sont concentrées sur du matériel mis au jour lors de précédentes campagnes de fouille. En premier lieu s’est déroulée l’étude anthropologique complète des dépouilles exhumées en 2024 le long de la façade sud de l’église sud, lors de la tranchée réalisée pour en atteindre les fondations. Il s’agit de neuf sépultures installées aux abords de la façade sud de l’église41, dont les corps étaient orientés tête à l’ouest et qu’aucun mobilier funéraire n’accompagnait hormis quelques maigres restes de textiles, de cordages et de civières composées de palmes. Deux sépultures d’adultes appartiennent à la phase 1 du cimetière préexistant à l’église ; sept autres, d’adultes et d’enfants, à la phase 3b contemporaine de l’activité de l’église aux alentours du viiie s.42.

  • 43 Voir ici le rapport 2025 d’I. Marthot-Santaniello dont c’était la quatrième mission consacrée à ce (...)
  • 44 Les auteurs en sont D. Dixneuf pour le matériel amphorique, et I. Marthot-Santaniello pour les dipi (...)
  • 45 Pour un premier bilan dressé, voir Marthot-Santaniello 2023.

22A également été reprise l’étude des dipinti amphoriques (ou tituli picti) sur amphores locales égyptiennes (LRA 7) provenant du sondage 3 du secteur nord, avec du matériel sorti de fouille entre 2006 et 200943. L’examen de ces dipinti a nécessité de très nombreux raccords (parfois jusqu’à une dizaine de tessons recollés) mais s’est révélé extrêmement fructueux puisque ce sont finalement plusieurs centaines de spécimens plus ou moins complets qui viennent s’ajouter au corpus déjà constitué. Les dipinti inscrits sur les amphores complètes seront publiés dans le premier volume concernant la céramique du secteur nord44, les autres feront l’objet d’une publication d’ensemble ultérieure. Les tendances déjà dégagées se sont confirmées45 : abondance d’anthroponymes sous différentes formes (entiers, abrégés, voire monogrammes), peints en noir ou rouge, souvent présents à plusieurs sur une même pièce, ce qui semble suggérer un remploi des amphores dans le circuit court du système économique du monastère.

  • 46 Bawit_restoration and preservation plan du 23 février 2025, rendu en deux versions, anglais et arab (...)

23En parallèle des activités de terrain ont été entrepris des travaux de restauration dans différents secteurs du site déjà fouillés par nos prédécesseurs. Sur la sollicitation du MoTA, un rapport général pour la préservation du site a été remis au service régional des Antiquités46. Ce dernier vise à formaliser les restaurations à venir sur le principe de celles déjà mises en œuvre lors de chaque campagne, et à nous inscrire dans un programme pluriannuel. Cette année, nous avons donc mené une campagne accrue de restauration des structures bâties dans différents secteurs : les travaux entrepris ont concerné non seulement l’église sud en cours de dégagement mais aussi la grande basilique et l’église nord.

  • 47 Voir B. Szkotnicki, M. Lefèvre, « rapport d’intervention de conservation-restauration 2025 ».

24Concernant l’église sud elle-même, les restaurations et réfections nécessaires ont été pratiquées de manière concomitante à la fouille. Elles ont concerné les enduits, les peintures et les inscriptions, nettoyées et consolidées au fur et à mesure de leur mise au jour47, mais aussi la consolidation des maçonneries. La petite niche du mur de refend nord, très détériorée, a dû être reconstruite à partir de l’existant, une base de pilastre tombée au sol a été remise en place. À l’extérieur du côté est, au chevet de l’église, la fondation et la partie basse du mur était fragilisée par des blocs manquants, ils ont été remplacés par des blocs calcaires de même nature trouvés épars aux alentours, parfois retaillés pour s’adapter aux lacunes. Au-dessus de ces premières assises, la large fente laissée par la frise en bois d’origine, manquante elle aussi, a été comblée par une longue pièce de bois moderne aux mêmes dimensions. Des travaux similaires de remplacement de traverses en bois ont été menés à l’intérieur de la grande basilique, notamment au bas de la paroi nord et dans les piliers de la porte médiane nord (fig. 8).

Fig. 8. Intérieur de la grande basilique, paroi nord restaurée (F. Calament).

Fig. 8. Intérieur de la grande basilique, paroi nord restaurée (F. Calament).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_006.

25À quelques dizaines de mètres, les vestiges de l’église de l’Archange-Michel dont la fouille s’était achevée en 2005 avaient souffert car ils avaient été insuffisamment protégés. Nous y avons également mené une importante campagne de restauration, en particulier de la maçonnerie, mais aussi de protection des quelques éléments de bois encore visibles. En fin de mission, la colonne peinte encore en place a été protégée en plusieurs étapes selon le même protocole que celui appliqué pour les peintures murales de l’église sud : pose d’un textile de coton, montage d’un mur de briques jointoyées à l’aide de mouna, sable versé entre les deux, et enfin badigeon de chaux additionné d’Acril 33. L’essentiel de nos efforts a porté notamment sur le mur de chevet, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur pour consolider la structure. Le mur a été consolidé avec des briques cuites et du mortier (composé de sable, chaux et mouna), et le dessus a reçu un enduit de protection hydrofuge. Ces travaux ont permis d’assurer la solidité de la construction, tout en rendant la lisibilité du bâtiment et en restituant au mieux l’esthétique d’origine de cette façade est de l’église (fig. 9).

Fig. 9. Vue générale depuis l’est sur le mur de chevet de l’église nord restaurée (I. Mohamed Ibrahim).

Fig. 9. Vue générale depuis l’est sur le mur de chevet de l’église nord restaurée (I. Mohamed Ibrahim).

© Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_007.

Conclusion

  • 48 Voir le bilan déjà dressé dans Calament, Le Bomin 2024, § 25.

26Cette campagne, qui devait être l’ultime campagne permettant de dégager entièrement l’église dite « sud » n’a finalement pu aboutir en totalité48. Conséquence de la découverte tout à fait inattendue de la crypte, qui a notablement ralenti les autres opérations, nous n’avons pu réaliser le dégagement de la façade nord de l’église et de la porte bouchée côté nord-ouest, ni celui des angles nord-ouest et nord-est. Les investigations dans la zone à l’ouest du bâtiment, une zone à priori vierge de toute fouille antérieure, n’ont pu être étendues pour les mêmes raisons.

  • 49 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.
  • 50 Les couches d’installation du sol de l’église livrent du matériel daté du viie s., confirmant les d (...)

27Concernant l’église sud elle-même, le constat est qu’elle est fortement abîmée par des interventions postérieures, en particulier un probable pillage (US 1361) localisé à l’est et sans doute motivé par la recherche d’une crypte sous le chœur49. Les sondages confirment l’existence de structures appartenant à une phase antérieure au viie s.50 mais devront être étendus pour une meilleure compréhension. Nous avons vu que le mobilier qui accompagne les couches de comblement de la crypte appartient au ixe s., cependant la consolidation à venir de l’ensemble des études (architecturale, épigraphique, anthropologique, ainsi que celle du décor et des divers mobiliers) permettra sans doute d’apporter des précisions sur la chronologie de l’occupation du monument.

28La prochaine campagne de terrain devra poursuivre, en même temps que toutes les restaurations nécessaires, l’extension de la fouille vers le nord et en premier lieu la « chapelle A » du plan de Daumas, véritable couloir jouxtant un quatrième bâtiment dont seule la façade sud a fait l’objet d’un dégagement ancien.

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Bibliographie

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D. Bénazeth, « [Activités de terrain] Baouît. Campagne de septembre 2007 », dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.) Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale 2007-2008, BIFAO 108, 2008, p. 403-407.

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Calament, Hadji-Minaglou 2023
F. Calament, G. Hadji-Minaglou (éds.), Baouît (2008-2018), Panorama et perspectives. Rencontre de l’archéologie et des textes. Journées d’étude des 7-8 juin 2018. Paris, École du Louvre, BEC 29, Le Caire, 2023.

Chassinat 1911
É. Chassinat, Fouilles à Baouît, MIFAO 13.1, Le Caire, 1911.

Chassinat 2019
É. Chassinat, Fouilles à Baouît II. Notes mises en ordre, augmentées et éditées par Dominique Bénazeth et Cédric Meurice, MIFAO 134, Le Caire, 2019.

Clédat 1904
J. Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouît, MIFAO 12.1 et 2, Le Caire, 1904.

Clédat 1916
J. Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouît, MIFAO 39, Le Caire, 1916.

Clédat 1999
J. Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouit. Notes mises en œuvre et éditées par Dominique Bénazeth et Marie-Hélène Rutschowscaya, avec des contributions d’Anne Boud’hors, René-Georges Coquin (†) et Éliane Gaillard, MIFAO 111, Le Caire, 1999.

Efthymiou, Meurice 2023
E. Efthymiou, C. Meurice, « Quand la sculpture n’est plus à sa place », dans Calament, Hadji-Minaglou 2023, p. 19-28.

Marthot-Santaniello 2023
I. Marthot-Santaniello, « Les dipinti des amphores de Baouît. Premiers résultats », dans Calament, Hadji-Minaglou 2023, p. 145-156.

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Torp 1965
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Notes

1 Calament, Le Bomin 2024.

2 Calament 2022.

3 Le monument est essentiellement connu par les photographies, d’ensemble ou de fragments sculptés, exécutées au début du xxe s., mais il n’existe aucune véritable synthèse : voir Chassinat 1911 (recueil de cent-dix planches regroupant deux-cent-cinq clichés photographiques presque en totalité réalisés par Charles Palanque en 1902) ; Chassinat 2019 (cent-cinquante nouvelles planches regroupant relevés et photographies).

4 Calament, Le Bomin 2024, § 3.

5 La surface dégagée correspond aux « chapelles » C (couloir) et B (église proprement-dite) du plan établi par Daumas au début du xxe s. : Chassinat 1911, pl. vii (décédé en 1914, François Marius Daumas était alors dessinateur à l’Ifao depuis 1908).

6 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin : le dallage d’origine est constitué de grandes dalles de calcaire fin de 30 à 35 cm de largeur pour 95 cm de longueur maximale, disposées selon un axe nord-sud dans les nefs latérales et selon un axe est-ouest dans la nef centrale.

7 Particulièrement à l’aplomb du mur de l’abside où se trouvait la grande peinture figurant la Cène, immédiatement dégradée après sa découverte : voir Chassinat 1911, pl. x, lxvii et lxviii. Dans cette zone et dans une couche inférieure de remblai ont été trouvés deux éléments en marbre : un fût de colonnette et un petit chapiteau sculpté.

8 Cinq fragments en tout permettent d’en recomposer le profil et la taille : il mesurait à l’origine 88 cm de diamètre pour une épaisseur de 4,5 cm avec le rebord.

9 Rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

10 Calament, Le Bomin 2024, § 7 et 8.

11 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

12 L’état actuel de cette configuration est identique à celui déjà visible sur les photographies du début du xxe s. : Chassinat 1911, pl. ix et x.

13 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

14 Sans doute inachevée, cette sculpture témoigne potentiellement d’un double remploi : le bloc retaillé a pu être réutilisé pour servir de base de colonne d’abord dans un premier monument, non identifié à ce jour mais antérieur à notre église. Un rapide croquis de Charles Palanque, d’ailleurs mal orienté, nous indique qu’elle avait déjà été repérée en 1902 : Chassinat 1911, p. 30-32 (3°). Le relief peut être daté de l’époque ramesside, sous la XIXe dynastie (règnes de Sethi 1er ou Ramsès II) ; pour sa possible provenance, on pense immédiatement à la ville proche d’el-Ashmounein, l’antique Hermopolis Magna qui fut aussi la capitale du 15e nome d’Égypte et abritait au Nouvel Empire un temple dédié à Thot.

15 La face sculptée était partiellement visible ; le mortier de chaux a été soigneusement enlevé : B. Szkotnicki, M. Lefèvre, « rapport d’intervention de conservation-restauration 2025 ». Apparaissent une partie du dos et l’arrière de la tête chauve d’un personnage (manifestement un prêtre) sous une architecture à corniche (un temple) ; d’une grande qualité d’exécution, ce relief date visiblement de l’âge d’or du Moyen Empire soit la XIIe dynastie. Je remercie ici mes collègues, C. Barbotin et S. Connor, pour leur expertise concordante concernant les deux remplois d’époque pharaonique. Comme pour le relief ci-dessus, la question de sa provenance reste à étudier ; on pense éventuellement à la nécropole proche de Meir.

16 L’étude comparative entre les éléments sculptés encore in situ dans l’église sud et ceux conservés soit au musée copte du Caire soit au musée du Louvre se poursuit. Pour la parenté stylistique entre le décor sculpté de l’église Apa-Apollô et celui de l’église « sud », déjà mise en évidence : Efthymiou, Meurice 2023.

17 Pour la partie haute, non conservée, voir supra note 7.

18 Calament, Le Bomin 2024, § 16 et fig. 5.

19 Elles avaient été partiellement dégagées déjà en septembre 2007, lors d’un sondage pratiqué dans l’angle nord-est de l’église qui était alors totalement ensablée : Bénazeth 2008, p. 407.

20 Parmi les nombreux exemples : Clédat 1904, p. 50 fig. 29 (chapelle viii) et pl. xxiii.1 (chapelle iii) ; Clédat 1916, pl. xvi (chapelle xxxviii). Ce type de décor est aussi présent dans l’église voisine de l’Archange Michel : Clédat 1999, p. 212 fig. 196 et 197 ; Bénazeth 2021, p. 9, 163 et 281.

21 Voir le rapport 2025 sur les peintures murales de l’église sud par H. Rochard ; l’étude a porté aussi sur les fragments d’enduit peint collectés en cours de fouille en 2024 (conditionnés dans treize portoirs : nef latérale sud et partie sud du sanctuaire = US 1263) et 2025 (trois portoirs : narthex et nef centrale = US 1313).

22 Voir Chassinat 1911, pl. lxi, lxii et lxvi.

23 Le texte, visible sous une couche plus récente de peinture, semble appartenir à un premier état du décor de l’église.

24 Qui viennent s’ajouter à la douzaine collectée lors de la précédente campagne : Calament, Le Bomin 2024, § 17.

25 Cette inscription avait déjà été relevée lors du sondage réalisé en 2007 : voir Bénazeth 2008, p. 407 et Calament 2016, p. 662-663 (avec une légère erreur dans le chiffre des unités). Elle est également repérable sur d’anciennes photographies : Chassinat 1911, pl. lxi, et présente dans le dossier manuscrit des archives Chassinat-Palanque de 1902, mais ni l’un ni l’autre n’avaient repéré cette datation.

26 Chassinat 1911, pl. cx (repérable aussi sur la planche lxi) : elle ne semble pas avoir souffert de l’enfouissement et se présente dans un état comparable à l’initial, en 1902.

27 Étudiée d’abord par F. Bauden, voir le thésaurus d’épigraphie islamique : https://www.epigraphie-islamique.uliege.be/thesaurus/User/EpigraphyDisplay.aspx?id=52983&pan=1&st=52983&sc=1, elle est actuellement en cours d’étude par A. Lagaron, qui propose la lecture d’une date en partie tronquée (565h/1169).

28 En calcaire clair de belle qualité et placée dans la partie médiane du bas-côté sud, elle n’avait pas été repérée lors de la précédente campagne de fouille.

29 Les quelques rares vues photographiques du monument sous cet angle révèlent un état similaire au début du xxe s., raison du désintérêt des archéologues qui se sont concentrés là où les vestiges étaient plus abondants.

30 Voir le plan de Daumas dans Chassinat 1911, pl. vii.

31 Bien que ce type d’objet, lié au rite eucharistique, soit régulièrement attesté dans les listes de biens mobiliers d’églises, fort peu d’exemples sont parvenus jusqu’à nous ; une seule patène est conservée au Musée copte du Caire, provenant du « trésor » de Kôm Ombo : voir Bénazeth 2001, p. 397 n°320 et Bénazeth 2011, p. 37-39 (21 cm de diamètre). Par comparaison avec d’autres aires géographiques, la taille de notre patène suggère une datation relativement ancienne ; sur le marli (2,5 cm), fortement endommagé sur la moitié de la circonférence, quatre motifs différents de croix à extrémités bouletées sont gravés ainsi qu’une inscription très irrégulière faisant mention de la Croix (la lecture n’a pu aboutir en totalité, l’objet étant plongé dans différents bains jusqu’à la toute fin de la mission : voir B. Szkotnicki, M. Lefèvre, « rapport d’intervention de conservation-restauration 2025 ».

32 Elle possède une sorte d’attache au revers, laissant penser qu’elle était à l’origine fixée sur autre chose.

33 Avec ses terminaisons bouletées et ajourées, elle est d’une typologie remarquable et inconnue à ce jour ; elle comportait au moment de la découverte les restes d’un décor en bois appliqué le long du centre des branches, totalement pulvérulent il n’a pu être conservé. Aucun autre élément appartenant à cette grande croix composite (cuivre, bronze et laiton) n’a été retrouvé au cours de la fouille. Pour différentes typologies de croix en métal voir Bénazeth 2025, p. 77-188.

34 Aucun supérieur de ce nom n’est malheureusement connu à ce jour, tant à partir du dossier épigraphique que du dossier papyrologique du monastère, pourtant conséquent ; en l’absence de tout repère chronologique, il est donc illusoire de vouloir dater cet objet, d’une typologie par ailleurs assez classique.

35 Elles sont très étroites et les nez de marches étaient renforcés par une petite poutre en bois d’environ 10 cm de largeur, aujourd’hui disparue.

36 Voir le rapport de céramologie 2025, par D. Dixneuf, A.  Konstantinidou et A. Południkiewiecz. Hormis ce matériel, un crâne humain isolé et non en place a été trouvé dans la première US (US 1353) : rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

37 Le dégagement de la crypte a abouti au recueil de nombreux fragments de ce décor peint, déposés dans une cinquantaine de nouveaux portoirs ; une étude dédiée sera menée au cours des prochaines campagnes. Voir les rapports 2025 : fouille (J. Le Bomin) et restauration (B. Szkotnicki, M. Lefèvre).

38 Ces derniers sont relativement courants à Baouît : voir par exemple Clédat 1904, p. 139 fig. 62, Clédat 1916, p. 22 fig. 11 et p. 45 fig. 28, Chassinat 1999, p. 33 fig. 35, un graffito inédit sur la façade nord de l’église voisine Apa-Apollô. Le monastère disposait peut-être lui-même d’une flotte, mais il était de toute façon concerné par le trafic fluvial sur le Nil pour son économie : voir notamment Chassinat 1999, p. 295 (O.Bawit 71, un compte en vin pour le paiement d’un transport par bateau).

39 Peu accessibles au moment de la fouille, elles sont encore en cours d’étude, mais ne livrent aucune datation ; voir supra note 27.

40 Voir à ce sujet notamment Torp 1965, p. 153-177 ; Timm 1984, p. 650-651.

41 Les résultats des différentes analyses sont encore en cours d’acquisition, dans l’attente du rapport 2025 de P. Bailet.

42 Calament, Le Bomin 2024, § 7 et 18.

43 Voir ici le rapport 2025 d’I. Marthot-Santaniello dont c’était la quatrième mission consacrée à ce matériel, d’abord examiné par J.-L. Fournet en septembre 2006.

44 Les auteurs en sont D. Dixneuf pour le matériel amphorique, et I. Marthot-Santaniello pour les dipinti ; le manuscrit a été remis pour publication en 2025 au service éditorial de l’Ifao.

45 Pour un premier bilan dressé, voir Marthot-Santaniello 2023.

46 Bawit_restoration and preservation plan du 23 février 2025, rendu en deux versions, anglais et arabe.

47 Voir B. Szkotnicki, M. Lefèvre, « rapport d’intervention de conservation-restauration 2025 ».

48 Voir le bilan déjà dressé dans Calament, Le Bomin 2024, § 25.

49 Voir le rapport de fouille 2025 par J. Le Bomin.

50 Les couches d’installation du sol de l’église livrent du matériel daté du viie s., confirmant les datations proposées précédemment pour la construction de l’église. Voir le rapport de céramologie 2025 par D. Dixneuf, A. Konstantinidou et A. Południkiewiecz.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Vue cavalière nord-sud du dégagement complet de l’église « sud » de Baouît (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_001.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 370k
Titre Fig. 2. Plan général de l’église « sud » (G. Hadji-Minaglou, J. Le Bomin, F. Boinay, S. Awad).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMCN_001.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-2.jpeg
Fichier image/jpeg, 915k
Titre Fig. 3. Remploi d’un bloc sculpté d’époque pharaonique pour une base de colonne en granit (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_002.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 409k
Titre Fig. 4. Peinture murale dans la zone nord du sanctuaire (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_003.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 865k
Titre Fig. 5. Inscription en arabe sur un pilastre de la paroi nord (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_004.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 410k
Titre Fig. 6. L'ensemble des objets liturgiques après restauration (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPM_001.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 626k
Titre Fig. 7. Intérieur de la crypte, vue vers l’entrée à l’ouest (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_005.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 382k
Titre Fig. 8. Intérieur de la grande basilique, paroi nord restaurée (F. Calament).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_006.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 489k
Titre Fig. 9. Vue générale depuis l’est sur le mur de chevet de l’église nord restaurée (I. Mohamed Ibrahim).
Crédits © Ifao/Louvre, 17126_2025_NDMPF_007.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/15937/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 331k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Florence Calament, « Baouît (2025) » [notice archéologique], Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Égypte, mis en ligne le 15 juin 2026, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/baefe/15937 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ip2

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Auteur

Florence Calament

Coptologue et épigraphiste, musée du Louvre

Articles du même auteur

  • Baouît (2024) [Texte intégral]
    Le monastère d’Apa Apollô au nord d’Assiout
    Paru dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, Égypte
  • Baouît (2023) [Texte intégral]
    Le monastère copte d'Apa Apollô au nord d’Assiout
    Paru dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, Égypte
  • Baouît (2022) [Texte intégral]
    Le monastère d’Apa Apollô au nord d’Assiout (fin du ivᵉ s.)
    Paru dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, Égypte
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Responsable d’opération

Florence Calament

Coptologue et épigraphiste, musée du Louvre

Opération(s) dirigée(s) par cet archéologue

  • Baouît (2024) [Texte intégral]
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    Le monastère copte d'Apa Apollô au nord d’Assiout
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  • Baouît (2022) [Texte intégral]
    Le monastère d’Apa Apollô au nord d’Assiout (fin du ivᵉ s.)
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