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AccueilSites archéologiquesItalie2026Argentaria (Iglesiente, Sardaigne)

2026

Argentaria (Iglesiente, Sardaigne)

Campagne archéologique 2025
Responsables d’opération : Nicolas Minvielle Larousse et Céline Tomczyk
Notice rédigée avec Sarah Laurent et Angelo Naseddu

Entrées d’index

Établissement éditeur :

EFR

Année de lʼopération :

2025

Sujets :

mine, argent, plomb, scorie

Chronologie :

époque médiévale
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Notes de l’auteur

Dates précises de l’opération : 18 juin-31 novembre 2025

Autorité nationale présente : Soprintendenza Archeologia, belle arti e paesaggio per la Città metropolitana di Cagliari e le province di Oristano e sud Sardegna. Sous la responsabilité de Monica Stochino, de Riccardo Locci et de Giovanna Pietra

Composition de l’équipe de terrain : François Bartholomei, Michelle Brushi, Eleonora Chiacchio, Antonio Conjas, Angela Cossu, Benoît Dutilleux, Giampiero Floris, Lorenzo Fornaciari, Manuela Frau, Guy Geltner, Viscka Haydock Tingstad, Daniel Italia-Prasad, Omar Lara, Sarah Laurent, Guillaume de Meritens de Villeneuve, Mauro Messina, Nicolas Minvielle-Larousse, Alberto Napoleone, Angelo Naseddu, Mara Piras, Carlo Pusceddu, Louis Renouard, Francesca Sanna, Ubaldo Sanna, Céline Tomczyk, Rory Van Huizen.

Partenariats institutionnels : CNRS, Consorzio AUSSI-Associazione per l’Università del Sulcis-Iglesiente, Federazione speleologica Sarda, Institut national de recherches en archéologie préventive (INRAP), Laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (UMR 7298), Laboratoire Framespa (UMR 5136), Laboratoire Iramat (UMR 7065), Monash University, Università degli studi di Cagliari-Dipartimento di Lettere, Lingue e Beni Culturali.

Organismes financeurs :
– École française de Rome
– Institut d’Archéologie Méditerranéenne-ARKAIA
– Laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (UMR 7298)
– Laboratoire Framespa (UMR 5136)
– Monash University
– Università degli studi di Cagliari-Dipartimento di Lettere, Lingue e Beni Culturali
– Università franco-italianna

Établissement éditeur : EFR

Établissement porteur de l’opération : École française de Rome

Texte intégral

Remerciement : C’est avec plaisir que nous remercions ici tous ceux qui ont contribué à cette campagne de prospection. La Surintendance de la province du sud de la Sardaigne, Monica Stochino, Giovanna Pietra ; la commune d’Iglesias, Mauro Usai, Carlotta Scema ; l’École française de Rome, Brigitte Marin, Vivien Prigent, Grazia Perrino, Audrey Bertrand, Évelyne Buckowieki, Lorenzo Fornaciari ; le consortium AUSI, Marco Piras, Federico Puddu, Gabriella Zonnedda ; l’Université de Cagliari, Fabio Pinna, Mattia Sanna-Montanelli ; l’Institut Arkaia de l’Université d’Aix‑Marseille, Jean-Christophe Sourisseau et Rémi Corbineau ; l’Université Monash, Guy Geltner ; l’Université de Toulouse, Francesca Sanna, l’Institut national de recherches archéologiques préventives ; le CNRS et ses laboratoires Iramat et LA3M ; tous les participants : François Bartholomei, Michelle Brushi, Eleonora Chiacchio, Antonio Conjas, Angela Cossu, Benoît Dutilleux, Giampiero Floris, Lorenzo Fornaciari, Manuela Frau, Guy Geltner, Viscka Haydock Tingstad, Daniel Italia-Prasad, Omar Lara, Sarah Laurent, Guillaume de Meritens de Villeneuve, Mauro Messina, Alberto Napoleone, Angelo Naseddu, Mara Piras, Carlo Pusceddu, Louis Renouard, Francesca Sanna, Ubaldo Sanna, Céline Tomczyk, Rory Van Huizen.

Introduction

1Au centre du bassin méditerranéen, la Sardaigne est une « île aux filons d’argent » exploitée pendant plusieurs millénaires, de l’Antiquité à la fin du xxe siècle. Abondamment repris entre les xiie et xive siècles, les gisements qui se concentraient dans les montagnes d’Iglesias firent de l’île l’une des principales argentières de la Méditerranée médiévale1. Ce terrain industriel, marqué par les réussites comme par les échecs des entreprises argentifères qui l’ont occupé et exploité, fait l’objet d’une enquête archéologique depuis 2021 dans la perspective d’identifier et de reconnaître les secteurs qui ont fait l’objet de travaux anciens2. Cette enquête se prolonge depuis 2025 dans le cadre du programme de l’École française de Rome « Argentaria3 ».

  • 4 La même année un sondage a aussi été effectué par nos collègues Mattia Sanna-Montanelli et Fabio Pi (...)
  • 5 Minvielle Larousse et al. 2025.
  • 6 Naseddu, Papinuto 2005.

2Ce résumé est issu de trois rapports remis à la Surintendance, rendant compte des opérations archéologiques menées en 2025 par l’EFR, associée à l’Inrap, au Cnrs et à la Fédération spéléologique sarde4. Il s’agit d’une première campagne de fouille dans la vallée d’Antas (Nicolas Minvielle-Larousse, Sarah Laurent, Céline Tomczyk), après une campagne de prospection géochimique effectuée en 20245 ; d’une campagne de prospection géochimique effectuée dans plusieurs autres vallées avec l’objectif de localiser des ateliers de transformation des minerais (Céline Tomczyk) ; d’une nouvelle opération sur les mines du plateau de San Giorgio, situé au sud d’Iglesias, où nous souhaitons prolonger une étude débutée en 2001 à l’occasion de mises en sécurité (Nicolas Minvielle-Larousse, Angelo Naseddu)6.

Le diagnostic archéologique d’Antas

Objectifs et méthodes

3Dans la vallée d’Antas, la prospection géochimique de 2024 avait identifié quatre secteurs contaminés en plomb en raison de scories qui se trouvent dispersées en surface. L’objectif de la campagne 2025 fut donc de les sonder pour rechercher les vestiges directs (ateliers) ou indirects (rejets) des ateliers qui les avaient produits ou recyclés, de dater les séquences sédimentaires concernées et d’échantillonner les matériaux rencontrés. Plusieurs sondages mécaniques ont été implantés. Ils ont pris la forme de tranchées percées perpendiculairement au cours de la rivière d’Antas (fig. 1). Ce schéma d’implantation a été choisi afin de couvrir deux des trois espaces contaminés de l’est vers l’ouest. Les relevés se fondent essentiellement sur un enregistrement photogrammétrique. En plus d’une description sédimentaire macroscopique, chaque US a fait l’objet d’une documentation géochimique en coupe grâce à l’usage d’appareils portables de fluorescence X (Olympus et Niton). Seuls le plomb et le zinc ont été enregistrés.

Fig. 1. Localisation des sondages dans leur contexte géologique.

Fig. 1. Localisation des sondages dans leur contexte géologique.

SIG N. Minvielle.

Résultats

4Les trois sondages effectués en rive droite de la rivière ont livré des séquences stratigraphiques alluviales surmontées d’une couche de terre arable (fig. 2). Il s’agit de dépôts continus ou lenticulaires allant des limons aux galets roulés. Ces dépôts contenaient peu d’éléments anthropisés à l’exception de quelques micro-charbons dans les dépôts supérieurs. Les scories de plomb étaient essentiellement dispersées dans la couche de terre arable.

Fig. 2. Vue représentative des sondages de la zone 1.

Fig. 2. Vue représentative des sondages de la zone 1.

Photo N. Minvielle.

5Les trois sondages effectués en rive gauche de la rivière ont livré sous la terre arable de riches séquences alluviales et anthropiques. En l’état de la réflexion, cinq phases ont été distinguées. La phase 1, observée et fouillée partiellement au fond du sondage 5, concerne une couche de galets et graviers émoussés contenant de nombreuses scories de plomb centimétriques. La phase 2 correspond une sédimentation alluviale lente de 0,6 m d’épaisseur composée de dépôts argileux entrecoupés de trois dépôts charbonneux successifs qui se développent de façon continue, puis épais de 0,05 m en moyenne, prenant une forme lenticulaire au milieu de la sédimentation des sondages 5 et 6 (fig. 3). Chacun de ces dépôts de charbon est mêlé avec des graviers anguleux, très riches en scories millimétriques. La phase 3 correspond à l’implantation d’une ou de plusieurs structures de bois au sommet de la sédimentation alluviale. Les trous de poteaux identifiés en coupes des sondages 5 et 6 sont larges en moyenne de 0,17 m et profonds au moins de 0,3 m. Même s’ils semblent synchrones, la vision n’est pas assez large en plan pour proposer une interprétation structurelle. La phase 4 correspond au creusement, naturel ou anthropique, puis au fonctionnement d’un chenal large de 1,7 m et profond de 2,2 m, selon une orientation allant du sud‑est vers le nord‑ouest entre les sondages 5 et 6, voire depuis le sondage 4 (fig. 4). Il coupe toute la sédimentation des phases précédentes et a été progressivement comblé par des dépôts alluviaux de graviers et galets roulés, tous très riches en scories de plomb millimétriques. La phase 5, enfin, rassemble deux structures archéologiques dissociées dans le temps : la marge d’un foyer situé à l’extrémité sud‑ouest du sondage 5 et une tranchée contemporaine de la conduite d’eau. Cette phase s’achève avec la formation de la terre arable actuelle dans laquelle sont dispersées des scories de plomb millimétriques.

Fig. 3. Vue de la séquence alluviale.

Fig. 3. Vue de la séquence alluviale.

Photo N. Minvielle.

Fig. 4. Vue du paléo-chenal en coupe.

Fig. 4. Vue du paléo-chenal en coupe.

Photo N. Minvielle.

6D’après les datations radiocarbones effectuées, la première occupation rencontrée date de l’antiquité romaine, autour des iers siècles avant et après notre ère, intégrant la sédimentation alluviale qui contient des scories plombifères jusqu’à la construction des structures sur poteaux. Le creusement et le fonctionnement du chenal doivent donc se concevoir après le ier siècle de notre ère et avant notre période contemporaine.

Discussion

  • 7 Zucca 2019.

7Ce diagnostic a ouvert une profonde fenêtre d’observation dans les dynamiques anthropiques d’Antas. La séquence sédimentaire du sondage 5 met en évidence des changements de rythmes dans l’exhaussement des sols. Sur une épaisseur de 2 m, la moitié des sédiments ont été accumulés au cours de deux siècles, au tournant de notre ère, tandis que l’autre moitié a mis près de vingt siècles à se déposer. Il semble donc qu’une importante phase d’érosion ait caractérisé la vallée lors de la période antique, conséquence habituellement d’un recul des forêts dans le bassin-versant. Ce recul peut être le fruit de modifications climatiques ou d’une pression anthropique accrue (défrichements, cultures…). Or, on sait qu’à Antas l’occupation romaine fut significative7, ne serait‑ce qu’avec la reconstruction du temple. Le ralentissement de la sédimentation passé le ier siècle montrerait à l’inverse une déprise de cette pression associée peut‑être à la fin du lessivage des sols, faute de matériaux. Plus tard dans le temps, le module des matériaux qui ont été transportés dans le chenal révèle des épisodes de fortes précipitations (Petit Âge glaciaire ?) ou une volonté de canaliser les eaux de la vallée.

8Au sein de la stratigraphie, que ce soit à l’orient ou à l’occident, les scories de plomb étaient omniprésentes. Aucun lot toutefois n’a été observé en position primaire. Il s’agit de dépôts alluviaux transportant des matériaux depuis l’est de la vallée. Les sondages ont néanmoins apporté quatre informations significatives. 1/ La production antique (contemporaine ou antérieure aux datations) de plomb, supposée dans l’historiographie, est maintenant attestée à Antas. 2/ Si des ateliers métallurgiques sont dans le voisinage, il n’y a pour le moment aucun indice d’ateliers minéralurgiques. 3/ La composition des scories, des unités les plus profondes aux plus récentes, paraît à première vue homogène. On s’éloigne donc de l’hypothèse d’un recyclage contemporain même si on ne peut pas encore l’exclure. 4/ Aucune phase de production médiévale n’a pour le moment été identifiée, par des structures ou des rejets. La question n’est cependant pas fermée, car le chenal peut avoir eu une activité lors de cette période, en lien avec une fonderie de plomb ou un moulin à scories situés en amont.

Les prospections géochimiques à Canonica, Canali Acquas et Matoppa

Objectifs et méthodes

  • 8 Baudi di Vesme 1870 ; Tangheroni 1985 ; Alba 1996 ; Alba 1999.
  • 9 Baudi di Vesme 1877, col. 397‑401, n° XXXIX.
  • 10 Baudi di Vesme 1870.
  • 11 ACA, MR, 2111‑05.
  • 12 Tomczyk et al. 2024 ; Minvielle Larousse et al. 2025.
  • 13 Förstner 1985.
  • 14 Jensen, Dessau 1966 ; Ardau et al. 2001 ; Boni et al. 2013 ; De Waele et al. 2017.

9Dans les autres vallées, toutes situées au débouché il s’agissait d’identifier les lieux où le minerai était traité au moyen de prospections géochimiques. La vallée du Canonica concentrait des ateliers de lavage et accueillait au moins une fonderie aux xiiie et xive siècles8. Cette vallée est un terrain d’étude complexe en raison de ses aménagements récents qui ont perturbé ses versants et son fond : route et barrage qui a favorisé l’accumulation récente d’alluvions. La vallée de Canali Acquas se trouve au débouché méridional de l’une des montagnes argentifères exploitées au Moyen Âge, le Monte Nuovo. Une place servant à laver le minerai y est de plus mentionnée9. La vallée de Matoppa est connue pour avoir été le lieu de travaux anciens autour du Mont de Malva10, peut‑être pour avoir été utilisée pour laver le minerai11, puis pour avoir fait l’objet de reprises minières significatives à partir de la seconde moitié du xixe siècle. La composition chimique des sédiments a été quantifiée in situ par fluorescence X portable avec une calibration pensée pour l’étude des sols et un temps d’acquisition de 30 secondes En surface, chaque mesure a été espacée d’environ 10 m et a été accompagnée d’une prise de coordonnées GPS à l’aide d’un GPS différentiel12. Le matériel utilisé est le même que celui utilisé lors de la campagne de 2024 effectuée dans la vallée d’Antas ce qui permet une intercomparaison des données. Nous avons porté une attention particulière aux teneurs en plomb et zinc, car (i) ces métaux sont relativement peu mobiles dans les sols13 et sont (ii) présents dans les filons argentifères de la région d’Iglesias sous la forme de galènes et de sphalérites voire de calamine14.

Canonica

10En surface (fig. 5), la comparaison des 845 mesures réalisées dans la zone d’étude montre que la présence de plomb et de zinc est très fortement corrélée : lorsqu’il y a du plomb, il y a du zinc et inversement. Les sols de la vallée du rio Bellicai ne présentent pas de concentration en plomb et zinc. Les sols développés sur les alluvions du rio Canonica présentent, en revanche, des concentrations deux à dix fois supérieures au fond pédo-géochimique naturel. En profondeur, l’observation de talus d’arrachement naturels montre que la partie supérieure des talus correspond à un dépôt sans énergie turbulente importante et récent, que la partie inférieure est constituée d’un assemblage sédimentaire évoquant un dépôt alluvial à forte énergie, que les teneurs en plomb quantifiées dans ces arrachements montrent que la matrice de sables moyens des couches à galets est environ deux fois plus riche en plomb que les limons supérieurs. Une part des contaminations peut s’expliquer par la présence de scories, mais, paradoxalement, l’emplacement de la fonderie dite pisane où quelques scories dispersées ont été observées n’est pas le lieu le plus riche. Comme elle était cette année complètement hors eau, un relevé géoréférencé en trois dimensions a été effectué en photogrammétrie (fig. 6). Ce relevé a un intérêt conservatoire dans la mesure où le lac recouvre épisodiquement les lieux et servira de support pour une première étude des élévations.

Fig. 5. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canonica.

Fig. 5. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canonica.

Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.

Fig. 6. Vue de la fonderie dite pisane relevée.

Fig. 6. Vue de la fonderie dite pisane relevée.

Photo N. Minvielle.

  • 15 Uddin 2017.

11L’étude des variations de teneurs en profondeur montre qu’une partie des contaminations a été remobilisée du fait de la mise en eau du barrage. Lors des mois où la zone d’étude est sous l’eau, une part importante des argiles finit par sédimenter dans les couches limoneuses de surface, tandis qu’en rivière elles circulent et ne se déposent pas. Fortement adsorbés sur les minéraux argileux, le plomb et le zinc se trouvent piégés par co‑précipitation quand les argiles sédimentent15. Ces remobilisations expliquent la diffusion des contaminations observées en surface : le plomb et le zinc présents dans les rives du Rio Canonica sont remis en suspension puis redéposés jusqu’à plusieurs dizaines de mètres en aval. La présence d’ateliers de métallurgie explique les contaminations en plomb mais ne peut cependant pas expliquer pourquoi les alluvions sont environ trois fois plus riches en zinc qu’en plomb en surface comme en profondeur. Les fortes teneurs en zinc pourraient s’expliquer par la présence de zones de tri et/ou de lavage de minerais où les minerais de zinc finement broyés seraient rejetés.

Canali Acquas

12Des anomalies en zinc ont été détectées en plusieurs lieux, en lien avec les rejets d’extractions modernes (fig. 7). Toutefois, dans la partie ouest de la zone d’étude les sols sont très riches en plomb mais pas en zinc. Les concentrations se limitent dans l’espace aux rives (relativement planes) de l’ancien ruisseau. Des activités de travail de galènes liées au cours d’eau (lavage de minerais dépourvu de zinc et/ou métallurgie) pourraient avoir eu lieu dans ce secteur. Toutefois, la dense végétation de chardons a largement complexifié l’observation du sol : nous n’avons pas observé de scories ou autre matériel en surface qui pourrait permettre de définir la fonction et/ou la datation de cet espace.

Fig. 7. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canali Aquas.

Fig. 7. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canali Aquas.

Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.

Matoppa

13Les deux concentrations mises en évidence semblent issues de deux sources distinctes (fig. 8). La concentration de plomb située à la confluence des ruisseaux, légèrement en hauteur, pourrait signaler un espace de rejets de matériaux riches en plomb – que ces rejets soient en position primaire ou soient remobilisés. S’il s’agit de dépôts en position primaire, la première hypothèse serait la présence d’une aire de traitement, installée contre les falaises. Des aménagements du rocher sont en effet visibles, ce qui peut former une première limite pour un édifice semi-excavé. La concentration en zinc en revanche serait liée à la présence des matériaux observés dans le talus du chemin, soit des déchets issus des mines ou d’un premier tri des matériaux. Ces deux concentrations peuvent par ailleurs être complémentaires : un rejet des minerais de zinc d’un côté, un travail des minerais de plomb de l’autre. À ce stade, aucune attribution chronologique ne peut toutefois être formulée.

Fig. 8. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Matoppa.

Fig. 8. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Matoppa.

Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.

La topographie minière à San Giorgio

Objectifs et méthodes

14À San Giorgio (fig. 9), la mine qui a été choisie pour cette première campagne est de celles dont l’accès a été préservé après la mise en sécurité et de celles qui étaient les plus remarquables. En plus de son intérêt scientifique, cet ensemble avait aussi l’avantage d’être représentatif en matière d’environnement et de contraintes – partie à ciel ouvert, en souterrain, verticales, connexions de puits – si bien que nous pouvions évaluer de façon pertinente le choix de la technique de relevé et le matériel. Le relevé tridimensionnel par lasergrammétrie a été choisi, autant pour la qualité de la géométrie qu’il génère que pour la rapidité de son exécution16. Nous avons utilisé un scanner laser X7 de Trimble. Ce dispositif à mesure du temps de vol a une portée maximale de 80 m et une portée minimale de 60 cm (tous les éléments inclus dans une sphère de 1,2 m de diamètre autour du scanner ne peuvent être numérisés). Le post-traitement des données acquises a été effectué après la campagne avec deux principaux logiciels libres : CloudCompare pour nettoyer et géoréférencer le nuage de point, puis MeshLab pour gérer le maillage produit. Pour effectuer le relevé en sécurité, le réseau souterrain a été équipé et nos mouvements encadrés par les membres de la Fédération Spéléologique Sarde.

Fig. 9. Vue du plateau de San Giorgio.

Fig. 9. Vue du plateau de San Giorgio.

Photo N. Minvielle.

Premiers résultats

15La fosse s’apparente à un cube de 9,6 m sur 7,8 m de côté (fig. 10). À 6 m de profondeur, elle s’interrompt sur un remblai mais donne naissance à au moins deux galeries. La première s’ouvre vers le nord‑est. Non relevée, elle débouche sur une exploitation souterraine reliée, probablement, à un puits montant à ce jour comblé. La seconde s’ouvre vers le sud‑ouest, donnant naissance au réseau souterrain en partie relevé. Ce réseau se déploie sur plusieurs niveaux dans un paléokarst recoupé par une fracture principale subverticale, orientée sud‑est/nord-ouest. En plus des probables chantiers d’abattage du minerai dans cette fracture, plusieurs petites galeries et puits ont été percés par les mineurs pour faciliter leur circulation. Lorsque la topographie sera complète, un premier phasage de ces ouvrages pourra être proposé.

Fig. 10. Vue de la fosse, état actuel de sa topographie.

Fig. 10. Vue de la fosse, état actuel de sa topographie.

Nuage de point : équipe de relevé.

16La fosse pourrait être le résultat de plusieurs chantiers d’abattage reliés par deux galeries de circulation orientées sud‑ouest/nord‑est. D’un point de vue technique cette méthode d’exploitation montre que les mineurs prospectaient puis exploitaient des gisements parallèles orientés du sud‑est vers le nord‑ouest. Beaucoup des puits qui constituent les alignements sont vraisemblablement des puits de prospection, une minorité aurait donné lieu à une exploitation substantielle. D’un point de vue social, ces trois exploitations peuvent correspondre à une, deux, voire trois concessions distinctes. D’un point de vue économique, il faudra enfin chercher les vestiges des minerais exploités. Cela en fond de chantiers pour identifier les teneurs en argent qui ne correspondaient plus aux seuils de rentabilité, et dans les différents déblais pour tenter d’identifier des restes de minerais représentatifs.

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Bibliographie

Alba 1996
L. Alba, « I forni pisani di Canadonica (Iglesias) », dans Giulio Boi (éd.), Primo centenario della Associazione mineraria sarda: un secolo di attività e di cultura: Iglesias, 1896‑1996, Iglesias, 1996, p. 78‑81.

Alba 1999
L. Alba, « La scoperta della fonderia di Su Carcadroxiu – Valle di Canonica (Iglesias) », dans F. Lenzi (éd.), Archeologia e ambiente: atti del convegno internazionale, Ferrara Fiere, 3‑4 aprile 1998, Bologne, 1999, p. 281‑285.

Ardau et al. 2001
C. Ardau, L. Rundeddu, Rendiconti Seminario, Facoltà Scienze, « Environmental problems and industrial archaeology in the Iglesiente mining district », Rendiconti Seminario Facoltà Scienze Università Cagliari Supplemento 71.2, 2001, p. 91‑108.

Baudi di Vesme 1870
C. Baudi di Vesme, Dell’industria delle miniere nel territorio di Villa di Chiesa (Iglesias) in Sardegna, nei primi tempi della dominazione aragonese, Turin, 1870.

Baudi di Vesme 1877
C.  Baudi di Vesme (éd.), Codex diplomaticus ecclesiensis, Augustae Taurinorum, E regio tygrapheo, Historiae patriae monumenta XVII, 1877.

Boni et al. 2013
M. Boni, N. Mondillo, G. Balassone, M. Joachimski, A. Colella, « Zincian dolomite related to supergene alteration in the Iglesias mining district (SW Sardinia) », dans Int J Earth Sci (Geol Rundsch) 102/1, 2013, p. 61‑71.

Canavese et al. 2011
E. P. Canavese, P. Forti, A. Naseddu, L. Ottelli, R. Tedeschi, « Laser scanning technology for the hypogean survey: the case of Santa Barbara karst system (Sardinia, Italy) », dans Acta Carsologica 40/1, 2011, en ligne, https://ojs.zrc-sazu.si/carsologica/article/view/29.

De Waele et al. 2017
J. De Waele, F. Gázquez, P. Forti, A. Naseddu, « Inactive Hydrothermal Hypogenic Karst in SW Sardinia (Italy) », dans A. Klimchouk, A. N. Palmer, J. De Waele, A. S. Auler, P. Audra (éd.), Hypogene Karst Regions and Caves of the World, Cham, 2017, p. 183‑197, en ligne, https://doi.org/10.1007/978-3-319-53348-3_11.

Förstner 1985
U. Förstner, « Chemical methods for assessing bio-available metals in sludges and soils », dans R. Leschber, R. D. Davis, P. L’Hermite (éd.), Chemical methods for assessing bio-available metals in sludges and soils, Londres/New York, 1985.

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M. L. Jensen, G. Dessau, « Ore deposits of southwestern Sardinia and their sulfur isotopes », dans Economic Geology 61/5, 1966, p. 917‑932.

Minvielle Larousse 2021
N. Minvielle Larousse, « Iglesias. Archéologie des entreprises minières », dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, 2021, en ligne, https://journals.openedition.org/baefe/4224.

Minvielle Larousse 2023
N. Minvielle Larousse, « Iglesias. Archéologie des entreprises minières. Campagne 2022 », dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, 2023, en ligne, https://journals.openedition.org/baefe/10144?lang=en.

Minvielle Larousse et al. 2024
N. Minvielle Larousse, E. Brodie, G. Geltner, H. Gopnik, F. Sanna, C. Tomczyk, « Prospections géochimiques dans la vallée d’Antas (Sardaigne) », dans Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, 2024, en ligne, https://journals.openedition.org/baefe/11705.

Minvielle Larousse et al. 2025
N. Minvielle Larousse, E. Brodie, G. Geltner, H. Gopnik, F. Sanna, C. Tomczyk, « A geochemical survey of the Antas Valley, Sardinia: Medieval metallurgy and modern slag recycling? », dans Journal of Archaeological Science: Reports 64, 2025, p. 105‑114.

Naseddu, Papinuto 2005
A. Naseddu, S. Papinuto, « Ispezioni speleologiche nelle fosse pisane di San Giorgio “Sa Sedd’e is fossas” », dans Jo de Waele, Angelo Naseddu (éd.), Atti del convegno Grotte di miniera: Tra economia mineraria ed economia turistica: Miniera di Monteponi – Iglesias, 1‑5 dicembre 2004, Bologne, 2005, p. 173‑182.

Tangheroni 1985
M. Tangheroni, La Città dell’argento: Iglesias dalle origini alla fine del Medioevo, Naples, 1985.

Tomczyk et al. 2024
C. Tomczyk, A. Bernat, J. Belmon, N. Minvielle Larousse, « Geochemical and Documentary Topography of a Medieval Silver Valley: Detection of Workshops and Identification of Their Function », dans Archaeological Prospection, 2024, p. 1‑30.

Uddin 2017
M. K. Uddin, « A review on the adsorption of heavy metals by clay minerals, with special focus on the past decade », dans Chemical Engineering Journal 308, 2017, p. 438‑462.

Zucca 2019
R. Zucca (éd.), Il tempio del Sardus Pater ad Antas, Rome, 2019.

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Notes

1 Tangheroni 1985.

2 Minvielle Larousse 2021 ; Minvielle Larousse 2023 ; Minvielle Larousse et al. 2024.

3 ARGENTARIA. Miniere, minatori e ambiente nell’Iglesiente (Sardegna, XII‑XIX secolo), coord. N. Minvielle-Larousse et G. Geltner.

4 La même année un sondage a aussi été effectué par nos collègues Mattia Sanna-Montanelli et Fabio Pinna sur un édifice situé plus en hauteur, dans le cadre d’une concession délivrée à l’université de Cagliari. Leur rapport sera consultable sur le Geoportale Nazionale.

5 Minvielle Larousse et al. 2025.

6 Naseddu, Papinuto 2005.

7 Zucca 2019.

8 Baudi di Vesme 1870 ; Tangheroni 1985 ; Alba 1996 ; Alba 1999.

9 Baudi di Vesme 1877, col. 397‑401, n° XXXIX.

10 Baudi di Vesme 1870.

11 ACA, MR, 2111‑05.

12 Tomczyk et al. 2024 ; Minvielle Larousse et al. 2025.

13 Förstner 1985.

14 Jensen, Dessau 1966 ; Ardau et al. 2001 ; Boni et al. 2013 ; De Waele et al. 2017.

15 Uddin 2017.

16 Canavese et al. 2011.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Localisation des sondages dans leur contexte géologique.
Crédits SIG N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 560k
Titre Fig. 2. Vue représentative des sondages de la zone 1.
Crédits Photo N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 532k
Titre Fig. 3. Vue de la séquence alluviale.
Crédits Photo N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 529k
Titre Fig. 4. Vue du paléo-chenal en coupe.
Crédits Photo N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 534k
Titre Fig. 5. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canonica.
Crédits Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 649k
Titre Fig. 6. Vue de la fonderie dite pisane relevée.
Crédits Photo N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 582k
Titre Fig. 7. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Canali Aquas.
Crédits Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 640k
Titre Fig. 8. Dosages géochimiques de la surface des sols de la vallée de Matoppa.
Crédits Données C. Tomczyk, SIG N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 671k
Titre Fig. 9. Vue du plateau de San Giorgio.
Crédits Photo N. Minvielle.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 520k
Titre Fig. 10. Vue de la fosse, état actuel de sa topographie.
Crédits Nuage de point : équipe de relevé.
URL http://journals.openedition.org/baefe/docannexe/image/16642/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 152k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Minvielle Larousse, Céline Tomczyk, Sarah Laurent et Angelo Naseddu, « Argentaria (Iglesiente, Sardaigne) » [notice archéologique], Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger [En ligne], Italie, mis en ligne le 06 août 2026, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/baefe/16642 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16nmh

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Responsables d’opération

Nicolas Minvielle Larousse

 

INRAP, LA3M, UMR 7298

Céline Tomczyk

 

CNRS, Iramat, UMR 7065

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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