L’amour aujourd’hui et demain. Pragmatique des récits d’anticipation grivois publiés dans la presse (1860-1940)
Résumé
Cette étude aborde les récits brefs d’anticipation parus dans la presse entre 1860 et 1940 qui traitent de sexualité. Trois veines distinctes de cette thématique sont envisagées en fonction de leur effet littéraire et pragmatique : l’anticipation gauloise, érotico-pornographique et fantaisiste.
Entrées d’index
Mots-clés :
anticipation, culture médiatique, fin-de-siècle, illustration, journaux, presse, pornographie, rireTexte intégral
- 1 Irène Langlet, Science-fiction et présentisme, coll. « Médiatextes », Presses universitaires de Li (...)
- 2 Cet article a été réalisé au sein du programme ANR "Anticipation" : "Romans d'anticipation scientif (...)
1Parmi les multiples veines thématiques de la fiction d’anticipation, certaines pratiquent plus systématiquement que d’autres le « présentisme1 » étudié par Irène Langlet. C’est le cas pour les récits brefs publiés dans la presse qui traitent de sexualité. Dans les récits développés, par exemple les romans ou les utopies, les mœurs sexuelles des êtres futurs prennent place dans une expérience de pensée globale, parmi les nombreux éléments de caractérisation d’une civilisation imaginaire, tels que l’aspect physique, les modes de socialisation, l’organisation politique, etc. L’amour, la sexualité et la reproduction contribuent à ancrer l’univers fictif de ces romans dans un imaginaire d’anticipation. Au contraire, dans la majorité des récits brefs publiés dans les journaux et magazines entre le mitan du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, la sexualité constitue la thématique centrale du récit et l’anticipation ne représente qu’un dispositif narratif choisi par l’écrivain parmi mille autres possibles. La projection dans l’avenir fonctionne comme un embrayeur du registre licencieux, comme un outil libérateur de la narration, qu’elle soit de tonalité érotique, vaudevillesque ou satirique, au même titre que d’autres procédés d’éloignement, par exemple l’exotisme géographique2.
- 3 Il s’agira ici exclusivement de l’effet littéraire du texte, découlant de la pragmatique de l’énonc (...)
2Pourquoi faire le détour par l’avenir pour parler du présent de l’amour physique ? Quelle est la fonction de l’anticipation dans le processus de la communication littéraire propre au récit parlant de sexualité ? Pour comprendre le choix de ce dispositif narratif, il faut interroger la pragmatique de la communication littéraire de ces récits grivois, érotiques ou pornographiques et, en particulier, l’effet qu’ils cherchent à produire sur leur lecteur3.
3Il est particulièrement intéressant de se pencher sur les récits parus dans la presse, non seulement parce que le périodique est fréquemment le lieu de publication originel du récit, mais aussi parce que la communication littéraire dans le journal se caractérise par un rapport plus direct au monde réel du lecteur que celui du livre. Par sa dimension informative ou référentielle, le journal représente le monde réel ; par son propos politique, il tente d’agir sur lui pour le modifier ; par sa dimension publicitaire, il le transforme en marchandise à vendre. Tout cela semble contredire l’effet d’éloignement temporel, technologique ou imaginaire de l’anticipation. En mobilisant ce critère de la pragmatique de la communication littéraire, on analysera ici quelques exemples des trois principaux registres auxquels ressortissent les récits d’anticipation sexuelle publiés dans la presse entre 1860 et 1940 : l’anticipation gauloise, l’anticipation érotico-pornographique et l’anticipation sexuelle fantaisiste.
L’anticipation gauloise
- 4 Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, article 28.
- 5 Marc Angenot, Le Cru et le Faisandé. Sexe, discours social et littérature à la belle Époque, Bruxel (...)
4Dans l’anticipation gauloise, le motif amoureux ne crée ni poésie ni érotisme, il n’est qu’un motif comique. Ce registre s’inscrit dans la veine paillarde, rabelaisienne, volontiers scatologique, de l’humour salace à la française, très présent dans la presse boulevardière des années 1880-1890. La majorité des textes d’anticipation gauloise sont des récits brefs, des nouvelles à lire en chemin de fer pour passer le temps de façon amusante. Ces fictions farcesques, qu’elles adoptent le masque de l’anticipation, de l’exotisme, de la fiction historique ou qu’elles évoquent sans masque les mœurs de la bourgeoisie du Second Empire et de la Troisième République, ne tombent pas sous le coup de la loi, car elles visent avant tout à faire rire. La loi sur la presse de 1881 consacre pourtant un article à la punition de l’outrage aux bonnes mœurs lié à « la mise en vente, à la distribution ou à l’exposition de dessins, gravures, peintures, emblèmes ou images obscènes4 », celle de 1882 insiste tout particulièrement sur les journaux, et celle du 16 août 1898 précise les délits d’exposition, de vente publique et d’affichage. Mais, comme l’explique Marc Angenot dans Le Cru et le Faisandé5, les tribunaux excusent les écrits gaillards au nom du génie national.
5Dans ces fictions autorisées à parler de sexe à condition d’en rire, l’anticipation adopte un dispositif minimal. Elle porte sur des éléments très circonscrits de l’intrigue, généralement les inventions, tandis que le récit suit le schéma narratif usuel d’une histoire de cocu, d’un récit comique de nuit de noces ou d’une nouvelle scatologique. L’élément futuriste dépayse le cadre du récit et le distingue superficiellement au sein de la série générique, bien qu’il suive en réalité la même trame que toutes les autres histoires paillardes publiées dans les journaux lestes.
- 6 Armand Silvestre, « Le secret du docteur », Gil Blas, 15 mai 1880. Je remercie Blandine Lefèvre, qu (...)
6On observe ce phénomène sous la plume d’Armand Silvestre et de Richard O’Monroy, deux des contributeurs réguliers du premier Gil Blas, le modèle des journaux boulevardiers de la fin du XIXe siècle. Ainsi, dans « Le secret du docteur » d’Armand Silvestre6, le récit est fermement ancré dans l’actualité de 1880 et l’anticipation repose tout entière dans un miraculeux philtre contraceptif, qui n’existe pas à l’époque où la nouvelle est publiée. Cette classique histoire de cocuage retrace le dialogue entre deux amis de collège, un bourgeois chargé d’une famille nombreuse et un autre qui, pour ne pas avoir trop d’enfants sans pour autant renoncer à coucher avec sa femme, a acheté à un inventeur une potion contraceptive. L’ami demande à voir la potion miraculeuse, mais la femme du vantard l’a emportée à son rendez-vous quotidien, et le malthusien vantard se découvre cocu.
- 7 Le nom de M. de Bornier, candidat malheureux à l’élection académique (siège de Jules Favre) apparaî (...)
7La temporalité du récit est suffisamment floue pour accueillir la nouveauté d’un produit pharmaceutique qui semble réaliser les promesses des annonces publicitaires publiées à la dernière page du journal. D’un côté, le récit est fortement ancré dans l’actualité immédiate, grâce à une allusion à l’élection académique relatée sur la page même où paraît la nouvelle7 ; de l’autre, le nom du personnage principal, Pharamond, évoque le passé lointain des rois Francs. La profession de foi du narrateur, à l’ouverture de la nouvelle, contribue à brouiller la temporalité :
- 8 « Le secret du docteur », Ibid.
Ainsi causaient, sur l’oreiller, M. et Mme Pharamond, il y a juste trois jours de cela. Car moi, je ne raconte que des histoires actuelles. Les plus vieilles sont d’avant-hier : quelques-unes mêmes sont d’après-demain8.
8L’invention de la potion contraceptive se limite donc à un procédé superficiel d’étrangement du récit, secondaire par rapport à la connivence de la lecture grivoise. Lorsque, quelques années plus tard, Armand Silvestre récrit sa nouvelle pour la publier dans le même journal sous le titre « L’antipostérité », il accentue le caractère rabelaisien du récit en renommant le héros Droguepet. Une fiction de dialogue avec le lecteur permet de vérifier que celui-ci a bien identifié le registre de la nouvelle :
- 9 Armand Silvestre, « L’antipostérité », Gil Blas, 13 août 1887.
Que ne s’était-il fait moine ! me direz-vous. Mon Dieu, le métier de moine est devenu moins bon depuis Rabelais. Et puis, si cet animal n’aimait pas les enfants, il en adorait la façon. Me fais-je bien comprendre9 ?
- 10 Armand Silvestre, « Le lunium », Gil Blas, 16 juillet 1887.
- 11 Armand Silvestre, Fabliaux gaillards, La Librairie illustrée, 1888.
9L’invention anticipatrice est un peu plus développée dans « Le lunium10 », une autre nouvelle du même auteur, publiée le mois précédent dans Gil Blas. Un savant quelque peu charlatan cherche à vendre à des actionnaires naïfs la lune, dont il prétend extraire un nouveau métal, le lunium. Il s’apprête à éclairer le satellite devant les futurs actionnaires réunis, mais lorsque les projecteurs s’allument, ils n’éclairent que la lune de sa femme, en situation galante avec son amant. Toute la nouvelle repose donc sur un jeu de mots salace, fondé sur l’expression argotique « voir la lune ». Lorsque la nouvelle est reprise dans le recueil Fabliaux gaillards11, l’illustration (1) indique clairement que le registre comique règne en maître, à l’exclusion de l’érotisme.
Armand Silvestre, « Le Lunium », dans Fabliaux gaillards, La librairie illustrée, 1888, p. 3. Crédits BnF (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62300h/f9.item).
- 12 Richard O’Monroy, « Le constat électrique », Gil Blas, 4 juin 1891. :
10À l’instar d’Armand Silvestre, Richard O’Monroy, spécialiste des histoires de cocus et du comique troupier, exploite les ressorts comiques de l’anticipation gauloise dans la nouvelle « Le constat électrique12 ». Les membres d’une société gourmande – exclusivement masculine, évidemment –, achèvent de dîner au Café Anglais. Après une séance de théâtrophone, le patron du restaurant propose de découvrir la dernière invention d’Edison, qui permet d’assister aux adultères en cours dans les salons particuliers des autres restaurants, reliés par un réseau. Le marquis de Quasi-Mazas, président de la société gourmande, demande à passer en premier, arguant d’une curiosité toute scientifique. Penaud, il découvre que sa femme le trompe à la Maison d’Or avec son premier secrétaire et fait appeler le commissaire pour constater l’adultère.
- 13 Supplément littéraire de La Lanterne, 21 juillet 1892.
- 14 Le Supplément, grand journal littéraire illustré, 23 novembre 1905.
11Dans ce récit de voyeurisme, la libido speculandi est démultipliée par un dispositif narratif dans lequel tout le monde regarde les amants : le mari, le commissaire, les dîneurs qui attendent leur tour de lanterne magique et, bien sûr, le lecteur. Reprise en 189213 dans le supplément de La Lanterne, autre journal boulevardier, puis en 190514 dans Le Supplément qui lui succède, la nouvelle est illustrée (2) ce qui accentue le caractère visuel de la scène.
La Lanterne, 21 juillet 1892. Crédits BnF (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7502654v/).
- 15 Richard O’Monroy (vicomte de Saint-Geniès), Services de nuit, C. Lévy, 1892.
12Aucune des deux illustrations successives ne figure de nudité, mais chacune prend place dans une série d’images, de plus en plus explicitement grivoises au cours du temps. Dans le journal de 1905, l’illustration de la nouvelle voisine avec la vignette de la rubrique des échos, qui représente une femme lisant le journal, couchée sur le dos en tenue légère, et une scène de bains de mer intitulée « L’éducation amoureuse », où l’on voit trois baigneuses confier leurs vêtements à un jeune garçon avant d’entrer dans l’eau. Alors que la mise en page du journal diffracte le thème du voyeurisme, le recueil de librairie15 où paraît la nouvelle ne comporte qu’une seule illustration (3), qui contribue, avec le titre « Services de nuit », à rattacher la nouvelle un autre registre de la littérature gauloise, le comique troupier.
- 16 Gaston Derys, « L’essence de baiser », Gil Blas, 27 mai 1898. Repris sous le nom de Victor Roussign (...)
13L’effet temporel de l’anticipation joue un rôle plus important dans « L’essence de baiser16 », un récit de Gaston Derys, écrivain spécialisé dans deux domaines caractéristiques du registre rabelaisien de la culture boulevardière, le roman leste et la gastronomie. Le récit est précédé de la précision temporelle « Ceci se passe en l’an deux mille cinq cents » et il s’ouvre sur la description d’un Paris futur dont les habitants se déplacent en aérocycle, formant au crépuscule une « pluie scintillante et capricieuse d’astres ailés, [des] nuées brillantes d’hommes-oiseaux ». En contrepoint de la description du paysage idyllique, le narrateur convoque la technologie contemporaine du lecteur, qui replace le moment de la parution du journal dans une temporalité large :
- 17 Ibid.
À la place même où s’étend la terrasse de la villa courait, dit-on – cela est si loin dans la nuit des siècles ! – le ruban d’une voie ferrée. Et l’on raconte que des trains noirs et cahotants, formés de wagons où s’empilaient, en de petites boîtes poussiéreuses, les malheureux voyageurs de ces lointaines époques, y étaient remorqués par de lentes, lourdes et piteuses machines, semblables à celles dont on a reconstitué le modèle grossier au Musée des Antiquités scientifiques17.
14Dans cette ville futuriste, deux femmes lisent au phonographe, dans un journal métallique, un article intitulé « Une merveilleuse découverte », qui retrace l’invention par un chimiste de l’essence de baiser. L’invention est donc introduite dans le journal par une mise en abyme : c’est dans un journal que l’héroïne de la nouvelle écrite pour la presse lit l’article retraçant l’invention de la potion. La rhétorique de l’article fictif reproduit exactement le boniment des réclames du Gil Blas :
- 18 Ibid.
Lorsqu’on répand un peu de cette merveilleuse essence sur un mouchoir de fibres d’eucalyptus – c’est celui que préfèrent toutes les Parisiennes véritablement élégantes (Création exclusive de la maison « Hadria sœurs », boulevard de Sémiramis), et que l’on met ce mouchoir, ainsi humecté, en contact avec la joue, par exemple, on éprouve la sensation délicieusement grisante, supra-humaine, « divine » enfin, comme disaient nos ancêtres théistes, non pas d’un, mais de mille et mille baisers ! Le prix du flacon est de dix francs. L’essayer, c’est l’adopter18.
15Le moment suggestif du récit succède à la scène de lecture : les deux amies entrent dans la maison pour essayer l’essence de baiser toutes seules, en attendant l’arrivée de leurs amants. Le lecteur reste dehors et voit le paysage s’érotiser :
Sur la terrasse, dans les vases de porphyre, les roses s’attristent du départ des jeunes femmes, et leurs tiges se penchent, languissantes.
La chanson mélancolique et fraîche d’un jet d’eau emperlé pleure comme une vasque.
À l’horizon, le tranchant saignant d’une colline s’enfonce, comme une lame, au cœur palpitant du soleil.
- 19 Ibid.
L’ombre s’épaissit19.
16Puis le philtre fait son effet, retracé par un passage au style direct, dans lequel le lecteur doit interpréter des onomatopées que l’on peut interpréter comme des rires, suivant la suggestion du narrateur, ou comme des cris de plaisir :
Et des rires, d’abord étouffés, maintenant convulsifs, stridents, cascadent, ruissellent, étincellent, feux follets de joie, éclairs de folie !
Et des cris amusés trillent et s’égrènent :
- 20 Ibid.
C’est merveilleux ! Ah ! Mary ! Oh ! Yveline ! Ah ! ah ! ah ! Hi ! hi ! hi 20!
17L’association gauloise du rire et du sexe oriente le lecteur vers la chute de l’histoire : les amants des deux jeunes femmes les rejoignent et tempèrent leur enthousiasme en leur apprenant l’origine du philtre, révélée par un autre journal : le chimiste a élaboré sa potion en travaillant sur des porcs. Les jeunes femmes sont très déçues d’avoir été émoustillées par du fluide amoureux porcin et le lecteur comprend qu’il vient de lire une histoire cochonne, à tous les sens du terme. La chute du récit remotive ainsi le registre même dont il participe. Cette nouvelle de Gaston Derys se situe donc exactement sur la frontière entre l’érotisme et la gaudriole, entretenant l’hésitation avant de pencher du côté du rire ; à l’inverse, les auteurs d’anticipation érotique et pornographique investissent l’écriture d’un effet pragmatique de nature sexuelle.
L’anticipation érotique et pornographique
- 21 Voir Martin Laurent, « Jalons pour une histoire culturelle de la pornographie en Occident », Le Tem (...)
- 22 Annie Stora-Lamarre, L’Enfer de la IIIe République : censeurs et pornographes (1881-1914), Imago, 1 (...)
18À l’évidence, la pornographie ne constitue un phénomène nouveau ni dans la littérature ni dans la presse, et l’on peut en retracer l’histoire continue de l’antiquité à internet21. Mais la Troisième République marque un moment particulier de ce continuum historique, comme le montre Annie Stora-Lamarre dans L’Enfer de la Troisième République22. C’est au XIXe siècle en effet qu’on commence à cacher les livres licencieux, à enfermer les tableaux obscènes dans des musées secrets, à dérober au public ce que, par ailleurs, la presse ne cesse de monétiser. La pornographie n’est plus associée au libertinage philosophique ou à l’hétérodoxie morale et religieuse, mais devient un produit commercial, l’interface graphique ou textuelle du commerce des corps sur le trottoir, dans les maisons closes et dans les coulisses des théâtres.
- 23 Voir Stevens Rayant, « La censure du dessin de presse pour obscénités (19 juillet 1881-8 juillet 18 (...)
19Cette industrialisation du voyeurisme est combattue sans relâche par les ligues de vertu et elle embarrasse beaucoup les gouvernements successifs de la République, qui cherchent à ménager à la fois la liberté des arts et la morale publique, sans décourager le commerce, dont l’industrie du sexe représente un secteur florissant. Le contexte général de croissance démographique, d’alphabétisation, d’urbanisation et d’essor de l’économie de marché favorise ce qu’Albert Robida appelle « La grande épidémie de pornographie », dans un numéro de La Caricature tout entier consacré à ce sujet (4)23.
Albert Robida, « La grande épidémie de pornographie », La Caricature, 6 mai 1882. Crédits BnF (Gallica).
20Avant les lois de 1939 et 1949, qui étouffent économiquement les journaux contraires aux bonnes mœurs en les interdisant à l’affichage, la presse pornographique prospère dans les tergiversations du législateur, sous couvert du caractère prétendument artistique des représentations. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le tournant de l’anticipation sexuelle des registres gaulois de la littérature boulevardière à la pornographie, en tenant compte de l’effet pragmatique tout à fait différent visé par le texte.
21La lecture d’un journal pornographique agit dans le monde réel, dans l’ici et maintenant du lecteur, en produisant un effet érotique ou en lui fournissant l’adresse d’un commerce spécialisé. On peut donc s’étonner de la présence dans cette presse de fictions d’anticipation, dont le texte affiche le caractère fantaisiste ou irréel, en contradiction apparente avec la dimension perlocutoire de l’acte de communication littéraire. C’est que, dans les récits publiés dans ces journaux, le procédé de déplacement dans l’avenir justifie une lecture décomplexée, en fournissant un alibi culturel à l’abonné de périodiques ouvertement prostitutionnels, dans lesquels les photographies de danseuses de revues voisinent avec des annonces de maisons de rendez-vous.
- 24 La collection disponible sur Gallica couvre, avec des manques, les années 1922-1938. https://gallic (...)
- 25 Clara Sadoun-Edouard, Le Roman de La Vie parisienne. Presse, genre, littérature et mondanité (1863- (...)
- 26 Maxime Du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, (...)
- 27 op. cit., chapitre V, « La presse boulevardière et sa littérature », p. 87 sqq.
22Prenons l’exemple de la revue Paris-Plaisirs, sous-titrée « Mensuel esthétique, humoristique et théâtral », qui paraît de 1922 jusqu’à la loi de 193924. Cette revue illustrée occupe un secteur de la presse spécialisée voisin de celui de La Vie parisienne étudiée par Clara Sadoun-Edouard25, celui de périodiques entièrement voués à promouvoir les plaisirs parisiens : restaurants, théâtres, music-halls, cafés-concerts et maisons de prostitution. L’univers de ces magazines est le « Paris, zone d’impudicité » décrit par Maxime Du Camp26 où, selon les défenseurs de la morale publique, toute une population nouvellement urbanisée et alphabétisée se trouve livrée à la promiscuité, aux lectures impudiques et au vice. La page d’annonces de Paris-Plaisirs (5), presque entièrement remplie par des offres de services sexuels, illustre parfaitement l’incessante promotion de l’industrie du sexe à laquelle se consacre la presse proxénète étudiée par Marc Angenot27.
- 28 Voir Annie Stora-Lamarre, op. cit., p. 140.
- 29 Voir Karine Taveaux-Grandpierre, La Diffusion de la presse parisienne quotidienne à grand tirage so (...)
23Un article de la loi de 1898, qui interdit la distribution sans enveloppe fermée des journaux qui contiennent des petites annonces prostitutionnelles, vise spécifiquement ces pages d’annonce des magazines spécialisés28. Cela signifie concrètement que ces journaux, exclus de la distribution sous bande et par ballot qui favorise tant la croissance de la presse depuis le Second Empire29, doivent être acheminés par la poste comme des courriers privés. La censure de la République bien-pensante privatise l’obscène qu’elle exclut de l’espace public.
- 30 Michèle Rosellini, « Une littérature “curieuse” : la fabrique éditoriale du libertinage érotique », (...)
24La publicité, présente dès les premières pages de Paris-Plaisirs, s’adresse aux provinciaux et aux étrangers préparant une visite de plaisir à Paris, voire se substitue à cette visite dont la revue constitue l’équivalent textuel et pictural (6). Le magazine illustré, qui s’affiche dès son sous-titre comme « mensuel esthétique », fait un abondant usage du mot « art », bien que l’art consiste essentiellement en photographies dénudées, annonces de marchands de curiosa et de livres spécialisés. Il s’inscrit dans le mouvement de légitimation esthétique et bibliophilique du libertinage depuis la fin du XIXe siècle étudié par Michèle Rosellini30.
25Chaque numéro propose plusieurs récits, qui obéissent à une double contrainte, thématique et pragmatique : parler de sexe et guider les touristes dans le Paris des plaisirs. Les textes littéraires publiés dans le magazine valorisent moins la dimension poétique de l’écriture ou l’inventivité de l’univers imaginaire que l’effectivité directe, éventuellement physiologique, de la lecture auprès du lecteur masculin. Susciter son désir, assouvir une pulsion libidinale, introduire à la consommation concrète des plaisirs évoqués dans le journal, tels sont les ressorts de la fiction dans Paris-Plaisirs.
26Cette pragmatique de la littérature érotique se traduit dans un usage spécifique des motifs de l’anticipation, comme le montre une autre nouvelle de Gaston Derys, intitulée « L’amour à Paris en 2024 » et publiée dans Paris-Plaisirs le 25 février 1924. Elle retrace le séjour d’un jeune Américain à Paris, sous la forme conventionnelle d’une lettre de voyage adressée à un de ses amis dans laquelle il énumère complaisamment le détail des plaisirs qui attendent le visiteur étranger dans la ville.
- 31 Gaston Derys, « L’amour à Paris en 2024 », Paris-Plaisirs, 25 février 1924.
- 32 Gaston Derys, Où déjeunerons-nous à Paris ? Adresses des bons coins parisiens, Albin Michel, ca. 19 (...)
27Le cadre d’anticipation fonctionne selon le principe, tout à fait usuel dans la presse périodique, du décalage centenaire, c’est-à-dire que la date du périodique et le cadre temporel de la fiction sont séparés par une durée arbitraire, ici un siècle. Le récit mobilise deux séries d’indices temporels contradictoires, les uns allant dans le sens de l’anticipation, destinés à créer l’illusion d’un monde futur ; les autres nous ramenant au temps contemporain du journal, à l’ici-et-maintenant de la lecture où s’actualise la promesse du titre du magazine Paris-Plaisirs. Le flou temporel qui découle de cette anticipation très superficielle ne gêne pas les lecteurs, qui cherchent dans le récit l’équivalent narratif d’une tournée des grands-ducs, c’est-à-dire la confirmation de l’axiome que ne cesse de marteler le journal, et que le héros de la nouvelle de Derys formule dès le deuxième paragraphe : « Paris n’a pas volé sa réputation. C’est bien la capitale universelle de la gaîté et du plaisir31. » Le récit se présente donc comme un guide des plaisirs parisiens à l’usage des touristes américains du XXIe siècle, doubles légèrement distanciés du lecteur provincial de 1924, et met en récit le guide gastronomique de Paris de Gaston Derys, dont le journal fera la réclame peu après32.
- 33 « L’amour à Paris en 2024 », ibid.
28De façon attendue, cette nouvelle mobilise quelques-uns des éléments essentiels de l’imaginaire d’anticipation, fonctionnant selon le même principe de translation que l’aérocycle et le journal phonographique de « L’essence du baiser ». Ce sont essentiellement des moyens de transport, par exemple le ballon aéro-transatlantique par lequel le héros de la nouvelle voyage d’Amérique jusqu’à Paris ou un véhicule appelé planeur, qui remplace les fiacres. La technologie des télécommunications n’est guère plus novatrice, puisqu’elle se limite au phonographe-traducteur, variation sur le phonographe d’Edison. La domotique, destinée à remplacer la domesticité par la technologie, consiste essentiellement en machines à palper : une brosse à habits automatique et une douche masseuse, « composée de tiges de métal terminées par des mains en caoutchouc33 ».
- 34 Les Chansons de Bilitis, traduites du grec par Pierre Louÿs, Mercure de France, 1894.
29Mais, après un effort liminaire pour afficher son caractère prospectif à travers la technologie, l’illustration va ensuite résolument emprunter le chemin inverse, en abandonnant toute référence à la date théorique de 2024 pour adopter les codes graphiques de l’illustration érotique propre aux années 1920 (7). La projection temporelle constitue donc un prétexte narratif similaire à l’éloignement historique dans les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs34, où l’antiquité est le moteur de l’invention d’une nouvelle poésie saphique.
- 35 « L’amour à Paris en 2024 », ibid.
30La France du futur imaginée par Gaston Derys est gouvernée par des femmes, qui occupent à la fois les fonctions caractérisées comme féminines dans les Années folles, c’est-à-dire, dans Paris-Plaisirs, d’infinies variations sur le plus vieux métier du monde, et celles qui, en 1924, sont majoritairement dévolues aux hommes, par exemple la médecine. Mais les doctoresses accomplissent ces tâches réputées masculines dans une tenue déshabillée propre à faire fantasmer le lecteur de la revue proxénète. Dès que le voyageur a rempli les formalités douanières, il se soumet à la visite obligatoire à la maison close, administrée par l’État : « Une loi récente obligeait chaque étranger débarquant en France à acquitter une prestation en nature, qui consiste à payer de sa personne pour tenter de rendre mère une des fonctionnaires des Haras Nationaux35. » Il existe donc à peine un degré de différence entre le guide touristique et l’utopie anticipatrice : la loi du monde des plaisirs écrite à toutes les pages de la revue impose à tout étranger séjournant à Paris de visiter les maisons de passe ; elle devient, dans la fiction d’anticipation, un texte réglementaire édicté par l’État du gouvernement féminin de 2024.
31Suivant la structure du guide, le récit va donc réciter le programme des plaisirs parisiens, concentrés dans le quartier du Mont-Valérien, dont le nom évoque par translation le mont de Vénus et dont les habitantes sont appelées les Valériennes (comprenez les Vénusiennes). L’explication du déplacement du quartier des plaisirs vers l’Ouest permet de rappeler au lecteur provincial ou étranger de 1924 que c’est à Montmartre qu’il doit aller :
Je demandai au maître d’hôtel où je pourrais rencontrer d’aimables personnes qui consentissent à meubler ma solitude.
- 36 Ibid.
Au Mont-Valérien, me répondit-il. Avant, on faisait la noce à Montmartre36.
- 37 Ibid.
- 38 Ibid.
32Bien que l’alcool soit désormais réservé à l’usage médicinal, le héros parvient à boire « comme tonique, un excellent chambertin qui sentait la framboise et, comme antispasmodique, deux ou trois verres d’un cognac vénérable37 », de sorte que le lecteur de 1924 sait exactement quoi commander au restaurant. Au music-hall, un supplément au billet de spectacle donne droit à des plaisirs en nature : « Le droit au mariage temporaire se paie en sus du prix du fauteuil et l’on peut en jouir pendant les entractes, allongés à dessein, dans la loge de l’épouse provisoire38. » Malgré le léger déplacement fictionnel, le mode d’emploi donne des indications parfaitement claires au provincial qui prépare sa visite de plaisir à Paris.
33Enfin, la conclusion du texte dévoile l’artifice narratif, en introduisant l’auteur qui signe son récit-guide des intemporels plaisirs parisiens :
Un vieux, très vieux Parisien, qui se fait de temps en temps greffer je ne sais quelle glande de singe pour retrouver sa jeunesse alerte, m’affirme qu’au fond les mœurs ne sont pas très changées et que les Français ont toujours eu un goût très vif pour les mariages fugitifs.
Pour copie conforme,
- 39 Ibid.
Gaston Derys39
34La temporalité de l’anticipation, qui propose à l’imaginaire du lecteur du nouveau, de l’inédit, voire de l’irreprésentable, se trouve donc contrecarrée par deux aspects du récit érotique ou pornographique publié dans la presse : d’une part l’idée que la sexualité est atemporelle, qu’on a fait et qu’on fera toujours l’amour de la même façon ; d’autre part l’utilité concrète d’un journal dont la fonction principale consiste à guider le lecteur dans les plaisirs parisiens. Au lieu d’inventer un univers imaginaire nouveau, créé de toutes pièces par l’écriture d’anticipation, le récit prend prétexte de l’anticipation pour mieux ramener au monde réel, concret, voire corporel du lecteur et toutes les temporalités, l’avenir de 2024 comme l’antiquité factice du music-hall, se résolvent dans le présent éphémère de la lecture du journal.
Epilogue
35Les récits publiés dans la presse qui ressortissent au registre gaulois ou érotico-pornographique partagent un même dédain pour le temps de l’anticipation. L’art, la littérature et la poésie n’ont guère de place dans ces écrits, avant tout voués à des fins pragmatiques : faire rire, exciter le désir ou guider une tournée des grands-ducs. Cependant, l’évocation de l’amour physique dans la fiction d’anticipation n’exclut pas nécessairement toute ambition littéraire : nous en trouvons de nombreux exemples chez les écrivains fantaisistes, fumistes et hydropathes tels que Charles Cros ou Jean Rameau. La dimension poétique de ces textes, le rapport ludique au matériau langagier, l’usage fantaisiste de la science et l’énonciation ironique sont autant de traits caractéristiques de la fantaisie fin-de-siècle qui se marient parfaitement avec l’anticipation et la thématique sexuelle.
- 40 Charles Cros, « Le Caillou mort d’amour », Le Chat noir, n° 219, 20 mars 1886, repris dans Charles (...)
36Ainsi dans « Le caillou mort d’amour, histoire tombée de la lune40 » de Charles Cros, poème en prose fantaisiste retraçant un drame amoureux et spatial au cours duquel un astre amoureux tente de pénétrer la crevasse accueillante d’une lune, l’ironie s’allie à une imagination scientifique délirante. L’action est située à une époque très précise d’un calendrier inconnu :
- 41 Ibid.
Le 24 tchoum-tchoum (comput de Wéga, 7e série), un épouvantable tremblement de lune désola la Mer-de-la-Tranquillité. Des fissures horribles ou charmantes se produisirent sur ce sol vierge mais infécond41.
37Voici comment se termine cette peinture de la sexualité des astres :
Ici le drame commence, drame bref, brutal, vrai.
Un second tremblement de lune, jaloux de cette idylle, secoua le sol sec.
La fissure (Augustine) effarée se referma pour jamais, et le caillou (Alfred) éclata de rage.
- 42 Ibid.
C’est de là que date l’âge de la Pierre Éclatée42.
- 43 Jean Rameau, « Histoires rapides. Mœurs futures », Le Voltaire, 14 janvier 1885, repris dans Fantas (...)
38Jean Rameau, quant à lui, parodie dans « Mœurs futures43 » une histoire de flagrant délit de cocuage en la récrivant sur le mode fantaisiste. Le récit s’ouvre sur une déclaration d’intention anticipatrice très similaire à celle qui commence « Le secret du docteur » d’Armand Silvestre :
- 44 Ibid.
Jusqu’ici, les écrivains ont eu généralement la mauvaise habitude de raconter des choses qui se sont déjà passées. Il est temps de rompre avec cette déplorable manie et de se mettre à raconter des faits qui se passeront dans l’avenir. Voici donc une histoire qui se réalisera fidèlement, croyons-nous, dans la première moitié du vingt-troisième siècle44.
39Au XXIIIe siècle, les noms de personnes ont été remplacés par des matricules :
- 45 Ibid.
Donc, M. 517.38, qui avait épousé la toute jeune et charmante Mlle 491.536, conçut tout à coup, trois semaines après son mariage, des doutes violents sur la fidélité de sa femme et, pénétrant à l’improviste dans l’appartement réservé à la susdite 491.536, trouva ou crut trouver celle-ci en conversation criminelle avec un individu du genre masculin45.
40Le mari jaloux veut sauver son honneur à la mitrailleuse électrique et les protagonistes font l’amour par lettres de change endossables. Après le drame, tout rentre dans l’ordre :
Et, les yeux inondés de douces larmes, il se jeta aux pieds de Mme 491.536, série M, section K, et l’embrassa avec effusion.
Épilogue
- 46 Ibid.
Et depuis, ayant pris la peine de mettre un peu plus d’ordre dans leur comptabilité, ils furent très heureux et eurent beaucoup d’enfants46.
41Le second degré et la poésie qui caractérisent ces récits fantaisistes changent radicalement la généricité et la pragmatique de l’anticipation amoureuse. Le sexe de l’avenir n’est plus un objet prêtant à rire ou le support d’une lecture libidinale, il est l’une des modalités de l’imaginaire de la fantaisie fin-de-siècle, d’un art proprement littéraire, non parce qu’il serait de valeur supérieure, mais en ce qu’il sollicite les compétences culturelles et linguistiques du lecteur. Sous la plume de ces auteurs, l’anticipation sexuelle transcende l’alibi des curiosa pour devenir l’objet même du travail de l’écrivain et de la communication littéraire.
Notes
1 Irène Langlet, Science-fiction et présentisme, coll. « Médiatextes », Presses universitaires de Limoges (PULIM), 2019.
2 Cet article a été réalisé au sein du programme ANR "Anticipation" : "Romans d'anticipation scientifique (1860-1940)".
3 Il s’agira ici exclusivement de l’effet littéraire du texte, découlant de la pragmatique de l’énonciation, et non de l’effet moral de la lecture, au sens où les ligues de vertu, les médecins et l’Église décrivaient au tournant du siècle les effets censément délétères des mauvaises lectures sur les hommes du peuple, détournés du travail et de la vie de famille par les plaisirs de la lecture, et sur les femmes, poussées à l’onanisme et à la folie par la dépravation littéraire de l’imaginaire.
4 Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, article 28.
5 Marc Angenot, Le Cru et le Faisandé. Sexe, discours social et littérature à la belle Époque, Bruxelles, Labor, 1986, 202 p., (collection « Archives du Futur »). Voir par exemple les pages 62 et suivantes, à propos du procès de L’Enfant du crapaud de Camille Lemonnier, seul roman condamné pour outrage aux bonnes mœurs pendant les années 1880.
6 Armand Silvestre, « Le secret du docteur », Gil Blas, 15 mai 1880. Je remercie Blandine Lefèvre, qui m’a beaucoup aidée à comprendre la place de l’anticipation dans le Gil Blas.
7 Le nom de M. de Bornier, candidat malheureux à l’élection académique (siège de Jules Favre) apparaît dans la conversation entre les deux pères de famille. Les résultats de l’élection sont détaillés dans l’article qui suit la nouvelle (Gil Blas, 15 mai 1880, p. 1).
8 « Le secret du docteur », Ibid.
9 Armand Silvestre, « L’antipostérité », Gil Blas, 13 août 1887.
10 Armand Silvestre, « Le lunium », Gil Blas, 16 juillet 1887.
11 Armand Silvestre, Fabliaux gaillards, La Librairie illustrée, 1888.
12 Richard O’Monroy, « Le constat électrique », Gil Blas, 4 juin 1891. :
13 Supplément littéraire de La Lanterne, 21 juillet 1892.
14 Le Supplément, grand journal littéraire illustré, 23 novembre 1905.
15 Richard O’Monroy (vicomte de Saint-Geniès), Services de nuit, C. Lévy, 1892.
16 Gaston Derys, « L’essence de baiser », Gil Blas, 27 mai 1898. Repris sous le nom de Victor Roussigne dans Le Supplément, grand journal littéraire illustré, 8 septembre 1904.
17 Ibid.
18 Ibid.
19 Ibid.
20 Ibid.
21 Voir Martin Laurent, « Jalons pour une histoire culturelle de la pornographie en Occident », Le Temps des médias, 2003/1 (n° 1), p. 10-30. URL : https://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2003-1-page-10.htm.
22 Annie Stora-Lamarre, L’Enfer de la IIIe République : censeurs et pornographes (1881-1914), Imago, 1990.
23 Voir Stevens Rayant, « La censure du dessin de presse pour obscénités (19 juillet 1881-8 juillet 1891) », texte disponible en ligne sur le site du centre de recherche HICSA de l’université Paris I-Panthéon Sorbonne. URL : https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/file/6-Rayant-Censure.pdf.
24 La collection disponible sur Gallica couvre, avec des manques, les années 1922-1938. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32832804q/date
25 Clara Sadoun-Edouard, Le Roman de La Vie parisienne. Presse, genre, littérature et mondanité (1863-1914), H. Champion (collection « Littérature et modernité »), 2018.
26 Maxime Du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, 6 volumes, Hachette, 1869-1875. Voir Alain Corbin, « Le Paris de Maxime Du Camp », Sociétés & Représentations, 2004/1 (n° 17), pages 69 à 86. https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2004-1-page-69.htm#re1no1 .
27 op. cit., chapitre V, « La presse boulevardière et sa littérature », p. 87 sqq.
28 Voir Annie Stora-Lamarre, op. cit., p. 140.
29 Voir Karine Taveaux-Grandpierre, La Diffusion de la presse parisienne quotidienne à grand tirage sous la troisième République (1870-1914) : Le Petit Journal, Le Petit Parisien, Le Matin, Le Journal, thèse de doctorat en Sciences de l’information, sous la direction de Michael Palmer, univ. Paris III, 1999.
30 Michèle Rosellini, « Une littérature “curieuse” : la fabrique éditoriale du libertinage érotique », Dix-septième siècle, avril 2019, n° 283, 71e année, n° 2, p. 311-328.
31 Gaston Derys, « L’amour à Paris en 2024 », Paris-Plaisirs, 25 février 1924.
32 Gaston Derys, Où déjeunerons-nous à Paris ? Adresses des bons coins parisiens, Albin Michel, ca. 1930.
33 « L’amour à Paris en 2024 », ibid.
34 Les Chansons de Bilitis, traduites du grec par Pierre Louÿs, Mercure de France, 1894.
35 « L’amour à Paris en 2024 », ibid.
36 Ibid.
37 Ibid.
38 Ibid.
39 Ibid.
40 Charles Cros, « Le Caillou mort d’amour », Le Chat noir, n° 219, 20 mars 1886, repris dans Charles Cros, Tristan Corbière, Œuvres complètes, éd. Louis Forestier, Pierre-Olivier Walzer, Francis F. Burch, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1970.
41 Ibid.
42 Ibid.
43 Jean Rameau, « Histoires rapides. Mœurs futures », Le Voltaire, 14 janvier 1885, repris dans Fantasmagories, histoires rapides, Ollendorff, 1887.
44 Ibid.
45 Ibid.
46 Ibid.
Haut de pageTable des illustrations
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| Légende | Armand Silvestre, « Le Lunium », dans Fabliaux gaillards, La librairie illustrée, 1888, p. 3. Crédits BnF (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62300h/f9.item). |
| URL | http://journals.openedition.org/belphegor/docannexe/image/5194/img-1.jpg |
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| Légende | La Lanterne, 21 juillet 1892. Crédits BnF (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7502654v/). |
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| Légende | Armand Silvestre, Services de nuit, C. Lévy, 1892. Crédits BnF (Gallica). |
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| Légende | Albert Robida, « La grande épidémie de pornographie », La Caricature, 6 mai 1882. Crédits BnF (Gallica). |
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| Légende | Paris-Plaisirs, n° 21, 25 février 1924, p. 3 de couverture. Crédits BnF (Gallica). |
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| Légende | Paris-Plaisirs, n° 21, 25 février 1924, p. 2 de couverture. Crédits BnF (Gallica). |
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| Légende | Paris-Plaisirs, n° 21, 25 février 1924, p. 228. Crédits BnF (Gallica). |
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Pour citer cet article
Référence électronique
Sarah Mombert, « L’amour aujourd’hui et demain. Pragmatique des récits d’anticipation grivois publiés dans la presse (1860-1940) », Belphégor [En ligne], 21-1 | 2023, mis en ligne le 24 avril 2023, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/belphegor/5194 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.5194
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