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Illicit Trafficking in the Mediterranean(s), 1880s–1940

Saisir les circulations illicites à Marseille au début du xxe siècle

Tracing Illicit Circulations in Early Twentieth-Century Marseille
Laurence Montel
p. 25-45

Résumés

Étudier l’histoire des mondes criminels marseillais est d’abord se confronter à des récits historiques destinés au grand public qui ont fait de la « traite des Blanches », selon l’expression employée à la fin du xixe siècle, un catalyseur de croissance internationale du « milieu marseillais ». Il est stimulant de faire la généalogie de ce « grand récit », qui mène, du grand reportage des années 1930 aux représentations des bas‑fonds et de la haute pègre internationale du xixe siècle, à l’aune des mutations récentes de l’historiographie. Croisant approche des migrations internationales, du travail, du genre et de l’impérialisme, cette nouvelle approche du secteur du sexe tarifé à l’échelle globale fournit un cadre propice à déployer l’histoire des trafics illicites à l’échelle transnationale, notamment depuis Marseille, port majeur en Méditerranée pour les échanges marchands et les courants migratoires, et plusieurs pistes de recherche sont ébauchées, pour des travaux qui viendront ouvrir de nouveaux pans du savoir sur son histoire, en particulier à l’échelle de la vie quotidienne dans les espaces portuaires et des flux de passagers qui les traversent.

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Texte intégral

  • 1 Le Petit Provençal, 4 septembre 1899, p. 1.

1Le 5 août 1899, Marseille est le théâtre d’une fusillade sur la rive droite de l’actuel Vieux-Port : Louis Fajon dit le Rouge est tué, et Louis Serro blessé, par un jeune homme de 17 ans et demi, Jules Fonteneau dit Le Raplot. Tous trois sont qualifiés dans la presse de « nervis ». Le mot désigne ainsi des « terreurs de quartier », des souteneurs vivant de la prostitution et du vol. Après l’indignation, Le Petit Provençal fait la satire des forces de l’ordre impuissantes à retrouver Fonteneau, qui devient le héros d’une épopée car une quête dans les « milieux spéciaux » lui permet d’embarquer clandestinement pour Constantinople sur le vapeur L’Orénoque. L’information parvient cependant que le clandestin, démasqué, sera remis au consulat dès son arrivée. « Voguer vers la Corne d’or », écrit Lucien Menvielle, « cette Corne d’or qui symbolise si bien les aspirations de l’honorable corporation à laquelle appartient le Raplot et voir brusquement se briser une carrière qui pouvait être si belle encore, c’est de la guigne noire ou je ne m’y connais pas. » Le dessinateur B. Blache figure contre le texte un maquereau nageant vers « l’hôtel de la Corne d’or1 » (fig. 1). La fantaisie s’achève dans un débarquement du Raplot le 14 septembre, « vêtu d’un pantalon à carreaux noirs sur fond gris, d’un tricot de bicycliste gros bleu et d’un veston également bleu. Comme coiffure, un fez rouge agrémenté d’un gland de soie, bleu aussi. »

Fig. 1. Jules Fonteneau dit Raplot, en maquereau essayant d’atteindre la Corne d’Or, par B. Blache dans Le Petit Provençal, le 4 septembre 1899.

Fig. 1. Jules Fonteneau dit Raplot, en maquereau essayant d’atteindre la Corne d’Or, par B. Blache dans Le Petit Provençal, le 4 septembre 1899.
  • 2 Horn 2011, p. 95‑111 ; Joutard 1984.
  • 3 Dans les pages suivantes nous emploierons le mot « traite » comme c’était le cas pour l’époque cons (...)
  • 4 Daumalin 2021, p. 43‑60 ; Bartolotti, Regnard 2024.
  • 5 Montel 2008.

2Sous l’Ancien Régime, la franchise du port a conduit Marseille à occuper une situation de quasi-monopole avec le Levant. Son image de « porte de l’Orient » est encore vive à l’orée du xxe siècle quand émerge celle de « capitale de l’Empire2 ». Fonteneau est un exemple parmi d’autres présents dans les archives à attester quel type de ressource peut représenter l’expatriation pour un trafiquant recherché par la justice. Pourtant, pour ce début de siècle, l’imaginaire historique courant du « milieu marseillais » se focalise sur la « traite » transatlantique « des Blanches », venant s’enchaîner aux batailles des souteneurs pour le contrôle du quartier réservé. On voudrait présenter ici ce que charrie le « grand récit » de la « traite3 », à l’aune des renouvellements de l’historiographie de ce phénomène articulant travail, morale, sexe et migration, et quelles perspectives on peut en dégager pour une histoire de Marseille comme ville et port, d’escale et d’attache, des trafics illicites transnationaux, une histoire accordée au renouveau de l’historiographie. Celui‑ci a permis de restaurer l’ouverture mondiale du port de Marseille par‑delà l’Empire, au début du xxe siècle4. Désormais l’histoire transnationale et l’histoire globale traitent des circulations illicites, avec des focales sectorielles ou périodiques permettant d’amortir l’élargissement spatial. Ici il s’agit de revenir sur un corpus d’archives judiciaires, policières, politiques et de presse, qui a servi à étudier les pratiques illicites rémunératrices locales et la manière dont elles ont été perçues par les contemporains des années 1820 aux années 1940. Ce corpus, qui a donné matière à une synthèse, n’a pas été composé dans le but d’étudier des circulations illicites transnationales5. Il n’a toutefois pas cherché à les exclure, si bien qu’elles ont été relevées aléatoirement. Plus que des conclusions, cet article propose d’ouvrir des perspectives pour une approche non sectorielle des circulations illicites transnationales, articulant histoire des imaginaires, des régulations administratives et des pratiques sociales.

Aux origines du milieu marseillais, la « Route de Buenos Aires » ?

  • 6 Saccomano 1968 ; Bazal 1974.
  • 7 Repris par Aubry 2005, p. 11 ; Aubry 2013, chapitre 1.
  • 8 Bazal 1974, p. 61‑62.
  • 9 Ces récits sont pétris d’aventure. Sur cette « mystique moderne », voir Venayre 2002. L’aventurier (...)

3Le milieu marseillais, la place du crime dans la « mauvaise réputation » de la ville et l’association de ceux‑ci au port sont des représentations courantes ancrées dans le présent, le passé et la mémoire, avant d’appartenir au monde académique. Qui voudrait se documenter en ligne serait rapidement dirigé vers deux livres, parmi beaucoup d’autres : Bandits à Marseille d’Eugène Saccomano (1936-2019), paru en 1968, et Le Clan des Marseillais de Jean Bazalguette dit Bazal (1907-2002), sorti en 19746. Nombreux sont les récits qui, comme Bandits à Marseille, évoquent les années 1920-1930 quand ils parlent du milieu marseillais. Mais Jean Bazal a établi la tradition que l’histoire commence avec la bataille pour le contrôle de la prostitution, dans le quartier réservé, des deux bandes des quartiers de Saint-Jean et Saint-Mauront7. Ensuite la traite des Blanches vers l’Amérique latine, présentée comme l’un des « tournants décisifs » de cette histoire, comme son rêve américain : « Amérique rime avec magique », c’est une véritable « odyssée » pour les souteneurs conquérants qui laissent dans les « Vieux-Quartiers » « les casaniers, les timorés, les gagne-petit, que les vagues de plus en plus répétées d’arrestations et de contrôles contraignent à vivre cachés pour vivre heureux de leur médiocrité ». Une foule pittoresque d’audacieux aventuriers défile : Antoine le Zouave, François Albertini le Fou, « Doumé Padovani, Binoclard, Machinette, Patate, le Gros Chiché », ou encore Sauveur le Noir et ses succès à Cuba, à Porto Rico, au Mexique, à Barcelone, avant que sa trace ne soit perdue : « Les uns racontent qu’il a monté un “saloon” dans le Grand Nord canadien. Les autres assurent qu’il tient une maison de jeux à Shang-Haï », avant de se faire « descendre dans le Barrio Chino à Barcelone8 ». L’accumulation de parcours héroïques et parfois tragiques forme une épopée dont les acteurs sont des souteneurs corso-marseillais aux allures de self-made-men9.

  • 10 Adam McKeown estime que 56 millions d’Européens ont en effet rejoint les Amériques entre 1840 et 19 (...)
  • 11 Millot 2025.

4Cette success story est bâtie sur un ensemble de facteurs qui ont été favorables à la globalisation du marché du sexe tarifé manifestée par une intense circulation internationale de prostituées, souteneurs, proxénètes, gérants, propriétaires d’établissements et intermédiaires. La fin du xixe siècle a vu l’augmentation massive des circulations internationales, favorisées par la révolution des transports, l’établissement de lignes intercontinentales régulières assurées par de grandes compagnies de navigation, l’attractivité du continent américain et des colonies pour les travailleuses et travailleurs pauvres d’Europe et d’Asie et leur espoir d’y trouver une vie meilleure10. Le secteur du sexe tarifé a profité du sex ratio déséquilibré dans les sociétés d’outre-mer économiquement dynamiques. Aux Amériques, le succès du « sexe à la française » a été favorable aux proxénètes et prostituées françaises, de sorte que l’Hexagone, pays d’immigration à contre-courant de ses voisins du fait de son faible excédent démographique, a exporté beaucoup de proxénètes et de prostituées, vers des destinations variant selon les possibilités d’entreprendre qu’offraient les législations nationales11. Nous voudrions toutefois montrer ici quels biais sous-tendent ce qu’on peut qualifier de grand récit de la traite.

  • 12 Bazal 1990, p. 270.
  • 13 Bazal, Mezerette 1949-1950.
  • 14 Paoleschi 1979 ; Paoleschi 1987.
  • 15 Ainsi la série Fred Rocroy, dont trois romans édités dans la collection Le Masque ; Le Corse, en co (...)
  • 16 Bazal 1989 ; Bazal 2006.
  • 17 Picant 1988 prend le parti de débuter après la Première Guerre mondiale, comme bien d’autres.
  • 18 Colombani 1985.
  • 19 Pierrat 2003 ; Auda 2005, p. 31 et 97.
  • 20 Huc 2024.
  • 21 Pierrat 2003, p. 61.
  • 22 Huc 2024.

5Jean Bazal a été un écrivain prolifique. Journaliste fait-diversier, à Paris dans les années 1930, puis à Marseille, où il s’est établi en 194012. Il a joué un rôle clé dans la fabrique du mythe du célèbre truand Paul Carbone13. Dans les années 1970 il a mis par écrit le récit de vie de Marie Paoleschi, dont le mari, Dominique, était une personnalité du milieu local. Elle est une des rares ex‑prostituées à avoir décrit l’industrie du sexe avant la guerre et ce qu’a pu être une carrière internationale14. Bazal a écrit plusieurs livres documentaires, sur l’histoire du milieu et le monde de la prostitution. Il les a combinés entre eux et exploités dans une veine romanesque15. Le Clan des Marseillais, publié en version augmentée en 1989 puis réédité, est devenu une référence16. En 1980, Claude Picant le cite dans sa Guerre des Truands17. Le journaliste Roger Colombani l’utilise pour étoffer une série de chroniques présentées sur Radio Monte-Carlo. Il y fait référence dans le livre qu’il en tire en 1985, Flics et voyous18. C’est le cas aussi de Jérôme Pierrat, dans son Histoire du milieu parue en 2003. Dans les premiers travaux d’historiennes et historiens, sur les mondes du crime longtemps délaissés par la discipline, il se trouve aussi19, de même que dans la bibliographie de Marseille interdite de Martin Huc, paru en 2024, un livre remarqué sur le quartier réservé qui hybride histoire académique et récit de bas-fonds20. Il est intéressant de voir que Jérôme Pierrat puis Martin Huc affirment comme Bazal que la traite des Blanches des débuts du xxe siècle a représenté un jalon fondamental pour la croissance du milieu français. Jérôme Pierrat a écrit que ces « hommes, qu’on appellera désormais les Voyageurs, vont faire la fortune du Milieu21 », et Martin Huc que c’est la traite des Blanches qui permet au milieu français sa « puissance financière et ses connexions internationales22 ».

  • 23 Bazal 1974, p. 27‑28.
  • 24 Bazal 1990, p. 272‑273.
  • 25 On s’inspire là de Karila-Cohen 2010, p. 118 et 121.
  • 26 Kalifa 2013.
  • 27 Pierrat 2003, p. 63.

6Certes, des évolutions se dessinent dans ce courant éditorial, à mesure que le début du xxe siècle s’éloigne dans le temps. Il quitte le domaine du témoignage et de la mémoire, pour rejoindre celui de l’histoire. Jean Bazal, né en 1902, avait fait ses premières armes dans le journalisme à Paris dans les années 1930. Il était donc légitime à affirmer avoir étudié « dans la rue, dans les bars et aussi dans le sang » le « processus d’évolution du Milieu. Pas à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines », soulignait‑il d’ailleurs, lui qui avait étudié le droit, ajoutant s’être fondé sur « les récits et les anecdotes, les enquêtes et les confidences, les reportages et les observations », à Marseille connue comme « [sa] poche », où il avait « d’excellents informateurs23 ». Dans les années 1990, Jérôme Pierrat écrivait que « l’histoire de la voyoucratie est avant tout orale ». Sur les années 1900, il était impossible d’interroger des témoins, cependant, il restait sans doute des mémoires vives. Ainsi, dans Le Milieu and Co, Bazal a‑t‑il affirmé que les « exploits » des traitants tiraient « encore des larmes aux derniers survivants de l’époque héroïque » lorsqu’ils se « [retrouvaient] pour jouer au jaquet dans un bar du Quai du Port24 ». Mais pour traiter des années 1880-1910 dans Marseille interdite, paru en 2024, Martin Huc a mené une authentique enquête d’historien, fondée sur des sources scrupuleusement listées. Cependant la matrice bazalienne pèse encore sur cette littérature, par « l’ordre rituel » et plus encore par une marque relevant d’une « emprise des formes25 ». C’est d’abord une question de genre (littéraire). Ces livres partagent des réflexes codifiés par le journalisme de l’entre-deux‑guerres, narratif et à sensation, héritier lui‑même, pour ces sujets, des mises en scène et en texte des bas‑fonds du xixe siècle, bien étudiées par Dominique Kalifa26. Parmi les passages obligés, il faut citer la galerie de portraits d’hommes aux sobriquets évocateurs, les compilations de trajectoires, et, hormis dans le récit de vie de Marie Paoleschi, l’objectification voire la déshumanisation des prostituées. On trouve chez Bazal, Pierrat puis Huc des expressions telles que le « pain de fesses », « l’écurie », le « colis », et l’idée qu’une femme « dressée » fait une « gagneuse27 ».

  • 28 Boucharenc 2004 ; Montel 2024, p. 293‑369.
  • 29 Kalifa 2016.
  • 30 Londres 1927. L’expression « le chemin de Buenos Aires » est employée par exemple par Pierrat 2003, (...)
  • 31 Montel 2024, p. 293‑369 ; Ehrenberg 1988.

7Jean Bazal n’est pas un cas isolé, mais le représentant d’une génération de journalistes faits-diversiers qui ont débuté avant-guerre à Police Magazine et Détective, devant leurs succès à des récits d’enquêtes et d’explorations des bas‑fonds, de la pègre et du milieu28. Le grand récit de la traite popularisé dans les années 1970 projette en fait sur les années 1900, et fossilise, des représentations forgées dans l’entre-deux‑guerres. Alors, l’émergence du milieu s’est accompagnée d’une mise en histoire idéalisée et nostalgique de la pègre des années 1900, en concordance avec le mythe naissant de la « Belle Époque29 ». L’emprise de cette période est visible à la polarisation de Bazal sur Buenos Aires, qui, par‑delà la réalité reconnue par l’histoire de cette destination, tient à l’enquête incontournable du célèbre Albert Londres, parue en 1927 sous le titre Le Chemin de Buenos Aires et traduite en plusieurs langues : le chapitre iii du Clan des Marseillais, intitulé « Le chemin des Amériques », s’y réfère. Néanmoins Londres donnait la parole aux femmes30. À l’exception de Marie La Jolie, les livres de Bazal sont empreints du virilisme qui domine le grand reportage, écrit par des hommes pour un lectorat masculin, affirmant en creux, quand le sujet est la prostitution, un besoin de domination renforcé par la libération des femmes, plus encore en contexte de crise économique : des traits marquants des années 1970, considérant les progrès du féminisme post-1968 et la récession consécutive aux chocs pétroliers, que l’on observe aussi pour les années 1930. Un même effet de catharsis est engendré par l’exposition de ces figures ambivalentes, libres par‑delà la morale, les lois et les frontières, cumulant les richesses mais exposées à la mort violente31. Quant à la mise en scène favorable des proxénètes et souteneurs originaires de Marseille, il faut certes l’interpréter comme une connivence entre le journaliste et ses « informateurs », mettant celui‑ci en scène comme intermédiaire capable de pénétrer des mondes secrets. Mais l’absence de discours sur les controverses morales relatives au sexe tarifé, comme de mise en contexte attentive aux pays d’accueil, inscrit ces récits dans un cadre francocentré marqué par l’attachement au réglementarisme, et quelque peu postcolonialiste. Ils évacuent notamment la psychose de la traite des Blanches, dont l’impact médiatique, social et culturel a pourtant été tel qu’il a certainement œuvré pour faire de la traite la représentante exclusive des activités illicites internationales de cette période, sinon l’expérience internationale fondatrice du milieu, marseillais ou français.

Circulations transnationales marseillaises à surveiller, par‑delà la traite

  • 32 Le Petit Marseillais, 17 février 1887. Recherche de l’expression « traite des Blanches » dans les n (...)
  • 33 Camiscioli 2024, p. 20‑44.

8Entre 1880 et 1914, l’expression « traite des Blanches » apparaît 128 fois dans Le Petit Marseillais, premier quotidien local en termes de tirage, dans des faits divers ou pour annoncer la tenue de conférences et de réunions, les actions d’organisations charitables, des déclarations politiques, diplomatiques, ou des publications. C’est peu, rapporté à tous les numéros publiés durant toutes ces années par ce quotidien, mais c’est un indice parmi d’autres de la vitalité de ce sujet de société, à propos duquel on pouvait lire, par exemple, le 17 février 1887 : « La traite des Blanches se pratique toujours sur une assez vaste échelle, mais la justice l’enraye rigoureusement quand elle en est informée », au sujet de quatre Catalanes mineures, qu’un Espagnol désormais « sous les verrous » avait conduites à Marseille, pour les emmener par tromperie à Sousse, où il « comptait les placer dans une maison interlope32 ». On aura reconnu une déclinaison du « récit mélodramatique de la traite », qui a fait irruption en Angleterre puis en Europe de l’Ouest au début des années 1880, dans des réseaux féministes et plus souvent dans ceux de la réforme morale, avant de se transformer en cause transnationale discutée en congrès visant à coordonner l’action internationale contre la mondialisation du sexe tarifé. La traite des Blanches a servi la cause des abolitionnistes cherchant à faire disparaître la prostitution encadrée par la puissance publique. Initié à Paris au début du xixe siècle, ce système s’est déployé ailleurs en France, à Marseille dès 1821, puis dans le monde, notamment en Europe centrale et orientale, sur le pourtour méditerranéen, en Amérique latine, dans les colonies. L’Angleterre, en pointe dans le combat abolitionniste, a maintenu l’encadrement des maisons closes dans son empire, pour garantir la santé de ses ressortissants, de ses soldats33.

  • 34 Les décrets d’application de la loi de 1903 paraissent en février 1905 seulement.
  • 35 Les décrets d’application de ces dispositions ne sont promulgués qu’en février 1905.
  • 36 Voir par exemple dans La Petite République, 30 mai 1904, p. 4. Selon Quincy-Lefebvre 2011, la loi d (...)
  • 37 Millot 2025, p. 96.
  • 38 Chaumont 2008.
  • 39 On observe la même posture en France face à la prohibition états-unienne, dans les années 1920 : Mo (...)
  • 40 Boudard 1986 ; Bazal 1980.

9L’action des abolitionnistes a permis la réunion de congrès, notamment à Londres en 1899, à Paris en 1902 puis 1910, qui ont fait lentement augmenter la pression sur les prostituées et les proxénètes désireux de s’expatrier. La France, qui avait renforcé son arsenal pénal en 1885 avec le délit de « vagabondage spécial », punit par la loi du 3 avril 1903 l’embauchage de mineures en vue de la prostitution et de femmes majeures si c’est par tromperie ou contrainte34. Est conclu à Paris, en 1904, l’arrangement international visant une « protection efficace contre le trafic connu sous le nom de “Traite des Blanches35” ». Il vise à entraver le trafic par le déploiement de méthodes d’identification, traçage, surveillance et rapatriement dans les États signataires. L’article 2 engage les gouvernements à « surveiller les gares, les ports d’embarquement » pour empêcher les femmes concernées de partir, ou au moins « signaler les auteurs et les victimes de ce trafic aux autorités du lieu de destination ainsi qu’aux agents diplomatiques ou consulaires », ce qui concerne donc, entre autres ports de transit passager, Marseille36. En 1910 enfin est signée la première convention internationale37. Mais en ces matières, la France freine plus le mouvement qu’elle ne l’accompagne. Ses représentants mettent en doute le fait que le réglementarisme favorise la traite, un point de vue qui n’est encore qu’une « opinion discutable38 ». On défend en France le réglementarisme au nom de l’hygiénisme et les plaisirs à la française contre la pudibonderie anglosaxonne. Aux entraves à la circulation des proxénètes et prostituées, consenties en cas de malhonnêteté ou minorité d’âge, sont opposées les libertés de circulation et de sexualité39. Il existe une certaine gauloiserie, sinon un regret du système français, dans le journalisme fin xxnostalgique des maisons closes abolies en 1946, comme dans celui qui célèbre la traite40.

  • 41 Fuhrmann 2010.
  • 42 Bazal 1974. Cette représentation forgée dans l’entre-deux‑guerres d’une « guerre raciale » remporté (...)

10Outre la pression abolitionniste, ces récits ignorent les critiques grandissantes opposées dans les pays de destination aux prostituées et aux proxénètes français (ou plus largement européens), dénoncés comme des agents de désordre moral, de dangereux Apaches, des menaces pour l’intégrité nationale. Ce changement de vue s’articule aux Amériques avec un durcissement des règles en matière d’immigration, la stigmatisation des traitants européens servant d’épouvantail. À Cuba, au Mexique, en Argentine, en Égypte ou dans l’Empire ottoman, il apparaît aussi que le rejet des souteneurs et prostituées d’Europe s’articule à la montée d’un nationalisme émancipateur41. Renforcer les contrôles ou décider de leur expulsion participe au processus d’empowerment. Parce qu’il est francocentré, voire même ancré dans la « petite patrie » marseillaise, ces circonstances sont invisibles dans le grand récit de la traite, qui, à ses origines, dans les années 1970, est en outre marqué par la persistance symbolique de l’Empire perdu. Jean Bazal identifie les traitants positivement à des « conquistadors », des « Christophe Colomb des temps modernes », lui qui relate aussi comment, une fois rétablie la paix en Europe, en 1918, les souteneurs « blancs » revenus du front ont rétabli l’ordre racial des bas‑fonds en refoulant les « noirs » qui en leur absence, y avaient pris leurs marques42.

  • 43 Kalifa 2013 ; Letourneux 2014 ; Thérenty (éd.), 2013.
  • 44 Cailloux 2017, p. 111‑122.
  • 45 Caty, Richard 1991, p. 84 ; Regnard 2018, p. 90.
  • 46 Regnard 2018, p. 99.
  • 47 Bosq, Henri 1882, p. 255‑264 ; Montel 2024, p. 200‑243.
  • 48 Montel 2013.

11Le grand récit de la traite prend enfin à revers la réputation de Marseille, comme ville coupe-gorge, envahie par la violence et le crime, dans les années 1900. Différents facteurs se conjuguent pour expliquer cette mutation de l’image de la ville sans laquelle d’ailleurs le milieu marseillais ne serait pas tant populaire, encore aujourd’hui. En toile de fond on trouve la montée, en Europe aussi, des nationalismes et de la xénophobie, entraînant, par exemple en France, une augmentation des tensions entre Français et étrangers, sur fond de crise économique, et la criminalisation des étrangers. Comme l’a montré Dominique Kalifa, les peurs sociales des bourgeoisies du xixe siècle se manifestent dans l’imaginaire des bas‑fonds, dans la littérature, les faits divers et les enquêtes sociales. Misère et immoralité se mêlent à l’insalubrité des vieux quartiers des villes et des prisons, pour former des foyers sanitaires, politiques et sociaux menaçants où règnent crime et prostitution. Ces représentations d’abord spécifiques aux capitales occidentales circulent dans les empires coloniaux, traversent l’Atlantique, gagnent les villes petites et moyennes et, à partir des années 1880, les ports43. Terreaux propices aux faunes cosmopolites de par leurs fonctions de transit, militaires, migratoires et populaires, ils sont plus concernés encore lorsqu’ils présentent un profil industriel44. C’est le cas de Marseille, grande ville d’industrie et de commerce, possédant un grand port de transit. Son trafic passager quintuple en effet entre 1875 et 1914 : 30 000 départs d’émigrants sont comptabilisés en 1887 et 91 000 en 1894, pour plus de 100 000 arrivées45. Si l’activité du port s’accroît moins qu’à Anvers, Hambourg et Gênes, il reste le premier de France. En outre la ville compte une population étrangère principalement italienne qui passe d’environ 60 000 à 122 000 personnes entre 1876 et 1913 pour 360 000 puis 550 000 habitants (1876-1911) dans une France où le pourcentage d’étrangers est en moyenne de 2,8 % en 191146. Dans ces conditions, même si certaines fictions dessinent, dans les replis secrets de la vieille ville, des bas‑fonds s’ouvrant sur des orients désirables, récits et faits divers montrent plutôt un cosmopolitisme dérangeant, fascinant mais menaçant, où la misère côtoie la violence et où se mêlent toutes les « races47 ». S’y ajoute encore dans la pensée racialiste du moment la peur d’une dégénérescence due au mélange favorisé par le brassage méditerranéen, par rabaissement des « races » méridionales par rapport à celles d’Europe du Nord, et des « races » orientales par rapport à celles de l’Ouest48.

  • 49 Hypothèse qui demanderait d’être mesurée avec précision.
  • 50 Kalifa 2014.
  • 51 Le Figaro, 9 septembre 1869.
  • 52 Kalifa 2014.

12À la fin du siècle, les foyers de menaces des bas‑fonds intérieurs à la nation prédominent49. Cependant malfaiteurs et bandes internationales incarnent la désaffiliation nationale, cartographiant des « bas‑fonds internationaux » reliant en particulier des grandes villes et des ports. Un préjugé de classe positif les dote souvent d’une aisance sociale et de compétences sophistiquées qui les surclassent relativement à la pègre des bas‑fonds, ce pour quoi ils peuvent engendrer une forme d’admiration comme les voleurs de « haut‑vol » dans ces mêmes années50. Pour autant cette dénommée « haute pègre » est vite référée à l’ancien monde élitaire aristocratique, suggérant sa coupure d’avec la République et la démocratie. Ainsi Théodore de Neuhoff, ancien lieutenant de cavalerie criblé de dettes dont on remarquera la particule, qui « se mit à voyager en Europe, poursuivant la fortune et ne l’attrapant guère » et « eut successivement conquis et usé l’amitié de tous les illustres aventuriers du temps, Goertz, Law, Alberoni, Ragotzki, le comte de Bonneval – toute cette bizarre haute pègre qui régnait à La Haye, à Paris, à Madrid, à Constantinople51 ». Moins aisés, ou s’ils cumulent les discrédits de « race » et de classe, comme les Tziganes, les bohémiens, ou les « malfaiteurs » venus de l’étranger, les trafiquants internationaux suscitent plus de préventions encore52. Le 25 décembre 1886, Le Petit Marseillais relate le parcours d’un dénommé Albert Meurisse, condamné par le tribunal correctionnel après une série de « vols audacieux ». Ce Lillois d’origine, âgé de 27 ans, a commis deux vols dans le nord de la France, dont un de 15 000 francs au préjudice de la Trésorerie générale, puis il s’est enfui en Belgique. Engagé volontaire dans l’armée néerlandaise, il aurait fait les poches de ses camarades, puis à Clermont-Ferrand, devenu pisteur, dépouillé un touriste anglais. Le fait-diversier, qui le qualifie de digne « chevalier de la haute pègre », écrit : « Marseille devait naturellement tenter cet aventurier habile. »

  • 53 Montel 2013.
  • 54 Montel 2013.

13La ville-port de Marseille, creuset cosmopolite, cité industrielle et ouvrière gagnée aux idées socialistes, port de transit relié par la Méditerranée à l’Afrique du Nord, au Moyen-Orient et à l’Asie, devient au début du xxe siècle un foyer menaçant la puissance de la nation, dans les milieux nationalistes et même parmi les républicains d’ordre53. Quand les radicaux-socialistes accèdent au pouvoir dans les années 1900, ils s’emparent du sujet sous la pression de l’opinion, alors que sévit une crise d’insécurité nationale fondée sur la peur des bandes itinérantes dans les campagnes, et sur celle des Apaches dans les villes, appelés à Marseille nervis54. Le pouvoir apporte une réponse répressive et en particulier policière. Étant donné l’importance des enquêtes et de la surveillance policière dans la formation du matériau disponible aujourd’hui pour faire l’étude des circulations illicites transnationales, on l’évoquera ci‑après, avant de tracer des perspectives d’études pour ces circulations, telles qu’on peut les observer depuis Marseille, des circulations qui, comme le montrent les exemples ci‑dessus, ne se limitent évidemment pas au domaine du sexe tarifé.

Circulations et trafics trans- et internationaux à la fin du xixe siècle : enquêtes marseillaises à déjouer et poursuivre

  • 55 Strauss 1898, p. 147‑148.
  • 56 Chanot au préfet des Bouches-du‑Rhône, le 20 avril 1905, Archives départementales des Bouches-du‑Rh (...)
  • 57 La République Française, 11 septembre 1907, p. 2.

14En vertu de la loi municipale de 1884, les pouvoirs de police sont dans les communes entre les mains des maires, sauf à Paris et Lyon, où ils se trouvent entre celles des préfets. L’autonomie s’exerce ailleurs sous contrôle du ministère de l’Intérieur, au travers de la tutelle préfectorale, l’Intérieur pouvant abonder au budget municipal en matière policière si nécessaire et avec l’aval du Parlement. C’est le cas à Marseille, où l’on trouve des demandes de soutien étatique policier depuis les années 1860, en lien avec l’étatisation de la police de Lyon, perçue dans certaines circonstances comme un injuste privilège. À partir des années 1890 la demande d’extension à Marseille d’un tel statut revient plus fortement, face aux peurs que provoque une police municipale entre les mains du socialiste Siméon Flaissières, maire de 1892 à 1902. En 1898, dans sa thèse de droit, l’avocat Albert Strauss, qui regrette le « manque de cohésion de la police » française, se demande « pourquoi si une police d’État est nécessaire à Lyon, elle n’est pas utile à Marseille qui est une ville d’une population presque aussi importante, et dont l’élément flottant est beaucoup plus considérable, surtout plus dangereux, composée en majeure partie d’étrangers55 ». À Marseille même, lorsque les autorités réclament une augmentation de la participation financière de l’État au budget municipal de la police, c’est en s’appuyant sur un argumentaire portant sur la taille de la ville, la puissance nationale du port, sa situation stratégique de porte de l’Empire ouverte sur le monde et les dangers qui menacent à la frontière de la Méditerranée. Ainsi s’exprime, par exemple, le maire conservateur Jean-Baptiste Amable Chanot, lorsqu’il demande, en 1905, un soutien renforcé de l’État : Marseille « premier port de France », « rendez‑vous d’un nombre énorme d’étrangers de tous points du monde, qu’il faut surveiller et contrôler », « porte d’entrée de la France pour les pays bordant la Méditerranée et pour ceux de l’Orient a droit à toute la sollicitude du gouvernement ». Il faut « empêcher l’infiltration des éléments dont il est parlé plus haut56 ». La dangerosité de l’immigration lui fait aussi dire en 1907, alors que le projet d’étatisation est à l’étude, qu’il trouverait légitime « une loi semblable à celle votée aux États‑Unis, qui investit la police spéciale de la sûreté d’un contrôle rigoureux à l’arrivée des navires et des trains en provenance de l’étranger57 ».

  • 58 López 2009 ; AD13, 4 M 9.
  • 59 Projet de loi tendant à instituer la police d’État, AD13, 4 M 9.
  • 60 Bartolotti, Regnard 2024, p. 118.

15Il y a des décalages entre la mobilisation discursive des menaces transnationales, dans le sens des arrivées, du reste, et les réformes policières réalisées dans les années 1900. La mobilité des « malfaiteurs » non limitée par les découpages administratifs policiers préoccupe certes jusqu’au Parlement. Elle explique la création en 1907 de douze brigades régionales de police mobile. La juridiction de la 9e implantée à Marseille s’étend aux ressorts des trois cours d’appel d’Aix, Nîmes et Montpellier58. Cette police judiciaire a plus de liberté d’action que la Sûreté marseillaise. Néanmoins, elle est pensée pour agir dans la nation et n’a pas comme mission la surveillance des frontières. En 1908, l’étatisation de la police marseillaise présentée comme nécessaire en particulier du fait de l’identité de ville-frontière sur la Méditerranée, vise surtout à renforcer la sécurité dans la ville, en ciblant explicitement la « population cosmopolite », son « large élément exotique » auquel se mêlent « quantité de gens sans aveu ayant eu maille à partir avec la justice de leur pays59 ». Comme l’ont écrit Fabien Bartolotti et Céline Regnard, le port de Marseille a fait l’objet de nombreux travaux d’histoire économique et culturelle, mais un déficit existe quant à l’histoire sociale en son sein, et plus encore quant aux « flux humains » qui l’ont traversé60. Sur ce dernier point, les silences de l’histoire ne sont pas sans correspondance avec l’univers mental des serviteurs de l’État, potentiels concepteurs de dispositifs de surveillance et répression, et aussi de la plupart des archives publiques sur les bandes criminelles, locales ou internationales, à la fin du xixe siècle.

  • 61 Journal des commissaires de police 1861, p. 205‑227. Cette division est tributaire de la séparation (...)
  • 62 Rougé 1935, p. 174.
  • 63 Regnard 2018, p. 94.
  • 64 Montel 2018.
  • 65 Millot 2024, p. 96.

16La sécurité des flux émerge au début du xxe siècle à Marseille comme une nouvelle cible policière, mais plutôt concernant les biens. En matière de circulations humaines, il existe depuis 1855, écrivent les historiens du maintien de l’ordre, une police qualifiée de « spéciale » chargée de surveillance dans les gares et les ports et, plus amplement ensuite, de la surveillance politique de l’esprit public. Comme la police mobile par après, elle dépend directement du ministère de l’Intérieur. Les spécialistes des migrations suggèrent de leur côté une autre naissance : la fondation, aussi en 1855, d’un premier service de l’émigration. Établi alors au Havre, à Paris et Cherbourg, il a vocation à être représenté, partout où le besoin s’en fait sentir, par des commissariats spéciaux en vertu du décret du 15 mars 1861 : tel est le cas à Marseille, dès cette décennie d’après la presse numérisée61. À partir de 1905, ce service échange avec le Contrôle général, les consulats français à l’étranger et le préfet, sur des affaires de traite, signe qu’il lui incombe la responsabilité d’appliquer à Marseille l’arrangement de 190462. Sauf preuve du contraire, cette tâche a été absorbée sans augmentation de moyens, or ceux‑ci sont limités : en 1900, la police spéciale se résume à deux commissaires et un inspecteur63. De 1899 à 1904, il lui avait bien été adjoint une « brigade des quais » sur décision des autorités politiques et financement de la Chambre de commerce, mais ces moyens visaient à sécuriser le transit portuaire des marchandises, sujet plus crucial pour les opérateurs économiques que la traite64. C’est seulement en 1910 qu’est organisé, au Contrôle général des recherches judiciaires du ministère de l’Intérieur, un « service de surveillance et de répression de la traite65 ». La France semble s’activer avec lenteur à opérer des réformes structurelles. Il faudrait mesurer son engagement budgétaire. La traite des Blanches, qui suscite alors controverses et émotions, produit des dossiers, des archives de police, singularisés dans les inventaires des dépôts publics. Mais à Marseille avant les années 1930, ces fonds sont, par exemple, beaucoup moins touffus que ceux relatifs au trafic local, autorisé et clandestin, de la prostitution. On retient surtout la liasse 4 M 897. À sa lecture, on peine à retrouver la sulfureuse réputation de Marseille comme port principal de la traite.

  • 66 Regnard 2018.
  • 67 Camiscioli 2024, p. 20‑44 et 122‑156 ; Regnard 2018, p. 98‑102.
  • 68 On suit ici les analyses de Pierre Karila-Cohen (notamment Karila-Cohen 2010, p. 123).
  • 69 AD13, 4 M 897.
  • 70 Dépêche du Contrôle général des recherches judiciaires, printemps 1910, AD13, 4 M 897.
  • 71 Le Petit Provençal, 10 septembre 1905.
  • 72 Fuhrmann 2010.

17En France, pays de transit non encore concerné par une immigration de masse, les techniques et les moyens de contrôle des flux de passagers sont rudimentaires, comme Céline Regnard l’a montré en comparant avec le cas de New York à la même époque66. Face aux hommes et femmes de la traite qui s’emploient à contourner les obstacles dressés devant leurs mobilités, les services semblent d’abord collecter, recouper et partager des informations67. Toute réussite conforme aux attentes de la hiérarchie, ou peut‑être à celles des fonctionnaires eux‑mêmes, est dès lors bonne à dire68. La liasse 4 M 897 contient un extrait de compte rendu d’audience sur Léon Lazar et Joseph Grimberg, deux marchands ambulants d’Autriche et Roumanie, condamnés en 1905, l’un à deux ans d’emprisonnement, 1000 francs d’amende, et l’autre à 500 francs d’amende, soupçonnés d’avoir projeté d’envoyer en bordel, à Rio de Janeiro, la nièce de Lazar, Gusta Fischler, mineure de 18 ans69. Lazar est « signalé comme étant en relations avec tous les pourvoyeurs de maisons de prostitution » : l’information, soulignée dans le texte, a été transmise par le parquet au préfet, puis probablement à la Sûreté générale, qui cinq ans plus tard signale en retour le dénommé Jacob Schild, arrêté par l’Office central pour la répression de la traite des Blanches de Vienne en possession de « papiers » l’indiquant en relation avec ledit Lazar, dont la carrière ne semble donc pas s’être interrompue70. Sur le moment, l’affaire avait été rapportée dans la presse, heureuse de pouvoir célébrer la réussite de la Sûreté marseillaise. Mais sur les sept « trafiquants de chair humaine » appréhendés, cinq avaient été relaxés, les « malheureuses femmes » majeures ayant affirmé avec force ne pas être contraintes d’aller en Amérique mais s’y rendre « de leur propre initiative », le rédacteur de l’article soupçonnant ces déclarations faites sous la menace71. Au sujet de la jeune Fischler, originaire de la région de Kolomya, en Galicie, Lazar faisait état d’une famille en grande précarité. De fait, cette région pauvre fournissait d’importants contingents de prostituées aux maisons closes de l’Empire ottoman et probablement aussi, comme le suggère cet exemple, à celles des Amériques72.

  • 73 Chaumont 2008 ; Chaumont 2009 ; Chaumont, Machiels (éd.) 2009 ; Chaumont, Rodríguez García, Servais(...)
  • 74 Déposition de Marie Lacombe devant le consul de Bombay, non datée, accompagnant un courrier du mini (...)
  • 75 Déposition d’Émilie Soltis devant le consul général de France à Smyrne, le 12 novembre 1909, AD13, (...)
  • 76 Camiscioli 2024, p. 157‑197.
  • 77 Le Petit Provençal, 14 janvier 1904. AD13, CMA, 2 U 2/379, no 258.
  • 78 AD13, CMA, 2 U 2/379, no 171.
  • 79 AD13, CMA, 2 U 2/379, no 258.
  • 80 AD13, 4 M 898 et 903, maison de tolérance autorisée, 4, rue Dumarsais. Rapport du commissaire des m (...)

18À l’intersection des migrations internationales, du genre et du travail, l’histoire du sexe tarifé a été considérablement renouvelée73. Les archives marseillaises consultées, qui ne représentent qu’une partie du massif, entrent en concordance avec ces travaux attentifs aux motivations et aux interactions des hommes et des femmes engagés dans ces circuits internationaux. Elles montrent des émigrantes et émigrants espérant une meilleure vie et des proxénètes enrichis, dont certains sont corses ou marseillais, signe que le grand récit de la traite n’est pas qu’invention. Marie Lacombe, rapatriée, car syphilitique et phtisique, à Marseille depuis Bombay, après un périple qui, depuis La Havane, Bordeaux, Gênes et Port‑Saïd devait l’amener à Shanghai, décrit Lucien Nodot, son patron, comme « toujours très bien vêtu ; épingle de diamant à la cravate74 », faisant écho à Émilie Soltis présentant Charles Taliana « ordinairement bien vêtu », portant « une chaîne giletière en or75 ». Elisa Camiscioli a bien montré l’aisance de Marius Gramegna, un souteneur marseillais qui a travaillé dans différentes villes outre-Atlantique, dont Cuba et Montevideo, avec ses frères Archangelo et Fortunato (ou Fortuné)76. L’exemple des Gramegna montre ce qu’une recherche fouillée à Marseille peut apporter à l’histoire des trafiquants internationaux du secteur de la prostitution. Fortunato apparaît en 4 M 897 dans le témoignage d’Andrée Julien, retenue par la police en août 1910. Elle décrit la villa familiale dite Panama, située au Roucas Blanc, un quartier nouveau de la ville plutôt prisé. Les archives de la justice et la presse locale révèlent que Marius Gramegna a été acquitté d’un meurtre en janvier 190477, que Fortuné l’est à son tour en novembre 1904, que François Albertini dit le Fou, en couple avec leur sœur, est condamné par contumace78, et Marius ensuite à 20 ans de travaux forcés pour le meurtre d’un dénommé Rizzi : à la suite du crime il s’était réfugié à Barcelone, d’où il avait pu être extradé après avoir purgé une peine dans les prisons espagnoles79. Les archives de la police des mœurs dévoilent quant à elles que des femmes Gramegna ont géré, dans les années 1920-1930, des maisons autorisées dans le quartier de l’Opéra : Elisa Truffa, veuve Gramegna, et Marie Simons, épouse de Fortuné80. Elisa Camiscioli a de son côté pisté les Gramegna dans les archives françaises d’outre‑mer, le Centre des archives diplomatiques de Nantes, la série F7 aux Archives nationales de France, dans les fonds de la SDN. Peut‑être existe‑t‑il des documents sur Marius Gramegna à Barcelone. Il est fascinant de pouvoir collecter ces pièces éparpillées et l’on peut supposer qu’il en existe en d’autres dépôts encore. Pour les identifier à Marseille, il a toutefois fallu explorer des sources moins immédiatement accessibles que celles inventoriées sous l’intitulé « traite ». De plus, ces données ont été découvertes par hasard. Pister des trafiquants particuliers dans les fonds publics en dehors des fichiers nominatifs de suspects est aléatoire et chronophage, surtout dans les documents non-explicitement identifiés dans les inventaires, et lorsqu’on envisage d’aborder d’autres circulations transnationales que celles constitutives de pratiques surveillées ou interdites, telles que la contrebande ou la traite.

  • 81 Montel 2024.
  • 82 Podini 2021.
  • 83 Camiscioli 2024.
  • 84 Arrêt du 16 janvier 1896, AD13, CMA, 2 U 2/367. Pisapia a déjà été condamné en Italie pour contreba (...)
  • 85 Arrêt du 1er juin 1898, AD13, CMA, 2 U 2/371, n187. Marra est condamné à 8 ans de travaux forcés, (...)

19On a mené une recherche non limitée à un seul secteur d’activité imputé aux bandes criminelles, en réalisant une étude longitudinale des crimes et des délits jugés, au moyen de coupes dans les décisions judiciaires des années 1812-1820 aux années 1934-1938, et de sondages dans les dossiers de procédure et les archives policières81. Cette méthode donne à voir les pratiques illégales en fonction de leur place dans la répression pénale et dans les archives policières conservées : d’un côté, les plus nombreuses et courantes, celles que la politique pénale estime prioritaires, de l’autre les vols dans les trains, la prostitution, les jeux et la drogue. Les vols jugés et l’encadrement des maisons closes sont particulièrement mis en relief, mais des trafics sont restés inaperçus, alors même que des recherches ciblées ont par ailleurs montré leur importance et leur intérêt ; ainsi la contrebande d’armes82. Passer de la sorte au crible le contentieux pénal a toutefois montré nombre d’infracteurs inscrivant leurs actes dans le registre des métiers et du travail, ce que confirment les recherches développées sur le secteur du sexe tarifé83. Le vol avec effraction, qui demande parfois des compétences techniques subtiles, comme la frappe de fausse monnaie, relève des métiers manuels ; le placement de prostituées, la vente de substances prohibées, l’émission de fausse monnaie, plutôt du négoce. Dans un faisceau de sources, toutefois minoritaire, apparaissent des déplacements transnationaux parfois constitutifs de l’activité illicite, parfois la précédant ou la suivant, voire encore donnant l’occasion de la réaliser. En 1896, deux Italiens, Desimone et Pisapia, regagnent leur pays « après de fructueuses émissions », Pisapia expliquant même dans une lettre s’être « suffisamment enrichi » : le faux-monnayage a rempli le rôle attendu du travail par les émigrants, mieux peut‑être qu’un emploi licite mais plus risqué84. En 1897, un homme est signalé par un changeur marseillais pour avoir émis des faux billets de banque belges de 100 francs. Il déclare être Gaetano Cacciolo, né au Brésil à Sao Paulo, arrivé la veille à Marseille en provenance de Gênes, à la recherche de son frère, auteur à son encontre de vols et détournements lorsqu’ils étaient à New York. Incapable de dire sur quel vapeur il est rentré en Europe, il est confondu par la police de Naples, qui, destinataire de sa photographie, reconnaît en lui le forçat Domenico Marra, plusieurs fois condamné pour vol et membre d’une association de faux-monnayeurs basée à Naples et Milan85. Pour Marra, le franchissement des frontières est une triple ressource, quoique ce soit finalement un échec : mais ce sont majoritairement des échecs que donnent à voir les archives répressives. Il en use – il n’est pas le seul, du reste – comme échappatoire aux poursuites pénales et aux recherches policières empêchées. Il essaie de bâtir un alibi reposant sur un parcours migratoire, ce qui traduit une relative familiarité au moins imaginaire de ces circulations. Il essaie d’émettre à Marseille des billets belges potentiellement fabriqués en Italie.

  • 86 Par exemple, arrêt du 1er juillet 1881, AD13, CMA, 2 U 2/351, no 250. Une dimension transnationale (...)
  • 87 Arrêt du 2 mai 1889, AD13, CMA, 2 U 2/360, no 87.
  • 88 Étiennette 2021.
  • 89 AD13, 2 U 1/1324.

20En dehors des contrebandes et de la traite, le faux-monnayage est l’activité la plus couramment transnationale à Marseille au xixe siècle, reliant souvent Marseille à Barcelone en Espagne, et à l’Italie86. Sa part dans le contentieux criminel des années 1886-1888, 1895-1897, 1906-1908 (autour de 10 %) suggère son accroissement dans ces années d’intensification des migrations internationales, et donc la pertinence de son étude approfondie pour cette période. Le déploiement transnational des pratiques prédatrices s’observe également. En 1887, trois soustractions de valeurs monétaires, obligations et titres au porteur sont commises à Marseille et Montpellier, l’une s’élevant à une valeur en capital de 100 000 francs. Des titres sont retrouvés à Marseille mais pas la « plupart des valeurs soustraites au sieur Goni », sans doute « vendue à l’étranger », l’instruction en pistant certaines « à Rome, Naples, Trieste, etc.87 ». Un autre exemple de voleur international est le journaliste Périclès Rastopoulos. Après des vols remarqués au cabinet des médailles d’Athènes puis à Paris, il dérobe des œuvres d’art au château Borély et au palais Longchamp. Or, il a aussi été condamné en Suisse à quatre années de prison88. Assez représentatif de ceux que les contemporains pouvaient alors qualifier de voleurs « de haut vol », Rastopoulos présente un profil qui s’écarte des proxénètes de provenance sociale généralement plus populaire. Il est également bien différent, par exemple, du colporteur bolognais Giuseppe Malissardi, recherché en 1855 en Algérie pour vol, association de malfaiteurs et fausse monnaie, arrêté à Bordeaux avec 46 clés et 14 limes achetées à Lyon, en provenance de Marseille. Selon le ministère public, Malissardi « a constamment mené une vie errante. Tantôt à Alexandrie, à Bom, à Alger, à Marseille, à Oran, à Barcelone, à Lyon, il n’a jamais résidé deux mois de suite dans la même ville89 ».

  • 90 Camiscioli 2024, p. 45‑85 ; Kozma 2017, p. 47‑78.
  • 91 Millot 2025, p. 99.
  • 92 Les archives du consulat du Caire au Centre des Archives diplomatiques de Nantes sont malheureuseme (...)
  • 93 Kozma 2017, p. 47‑78. Biancani, 2019 montre que l’attractivité du marché du travail égyptien ne se (...)
  • 94 Peraldi, Bartolotti, 2024 ; Bartolotti, Regnard, 2024.

21La juxtaposition de ces quelques exemples ne suffit pas à faire histoire, mais elle montre la possibilité et l’intérêt d’élargir la focale par‑delà le secteur du sexe tarifé, auquel ne se limitent pas les mobilités illicites transnationales, pour étudier et comparer les profils, les stratégies, les pratiques et l’inventivité des individus dans une visée transversale, ou pour rechercher les connections intersectorielles. Ce florilège invite aussi à détacher le regard de la seule route de Buenos Aires, car se donnent à voir des mobilités intenses dans le bassin Méditerranéen. L’affirmation selon laquelle Marseille a été un grand port pour la traite, en particulier à destination des Amériques, semble s’être imposée dans les années 1920-193090. Liat Kozma rappelle qu’un enquêteur de la SDN y a vu le principal port de départ des femmes à destination de l’Afrique du Nord. Selon Théo Millot, concernant la route vers les Amériques, Marseille était cependant devancée par Boulogne-sur‑Mer, Bordeaux et Le Havre, Barcelone et Gênes constituant d’autres possibilités91. Avant 1914, suivant les archives marseillaises, l’Égypte s’impose comme une destination prisée pour les prostituées françaises. Les gains y étaient réputés élevés92. La prospérité économique du pays, son attractivité touristique, le système des capitulations et le réglementarisme imposé en 1882 y concourraient93. Mais sa récurrence dans les archives policières tient peut‑être aussi à ce qu’il s’agissait d’un pays sous domination britannique, sujet donc à des précautions diplomatiques, à la différence notable des pays voisins, sous domination française, largement absents des archives policières du fait que les circulations prostitutionnelles ne faisaient pas l’objet de la même surveillance, étant exclues des cadres imposés par les conventions internationales. Au terme de cette exploration, qui pourra donner l’impression, somme toute heureuse, qu’il reste beaucoup à découvrir, on ne pourra faire l’économie d’interroger les modalités par lesquelles les flux illicites traversent le port, font seulement escale ou s’articulent à l’économie souterraine locale. Pour ce faire, le port doit être saisi non pas métaphoriquement, mais comme un agencement de territoires traversé de normes et de pratiques, avec ses interactions laborieuses, ses tensions sociales, cela afin de dépasser les affirmations générales reliant par exemple la croissance des trafics interlopes à celle des circulations marchandes et migratoires en général. Attentive aux situations et aux interactions sociales, cette histoire pourra contribuer à ouvrir les domaines historiographiques marseillais prometteurs que sont l’histoire sociale du port à ras du sol et celle des flux humains en transit94.

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Notes

1 Le Petit Provençal, 4 septembre 1899, p. 1.

2 Horn 2011, p. 95‑111 ; Joutard 1984.

3 Dans les pages suivantes nous emploierons le mot « traite » comme c’était le cas pour l’époque considérée sans le cautionner, encore moins bien évidemment dans sa version « raciale » de « traite des Blanches » ou « des blanches ».

4 Daumalin 2021, p. 43‑60 ; Bartolotti, Regnard 2024.

5 Montel 2008.

6 Saccomano 1968 ; Bazal 1974.

7 Repris par Aubry 2005, p. 11 ; Aubry 2013, chapitre 1.

8 Bazal 1974, p. 61‑62.

9 Ces récits sont pétris d’aventure. Sur cette « mystique moderne », voir Venayre 2002. L’aventurier et le truand incarnent cependant deux masculinités marginales différentes, voir Kalifa 2011, Venayre 2011.

10 Adam McKeown estime que 56 millions d’Européens ont en effet rejoint les Amériques entre 1840 et 1940 (McKeown 2004 ; Regnard 2022). En Argentine, la loi Palacios, votée en 1913, provoque le départ de nombreux proxénètes, quand d’autres sont officiellement expulsés, comme le rappelle Millot 2025.

11 Millot 2025.

12 Bazal 1990, p. 270.

13 Bazal, Mezerette 1949-1950.

14 Paoleschi 1979 ; Paoleschi 1987.

15 Ainsi la série Fred Rocroy, dont trois romans édités dans la collection Le Masque ; Le Corse, en collaboration avec Paul-Claude Innocenzi, édité en 1976 chez Olivier Orban (Bazal, Innocenzi 1976), réédité en poche en 1977 ; puis en 1993 (Bazal, Innocenzi 1993), Le Marseillais (Bazal 1991). D’autre part, Jean Bazal est l’auteur d’une histoire de Marseille entre les deux guerres : 1919-1939 (Bazal 1977) et de Marseille galante (Bazal 1980), un livre riche d’illustrations et précurseur sur le quartier réservé.

16 Bazal 1989 ; Bazal 2006.

17 Picant 1988 prend le parti de débuter après la Première Guerre mondiale, comme bien d’autres.

18 Colombani 1985.

19 Pierrat 2003 ; Auda 2005, p. 31 et 97.

20 Huc 2024.

21 Pierrat 2003, p. 61.

22 Huc 2024.

23 Bazal 1974, p. 27‑28.

24 Bazal 1990, p. 272‑273.

25 On s’inspire là de Karila-Cohen 2010, p. 118 et 121.

26 Kalifa 2013.

27 Pierrat 2003, p. 63.

28 Boucharenc 2004 ; Montel 2024, p. 293‑369.

29 Kalifa 2016.

30 Londres 1927. L’expression « le chemin de Buenos Aires » est employée par exemple par Pierrat 2003, p. 64.

31 Montel 2024, p. 293‑369 ; Ehrenberg 1988.

32 Le Petit Marseillais, 17 février 1887. Recherche de l’expression « traite des Blanches » dans les numéros du Petit Marseillais numérisés sur la plateforme www.retronews.fr.

33 Camiscioli 2024, p. 20‑44.

34 Les décrets d’application de la loi de 1903 paraissent en février 1905 seulement.

35 Les décrets d’application de ces dispositions ne sont promulgués qu’en février 1905.

36 Voir par exemple dans La Petite République, 30 mai 1904, p. 4. Selon Quincy-Lefebvre 2011, la loi du 11 avril 1908, qui inaugure une approche protectrice en matière de prostitution des mineures, ne sera jamais appliquée.

37 Millot 2025, p. 96.

38 Chaumont 2008.

39 On observe la même posture en France face à la prohibition états-unienne, dans les années 1920 : Montel 2024, p. 312‑313 ; Camiscioli 2024, p. 20‑44.

40 Boudard 1986 ; Bazal 1980.

41 Fuhrmann 2010.

42 Bazal 1974. Cette représentation forgée dans l’entre-deux‑guerres d’une « guerre raciale » remportée par les corso-marseillais revenus du front, faisant de Marseille un front périlleux, de renversement de l’Empire, a été étudiée dans Pattieu 2009 et Montel 2024, p. 294‑296.

43 Kalifa 2013 ; Letourneux 2014 ; Thérenty (éd.), 2013.

44 Cailloux 2017, p. 111‑122.

45 Caty, Richard 1991, p. 84 ; Regnard 2018, p. 90.

46 Regnard 2018, p. 99.

47 Bosq, Henri 1882, p. 255‑264 ; Montel 2024, p. 200‑243.

48 Montel 2013.

49 Hypothèse qui demanderait d’être mesurée avec précision.

50 Kalifa 2014.

51 Le Figaro, 9 septembre 1869.

52 Kalifa 2014.

53 Montel 2013.

54 Montel 2013.

55 Strauss 1898, p. 147‑148.

56 Chanot au préfet des Bouches-du‑Rhône, le 20 avril 1905, Archives départementales des Bouches-du‑Rhône (désormais cité AD13), 4 M 9.

57 La République Française, 11 septembre 1907, p. 2.

58 López 2009 ; AD13, 4 M 9.

59 Projet de loi tendant à instituer la police d’État, AD13, 4 M 9.

60 Bartolotti, Regnard 2024, p. 118.

61 Journal des commissaires de police 1861, p. 205‑227. Cette division est tributaire de la séparation entre histoire des migrations et histoire du maintien de l’ordre. Sauget 2004 ; Berlière, Vogel 2008 ; Temime 2001 ; Regnard 2018.

62 Rougé 1935, p. 174.

63 Regnard 2018, p. 94.

64 Montel 2018.

65 Millot 2024, p. 96.

66 Regnard 2018.

67 Camiscioli 2024, p. 20‑44 et 122‑156 ; Regnard 2018, p. 98‑102.

68 On suit ici les analyses de Pierre Karila-Cohen (notamment Karila-Cohen 2010, p. 123).

69 AD13, 4 M 897.

70 Dépêche du Contrôle général des recherches judiciaires, printemps 1910, AD13, 4 M 897.

71 Le Petit Provençal, 10 septembre 1905.

72 Fuhrmann 2010.

73 Chaumont 2008 ; Chaumont 2009 ; Chaumont, Machiels (éd.) 2009 ; Chaumont, Rodríguez García, Servais (éd.) 2017 ; Kozma 2017 ; Camiscioli 2024 ; Aprile 2024.

74 Déposition de Marie Lacombe devant le consul de Bombay, non datée, accompagnant un courrier du ministère de l’Intérieur au préfet des Bouches-du‑Rhône, le 28 février 1910, AD13, 4 M 897.

75 Déposition d’Émilie Soltis devant le consul général de France à Smyrne, le 12 novembre 1909, AD13, 4 M 897.

76 Camiscioli 2024, p. 157‑197.

77 Le Petit Provençal, 14 janvier 1904. AD13, CMA, 2 U 2/379, no 258.

78 AD13, CMA, 2 U 2/379, no 171.

79 AD13, CMA, 2 U 2/379, no 258.

80 AD13, 4 M 898 et 903, maison de tolérance autorisée, 4, rue Dumarsais. Rapport du commissaire des mœurs au chef de la sûreté, le 18 novembre 1930. AD13, 4 M 897, rapport du commissaire de la sûreté au commissaire central, le 5 janvier 1932.

81 Montel 2024.

82 Podini 2021.

83 Camiscioli 2024.

84 Arrêt du 16 janvier 1896, AD13, CMA, 2 U 2/367. Pisapia a déjà été condamné en Italie pour contrebande de tabac et en France pour complicité de vol.

85 Arrêt du 1er juin 1898, AD13, CMA, 2 U 2/371, n187. Marra est condamné à 8 ans de travaux forcés, Le Sémaphore de Marseille, 24 juin 1898, p. 2.

86 Par exemple, arrêt du 1er juillet 1881, AD13, CMA, 2 U 2/351, no 250. Une dimension transnationale visible à Istanbul en 1844, dans Aymes 2019.

87 Arrêt du 2 mai 1889, AD13, CMA, 2 U 2/360, no 87.

88 Étiennette 2021.

89 AD13, 2 U 1/1324.

90 Camiscioli 2024, p. 45‑85 ; Kozma 2017, p. 47‑78.

91 Millot 2025, p. 99.

92 Les archives du consulat du Caire au Centre des Archives diplomatiques de Nantes sont malheureusement inaccessibles par prévention du risque lié à la présence potentielle d’amiante (novembre 2024).

93 Kozma 2017, p. 47‑78. Biancani, 2019 montre que l’attractivité du marché du travail égyptien ne se limitait pas au secteur de la prostitution, mais touchait aussi celui de la domesticité.

94 Peraldi, Bartolotti, 2024 ; Bartolotti, Regnard, 2024.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Jules Fonteneau dit Raplot, en maquereau essayant d’atteindre la Corne d’Or, par B. Blache dans Le Petit Provençal, le 4 septembre 1899.
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Pour citer cet article

Référence papier

Laurence Montel, « Saisir les circulations illicites à Marseille au début du xxe siècle »Bulletin de correspondance hellénique moderne et contemporain, 9 | -0001, 25-45.

Référence électronique

Laurence Montel, « Saisir les circulations illicites à Marseille au début du xxe siècle »Bulletin de correspondance hellénique moderne et contemporain [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 24 mai 2026, consulté le 20 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/bchmc/1356 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16bni

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Auteur

Laurence Montel

Université de Poitiers, Criham UR 15507 – Centre de recherches interdisciplinaires en histoire, histoire de l’art et musicologie

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