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Un événement éditorial peut en cacher un autre

Hachette, Guizot et L’histoire de France racontée à mes petits-enfants (1870)
The construction of a publishing event : Hachette, Guizot and The History of France told to my grandchildren (1870)
Jean-Charles Geslot

Résumés

L’histoire de France racontée à mes petits-enfants, de François Guizot, paraît en sept volumes entre 1870 et 1880. Il constitue, durant cette décennie, un véritable événement éditorial : la presse s’en fait largement l’écho. L’ouvrage ne constitue cependant pas un événement historiographique : il est relativement banal dans sa forme et dans son propos, et seuls le nom prestigieux de Guizot et une campagne de publicité savamment organisée par la librairie Hachette permettent de transformer cette publication en véritable événement. Les journaux, par leurs critiques laudatives, participent à cette promotion, qui s’étale tout au long de la publication des différents volumes. Tombé rapidement dans l’oubli, le livre peut cependant aujourd’hui être considéré comme un événement, car il fut sûrement le premier pour lequel la catégorisation de « vulgarisation historique » fut, à tort ou à raison, employée. S’appuyant sur les rares travaux en histoire de l’édition historique ainsi que sur l’étude de la presse, cet article, inspiré par les réflexions de l’histoire littéraire en matière d’événement, analyse les modalités ayant permis à l’ouvrage d’apparaître en son temps et aujourd’hui comme un événement éditorial.

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Texte intégral

Introduction

1Qu’est-ce qui fait événement en histoire ? Cette question liminaire n’a pas pour but de poser un problème épistémologique largement rebattu : on n’entendra pas en effet ici le mot « histoire » comme discipline, mais comme la partie du secteur éditorial comprenant l’ensemble des imprimés relevant de ce domaine du savoir. Or, si la discipline historique est particulièrement portée à interroger l’événementialité (Capdevilla, 2004), la question – en forme de mise en abîme – de l’événement en matière d’édition historique n’a été jusqu’à présent que peu interrogée. Elle se révèle pourtant utile, voire nécessaire, dans la mesure où l’histoire représenterait entre 10 et 25% de la production totale de livres au XIXe siècle, chiffre variable en fonction de la définition donnée à cette catégorie, des sources qui cherchent à l’estimer et des périodes considérées (Geslot, 2022b, p. 117-120). C’est également dans cette fourchette que se situerait l’offre d’histoire dans les réseaux de la lecture en voie de massification que sont les bibliothèques paroissiales et les bibliothèques populaires (Geslot, 2022b, p. 225-233 ; Geslot, 2023). On sait par ailleurs que certains ouvrages ont constitué de véritables phénomènes éditoriaux, inscrits dans des régimes de temporalité et de visibilité variables : soit dans la durée et de façon presque indicible, à l’instar d’un long-seller comme l’Histoire de France de Le Ragois (Bruter, 2002) ; soit dans une temporalité plus resserrée et de façon plus ou moins éclatante, pour des ouvrages devenus des best-sellers et/ou ayant connu un succès de scandale, comme la Vie de Jésus de Renan (Richard, 2015), l’Histoire de France d’Henri Martin (Geslot, 2020), Les Jésuites de Quinet (Anfray, 2012), ou bien L’histoire de France racontée à mes petits-enfants de François Guizot.

2Cet ouvrage, dont la publication en livraisons débute à la mi-mai 1870, est un produit de la librairie Hachette, éditrice de Guizot depuis 1852 (Theis, 2014, p. 122), dirigée depuis la mort de son fondateur en 1864 par ses héritiers (Mistler, 1964). Sa publication s’étale sur toute la décennie, jusqu’en 1880. Des trois volumes initialement prévus, le premier sort en décembre 1871, et l’ouvrage en comptera finalement sept : les quatre premiers ont été rédigés par Guizot avant sa mort survenue en septembre 1874, les trois suivants, parus en 1876 et 1880, le sont par sa fille, Henriette Guizot de Witt, pour partie d’après les notes prises auprès de son père (De Broglie, 1990, p. 476).

3Au début des années 1870, la publication de l’ouvrage fait figure de véritable événement éditorial : toute la presse en parle, selon l’expression consacrée. Cette notoriété toutefois est sans lendemain, ce qui interroge grandement la notion d’« événement » éditorial dans le champ spécifique de la production de livres d’histoire. Certaines publications de ce domaine sont considérées aujourd’hui comme de véritables événements, qu’il s’agisse des Lettres sur l’histoire de France d’Augustin Thierry dans les années 1820, de l’Histoire de France de Michelet à partir de 1833 ou du premier numéro de la Revue historique en 1876. L’ouvrage de Guizot ne fait pas partie de ce panthéon éditorial, en dépit de la résonance qu’eut sa publication dans les années 1870.

4Cet article souhaite expliquer ce hiatus, en s’inscrivant dans une histoire de l’édition historique au XIXe siècle, que peuvent nourrir les réflexions de la sociologie de la culture mais aussi de l’histoire littéraire, cette dernière s’étant beaucoup penchée sur la notion d’événement en littérature (Saminadayar-Perrin, 2008). Certes, un livre d’histoire, surtout lorsqu’il est écrit par un professionnel – comme l’est Guizot, ancien professeur à la Sorbonne – peut davantage relever d’une histoire des sciences, par sa contribution à l’établissement des savoirs. Pour autant, les logiques éditoriales du XIXe siècle apparentent encore souvent les ouvrages historiques à la littérature générale (Mollier, 2005), surtout lorsqu’ils relèvent plus du récit historique que d’une démarche véritablement scientifique – comme c’est le cas du livre qui nous occupe. L’étude des mécanismes d’événementialisation de ces ouvrages montre ainsi qu’ils ne diffèrent guère de ceux des ouvrages littéraires, dans la mesure où tous sont inscrits dans un même système économique, culturel et médiatique qui, quelles que soient la nature ou la thématique des volumes mis sur le marché, recourt aux mêmes moyens pour tenter d’assurer leur succès en « faisant événement ».

5Il s’agira donc dans un premier temps d’étudier comment la publication de L’histoire de France racontée à mes petits-enfants de Guizot a été fabriquée comme événement par les éditeurs, grâce à des stratégies commerciales et publicitaires bien rodées. Preuve du succès de cette opération, la parution se transforme – deuxième élément d’analyse – en véritable événement médiatique, installé dans une certaine durée. Nous verrons pour terminer que derrière cet événement éditorial artificiellement construit se cache une autre dimension : si le dernier livre de Guizot fait date, c’est moins par son importance historiographique que par sa concomitance avec la formalisation de la notion de « vulgarisation » dans les catégories éditoriales.

La fabrique d’un événement éditorial : la librairie Hachette à la manœuvre

6S’il y eut événement autour de la publication de Lhistoire de France racontée à mes petits enfants de Guizot, c’est d’abord et avant de tout de façon factice, construite, grâce à une stratégie éditoriale mise en place par la librairie Hachette. En la matière, l’ouvrage ne dépare pas dans les pratiques du monde de l’édition tel qu’il a évolué depuis au moins le XVIIIe siècle (Mollier, 2015) ; il est également emblématique de cette « médiatisation du champ culturel » qui nécessite de « surinvestir l’impact événementiel » de la production par une « tintamarresque mise en spectacle », une « promotion tous azimuts » (Saminadayar-Perrin, 2008, p. 27). Si la chose est particulièrement visible dans le champ littéraire, elle renvoie également plus largement au lien désormais indissoluble entre les médias – ici la presse – et la production de l’événement (Nora, 1972). Les ouvrages d’histoire sont autant que les autres concernés par ces évolutions, comme le montre bien l’exemple de la Vie de Jésus de Renan (Richard, 2015, chap. I). Les Histoires de France n’échappent pas à la règle (Geslot, 2022b, chap. V), à l’instar de celle de Victor Duruy (Geslot, 2022a, p. 205-211). Les grands éditeurs-libraires, tenants du « capitalisme d’édition », sont à la manœuvre, à commencer par Louis Hachette et ses successeurs (Mollier, 1999) : ceux-ci appliquent au livre de Guizot les mêmes recettes que celles utilisées pour les autres ouvrages phares de leur catalogue.

Préparer l’événement : teasing et storytelling

  • 1 La Liberté, 19 sept. 1869, p. 3 ; repris dans au moins une quinzaine de journaux jusqu’a (...)
  • 2 Manuel général de l’instruction primaire, 23 avr. 1870, p. 337-340. Cette lettre servira (...)

7Le premier élément de cette stratégie est une forme de « storytelling », qui s’apparente du reste à une espèce de « teasing ». La presse se fait l’écho, entre septembre et décembre 1869, du fait que Guizot « termine » une Histoire de France racontée à mes petits-enfants, sans que l’on sache toutefois d’où leur vient une information du reste encore imprécise, les journaux n’annonçant dans leurs entrefilets ni le même titre, ni le même nombre de volumes1. Le 23 avril 1870, le Manuel général de l’instruction primaire, organe de la société Hachette, publie lui un véritable article annonçant la prochaine sortie du livre, qui contient l’intégralité d’une lettre adressée par Guizot à ses éditeurs en décembre 18692. L’historien y explique la genèse de l’ouvrage : des leçons d’histoire nationale qu’il donne « depuis plusieurs années » à ses petits-enfants, qui semblent y avoir pris beaucoup de plaisir. « Quand on m’a donné lieu de croire, ajoute-t-il, qu’elles pouvaient avoir pour d’autres enfants que les miens, et même, m’a-t-on dit, pour d’autres que des enfants, quelque utilité et quelque intérêt, j’ai entrepris de les rédiger telles que je les avais développées à mes jeunes auditeurs. » La chose arrive aux oreilles des éditeurs qui auraient alors manifesté le désir de les publier, avant, dit cette fois le Manuel, « d’accepter l’honneur d’éditer une œuvre utile à des lecteurs si divers et appelée à répandre tant d’idées justes et fécondes ».

  • 3 Notamment dans : Le Français, 20 mai 1870, p. 3-4 ; La Cloche, 29 mai 1870, p. 3 ; Mémor (...)

8Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour promouvoir la publication dès avant son lancement. À la figure de patriarche bienveillant de Guizot mise en avant par ce récit, s’ajoutent la réputation de l’auteur et ses qualités littéraires et scientifiques, « cette langue claire, ferme et imagée », « cette sûreté de méthode, cette justesse d’appréciation, cette attention scrupuleuse à ne rien laisser qui ne puisse être facilement compris », comme l’écrit le périodique. Déjà aussi, il s’agit de cibler des publics « de tout âge » : au-delà des enfants, « [les] femmes, les gens du monde, les érudits eux-mêmes tiendront à lire un livre où ils retrouveront, au milieu d’un récit exact et vivant, la science profonde et la hauteur de vues de l’historien de la Civilisation en Europe et en France, de l’homme d’État auquel, durant bien des années, nul dans notre pays n’a contesté le premier rang. » Déjà la logique de prescription est à l’œuvre, qui vise à présenter l’auteur comme une autorité, et son ouvrage comme un must-read, pour une partie bien spécifique de la clientèle de la librairie Hachette. Pour allécher le public, l’accent est du reste mis sur les illustrations qui orneront l’ouvrage, dont un exemplaire est reproduit en pleine page au milieu de l’article. La publication de cette lettre de Guizot à ses éditeurs aura longtemps des effets positifs : les premiers journaux à rendre compte de l’ouvrage n’ayant au début que quelques livraisons à leur disposition, et aucun paratexte explicatif, c’est sur elle qu’ils s’appuieront pour expliquer et louer les intentions de l’auteur, en reprenant à leur compte les éléments de langage du Manuel général3.

Les formes de la publicité commerciale

  • 4 Revue de l’instruction publique, 30e année, n° 7, 19 mai 1870, p. 112.

9La stratégie éditoriale se fait plus offensive au moment du début de la parution. La société Hachette inonde la presse de publicités, sous deux formes typiques de la réclame à l’époque (Martin, 1992, p. 62-63). Celle d’abord d’une annonce-affiche de format réduit mettant en avant le « nouvel ouvrage de M. Guizot entièrement inédit », les « deux cents Gravures environ d’après les dessins d’A. de Neuville », les « 90 à 100 livraisons grand in-8° de 16 pages à 50 centimes la Livraison », paraissant à raison d’une livraison par semaine, pour former in fine trois volumes. À l’occasion, cette annonce-affiche, simple encart, se fait en pleine page, uniquement toutefois, apparemment, dans les organes de la librairie Hachette – afin sûrement de limiter les coûts4. À côté de ces annonces-affiches, la maison d’édition a recours à la réclame ou fait-Paris-payé : un court paragraphe vantant les mérites de l’ouvrage, paru dans Le Soir le 17 mai 1870, puis dans au moins quatre autres journaux parisiens les jours suivants, et dans une dizaine de feuilles de province dans la première quinzaine de juin : d’Amiens à Marseille et de Mâcon à La Rochelle, en passant par Tours, Bourges ou Dijon, la nouvelle de la parution du livre est annoncée dans la plupart des principales villes de France.

10Le texte promotionnel fait de cette parution « un véritable événement littéraire » : le mot, performatif, est lancé, qui doit convaincre le lectorat de l’importance de la publication. Les superlatifs par ailleurs ne manquent pas, comme il est d’usage dans ce genre de discours : « une œuvre inédite et considérable », « un récit exact et vivant », « [un] grand luxe typographique », « de magnifiques illustrations », « un de nos plus grands écrivains »… Ici encore ce discours portera ses fruits, puisque la plupart des critiques de l’ouvrage, largement positives, insisteront dans les mois suivants sur les qualités de l’auteur, de son style, des illustrations et du travail d’édition.

  • 5 La Cloche, 6 nov. 1871, p. 2.

11Tout est donc mis en œuvre par la librairie Hachette pour assurer la publicité du livre. C’était compter toutefois sans l’évolution rapide du contexte international : la déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, vient interrompre le processus de publication. C’est Guizot, d’abord, qui abandonne pour un temps l’écriture, atteint qu’il est, jusque dans sa santé, par la situation du pays, puis occupé à des considérations d’ordre politique provoquées par le contexte de crise (De Broglie, 1990, p. 467-474). C’est la maison d’édition, d’autre part, qui voit son activité perturbée par le conflit, puis le siège et la Commune (Mistler, 1964). La rédaction et la publication de l’ouvrage ne reprennent que progressivement après la fin de l’Année terrible. Fin septembre 1871, Guizot écrit ainsi à Léonce de Lavergne : « Je retourne maintenant à mon XIVe siècle » (Cartier, 1910, p. 208). Début novembre, la dernière livraison du premier volume est annoncée5 et, un mois plus tard, commence dans la presse une campagne publicitaire d’ampleur pour la promotion de ce premier volume, compris dans la liste des livres d’étrennes proposés par la librairie Hachette. Pendant trois semaines, jusqu’au dernier jour de l’année, des annonces-affiches, complétées à partir du 20 décembre par un fait-Paris-payé, paraissent ainsi dans plus d’une vingtaine de journaux parisiens et provinciaux. La stratégie de la maison d’édition se montre aussi offensive que lors du lancement de la première livraison, en cherchant à profiter du contexte favorable de la fin de l’année, propice aux achats de livres à offrir en cadeau. Elle va se révéler payante : pendant toute la décennie, la publication des différentes livraisons puis des différents volumes du livre de Guizot forme une sorte de feuilleton publicitaire qui fait régulièrement l’actualité. L’événement éditorial est ainsi dilué en une série d’événements intermédiaires successifs et réguliers, qui contribuent à maintenir l’attention et l’intérêt du public, en utilisant une presse très réactive comme caisse de résonance.

Un événement médiatique sans cesse recommencé : la presse comme caisse de résonance

Une parution feuilletonnée

  • 6 Journal des débats, 27 févr. 1872, p. 2, et autres journaux les jours suivants.
  • 7 Lancement des premières livraisons du vol. 2 fin mai 1873 et du vol. 3 fin jui (...)

12Le mode de publication choisi par la librairie Hachette est celui des livraisons. Cette pratique n’a cessé de se développer dans le secteur éditorial des Histoires de France depuis les années 1820 (Geslot, 2022b, p. 161-164). Elle ne présente pas qu’un intérêt financier, celui d’une dépense indolore : elle permet aussi, en étalant la publication, d’entretenir l’intérêt du public, à condition que celui-ci ne se lasse pas. Le choix fait pour l’Histoire de France de Guizot de faire paraître une livraison par semaine permet de soutenir un certain rythme ; avec une centaine de livraisons prévues au départ, l’achèvement de l’ouvrage ne doit pas prendre plus de deux années. À ce terme, on l’a vu pour le premier tome, la parution du volume permet de relancer une campagne publicitaire, et la société Hachette use de ce moyen pendant plusieurs années. Ainsi, deux mois seulement après l’achèvement de la campagne pour les étrennes de la fin 1871, on annonce dans la presse la parution de la 38e livraison de l’ouvrage, qui entame la publication du deuxième volume6. À la fin de l’année, et comme douze mois plus tôt pour le volume 1, c’est le volume 2 qui est publié relié et trouve sa place dans la campagne pour les livres d’étrennes. Et le même programme se retrouve les deux années suivantes : en 1873 pour le volume 3 et 1874 pour le volume 47. Ainsi, pendant quatre années, et deux fois par an, L’histoire de France racontée à mes petits-enfants continue de faire l’actualité éditoriale dans la presse, ce qui permet de perpétuer son événementialité.

  • 8 Voir notamment La Presse, 16 janv. 1872, p. 2.
  • 9 Gazette de France, 28 juin 1870, p. 3.

13Celle-ci est également entretenue par d’autres péripéties, extérieures à la publication éditoriale elle-même, mais qui contribuent à ajouter de nouveaux épisodes à ce véritable feuilleton publicitaire. Le 3 janvier 1872, Guizot se voit attribuer le grand prix biennal de l’Institut de 20 000 F (De Broglie, 1990, p. 475). La publication par certains journaux du rapport rendu par Henri Patin, qui mentionne notamment L’histoire de France parmi les raisons de cette attribution, contribue à attirer à nouveau le regard sur l’ouvrage, alors que vient de se terminer la campagne de fin d’année pour la promotion du premier volume8. Surtout, la mort de Guizot, le 12 septembre 1874, intervient en pleine commercialisation des livraisons du volume 4. La plupart des nombreux articles nécrologiques publiés dans la presse – et le plus souvent en première page – mentionnent la rédaction en cours de l’ouvrage. L’histoire de l’œuvre se confond dès lors de façon quelque peu pathétique avec celle de son auteur : Victor Fournel en avait même fait dès 1870 « le testament historique de M. Guizot »9.

  • 10 Le Figaro, 21 nov. 1875, p. 6.

14Pour autant, le feuilleton de la publication du livre ne s’arrête pas avec la mort de son auteur : de nouveaux volumes paraissent, pris en charge par sa fille, Henriette de Witt. Alors que le volume 4, le dernier écrit par Guizot, est présenté comme livre d’étrennes en décembre 1874, les publicités annoncent la publication du volume 5 pour l’année suivante. Il paraît en effet au mois de novembre 187510, « rédigé par Mme de Witt, née Guizot / Sur le plan et d’après les notes de M. Guizot, son père », et participe à son tour, le mois suivant, à la campagne de publicité de la maison Hachette pour les étrennes. Au printemps et à l’été 1876, c’est la parution selon le même procédé posthume et filial de L’histoire d’Angleterre racontée à mes petits-enfants qui permet d’entretenir l’intérêt pour L’histoire de France, systématiquement évoquée dans les campagnes de promotion de l’ouvrage. Cet intérêt est relancé encore en avril 1878 lors de la mise en vente des premières livraisons de L'histoire de France depuis 1789 jusqu’en 1848, « par Mme de Witt, d’après les notes et les documents préparés par M. Guizot », qui constitue la suite de l’ouvrage matriciel. Les campagnes pour la publication de ces deux volumes, toujours comme livres d’étrennes, aux mois de décembre 1878 et 1879, sont les ultimes épisodes de ce long feuilleton éditorial entamé une décennie plutôt.

La contribution de la presse à l’événement éditorial

  • 11 Notamment : Le Correspondant, 10 juin 1870, p. 956-957 ; Gazette de France, 28 juin 1870, p. 3 ; M (...)
  • 12 Le Peuple souverain, 4 déc. 1871, p. 3 ; Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3
  • 13 Journal des débats, 26 déc. 1871, p. 3 ; 28 déc. 1872, p. 3.
  • 14 Revue des deux mondes, t. 99, 1872, p. 439-448.

15Dans cette longue promotion, régulièrement relancée par les campagnes publicitaires de la société Hachette, la presse ne se contente pas de relayer la communication de cette dernière. L’ouvrage y fait l’objet de nombreuses évocations, depuis les annonces déjà évoquées du travail en cours de rédaction jusqu’aux comptes rendus de l’ouvrage. La critique littéraire joue au XIXe siècle un rôle important dans la publicité des ouvrages, intrinsèquement liée à leur actualité et à leur événementialité (Melmoux-Montaubin, 2011, p. 945-947). Concernant Guizot, les journaux sont au départ relativement laconiques, faute de matière : les premières livraisons ne suffisent pas à fonder un jugement approfondi, mais ils tiennent malgré tout à en parler – preuve qu’il fait bien « événement » – et ce, dès le mois qui suit le début de la publication. Tout en reconnaissant qu’on ne dispose pour l’instant que des premières pages, certains journaux livrent quelques commentaires, notamment quant aux images11, et en accordant a priori à Guizot un succès d’estime. Il faut attendre la publication du volume 1, en décembre 1871, pour voir paraître les premières analyses de fond12. Suivent quelques comptes rendus plus importants : ceux d’Auguste Cuvillier-Fleury, sur quatre colonnes, dans le Journal des débats13, et de Ludovic Vitet, sur dix pages, dans la Revue des deux mondes14.

  • 15 Gazette de France, 28 juin 1870, p. 1 et 12 déc. 1871, p. 3.
  • 16 Ibid., 12 déc. 1871, p. 3 ; Le Petit Journal, 19 déc. 1877, p. 2.
  • 17 La Presse, 14 déc. 1873, p. 1.
  • 18 L’Avenir républicain, 22 déc. 1872, p. 3.
  • 19 Le Siècle, 15 déc. 1876, p. 2.

16L’objet n’est pas ici d’analyser en détail la réception de l’ouvrage, mais un fait apparaît nettement : l’appréciation toujours très positive, sur le fond comme sur la forme, quant au style et à la clarté de l’auteur, quant aux illustrations de Neuville, quant à l’importance patriotique de l’ouvrage… Il y a bien ça et là quelques critiques de détail, sur telle affirmation contestable ou telle illustration peu adaptée à un jeune public15. Mais dans l’ensemble, l’ouvrage suscite un concert de louanges de la part d’une presse qui participe bien ainsi à sa promotion et à son événementialité. On n’hésite pas à parler de « chef d’œuvre »16. On insiste aussi sur la notoriété et le retentissement de l’ouvrage. « Tous les journaux ont parlé déjà » du livre, peut-on lire dès juillet 1870 dans le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, qui évoque même un « événement littéraire » en reprenant un vieux poncif, maintes fois répété depuis le début du siècle (Geslot, 2022b, p. 72-77) : « cette publication comble une lacune, car nous n’avons réellement pas d’Histoire de France à mettre entre les mains de la jeunesse ». C’est, écrit dans la même perspective La Presse en 1873, « un de ces ouvrages qui sont une date littéraire, qui marquent une époque, qui font plus, pour l’éducation et la direction d’une génération, que tous les systèmes et tous les décrets sur l’instruction publique »17. Sa réputation « est devenue européenne », affirme L’Avenir républicain en 1872, en parlant d’« admiration unanime »18. « Tout le monde connaît L'histoire de France racontée à mes petits-enfants ; c’est un ouvrage devenu classique », écrit même Le Siècle en 187619. On pourrait multiplier les exemples d’affirmations aussi laudatives.

17Quant à la réussite de l’ouvrage, ces articles la certifiant à l’envi sont du reste dans le vrai. Laurent Theis a ainsi pu établir que la centaine de premières livraisons représentait plus de deux millions d’exemplaires vendus (Theis, 2014, p. 131). Le contrat avec Hachette du 30 octobre 1869 prévoyait un tirage de 15 000 exemplaires (De Broglie, 1990, p. 474), preuve de la réussite attendue de l’ouvrage : Guizot confirme lui-même le 11 juillet 1870 à Amélie Lenormant que ce chiffre a bien – et donc rapidement – été atteint (Loménie, 1902, p. 298). C’est à un véritable phénomène éditorial qu’assistent les contemporains, conscients du caractère exceptionnel de sa réussite, et c’est en cela aussi que cette publication peut faire « événement », et ce, de façon aussi durable. Pourtant, le phénomène de résonance, alimenté par ces louanges répétées, finit par s’estomper : à partir de là, l’événementialité de l’ouvrage s’efface, tout en se recomposant.

Un (non-)événement historiographique ?

Un événement vite oublié

18« Pour qu’il y ait événement, il faut qu’il soit connu », rappelle Pierre Nora (1972, p. 162). De fait, la publication de L'histoire de France racontée à mes petits-enfants ne fait plus guère aujourd’hui figure d’événement, pas plus que l’ouvrage lui-même. L’un et l’autre sont rapidement tombés dans l’oubli, en vertu du caractère parfois éphémère de ce qui peut faire événement (Rétat, 1979, p. 8-9). Si les contemporains ont relevé presque unanimement les qualités de l’ouvrage, elles ne sont pas de celles qui permettent d’imprimer un tournant historiographique. Pas plus que sur la forme, le livre de Guizot n’innove sur le fond : il ne révolutionne en rien le rapport au passé national, il n’est qu’une nouvelle version d’une vulgate libérale et patriotique déjà largement diffusée. Du reste – et les contemporains ne s’y sont pas trompés – son ambition n’était pas de rénover quoi que ce soit. Aussi n’est-ce pas cet ouvrage généralement que la postérité a retenu de l’œuvre historiographique de Guizot. De Gabriel Monod à Laurent Theis, ce sont ses autres livres qui sont cités et analysés, autant de contributions il est vrai majeures au renouvellement de la méthode et de la pensée de l’histoire dans le deuxième quart du XIXe siècle (Monod, 1888 ; Theis, 2019, chap. VIII). Gabriel de Broglie note avec raison que l’ouvrage est généralement ignoré des études historiographiques (1990, p. 476-477). À suivre le biographe, si l’ouvrage peut encore aujourd’hui faire figure d’événement, c’est dans la rupture qu’il représente dans l’ensemble de l’œuvre de Guizot, par l’adoption d’un ton plus familier qui rompt avec l’austérité habituelle de son style.

  • 20 Pour se limiter aux ouvrages traitant l’intégralité du passé national.
  • 21 [s.n.a.] L'histoire de France, racontée à mes petits-enfants, 1830 ; Walter Scott, Histo (...)

19C’est là peut-être que l’ouvrage a bel et bien pu « faire événement ». Ce n’est en effet ni par son thème, ni par le public visé, ni par son auteur. L’histoire de France est un sujet largement rebattu alors : on recense près de 800 ouvrages de ce genre20, sous des formats divers, pour la période 1800-1880. Quand celle-ci paraît, elle est à peu près la 650e à être mise sur le marché depuis le Consulat, la 130e depuis 1860, et quatorze ont paru rien qu’en 1869 (Geslot, 2022b). Le fait que cette histoire de France soit adressée à l’enfance n’a rien d’original non plus : malgré l’essor de l’offre de manuels, auteurs et éditeurs continuent à cibler cette catégorie d’âge plutôt que le public scolaire, et la dimension familiale du récit a même déjà été plusieurs fois utilisée, notamment par Walter Scott21. Enfin, le fait que Guizot publie un nouvel ouvrage n’a rien non plus d’exceptionnel : l’historien, fertile en publications de toutes sortes, a dans les quinze dernières années achevé son Histoire d’Angleterre (en 1856) avant de se lancer dans la publication des Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps (1858-1867). Il fait donc régulièrement l’actualité éditoriale.

  • 22 Le Soir, 16 juill. 1871, p. 3.

20C’est plutôt par la rencontre de l’auteur avec le thème d’une part, et avec le public visé d’autre part, que l’ouvrage fait événement. Une histoire de France écrite par Guizot fait en effet figure d’aboutissement : il est l’un des rares grands noms de l’historiographie du siècle à n’en avoir pas encore produit, alors qu’il est l’auteur d’Essais sur l’histoire de France et d’une Histoire de la civilisation en France qui pouvaient en servir de base ou de préfiguration. En outre, François Guizot écrivant pour des enfants, voilà qui a de quoi interpeller les contemporains : c’est une rupture évidente avec son public traditionnel, avec son style, réputé austère, avec son image aussi de théoricien un peu froid. Certains attendent beaucoup d’un ouvrage où un auteur aussi prestigieux apporte sa contribution à la vulgarisation des connaissances historiques. « Un vieillard illustre, un grand historien, se fait petit pour enseigner les éléments de la science aux jeunes générations, voilà ce qu’on ne rencontre pas tous les jours », écrit ainsi Le Soir en 187122. Il y aurait donc là une sorte d’incongruité, d’anormalité, un contraste entre le capital culturel de l’auteur et la puérilité de son public qui, créant un effet de surprise, assure à l’ouvrage une forme d’événementialité – on rappellera que les historiens professionnels ne représentent que 1,5 % des auteurs de vulgarisation historique au XIXe siècle (Amalvi, 1994, p. 263). Pour autant, Guizot – comme Hachette d’ailleurs – est un habitué des ouvrages « grand public », et de ce pôle commercial de l’édition défini par Pierre Bourdieu (1998) : depuis la fin des années 1850, ses œuvres ont été diffusées par Michel Lévy à des dizaines de milliers d’exemplaires (Mollier, 1984, p. 296-298).

  • 23 Voir notamment : La Presse, 18 juill. 1870, p. 1 ; Gazette nationale, 19 avr. 1872, p. 3.

21Toutefois, en s’inscrivant dans ce pôle économique, l’ouvrage se condamne à en subir la bourdieusienne loi : celui d’une « circulation rapide de produits voués à une obsolescence rapide ». L’étalement sur une décennie de la publication de l’ouvrage n’aurait ainsi fait que retarder de façon artificielle et provisoire cette obsolescence programmée. D’autant que, tout bien considéré, l’ouvrage est paru dans un contexte relativement défavorable. À court terme, certes, ce dernier pouvait jouer en sa faveur : au lendemain de l’entrée en guerre contre la Prusse, puis de la défaite, il fait en effet figure d’œuvre patriotique, ainsi que le remarquent certains observateurs23 – Guizot ayant lui-même déclaré vouloir « relever la France de ses ruines d’aujourd’hui en lui mettant sous les yeux le véridique tableau de ses ruines et de ses relèvements d’autrefois, dans sa longue vie » (De Witt, 1884, p. 429). Cependant, à moyen terme, le temps joue contre le livre. Il paraît à une époque où la vulgarisation historique passe de mode (Amalvi, 1994, p. 35-36). La victoire définitive des républicains à la fin des années 1870 correspond, par ailleurs, à un changement de contexte historiographique. Significative de cette nouvelle doxa est la valorisation d’une autre Histoire de France, celle de Michelet, qui devient alors la matrice d’une histoire officielle de la France (Creyghton, 2019). Les contemporains ont pu un temps s’incliner avec respect devant la vénérable figure de Guizot et son autorité de vieux sage ; mais en matière de récit national, l’époque est désormais au républicain Michelet et au pédagogue Lavisse. Il n’est plus à Guizot, le penseur austère, l’homme de 1848.

Un événement quand même ? Guizot et la vulgarisation

  • 24 Le Constitutionnel, 13 déc. 1859.
  • 25 Voir notamment : La Presse, 18 juill. 1870, p. 1 ; Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3 ; « La (...)
  • 26 Le Bien public, 18 févr. 1873, p. 3.
  • 27 Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3 ; voir également Gazette nationale, 19 avr. 1872, (...)
  • 28 Le Soir, 16 juill. 1871, p. 3.

22Avec le recul toutefois, il semble que L’histoire de France racontée à mes petits-enfants soit bien un véritable événement, puisque c’est apparemment à son propos que se systématise, en ce début des années 1870, l’emploi de la notion de « vulgarisation historique ». L’expression n’avait jusque-là été que peu utilisée. Elle l’avait été en 1859 pour Le Monde. Histoire de tous les peuples jusqu’à nos jours, ouvrage collectif réédité cette même année, dans une version augmentée, par Lebigre-Duquesne frères24. En revanche, au moment de la publication de l’ouvrage de Guizot, elle est reprise par plusieurs observateurs25. Il serait donc le premier livre vraiment considéré comme représentatif d’une catégorie éditoriale en voie de formalisation (Geslot, 2024). Le processus est laborieux. Certains articles de presse décrivent l’ouvrage comme relevant de ce genre, sans toutefois utiliser le terme26. D’autres remettent en question cette dimension : « C’est une nourriture trop substantielle et trop virile pour être digérée par le premier venu, sans travail et sans étude », juge ainsi Victor Fournel27. Plusieurs articles s’interrogent ainsi sur le public réel. « M. Guizot […] n’a pas seulement en vue l’instruction des enfants, peut-on ainsi lire dans Le Soir en juillet 1871. Il songe aussi à ces adultes, dont les suffrages se comptent par millions, et qu’il importe d’éclairer, si l’on veut éviter le casse-cou des plébiscites »28.

23Si l’intention de Guizot est bien de s’adresser à un public plus large que celui des spécialistes, et ce, en adoptant un langage plus clair que celui qu’il emploie habituellement, le livre, par son format, son coût – même dilué dans le système des livraisons – et son style encore relativement soutenu, ne remplit pas vraiment les critères de la vulgarisation tels que Christian Amalvi a pu en proposer la définition – même si cette dernière peut être souple (1994, p. 57-58). Au-delà de cette question de catégorisation, il s’agit cependant de considérer que L’Histoire de France racontée à mes petits-enfants fut le premier ouvrage avec lequel cette dénomination commença vraiment à se formaliser. C’est avec lui que le mot s’impose, alors que la chose existait déjà depuis longtemps. C’est en cela peut-être, et en cela seulement, qu’il peut aujourd’hui être considéré comme un événement, comme le font les ouvrages littéraires qui, sans être des chefs-d’œuvre ou des ruptures, constituent une « manifestation », un « indice », un « symptôme » de la gestation d’un genre éditorial (Saminadayar-Perrin, 2008, p. 18).

Conclusion

24À considérer l’Histoire de France publiée par Guizot et la librairie Hachette à partir de 1870, on comprend mieux dans quelle mesure un ouvrage historique peut constituer un événement éditorial. Les ressorts de ce processus diffèrent peu de ceux des autres domaines de la production littéraire. Cet événement est d’abord et avant tout créé de toutes pièces, grâce à la stratégie commerciale et publicitaire des éditeurs qui capitalise sur un nom et permet à l’ouvrage de faire l’actualité. L’événement ainsi créé est artificiellement maintenu dans une certaine durée – quasiment une décennie ici – grâce à l’étalement dans le temps de la publication et des commentaires – positifs – qu’elle suscite. En définitive cependant, même ainsi artificiellement prolongé, l’événement ne dure qu’un moment et perd ensuite ce statut, à mesure que l’ouvrage sombre dans l’oubli. Ce dernier n’aura été, comme tant d’autres, qu’un météore éditorial, vers lequel tous les regards se tournent un temps, avant qu’il ne disparaisse.

25Cette événementialité aurait pu persister si l’ouvrage avait représenté un moment fondateur ou de rupture dans l’historiographie. Mais il n’en est rien, bien au contraire : ultime ouvrage d’un historien d’une autre génération, il peut sembler assez vite daté, dépassé. De ce point de vue, on peut dire que le livre de Guizot fait événement si on entend par là qu’il fait l’actualité, et non qu’il fait date, dans l’acception où Pierre Bourdieu entend cette dernière expression : faire date, dit-il, « c’est inséparablement faire exister une nouvelle position au-delà des positions établies, en avant de ces positions, en avant-garde, et, en introduisant la différence, produire le temps » (1998, p. 261). Figure consacrée du champ littéraire, Guizot ne fait plus avant-garde depuis longtemps en ce début des années 1870, et son livre ne saurait bénéficier de ce statut. Grâce à son statut et sa notoriété, son livre interpelle et intéresse ses contemporains, mais cela ne suffit pas à assurer sa postérité.

26Ce qui ne doit pas empêcher bien sûr de s’intéresser à cet ouvrage. En historiographie comme en histoire littéraire en effet, ce genre d’œuvres mineures ont un intérêt certain. Elles comptent pour leur « valeur de témoignage » : « qu’elles aient fait brièvement événement parce qu’elles correspondaient à une mode passagère, ou qu’elles n’aient eu aucun retentissement en raison de leur archaïsme ou de leur caractère novateur » (Saminadayar-Perrin, 2008, p. 23), elles méritent qu’on s’y intéresse par leur caractère de banalité et donc d’exemplarité, ou par ce qu’elles disent de la société et de la culture de leur temps. Marqueur de l’émergence, dans les représentations de ses contemporains, de la catégorie éditoriale de la « vulgarisation historique », L'histoire de France racontée à mes petits-enfants de Guizot constitue ainsi, à son corps défendant pourrait-on dire, une étape certaine dans l’évolution de la production de livres d’histoire en France à l’époque contemporaine.

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Bibliographie

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Notes

1 La Liberté, 19 sept. 1869, p. 3 ; repris dans au moins une quinzaine de journaux jusqu’au 15 décembre.

2 Manuel général de l’instruction primaire, 23 avr. 1870, p. 337-340. Cette lettre servira aussi de préface au premier volume.

3 Notamment dans : Le Français, 20 mai 1870, p. 3-4 ; La Cloche, 29 mai 1870, p. 3 ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 4 juill. 1870, p. 8 ; La Presse, 18 juill. 1870, p. 1 ; et même encore dans Gazette nationale, 19 avr. 1872, p. 3.

4 Revue de l’instruction publique, 30e année, n° 7, 19 mai 1870, p. 112.

5 La Cloche, 6 nov. 1871, p. 2.

6 Journal des débats, 27 févr. 1872, p. 2, et autres journaux les jours suivants.

7 Lancement des premières livraisons du vol. 2 fin mai 1873 et du vol. 3 fin juillet 1874 ; parution de chaque volume comme livre d’étrennes en décembre suivant.

8 Voir notamment La Presse, 16 janv. 1872, p. 2.

9 Gazette de France, 28 juin 1870, p. 3.

10 Le Figaro, 21 nov. 1875, p. 6.

11 Notamment : Le Correspondant, 10 juin 1870, p. 956-957 ; Gazette de France, 28 juin 1870, p. 3 ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 4 juill. 1870, p. 8 ; La Presse, 18 juill. 1870, p. 1.

12 Le Peuple souverain, 4 déc. 1871, p. 3 ; Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3.

13 Journal des débats, 26 déc. 1871, p. 3 ; 28 déc. 1872, p. 3.

14 Revue des deux mondes, t. 99, 1872, p. 439-448.

15 Gazette de France, 28 juin 1870, p. 1 et 12 déc. 1871, p. 3.

16 Ibid., 12 déc. 1871, p. 3 ; Le Petit Journal, 19 déc. 1877, p. 2.

17 La Presse, 14 déc. 1873, p. 1.

18 L’Avenir républicain, 22 déc. 1872, p. 3.

19 Le Siècle, 15 déc. 1876, p. 2.

20 Pour se limiter aux ouvrages traitant l’intégralité du passé national.

21 [s.n.a.] L'histoire de France, racontée à mes petits-enfants, 1830 ; Walter Scott, Histoire de France racontée par un grand-père à son petit-fils, 1831 ; Alphonse Lucas, Tableau chronologique et alphabétique des rois et des gouvernements de France, à l’usage de ma petite-fille Jeanne Vignon, 1854.

22 Le Soir, 16 juill. 1871, p. 3.

23 Voir notamment : La Presse, 18 juill. 1870, p. 1 ; Gazette nationale, 19 avr. 1872, p. 3.

24 Le Constitutionnel, 13 déc. 1859.

25 Voir notamment : La Presse, 18 juill. 1870, p. 1 ; Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3 ; « La vulgarisation historique en 1874 », La République française, 25 déc. 1874, p. 1 ; Le Phare de la Loire, 22 févr. 1876, p. 3 ; Le Petit Journal, 19 décembre 1877, p. 2.

26 Le Bien public, 18 févr. 1873, p. 3.

27 Gazette de France, 12 déc. 1871, p. 3 ; voir également Gazette nationale, 19 avr. 1872, p. 3.

28 Le Soir, 16 juill. 1871, p. 3.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Charles Geslot, « Un événement éditorial peut en cacher un autre »Balisages [En ligne], 9 | 2025, mis en ligne le 06 juin 2025, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/balisages/1844 ; DOI : https://doi.org/10.4000/140s3

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Auteur

Jean-Charles Geslot

Maître de conférences HDR en histoire contemporaine, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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