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5. Arts et archéologie (Histoire de l'art, archéologie, exposition)

Historic Mosques in Sub-Saharian Africa from Timbuktu to Zanzibar

Hélène Renel
Référence(s) :

Stéphane Pradines, Historic Mosques in Sub-Saharian Africa from Timbuktu to Zanzibar, Leyde-Boston, Brill (Handbook of Oriental Studies. Section 1 The Near and Middle East, 163), 2022, 400 p., ISBN : 9789004445543

Texte intégral

1Cet ouvrage offre un remarquable panorama sur une architecture de l’Islam des confins trop souvent occultée par les historiens de l’art. En effet, l’architecture de l’Afrique sub-saharienne – dans son ensemble et religieuse en particulier – est absente des publications sur l’architecture islamique car, probablement, jugée trop vernaculaire. On peut citer, à titre d’exemples, l’ouvrage de R. Hillenbrand Islamic Architecture : Form, Function and Meanning (1994) ou, plus récemment, celui de J. Bloom Architecture of the Islamic West (2020) ne traitant que de la péninsule Ibérique et du Maghreb. Cette étude, qui tend à l’exhaustivité sur l’architecture religieuse sub-saharienne du ixe au xxe siècle, rassemble des données éparses sur l’ensemble des pays d’Afrique noire islamisés et comble un versant méconnu de l’architecture islamique. L’auteur la justifie par les vecteurs communs qu’ont été, d’une part, les voies commerciales, transsahariennes et océaniques et, d’autre part, le chiisme – ibadite, ismaélien ou kharidjite – dans la construction de mosquées, du moins dans leurs premières périodes de développement (ixe-xiie siècles). S. Pradines s’appuie, pour la rédaction de cette synthèse, sur les recherches, anciennes et récentes, de collègues africanistes enrichie par vingt-cinq ans de travaux personnels dans ces régions.

2Cette synthèse se déploie sur 293 pages et s’accompagne d’une riche documentation graphique composée de 213 illustrations dont 15 cartes et 60 plans et élévations. Les cartes permettent d’illustrer les informations historiques et, surtout, de localiser des sites souvent peu connus d’un lecteur non averti. Les plans des monuments, provenant d’études de collègues comme de travaux archéologiques propres, ont été repris dans une même charte graphique offrant ainsi une grande homogénéité à l’ouvrage et favorisant les comparaisons. Un glossaire (p. 311-316) et une bibliographie (p. 321-350) complètent le discours.

3Après une courte introduction exprimant les motifs et objectifs de cette monographie, l’ouvrage est organisé en trois chapitres correspondant à des aires culturelles distinctes aux techniques de construction communes : l’Afrique de l’Ouest (chapitre 1), la Corne de l’Afrique et la vallée du Nil (chapitre 2) et la côte orientale (chapitre 3). Les chapitres 1 et 3, les mieux documentés, suivent la même organisation : après des présentations historiographique, historique et économique, sont détaillés les techniques de construction ainsi que les différents groupes stylistiques établis. Les recherches scientifiques, en général, et sur l’architecture religieuse, en particulier, étant peu développées au Soudan et au Tchad, une organisation similaire n’a pu être réalisée pour le chapitre 2.

4Le premier chapitre traite des mosquées dites « soudanaises ». L’auteur préfère à ce terme, colonial et restrictif, celui de « mosquées des vallées du Niger ». Proposé par J. Dévisse lors de l’exposition « Vallées du Niger » (1993), cette expression permet d’ancrer géographiquement les monuments et de mettre en lumière le rôle de vecteur du fleuve et de ses affluents dans l’islamisation et le développement des monuments religieux dans les pays de l’ouest africain.

5Les mosquées de ces régions présentent des variations stylistiques en dépit de caractéristiques communes souvent liées à des contraintes environnementales : emploi de la brique crue sur une ossature en bois, toit plat, utilisation des contreforts et de toron, construction de tour-mihrab faisant office de minaret visuel, celui-ci étant généralement absent. Les lacunes archéologiques, épigraphiques et historiques ne permettant pas une typo-chronologie, S. Pradines propose une nouvelle classification basée sur celle réalisée par D. Gruner (1990) qu’il a enrichie. Six groupes sont ainsi définis et détaillés. On regrette toutefois que l’auteur n’ait pas suivi, dans son développement, la numérotation indiquée sur la carte no 3 (p. 10) ainsi que la subdivision en six groupes stylistiques initialement annoncée (p. 50), introduisant, une certaine confusion. En effet, le « groupe des mosquées Fulbe », regroupant dans un premier temps les mosquées de Futa Toro et Futa Djalon, a été ensuite scindé en deux sans argumentation (groupe 4, « mosquées Pular de Futa Toro », p. 83 et groupe 7, « mosquées Fulbe de Futa Djalon », p. 96).

6Les dénominations des groupes stylistiques, soit géographiques (« mosquées des steppes pré-sahariennes », « mosquée du Moyen Niger »), soit ethniques ou étatiques (« Mosquées Pular de Futa Toro », « Mosquées Fulbe », « Mosquée Dyula ») démontrent que les développements architecturaux de ces mosquées sont multiples et, souvent, tributaires d’architectures vernaculaires et de l’émergence de royaumes. Les groupes stylistiques définis répondent également à une certaine chronologie, les régions d’Afrique de l’Ouest ayant été islamisées à des époques distinctes et par des canaux divers.

7Le groupe des « mosquées du désert » se distingue géographiquement et formellement des caractéristiques majeures des mosquées de la vallée du Niger. L’ancienneté de leur datation (ixe-xie siècles) et leur localisation, en amont de la vallée du Niger, en font une des principales sources d’inspiration des mosquées des régions plus orientales. Leur présence en tête de la typologie trouve ainsi toute sa légitimité.

8Le chapitre suivant, peu étoffé en raison du manque de documentation scientifique, rassemble les monuments des territoires de la Corne de l’Afrique élargis au Tchad. Ils sont divisés en trois groupes : les mosquées d’Éthiopie et de Somalie du Nord, les mosquées de la mer Rouge et les mosquées des vallées du Nil et du Darfour. Très hétérogènes en raison d’histoires et d’historiographies différentes, ces groupes montrent des influences et des développements distincts. Ainsi, les édifices religieux des hauts plateaux éthiopiens et des plaines de Somalie, islamisés très tôt, développèrent, sous les sultanats d’Ifat puis d’Adal, une architecture propre. Tandis qu’en Nubie où l’islamisation se diffusa progressivement jusqu’au xvie siècle dans les royaumes chrétiens de Nabodia, Makouria et Alodia, les premières mosquées sont de simples églises converties ou adoptant une architecture très influencée par les édifices chrétiens. Au groupe nubien, S. Pradines rattache les monuments du Darfour mais, également, ceux de Kanem, de Borno et de Wadai, traditionnellement associés aux territoires de l’ouest africain. Il justifie ce choix par l’existence de liens étroits qui unissent économiquement les royaumes de Kanem-Borno avec la Tunisie, la Lybie et l’Égypte. L’emploi de la brique cuite et la construction de minarets hexagonaux, caractéristiques des mosquées de ces régions, seraient des témoignages de cette influence du nord-ouest et, plus précisément, d’Égypte. Dans ce sens, la formation d’une architecture particulière sans liens directs avec les architectures nubienne ou darfourienne mais, également, malienne aurait très bien pu justifier la création d’un quatrième groupe.

9Le dernier chapitre concerne les mosquées swahilies. L’abondance des travaux historiques et archéologiques en Afrique de l’Est, de la Somalie au Mozambique en passant par les Comores, permet à l’auteur de proposer, pour ces mosquées, une typo-chronologie basée principalement sur l’évolution des techniques de construction et les morphologies des mihrabs. Il y souligne le lien étroit qu’ont entretenu les cités swahilies, durant les périodes médiévale et moderne, avec le commerce maritime et le rôle capital de vecteur qu’a joué celui-ci dans l’adoption de certaines techniques ou d’éléments architecturaux. L’histoire économique occupe, à ce titre, une part importante du chapitre. L’auteur démontre ainsi, au travers d’exemples choisis, comment l’architecture religieuse swahilie a su développer des caractéristiques intrinsèques en assimilant des éléments exogènes provenant de Perse, d’Anatolie, d’Asie du Sud-Est ou du Malabar. Il est toutefois étonnant que l’auteur ne mentionne nullement dans son discours, comme sur la carte diachronique (fig. 104, p. 164), la voie maritime directe reliant le Malabar aux côtes méridionales de l’Arabie et les deux ports majeurs des xiiie-xvie siècles que sont al-Balid et Qalhāt.

10Malgré certaines répétions dues aux choix éditoriaux – une synthèse des techniques et des principales caractéristiques puis une présentation des monuments ou des groupes stylistiques –, cet ouvrage témoigne d’un travail considérable de compilation et classification d’une riche documentation jusque-là très éparse. Cette étude, par l’ampleur de la documentation traitée et sa présentation est, comme l’indique l’auteur dans son épilogue, un socle pour des études ponctuelles plus poussées ou revisitées qui permettront de confirmer ou d’infirmer certaines hypothèses mais surtout de combler des lacunes.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Hélène Renel, « Historic Mosques in Sub-Saharian Africa from Timbuktu to Zanzibar »Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 39 | 2025, mis en ligne le 07 mai 2025, consulté le 15 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcai/10301 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13v4y

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Auteur

Hélène Renel

CNRS-UMR 8167 Orient & Méditerranée

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