Navigation – Plan du site

AccueilNuméros353. HistoireCarmen Trillo San José, La Vega d...

3. Histoire

Carmen Trillo San José, La Vega de Granada a partir de la documentación árabe romanceada inédita (1457-1494). Estudio, édición e índices

Agnès Charpentier
Référence(s) :

Carmen Trillo San José, La Vega de Granada a partir de la documentación árabe romanceada inédita (1457-1494). Estudio, édición e índices, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica, 2020, 154 p. ISBN : 9789514111518

Texte intégral

  • 1  La Vega de Grenade correspond à la vallée qui s’étend à l’ouest et au sud-ouest de la ville. Elle (...)

1Ce livre de 154 pages met à la disposition des chercheurs une liasse inédite, conservée au Archives municipales de Grenade, relative aux achats de terres réalisées, à partir de 1492, par don Álavaro de Bazán dans la Vega de Grenade1 et plus particulièrement autour des cortijos d’Asquerosa et Daragedid (au nord-ouest de Santa-Fe). Parmi ces documents, soixante-cinq sont datés entre1474 et 1494 et ont été traduits de l’arabe en castillan entre 1508 et 1509 à l’occasion d’un procès intenté par don Álvaro de Bazán à l’encontre de la Couronne. Ces pièces ont été déclarées recevables en 1529 par la Chancellerie Royale de Grenade. Elles ont ensuite servi, en 1780, pour un autre procès, opposant un héritier de D. Álvaro de Bazán, le marquis de Santa Cruz, Amiral de Aragón, comte de Sástago au marquis de Trujillo à propos d’un droit d’usage de l’eau.

2En introduction à cette édition, Carmen Trillo rappelle brièvement le contexte de la constitution de la liasse (p. 7-8) en rappelant l’histoire de la famille Bazán (p. 9-10) ainsi que celle des Jarafí d’où est issu le traducteur (p. 45). Les documents publiés nous éclairent sur le patrimoine des émirs nasrides dans la Vega ainsi que sur le peuplement et les exploitations agricoles dans l’ouest de la plaine de Grenade

3L’auteure présente en première partie la Vega de Grenade dans sa dimension historique (La zona de estudio: la Vega de Granada, p. 11-17). Elle rappelle l’importance des aménagements hydrauliques initiés sous les Zirides et les Almoravides, l’essor des munya-s à partir des Almohades et la constitution du patrimoine foncier des Nasrides avec de grandes propriétés agricoles notamment les cortijos d’Asquerosa (Ashkruya cité par ibn al-Khaṭīb) et Daragedid (aujourd’hui Casa Nueva, c’est-à-dire la traduction littérale du toponyme arabe). Une carte (p. 16) permet de localiser l’ensemble de la zone étudiée.

4Le chapitre suivant (Asentamientos y propriedad agrícola en la Vega de Granada en final de la Edad Media, p. 18-40) analyse les différents modes de peuplement de la Vega à partir de la documentation publiée et des textes médiévaux comme l’Iḥāṭa d’ibn al-Khaṭīb. C. Trillo revient sur les modes de constitution du patrimoine nasride et sur le rôle des trois entités financières que sont le bayt al-māl (trésor abondé par les impôts), le bayt māl al-muslimīn (trésor des biens habous) et le mustajlas (patrimoine de l’émir) qui permet l’acquisition des propriétés urbaines ou rurales qui vont constituer le patrimoine inaliénable de la dynastie nasride (p. 19-20). Elle retrace également l’évolution du système de rémunération des agents du pouvoir : la concession territoriale comme l’iqṭāʿ est remplacée peu à peu par un système de rentes ou de charges d’intendants de propriétés émirales qui assurent ainsi un revenu au bénéficiaire, le plus souvent un alcaide qui avait ainsi des attributions militaires (défense), de justice criminelle et de perception de l’impôt (p. 22-24 ; 52-53). L’émir peut également donner ou vendre des propriétés lui appartenant à des dignitaires de la cour (p. 24-25).

  • 2  Une recension de cet ouvrage est publiée dans cette livraison du Bulletin.

5L’auteure présente ensuite les différents types d’alqueria et de munya attestées dans la Vega selon que leurs propriétaires sont multiples (une famille ou un clan), unique ou qu’ils appartiennent à l’élite (p. 29-40). Cette étude est à rapprocher de l’ouvrage co-dirigé par Julio Navarro Palazón et Carmen Trillo San José, Almunias. Las fincas de las élites en Occidente islámico : poder, solaz y producción, Madrid, Grenade, 20182 dont nombres d’articles reviennent sur ces questions de typologie et du vocabulaire employé pour désigner ce type de propriétés.

6Le troisième chapitre (La documentación para el estudio del Reino de Granada, p. 41-54) interroge les sources pour l’histoire du royaume de Grenade et met en lumière la rareté des archives arabes par rapport à l’abondance des sources narratives. Après une présentation des archives en arabe et en arabe romance (l’auteur appelle ainsi les documents rédigés avant la conquête de Grenade qui ont été traduits en castillans au début du xvie siècle), relatives au royaume nasride, et un rappel des publications antécédentes, C. Trillo souligne l’importance de cette documentation pour l’histoire du processus de traduction ainsi que pour documenter la transformation de la société après la Reconquête, surtout pour les mutations de propriétés.

7L’auteure analyse, dans le quatrième chapitre (El documento editado, p. 48-54), l’apport particulier des pièces éditées, et surtout celles traduites de l’arabe en castillan par Mizer Ambrosio Jarafí et datées de 1454 à 1494. Elle met en lumière ce qu’elles nous apprennent sur la société nasride : la place des femmes, les charges exercées par les différents propriétaires ou le rôle des cadis. Ces actes renseignent aussi sur la nature de la propriété, son statut fiscal, ses limites, le nombre de parcelles, le type de culture (irriguées ou non), etc.

8Une bibliographie (p. 55-67) précède l’édition proprement dite de la liasse d’archive (p. 64-128) et des index onomastiques (p. 129-149) et toponymiques (p. 150-164).

9Cet ouvrage comprend ainsi deux parties distinctes qui peuvent être abordées indépendamment l’une de l’autre. La première, qui comprend l’analyse rédigée par C. Trillo, constitue une bonne synthèse de l’histoire de la Vega et de la structuration de son peuplement tandis que les pièces d’archives peuvent servir aux chercheurs selon leurs propres thématiques. On peut regretter toutefois, qu’il n’y ait pas une reproduction des pièces originales. Facile à lire, cet ouvrage est indispensable pour qui s’intéresse à la société nasride aux derniers moments de l’émirat ou aux espaces péri-urbain.

Haut de page

Notes

1  La Vega de Grenade correspond à la vallée qui s’étend à l’ouest et au sud-ouest de la ville. Elle constitue l’espace agricole en lien avec la ville.

2  Une recension de cet ouvrage est publiée dans cette livraison du Bulletin.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Agnès Charpentier, « Carmen Trillo San José, La Vega de Granada a partir de la documentación árabe romanceada inédita (1457-1494). Estudio, édición e índices », Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 35 | 2021, mis en ligne le 01 mai 2021, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcai/405 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bcai.405

Haut de page

Auteur

Agnès Charpentier

CNRS-UMR 8167 Orient & Méditerranée

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search