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5. Arts et archéologie

Alessandra Bagnera, Annliese Nef (dir.), Les bains de Cefalà (xe-xixe siècle). Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale

Caroline Fournier
Référence(s) :

Alessandra Bagnera, Annliese Nef (dir.), Les bains de Cefalà (xe-xixe siècle). Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale, Rome, École française de Rome, 2018, 640 p. et planches ISBN : 978-2-7283-1250-4

Texte intégral

1Les bains de Cefalà (xe-xixe siècle). Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale sous la direction d’Alessandra Bagnera et Annliese Nef est une somme imposante, de 640 pages avec de nombreuses contributions, sur un édifice exceptionnel de la Sicile médiévale. Cette publication constitue l’aboutissement d’un important programme de recherche pluridisciplinaire, fruit de la collaboration entre la Surintendance de Palerme et l’École française de Rome, de 2003 à 2008.

2L’ouvrage est composé de quatorze chapitres organisés en deux grandes parties. La première intitulée « L’histoire, le contexte et les structures » présente les sources textuelles et les données archéologiques mises au jour ainsi qu’une étude approfondie de la frise épigraphique découverte au xviiie siècle. La seconde, « L’étude des matériaux » rassemble les contributions des différents spécialistes et s’achève par une synthèse conclusive. Ces deux parties sont complétées par de riches annexes, entre autres, un intéressant tableau des principales sources mentionnant Cefalà, un catalogue des découvertes numismatiques, la description des unités stratigraphiques, une importante bibliographie et un cahier d’illustrations en couleur de grande qualité de 33 pages.

3Comme le rappellent, en introduction, Alessandra Bagnera et Annliese Nef, le site de Cefalà retient, dès le xviiie siècle, l’attention des érudits et des chercheurs, notamment, à cause de la présence d’une importante inscription en arabe. Le complexe a fait l’objet de nombreuses études mais rares ont été les recherches sur l’édifice thermal et son environnement. Aussi, avant la restauration du bâtiment et sa remise en eau, la Surintendance de Palerme a-t-elle envisagé la relance d’un programme de recherche intitulé « les bains de Cefalà et leur contexte historique et territorial », soutenu par l’École française de Rome. Cet élargissement de la perspective, indispensable à la compréhension du bâtiment, a donné naissance à une équipe de recherche pluridisciplinaire dirigée par une archéologue et une historienne, avec la participation d’une vingtaine de spécialistes.

4L’ouvrage débute par une étude sur l’ensemble des sources écrites mentionnant les bains de Cefalà et leur contexte de l’époque antique jusqu’au xviie siècle. Cette synthèse détaillée de la documentation disponible se révèle stimulante car elle soulève plusieurs questions. Tout d’abord, si la source thermale est mentionnée par les géographes arabes tels Ibn Ḥawqal et al-Idrīsī, l’édifice ne l’est pas en tant que tel (p. 11). Le terme ḥamma n’implique pas en effet systématiquement un bâtiment thermal et peut uniquement désigner une source d’eau chaude peu ou pas aménagée. On connaît une difficulté similaire en al-Andalus dès lors que l’on cherche à identifier les eaux thérapeutiques et de possibles aménagements. Une autre interrogation très intéressante est celle du lien éventuel entre des structures médicales et les sources thermales (p. 14). Les eaux pourraient être utilisées dans les hôpitaux à l’époque islamique pour leurs propriétés curatives. À Cefalà, par ailleurs, les bains pourraient constituer un waqf à vocation charitable et thérapeutique. Cette hypothèse incite ainsi à s’interroger sur l’existence de tels waqf-s en al-Andalus car, si l’on connaît cette pratique pour les ḥammām-s, elle n’a pour le moment pas encore été clairement identifiée pour les ḥamma-s.

5D’après les sources textuelles, il semble que l’exploitation de la source thermale dans une structure hospitalière perdure après l’époque islamique avec la transformation du complexe de Cefalà en hospitalis Saint-Laurent. Cette pratique semble connaître une certaine postérité qui disparaît, néanmoins, à la fin du xiiie siècle. Le bain continue cependant à être utilisé mais il appartient désormais à un fondaco dans un cadre féodal. Précisons d’ailleurs que l’ensemble de ces usages et l’appartenance à différents propriétaires, jusqu’au xviie siècle, a permis sans doute la conservation de l’édifice avant les aménagements du xviiie siècle.

  • 1  Boisseuil D., « Le bain dans les sociétés occidentales à la fin du Moyen Âge », Studi Storici, 55- (...)

6Cette première approche textuelle est complétée par une recherche sur les mentions des vertus médicales des eaux de Cefalà, réalisée par Annliese Nef. Il est à noter que, avant le xve siècle, il n’existe quasiment aucune information à ce sujet. Un changement s’opère au début de l’époque moderne (p. 51). Par comparaison, en ce qui concerne l’espace islamique et, plus spécifiquement, al-Andalus, la description des vertus curatives des eaux thérapeutiques reste également assez sommaire dans les textes, même si quelques médecins comme Ibn al-Bayṭār (fin xiie siècle) et Ibn al-Ḫatīb (xive siècle) remarquent les propriétés des eaux selon leur composition et selon leur mode d’utilisation. En revanche, de véritables traités sur les eaux thermales apparaissent à la fin du Moyen Âge dans les cours chrétiennes de la péninsule Ibérique comme dans le reste de l’Europe1.

7Un second et important chapitre est, ensuite, consacré aux données archéologiques mises au jour sur le site de Cefalà. Elles sont présentées par Alessandra Bagnera, l’archéologue co-responsable du projet de recherche. Leur étude, en association avec les sources écrites, permet de renouveler largement les connaissances sur le bain et son environnement. Ici, réside l’un des apports majeurs de cette recherche pluridisciplinaire.

8Après l’exposition de la stratégie de fouille archéologique menée sur le site de Cefalà, s’ensuit une description longue et détaillée des structures découvertes (p. 70-116). Très complète, elle est illustrée, au fil du texte, par de nombreuses figures, par des planches couleur et par des plans figurés sur des dépliants en annexes. Cette partie permet de connaître précisément les techniques et les matériaux utilisés tout au long de l’occupation du site ainsi que les différentes solutions mises en œuvre pour recueillir et distribuer l’eau thermale. Notons que ces dernières informations sont d’autant plus précieuses qu’elles ne sont pas toujours bien connues dans les établissements thermaux de l’Occident musulman.

  • 2  Cressier P., « Le bain thermal (al-ḥamma) en al-Andalus. L’exemple de la province d’Almería », La (...)

9L’ensemble des données est remis en perspective dans un chapitre consacré à l’histoire constructive de l’édifice thermal. Centrée sur le bâtiment, cette partie est peut-être plus accessible à des lecteurs non archéologues. Elle permet d’identifier quatre grandes phases constructives et d’avoir ainsi une vision globale de l’évolution de l’édifice du xe au xxe siècle. Elle est complétée par une présentation des fouilles réalisées à l’extérieur du bâtiment thermal. Bien que partielles, ces dernières apportent également des informations sur la compréhension de l’édifice. Le chapitre se termine par une approche synthétique de l’histoire du site de Cefalà. Elle compile les informations découvertes avec un découpage chronologique précis (p. 161-174) et souligne, notamment, que la source était très probablement exploitée bien avant l’occupation islamique du site. Cette hypothèse n’est en effet pas à exclure. Elle montre à quel point il existe des continuités d’occupation et d’exploitation des ressources naturelles depuis l’Antiquité, au moins. Là encore, cette question mériterait d’être approfondie dans les espaces occidentaux de la Méditerranée, notamment, dans la péninsule Ibérique et en Afrique du Nord. Comme le précise Alessandra Bagnera et comme le suggère Patrice Cressier en al-Andalus2, l’usage des sources thermales peut être un élément dynamisant du paysage agricole. Au-delà des pratiques thérapeutiques, la présence des bains peut donner lieu à l’organisation d’un véritable réseau d’infrastructures qui favorise une économie locale (p. 161-162).

  • 3  Cressier P., « Prendre les eaux en al-Andalus. Pratique et fréquentation de la ḥamma », Médiévales(...)
  • 4  Fournier C., Les bains d’al-Andalus (viiie-xve siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, (...)

10À ce stade de l’étude, Alessandra Bagnera propose de mettre en perspective l’édifice de Cefalà avec l’architecture islamique médiévale. En effet, ce bain est un monument unique et rare d’un point de vue chronologique (p. 166). L’archéologue mentionne l’existence de données sur les ḥamma-s d’al-Andalus et du Maghreb qui fournissent des points de référence. Mais, à ce sujet, il nous semble nécessaire d’être prudents car, hormis les études de Patrice Cressier3, il n’existe pas de recherches récentes précises que ce soit sur les établissements balnéaires à vocation thérapeutique ou sur les sources thermales exploitées en al-Andalus ou au Maghreb à l’époque médiévale. Quelques lignes plus loin, Alessandra Bagnera évoque de pertinents points communs entre ḥamma-s et ḥammām-s, notamment, en ce qui concerne la préservation de l’intimité et de la chaleur au sein de l’édifice. Il est peut-être à regretter que les ouvrages pris en compte à propos du ḥammām en al-Andalus datent quelque peu (p. 167) et que la dernière synthèse en date ne soit pas mentionnée4.

  • 5  Cressier P., « Prendre les eaux en al-Andalus. Pratique et fréquentation de la ḥamma », Médiévales(...)
  • 6  Fournier C., « Gestes au sein des bains de cour en al-Andalus », Actes du colloque de Lausanne (20 (...)

11La souveraineté normande au xiie siècle est un autre moment fondamental de l’histoire du site. Le bain de Cefalà est très clairement mis en valeur sous Roger II de Sicile avec l’ajout d’une majestueuse bande épigraphique en caractères coufiques. Le bain est réaménagé et les circulations intérieures sont modifiées (p. 169). Cette monumentalisation d’un édifice thermal apparaît plutôt singulière. Alessandra Bagnera ne manque pas de souligner qu’il faut voir, ici, une autre façon de concevoir l’espace, correspondant éventuellement à des critères cérémoniels. Là, encore, cette observation permet d’envisager des pistes à explorer en ce qui concerne la fréquentation de ce type de bains par les souverains à l’époque médiévale. Il semble, par exemple, en al-Andalus, que les sultans nasrides appréciaient de se rendre au bain thermal d’Alhama de Granada5, situé à une cinquantaine de kilomètres de Grenade, la capitale. Si la présence des ḥammām-s est plutôt bien documentée dans les espaces palatiaux, l’usage des bains thermaux par les souverains et la cour est, en revanche, moins bien connu. Il s’agit sans doute d’un sujet à défricher, d’autant plus que le passage au ḥammām peut faire partie intégrante de cérémonials ou de fêtes dans les palais6.

  • 7  Entre autres : Boisseuil D. et Nicoud M. (dir.), Séjourner au bain. Le thermalisme entre médecine (...)

12Il est, par ailleurs, intéressant d’observer que, malgré une rupture au xiiie siècle, le bain de Cefalà est de nouveau utilisé du début du xive siècle au xvie siècle. Abandonné au xviie siècle, il est remis en service au milieu du xviiie siècle dans un contexte d’intérêt renouvelé pour les activités thermales. Ici, Alessandra Bagnera s’appuie essentiellement sur des comparaisons avec l’Espagne (p. 173). Il est, toutefois dommage, qu’elle ne cite pas des travaux récents qui montrent que le succès du thermalisme gagne une grande partie de l’Europe à l’époque moderne7.

13Cette partie synthétique est suivie d’un chapitre sur l’architecture et les éléments décoratifs. Complémentaire de la fouille et des sources écrites, cette analyse minutieuse du bâti menée par Rosa di Liberto permet de cerner encore plus précisément l’évolution du bâtiment. Un nouveau relevé complet de l’édifice a été entrepris. De belles coupes du bâti sont présentées dans les dépliants annexés. Peut-être que celles-ci, à l’image de la planimétrie du bâtiment, auraient mérité un traitement en couleur pour signifier la chronologie et identifier les différentes phases constructives. Néanmoins, le travail de réflexion sur l’exploitation concrète de la source thermale et sur la manière dont l’eau était captée, puis distribuée (p. 184-194), est particulièrement intéressant. À ce sujet, les différentes illustrations associées sont très évocatrices, à l’image de celle figurant la récupération de l’eau dans des récipients en céramique. L’analyse générale du bâti, qui prend également en compte les premières représentations de l’édifice au xixe siècle par Gally Knight et Girault de Prangey, aboutit à l’identification de quatre grandes phases constructives entre le xiie et le xviiie siècle. Elle permet une confrontation avec les données issues des fouilles archéologiques mais, également, avec l’architecture médiévale sicilienne. Cette partie comparative souligne une nouvelle fois le caractère unique de l’édifice de Cefalà dans les solutions formelles employées, notamment, dans la position médiane du bandeau épigraphique (p. 218-227).

14En effet, le bain de Cefalà est orné d’une élégante frise en pierre calcaire de style coufique, présentant des motifs végétaux. Cet objet exceptionnel a été étudié précisément par Rosa Di Liberto, Roberta Giunta et Patrice Cressier, afin de déchiffrer les fragments de texte, de documenter les différents éléments composant cet artefact et de restituer le cadre et les motifs décoratifs. Ce chapitre, essentiel dans l’étude de l’édifice de Cefalà, permet de renouveler en profondeur les connaissances sur cette frise qui a attiré l’intérêt des savants depuis au moins la fin du xviiie siècle. Si l’analyse est remarquable, on note cependant un manque de structuration, notamment, entre la première et la deuxième partie (4.1 et 4.2) dans lesquelles sont répétées certaines informations sur les études antérieures (mentionnées p. 258-259 puis, à nouveau, p. 264) ou des conclusions intermédiaires qui prennent en compte des analyses présentées dans la partie suivante (4.3). Par ailleurs, il manque parfois quelques illustrations pour mieux comprendre les comparaisons stylistiques évoquées (p. 285 et p. 291-301). Notons à ce sujet qu’à la page 297 le lien internet de la note 169 ne fonctionne pas et qu’il manque dans la note 170 les références des numéros d’inventaire des stucs conservés à Harvard. Hormis ces points d’organisation éditoriale et de cohérence globale du chapitre, la description et la reconnaissance des lettres comme des motifs est passionnante étant donné l’état très lacunaire de la frise. De plus, la conclusion de la partie 4.3 sur les bandeaux végétaux permet de s’interroger sur la circulation des formes et sur la constitution de répertoires décoratifs dans la Sicile médiévale.

15La première partie se termine par trois chapitres quelque peu déconnectés les uns des autres. Ils sont consacrés au moulin (chapitre 5), à l’histoire des restaurations du site (chapitre 6) et aux méthodes de relevés utilisés, complétées par les résultats de la prospection géophysique (chapitre 7). Quelques éléments sont néanmoins à relever comme la présence du moulin. Mais, en l’absence de fouilles, l’étude reste à mener sur cet élément du site. De même, si le chapitre 7 reste très descriptif sur la méthodologie employée, d’intéressantes restitutions de l’intérieur du bain ont été élaborées (figures 107 et 108). Enfin, il nous semble curieux d’aborder les différentes restaurations du site au chapitre 6, entre ceux dédiés au moulin et à la méthodologie des relevés. Il aurait été tout aussi pertinent de placer ce chapitre plus en amont, dans la partie historiographique sur le site de Cefalà. Cependant, de manière générale, cette première partie reste très claire avec une documentation graphique de qualité.

16La deuxième partie (p. 351-534) rassemble l’étude des matériaux (céramique, métal, verre, fragment de sculpture en marbre, restes archéozoologiques ainsi que les matériaux de construction). Elle s’achève par une synthèse conclusive de 15 pages. Le chapitre dédié à la céramique est un véritable catalogue des fragments et des formes mis au jour sur le site de Cefalà (p. 353-457, soit plus de 100 pages). Comme le précise la céramologue Elena Pezzini « la forme du catalogue peut être redondante dans certains cas et surtout dans le cas des productions identifiées mais elle permet de rendre accessible au lecteur des informations détaillées sur des spécimens de production mal représentés, non identifiés ou non reconnus » (p. 354). De fait, la présentation de cet important corpus remontant de la préhistoire jusqu’au xxe siècle est une mine d’or pour l’étude de la céramique sicilienne. Il est peut-être à regretter que l’ensemble de ce chapitre, de lecture parfois difficile, ne fasse pas l’objet d’une conclusion générale mettant en valeur les points essentiels, à l’instar de la conclusion intermédiaire sur la céramique de l’époque moderne.

17L’étude des autres mobiliers (métal, verre, fragment de sculpture en marbre) ainsi que des données archéozoologiques, malgré leur état de conservation ou leur faible présence numérique, révèle la nature des différentes occupations du site de Cefalà et confirme les analyses de la première partie. L’examen des vestiges fauniques par Maurizio Sarà montrent, par exemple, l’augmentation progressive des activités agricoles sur le site de Cefalà, entre le xiie et le xive siècle, pour aboutir, au xixe et au xxe siècle, à l’identification d’une ferme rurale typique avec la présence d’animaux de basse-cour, d’élevage et de chevaux (p. 488-489). Enfin, l’avant-dernier chapitre (p. 493-517) présente les résultats des analyses minéralogiques et pétrographiques réalisées sur des échantillons de matériaux de construction (mortiers, briques, calcaires, pigments, dépôts argileux et céramiques). La lecture est parfois ardue car il s’agit d’une partie très technique et très descriptive mais des informations intéressantes ressortent, néanmoins, de cette étude comme, par exemple, l’ajout de paille dans les briques pour les alléger (p. 502). L’identification des caractéristiques des blocs de calcaires utilisés pour la frise épigraphique permet, également, de mieux connaître les processus de dégradation de la pierre mais, aussi, la manière dont ils ont été taillés (p. 504). Comme pour le chapitre dédié à la céramique, il aurait été opportun de conclure en mettant en relief les données les plus pertinentes de l’analyse.

18L’ouvrage se termine par la synthèse conclusive élaborée par Alessandra Bagnera et Annliese Nef, co-directrices du projet de recherche sur les bains de Cefalà. Comme elles le soulignent, la priorité de ces investigations, qui donnent la part belle à l’époque médiévale, était d’établir une chronologie précise du site et, notamment, de la première mise en valeur de la source thermale (p. 519). En effet, cette conclusion générale s’organise de manière chronologique et présente les principales étapes de la transformation du site depuis l’occupation pré-islamique jusqu’au xxe siècle. Au terme de la lecture, on ne peut que saluer cette recherche pluridisciplinaire qui renouvelle profondément les connaissances sur un édifice exceptionnel, sur sa prestigieuse frise épigraphique commanditée par Roger II mais, aussi, sur son environnement. L’étude de l’édifice de Cefalà montre clairement la dimension à la frois rurale et thermale de ce site. Elle s’inscrit dans une histoire des structures de soins et d’accueil. Néanmoins, cette histoire reste largement à écrire pour la Méditerranée occidentale et, notamment, en ce qui concerne le monde islamique. Car, si le sous-titre de l’ouvrage – « Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale » – suscite la curiosité sur les usages, les gestes ou les soins réalisés au sein du bain, concrètement, les données ne permettent pas encore de les décrire de manière approfondie. Des recherches sur le thermalisme en terre d’Islam, prenant en compte les techniques d’exploitation des ressources naturelles, les soins thérapeutiques dispensés dans les ḥamma-s mais, aussi, la gestion et l’impact de ces établissements dans l’organisation d’un territoire, s’offrent donc à nous.

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Notes

1  Boisseuil D., « Le bain dans les sociétés occidentales à la fin du Moyen Âge », Studi Storici, 55-2, 2014, p. 383.

2  Cressier P., « Le bain thermal (al-ḥamma) en al-Andalus. L’exemple de la province d’Almería », La maîtrise de l’eau en al-Andalus. Paysages, pratiques et techniques, Madrid, Casa de Velázquez, 2006, p. 195-196.

3  Cressier P., « Prendre les eaux en al-Andalus. Pratique et fréquentation de la ḥamma », Médiévales, 43, 2002, p. 41-54 et Cressier P., « Le bain thermal (al-ḥamma) en al-Andalus. L’exemple de la province d’Almería », La maîtrise de l’eau en al-Andalus. Paysages, pratiques et techniques, Madrid, Casa de Velázquez, 2006, p. 149-208.

4  Fournier C., Les bains d’al-Andalus (viiie-xve siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016.

5  Cressier P., « Prendre les eaux en al-Andalus. Pratique et fréquentation de la ḥamma », Médiévales, 43, 2002, p. 46.

6  Fournier C., « Gestes au sein des bains de cour en al-Andalus », Actes du colloque de Lausanne (2018), Les gestes à la cour (xiie-xviie siècle), Micrologus, Florence, SISMEL Edizioni del Galluzzo, sous presse.

7  Entre autres : Boisseuil D. et Nicoud M. (dir.), Séjourner au bain. Le thermalisme entre médecine et société (xive-xvie siècle), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2010 et Scheid J., Nicoud M., Boisseuil D. et Coste J. (dir.), Le thermalisme. Approches historiques et archéologiques d’un phénomène culturel et médical, Paris, CNRS éditions, 2015.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Caroline Fournier, « Alessandra Bagnera, Annliese Nef (dir.), Les bains de Cefalà (xe-xixe siècle). Pratiques thermales d’origine islamique dans la Sicile médiévale », Bulletin critique des Annales islamologiques [En ligne], 35 | 2021, mis en ligne le 01 mai 2021, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/bcai/439 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bcai.439

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Auteur

Caroline Fournier

Docteure en Histoire et Archéologie médiévale Membre associée au CRHIA (Université de Nantes)

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Droits d’auteur

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