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I. La civilisation du magazine

Le brouillage des genres. L’imaginaire réaliste et fictionnel du magazine Histoires vraies (1943-1957)

Marie-Pier Luneau et Jean-Philippe Warren

Résumé

Publié par les Éditions Police-Journal de 1943 à 1957, le magazine Histoires vraies semble d’abord servir à publiciser les romans sentimentaux produits hebdomadairement par le même éditeur. Cependant, un examen approfondi donne à voir des échanges plus complexes. Une question centrale traverse cet article : quel pacte de lecture engagent les récits, supposément véridiques, de la revue Histoires vraies? Nous avançons l’hypothèse que le magazine Histoires vraies, en conformité avec les attentes du lectorat populaire, brouille les frontières des genres. C’est ainsi qu’aux enquêtes auprès du lectorat populaire qui démontrent que celui-ci recherche, dans la fiction, une certaine «vérité fictionnelle », répond une analyse d’Histoires vraies qui témoigne, dans l’autre sens, de la quête d’un imaginaire amoureux constituant les fondements de toute une « culture du sentimental ».

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Texte intégral

  • 1 Edgar Lespérance, cité par François Hébert, La Littérature populaire en fascicules, tome 2, Québec, (...)
  • 2 Matthieu Letourneux, « “J’en suis venu à accepter aussi bien l’autorité des récits et celle des art (...)

1Parue de 1943 à 1957, la revue Histoires vraies est publiée par le plus important éditeur de romans en fascicules québécois de la période, soit les Éditions Police-Journal. Selon son fondateur, Edgar Lespérance, la revue est créée pour offrir au public un contenu entièrement canadien : « Auteurs, illustrateurs, imprimeurs, tout est de l’étoffe du pays »1. Au-delà de ce noble objectif de soutenir la littérature québécoise, la revue sert manifestement d’extension à la collection de romans sentimentaux en fascicules publiée simultanément par Police-Journal : en témoignent les nombreuses publicités qui renvoient aux romans, dans la revue, et vice-versa. Les pages d’Histoires vraies deviennent le lieu de fascinants échanges entre le lectorat et les rédacteurs du magazine, qui sont aussi, bien souvent, les auteurs et autrices des romans sentimentaux. Tel que l’a constaté Matthieu Letourneux à propos du fonctionnement du pulp, ce type d’imprimé en vient à proposer une définition du genre (aventures, western, policier, sentimental) qui dépasse la simple question de la fiction. S’y greffent une multitude de sujets connexes, dont le lectorat est friand : « Cette manière de procéder nous incite à penser que le genre ne correspond pas seulement à un ensemble de stéréotypes thématiques et narratifs, mais qu’il trouve de surcroît un écho direct dans une vaste gamme de préoccupations et d’intérêts définissant une conception de l’existence ; autrement dit, il trouve un écho dans notre manière de considérer le monde »2.

  • 3 Nous empruntons cette expression à Letourneux, qui désigne par là « l’insistance, dans l’économie d (...)
  • 4 Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, Paris, Le Seuil, 1996, 384 p.
  • 5 Voir Daniel Oster, « Autobiographie », Encyclopædie Universalis [En ligne], consulté le 26 mai 2020 (...)

2C’est cette « culture du sentimental »3, qui se prolonge dans différentes rubriques de la revue Histoires vraies, que nous souhaitons examiner dans un premier article consacré à cet objet oublié par l’histoire de l’imprimé au Québec. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger le pacte de lecture qui se trouve engagé par ce type de périodique. Certes, les invitations faites aux lecteurs et lectrices sollicitant des faits réellement vécus, les mentions qui précisent que certains récits ont été écrits par le public, ainsi que l’utilisation systématique de la première personne pour narrer les histoires et récits, renvoient à un principe d’authenticité. Les numéros d’Histoires vraies se vendent parce qu’ils promettent des confessions personnelles. C’est en apparence de « pacte autobiographique »4 dont il est question ici, à cette curiosité près que, la revue promettant l’anonymat complet pour favoriser la confession, ces textes ne sont pas signés. Cet accroc à l’un des principes fondateurs du pacte autobiographique suffit, dès lors, à remettre en question un contrat de lecture fondé sur la véridicité : « Par l’intervention du nom propre, l’autobiographie affirmerait sa nature essentiellement référentielle et contractuelle, et imposerait un mode de lecture distinct de celui qu’initie le “pacte romanesque”, ou “fantasmatique" » 5. Le pacte autobiographique s’entremêle avec le pacte romanesque, sans pourtant perdre de son efficacité.

  • 6 Nicole Robine, « Lecture, lectures et projet de vie ou comment lit le lecteur populaire ? », dans D (...)
  • 7 Michelle Nolan, Love on the Racks : A History of American Romance Comics, McFarland, 2008, 246 p.
  • 8 Jean-Pierre Esquenazi, op. cit.

3On se trouve donc devant une avenue de recherche intéressante : qu’est-ce qui fait la spécificité des récits de la revue Histoires vraies par rapport à l’offre éditoriale parallèlede Police-Journal ? En quoi cette publication vient-elle compléter l’imaginaire du roman à l’eau de rose, de manière à produire et à encourager une « culture du sentimental »? Notre article avance l’hypothèse que le magazine Histoires vraies, en conformité avec les attentes du lectorat populaire, brouille les frontières, jouant abondamment sur la confusion du statut des textes, créant un nouveau mode de réception pour le lectorat6. Nonobstant le titre de la revue, le contrat de lecture n’est ni celui de la vérité, ni celui de la vraisemblance, de la plausibilité ou de la véracité, mais celui de la possibilité : il s’agit de rendre crédible un rêve auquel on veut croire, malgré son caractère improbable. Comme pour le miracle en religion ou la mise sur la sellette des gagnants de la loterie, il s’agit, en d’autres termes, de faire croire à ce qui pourrait être, et non pas de faire voir réellement ce qui est. En apposant un sceau d’authenticité à certains textes tout aussi rocambolesques que les romans à dix sous en vente sur les mêmes « racks »7, on valide un espoir : qu’importe que ce soit vrai ou non, l’important, c’est que ça pourrait être vrai. C’est ainsi qu’aux enquêtes auprès du lectorat populaire qui démontrent que celui-ci recherche, dans la fiction, une certaine «vérité fictionnelle», selon le terme utilisé par Jean-Pierre Esquenazi8, répond une analyse d’Histoires vraies qui témoigne, dans l’autre sens, d’une quête, dans la factualité, d’imaginaires et de représentations fantasmées.

4Aux fins de l’analyse, nous avons dépouillé les 120 premiers numéros du magazine Histoires vraies, de même qu’une dizaine de numéros, choisis au hasard, dans les livraisons plus tardives. Bien que modeste par rapport à la série complète, qui comprend plus de 500 livraisons, cet échantillon, combiné à notre lecture d’une soixantaine de romans en fascicules publiés par Police-Journal dans la collection « Roman d’amour», est déjà suffisamment riche pour proposer des pistes d’analyse. Notre réflexion se déroulera en trois temps : après avoir décrit d’abord l’objet Histoires vraies, nous examinerons ensuite le contenu des soi-disant « témoignages » publiés par la revue, avec pour objectif de déterminer ce qui en fait la spécificité, par rapport à ses consœurs américaines qui l’ont précédée de deux décennies. Nous réfléchirons enfin à la parenté des univers de la « confession amoureuse » et du roman sentimental québécois, sous l’angle de leurs rapports à la véridicité.

Les caractéristiques du magazine Histoires vraies

  • 9 Roseann Mandziuk, « Confessional Discourse and Modern Desires : Power and Please in True Story Maga (...)

5Dans les années 1940, avec l’augmentation du pouvoir d’achat et la baisse des coûts de production, la lecture des magazines se popularise dans l’ensemble des couches de la société québécoise de langue française. Le public des femmes est ciblé en particulier, les éditeurs se targuant de leur fournir des lectures faciles, divertissantes, plaisantes, et cependant instructives et normatives. C’est dans ce contexte que paraît le magazine Histoires vraies, qui reprend la formule des périodiques de «confessions romantiques»9.

  • 10 Selon François Hébert, le dernier numéro paru serait le 504. François Hébert, La Littérature popula (...)

6Propriété des éditions Police-Journal, le magazine paraît de 1943 à 1957, parfois hebdomadairement et parfois toutes les deux semaines. La collection complète comprend 504 parutions numérotées10, auxquelles il faut ajouter une quinzaine de livraisons initiales non numérotées. Le format du magazine varie avec le temps : initialement de 30 X 23 cm, il passe à 22 X 15 cm au numéro 451. Le nombre de pages fluctue aussi, jouant de la vingtaine à la trentaine. On ne peut qu’être frappé par la différence de qualité entre Histoires vraies et ses équivalents anglophones : cette vingtaine ou trentaine de pages, imprimées en noir sur du mauvais papier et sans beaucoup d’illustrations, ne peut rivaliser avec les 140 pages sur papier glacé, souvent en couleurs, des mensuels américains, offerts au même prix… Il faudrait même parler de sous-genres différents, en anglais et en français.

  • 11 Annonce, Histoires vraies, no 50, p. 15.
  • 12 Vincent Nadeau et Michel René, « Une littérature industrielle », Guy Bouchard et. al., Le Phénomène (...)
  • 13 Leo Bogart, « Magazines since the Rise of Television », Journalism Quarterly, vol. 33, no 2, 1956, (...)

7En attendant un répertoire exhaustif réalisé par un historien de la presse, il est difficile de décrire précisément le rayonnement du magazine, mais nous pouvons nous permettre d’émettre un certain nombre de considérations générales. Commençons par dire qu’Histoires vraies fait partie d’une offre éditoriale globale (qui comprend entre autres les titres de séries «Les aventures étranges de l’agent IXE-13, l’as des espions canadiens », «Les aventures extraordinaires de Guy Verchères, l’Arsène Lupin canadien-français» et «Les aventures policières d’Albert Brien, détective national des canadiens-français»), ce qui facilite sa dissémination «partout dans les dépôts français de l’Amérique du Nord »11. Nous savons qu’au sommet de leur popularité, les Éditions Police-Journal, dont les produits dominent le marché francophone des publications en fascicules, possèdent à Montréal jusqu’à 1800 points de vente, surtout situés dans l’est et sur la rive sud12. D’ordinaire, lalittérature low-brow ne se vend pas par abonnement13, et, malgré l’insertion dans les numéros 350 à 494 d’Histoires vraies de coupons d’abonnement (2 $ pour six mois et 4 $ pour un an), on peut croire que le périodique a été principalement écoulé dans les kiosques et dépôts à journaux. Malgré tout, les lettres des lecteurs et lectrices à la revue indiquent des lieux de résidence dispersés à travers le Canada français, de Moncton à Thunder Bay, en passant par Trois-Rivières, Sherbrooke, Saint-Hubert et Chibougamau.

  • 14 Hélène Prézeau, « L’histoire vraie de la semaine… André L’Archevêque », Histoires vraies, no 362, f (...)

8Histoires vraies se vend 10 sous, puis 15 sous, soit le même prix que les romans en fascicules. On assure en 1955 que chaque parution est préparée «plusieurs semaines à l’avance tant pour la rédaction que pour l’illustration »14. Si les premiers numéros semblent hésiter sur la formule, ceux des années 1950, suivant une tendance que l’on observe dans les périodiques anglophones similaires, s’apparentent plus résolument au magazine de divertissement, avec des chroniques diverses (conseils beauté, courrier du cœur, annonces pour correspondances sentimentales), des mots croisés, des horoscopes, des anecdotes et des blagues. La majeure part du contenu est toutefois consacrée aux histoires d’amour, tout le reste étant déterminé par cet axe central. Ainsi, bien que le spectre des récits sollicités par Histoires vraies ne soit pas ouvertement inscrit dans le registre sentimental, dans les faits, c’est bien cette catégorie qui surplombe l’ensemble.

  • 15 Anonyme, « Doit-on se tutoyer avant le mariage ? », Histoires vraies, no 111, p. 16.
  • 16 Anonyme, « La passion est-elle nécessaire dans le mariage ? », Histoires vraies, no 120, p. 18.
  • 17 Anonyme, « Les femmes mariées ont-elles le droit de travailler en dehors ? », Histoires vraies, no (...)

9En ce qui concerne les caractéristiques de la revue, un premier élément doit être noté : le sommaire mélange allègrement vérité et fiction. Par exemple, le numéro 100, choisi au hasard, promet plusieurs récits d’amour («Mon amant était un voleur», sous-titré « Une lectrice nous raconte sa vie »), deux envois du lectorat (l’un d’un lecteur, « Ce que femme veut », l’autre d’une lectrice, «La fleur des taudis », adapté par l’auteur de romans Paul Verchères), une autre « histoire vraie » adaptée par l’auteur à succès Pierre Saurel (« Mon amour et mon devoir »), trois chroniques («Courrier de Grand’mère Martin», «L’art de plaire», «Brin de causette») et deux «articulets» («La chasse aux maris », « L’Étiquette. Les présentations»). Des publicités pour le prochain numéro d’Histoires vraies et surtout pour les deux romans d’amour actuellement en vente (Les Amours de p’tite Misère et Une réserve de baisers), ornées d’illustrations, complètent le tableau. On le voit : la mixité entre la fiction sentimentale et les « histoires vraies » ne saurait être plus complète. La revue publie même pendant un certain temps la série « Petites entrevues », où les romanciers et romancières des Éditions Police-Journal, promus spécialistes des affaires de cœur, sont interrogés brièvement sur des questions comme « Doit-on se tutoyer avant le mariage »15, « La passion est-elle nécessaire dans le mariage? »16 ou « Les femmes mariées ont-elles le droit de travailler en dehors ? »17.

  • 18 La page couverture d’Histoires vraies est initialement illustrée par des photos, comme c’est le cas (...)
  • 19 Jayashree Kamblé, « Branding a Genre : A Brief Transatlantic History of Romance Novel Cover Art », (...)
  • 20 Il est révélateur que, lorsqu’il quitte Police-Journal à la fin des années 1950, André L’Archevêque (...)
  • 21 Les éditeurs américains de magazines appartenant à la même famille qu’Histoires vraies avouent que  (...)

10À partir de 194718, l’éditeur fait appel à un artiste de talent pour illustrer ses couvertures, André L’Archevêque : il sera aussi chargé de produire les illustrations pour la collection « Roman d’amour ». Or, loin de renforcer l’objectivité et la factualité des récits, ces couvertures en couleurs anticipent l’hameçonnage visuel d’Harlequin (le fameux « Harlequin’s clinch »19) ; elles ont pour fonction d’attirer le regard en éveillant les sens, tout en évitant absolument des images trop choquantes pour la morale, d’une manière qui reproduit les techniques publicitaires de l’époque20. Très souvent, la mise en scène présentée en couverture n’a, d’ailleurs, que peu à voir avec le contenu du magazine, sa première fonction étant d’éveiller la curiosité des acheteurs potentiels21.

Fig.1. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 113, dessin d’André L’Archevêque

Fig.1. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 113, dessin d’André L’Archevêque
  • 22 Viviane Namaste, Imprimés interdits. La censure des journaux jaunes au Québec, 1955-1975, Québec, S (...)

11Sur les pages couvertures d’Histoires vraies, on ne voit que rarement, comme cela est courant pour les «confessions romantiques» américaines, des femmes seules, gracieuses, souriantes, pimpantes, maquillées, qui regardent directement les acheteurs potentiels. Les illustrations représentent le plus souvent un couple : la femme, enlacée et troublée, semble éprouver des émotions fortes. Le contraste entre les illustrations et le texte de la page couverture est remarquable : alors que les titres des histoires («Ma passion honteuse», «La mauvaise fille», « La petite diablesse », « J’ai tué mon enfant ») évoquent des femmes agressées, apeurées et humiliées, les images de la couverture restent plutôt sages. Il est possible que la nécessité de plaire à un public à la fois ouvrier et féminin ait contribué à une euphémisation des illustrations qui, tout en cherchant à titiller la curiosité, tâchent de demeurer inoffensives aux yeux des élites conservatrices. La peur de la censure aiguille certainement le design de la revue, d’autant plus que c’est par le levier des illustrations et non du texte que le Bureau de la censure détient le pouvoir légal d’interdire une revue, comme l’explique Namaste dans son ouvrage sur la presse jaune22. Il importe toutefois de souligner que le rapport de l’image au texte d’Histoires vraies est presque inverse à celui que l’on observe pour les romans sentimentaux : dans la fiction, c’est l’image qui est osée, et le contenu qui est épuré, tout comme c’est le cas pour les annonces de cinéma dans les journaux, toujours plus suggestives que le film lui-même. On peut par conséquent être tenté par une analyse structurelle : les histoires vraies, plus scandaleuses, doivent être présentées dans un emballage plus moral, alors que les fictions, plus sobres, doivent accrocher le public par des images racoleuses.

Fig.2. Page couverture de Michel Darien, Une femme à l’encan, Montréal, Éditions Police-Journal, 1957, dessin d’André L’Archevêque

Fig.2. Page couverture de Michel Darien, Une femme à l’encan, Montréal, Éditions Police-Journal, 1957, dessin d’André L’Archevêque

12Par ses aspects extérieurs, Histoires vraies ne semble pas s’écarter d’une revue ordinaire de nouvelles sentimentales. La promesse d’histoires véridiques ne fait qu’accrocher l’œil, pendant que le reste du périodique (sommaire, illustration en couverture, titres) envoie le message d’un divertissement semblable à la lecture de fictions brèves. Le rapprochement est encore plus saisissant pour qui déplie la revue et regarde la page couverture en même temps que la quatrième de couverture : la première illustre une histoire d’Histoires vraies, tandis que la dernière annonce la parution d’un nouveau fascicule de la collection « Roman d’amour », mais rien, autrement, ne distingue le style et la présentation des deux pages dessinées par la même personne et conçues par le même éditeur. On se trouve en apparence devant des contenus parfaitement interchangeables.

Des témoignages romancés 

  • 23 La citation est la suivante : « L’éducation physique est capable de donner beauté et santé à n’impo (...)

13Aux rubriques destinées à aider le public dans ses affaires de cœur, comme les conseils beauté, le courrier du cœur ou les petites annonces de rencontres, s’ajoutent évidemment dans Histoires vraies les récits du lectorat. Ce que la revue propose dans les textes censément envoyés par les lecteurs et les lectrices, ce ne sont ni des informations fournies par des autorités reconnues (médecins et prêtres, respectivement experts du corps et de l’âme), ni des créations romanesques (lesquelles existent dans la revue mais sont signées par des plumes connues des Éditions Police-Journal), mais des histoires données pour vraies. Ce faisant, Histoires vraies reprend une formule ayant fait fureur aux États-Unis depuis plus de vingt ans et qui avait débuté avec la parution de l’incontournable True Story. Le numéro 32 cite d’ailleurs directement le fondateur de cette revue, dans sa rubrique « Conseils de beauté »23.

  • 24 Theodore Peterson, Magazines in the Twentieth Century, Urbana, University of Illinois Press, 1964, (...)
  • 25 Fulton Oursler, The True Story of Bernarr Macfadden, New York, Lewis Copeland company, 1929, p. 221 (...)

14Mary Macfadden aurait eu la première, à son dire, l’idée de publier quelques-unes des milliers de lettres reçues aux bureaux de la revue Physical Culture, gérée par son mari, Bernarr Macfadden. Ce dernier saisit au bond la proposition de son épouse et lance, en 1919, un magazine ayant pour mission la publication d’histoires basées sur des faits réels, vécus par des gens ordinaires. Les près de 100000 histoires envoyées chaque année à True Story sont sélectionnées par un comité de lecture formé d’amateurs et d’amatrices ayant la tâche de trier le courrier en fonction de deux critères : «Croyez-vous que cette histoire est vraie?» et «Cette histoire vous intéresse-t-elle?». Le comité éditorial, au sein duquel siègent des pasteurs, doit s’assurer que l’histoire recommandée par le comité de lecture suit une ligne morale et est écrite à la première personne, dans un style accessible24. À ceux qui le questionnent à ce sujet, Macfadden jure, au moment du lancement de son périodique, que les récits publiés dans son magazine sont véritables — la grammaire, la syntaxe et l’orthographe ayant seules été corrigées25.

  • 26 Sur l’offre éditoriale de pulps au Canada, en anglais et en français, voir la galerie disponible su (...)
  • 27 George Gerbner, « The Social Role of the Confession Magazine », Social Problems, vol. 6, no 1, été (...)
  • 28 Ibid., p. 36. Maureen Honey, « The Confession Formula and Fantasies of Empowerment », Women’s Studi (...)

15Histoires vraies reprend la formule déjà célèbre de True Story. La forme et le fond séparent toutefois le modèle américain de son adaptation québécoise. Du point de vue du contenant, la revue québécoise est plus réduite en nombre de pages, plus sobre et plus dénuée de publicité que les pulps américains, lesquels dépassent régulièrement cent pages et sont bourrés de réclames pour une multitude de produits de consommation (la plupart du temps associés à l’univers dit féminin26). Du point de vue du contenu, elle ne suit pas le cycle Sin, Suffer, Repent (« péché, souffrance, rédemption ») qui forme l’armature de la quasi-totalité des récits publiés par True Story27 : la revue québécoise se distingue en effet de sa consœur de langue anglaise en offrant des histoires évitant le scénario d’une jeune femme anonyme qui enfreint certaines normes sociales, en souffre les conséquences et apprend de ses erreurs — une formule courante dans la littérature anglo-saxonne mais limitée, jusque-là, au mode fictionnel28 (pensons au célèbre roman Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders de Daniel Defoe, paru en 1722).

  • 29 Edgard Lespérance, Police-Journal, no 361, 1954, cité par François Hébert, La Littérature populaire (...)
  • 30 Selon la Ligue du Sacré-Cœur, Histoires vraies se classe tout de même parmi les revues « à ne pas r (...)

16Edgar Lespérance explique sa décision de fonder Histoires vraies en insistant sur la nécessité d’une «lecture variée à la portée de tous» dont le contenu soit produit localement29. Ce contenu canadien-français distingue manifestement Histoires vraies des autres revues du même type disponibles sur les tablettes, mais qui reprennent des textes européens ou traduits de l’américain, et la protège de la censure. On peut en effet penser que devant les pages répréhensibles des revues importées, Histoires vraies apparaît comme un moindre mal30.

  • 31 Cette stratégie est commune à d’autres périodiques, dont l’hebdomadaire Police-Journal, qui multipl (...)
  • 32 Publicité, Histoires vraies, no 46, [1947], p. 13.
  • 33 Ibid.
  • 34 Ces faibles montants n’ont rien à voir avec les sommes versées par les revues américaines. En 1942, (...)

17Suivant la formule ayant fait le succès de son aînée True Story, Histoires vraies interpelle le grand public pour nourrir ses numéros31. Des annonces invitent lecteurs et lectrices à participer au «Grand concours d’Histoires vraies», rassurant par avance les destinataires sur l’intérêt de leurs envois32. Le labeur des correspondants et correspondantes sera récompensé, assure-t-on, sans toutefois prendre la peine de mentionner des montants précis : «Amis lecteurs, écrivez-nous cette aventure et adressez-la nous. Si nous décidons de la publier, nous vous paierons généreusement »33. Puisque, pour les romans de 32 pages, les meilleurs auteurs reçoivent 60 $, on peut faire l’hypothèse qu’un article de quatre pages est payé tout au plus 2 $, et sans doute beaucoup moins34. L’attrait d’un cachet, l’espoir d’une satisfaction d’amour-propre littéraire et le désir d’être simplement lu suffisent à approvisionner le courrier en histoires écrites par des « gens ordinaires ».

  • 35 Nous ne connaissons pas le nombre de lettres reçues par Histoires vraies. À titre indicatif, l’émis (...)
  • 36 « Moi, j’ai lu les manuscrits, je les ai choisis, je les sais par cœur… et pourtant, quand vous me (...)

18Il semble que les histoires aient effectivement été soumises pour publication par des lecteurs et lectrices35. Puisqu’on sait que les échanges postaux entre le lectorat et la revue sont constants et réguliers, notamment via le « Courrier de Grand’mère Martin », le contraire aurait été étonnant. Jeanne Saint-Denis, rédactrice en chef d’Histoires vraies, confie lire et choisir les manuscrits reçus par courrier avec beaucoup d’attention, au point de les connaître «par cœur». Quand elle reçoit les illustrations d’André L’Archevêque, lesquelles viennent donner un visage plus précis aux héros et héroïnes, elle dit «retrouver des êtres connus»36. Ce témoignage semble confirmer qu’Histoires vraies donne à lire au grand public des récits personnels, sensibles, intimes, véridiques.

19En même temps, certaines informations préviennent d’emblée les acheteurs et acheteuses contre une lecture trop littérale du contenu de la revue : non seulement «[l]es noms des personnages [des] romans sont absolument fictifs et ont été choisis au hasard», mais il est souvent indiqué (à partir du numéro 90) que les nouvelles ont été «adaptées». Le remplacement de la mention « Envoi d’une lectrice / lecteur » par l’inscription « adapté par », vise en apparence à formater et à donner plus de souffle ou de cohérence aux récits. Mais il en change aussi bien le sens, car les textes ne sont pas adaptés par n’importe qui : leur réorganisation est confiée à des romanciers et romancières familiers de la maison d’édition Police-Journal, dont Mimi Estival, Jeanne Zéphire, Paul Verchères. Il est quand même troublant d’observer que la tâche de réécriture des témoignages du grand public a été donnée à des noms de plume connus pour leurs aptitudes à ficeler des histoires enlevantes… tout en constatant que cette fictionnalisation ne semble rien enlever, paradoxalement, au poids d’authenticité des récits.

20La raison en tient au statut particulier de la vérité des témoignages d’Histoires vraies. Cette vérité s’apparente à celle du conte, qui peut accumuler les clichés et les stéréotypes au sein d’une histoire absolument improbable. Le conte demande de la part des auditeurs et auditrices une suspension de l’incrédulité, mais cette suspension ne se fait pas au profit d’une pure artificialité, car le récit pointe en direction d’une vérité plus vraie que la réalité, vérité qui prend souvent les contours du destin (avant même d’épouser son prince, Cendrillon n’est pas une souillonne, peu importent les apparences). Cette propriété permet au conte d’être d’autant plus vrai qu’il est raconté par un « bon conteur ». De même, les témoignages d’Histoires vraies peuvent être fictionnalisés par des maîtres de la romance sans perdre leur authenticité. D’ailleurs, à ce sujet, on ne se gêne pas pour assimiler de manière implicite certains personnages des récits d’Histoires vraies aux héros et héroïnes des romans, tant ils leur ressemblent.

  • 37 Marie-Ève Thérenty, La Littérature au quotidien. Poétiques journalistiques au XIXe siècle, Paris, S (...)

21La question du rapport au «réel» que prétend entretenir la revue n’est pas, par conséquent, facile à régler. Faute d’archives, il nous est bien entendu impossible d’établir le statut effectif des textes parus dans le magazine des Éditions Police-Journal. Il reste que les histoires vraies d’Histoires vraies ont toutes, à divers degrés, une saveur artificielle, ne se gênant pas pour jouer sur l’amalgame ancien de la fiction et de la réalité dans le monde médiatique et ainsi profiter, comme l’ont démontré les travaux de Marie-Ève Thérenty, de toute «une série d’états intermédiaires et ambigus de fictionnalisation» afin de «tirer parti des qualités divertissantes et heuristiques de la fiction en échappant aux accusations de “menteries” ou de “conteries"»37.

Vérité et fiction

  • 38 Dans les magazines de confession romantique, « people talk about people ». George Gerbner, op. cit.(...)
  • 39 M. Dwayne Smith et Marc Matre, « Social Norms and Sex Roles in Romance and Adventure Magazines », J (...)

22Tout comme dans True Story, les textes d’Histoires vraies sont narrés à la première personne, un trait quasi inexistant dans les romans sentimentaux en fascicules. Le lectorat reçoit ainsi le discours, présenté comme réel, sans médiateur apparent. Ensuite, Histoires vraies personnalise les événements et les faits en utilisant abondamment la forme du dialogue38. Enfin, les descriptions sont à peu près totalement évacuées — l’usage du stéréotype palliant cette absence de détails39 — au profit de l’introspection. Ces procédés aident à donner un air de vérité aux témoignages.

  • 40 Il existe quelques exceptions, surtout dans les premiers numéros d’Histoires vraies, alors que la r (...)
  • 41 « Le roman du mois », Histoires vraies, no 308, p. 19.

23En revanche, d’autres aspects rendent les histoires moins convaincantes par rapport à celles qu’on retrouve dans True Story. D’une part, contrairement à ce qui est la norme dans le magazine américain, les témoignages d’Histoires vraies sont rarement présentés sous la forme d’une injonction directe au lectorat. De manière surprenante, peu de récits débutent par une adresse au public40 (sous la forme, par exemple, d’un «Cher lecteur» ou «Cher éditeur») et peu d’apartés interrompent le récit pour parler directement au destinataire. D’autre part, rares sont dans Histoires vraies les histoires dégradantes ou déshonorantes, au contraire de True Story. Les articles d’Histoires vraies s’ouvrent avec une mise en situation rapide d’un problème : quelque chose empêche des amoureux de s’aimer et le récit doit apprendre aux lecteurs et lectrices quel sera le dénouement de ce drame. Alors que les textes de True Story confessent une faute dans le passé, ceux d’Histoires vraies annoncent une solution (souvent heureuse) dans l’avenir. C’est pourquoi on serait porté, pour décrire le magazine, à reprendre le slogan publicitaire même de la maison d’édition Police-Journal : «des [récits] propres, de l’amour sain, une lecture pour tous, le tout dans un cadre vraiment canadien»41. Alors que les envois de la rubrique de « Grand’mère Martin » parlent de filles-mères et d’adultère, les témoignages décrivent des situations bien innocentes.

  • 42 Jerzy Kosinski, « Packaged Passion », American Scholar, no 42, printemps 1973, p. 193-204. Dwayne S (...)
  • 43 Les proportions ont été calculées pour un ensemble de revues de 1957 par George Gerbner, « The Soci (...)
  • 44 Pour une introduction sommaire à l’univers du roman sentimental publié en fascicules par les Éditio (...)

24Cette différence d’approche entre True Story et Histoires vraies ne laisse pas de surprendre. Il est probable que la codification plus stricte du comportement dans la revue américaine, laquelle insiste sur la punition à la suite d’une faute morale, découle paradoxalement d’une plus grande liberté, surtout en matière sexuelle42. Dans le magazine de Macfadden, les causes des souffrances des protagonistes changent, mais restent de près associées à des transgressions sexuelles : un tiers des histoires annoncées en page de couverture traitent de problèmes sexuels (nymphomanie, frigidité, etc.), un autre tiers de troubles maritaux et parentaux (adultère, bigamie, naissance illégitime, etc.) et le dernier tiers de détresse personnelle (tare, maladie, crime, fausse couche, etc.43). Dans Histoires vraies, les scénarios tournent davantage autour des erreurs de parcours et des amours impossibles : un père veut marier sa fille à un homme qu’elle n’aime pas, une fiancée s’aperçoit qu’elle en aime un autre, une jeune fille s’éprend d’un jeune homme dont elle ne connaît pas l’adresse, etc. Triomphe dans les pages du magazine québécois un scénario qui reprend les thèmes classiques du roman de la victime. La femme souffrira, certes, mais sa douleur ne découlera pas tant de ses fautes que, le plus souvent, de l’incompréhension de ses parents et des mauvais coups du sort. C’est là, d’ailleurs, un des scénarios type des romans en fascicules que vendent en même temps les Éditions Police-Journal44.

25Plutôt que d’apprendre aux lecteurs et lectrices à être fidèles à la morale, comme dans True Story, Histoires vraies enseigne à être vrai avec soi-même. La plupart des récits québécois répondent au canevas suivant : 1) incipit décrivant les circonstances actuelles du locuteur ou de la locutrice et la nécessité de revenir sur un événement passé, généralement pour sa valeur d’enseignement ; 2) péripéties vécues (souvent une histoire sentimentale présentant une rencontre, une disjonction, une conjonction) ; 3) « morale » de l’histoire, sens à tirer de l’événement (surtout en regard d’enjeux amoureux).

  • 45 Anonyme, « Les Drogues », Histoires vraies, no 46, [1947], p. 18.
  • 46 Ibid.

26Certes, on croise, à l’occasion, des scénarios plus sombres dans Histoires vraies. Par exemple, le témoignage d’une lectrice intitulé « Les Drogues », commençant ainsi : «Il y a 27 ans, quand mon mari et moi étions au pied de l’autel échangeant les vœux sacrés du mariage, je crus que c’était le moment le plus heureux de ma vie, mais il y a un autre incident qui se détache plus clairement que tout autre chose»45. La lectrice raconte ensuite comment elle a développé une dépendance aux drogues à la suite d’une hospitalisation. Sans le soutien de son mari, elle n’aurait jamais réussi à surmonter sa dépendance. Le texte se conclut par ces mots : «Mon amour pour ce compagnon de ma vie, qui a su comprendre cet égarement passager, a centuplé et aucun homme ne prendra dans mon cœur la place de choix que je réserve à mon mari. Je reporte sur mes enfants le surplus de ce grand amour»46.

27Ce type de récit ne représente pas une tendance lourde. Au contraire, on ne peut que noter la remarquable pudeur d’Histoires vraies. On peut penser que si, au Québec francophone, Histoires vraies délaisse les récits de rédemption morale, c’est que la femme canadienne-française ne peut retrouver, au contraire de la femme américaine, une deuxième vie après être tombée, une femme déshonorée étant une femme perdue à jamais. À l’instar de ce qu’on trouve dans le corpus de romans sentimentaux en fascicules, les hommes, bien plus que les femmes, jouent le mauvais rôle dans le magazine de Police-Journal.

  • 47 « Seule contre ma débauche », Histoires vraies, no 50, p. 3-7.

28La conséquence, c’est que les récits ne prennent pas dans le périodique québécois la forme d’un réel aveu : il n’y a rien, ou si peu, à pardonner. Aussi, très peu des textes publiés dans le magazine semblent mériter le nom de confessions. Par exemple, la nouvelle «Seule contre ma débauche», annoncée en page de couverture du numéro 50, ne remplit pas du tout ses promesses. Alors que le titre laisse supposer les confidences d’une femme dépravée, l’histoire raconte la vie d’un jeune homme de dix-huit ans qui, devenu orphelin, hérite de cent mille dollars de ses parents. Il en profite pour vivre une existence dissipée. Il joue, boit, sort dans les boîtes de nuit, fréquente des filles faciles, se vautre dans la décadence. Il délaisse la splendide Colette Dupré, son amie d’enfance. Après quatre ans, il est à peu près ruiné et se trouve du travail comme comptable dans une usine. Ayant perdu au poker une forte somme qu’il ne peut rembourser, il vole son employeur. Il passe en revue les dernières années de sa vie : prodigalité, vice, crime. Sa vie, conclut-il, est «finie». Il se rend de son propre chef à la police pour subir son châtiment. Mais dans un retournement théâtral dont on épargne les détails, tout finit par s’arranger : il reste à l’emploi de l’usine et se marie avec Colette. Dix ans plus tard, il est l’heureux père de deux enfants, a été promu gérant de production et possède en banque vingt mille dollars47.

  • 48 « Martyre d’amour », Histoires vraies, no 401, p. 23.

29Pour récupérer le supplément de vérité qu’ils ne peuvent acquérir par la confession d’une faute grave, les témoignages publiés dans Histoires vraies ne finissent pas toujours bien. C’est là où la revue tire son potentiel d’authenticité. Au contraire du roman sentimental populaire qui fait du happy end une norme, la « vraie vie » ne permet pas systématiquement le dénouement heureux. Parmi ces histoires à la fin triste ou tragique, trois scénarios se dégagent : le deuil d’un grand amour, un célibat qui aurait dû ne pas être, et un mariage sans amour. Dans le premier cas de figure, l’amour s’est dérobé. Le deuxième cas de figure évoque des amours qui n’ont jamais pu s’épanouir. Le troisième type de témoignages aborde la question des mariages sans passion. Par exemple, la Sylvie de «Martyre de l’amour» est malheureuse, même mariée. Belle, jeune (d’une trentaine d’années, elle en paraît vingt), séduisante, élégante, coquette, « épatante», «habillée comme une déesse», «auréolée de charmes» et riche, elle se désole d’être unie à un vieillard infirme et gâteux »48. Quant au mari, il n’a consenti au mariage qu’en passant outre au dégoût que lui inspirait une plaie affreuse qui défigurait l’avant du corps de la jeune femme. L’un trop vieux, et l’autre trop laide, ils ne connaîtront qu’une relation platonique.

  • 49 P. S. G., « Le courrier de Grand’mère Martin », Histoires vraies, no 101, p. 17.
  • 50 « Fille d’ivrogne », Histoires vraies, no 101, p. 17.
  • 51 Ibid., p. 13.

30On devine que l’insertion de ces scénarios dans Histoires vraies représente à sa façon un gage de vérité. Si les fins heureuses sont toujours un peu suspectes, soupçonnées d’insincérité et de travestissement, les fins malheureuses paraissent en contraste toujours plus vraies. Le malheur est incontestable, alors que le bonheur peut être feint. Le savant dosage de joies et de peines, dans les pages de la revue, vient ainsi donner du poids à toutes les histoires, beaucoup plus nombreuses encore, où l’amour triomphe, où le bonheur exulte, où la richesse survient grâce à quelque deus ex machina. Il rend en d’autres termes crédible une lecture qui, autrement, paraîtrait trop invraisemblable. Un exemple particulièrement net de cette dialectique nous est offert dans le numéro 101. On y trouve deux histoires. La première, parue dans la rubrique de Grand’mère Martin, est une courte lettre d’une femme qui signe P. S. G. Elle confie que son père est un ivrogne et qu’elle est tombée malade « à cause des disputes à la maison ». Elle a fait récemment la rencontre d’un jeune homme qu’elle a dû quitter, le cœur brisé, devant l’opposition catégorique de sa mère. Elle travaille, mais sa mère lui confisque son salaire pour payer leur pension, tout en la réprimandant continuellement. Sa vie est devenue, résume-t-elle, un enfer et elle « [s]e pren[d] à détester l’humanité »49. La seconde histoire est annoncée en page de couverture en grosses lettres et illustrée par un superbe dessin d’André L’Archevêque. Intitulée « Fille d’ivrogne », et précédée d’un bandeau « Une lectrice nous raconte sa vie », le récit nous fait connaître une jeune femme dont le père est, lui aussi, alcoolique. Sans parents pour la guider, la jeune femme a commis des erreurs et est tombée malade. « Ce fut le naufrage, confie-t-elle. Mon seul péché était d’avoir aimé ceux qui m’approchaient, d’avoir eu confiance, d’avoir été trop inconséquente »50. Heureusement pour elle, et à l’inverse du sort qui afflige P. S. G., les choses s’arrangent par « miracle ». Elle fait la rencontre d’un « prince charmant », qui l’épouse, lui donne un enfant, et lui procure le doux confort d’un foyer bien à elle. Ce conte de fées semble plus heureux encore que celui de Cendrillon, car, dans le récit biographique d’Histoires vraies, le beau prince est survenu « après que furent sonnés les douze coups de minuit, les douze coups fatidiques, qui mettaient fin à l’enchantement doré ». En d’autres termes, c’est quand la jeune femme s’est « trouvée seule, pauvre, dépouillée, meurtrie, déçue », que l’amour est « entré dans [s]a vie » et l’a prise « par la main ». « Et voilà, concluait-elle, une histoire vraie »51.

Fig.3. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 101, dessin d’André L’Archevêque

Fig.3. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 101, dessin d’André L’Archevêque

31Présentée isolement, l’histoire de « Fille d’ivrogne » pourrait paraître tirée par les cheveux. Sa crédibilité lui vient de ce qu’elle trouve écho dans d’autres récits d’Histoires vraies, souvent plus courts, occupant une place plus discrète dans les pages du périodique, sans que leur fonction en soit moindre. Sa véracité découle de la présence de unhappy ends qui garantissent l’objectivité d’ensemble de la revue. Il est révélateur que, dans le numéro 101, l’histoire qui finit mal soit placée dans la rubrique de Grand’mère Martin, et l’histoire qui finit bien en page couverture : pour celles qui se trouveraient dans la même situation que P. S. G., et pour qui les conseils de Grand’mère Martin ne suffiraient pas, il y a toujours la possibilité de rêver que « l’histoire vraie » racontée dans la « Fille d’ivrogne » puisse un jour leur arriver…

Conclusion : à la frontière du vrai et du faux

32On a supposé jusqu’ici que les revues de confession romantique et les romans présentaient, sur l’axe fiction/réel, l’envers et l’endroit d’une même médaille : alors que les magazines instruiraient et guideraient un public avide de conseils, les romans sentimentaux nourriraient des fantasmes. Une lecture attentive d’Histoires vraies invalide toutefois un jugement aussi rigide et conduit à relativiser le caractère fictif de l’un et l’objectivité de l’autre. Romans et magazine partagent tous deux une volonté de conseiller et de divertir, de décrire la vie telle qu’elle est et de raconter des aventures inventées.

  • 52 Paul Verchères, Les Amours d’une vierge, Montréal, Éditions Police-Journal, s. d. [1950], p. 4.

33On trouvera une amusante confirmation de cette confusion du pacte de lecture dans un roman qui, justement, embrouille les frontières entre réalité et fiction. Les Amours d’une vierge, signé du pseudonyme de Paul Verchères et publié en fascicule par les Éditions Police-Journal en 1950, commence de bien étrange façon. Un avant-propos met en scène les auteurs de la maison d’édition, réunis dans l’édifice des Éditions Police-Journal, rue de La Gauchetière, à Montréal. L’auteur Paul Verchères se désole de ce que, dans l’obligation d’écrire un roman d’amour, il se trouve en panne d’inspiration. La courriériste du cœur de la revue Histoires vraies, «grand’mère Martin», lui suggère décrire un récit en s’inspirant des tourments d’une jeune fille à la veille de se marier, jeune fille dont elle a fait la rencontre il y a peu de temps et que Paul Verchères connaît également. Frappé par les muses, Paul Verchères se retire dans son bureau, ce qui suscite le commentaire suivant de Mimi Estival, autre pseudonyme régulier des Éditions Police-Journal : «Avec l’aide du Docteur Littérature, le brave Paul aura demain matin terminé l’enfantement d’un autre de ses romans d’amour à l’emporte-pièce»52. Le roman en question s’ensuit, suivi d’un épilogue présenté sous la forme d’une lettre adressée au «Courrier de Grand’mère Martin» du magazine Histoires vraies. On y apprend que le héros et l’héroïne se sont mariés et sont sur le point d’avoir un enfant, raison pour laquelle ils auront besoin des conseils de l’aïeule. La boucle est bouclée : le personnage d’une courriériste réelle (mais à l’identité cachée) devient la confidente de personnages dont elle a suggéré l’invention au personnage d’un auteur (dont on ne connaît que le pseudonyme), qui s’est lui-même mis en scène dans Les Amours d’une vierge. Est-ce la fiction qui est devenue réalité ou la réalité qui a dépassé la fiction ? On voit bien la complexité des échanges ici en œuvre.

  • 53 À cet égard, il est révélateur que la création du magazine Histoires vraies précède de seulement un (...)

34La structure d’Histoires vraies est tendue entre le rêve et la réalité, le fantasme et le prosaïque. Il importe de donner du rêve et, simultanément, de faire vrai. Cette labilité des limites entre fiction et non-fiction est révélée à la fois à l’extérieur de la revue, entre autres dans ses rapports avec la collection « Roman d’amour »53, et à l’intérieur de la revue elle-même. On comprend bien que, placé devant le kiosque à journaux, le lectorat puisse choisir d’acheter un magazine lui promettant des Histoires vraies, en même temps qu’un fascicule de la collection « Roman d’amour », sans y voir de contradiction. En se confondant, la fiction des témoignages et la vérité de la fiction se nourrissent l’une et l’autre.

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Notes

1 Edgar Lespérance, cité par François Hébert, La Littérature populaire en fascicules, tome 2, Québec, Éditions GID, 2015, p. 21.

2 Matthieu Letourneux, « “J’en suis venu à accepter aussi bien l’autorité des récits et celle des articles”. Le pulp et la circulation des imaginaires sériels dans les imaginaires sociaux », Mémoires du livre / Studies in Book culture, volume 10, no 1, automne 2018, p. 7. Disponible sur Érudit [En ligne], consulté le 28 août 2021, URL : https://www.erudit.org/fr/revues/memoires/2018-v10-n1-memoires04223/1055406ar/.

3 Nous empruntons cette expression à Letourneux, qui désigne par là « l’insistance, dans l’économie du magazine, sur une unité des imaginaires par-delà les frontières de la fiction qui produit ce qu’on pourrait appeler une “culture sérialisée globale”, laquelle prend en particulier la forme d’une série de discours contaminés par la fiction ». Le contenu précis d’une « culture du sentimental » resterait à définir selon les lieux et les époques. Dans le cas qui nous occupe, Histoires vraies amalgame le roman d’amour avec le courrier du cœur, les conseils beauté, les petites annonces de rencontre, etc., pour former un imaginaire qui dépasse de loin le simple scénario du roman sentimental, par lequel un homme et une femme, après une série d’obstacles, s’unissent. Pour ne donner qu’un seul exemple précis, les lettres des nombreuses mères qui écrivent à Grand’mère Martin, dans Histoires vraies, pour obtenir des conseils sur la façon de superviser les fréquentations de leurs filles, font intégralement partie de cette « culture sentimentale ».

4 Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, Paris, Le Seuil, 1996, 384 p.

5 Voir Daniel Oster, « Autobiographie », Encyclopædie Universalis [En ligne], consulté le 26 mai 2020, URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autobiographie/.

6 Nicole Robine, « Lecture, lectures et projet de vie ou comment lit le lecteur populaire ? », dans Denis Saint-Jacques (dir.), L’Acte de lecture, Québec, Nuit blanche éditeur, 1994, p. 140. Sur des questions similaires, voir aussi les travaux de Matthieu Letourneux, en particulier « Incidence des supports dans les mutations des imaginaires sériels. Le cas d’Eichler et des dime novels européens », Belphégor [En ligne], n° 18, 2020, mis en ligne le 17 février 2020, consulté le 28 avril 2020, URL : http://journals.openedition.org/belphegor/2629 et Matthieu Letourneux, « Sérialité générique, modes de consommation et question de vérité. Le cas de Détective », Criminocorpus [En ligne], actes du colloque « Détective, histoire, imaginaire, médiapoétique d’un hebdomadaire de fait divers (1928-1940) », dirigés par Amélie Chabrier et Marie-Ève Thérenty, mis en ligne le 18 décembre 2018, consulté le 4 mars 2021, URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/4886. Voir également : Jean-Pierre Esquenazi, La Vérité de la fiction. Comment peut-on croire que les récits de fiction nous parlent sérieusement de la réalité ?, Paris, Lavoisier, 2009, 201 p.

7 Michelle Nolan, Love on the Racks : A History of American Romance Comics, McFarland, 2008, 246 p.

8 Jean-Pierre Esquenazi, op. cit.

9 Roseann Mandziuk, « Confessional Discourse and Modern Desires : Power and Please in True Story Magazine », Critical Studies in Media Communication, vol. 18, no 2, 2001, p. 174-192.

10 Selon François Hébert, le dernier numéro paru serait le 504. François Hébert, La Littérature populaire en fascicules au Québec, tome 2, op. cit., p. 21. Voir aussi François Hébert, La Littérature populaire en fascicules au Québec, tome 1, Québec, Les éditions GID, 2012, p. 37. Nous tenons à remercier François Hébert pour le don de sa collection aux archives de l’Université de Sherbrooke, P76, URL : https://www.usherbrooke.ca/biblio/documents-administratifs-et-archives/trouver-des-archives/archives-privees/p76-collection-francois-hebert/.

11 Annonce, Histoires vraies, no 50, p. 15.

12 Vincent Nadeau et Michel René, « Une littérature industrielle », Guy Bouchard et. al., Le Phénomène IXE-13, Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval, 1984, p. 40.

13 Leo Bogart, « Magazines since the Rise of Television », Journalism Quarterly, vol. 33, no 2, 1956, p. 154.

14 Hélène Prézeau, « L’histoire vraie de la semaine… André L’Archevêque », Histoires vraies, no 362, février 1955, [s. p.], disponible en ligne, consulté le 12 août 2020, URL : https://ixe-13.blogspot.com/2018/09/entrevue-avec-andre-larcheveque-1955.html?m=0.

15 Anonyme, « Doit-on se tutoyer avant le mariage ? », Histoires vraies, no 111, p. 16.

16 Anonyme, « La passion est-elle nécessaire dans le mariage ? », Histoires vraies, no 120, p. 18.

17 Anonyme, « Les femmes mariées ont-elles le droit de travailler en dehors ? », Histoires vraies, no 119, p. 18.

18 La page couverture d’Histoires vraies est initialement illustrée par des photos, comme c’est le cas pour les revues semblables américaines. À partir du numéro 451, les photos reviennent afin de présenter en page couverture des vedettes de la télévision québécoise.

19 Jayashree Kamblé, « Branding a Genre : A Brief Transatlantic History of Romance Novel Cover Art », dans William A. Gleason, Eric Murphy Selinger (dir.), Romance Fiction and American Culture. Love as the Practice of Freedom?, New York, Ashgate, 2016, [s. p.].

20 Il est révélateur que, lorsqu’il quitte Police-Journal à la fin des années 1950, André L’Archevêque trouve du travail dans une agence publicitaire de Montréal.

21 Les éditeurs américains de magazines appartenant à la même famille qu’Histoires vraies avouent que : « There is virtually no relationship between the pictorial element and titles featured ». George Gerbner, « The Social Anatomy of the Romance-Confession Cover Girl », Journalism Quarterly, vol. 35, no 3, 1958, p. 300.

22 Viviane Namaste, Imprimés interdits. La censure des journaux jaunes au Québec, 1955-1975, Québec, Septentrion, 2017, 238 p. ; Yves Lever, « Magazines avec illustrations », dans P. Hébert, Y. Lever et K. Landry, Dictionnaire de la censure au Québec, Montréal, Fides, 2006, p. 430-432.

23 La citation est la suivante : « L’éducation physique est capable de donner beauté et santé à n’importe quelle femme », « Conseils de beauté », Histoires vraies, no 32, p. 9.

24 Theodore Peterson, Magazines in the Twentieth Century, Urbana, University of Illinois Press, 1964, p. 299.

25 Fulton Oursler, The True Story of Bernarr Macfadden, New York, Lewis Copeland company, 1929, p. 221. En 1927, après avoir été poursuivi pour un demi-million de dollars par huit résidents de la ville de Scranton, en Pennsylvanie, qui s’étaient reconnus dans une de ses histoires, Macfadden ne se fit plus aussi affirmatif.

26 Sur l’offre éditoriale de pulps au Canada, en anglais et en français, voir la galerie disponible sur le site du spécialiste Will Straw, URL : www.willstraw.com.

27 George Gerbner, « The Social Role of the Confession Magazine », Social Problems, vol. 6, no 1, été 1958, p. 29-40.

28 Ibid., p. 36. Maureen Honey, « The Confession Formula and Fantasies of Empowerment », Women’s Studies, vol. 10, no 3, 1984, p. 303-320.

29 Edgard Lespérance, Police-Journal, no 361, 1954, cité par François Hébert, La Littérature populaire en fascicules au Québec, tome 2, op. cit., p. 20.

30 Selon la Ligue du Sacré-Cœur, Histoires vraies se classe tout de même parmi les revues « à ne pas recommander ». Notons que pour la même période, François Hébert dénombre 13 autres revues relatives à l’amour, produites au Québec par 4 autres éditeurs. Toutes fondées après Histoires vraies, les Histoires vécues, Confessions d’amour, Romances vécues et autres épigones semblent imiter pâlement le magazine des Éditions Police-Journal, mais cette analyse reste à faire. Par exemple, clairement plus axée sur la sexualité, la revue Le Digeste de l’amour (Éditions Bernard), comptant une centaine de pages, contient un contenu nettement plus audacieux qui lui vaut d’ailleurs la mention « à proscrire » dans la liste des revues indésirables publiée par la Ligue du Sacré-Cœur. Voir Namaste, op. cit., p. 40. Voir aussi François Hébert, La Littérature populaire en fascicules au Québec, tome 1, op. cit., p. 48-50.

31 Cette stratégie est commune à d’autres périodiques, dont l’hebdomadaire Police-Journal, qui multiplie les adresses au lectorat, sollicitant en particulier les « détectives et les constables qui se sont distingués dans les causes intéressantes, mystérieuses ou terribles ». François Hébert, La Littérature populaire en fascicules au Québec, tome 2, op. cit., p. 12. On connaît l’immense popularité des séries de type true crime, pendant des séries du type true story.

32 Publicité, Histoires vraies, no 46, [1947], p. 13.

33 Ibid.

34 Ces faibles montants n’ont rien à voir avec les sommes versées par les revues américaines. En 1942, True Story affirmait payer jusqu’à 2 000 $ pour les histoires reçues. Pour des histoires courtes (500 mots), on promettait 10 $, pour les histoires de rencontres amoureuses 25 $, et pour les conseils aux amoureux 15 $.

35 Nous ne connaissons pas le nombre de lettres reçues par Histoires vraies. À titre indicatif, l’émission de CHRC (un poste de radio de Québec) la plus populaire, « Montagnards laurentiens », génère en 1942 600 lettres d’auditeurs par semaine. En 1945, les « Montagnards laurentiens » reçoivent 3144 lettres en l’espace de quatre émissions. Jean Du Berger, Jacques Mathieu et Martine Roberge, La Radio à Québec, 1920-1960, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1997, p. 150. Vers 1940-1945, le Soldat Lebrun se vante d’avoir reçu 13 044 lettres à l’adresse de la station CHRC. Ibid., p. 154.

36 « Moi, j’ai lu les manuscrits, je les ai choisis, je les sais par cœur… et pourtant, quand vous me remettez vos dessins, je crois retrouver des êtres connus, et je ne vois pas mieux les héros dans ma pensée que sur vos dessins. » Hélène Prézeau, « L’histoire vraie de la semaine… André L’Archevêque », Histoires Vraies, no 362, février 1955, [s. p.], disponible en ligne, consulté le 12 août 2020, URL : https://ixe-13.blogspot.com/2018/09/entrevue-avec-andre-larcheveque-1955.html?m=0.

37 Marie-Ève Thérenty, La Littérature au quotidien. Poétiques journalistiques au XIXe siècle, Paris, Seuil, 2007, p. 129-130.

38 Dans les magazines de confession romantique, « people talk about people ». George Gerbner, op. cit., p. 34.

39 M. Dwayne Smith et Marc Matre, « Social Norms and Sex Roles in Romance and Adventure Magazines », Journalism Quarterly, vol. 52, no 2, été 1975, p. 309-315.

40 Il existe quelques exceptions, surtout dans les premiers numéros d’Histoires vraies, alors que la revue cherche son identité.

41 « Le roman du mois », Histoires vraies, no 308, p. 19.

42 Jerzy Kosinski, « Packaged Passion », American Scholar, no 42, printemps 1973, p. 193-204. Dwayne Smith et Marc Matre, « Social Norms and Sex Roles in Romance and Adventure Magazines », op. cit.

43 Les proportions ont été calculées pour un ensemble de revues de 1957 par George Gerbner, « The Social Anatomy of the Romance-Confession Cover Girl », Journalism Quarterly, vol. 35, no 3, p. 300. Voir aussi David Sonenschein, « Love and Sex in the Romance Magazines », Journal of Popular Culture, vol. 4, no 2, automne 1970, p. 398-409.

44 Pour une introduction sommaire à l’univers du roman sentimental publié en fascicules par les Éditions Police-Journal, consulter le site internet du projet « De l’amour à 10 sous », [En ligne], URL : https://www.amoura10sous.com/.

45 Anonyme, « Les Drogues », Histoires vraies, no 46, [1947], p. 18.

46 Ibid.

47 « Seule contre ma débauche », Histoires vraies, no 50, p. 3-7.

48 « Martyre d’amour », Histoires vraies, no 401, p. 23.

49 P. S. G., « Le courrier de Grand’mère Martin », Histoires vraies, no 101, p. 17.

50 « Fille d’ivrogne », Histoires vraies, no 101, p. 17.

51 Ibid., p. 13.

52 Paul Verchères, Les Amours d’une vierge, Montréal, Éditions Police-Journal, s. d. [1950], p. 4.

53 À cet égard, il est révélateur que la création du magazine Histoires vraies précède de seulement un an celle de la collection « Roman d’amour », créée en 1944, et portant, en couverture des premiers numéros, le titre « Les Éditions Histoires vraies ».

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Titre Fig.1. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 113, dessin d’André L’Archevêque
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Titre Fig.2. Page couverture de Michel Darien, Une femme à l’encan, Montréal, Éditions Police-Journal, 1957, dessin d’André L’Archevêque
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Titre Fig.3. Page couverture d’Histoires vraies, [s. d.], no 101, dessin d’André L’Archevêque
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Marie-Pier Luneau et Jean-Philippe Warren, « Le brouillage des genres. L’imaginaire réaliste et fictionnel du magazine Histoires vraies (1943-1957) »Belphégor [En ligne], 19-2 | 2021, mis en ligne le 21 janvier 2022, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/belphegor/4239 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.4239

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Auteurs

Marie-Pier Luneau

Professeure au Départment des arts, langues et littératures de l'Université de Sherbrooke, Marie-Pier Luneau est directrice du GRÉLQ et co-directrice de la revue internationale Mémoires du livre/Studies in Book Culture. Elle s'intéresse aux stratégies d'écrivains et à la littérature populaire.

Ensemble, Warren et Luneau ont publié L'amour comme un roman. Le roman sentimental au Québec, d'hier à aujourd'hui, dans la collection « Socius », aux Presses de l'Université de Montréal. Ils dirigent également le projet « De l'amour à 10 sous », consacré aux fascicules de romans sentimentaux publiés au Québec dans l'après-guerre.

  

Articles du même auteur

Jean-Philippe Warren

Titulaire d'une chaire d'études sur le Québec, Jean-Philippe Warren est professeur au Département de sociologie et d'anthropologie de l'Université Concordia. Il a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire intellectuelle et culturelle au Québec, dont Honoré Beaugrand. La plume et l'épée (1848-1906) (Boréal 2015), qui s'est mérité le prix littéraire du gouverneur général du Canada.

Ensemble, Warren et Luneau ont publié L'amour comme un roman. Le roman sentimental au Québec, d'hier à aujourd'hui, dans la collection « Socius », aux Presses de l'Université de Montréal. Ils dirigent également le projet « De l'amour à 10 sous », consacré aux fascicules de romans sentimentaux publiés au Québec dans l'après-guerre.

 

 

  

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