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I. Les temps de l'anticipation

Le futur au prisme du passé :anticiper l’avenir depuis la période fin-de-siècle

Emmanuel Boldrini

Résumé

Les auteurs et artistes des dernières décennies du XIXe siècle montrent une évidente obsession eschatologique, qu’elle concerne le déclin de la nation, de la civilisation, ou de l’humanité tout entière. Cette inquiétude se décline en une poétique et une esthétique de la finitude que la « décadence » désigne comme un mot-totem. Pourtant, cette fin-de-siècle, qui se croit à la fin de tout, puise dans les nouveaux savoir portés sur les origines (préhistoire, évolutionnisme) les ferments de ses visions apocalyptiques. Il s’agira, dans cette étude, de comprendre l’implication des connaissances sur les débuts des temps dans l’imaginaire de la fin des temps. Car, dès lors que cette culture se positionne sur l’échelle de l’espèce qu’invitent à penser ces nouveaux savoirs, il semblerait que mourir, ce n’est pas tant « partir beaucoup », pour reprendre le trait plaisant d’Alphonse Allais, c’est peut-être et avant tout revenir.

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Texte intégral

1« Décadente », « déliquescente », « fin-de-siècle », autant de termes alternativement proposés pour qualifier l’atmosphère culturelle des dernières décennies du XIXe siècle, et qui donnent à penser l’évidente obsession eschatologique d’une société qui se croit à bout de souffle, au bord de l’effondrement civilisationnel, en tout cas, qui aime à se représenter comme telle. Pourtant, dans le sillage de ces tendances s’engagent des démarches en apparences contraires : à la même époque, en effet, s’exprime un désir de retour à un état supposé plein et originaire de la création. Nous essaierons de démontrer comment ce paradoxe n’est qu’apparent dans la mesure où, dans l’imaginaire fin-de-siècle, la poétique de la fin des temps se trouve réinvestie par celle de l’aube des temps. Il s’agira donc d’examiner comment, dans la culture décadente, la pensée des origines contribue à formuler l’idée même de décadence : comment l’imaginaire préhistorique circule-t-il dans l’imaginaire apocalyptique ? Comment l’homme de l’après-histoire et l’homme de la préhistoire se rencontrent-ils parfois au sein d’un récit ou d’une image ?

  • 1 Nous prenons acte de la porosité de la frontière séparant la décadence du symbolisme et intégrons (...)
  • 2 Les milieux artistiques et littéraires des dernières décennies du siècle sont en effet le théâtre (...)

2Nous nous attacherons particulièrement à observer les expressions, plutôt élitaires, des symbolistes et décadents1, mais nous arrêterons ponctuellement sur quelques exemples issus de représentations populaires (roman d’aventure, vulgarisation) qui semblent participer à véhiculer des appréhensions « fin-de-siècle ». Dans l’un ou l’autre régime, la représentation de nos origines doit composer avec une discipline récente, qu’il s’agit pour l’auteur d’aborder ou d’ignorer2 : la préhistoire. Cette jeune science, qui cherche encore ses critères définitoires, est une source d’émerveillement autant que d’angoisse puisqu’elle questionne notre humanité, dénonce la porosité de ses contours, mais aussi et surtout parce que l’imagination, quand elle se penche sur les abîmes de ce « temps profond », est bien souvent saisie de vertige. L’imaginaire préhistorique, en mettant en récit les débuts de l’homme, rend sa fin plausible selon différents scénarios dont nous allons mener l’examen. Prenant acte de la fréquente asynchronie entre les découvertes scientifiques et leur prise en compte par la fiction, nous parcourrons un itinéraire qui ne suivra pas la succession des théories concernant les origines de l’homme et du vivant, mais l’ampleur de la menace que l’on imagine peser sur l’espèce pour l’avenir : de sa régression à son anéantissement.

I. L’homme doublé par l’animal : les promesses de la régression

  • 3 La première traduction de L’Origine des espèces, par Clémence Royer, date de 1862. La théorie d’u (...)
  • 4 Voir à ce propos Noël Coye, La Préhistoire en paroles et en actes, Paris, L’Harmattan, 1998, p.14 (...)
  • 5 L’hypothèse d’un homme fossile a certes été proposée par Boucher de Perthes dix ans auparavant ma (...)
  • 6 Alors que Darwin évite encore la question de l’ascendance humaine dans L’Origine des espèces, d’i (...)
  • 7 Claire Barel-Moisan a notamment travaillé sur ce thème spécifique. Consulter particulièrement « E (...)
  • 8 Evanghélia Stead, Le Monstre, le singe et le fœtus. Tératogonie et Décadence dans l’Europe fin-de (...)
  • 9 Ibid., p. 112.
  • 10 « La pensée évolutionniste oblige l’individu à se penser dans une continuité : un regard en arri (...)

3Le développement de la préhistoire et la reconnaissance d’un homme fossile (c’est-à-dire contemporain des espèces disparues) coïncide avec la publication et l’immédiate diffusion des idées de Darwin, dans les années 18603. C’est en effet durant cette décennie qu’on assiste à une lecture évolutionniste du développement de l’intelligence humaine, notamment sous l’impulsion de Gabriel de Mortillet4, mais aussi à la reconnaissance progressive de la « haute antiquité de l’homme », qui marque le glissement dans un nouveau paradigme dont le point de bascule a pu être situé autour de 18595. La théorie darwiniste en particulier, si elle provoqua autant de colère et de moqueries en France que celle d’un homme fossile, en raison de l’ancêtre qu’elle nous assignait indirectement6, situait l’homme dans un schéma dynamique, celui de l’évolution, qui ouvre la voie aux fantasmes des origines mais aussi aux conjectures sur son avenir7. L’évolution, en contexte de décadence, emprunte volontiers le chemin de la régression comme évolution à rebours. En cela, l’imaginaire « fin-de-siècle » prolonge, en la radicalisant, une voie déjà ouverte par le naturalisme littéraire et sa mise en récit des théories de l’atavisme : alors que cette dernière postule la possible résurgence de caractères primitifs, ponctuellement, chez l’individu, une obsession se fait jour dans les dernières décennies du siècle qui suppose la lente régression vers ses origines primitives de l’ensemble du groupe social. Evanghélia Stead a démontré la saillance du thème de la régression et du retour au singe dans l’imaginaire décadent8. Ses analyses quant à la circulation de l’évolutionnisme dans la culture décadente contribuent notamment à mieux appréhender la place « complexe », voire « antinomique », du corps dans ces milieux, « tantôt réhabilité, tantôt vilipendé », mais aussi perçu comme une « espèce zoologique »9. Enfin, ce travail met bien en valeur la relation entre évolution et régression, la seconde étant pensée à partir de la première10. Il ne s’agit donc pas ici de reproduire ou alimenter une étude par ailleurs riche et panoramique, mais, dans un premier temps, d’observer la représentation de ces motifs dans l’imaginaire anticipateur des tendances fin-de-siècle et de les comprendre comme l’expression d’une vision du temps qui leur est propre. Nous verrons en particulier comment cette projection du passé sur l’avenir, qui prétend s’appuyer sur la science, peut nourrir la temporalité régressive ou cyclique pensée par les décadents et symbolistes (les deux pouvant parfois se compléter ou se répondre).

  • 11 L’auteur entame donc sa carrière littéraire parmi les futurs décadents du Quartier latin, et ce t (...)
  • 12 Edmond Haraucourt, L’Effort, Paris, Société d’édition des bibliophiles contemporains, 1894.

4Le télescopage de la crainte de la fin et de la hantise du recommencement se lit assez bien dans l’œuvre d’Edmond Haraucourt, auteur prolifique à qui sa longévité a permis de traverser les différentes tendances fin-de-siècle, de la bohème chat-noiresque au symbolisme le plus nébuleux en passant par le décadentisme dont les thèmes imprègnent une grande partie de son œuvre11. La préoccupation quant à la finitude du règne humain et à sa dissolution dans une temporalité large et cyclique, dévoreuse des individualités autant que des sociétés, se retrouve d’abord dans un recueil aux forts accents symbolistes, hanté par le spectre de la fin des temps : L’Effort12. C’est alors pour lui l’occasion d’opérer un retour sur la préhistoire, pour le moment assez allusif car inscrit dans une poétique qui a tendance à évacuer les éléments chronologiquement, sociologiquement et matériellement situables au profit d’une atemporalité éthérée, proche du merveilleux. Ainsi, plutôt que de se risquer à imaginer le futur terrestre de l’homme, Haraucourt, dans « L’Immortalité », imagine un poète, parvenu dans l’au-delà, qui a l’occasion de rencontrer tous les esprits géniaux de l’humanité, des premiers hommes, encore à demi sauvages, fabriquant les premiers outils, élaborant les premières pensées, aux grands inventeurs de la Renaissance… pour aboutir à ceux qui, par lassitude, par découragement devant l’infini, sont retombés, prostrés, inactifs, dans une léthargie régressive (images 1 à 3). Un tel texte ne laisse que vaguement imaginer la dégénérescence à venir, tout travaillé qu’il est par l’esthétique symboliste (ici en situant l’action dans un monde supraterrestre). Mais déjà, la question de la finitude de l’homme et de la vanité de son œuvre aboutit à une image régressive d’une humanité que l’on imagine prise dans un cycle d’éternels recommencements. La figure du préhistorique est ici mobilisée comme point de départ d’une intelligence prometteuse et comme point d’arrivée d’une intelligence épuisée.

1. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.

2. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.

3. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.

5Les hantises eschatologiques qui travaillent ce recueil sont plus évidemment lisibles dans un conte symptomatiquement nommé « La Fin du monde ». Ici, ce n’est pas le spectre de la régression qui plane sur les destinées humaines mais une menace extérieure : la collision prochaine de la Terre avec la Lune. Ce conte nous intéresse cependant dans la mesure où, d’une part, la perspective de la fin du monde donne lieu à un désenchantement général ouvrant la voie au retour des instincts que nous retrouverons dans d’autres textes du même auteur traitant de régression, et, d’autre part, à une représentation du débat scientifique institutionnel qui trouve là aussi des échos dans la littérature plus populaire mais également dans d’autres textes d’Haraucourt.

  • 13 Ibid., p. 110.
  • 14 Ibid., p. 115.
  • 15 Ibid., p. 117. Le dualisme corps/ âme se double d’une dichotomie collectif/ individuel, puisque n (...)

6Le désabusement auquel donne lieu l’annonce de la fin du monde tient davantage de la désillusion heureuse que de la consternation, mais il s’offre comme un miroir déformé, une image symétrique d’un état originaire dont l’axe se situerait précisément à l’annonce du compte à rebours : « l’espèce humaine, mathématiquement sûre de l’avenir, allait compter désormais à reculons les siècles et les jours, jusqu’à la mort de la planète13. » Alors qu’approche l’échéance, l’humanité retourne, au moins conceptuellement, à un état de solidarité avec la nature : « Désormais, l’homme savait n’être qu’un animal errant, frère des pucerons, une force infime au milieu d’un univers de forces14. » C’est bien ici la perspective de la fin du monde qui fait resurgir l’animal enfoui sous les conventions puisque c’est devant le cataclysme imminent que, en s’effondrant, elles cèdent la place à l’antique être d’instincts : « Veuve ainsi [de ses chimères], l’âme humaine était bientôt morte, et l’on eût dit que par une revanche contre les religions de jadis, l’animal humain durait plus longtemps que son âme15. » Nous sommes certes loin du retour au singe dont nous analyserons des exemples chez le même auteur ; plus encore, le raffinement s’invite dans cet état de torpeur crépusculaire, et pour cause, c’est bien d’une décadence morale que souffre cette société du futur. Pourtant sa description emprunte certains accents darwiniens qui lui associent des caractéristiques proprement biologiques :

  • 16 Ibid., p. 122. A la page suivante, l’idée de retour, associée à celle d’un ultime état édénique o (...)

L’approche de la mort, en exaspérant la nervosité animale, avait, il est vrai, exagéré en chacun les tendances propres à sa nature : mais dans cette excessive promiscuité, elle avait surtout exagéré les tendances communes; or, au-dessus des goûts qui nous sont personnels, deux lois plus puissantes que nous-même s’imposent à tous les êtres, pour nous faire le double devoir de conserver l’individu et de conserver l’espèce ; deux imprescriptibles instincts : celui de vivre, et celui de procréer : c’est pourquoi, partout, l’instinct de vivre en s’exaltant devenait la fureur de vivre, cependant que l’instinct d’aimer devenait une folie de luxure16.

  • 17 La mécompréhension et l’hypocrisie assurent un comique par contraste (par exemple, « cette conclu (...)
  • 18 Ibid., p. 103.
  • 19 Ibid., p. 104.

7Concernant la représentation du débat scientifique, c’est d’abord l’hermétisme du contenu de la séance publique qui est souligné, par l’énumération des technolectes et de chiffres, d’autant plus frappant que l’éminent savant qui annonce la découverte s’exprime devant un parterre de mondaines visiblement plus préoccupées par le prestige social que leur confère leur seule présence dans l’assistance17. Enfin, des effets de circulation du passé vers l’avenir et inversement se lisent à deux niveaux dans ce texte : la dynamique présidant à la succession des découvertes scientifiques se fonde sur la répétition des mêmes opérations sur la base de données différentes, puisque le scientifique, modeste, reconnaît sa dette : « il n’avait fait que recommencer, sur des données plus vastes et dans une époque mieux renseignée, le travail que Laplace avait esquissé dans les derniers âges de l’ère chrétienne [...]. »18 Ensuite, c’est précisément la nature du regard savant qui permet la projection du passé sur l’avenir, comme le laisse entendre cette proposition dont la structure en chiasme permet à la fois d’illustrer ce schéma et de lui donner une apparence d’évidence : « L’observation du passé ayant donc permis de poser une loi, la loi pouvait à son tour révéler l’avenir [...]. »19

  • 20 Ibid., pp. 106, 107. Cette représentation agonistique du débat scientifique institutionnel semble (...)
  • 21 Ce débat ayant opposé, dans les années 1860, le naturaliste Huxley et l’évêque Wilberforce ne por (...)

8Dès l’annonce de la fin du monde, pourtant programmée pour un avenir distant de quelques millénaires, la conférence publique donne lieu à la description d’un vacarme, dont on trouve un écho dans un autre texte anticipateur aux accents préhistoriques de Haraucourt sur lequel nous nous arrêterons20. Si de telles représentations dans la littérature anticipatrice viennent perturber l’éventuelle monotonie de ces événements institutionnels et savants pour mieux les faire entrer dans un récit dynamique, elles n’en restent pas moins tributaires d’un imaginaire plus diffus, qui a par ailleurs tendance à désigner la foule populaire comme une entité massive et tapageuse. Le public cultivé du tournant du XXe siècle a probablement encore en mémoire le célèbre débat d’Oxford, puisque de nombreuses publications participent alors encore à la construction de son statut légendaire21. Cette opposition conflictuelle sur la question des origines au sein d’un débat scientifique est projetée dans un avenir lointain par Haraucourt dans un autre texte anticipateur : « Le Gorilloïde ». Cela témoigne encore de la tonalité polémique dont on revêt alors le débat scientifique, à laquelle le traitement du problème des origines a sans doute contribué.

  • 22 Le Journal, 12 janvier 1904, p. 1.

9Dans ce court texte de 190422, la hantise de la fin de l’homme et celle de sa régression se replient l’une sur l’autre. Le conte narre la découverte, dans un futur lointain, d’un rebut de l’humanité finissante par une assemblée de doctes gorilles qui débattent du degré de civilisation de cet ancêtre peu glorieux. La conférence est d’emblée houleuse puisqu’elle prend place dans un contexte polémique où les gorilles évolués se déchirent sur la question suivante : « le singe descend-il de l’homme ? » Le gorille savant présente d’abord à l’assistance un squelette d’homme, qu’il décrit comme une espèce « perfectionnée, civilisée, voire dégénérée ». On montre enfin un spécimen de descendant vivant. Le rejeton en question, le gorilloïde (sur le modèle de l’« anthropoïde »), est un homme au physique atrophié décrit sur un mode clinique :

L’homme est vêtu d’un ample manteau de fourrure d’ours. Il mesure environ un mètre dix. Sa tête, énorme et blafarde, est parsemée, sur la face comme sur le crâne, de poils rares, d’un blanc sale ; ses yeux clignotants, qui semblent être ceux d’un albinos, sont protégés par des cils longs. L’expression est celle de la frayeur. Le torse et les jambes sont invisibles sous le manteau drapé.

10Puis, lorsque le savant gorille lui ôte son manteau, l’entremêlement des caractéristiques simiesques et fœtales s’affirme plus encore :

son buste est veule, plat, et comme écrasé, mais l’abdomen, ballonné, proémine ; les bras, d’une extraordinaire brièveté, se terminent par des mains minuscules, aux doigts effilés ; les jambes cagneuses et courtes ont d’énormes attaches ; le corps entier, d’un gris terne, est strié de poils blancs, semblables à ceux de la face

11On lit bien dans cette inversion typiquement décadente l’expression d’une terreur métaphysique (la possibilité d’une extinction) issue de l’appréhension que cette fin résulte d’une lente dégradation (ce qui procède d’une horreur biologique). Si le texte peut prêter à rire, de ce rire volontiers cynique et amer propre au grotesque décadent, il semble trahir une angoisse très sérieuse, au moins pour l’auteur. En 1900, Haraucourt avait publié « Les Derniers hommes », article ou prose conjecturale, dont la tonalité donne d’emblée à lire le vertige suscité par la découverte de l’antiquité des origines humaines :

  • 23 Edmond Haraucourt, « Les Derniers hommes », Le Gaulois littéraire et politique, 2 novembre 1900.

Les générations d’alors étaient si loin des nôtres qu’elles n’avaient même plus, de notre aspect et de nos mœurs, la vague notion qui nous reste des ancêtres préhistoriques. Non pas que ces derniers hommes fussent ignorants de tout : au contraire, notre science moderne, à côté de la leur, semblerait enfantine ; mais ils arrivaient si tard derrière nous que, dans la perspective des âges, nous devenions, pour leur regard, les contemporains de ceux qui vécurent dans les cavernes des forêts, et qui taillèrent les premiers silex.23

  • 24 Initialement publié en feuilleton dans les Annales politiques et littéraires au cours de l’année (...)
  • 25 Edmond Haraucourt, Le Gorilloïde et autres contes de l’avenir retrouvés dans la presse (textes ré (...)

12Dans ce texte, l’auteur nous enjoint d’abord à penser que l’avenir portera sur son siècle un regard aussi embrumé et incertain que celui que son époque porte sur la préhistoire. Puis il imagine ces derniers hommes lointains : ils sont rares et continuent de survivre sur les seules zones habitables d’une Terre rendue glacée et aride par le refroidissement du soleil. Leurs conditions de vie sont misérables, leur corps est atrophié, mais leur intelligence, hyper-développée comme leur boîte crânienne, les pousse à survivre pour satisfaire un besoin aveugle de se développer encore, malgré un découragement général. Ce sentiment de perte des valeurs rappelle évidemment la société décadente telle qu’elle se représente elle-même, mais on constate également quelques similitudes thématiques avec un texte maintes fois réédité, La Mort de la Terre24, de Rosny aîné, publié dix ans plus tard. De tels échos semblent accréditer l’idée d’une progressive diffusion des thématiques fin-de-siècle dans un imaginaire plus vaste. Enfin, ces thèmes sont à nouveau repris dans un autre texte, redécouvert par Jean-Luc Buard25 : « La Traversée de Paris » (ou « Dans 5000 ans »), initialement publié dans Le Journal en 1904. Des touristes surévolués viennent visiter un Paris englouti sous les eaux, guidés en bateau par une Parisienne, rejeton de l’ancienne humanité aux caractères préhistoriques accusés. Ici encore, la visite est l’occasion pour un personnage-guide de mettre en perspective la société contemporaine du lecteur avec la préhistoire.

  • 26 Selon les attributs que Jean Lorrain donne à son émule de Des Esseintes, dans son « Evangile (sel (...)

13Dans ces textes, l’auteur semble donner à penser une évolution exponentielle aboutissant à un état diamétralement opposé à l’état primaire (les hommes ne sont plus robustes et stupides, mais atrophiés et superintelligents). Ces humanoïdes cohabitent cependant avec des créatures au profil atavique, retombées dans un état primaire. La projection de la préhistoire dans l’avenir permet ici la mise en concurrence de deux humanités diamétralement opposées : la brute massive ensauvagée et l’atrophiée à l’intelligence surdéveloppée mais froide, possibles avatars du peuple et du décadent raffiné. Il n’est que de citer l’exemple archétypique du personnage de Des Esseintes, dans À Rebours de Huysmans, pour sentir à quel point la thématique de la faiblesse physique s’offre comme le pendant au raffinement esthétique et intellectuel dans la culture fin-de-siècle. En ce sens, Haraucourt épuise l’image du « frêle [...] phtysique [sic] »26 en le projetant dans l’avenir, au moyen des données savantes de son époque. À ce titre, appréhensions décadentes et inspiration scientifique puisée dans les discours sur les origines semblent encore additionner leurs apports dans la constitution d’une eschatologie fin-de-siècle.

  • 27 Edmond Haraucourt, Les Âges, Daâh le premier homme, Paris, Flammarion, 1914.
  • 28 Ainsi, selon cette théorie que Haeckel défend à partir de 1866 (dans Generelle Morphologie der Or (...)
  • 29 Consulter en particulier l’ouverture de sa partie sur le fœtus, dans Le Monstre, le singe et le f (...)

14Cette dynamique équivoque de la temporalité chez Haraucourt se retrouve dans son seul roman entièrement préhistorique, Daah, Le premier homme27, où la métaphore du « fœtus » est appliquée à l’anthropopithèque éponyme. La temporalité régressive chez Haraucourt semble en définitive chercher un compromis entre dynamique exponentielle et schéma cyclique. L’image du singe et celle du fœtus se mirent facilement l’une dans l’autre à une époque où l’on croit à la théorie de la récapitulation de Haeckel qui postule la similarité de la phylogénèse et de l’ontogénèse, autrement dit, du développement de l’individu et de celui de l’espèce28. Nous abondons ici dans le sens d’Evanghélia Stead, qui a déjà bien mis en valeur la solidarité des motifs du singe et du fœtus dans la poétique décadente29 et y voyons un écho à des thèses scientifiques alors répandues et fertiles sur le plan littéraire et plastique.

L’homme et son double : les possibilités de l’hybridité

15À l’horreur métaphysique (ou eschatologique, puisqu’elle concerne aussi la finitude de l’homme), parfois induite par l’horreur biologique (la possible dégradation), nous pouvons ajouter une horreur que nous dirions ontologique. La proximité de l’humain et de l’animal qu’invite à penser la préhistoire permet une exploration inquiète des marges de l’homme et une mise en tension permanente des contours de son humanité (image 4). L’humiliation qu’impliquent de concert la préhistoire et le darwinisme en nous tendant le singe comme miroir peut déboucher sur un mode de représentation grimaçante et grotesque, une sorte d’autoportrait de l’artiste en singe qui va également susciter un rire grinçant. Si nous préférons évoquer les possibilités de l’« hybridité » plutôt que de l’« hybridation », c’est que le suffixe d’action de ce dernier terme nous engagerait sur une piste trompeuse : le retour à un état composite entre l’homme et le singe – dont rendent compte les hésitations lexicales de l’époque (anthropopithèque, pithécanthrope) – découle en réalité plutôt d’un accident, plus ou moins provoqué par les protagonistes.

4. Caricature tirée du London Sketch Book, 1874

  • 30 Félicien Champsaur, Entrée de clowns, Paris, Jules Lévy, 1883.

16Ainsi en va-t-il de deux textes prospectifs de Félicien Champsaur, romancier et poète montmartrois, proche des cercles décadents dans son expression la plus joyeusement acerbe. Dans son recueil de contes Entrée de clowns30, Champsaur imagine deux scénarios spéculatifs d’hybridations simiesques :

  • 31 Pour un répertoire critique et analytique de la place qu’occupe la figure du scientifique dans l’ (...)
  • 32 Parmi de nombreux exemples, citons Emile Dodillon, Hémo, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, 1886, J (...)

17Sur un mode d’abord biologique, « Le Premier homme » est un texte satirique moquant les scientifiques et leur langage, moquerie derrière laquelle semble cependant percer à la fois une fascination et une appréhension : celle d’une amoralité potentiellement dangereuse de la pratique scientifique31. Le conte montre deux savants, dont on souligne le déficit moral, ressuscités après s’être eux-mêmes décomposés ensemble dans une cuve de dissolvant pour corps humain de leur invention. Le résultat de la résurrection, un singe condensant « l’âme négative des deux savant », achève de donner une tonalité évolutionniste au titre. Le thème du retour au singe s’inscrit dans un imaginaire alors éprouvé : on pourrait encore ajouter, parmi d’autres exemples32, La Fille du singe, de Maurice Sand, ou L’Homme singe de Frédéric Boutet… Il semble pourtant que nous avons là un exemple de saisie typiquement décadente de ce motif, auquel participent d’une part la nature des milieux que côtoie l’auteur et son lectorat, d’autre part certains motifs typiques de la poétique décadente : ici, le caractère blasphématoire du récit puisque les deux savants restent en incubation neuf mois, de l’Annonciation à Noël... Ce dernier aspect n’est pas sans portée critique, dénonçant peut-être les ambitions démiurgiques d’une science sans conscience. Car nous assistons bien à la mise en scène bouffonne d’un retour aux origines provoqué par l’excès de la science, donc d’une régression que l’homme s’infligerait à lui-même par le truchement de sa propre intelligence.

  • 33 Ce personnage travaille au service d’une société « d’affichage stellaire », qui n’est pas sans r (...)
  • 34 Entrée de clowns, op.cit., p.145, 146.

18Le deuxième scénario, développé dans le second conte simiesque, « Le Dernier homme », rejoue la possibilité de la régression non plus sur un mode biologique mais comportemental. Dans ce conte, c’est un ingénieur qui est pris pour cible33 et, on s’en doute, ce personnage incarnant par métonymie toute une société bourgeoise se voit moqué par le déroulement du conte : au cours d’un rêve, il s’imagine seul dans un monde dévasté par le passage d’une comète, rêverie agréable en raison de son mépris pour la compagnie humaine (une fois encore, c’est le déficit moral de la catégorie qu’incarne le personnage qui est dénoncé). Cette solitude donne lieu à une régression à l’état simiesque : le narrateur, nu, sautant de branche en branche, explore un Paris où « la nature était redevenue à peu près ce qu’elle était aux époques antédiluviennes. » Malgré sa perte progressive du langage, il se demande s’il verra « le gigantesque dinothérium, l’iguanodon prodigieux et, dans le ciel, le ptérodactyle aux ailes horribles34 ». L’usage de ces technolectes paléontologiques, prêté abusivement à un personnage quasiment incapable de parler, et le court-circuitage des périodes (dinothérium et iguanodon, on le sait alors déjà, n’ont certainement pas cohabité) trahissent les intentions comiques de l’auteur, mais nous lisons bien là la dénonciation d’une amoralité ouvrant la voie au retour à l’état simiesque.

19Ces deux textes de Champsaur achèvent de l’inscrire dans cette tendance décadente qui exploite volontiers les possibilités plastiques et poétiques de l’hybridité, Champsaur étant par ailleurs un expérimentateur formel. On peut reconnaître ici la prolongation d’un geste métapoétique qui nous encourage à regarder au-delà de la seule expression d’une angoisse paralysante, prenant la forme d’un rire nihiliste. Si le thème du voisinage futur de l’homme et du singe semble en effet rencontrer un certain succès dans la littérature en général, il semblerait que l’esthétique décadente ait fourni un terreau fertile à cet imaginaire : sur le plan thématique, il permet l’exhibition des bas instincts que le décadentisme tente d’esthétiser. Sur le plan métapoétique, il s’offre comme une image métaphorique de l’hybridité formelle à laquelle les décadents aspirent.

Absence de l’homme

  • 35 Nous empruntons ce terme à Rémi Labrusse pour évoquer une histoire qui excède l’histoire usuelle (...)
  • 36 L’Univers sans l’homme, Paris, Hazan, 2016. Schlesser s’en sert pour désigner une représentation (...)

20Avec nos deux précédents exemples (Haraucourt et Champsaur), nous avons vu planer l’ombre d’une autre inquiétude, celle de la disparition possible de l’homme. Ce dernier, en découvrant ses origines et ce qui les précède, trouve l’occasion de concevoir ce qui lui succèdera et de mettre en perspective la brièveté de son hégémonie dans une hyper-histoire35. En effet, en étirant la ligne du temps et en donnant à imaginer une Terre où l’homme n’a pas toujours été maître (voire n’a pas toujours été, tout court) la préhistoire encourage romanciers, poètes et artistes, à imaginer la Terre sans les hommes, ces derniers finissant par s’éteindre d’eux-mêmes au terme des différents scénarios que nous avons évoqués (déclin, régression ou transformation), ou par disparaître conséquemment à l’action d’espèces qui les devancent sur le plan civilisationnel (c’est le cas des extraterrestres fréquemment convoqués en anticipation) ou le dépassent en taille : ici, c’est l’image du dinosaure qui peut être mobilisée. La présence de ce dernier devrait nécessairement impliquer l’absence de l’homme, sinon dans des productions reposant sur des anachronismes perçus comme des anomalies à même de dynamiser le récit ou l’image (l’imaginaire des mondes perdus est sans doute le plus exploité). Ici encore, les imageries sont susceptibles de métissage : les extraterrestres, s’ils ne sont pas en avance sur l’humanité, peuvent au contraire prendre la forme de dinosaures (image 5). Mais c’est davantage l’éloignement dans le temps que mettent au jour ces représentations d’univers anthropofuge, pour reprendre l’heureuse notion forgée par Thomas Schlesser36, où le monstre précède l’homme, mais pourrait tout aussi bien lui succéder.

5. Anonyme, « Les planètes sont-elles habitées », composition d’Henri Lanos, Lectures pour tous, 1912. Archives de la BnF.

  • 37 En témoigne l’immédiate et large diffusion du premier paléoenvironnement connu, Duria Antiquior, (...)
  • 38 Yvon Le Scanff, Le Paysage romantique et l’expérience du sublime, Paris, Champ Vallon, « Pays/Pay (...)

21Il semblerait que l’image ait longtemps été préférée pour représenter la figure du dinosaure37, fréquemment insérée dans des paysages où semble s’exprimer cette angoisse que nous avons dite eschatologique. D’abord, la mise en scène de faune et de paysages préhistoriques ouvre la voie à un sensationnalisme nettement plus frappant par l’image. Concernant les paysages, les tentatives de reconstitutions préhistoriques sont prétextes au déploiement d’un certain sublime apocalyptique défini, entre autres, par Yvon Le Scanff comme peinture d’une nature chaotique exprimant l’infini et suggérant l’expérience de l’anéantissement38. A ce titre, la proximité de l’imagerie préhistorique et de certains tableaux romantiques est frappante tant les deux convergent dans une atmosphère apocalyptique. Les visions de fin du monde nourrissent peut-être celles d’aube des temps, et la contribution d’un artiste comme John Martin aux deux genres est à ce titre significative (images 6 à 13). Il ne s’agit certes pas de supposer une solidarité évidente et concertée entre l’imagerie apocalyptique romantique et le sous-genre du paléoenvironnement, mais l’exploitation de tels motifs au sein de ce dernier demeure manifeste : les débuts de la Création baignent dans une atmosphère cataclysmique qui rappelle, par sa forme et ses motifs (ambiance de nuit, couleurs chaudes, amplitude panoramique, sols secoués, ciels striés de feu…), de cauchemardesques fins du monde. Concernant la faune, le caractère éducatif, voire pédagogique, du sujet semble être une autre raison, plus évidente, de ce primat de l’image pour s’en saisir (ces représentations semblent donc osciller entre didactisme et sensationnalisme).

Images 6 à 13. 6. Thomas Cole, "Destruction", dans The Course of Empire, 1836. 7. Samuel Colman, The Edge of Doom, 1836-1838. 8. John Martin, The Great Day of His Wrath, 1853. Photo: Tate, London, 2011.9. John Martin, The Destruction of Pompei and Herculaneum, 1822. Photo: Tate, London, 2011. 10. John Martin, The Country of the Iguanodon. 11. Frontispice pour Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme, 1885. Source gallica.bnf.fr / BnF. 12. Archibal Willard, Paysage préhistorique, 1876. 13. Adolphe François Pannemaker, Le Monde primitif, 1857. Source gallica.bnf.fr / BnF.

  • 39 Cité par William J. T. Mitchell dans The Last Dinosaur Book, Chicago, Chicago University Press, 1 (...)

22Pour mieux mettre en lumière le lien qui unit imagerie préhistorique et vertige eschatologique, nous pouvons reprendre à notre compte une célèbre formule du paléontologue Stephen Jay Gould qui se propose de résumer les principales raisons de la fascination qu’exercent les dinosaures sur le public : « big, fierce and extinct39 ». Ces trois motifs nous apparaissent opérants pour observer la transposition de la faune préhistorique en contexte conjectural, dans la mesure où ils convoquent la notion de démesure (à même de dévaluer le règne humain, en négatif), celle de prédation ou de lutte (à propos de laquelle le darwinisme en particulier nous enseigne que notre espèce peut sortir perdante), et celle d’extinction possible, applicable à l’hégémonie humaine. En effet, il semble que ce sont précisément ces raisons qui vont justifier un large champ de représentations de la faune éteinte dans des scénarios anticipateurs catastrophistes et nourrir ainsi les inquiétudes que nous tentons de souligner.

23Le gigantisme, d’abord, peut menacer les constructions humaines alors même que celles-ci, aux Etats-Unis en particulier, mais aussi en France (pensons aux expositions universelles), tendent de plus en plus à s’étirer verticalement (images 14 à 16). Une fois encore, c’est la supposée supériorité de l’homme et sa prédominance dans le règne animal qui sont mises en crise : l’anticipation d’un éventuel retour du dinosaure, dans ces images, apparaît comme un outil intellectuel et visuel encourageant un certain relativisme. On relève ici un amoindrissement des constructions humaines que nous avions déjà observé chez Haraucourt qui invitait à tirer des conclusions similaires, puisque dans « La Traversée de Paris » un long passage insiste sur la taille des bâtiments engloutis.

14. Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme (illustration). Source gallica.bnf.fr / BnF.

15. Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme (réclame). Source gallica.bnf.fr / BnF.

16. Article du New York Journal, 11 décembre 1898. New York journal and advertiser (New York [N.Y.]), December 11, 1898, Library of Congress sn83030180 No. 5,251 (Apr. 2, 1897)-no. 6,933 (Nov. 10, 1901).

  • 40 Concernant le sens de cette caricature dans le contexte scientifique de l’époque, voir Alex Ubira (...)

24La férocité, communément mise en scène dans l’imagerie paléontologique, est fréquemment reconduite dans le contexte conjectural de résurrection préhistorique. Elle donne lieu à des scènes également agonistiques, mais où le déséquilibre semble criant : quand les scènes purement préhistoriques mettent en avant l’entre-dévoration, comme on peut le vérifier dans les illustrations précédentes, les scènes de résurrection préhistorique mettent en scène la prédation (images 17 à 19). Là aussi, nous pouvons discerner une tentative de relativisation de l’hégémonie humaine, voire d’humiliation de l’homme, ou plus encore de blessure narcissique, pour employer une terminologie freudienne. Une fois de plus, il est frappant que de telles inquiétudes s’évacuent ou s’annulent par le rire, à l’image de cette caricature de Thomas de la Beche, « Awful changes », dans laquelle il imagine un futur où les vestiges de l’homme sont observés non plus par des gorilles (comme chez Haraucourt) mais par des ichtyosaures (image 20)… Cette caricature vise à moquer les théories actualistes de Lyell, exposées dans Principles of Geology (1830 à 1833), qui postulent une transformation continue de l’environnement qui se poursuivrait dans le présent40.

17. « Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.

18. « Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.

19.« Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.

20. Henry Thomas De la Beche, Awful Changes, années 1830. © The Board of Trustees of the Science Museum, Edmunds A.

25Le troisième critère proposé par Stephen Jay Gould, « extinct » semble s’appliquer à l’ensemble de notre propos : nos précédents exemples montrent que la prise de conscience d’une ère disparue (et en particulier d’une faune éteinte) invite à penser notre propre extinction, qu’elle soit appréhendée comme une catastrophe subite ou une lente disparition. L’imagerie paléontologique réveille donc ici non plus la crainte d’une lente dégradation ou d’une progressive extinction, mais celle d’un possible bouleversement soudain, d’une possible rupture marquant la disparition totale de l’homme, perceptible aussi bien dans des textes où l’espèce s’est dégradée au point de ne plus être humaine (comme nous l’avons vu avec Haraucourt) que dans l’imagerie eschatologique romantique.

  • 41 Citons à titre d’exemples Pierre Boitard, « Paris avant les Hommes » dans L’Univers avant les Hom (...)

26Cette angoisse de la disparition de l’espèce s’exprime éventuellement (et moins directement) par la mise en scène de celle des traces, trop périssables, qu’il n’aura pas réussi à laisser derrière lui. Vus à travers l’inquiétude fin de siècle, ni les écrits, ni le bâti ne restent et ne survivent aux désastres du temps, dès lors qu’il échappe à toute mesure. Ainsi assistons-nous à une minoration, une mise en perspective dans le temps long, du fruit des efforts de l’humanité civilisée tant vantés et exhibés sous la IIIe République : ses monuments, sa technique et son industrie. Autant la préhistoire permet d’inscrire l’humanité dans une légende prométhéenne qui la valorise, autant elle permet ce geste inverse qui consiste à minimiser la portée de ses conquêtes en en rejetant l’image dans les abîmes du temps. A cet égard, le réflexe de situer à Paris les reconstitutions préhistoriques est symptomatique : la ville du Progrès n’a pas toujours été et ne sera pas toujours… et l’évocation de sa préhistoire renvoie l’image d’un territoire désolé pour mieux souligner l’inanité et la finitude des ouvrages de l’homme41. Cette intrication de l’atmosphère primitive et de l’anticipation apocalyptique se lit bien chez Léo Claretie, romancier de la fin du siècle, qui tente lui aussi d’imaginer ce Paris préhistorique mais en projette l’image dans un futur désolé :

  • 42 Léo Claretie, Paris depuis ses origines jusqu’en l’en 3000, Paris, Charavay frères et Cie éditeur (...)

Paris repose sous ses ruines. Un immense silence, le silence du tombeau, pèse sur lui. Une végétation touffue et envahissante enveloppe, étreint comme un suaire ce gigantesque cadavre d’une ville qui n’est plus. Les ronces, les broussailles, enserrent et disjoignent les pierres demeurées encore debout. Les reptiles rampent, les bêtes fauves font leur repère au milieu de ce désert, dans cette solitude profonde et morne la nature reprend ses droits. Paris n’est plus. Ses ruines elles-mêmes auront bientôt péri. Et qu’est-ce que la vie de Paris dans l’histoire du monde42 ?

  • 43 Marianne Roussier, « Le Voyage aux ruines de Paris : un topos érudit, fantaisiste et satirique da (...)

27 Nous avions déjà croisé l’image du Paris englouti avec Haraucourt. Nous ne nous livrerons pas ici à un inventaire des variations sur le motif du Paris en ruine dans l’anticipation, imaginaire dont la fertilité et la saillance ont été soulignées par plusieurs travaux récents dont un article de Marianne Roussier qui en étudie les expressions littéraires et iconographiques43. Mais remarquons néanmoins que le choix de la ville-totem du Progrès pour mettre en scène des temps, révolus ou à venir, où plus personne ne subsiste pour prononcer son nom-même et ce qu’il incarne, a de quoi interroger.

Conclusion : boucler la boucle. L’apocalypse selon la préhistoire

28S’il convient de nuancer par une pointe d’inquiétude le comique de Awful Changes, la caricature de De la Beche, c’est que son auteur se fait ici l’avocat d’une théorie battue en brèche par l’évolutionnisme : le catastrophisme de Cuvier. Cette théorie suscite encore, en France en particulier, l’adhésion d’une part considérable de la population (éduquée, voire savante). Cette théorie proposant une succession de créations fixes toujours recommencées et brutalement détruites, peut facilement exciter les angoisses eschatologiques.

  • 44 Honoré de Balzac, La Peau de Chagrin, Paris, Charpentier, 1839 [1831], p. 28. C’est encore Rémi L (...)

29L’imaginaire préhistorique semble bel et bien convoquer l’idée d’une menace qui planerait sur l’avenir des sociétés humaines. Artistes et littérateurs s’en saisissent pour inventer un espace où imagerie des premiers temps et imagerie de la fin des temps semblent se répondre. Mieux, ce dialogue entre l’aube et le crépuscule semble être celui de deux moments symétriquement identiques bien qu’opposés : ainsi Balzac, pour parler des mondes ressuscités par Cuvier, convoquait-il déjà l’image d’une « apocalypse rétrograde44 ». La formule appelle d’abord l’idée de « révélation », originellement attachée au terme, qui se ferait jour à l’occasion des exhumations de fossiles que la théorie de Cuvier invite à mieux interpréter. Mais elle s’insère dans un développement marqué par les images de chaos qui la rend ambivalente et engage, plutôt que la vision d’un matin du monde pacifié, celle d’un désordre primordial tumultueux :

Après d’innombrables dynasties de créatures gigantesques, après des races de poissons et des clans de mollusques, arrive enfin le genre humain, produit dégénéré d’un type grandiose, brisé peut-être par le Créateur. Échauffés par son regard rétrospectif, ces hommes chétifs, nés d’hier, peuvent franchir le chaos, entonner un hymne sans limites et se configurer le passé de l’univers dans une sorte d’Apocalypse rétrograde. En présence de cette épouvantable résurrection due à la voix d’un seul homme, la miette dont l’usufruit nous est concédé dans cet infini sans nom, commun à toutes les sphères et que nous avons nommé LE TEMPS, cette minute de vie nous fait pitié. Nous nous demandons, écrasés que nous sommes sous tant d’univers en ruines, à quoi bon nos gloires, nos haines, nos amours ; et si, pour devenir un point intangible dans l’avenir, la peine de vivre doit s’accepter ? Déracinés du présent, nous sommes morts jusqu’à ce que notre valet de chambre entre et vienne nous dire : — Madame la comtesse a répondu qu’elle attendait monsieur.

30Cette image ouvre également une poétique où le Tohu-Bohu de la Genèse autant que le Chaos des théogonies mythologiques peuvent se retrouver à l’occasion de leur supposée validation par la science. Projetée sur l’avenir, conséquemment à une conception du temps cyclique en vogue à la fin du siècle, cette vision des origines donne à appréhender une fin de l’humanité cataclysmique : une humanité rabaissée, amoindrie puis anéantie par les forces chtoniennes dormant dans ces entrailles de la Terre qui garde jalousement les témoins des catastrophes passées.

31 Nous pouvons donc observer une certaine réversibilité des modèles préhistoriques et apocalyptiques, l’un invitant à penser l’autre au détour d’une imagerie et d’une poétique aux motifs communs. La préhistoire permet ainsi de donner une forme plus concrète à des spéculations anticipatrices dont le caractère conjectural, sans ce recours, opacifierait l’image. Elle permet de penser l’homme de demain ou son absence, et ouvre une temporalité où le révolu semble être capable de retours. Ainsi, avec une formule qui singerait et continuerait le mot célèbre de Nabokov affirmant, dans sa nouvelle « Lance », que « le futur n’est que l’obsolète à l’envers », nous dirions que le futur, du point de vue de la Décadence, est aussi l’actuel à rebours.

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Notes

1 Nous prenons acte de la porosité de la frontière séparant la décadence du symbolisme et intégrons dans le présent corpus des productions que nous qualifierons de symbolistes, en faisant nôtres les conclusions de Joseph Jurt, « Les groupes littéraires dans la deuxième moitié du XIXe siècle », dans La dynamique des groupes littéraires [en ligne]. Liège : Presses universitaires de Liège, 2016 (généré le 05 novembre 2022). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pulg/2516>) qui les distingue avant tout sur le terrain du « champ » : la décadence serait plutôt héritière de la bohème du Quartier latin (rive gauche), de la culture de cabaret, fumiste et railleuse, les symbolistes seraient plus volontiers théoriciens, passés par le salon de Mallarmé (rive droite), spiritualiste et intransigeant dans ses revendications, mais aussi mieux pourvu en capital économique et symbolique. Les paramètres sociologiques n’entrent certes pas dans notre périmètre d’étude, mais retenons au moins que la décadence s’attache davantage à un certain matérialisme que les symbolistes rejettent au profit d’un pur idéalisme.

2 Les milieux artistiques et littéraires des dernières décennies du siècle sont en effet le théâtre d’un rejet de la science et de ses prétentions hégémoniques, qui s’exprime dans le sillage de la critique du naturalisme littéraire. Dans un tel contexte, le choix de la prise en compte ou non des données anthropologiques, archéologiques, géologiques ou biologiques pour aborder le problème des origines n’est donc pas anodin.

3 La première traduction de L’Origine des espèces, par Clémence Royer, date de 1862. La théorie d’un homme « antédiluvien » ayant cohabité avec les espèces animales fossiles, proposée par Jacques Boucher de Perthes s’impose peu à peu au cours de la décennie (voir à ce sujet Claudine Cohen et Jean-Jacques Hublin, Boucher de Perthes, Les origines romantiques de la préhistoire, Paris, Belin, « un savant, une époque », 1989).

4 Voir à ce propos Noël Coye, La Préhistoire en paroles et en actes, Paris, L’Harmattan, 1998, p.144.

5 L’hypothèse d’un homme fossile a certes été proposée par Boucher de Perthes dix ans auparavant mais n’a pas rencontré son public. Voir, à propos de cette balise chronologique, Nathalie Richard, Inventer la préhistoire. Les débuts de l’archéologie préhistorique en France, Paris, Vuibert, 2008, chapitre 9, ou encore le chapitre « 1859 et la naissance de l’archéologie préhistorique en Normandie » par Monique Rémy-Watté dans le l’ouvrage coordonné par Arnaud Hurel et Noël Coye, Dans l’épaisseur du temps, archéologues et géologues inventent la préhistoire, Paris, Publications scientifiques du Muséum, 2011. Enfin, l’ouvrage de Claudine Cohen et Jean-Jacques Hublin sur Boucher de Perthes susmentionné permet de comprendre la filiation de la préhistoire avec l’historiographie romantique, mais aussi d’envisager le tournant des années 1860 comme un pivot.

6 Alors que Darwin évite encore la question de l’ascendance humaine dans L’Origine des espèces, d’innombrables caricatures le représentent déjà en singe.

7 Claire Barel-Moisan a notamment travaillé sur ce thème spécifique. Consulter particulièrement « End of the World, End of Time : the Theory of Evolution and Its Fate in the Novel of Anticipation », dans Biological Time, Historical Time, Niklas Bender et Gisèle Séginger (dir.), Amsterdam/New York, BRILL/Rodopi, 2019, p. 294-311.

8 Evanghélia Stead, Le Monstre, le singe et le fœtus. Tératogonie et Décadence dans l’Europe fin-de-siècle, Genève, Droz, 2004.

9 Ibid., p. 112.

10 « La pensée évolutionniste oblige l’individu à se penser dans une continuité : un regard en arrière lui montre un ancêtre qui fut tantôt un sauvage, tantôt un singe ; un regard en avant, un être qui aura raison de lui par la loi du plus fort, ou bien sa propre image dégénérée. » (Ibid., p. 326). Concernant le thème plus spécifique de l’animalisation, elle conclut : « La Décadence invite à remplacer l’examen traditionnel du singe sous l’angle humain par un examen de l’homme sous l’angle simiesque. » (Ibid., p. 354).

11 L’auteur entame donc sa carrière littéraire parmi les futurs décadents du Quartier latin, et ce terreau fertilise l’ensemble de sa poétique à notre sens. On entend déjà de forts accents décadents dans son recueil de 1882, La Légende des sexes, poèmes hystériques et profanes, en raison de leur tonalité provocatrice, mais aussi du nihilisme auquel s’y livre l’auteur. S’il revient fréquemment à une poétique marquée par le symbolisme (Seul, L’Effort), il intègre peu à peu les cercles plus officiels (lauréat de l’Académie française en 1891 et 1901). Cependant, l’ensemble de ses œuvres, traversé par une volonté de dépassement du matérialisme par l’idéalisme, ne se départit pas d’une certaine coloration occasionnellement décadente et symboliste

12 Edmond Haraucourt, L’Effort, Paris, Société d’édition des bibliophiles contemporains, 1894.

13 Ibid., p. 110.

14 Ibid., p. 115.

15 Ibid., p. 117. Le dualisme corps/ âme se double d’une dichotomie collectif/ individuel, puisque nous lisons cet autre indice de primitivité à la page suivante : « Comme au commencement des âges, rien n’était que l’individu. »

16 Ibid., p. 122. A la page suivante, l’idée de retour, associée à celle d’un ultime état édénique ou d’un âge d’or, est clairement énoncée : « l’humanité était revenue à une animalité épanouie ».

17 La mécompréhension et l’hypocrisie assurent un comique par contraste (par exemple, « cette conclusion était trop inintelligible pour n’être point approuvée », Ibid., p.101).

18 Ibid., p. 103.

19 Ibid., p. 104.

20 Ibid., pp. 106, 107. Cette représentation agonistique du débat scientifique institutionnel semble alors répandue. Elle se retrouve par exemple chez Camille Flammarion, dans La Fin du Monde (également), plus manifestement soulignée par l’illustration.

21 Ce débat ayant opposé, dans les années 1860, le naturaliste Huxley et l’évêque Wilberforce ne porte pas sur la fin de l’humanité mais sur ses débuts. Cette joute a longtemps incarné, par métonymie, la supposée guerre farouche opposant scientifiques matérialistes et autorités religieuses, et a surtout permis le rayonnement des théories évolutionnistes dans le grand public.

22 Le Journal, 12 janvier 1904, p. 1.

23 Edmond Haraucourt, « Les Derniers hommes », Le Gaulois littéraire et politique, 2 novembre 1900.

24 Initialement publié en feuilleton dans les Annales politiques et littéraires au cours de l’année 1910. Concernant les rapports qu’entretient Rosny avec l’évolutionnisme, voir la communication de Fanny Robles au Congrès de la SERD de 2016, « Écrire à la lumière de Lamarck, Spencer et Darwin : le progrès chez J.H. Rosny aîné », dont les actes sont disponibles sur le site de la SERD (dernière consultation le 09.112022 : https://serd.hypotheses.org/1881).

25 Edmond Haraucourt, Le Gorilloïde et autres contes de l’avenir retrouvés dans la presse (textes réunis par Jean-Luc Buard), La Vallette, éditions Apex, « periodica n°20 », 2001.

26 Selon les attributs que Jean Lorrain donne à son émule de Des Esseintes, dans son « Evangile (selon Huysmans) », Les Griseries, Paris, Tresses & Stock, 1887, p. 116.

27 Edmond Haraucourt, Les Âges, Daâh le premier homme, Paris, Flammarion, 1914.

28 Ainsi, selon cette théorie que Haeckel défend à partir de 1866 (dans Generelle Morphologie der Organismen), l’organisme de l’individu passerait, au cours de son développement in utero, par les différentes phases correspondant aux étapes ancestrales de l’espèce. L’espèce humaine passe donc d’un stade aquatique et invertébré, comme toute autre espèce, à un stade amphibien avant de trouver ses caractéristiques humaines définitives. Un parallèle peut alors être établi entre vie intra-utérine et préhistoire.

29 Consulter en particulier l’ouverture de sa partie sur le fœtus, dans Le Monstre, le singe et le fœtus (op. cit., pp. 420, 421).

30 Félicien Champsaur, Entrée de clowns, Paris, Jules Lévy, 1883.

31 Pour un répertoire critique et analytique de la place qu’occupe la figure du scientifique dans l’anticipation, voir la contribution de Claire Barel-Moisan, « Le Who’s who des scientifiques dans l’anticipation », dans Le Roman des possibles. L’anticipation dans l’espace médiatique francophone (1860-1940), sous la direction de Claire Barel-Moisan et Jean-François Chassay, Les Presses de l’Université de Montréal, 2019, pp. 45-68.

32 Parmi de nombreux exemples, citons Emile Dodillon, Hémo, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, 1886, Jean-Louis Dubut de Laforest, Le Gaga, Paris, Dentu éditeur, 1886 ou encore Armand Charpentier, Le Roman d’un singe, Paris, Ollendorff, 1895.

33 Ce personnage travaille au service d’une société « d’affichage stellaire », qui n’est pas sans rappeler « l’affichage céleste » imaginé par Villiers de L’Isle-Adam, ou encore ailleurs par Champsaur lui-même. En effet, l’insertion d’une publicité pour un « affichage stellaire » constitue la seule illustration de Dinah Samuel (Ollendorff, Paris, 1882), ce qui donne à penser qu’à la thématique de l’hybridité répond une plastique de l’hybridité. La mobilisation de ces technologies conjecturales témoigne d’une obsession de la fin du siècle face à un usage démocratique et bourgeois de la science, qui se manifeste ici par le voilement du ciel et la conquête des étoiles par la réclame et l’électricité plutôt que par la poésie.

34 Entrée de clowns, op.cit., p.145, 146.

35 Nous empruntons ce terme à Rémi Labrusse pour évoquer une histoire qui excède l’histoire usuelle des deux côtés (Rémi Labrusse, Préhistoire. L’envers du temps, Paris, Hazan, 2019, p. 54).

36 L’Univers sans l’homme, Paris, Hazan, 2016. Schlesser s’en sert pour désigner une représentation visuelle d’un espace où doit être absente jusqu’à l’idée même d’humanité. Les réflexions suivantes visent à contribuer à une telle étude en observant le rôle spécifique qu’a pu jouer, dans cet imaginaire, l’idée de préhistoire projetée dans l’avenir.

37 En témoigne l’immédiate et large diffusion du premier paléoenvironnement connu, Duria Antiquior, aquarelle initialement peinte par Henry Thomas de la Beche et déclinée en de nombreuses gravures après 1820.

38 Yvon Le Scanff, Le Paysage romantique et l’expérience du sublime, Paris, Champ Vallon, « Pays/Paysages », 2007. Voir en particulier le chapitre « Le dynamisme chaotique de la nature ».

39 Cité par William J. T. Mitchell dans The Last Dinosaur Book, Chicago, Chicago University Press, 1998, p. 9.

40 Concernant le sens de cette caricature dans le contexte scientifique de l’époque, voir Alex Ubiratan Goossens Peloggia, “New Awful Changes – The Human Geological Stratum Rediscovered : Allowing Art to Talk about Anthopocene”, Revista do Instituto Geológico, São Paulo, 39 (2), 91-101, 2018. Pour une synthèse de l’apport de la théorie de Lyell dans la perception du temps profond, voir Nathalie Richard, Inventer la préhistoire, op.cit., p. 72.

41 Citons à titre d’exemples Pierre Boitard, « Paris avant les Hommes » dans L’Univers avant les Hommes, Paris, Passard, 1861 (texte posthume rassemblant des publications de 1836 et 1837 remaniées avant la mort de l’auteur en 1859), ou encore Elie Berthet, Paris avant l’histoire, Paris, Jouvet et Cie éditeurs, 1895.

42 Léo Claretie, Paris depuis ses origines jusqu’en l’en 3000, Paris, Charavay frères et Cie éditeurs, 1886, p. 341

43 Marianne Roussier, « Le Voyage aux ruines de Paris : un topos érudit, fantaisiste et satirique dans la fiction d’anticipation aux XIXe et XXe siècles », Belphégor, 17, 1, 2019.

44 Honoré de Balzac, La Peau de Chagrin, Paris, Charpentier, 1839 [1831], p. 28. C’est encore Rémi Labrusse qui attire notre attention sur ce texte et les notions qui l’accompagnent. Pour l’ambivalence du concept d’apocalypse inséré dans une angoisse cataclysmique durant le siècle, voir la contribution de Julie Hugonny au Congrès de la SERD de 2016, « ”Combien de temps ? Je n’en sais rien.” La temporalité après l’Apocalypse », lisible sur le site de la SERD (dernière consultation le 09.11.2022) : https://serd.hypotheses.org/2374

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Table des illustrations

Légende 1. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.
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Légende 2. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.
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Légende 3. Carlos Schwab, illustration pour Edmond Haraucourt, « L’Immortalité », L’Effort, 1894. Source gallica.bnf.fr / BnF.
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Légende 4. Caricature tirée du London Sketch Book, 1874
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Légende 5. Anonyme, « Les planètes sont-elles habitées », composition d’Henri Lanos, Lectures pour tous, 1912. Archives de la BnF.
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Légende Images 6 à 13. 6. Thomas Cole, "Destruction", dans The Course of Empire, 1836. 7. Samuel Colman, The Edge of Doom, 1836-1838. 8. John Martin, The Great Day of His Wrath, 1853. Photo: Tate, London, 2011.9. John Martin, The Destruction of Pompei and Herculaneum, 1822. Photo: Tate, London, 2011. 10. John Martin, The Country of the Iguanodon. 11. Frontispice pour Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme, 1885. Source gallica.bnf.fr / BnF. 12. Archibal Willard, Paysage préhistorique, 1876. 13. Adolphe François Pannemaker, Le Monde primitif, 1857. Source gallica.bnf.fr / BnF.
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Légende 14. Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme (illustration). Source gallica.bnf.fr / BnF.
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Légende 15. Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’homme (réclame). Source gallica.bnf.fr / BnF.
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-8.png
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Légende 16. Article du New York Journal, 11 décembre 1898. New York journal and advertiser (New York [N.Y.]), December 11, 1898, Library of Congress sn83030180 No. 5,251 (Apr. 2, 1897)-no. 6,933 (Nov. 10, 1901).
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-9.jpg
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Légende 17. « Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-10.jpg
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Légende 18. « Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-11.jpg
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Légende 19.« Si les monstres antédiluviens revenaient sur la Terre », Nos loisirs, 1914. © sur l’autre face du monde.
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-12.jpg
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Légende 20. Henry Thomas De la Beche, Awful Changes, années 1830. © The Board of Trustees of the Science Museum, Edmunds A.
URL http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5090/img-13.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Emmanuel Boldrini, « Le futur au prisme du passé :anticiper l’avenir depuis la période fin-de-siècle »Belphégor [En ligne], 21-1 | 2023, mis en ligne le 02 mai 2023, consulté le 13 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/belphegor/5090 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.5090

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Auteur

Emmanuel Boldrini

Emmanuel Boldrini est doctorant en lettres modernes et histoire de l’art à l'université Lumière Lyon 2. Sous la direction de Delphine Gleizes et au sein de du laboratoire IHRIM, il rédige une thèse portant sur l’imaginaire préhistorique dans la culture visuelle et la littérature fin-de-siècle.

E-mail: :emmanuel.boldrini@gmail.com

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Droits d’auteur

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