Michael R. Mcvaugh, Gerrit Bos, Fabian Käs (eds.), Ibn al-Jazzār’s Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir. Provisions for the Traveller and Nourishment for the Sedentary. Books 1 and 2 : Diseases of the head and the face
Michael R. Mcvaugh, Gerrit Bos, Fabian Käs (eds.), Ibn al-Jazzār’s Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir. Provisions for the Traveller and Nourishment for the Sedentary. Books 1 and 2 : Diseases of the head and the face, Leyde, Brill (Islamic History and Civilization, 190), 2022, xii, 789 p., ISBN : 9789004500297
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1Ce volume fait partie d’un projet visant à éditer et traduire le recueil médical intitulé Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir (Dispositions pour le voyageur et alimentation pour le sédentaire) compilé au xe siècle par Abū Jaʿfar Aḥmad ibn Ibrāhīm ibn Abī Khālid Ibn al-Jazzār, un médecin de Kairouan. Ibn al-Jazzār étudia avec le célèbre médecin et philosophe juif Isḥāq ibn Sulaymān al-Isrāʾīlī (mort vers 344/955), élève d’Isḥāq ibn ʿImrān, et il ouvrit, par la suite, son propre cabinet dans sa ville natale, où il mourut vers 980.
2À ce jour, les livres 1 et 2 (présente édition) et 6 et 7 ont été traduits – ces derniers seulement par Gerrit Bos. Les auteurs annoncent la préparation des éditions critiques des livres 3 à 5.
3Le présent ouvrage est divisé en quatre parties. Il commence par une introduction générale suivie de l’édition critique du texte arabe traduit en anglais, puis viennent ensuite trois éditions critiques des traductions hébraïques de Moses ben Samuel Judah ibn Tibbon (1244-1283, Sefer Ṣedat ha-Derakhim), d’Abraham ben Isaac dont on ne connait que le nom (Livre I seulement du Sefer Ṣedah la-Oreḥim) et d’un auteur anonyme au pseudonyme de Do’eg l’Édomite (Sefer Yaʾir Netiv). Enfin, dans la dernière partie se trouve l’édition critique de la traduction latine de Constantin l’Africain, moine du Mont Cassin originaire de Carthage (1020-1087). Le livre se termine par un index en anglais puis un index en arabe mais on notera l’absence préjudiciable d’index en hébreu et en latin.
4Ibn al-Jazzār était un auteur prolifique, notamment dans le domaine de la médecine. Ses écrits lui ont valu une grande renommée et l’ont rendu très influent dans l’Europe occidentale médiévale. Son K. al-Iʿtimād fī l-adwiya al-mufrada (Traité des drogues simples) fut traduit en grec, en latin et en hébreu et fut fréquemment copié. Grâce à sa traduction par Constantin l’Africain sous le titre Liber de gradibus, il devint l’un des ouvrages de pharmacologie les plus populaires de l’Occident latin.
5Le plus connu de ses écrits est le Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir (Dispositions pour le voyageur et nourriture pour le sédentaire). Cet ouvrage n’est pas, comme son titre pourrait a priori l’indiquer, une sorte de vademecum médical, mais bien un ouvrage de médecine systématique, composé de sept livres, traitant des différentes maladies et de leur traitement, de la tête aux pieds (a capite ad calcem). L’auteur consacre la majeure partie de son attention à la thérapie, il parle moins de l’étiologie et de la symptologie, tandis que la physiologie est presque complètement négligée. Il contient de nombreuses et précieuses citations des œuvres de médecins et de philosophes célèbres, tels qu’Hippocrate, Aristote, Rufus, Dioscoride, Galien, Paul d’Égine, Polémon, Ibn Māsawayh et Isḥāq ibn ʿImrān.
- 1 Ibn al-Jazzār, Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir, ed. M. Suwaysī and al-Rāḍī al-Jāzī, bo (...)
- 2 M.F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages: The “Viaticum” and its commentaries, Philadelphia, 199 (...)
6Jusqu’à présent, seules certaines parties de cet ouvrage fondamental avaient été publiées dans des éditions et des traductions critiques, à savoir le livre 6 traitant des maladies sexuelles, le livre 7, chap. 1-6, traitant des fièvres, et le livre 7, chap. 7-30, traitant des maladies de la peau et des poisons. Le texte arabe des livres 1-7 a été publié par Suwaysī et al-Jāzī1. Cependant, cette édition est jugée très insatisfaisante par Gerrit Bos pour plusieurs raisons détaillées dans l’introduction. En 1990, Mary Frances Wack a publié une analyse détaillée du chapitre sur le mal d’amour (Livre 1, chap. 20)2, où elle s’est concentrée sur la traduction de Constantin l’Africain et ses commentaires latins médiévaux.
7Le livre 1 (24 chapitres) traite des maladies de la tête et le livre 2 (25 chapitres) traite des maladies de la figure. Par exemple, le chapitre 1 du livre 2 est consacré aux maladies ophtalmiques et aux divers sujets relatifs aux soins des yeux dont nous donnons quelques exemples. Chaque chapitre comprend des paragraphes contenant soit des considérations médicales soit une recette de médicament à laquelle renvoient les numéros donnés entre parenthèses.
8Livre 2, part. 1 : L’ophtalmie (vingt paragraphes)
- 3 Les numéros entre parenthèses renvoient aux numéros de paragraphes tels que donnés par l’auteur.
9La première maladie de l’œil traitée est l’ophtalmie, définie comme un gonflement chaud qui survient dans la membrane recouvrant le blanc de l’œil. Ibn al-Jazzār distingue les causes externes, comme la fumée, le soleil ou la poussière, et les causes internes, à savoir les humeurs qui s’écoulent vers la conjonctive (1-2)3. Alors que le premier type cesse si sa cause cesse (3), le second type nécessite des thérapies en fonction de la spécificité de l’humeur (4). Ensuite, Ibn al-Jazzār explique un aphorisme hippocratique concernant l’ophtalmie (5) et mentionne un type de cette maladie provenant d’un autre organe (6). Le reste du chapitre est consacré aux médicaments composés, bénéfiques pour l’ophtalmie et d’autres maladies de l’œil, comme les collyres (7-15) et les poudres (17-20), dont l’une a été inventée par Paul d’Égine.
10Livre 2, part. 2 : Leucome (cinq paragraphes)
11Ibn al-Jazzār distingue un type de leucome causé par des ulcères ou des pustules, qui est incurable, et un type survenant à cause d’un fluide coagulant entre l’uvée et le cristallin (1). Ce phénomène peut être traité par plusieurs médicaments simples et composés (2-5), dont deux ont été inventés par Isḥāq ibn ʿImrān (3) et Ibn Māsawayh (4).
12«Recette d’un collyre pour leucome composée par Isḥāq ibn ʿImrān (paragraphe 3: traduction V. Pitchon).
13« Je l’ai testée et j’ai trouvé qu’elle est bonne. Sa composition : Prendre le poids de deux mithqāls chacun de céruse de plomb et de calamine d’or – qui doivent d’abord être torréfiés à feu doux et lavés à l’eau de pluie pendant trois jours – ainsi qu’un demi-dirham chacun de cuivre brûlé, long poivre, écume de mer, aloès, myrrhe, nerprun, [Rhamnus lycioides] et l’opium. Pilez les drogues, pétrissez-les avec de l’eau de rose mélangée à de l’eau de safran et moulez-les en pilules ressemblant à des lentilles. Dissolvez-le, préparez-en un collyre, [et appliquez-le] le matin ainsi qu’avant de vous coucher. Versez-le dans l’œil trois fois à chaque application. Après cela, l’œil doit être refroidi en y versant du blanc d’œuf purifié. Continuez ainsi jusqu’à ce que le patient se rétablisse, si Dieu le veut. ».
14Livre 2, part. 3 : Hyposphagma (yeux injectés de sang)
15Cette maladie se définit comme une accumulation de sang sous la conjonctive à cause de la rupture d’un de ses vaisseaux. Cela peut se produire soit à cause d’un coup frappant l’œil, soit à cause d’un gonflement atteignant la conjonctive. Ibn al-Jazzār recommande, entre autres médicaments, l’application de sang de pigeon.
16Livre 2, part. 4 : Épiphora (sept paragraphes)
17C’est un écoulement de larmes survenant sans cause extérieure ayant pour origine les veines de la tête (1). L’épiphora doit être traitée avec une saignée, des pommades ou des pilules, en fonction de la veine qui cause la maladie (2). D’autres remèdes bénéfiques sont les collyres (3-7), dont l’un est recommandé par Qusṭā ibn Lūqā (7).
18Livre 2, part. 5 : La nyctalopie (un paragraphe)
19Un patient atteint de nyctalopie, qui ne peut rien voir la nuit, doit être traité par une saignée, une évacuation et des aliments légers. Un autre remède bénéfique est le foie de chèvre, qui peut être mangé ou appliqué autrement (1).
20Livre 2, part. 6 : L’affaiblissement de la vue qui se produit dans l’œil (huit paragraphes)
21L’affaiblissement de la vue peut provenir de l’œil lui-même, ou être causé par une vapeur qui monte de l’estomac. Dans ce dernier cas, on peut la traiter par l’évacuation, les vomissements et les aliments légers (1). Si la maladie est causée par une humidité grossière qui s’agrège entre le cristallin et l’uvée, la saignée est bénéfique ainsi que les remèdes nettoyant le cerveau et les pommades oculaires contenant de la bile animale (2). Le reste du chapitre est consacré aux recettes de remèdes composés pour les maladies de l’œil (3-8), comme un médicament substituant l’oxyde de zinc décrit par Dioscoride (5).
- 4 G. Bos, Ibn al-Jazzār on sexual diseases and their treatment - a critical edition of Zād al-Musāfi (...)
22La traduction du texte arabe est présentée en vis-à-vis, ce qui la rend immédiatement compréhensible pour des lecteurs non arabisants. Il est un peu dommage que les textes écrits en arabe et hébreu soient présentés à la manière latine et non dans le sens d’une reliure inversée comme pour l’écriture des caractères des langues sémitiques. L’édition critique des livres 1 et 2 du Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir présente des informations complètes sur cette œuvre d’al-Jazzār. Les auteurs, et en particulier Gerrit Bos qui a déjà traduit et édité les livres 6 et 7, fournissent de nombreux éclaircissements relatifs au texte et aux manuscrits. Cependant, les lecteurs ne peuvent pas obtenir d’informations complètes sur Ibn al-Jazzār à partir de cette édition critique. La biographie et les œuvres d’al-Jazzār peuvent être trouvées dans un autre ouvrage de Gerrit Bos4. De même, bien qu’impressionnante, cette étude n’est pas accompagnée d’une explication des théories médicales de la période médiévale permettant de saisir toute la profondeur du texte et qui, de fait, peut rester obscur pour un non-spécialiste. Cependant, cette édition critique est une grande contribution pour le monde académique, en particulier pour les études sur la médecine arabe et sa transmission au monde latin. Avec l’apport des trois textes hébreux et de la traduction latine de Constantin l’Africain, c’est un formidable outil de travail pour les chercheurs étudiant la médecine islamique. C’est donc un ouvrage immense que Gerrit Bos, Fabian Käs et Michael R. McVaugh mettent à leur disposition.
Notes
1 Ibn al-Jazzār, Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir, ed. M. Suwaysī and al-Rāḍī al-Jāzī, books 1–7, Tunis, 1999.
2 M.F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages: The “Viaticum” and its commentaries, Philadelphia, 1990.
3 Les numéros entre parenthèses renvoient aux numéros de paragraphes tels que donnés par l’auteur.
4 G. Bos, Ibn al-Jazzār on sexual diseases and their treatment - a critical edition of Zād al-Musāfir wa qūt al-ḥāḍir Provisions for the traveller and nourishment for the sedentary, Book 6, Routledge, London, 2010, [1rst ed. P. Kegan, 1997].
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Référence électronique
Véronique Pitchon, « Michael R. Mcvaugh, Gerrit Bos, Fabian Käs (eds.), Ibn al-Jazzār’s Zād al-musāfir wa-qūt al-ḥāḍir. Provisions for the Traveller and Nourishment for the Sedentary. Books 1 and 2 : Diseases of the head and the face », Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 37 | 2023, mis en ligne le 15 mars 2023, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcai/4294 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bcai.4294
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