Parvaneh Pourshariati, Decline and Fall of the Sasanian Empire: The Sasanian-Parthian confederacy and the Arab Conquest of Iran
Parvaneh Pourshariati, Decline and Fall of the Sasanian Empire: The Sasanian-Parthian confederacy and the Arab Conquest of Iran, Londres, New-York, I. B. Tauris, 2017, 537 p. ISBN : 9781784537470
Texte intégral
1Dans cet ouvrage, Parvaneh Pourshariati se propose de revenir sur l’histoire de l’empire sassanide pendant l’Antiquité tardive pour expliquer son déclin et sa chute. Son objectif est, notamment, de rendre compte des raisons du succès des conquêtes islamiques, à partir d’une perspective sassanide, autrement dit en partant des dynamiques internes à son histoire, à savoir, d’après elle, la rupture de la confédération entre la famille sassanide (Pārsig, pour persans) et les grandes familles traditionnelles de l’empire, majoritairement parthes (Pahlav).
- 1 Rika Gyselen, « Decline and Fall of the Sasanian Empire: the Sasanian-Parthian Confederacy and the (...)
2Cette longue étude, parue en 2017, est une réédition de son ouvrage initialement paru en 2008. Decline and Fall of the Sasanian Empire a donc fait l’objet de plusieurs recensions vers lesquelles nous renvoyons le lecteur1 : celle de Rika Gyselen (dans Abstracta Iranica en 2011), de Geoffrey Greatex (dans Speculum en 2010) et de Khodadad Rezakhani (dans Iranian Studies en 2011). Tous s’accordent pour souligner des problèmes méthodologiques notamment dans l’usage fait par l’A. des sources : le fait que la thèse prévaut parfois sur l’analyse des sources ou encore certaines observations anachroniques. Dans le même temps, ils soulignent tous la grande variété des sources convoquées (narratives arabes, arméniennes, syriaques, byzantines ; et aussi, sigillographiques et numismatiques) et la démarche interdisciplinaire qui en découle. De plus, et nous nous joignons à leur observation, les trois chercheurs mettent l’accent sur l’apport de l’ouvrage en matière de contribution théorique innovante à l’histoire de l’empire sassanide.
3L’ouvrage est divisé en six chapitres, qui se répartissent en deux parties déséquilibrées. La première, longue de 300 pages est intitulée « Histoire politique » (« Political History ») et comprend trois chapitres. La seconde, qui compte deux chapitres est deux fois moins longue que la première ; P. Pourshariati s’y intéresse aux courants religieux (« Religious Currents »).
4À cela, il faut ajouter en annexe des propositions de chronologies sous forme de tableaux, de la conquête de l’Iraq et de l’Iran, reprenant la nouvelle chronologie avancée par l’A. dans le chapitre trois. On compte également une reproduction d’un sceau, un arbre généalogique et une carte de l’empire sassanide au ive siècle. Enfin, l’ouvrage se termine par une bibliographie, un glossaire et un index.
5Dans un premier chapitre appelé « Préliminaires », l’A. revient sur l’histoire des Arsacides, nom d’une famille régnante qui faisait partie de ceux que l’on désigna par le nom de Parthes, d’après la région dont ils venaient (p. 19-27). Elle accorde un soin particulier à définir les relations agnatiques car celles-ci sont décisives pour comprendre ce qu’elle théorise en tant que « confédération », concept important de son analyse.
6Contre Arthur Christensen et sa thèse d’une politique sassanide centralisée, P. Pourshariati défend que les souverains sassanides gouvernent avec un système dynastique décentralisé reposant sur une « confédération sassanido-parthe ». Les tentatives d’établissement d’un État monarchique, en particulier avec Qubād (488-531) et Khusraw II (591-628), ne peuvent être niées, mais l’A. montre que c’est grâce à la décentralisation et à la confédération avec les Parthes que les Sassanides devinrent puissants. Cette confédération est le sujet du chapitre deux « Le régime politique sassanide revu : la confédération sassanido-parthe » (Sassanian polity revisited : the Sassanian-Parthian confederacy) dans lequel l’A. montre notamment le rôle joué par les familles parthes dans le fonctionnement de l’empire sassanide. L’argument défendu pour expliquer la défaite des Sassanides contre les Arabes lors du mouvement de conquêtes, mais aussi pour expliquer celle contre les Byzantins en 628, est précisément celui de la dislocation de cette confédération.
7Dans le chapitre trois, l’A. propose une nouvelle datation des conquêtes arabes de l’Iraq et de l’Iran arguant que la conquête de l’Iraq eut lieu entre 628 et 632, soit après que Khusraw II succomba à l’invasion d’Héraclius. Parce que les conquêtes eurent lieu en même temps que l’affrontement avec les Byzantins, les Sassanides se trouvèrent pris en étau entre les deux puissances. Elle parvient à cette chronologie revue par un travail minutieux sur les sources, néanmoins, en s’appuyant principalement sur les sources arabes. Elle fait notamment la part belle aux récits, et à la chronologie des faits transmis par Sayf b. ʿUmar dont la crédibilité fut longtemps remise en question par les savants modernes, mais dont la pertinence a depuis été reconsidérée. Les implications de cette nouvelle datation, si celle-ci s’avérait exacte, pourraient être importantes pour l’histoire des premiers siècles de l’Islam. Dans son compte-rendu, Khodadad Rezakhani a critiqué le traitement des sources fait par l’A. dans ce chapitre. L’analyse et les conclusions de P. Pourshariati mériteraient effectivement d’être étudiées dans le détail tant les implications de ses conclusions remettent en question l’histoire des premiers siècles de l’Islam. En outre, ce chapitre de P. Pourshariati rappelle, à notre avis, que les systèmes de datation et la constitution des calendriers sont le produit d’une histoire sur laquelle il importerait de mener de plus amples recherches.
8La première partie se clôt avec un quatrième chapitre consacré au Ṭabaristān, intitulé « Les régimes dynastiques du Ṭabaristān » (Dynastic polities of Ṭabaristān), dont l’un des objectifs est notamment de montrer en quoi la conquête de l’Iran ne signa pas la destruction des structures sassanides. Dans ce chapitre, l’A. met ainsi l’accent sur les continuités en montrant comment les grandes familles parthes continuèrent à exercer le pouvoir jusqu’au viiie siècle, après avoir conclu des traités de paix avec les conquérants.
9La seconde partie de l’ouvrage, consacrée au « courants religieux » permet à l’A. de revenir sur la dichotomie entre les Sassanides et les Parthes en montrant comment celle-ci se manifestait sur le plan spirituel : les Sassanides étant zoroastriens tandis que les Parthes étaient mithriaques. Cette présentation du « paysage religieux sassanide » dans le chapitre cinq permet à P. Pourshariati d’aborder dans le chapitre six plusieurs révoltes qui eurent lieu au Khurāsān et au Ṭabaristān pendant l’Antiquité tardive et de poursuivre son argumentation, suggérant que les mouvements socio-religieux qui eurent lieu au cours de la fin de la période sassanide et pendant les premiers siècles de l’Islam s’inscrivaient dans la suite des changements provoqués par la dislocation de la confédération sassanido-parthe.
10Tout au long de son ouvrage, l’A. applique la méthode qu’elle a présentée dans l’introduction (p. 10-18). Son étude repose notamment sur un important travail prosopographique. Bien que cela rende la lecture du livre parfois ardue, on doit souligner ses résultats en matière d’identification de nombreuses personnes mentionnées sous différents noms dans les sources que convoque l’A. qui s’appuie, comme nous l’avons rappelé plus haut, sur une grande variété de sources. Il importe de souligner l’usage qu’elle fait du Shāh-nāme de Ferdowsī, un poème épique daté de la fin du xe-début xie siècle. Le statut de source historique du Shāh-nāme fait débat parmi les chercheurs iranisants en raison de sa nature poétique, mais P. Pourshariati, dans la lignée de Zeev Rubin, en défend l’utilisation (p. 14) et affirme qu’il constitue une importante source contenant les traditions du Livre des rois (Xwadāy-Namāg). Le Livre des Rois, ou plutôt les traditions qui proviennent du Xwadāy-Namāg, reste au centre de son étude.
11L’ouvrage, dense et long, est parfois difficile à suivre mais l’on ne peut que reconnaître que l’A. y propose des analyses originales et présente ici une grande contribution à l’histoire de l’empire sassanide, de l’Iran et de l’Antiquité tardive.
Notes
1 Rika Gyselen, « Decline and Fall of the Sasanian Empire: the Sasanian-Parthian Confederacy and the Arab Conquest of Iran. I. B. Tauris, 2008, 537 p. », Abstracta Iranica [En ligne], Volume 31 | 2011, document 105, mis en ligne le 15 février 2012, URL : http://journals.openedition.org/abstractairanica/39551 ; Khodadad Rezakhani, « Decline and Fall of the Sasanian Empire: The Sasanian-Parthian Confederacy and the Arab Conquest of Iran by Parvaneh Pourshariati », Iranian Studies, 44/3, Beyond the Iranian Frame: From Visual Representation to Social-Political Drama, 2011 (May) p. 415-419 ; Geoffrey Greatex, “Decline and Fall of the Sasanian Empire: The Sasanian-Parthian Confederacy and the Arab Conquest of Iran by Parvaneh Pourshariati”, Speculum, 85/4, 2010 (octobre), p. 1009-1010.
Haut de pagePour citer cet article
Référence électronique
Noëmie Lucas, « Parvaneh Pourshariati, Decline and Fall of the Sasanian Empire: The Sasanian-Parthian confederacy and the Arab Conquest of Iran », Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 35 | 2021, mis en ligne le 01 mai 2021, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcai/355 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bcai.355
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