L’adoption des innovations techniques
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techniques et technologiesTexte intégral
1L’introduction d’innovations techniques dans la vie économique et sociale entraîne des tensions, des déséquilibres qui sont pourtant les ressorts de la dynamique sociale. Ces déséquilibres et ces perturbations sont identifiables. Si la sociologie est à même de découvrir les lois, les règles, les régularités qui assurent la pérennité du système social, elle doit aussi rendre compte des troubles provoqués par des changements technologiques. Ces changements interviennent à l’occasion d’inventions, de découvertes. Appliquées au développement social, les innovations techniques remettent en cause l’ordre ancien, créent une sorte de “désordre” dans les secteurs touchés. Si l’adoption des innovations techniques réussit, le secteur retrouvera bientôt un nouvel équilibre.
2Dans les sociétés traditionnelles, non industrialisées, où le système social est contenu par des règles durables, peu propices à incorporer la nouveauté, tout changement technique, qui vient toujours de l’extérieur, provoque une perturbation de tout le système. Ces sociétés, de plus en plus rares aujourd’hui, ne sécrètent pas, de l’intérieur, des forces de changement. La survie est conçue, au contraire, dans l’immuabilité des manières de faire. L’innovation vient donc de l’extérieur et les conséquences de cette intrusion sont d’importance. Pourtant l’avenir d’aucune société ne peut se concevoir sans changement technique. C’est le propre même des sociétés vivantes que d’être confrontées à l’obsolescence des techniques et à leur remplacement.
3Les sociologues se sont attachés à étudier les conditions d’introduction durable d’innovation technologique dans des groupes sociaux et ont pu dégager les règles de la réussite d’une telle entreprise.
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Pour être acceptée, une innovation doit s’insérer dans un système technique existant, le perfectionner mais non le contredire. Elle doit aussi “être attendue”, rencontrer un besoin ressenti, ne pas aller à l’encontre du système de valeurs ni remettre en question le système de pouvoir.
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L’introduction d’une innovation technique auprès d’un groupe, d’une classe d’âge, d’une catégorie sociale, doit faire l’objet d’une adoption générale. La société tout entière lui devient progressivement favorable et, à l’avenir, l’innovation empruntera les voies de la transmission d’une génération à l’autre. Peu à peu, l’innovation devient routine.
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En prenant sa place dans le système technique, l’innovation introduite transforme celui-ci et peut même susciter une dynamique sociale.
4On connaît dans l’histoire les effets de l’invention du collier pour le cheval. Le collier augmenta sa force de traction, permit des transports plus lourds, des labours plus profonds. Le Moyen-Âge vit la production et les échanges avec l’extérieur augmenter et les rapports de pouvoir en furent modifiés.
5Beaucoup plus près de nous, l’arrivée de la voiture dans les campagnes bretonnes a transformé la vie des hommes et aussi celle des femmes. Les jeunes femmes agricultrices, aptes à passer leur permis de conduire, ont endossé leur rôle de médiatrices entre l’univers clos de la ferme et du village et la société globale personnifiée par la ville la plus proche. Autonomes, maîtrisant l’innovation technique, elles ont conquis une ascendance certaine sur les femmes plus âgées, leurs mères, leurs belles-mères, tantes et grands-mères, devenues dépendantes de la jeune femme qui “savait conduire”.
6Tout individu est inséré dans des réseaux de communication et d’influence et le déroulement de l’action humaine quotidienne se fait souvent sous le signe de la répétition, de la routine. Les facteurs, les circonstances, les stimulations qui portent un individu à décider d’un autre choix, à changer de méthode, à répondre positivement à une proposition d’innovation technique, relèvent souvent de la position qu’il occupe, de sa stratégie, de son besoin de distinction ou de reconnaissance sociale. L’individu est guidé par un système de rationalités qui oriente ses actions et ses choix. L’innovation technique proposée sera négligée ou suscitera l’intérêt, voire l’adoption, selon qu’elle sert une stratégie ou non.
7Dans une population donnée, il y a des “innovateurs-nés”, des individus disposés à l’expérimentation, propagateurs de comportements innovants. Ce ne sont pas tant les individus eux-mêmes et leurs psychologies qu’il faut examiner mais plutôt les positions sociales qu’ils occupent dans les groupes. Les individus occupant une position instable, en voie de ou en attente de promotion sociale, sont sensibles à la tentation de l’innovation technique qui, indirectement, peut servir leur stratégie. Le goût de l’innovation peut aussi être détecté dans certaines familles, disposant de capitaux économiques et sociaux, et qui sont par l’opinion, l’entourage et le milieu, comme “préposés” à l’expérimentation. De génération en génération, on dira d’eux, en agriculture par exemple : “Ils ont toujours été à la pointe” !
8Mais, de façon générale, les innovations partent le plus souvent du haut de la hiérarchie sociale. Comme si ces catégories sociales supérieures, toujours préoccupées de distinction sociale, se voulaient pionnières. Comme si toute innovation technique intégrée avait peu de chances de bouleverser des rapports sociaux qui leur sont favorables.
Pour citer cet article
Référence papier
Anne Guillou, « L’adoption des innovations techniques », Cahiers François Viète, I-5 | 2003, 13-15.
Référence électronique
Anne Guillou, « L’adoption des innovations techniques », Cahiers François Viète [En ligne], I-5 | 2003, mis en ligne le 01 juin 2018, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cahierscfv/1974 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cahierscfv.1974
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