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Tourisme rural intégré en Basse-Casamance (Sénégal). Survie d’un projet de développement touristique communautaire en contexte de crise(s) ?

Integrated rural tourism in Basse-Casamance (Senegal). Survival of a community-based tourism project in a crisis context?
Annie Ouellet

Résumés

En Basse-Casamance (Sénégal), un projet de tourisme communautaire a été initié au début des années 1970. Nommé « tourisme rural intégré », ce projet a permis l’émergence de campements touristiques, créés et gérés par et pour les villageois. La création de ces campements avait pour principal objectif de favoriser le développement local et de freiner l’exode rural. Néanmoins, si des campements villageois existent encore en Basse-Casamance aujourd’hui, ils ont, depuis le lancement de ce projet, été confrontés à un contexte de crise protéiforme. Aussi, cinquante ans après l’ouverture du tout premier campement villageois intégré, quel bilan peut être fait ? L’article, après avoir décrit l’émergence du tourisme rural intégré en Basse-Casamance, insistera sur les crises auxquelles la région a été confrontée avant d’exposer de quelle manière le rôle initial des campements villageois est aujourd’hui en partie détourné. Notre propos s’appuiera essentiellement sur un travail d’enquête qualitatif (entretiens et observation) entamé en février 2023.

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Texte intégral

Introduction

1Le développement du tourisme dans les Suds est souvent critiqué, étant considéré comme une forme de domination du Nord sur les Suds (Turner, 1976 ; Duterme, 2018), voire de néocolonialisme ou de postcolonialisme (d’Hauteserre, 2004 ; Hall & Tucker, 2004). Parallèlement à ce tourisme perçu comme destructeur, le « tourisme alternatif » fait son apparition dès les années 1950 (Delisle & Jolin, 2007). Cherchant à rompre avec le tourisme dit « de masse », ce dernier peut prendre diverses formes, parmi lesquelles le tourisme équitable, solidaire ou durable (ibid.). Marie-Andrée Delisle et Louis Jolin (2007) proposent une lecture de ces « tourismes alternatifs » en fonction de la perspective adoptée : celle des voyageurs ou celle des communautés réceptives. Nous nous intéressons ici au point de vue de ces dernières. Dans ce second groupe, nous retrouvons entre autres le tourisme enclavé, le tourisme intégré et le tourisme communautaire. Le tourisme « enclavé », dont les resorts et autres comptoirs touristiques sont l’archétype, s’inscrit à l’opposé du tourisme « intégré ». Celui-ci est décrit comme une forme de tourisme permettant de valoriser « les ressources économiques, sociales, culturelles, naturelles et humaines des régions d’accueil » (Marsat et al., 2004). Aussi, le tourisme communautaire peut être considéré comme « l’héritier le plus fidèle du tourisme intégré » (Valayer & Bourboulon, citées par Delisle et Jolin, 2007, p. 51) En effet, le tourisme communautaire place lui aussi les communautés réceptives au centre du processus décisionnel et met l’accent sur la gouvernance participative. La création d’emplois et le fait de générer des revenus font partie des objectifs visés, tout comme le renforcement du sentiment d’appartenance des communautés.

2En ce sens, le projet de « tourisme rural intégré » initié dans les années 1970 en Basse-Casamance (Sénégal) marque l’acte de naissance du tourisme intégré. Tandis que ce projet est porté par et pour les communautés villageoises locales, il peut également relever du tourisme communautaire. Ce projet a essentiellement pris forme via la création de campements villageois, soit des établissements destinés à l’hébergement touristique au sein de villages casamançais et dont la construction et la gestion sont opérées par les habitants. Les premiers touristes ayant été accueillis en 1974, l’année 2024 marque le cinquantième anniversaire du tourisme rural intégré bas-casamançais.

  • 1 Les noms de l’ensemble des personnes rencontrées (en entretien ou lors d’échanges informels) sont m (...)
  • 2 Le village d’Elinkine, en plus de son campement villageois, regroupait (au moment de notre dernier (...)

3Cet article propose un retour sur ce projet souvent cité en exemple des prémices du tourisme communautaire dans les Suds. La littérature sur ce projet, relativement abondante dans les premières décennies (Saglio, 1979, 1985 ; Sene-Diouf, 1982 ; Scibilia, 1986 ; Claerhout-Dubois, 1995 ; Masurier, 1998), se fait plus rare depuis les années 2000 (Principaud, 2010 ; Tendeng & Diombera, 2022 ; Tendeng, 2023). Aussi, celle-ci porte principalement sur ses débuts prometteurs. Pourtant, le conflit casamançais opposant les rebelles indépendantistes du MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance) à l’armée sénégalaise a marqué un coup d’arrêt au développement du tourisme dans la région. Les campements villageois intégrés se sont difficilement relevés à la suite de cette crise. Ainsi, cet article vise principalement à faire le bilan, cinquante ans après l’ouverture du premier campement intégré de Basse-Casamance. Que reste-t-il du projet initial ? Ses objectifs sont-ils toujours atteints ? Quelles sont les motivations des acteurs impliqués à poursuivre ce projet ? Dans l’objectif d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations, nous avons mis en place une approche méthodologique qualitative. Deux séjours de terrain (février-mars 2023 et décembre 2023-janvier 2024) en Basse-Casamance ont été réalisés. Nous avons conduit des entretiens semi-directifs avec les personnes impliquées dans le fonctionnement des campements (membres des conseils d’administration (9), gérants (10), employés (8)). Ces entretiens visaient essentiellement à comprendre le fonctionnement des campements et leur évolution depuis leur création. Quelques entretiens ont aussi pu être réalisés auprès de touristes (5) séjournant dans les campements. Ces entretiens s’attachaient plutôt à comprendre les raisons poussant ces voyageurs à séjourner dans des campements villageois intégrés. Logeant dans les campements durant les séjours de terrain, l’observation participante a aussi été mobilisée, permettant une immersion dans leur fonctionnement quotidien et nous permettant également de compléter les entretiens semi-directifs par de nombreux échanges informels. De plus, des entretiens ont pu être menés auprès des membres de la Fédération des campements villageois (FECAV), du directeur de l’Office de tourisme (OT) de Casamance, de l’inspectrice régionale du tourisme de Ziguinchor et de deux guides touristiques de la région. Enfin, une rencontre collective réunissant huit villageois d’Élinkine a pu être réalisée en janvier 20241. Cette rencontre avait pour objectif principal de saisir les rapports qu’entretiennent les villageois au campement local d’une part et au tourisme et aux touristes de manière plus globale d’autre part2.

4Cet article s’organise en deux temps. Après avoir présenté les origines du projet et la première crise à laquelle la région a été confrontée, nous aborderons la situation actuelle des campements en insistant sur les rôles qu’ils jouent aujourd’hui.

L’expérience du tourisme rural intégré casamançais

  • 3 Si les Diolas représentent environ 4% de la population du Sénégal, il demeure difficile d’obtenir d (...)

5La Basse-Casamance (désignation utilisée par les acteurs du tourisme) correspond à la région administrative de Ziguinchor (fig. 1). Majoritairement peuplée de Diolas3 (Joolas), la Basse-Casamance est une région principalement rurale où la pêche, l’agriculture et le tourisme constituent les trois piliers économiques. Ce dernier secteur s’est d’abord structuré autour du balnéaire. Cette forme de tourisme enclavé ne profitant que très peu aux populations locales, l’idée de développer un tourisme où les voyageurs seraient accueillis au sein même des villages casamançais est apparue au début des années 1970.

Figure 1. Localisation de la région de Ziguinchor au Sénégal.

Figure 1. Localisation de la région de Ziguinchor au Sénégal.

Source : Google Maps

Des débuts prometteurs

  • 4 L’ACCT est une organisation internationale créée en 1970 à Niamey, regroupant des pays francophones (...)
  • 5 Le campement est finalisé à la fin de l’année 1973, mais n’est en mesure d’héberger des premiers cl (...)

6C’est face au constat de la prédominance, dans toute l’Afrique de l’Ouest, d’un tourisme balnéaire déconnecté de l’arrière-pays que l’Agence de Coopération Culturelle et Technique4 (ACCT) met en œuvre un projet de « tourisme de découverte » en 1971. Des circuits découvertes devaient être implantés dans quatre pays, soit au Bénin, au Mali, au Niger et au Sénégal. Néanmoins, le projet ne se concrétisera que dans ce dernier État. Aussi, ce projet de « tourisme de découverte », dont l’appellation sera rapidement remplacée par le « tourisme rural intégré », prendra essentiellement forme via la création de campements touristiques, les circuits ne fonctionnant que ponctuellement. Deux hommes, Christian Saglio (alors conseiller technique au département du tourisme sénégalais) et Adama Goudiaby (alors directeur du centre artisanal de Ziguinchor, la capitale régionale), portent le projet et vont à la rencontre des habitants des communes basse-casamançaises pour leur présenter le projet et les convaincre de l’intérêt de créer un campement villageois. Si les premières rencontres s’avèrent infructueuses (entre autres à Carabane et Niomoune), les habitants d’Élinkine se montrent intéressés et seront donc les premiers à ouvrir un campement villageois intégré en 19735.

7Les campements villageois intégrés sont des structures d’hébergement touristique conçues et gérées par les populations villageoises. Administration et gestion sont opérées, respectivement, par un Conseil d’Administration (C.A.) et un Comité de gestion. Le premier est constitué, a minima, d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire tandis que le second est généralement formé de l’ensemble des employés du campement (avec en tête une personne qui assure la gérance). Contrairement aux campements privés, les décisions concernant le campement sont prises collégialement et surtout, les bénéfices doivent servir à la communauté locale. Les revenus générés par la structure d’hébergement sont, dans la plupart des campements actuels, divisés en trois : une partie est dédiée aux salaires des employés (qui varient donc en fonction de la fréquentation touristique), une partie peut être utilisée pour d’éventuels travaux de rénovation et entretien du campement et une partie revient aux villageois. Selon les cas, cette part versée à la communauté a pu contribuer à la création d’une nouvelle école ou d’une nouvelle classe, à restaurer la maternité, etc. Ce sont les villageois, réunis au moins une fois par an en assemblée, qui décident comment ces fonds seront utilisés. Par ailleurs, les campements villageois visent à favoriser la rencontre entre les touristes et les populations locales. Ils sont fréquemment un lieu de rencontre pour les habitants qui y viennent pour discuter, boire un verre, regarder la télé, etc. Dans son ouvrage de 1986, La Casamance ouvre ses cases, l’autrice et journaliste Muriel Scibilia détaillait le fonctionnement des huit campements qui existaient alors en Casamance (Elinkine, Enampore, Thionck Essyl, Baïla, Coubalan, Affiniam, Abéné et Oussouye), ainsi que les projets réalisés grâce aux bénéfices générés. En plus de la construction ou de travaux de réfection d’équipements collectifs (classes ou écoles, maternités, toilettes publiques, etc.), les bénéfices dégagés par les campements villageois permettent la mise en œuvre de projets de développement économique (apiculture, élevage, artisanat, maraîchage, etc.). Ce faisant, ils contribuent à dynamiser l’économie locale et à permettre à des jeunes de rester vivre et travailler au village.

8Les écrits de Scibilia, de même que ceux de Christian Saglio (1979, 1985), font état de structures qui fonctionnent bien, permettant de mener à terme plusieurs réalisations au sein des villages concernés, certains étant même parfois victimes de leur succès et ayant du mal à accueillir tous les visiteurs souhaitant s’y arrêter. Ils font état d’une réelle participation des villageois, qui choisissent le lieu du campement, réalisent les travaux de construction et en assurent la gestion. Il semble également que les revenus dégagés aient réellement permis d’améliorer les conditions de vie des habitants.

Après le succès, la (première) crise

  • 6 A la suite d’une marche pacifique organisée à Ziguinchor par le MFDC, laquelle a été violemment rép (...)

9Si les premières années du projet des campements villageois intégrés sont couronnées de succès, la situation se dégrade par la suite. Leur fonctionnement sera impacté par le conflit opposant les rebelles indépendantistes du MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance) à l’armée sénégalaise. Si le premier acte remonte à 19826, on observe une intensification du conflit à la fin des années 1980 et une recrudescence des affrontements au début des années 1990 (Bassene, 2015). Entre autres, la disparition de quatre touristes français (dont les corps ne seront jamais retrouvés) en 1995 est un coup dur pour le secteur touristique, tandis que l’essentiel de la clientèle est européenne (Principaud, 2010). Ainsi, le nombre de touristes en Casamance chute, passant de 43 000 en 1991 à 10 000 en 2005 (fig. 2). Même si tous nos interlocuteurs ayant vécu les années du conflit nous répètent que les campements n’ont jamais fermé leurs portes, le nombre de touristes accueillis y est alors dérisoire. A titre d’exemple, le campement d’Enampore reçoit 21 touristes en janvier 2001, soit au plus fort de la saison touristique.

Figure 2. Évolution du nombre de touristes en Casamance de 1991 à 2014 (tiré du tableau proposé par Gueye, 2019).

Figure 2. Évolution du nombre de touristes en Casamance de 1991 à 2014 (tiré du tableau proposé par Gueye, 2019).

Source des données : Office de tourisme de tourisme de Casamance et Inspection régionale du Tourisme

  • 7 Des accords de cessez-le-feu avaient déjà été signés entre le MFDC et l’État sénégalais en 1991 et (...)
  • 8 Des habitants nous on dit que le campement avait été incendié par des rebelles mais cette informati (...)

10Après une dizaine d’années de désertion de la région, les touristes commencent à revenir à la suite de la signature d’un accord de paix en 20047. Mais cette période d’abandon n’a pas été sans conséquences pour les campements. Certains auront été réquisitionnés par l’armée sénégalaise pour servir de camp de base (c’est le cas, entre autres, à Thionck Essyl), tandis que celui de Pointe Saint-Georges a été incendié8. Même pour les campements restés relativement à l’abri du conflit, leur abandon lié à la faible présence touristique a engendré des états de délabrement avancés et des travaux de réfection majeurs ont dû être menés dans la plupart d’entre eux. Entre autres, les toitures en paille devant être restaurées tous les deux ou trois ans, les toits des campements de Kafountine et Elinkine ont dû être entièrement refaits.

Poursuivre l’aventure… pourquoi et comment ?

11En 2024, les campements villageois intégrés en Basse-Casamance sont au nombre de douze (fig. 3). Toutefois, le contexte géographique, l’accessibilité ou encore le niveau de confort sont très hétérogènes d’un campement à l’autre. Certains sont uniquement accessibles par une piste ou en pirogue (par exemple celui d’Affiniam), tandis que d’autres occupent une situation de carrefour (par exemple à Oussouye, situé sur la route reliant Cap Skirring à Ziguinchor). Également, si dans la quasi-totalité des communes le campement villageois constitue le seul hébergement touristique, le campement Sitokoto de Kafountine n’en constitue qu’un parmi la quinzaine de structures touristiques existantes (parmi lesquelles des campements privés, des hôtels, etc.) Aussi, bien que le confort soit réputé spartiate, là encore, l’hétérogénéité prévaut, entre des campements avec ventilateur et salle d’eau privée (parfois avec eau chaude) et d’autres qui ne bénéficient d’aucune de ces commodités (fig. 4).

Figure 3. Localisation des campements villageois intégrés en Basse-Casamance.

Figure 3. Localisation des campements villageois intégrés en Basse-Casamance.

Réalisation : A. Ouellet 2024

Figure 4. En haut : le campement d’Affiniam (vue extérieure et chambre). En bas : le campement de Bandial (vue extérieure, salle d’eau privative, chambre).

Figure 4. En haut : le campement d’Affiniam (vue extérieure et chambre). En bas : le campement de Bandial (vue extérieure, salle d’eau privative, chambre).

Clichés : A. Ouellet, 2023, 2024

Une difficile sortie de crise

12Peu de travaux ont été réalisés sur la période de « sortie de crise ». Aussi, est-il difficile de faire le trait d’union entre la situation plutôt encourageante des années 1970-1980 et la situation actuelle. En effet, notre travail de terrain a débuté en 2023, alors que plusieurs destinations touristiques se remettaient encore difficilement d’une autre crise, planétaire cette fois, celle de la pandémie de Covid-19. De plus, entre le premier et le second séjour de terrain, le Sénégal a été secoué par des émeutes en lien avec la condamnation de l’un des opposants politiques au président Macky Sall (2012-2024), le maire de Ziguinchor (2022-2024) Ousmane Sonko (cf. encadré). Ainsi, bien que nous sachions quand et pourquoi les campements villageois intégrés sont entrés dans une période de crise, il est malaisé de cerner s’ils en sont véritablement sortis un jour. En effet, la situation observée lors de nos séjours de terrain s’avère bien différente de celle décrite dans les années 1980.

  • 9 Le manque de données sur la fréquentation des campements constitue un réel problème. Seul cinq géra (...)
  • 10 En plus des cinq entretiens réalisés avec des touristes, nous avons pu échanger de manière informel (...)

13L’affluence touristique semble aujourd’hui un lointain mirage. A titre d’exemple, le campement de Coubalan cumulait en 2019 (soit avant la pandémie de Covid-19) 274 nuitées, alors que ce nombre était de 939 en 1981 et 1175 en 1982. Celui d’Enampore cumulait 289 nuitées en 2018 et 236 en 2017, contre 1949 en 1982. Pourtant, ces campements sont, avec Kafountine et Elinkine, ceux qui fonctionnent le mieux selon la direction de l’Office de tourisme de Casamance et les guides touristiques rencontrés. Même si les autres campements ne possédaient pas tous des registres dûment complétés9, nous avons, à plusieurs reprises, été la seule « cliente » du campement. Aussi, parmi les quelques touristes rencontrés sur place avec lesquels nous avons pu réaliser un entretien ou nous entretenir de manière informelle, aucun ne savait qu’il se trouvait dans un campement villageois intégré, ni à quoi correspondait ce type d’hébergement10.

  • 11 Extrait d’entretien mené avec un guide touristique à Ziguinchor en mars 2023.
  • 12 Extrait d’entretien mené avec le gérant d’un campement en décembre 2023.
  • 13 Dans la région de Ziguinchor (région administrative correspondant à la Basse-Casamance), 51% de la (...)

14M. Scibilia notait en 1986 que l’appellation « campement » était parfois reprise par des entrepreneurs privés, mais que ces derniers avaient plutôt un impact négatif sur les campements villageois intégrés puisqu’étant parfois en mauvais état et « mal tenus ». Des guides touristiques mentionnent une situation inverse aujourd’hui. En effet, l’un d’entre eux souligne en entretien que « souvent les touristes préfèrent les campements privés parce qu’ils sont mieux entretenus, les prestations sont meilleures. […] S’ils veulent vraiment vivre l’expérience villageoise, là on les oriente vers les campements villageois ». Il précise n’avoir « rien contre les campements villageois »11, mais qu’en tant que guide, la qualité de la prestation proposée et la satisfaction des clients sont sa priorité. Si dans la plupart des villages, les campements villageois sont les seuls hébergements touristiques à disposition, ce n’est pas le cas à Elinkine, Oussouye et surtout à Kafountine où l’offre est très abondante. Ces trois campements villageois, s’ils bénéficient d’une localisation privilégiée et sont plus facilement accessibles, doivent aussi faire face à une concurrence accrue. Les campements privés bénéficiant souvent à la fois de moyens financiers et de compétences en matière de gestion touristique plus conséquents que les campements villageois, ils proposent des prestations semblant mieux adaptées aux exigences des voyageurs. En plus de cette concurrence, généralement acceptée par les gestionnaires des campements villageois, s’ajoute une seconde forme, moins aisément tolérée, soit des Européens habitués de la région qui achètent ou construisent des maisons. Si le fait qu’ils y séjournent, de même que leur famille, ne pose aucun problème aux gestionnaires des campements villageois, ces derniers critiquent en revanche le fait « qu’ils louent, complètement illégalement leur maison »12. Cette concurrence a été à plusieurs reprises dénoncées par nos interlocuteurs. Outre la zone grise entre accueil gratuit de membres de la famille ou d’amis et la location à des tiers, ces propriétaires européens disposent de moyens financiers sans commune mesure avec ceux des campements villageois13.

Ousmane Sonko, la Casamance et les tensions politiques

Ousmane Sonko a occupé une place centrale dans l’actualité sénégalaise depuis 2021. Chef du PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) et maire de Ziguinchor (2022-2024), il est considéré comme l’une des figures montantes du monde politique sénégalais et incarnait l’opposition, voire la rébellion, face au pouvoir en place jusqu’en 2024.

Accusé de viol par une employée d’un salon de massage dakarois, il est placé en garde à vue en mars 2021. À l’issue de son procès en juin 2023, il est acquitté de l’accusation de viol mais est condamné à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse »14. Sonko et ses partisans considèrent que ce procès est un coup monté dans le but de l’écarter de la course aux prochaines élections présidentielles, lesquelles devaient avoir lieu en février 2024. Le jour de sa condamnation (1er juin 2023), des émeutes éclatent dans différentes villes du pays et sont violemment réprimées, entraînant la mort de 15 personnes selon les autorités sénégalaises, 23 selon Amnesty International15 à Dakar et Ziguinchor. Dans la foulée, les réseaux sociaux, puis l’accès à internet sont coupés. Ces coupures dureront quelques jours. Aussi, plusieurs universités du pays sont fermées.

Tandis que les images des émeutes de juin 2023 ont circulé dans les médias internationaux et que plusieurs pays voisins ont connu des coups d’État durant la même période16, la situation tendue au Sénégal inquiète les voyageurs. Les services consulaires de plusieurs pays recommandaient d’ailleurs de faire preuve d’une grande prudence lors de séjours dans la région casamançaise17. Cette situation est accentuée dans la région de Ziguinchor, considérée comme le fief de Sonko. Si la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor est interrompue depuis juin 2023, officiellement pour des raisons techniques, plusieurs y voient plutôt une manière pour Dakar de faire payer aux Casamançais leur support à Ousmane Sonko18.

Le nécessaire support des « partenaires »

15Au premier abord, il serait aisé de croire que si les campements fonctionnent encore aujourd’hui, même avec des fréquentations bien moindres qu’aux premières années de la création du tourisme rural intégré, c’est que malgré tout, le peu de touristes présents permet d’assurer un emploi correct à leurs employés et de générer quelques revenus pour la communauté. Pourtant, si c’est bien le cas dans certains villages, la plupart des campements sont désertés des voyageurs. Surtout, l’importance de trouver des « partenaires » a été évoquée à de très nombreuses reprises en entretien que ce soit par les gérants ou des membres des conseils d’administration. Ce terme de « partenaires » est employé pour désigner tout financeur potentiel (le plus souvent européen), que ce dernier soit une entreprise privée, un donateur individuel, une commune avec laquelle le village est jumelé ou encore une association.

16Plusieurs villages disposant d’un campement sont en effet jumelés à une commune européenne (par exemple, Baïla jumelé à Houdan ou Coubalan jumelé à Cherbourg-Octeville) ou sont soutenus financièrement par une association (l’association Action Jacqueline Gallet (basée au Puy-en-Velay) pour Bandial, l’association italienne Comitato Pavia Asti Senegal à Coubanao, etc.). J.-P. Principaud (2010) évoquait d’ailleurs que cinq villages avaient pu bénéficier de l’aide du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France ou de l’agence de coopération technique allemande pour le développement (GTZ) pour reconstruire leur campement à la suite de la signature de l’accord de paix de 2004. Les différents partenaires et leur venue au village sont d’ailleurs évoqués comme l’une des principales raisons pour maintenir un campement villageois en bon état malgré la faible fréquentation touristique. A titre d’exemple, à Fintiok, l’un des employés du campement mentionne n’avoir reçu aucun touriste depuis au moins cinq ans. Il ajoute toutefois que le campement est nécessaire pour accueillir correctement leurs « partenaires », lesquels séjournent dans le village une ou deux fois par an. Ce même type de discours est tenu dans deux autres campements, ce qui remet en question la dimension « touristique » de ces structures d’accueil.

17Le fait de trouver de nouveaux partenaires est apparu comme une préoccupation constante, même au sein de campements qui reçoivent régulièrement des touristes.

Je discute avec les touristes, je leur explique mes problèmes… Avec un peu de chance ils pourront m’aider à trouver des partenaires. Ici on n’a pas d’argent. C’est notre problème, l’argent. Donc il faut trouver des partenaires en Europe pour nous aider.

  • 19 Toujours selon les propos du directeur de l’Office de tourisme et des deux guides touristiques renc (...)
  • 20 Extrait d’un entretien réalisé avec le gérant d’un campement en décembre 2023.

18Ces propos sont ceux du gérant d’un campement (parmi ceux qui fonctionnent le mieux19) qui explique qu’il est important de « montrer les bons côtés du pays, de la région aux touristes, mais aussi ce qui ne va pas »20, d’insister sur les problèmes et le manque de moyens, dans l’espoir de pouvoir être aidé financièrement et/ou matériellement. Si cette aide extérieure existait déjà au lancement du projet du tourisme rural intégré, le fait que les revenus dégagés par les nuitées touristiques soient aujourd’hui très faibles, voire inexistants pour certains campements, renforce cette dépendance vis-à-vis les partenaires étrangers.

Du tourisme communautaire… au tourisme sexuel ?

  • 21 Si cette situation semble contraster avec celle décrite dans les années 1970 et 1980 par Saglio (19 (...)

19Dans la plupart des campements, lorsque le personnel est interrogé sur leur rémunération, les discours mentionnent des « salaires de misère », le fait « de n’être payé que de temps à autre », voire d’un « travail qui est en fait du bénévolat »21. Là encore, cette situation questionne quant à la motivation de ces employés à poursuivre leur travail au sein des campements.

  • 22 A l’exception notable du campement d’Affiniam, actuellement géré par une femme.
  • 23 Entendre ici, toute femme ne semblant pas être en couple au moment du séjour.
  • 24 Ce type de pratiques est à la fois évoqué lors de nombreuses discussions informelles avec de jeunes (...)
  • 25 Il ne s’agit toutefois pas ici de nier que certaines touristes européennes choisissent cette destin (...)

20Il importe de préciser ici que les employés sont d’une part des femmes qui occupent essentiellement des postes de cuisinières ou de ménagères22 et d’autre part des hommes qui occupent les postes de gérant, barman, gardien, piroguier, etc. Les employées féminines avec lesquelles nous avons pu nous entretenir disent se satisfaire de ces revenus faibles et aléatoires, faute de mieux. Chez les employés masculins, bien que le discours ressemble à celui tenu par les femmes, l’observation et les entretiens menés avec les gérants et présidents des C.A. permettent de cerner d’autres motivations. Les employés masculins (de jeunes hommes pour la plupart) n’hésitent pas à engager la conversation avec les femmes voyageant seules23 et à leur proposer de les accompagner pour toutes sortes d’activités (visite du village, balade en forêt, etc.). L’objectif visé par ce rapprochement est généralement d’arriver à transformer cette rencontre en une relation sentimentale et/ou sexuelle24. Selon les cas, la relation pourra durer uniquement le temps du séjour de la touriste, elle pourra parfois se poursuivre une fois celle-ci rentrée chez elle ou encore se conclure par un mariage et une émigration vers le pays de résidence de cette dernière25. Si les employés jouissent d’une position privilégiée pour « repérer » ces voyageuses, les hommes du village fréquentant les campements s’adonnent aussi à ce type de pratiques. Nous avons pu observer ces situations dans presque tous les campements. Cette réalité est également validée par plusieurs interlocuteurs, comme le président du C.A. d’un campement qui souligne que la possibilité de rencontrer des femmes occidentales constitue une motivation, voire la première, pour beaucoup de jeunes hommes.

  • 26 Terme wolof utilisé pour désigner les étrangers (le plus souvent les touristes occidentaux).

C’est difficile de garder des jeunes pour travailler au campement. Pour beaucoup, travailler au campement, c’est surtout l’occasion de rencontrer des femmes toubab26. […] plusieurs sont partis en Europe après s’être mis en couple. Ils partent et donc il faut former de nouvelles personnes.

  • 27 Extrait d’un entretien collectif réalisé avec des villageois à Élinkine en janvier 2024. Celui-ci a (...)

21L’un des objectifs ayant motivé la création des campements villageois intégrés était de freiner l’exode rural et de permettre aux jeunes de rester au village. S’il semblait atteint dans les années 1970 et 1980, la situation actuelle interroge. Les campements, plutôt que de permettre de garder les jeunes hommes au village, deviennent plutôt des points de passage, des lieux de rencontre pouvant leur permettre d’accéder à l’émigration. Cet aspect est aussi ouvertement évoqué par des femmes lors de l’entretien collectif réalisé avec des villageois à Élinkine. L’une d’elles mentionne qu’il « serait bien qu’il y ait plus de femmes impliquées dans le bureau (C.A.) du campement pour qu’on puisse faire travailler nos fils. De cette manière ils pourraient rencontrer une touriste pour les faire voyager en Europe »27.

22Pour d’autres, leur vie est « au pays » et l’émigration n’est pas envisageable. Néanmoins, avoir une (ou plusieurs) copine occidentale peut être un moyen de mener une vie plus aisée et éventuellement de permettre à ses enfants d’accéder à une vie meilleure.

Babacar : J’ai déjà deux enfants. Leur mère est sénégalaise. Mais j’aimerais avoir des enfants avec une toubab, pour qu’ils puissent vivre en Europe, qu’ils puissent faire des études… qu’ils puissent avoir une vie meilleure que la mienne, parce que moi je ne suis jamais allé à l’école.

[autrice] : Tu voudrais vivre en Europe avec eux ? Avec ta femme et tes enfants ?

Babacar : Non, moi je suis bien ici. Mais pour mes enfants ce serait bien qu’ils puissent vivre en Europe, avec leur mère.

  • 28 Selon un rapport publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal (A (...)
  • 29 A tout le moins pour les protagonistes masculins.

23Dans plusieurs campements, nous avons rencontré des employés masculins en couple avec des Européennes. Certains évoquaient d’ailleurs le fait d’avoir entretenu des relations avec plusieurs touristes. De plus, dans un contexte sociétal où la polygamie est acceptée, voire constitue la norme28, le fait d’entretenir des relations amoureuses avec des touristes occidentales ne semble pas entrer en conflit avec une vie maritale et/ou familiale déjà établie29.

Conclusion

  • 30 Le Rapport Meadows, The Limits to Growth (1972), venait alors tout juste d’être publié.

24Projet novateur dans les années 1970, le tourisme rural intégré a permis à plusieurs communautés villageoises de Basse-Casamance d’améliorer leurs conditions de vie. Entre autres, certains équipements collectifs créés dans les années 1970 et 1980 existent toujours aujourd’hui (écoles, maternités, etc.). Prônant un développement local empreint des différentes dimensions du développement durable alors même que cette notion n’avait pas encore réellement émergée30, le tourisme rural intégré en Casamance est encore aujourd’hui montré en exemple d’une forme de tourisme alternatif respectueux des communautés d’accueil et de l’environnement.

  • 31 La situation diffère néanmoins entre ces cinq campements. Ceux de Fintiok, Coubanao et Kabadio exis (...)
  • 32 Comme le note Jean-François Staszak (2012), le « tourisme sexuel » peut englober une diversité de p (...)
  • 33 C’est à tout le moins ce qui ressort du discours produit en entretien, de même que des échanges inf (...)
  • 34 Tel que noté sur la carte présentée plus haut (fig. 3), quelques villages ont exprimé leur volonté (...)

25Pourtant, les crises successives, tant sécuritaire, sanitaire que politique, ont affecté la destination Casamance de manière globale. Aussi, le modèle des campements villageois, particulièrement adapté à un public routard européen présent en Afrique de l’Ouest dans les années 1970 et 1980, ne semble plus trouver sa clientèle. Aujourd’hui, la dépendance aux aides extérieures est manifeste dans la quasi-totalité des campements et la présence des touristes est anecdotique dans près de la moitié des structures (Fintiok, Coubanao, Kabadio, Saloulou et Bandial31). Tandis que la région peine à attirer les touristes, les campements villageois n’ont plus la capacité de favoriser un réel développement économique ni de proposer de vrais emplois aux jeunes villageois. C’est dans ce contexte qu’ils voient leur rôle en partie détourné pour devenir des lieux de rencontres sentimentales et sexuelles avec des touristes. Ce détournement soulève la question d’une évolution de cette forme de tourisme communautaire vers un tourisme sexuel32. Pourtant, les acteurs impliqués au niveau de la gestion des campements semblent largement fermer les yeux sur cette dérive33. Minimisant ces aspects négatifs, plusieurs acteurs rencontrés insistent sur l’importance de poursuivre le projet, voire de créer de nouveaux campements34. Pourtant, à ce stade, le bilan nous apparaît sans équivoque : le dynamisme des premières décennies a laissé la place à la morosité, voire à un échec du modèle initial.

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Notes

1 Les noms de l’ensemble des personnes rencontrées (en entretien ou lors d’échanges informels) sont modifiés dans le texte et ce, afin de préserver leur anonymat. Aussi, les statuts de gérant ou de président du conseil d’administration d’un campement les rendant aisément indentifiables, nous avons fait le choix de ne pas citer le nom du village ou du campement associé.

2 Le village d’Elinkine, en plus de son campement villageois, regroupait (au moment de notre dernier séjour de terrain), un hôtel et deux campements privés.

3 Si les Diolas représentent environ 4% de la population du Sénégal, il demeure difficile d’obtenir des données chiffrées précises quant à leur nombre dans la région de Ziguinchor. Les rapports sur la situation économique et sociale régionale publiés par le service régional de la prévision et de la statistique de Ziguinchor mentionnent dans l’édition 2004 que 60 % de la population régionale serait diola tandis que ce chiffre est de 58 % en 2013. La mention « origine ethnique » n’apparaît plus dans les éditions postérieures à 2013 (https://www.ansd.sn/ses/ses-regionale-2013-ziguinchor, consulté le 2 avril 2024).

4 L’ACCT est une organisation internationale créée en 1970 à Niamey, regroupant des pays francophones afin de promouvoir les échanges et la coopération en matière d’éducation, d’innovation scientifique et technique et de création artistique (Masurier, 1998).

5 Le campement est finalisé à la fin de l’année 1973, mais n’est en mesure d’héberger des premiers clients qu’en 1974 (Saglio, 1979).

6 A la suite d’une marche pacifique organisée à Ziguinchor par le MFDC, laquelle a été violemment réprimée par les forces de l’ordre, les indépendantistes prennent les armes, marquant ainsi le début du conflit armé (Marut, 2018).

7 Des accords de cessez-le-feu avaient déjà été signés entre le MFDC et l’État sénégalais en 1991 et 1993. L’accord de paix s’en démarque, devant réellement instaurer la paix en Casamance. Néanmoins, les hostilités ont repris en 2009 (Marut, 2018) et des offensives sporadiques de l’armée sénégalaise sont toujours menées (les dernières remontant à 2022).

8 Des habitants nous on dit que le campement avait été incendié par des rebelles mais cette information n’a pu être confirmée.

9 Le manque de données sur la fréquentation des campements constitue un réel problème. Seul cinq gérants de campements ont accepté de nous montrer les registres des visiteurs. Les autres ont soit refusé en mentionnant qu’il s’agissait d’informations confidentielles ou encore nous ont mentionné qu’il fallait plutôt nous adresser à l’inspection régionale du tourisme. Toutefois, l’inspectrice nous a dit ne pas avoir ces données, la plupart des campements ne les fournissant pas, ce qu’elle déplore.

10 En plus des cinq entretiens réalisés avec des touristes, nous avons pu échanger de manière informelle avec huit autres voyageurs séjournant dans un campement villageois.

11 Extrait d’entretien mené avec un guide touristique à Ziguinchor en mars 2023.

12 Extrait d’entretien mené avec le gérant d’un campement en décembre 2023.

13 Dans la région de Ziguinchor (région administrative correspondant à la Basse-Casamance), 51% de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2021 (ANSD, 2021), tandis que la moyenne nationale était de 38%. Ce taux serait d’ailleurs certainement plus élevé en tenant uniquement compte des secteurs ruraux.

14 https://information.tv5monde.com/afrique/senegal-lopposant-ousmane-sonko-est-condamne-2-ans-de-prison-ferme-pour-corruption-de-la, consulté le 22 octobre 2023.

15 https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2023/06/senegal-amnesty-international-demande-une-enquete-independante-sur-la-repression-meurtriere-lors-des-manifestations/, consulté le 5 décembre 2023.

16 Il est possible d’évoquer le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, celui du 30 août 2023 au Gabon, mais aussi la tentative de coup d’État (avorté) le 30 novembre 2023 en Guinée-Bissau (pays frontalier de la Casamance).

17 C’est le cas du Canada (https://voyage.gc.ca/destinations/senegal, consulté le 4 décembre 2023) et de la France (https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/senegal/#securite, consulté le 5 décembre 2023).

18 Ousmane Sonko deviendra finalement Premier ministre, à la suite de l’élection de Bassirou Diomaye Faye en tant que cinquième Président de la République du Sénégal au printemps 2024. Aussi, la reprise de la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor a eu lieu le 10 avril 2024, soit quelques jours seulement après la tenue des élections présidentielles (https://www.youtube.com/watch?v=ojZh-v3iBA4, consulté le 12 avril 2024).

19 Toujours selon les propos du directeur de l’Office de tourisme et des deux guides touristiques rencontrés en entretien.

20 Extrait d’un entretien réalisé avec le gérant d’un campement en décembre 2023.

21 Si cette situation semble contraster avec celle décrite dans les années 1970 et 1980 par Saglio (1979, 1985) et Scibilia (1986), Binta Sene-Diouf soulignait déjà en 1982 la faiblesse et le caractère aléatoire de la rémunération des employés.

22 A l’exception notable du campement d’Affiniam, actuellement géré par une femme.

23 Entendre ici, toute femme ne semblant pas être en couple au moment du séjour.

24 Ce type de pratiques est à la fois évoqué lors de nombreuses discussions informelles avec de jeunes hommes s’y adonnant et avec des membres des C.A. des campements. Nous avons pu l’observer à plusieurs reprises lors de nos séjours de terrain.

25 Il ne s’agit toutefois pas ici de nier que certaines touristes européennes choisissent cette destination précisément dans l’espoir de relations sentimentales et/ou sexuelles avec des jeunes hommes sénégalais.

26 Terme wolof utilisé pour désigner les étrangers (le plus souvent les touristes occidentaux).

27 Extrait d’un entretien collectif réalisé avec des villageois à Élinkine en janvier 2024. Celui-ci a été réalisé avec l’aide d’un interprète pour permettre aux participants de s’exprimer dans leur langue maternelle, le diola (kasa). Bien qu’ayant une connaissance de base du diola, nous ne sommes pas en mesure de réaliser des entretiens complets dans cette langue.

28 Selon un rapport publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal (ANSD, 2016), 35,2 % des personnes mariées sont polygames, ce taux passant à près de 40 % en milieu rural.

29 A tout le moins pour les protagonistes masculins.

30 Le Rapport Meadows, The Limits to Growth (1972), venait alors tout juste d’être publié.

31 La situation diffère néanmoins entre ces cinq campements. Ceux de Fintiok, Coubanao et Kabadio existent depuis plusieurs années déjà tandis que ceux de Saloulou et Bandial ont été créés en 2023. Pour ces derniers, la faible fréquentation touristique peut s’expliquer par le manque d’informations quant à ces nouvelles structures.

32 Comme le note Jean-François Staszak (2012), le « tourisme sexuel » peut englober une diversité de pratiques allant de la prostitution à des rapports sexuels entre touristes et populations locales (sans échange explicitement marchand).

33 C’est à tout le moins ce qui ressort du discours produit en entretien, de même que des échanges informels.

34 Tel que noté sur la carte présentée plus haut (fig. 3), quelques villages ont exprimé leur volonté de créer un campement villageois (Bouyouye, Cabrousse, Diogué, Pointe-Saint-Georges). La création de nouveaux campements est d’ailleurs encouragée par la direction de l’Office de tourisme de Casamance.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Localisation de la région de Ziguinchor au Sénégal.
Crédits Source : Google Maps
URL http://journals.openedition.org/belgeo/docannexe/image/71547/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 205k
Titre Figure 2. Évolution du nombre de touristes en Casamance de 1991 à 2014 (tiré du tableau proposé par Gueye, 2019).
Crédits Source des données : Office de tourisme de tourisme de Casamance et Inspection régionale du Tourisme
URL http://journals.openedition.org/belgeo/docannexe/image/71547/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 60k
Titre Figure 3. Localisation des campements villageois intégrés en Basse-Casamance.
Crédits Réalisation : A. Ouellet 2024
URL http://journals.openedition.org/belgeo/docannexe/image/71547/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 408k
Titre Figure 4. En haut : le campement d’Affiniam (vue extérieure et chambre). En bas : le campement de Bandial (vue extérieure, salle d’eau privative, chambre).
Crédits Clichés : A. Ouellet, 2023, 2024
URL http://journals.openedition.org/belgeo/docannexe/image/71547/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 386k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Annie Ouellet, « Tourisme rural intégré en Basse-Casamance (Sénégal). Survie d’un projet de développement touristique communautaire en contexte de crise(s) ? »Belgeo [En ligne], 1 | 2024, mis en ligne le 29 août 2024, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/belgeo/71547 ; DOI : https://doi.org/10.4000/127hj

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Auteur

Annie Ouellet

Université d’Angers (UFR ESTHUA, UMR CNRS Espaces et Sociétés)
ORCID 0009-0006-6137-8308
annieouellet22@gmail.com

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