Navigation – Plan du site

AccueilNuméros96Dossier. L’État plurinational de ...L’interprétation présidentialiste...

Dossier. L’État plurinational de Bolivie

L’interprétation présidentialiste de la Constitution bolivienne au cœur de la crise post-électorale de 2019

La interpretación presidencialista de la Constitución boliviana en el centro de la crisis postelectoral de 2019
The presidentialist interpretation of the Bolivian Constitution at the heart of the 2019 post-electoral crisis
Victor Audubert
p. 67-84

Résumés

La crise post-électorale de 2019 peut être analysée comme la conséquence d’une certaine interprétation de la Constitution bolivienne de 2009. Une interprétation présidentialiste, fondée sur le continuisme des mandats présidentiels, a prévalu dans la compréhension et l’application des normes constitutionnelles, que ce soit à travers le juge constitutionnel ou à travers l’organe électoral. Cette interprétation présidentialiste, en remettant en cause la volonté populaire exprimée lors du référendum de 2016, a débouché sur un processus de déconstitutionnalisation qui peut en partie expliquer la crise institutionnelle ayant suivi les élections générales du 20 octobre 2019 et la présidence de facto de Jeanine Áñez.

Haut de page

Notes de la rédaction

Article reçu le 5 mai 2020, accepté le 21 janvier 2021

Texte intégral

  • 1 C’est notamment le sens de la théorie réaliste de l’interprétation développée par Michel Troper. Il (...)

1L’interprétation des normes constitutionnelles est au cœur de la recherche en droit constitutionnel. Il n’existe pas de normes qui s’imposeraient d’elles-mêmes : le droit ne peut être compris qu’à travers un contexte donné, en interaction avec son environnement social, économique, culturel. Ce droit en contexte « fait des relations entre le droit et son environnement l’élément central de compréhension du phénomène juridique » [Bailleux & Ost, 2013, p. 35]. Le travail d’interprétation est ici fondamental dans la compréhension du phénomène juridique. Un « énoncé » ne devient une « norme juridique » qu’après un travail d’interprétation par un interprète que l’on peut qualifier d’« authentique » ; il est l’organe suprême chargé de donner un sens au droit constitutionnel1. En règle générale, c’est au juge constitutionnel que revient la tâche d’interpréter la Constitution. Cette justice constitutionnelle, caractéristique des États constitutionnels de droit, est théoriquement indépendante du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, afin d’assurer la séparation effective des pouvoirs, mais également de protéger les différents droits et libertés consacrés par la norme suprême.

2Toutefois, l’indépendance du juge constitutionnel peut être relative, notamment lorsque ce dernier fait face à de puissants pouvoirs constitués pouvant se considérer comme plus légitimes, car élus. C’est le cas des régimes présidentialistes, qui représentent la majorité des États latino-américains. Il existe dès lors une tension entre les décisions du juge constitutionnel et la volonté du pouvoir exécutif ou, plus rarement, celle du Parlement. Ce hiatus entre justice constitutionnelle et démocratie est présent dans toutes les démocraties contemporaines, et continue d’alimenter les débats de la doctrine en droit.

3Dans le cas bolivien, la très faible indépendance du juge constitutionnel sous la présidence d’Evo Morales Ayma (2006-2019) a fait primer une certaine « lecture présidentialiste » sur le texte constitutionnel, au détriment de l’expression du pouvoir constituant, c’est-à-dire le peuple bolivien, lors du référendum du 21 février 2016. Le président de l’État souhaitait en effet revenir sur certaines dispositions constitutionnelles l’empêchant de se présenter pour un quatrième mandat en 2019. Cette lecture présidentialiste de la Constitution, en opposition à une interprétation respectant davantage la souveraineté populaire, a débouché sur une crise de l’interprétation constitutionnelle, ce qui a participé d’un phénomène de « déconstitutionnalisation ».

4Dans ce contexte, le texte constitutionnel n’est plus correctement respecté par le pouvoir exécutif. Par un effet de ruissellement, les différents pouvoirs constitués – en particulier l’Assemblée législative plurinationale (ALP) et le Tribunal constitutionnel plurinational (TCP) – respectent de moins en moins les normes constitutionnelles, tout comme la société civile, qui connaît une érosion de sa « conscience constitutionnelle ». Le texte constitutionnel se voit « dévalorisé », il n’a plus de valeur effective pour le peuple ; ce dernier peut montrer de l’indifférence ou, dans les cas les plus extrêmes, de l’hostilité [Sagüés, 2007, p. 190]. La notion de « déconstitutionnalisation », que l’on trouve surtout dans la littérature ibéro-américaine, renvoie au « démontage » des normes et des principes constitutionnels, à leur perte de valeur normative :

« La déconstitutionnalisation peut se faire de manière constitutionnelle, à travers des réformes ou des amendements, selon les procédures prévues par la Constitution, ou de manière inconstitutionnelle, à travers – principalement – des pratiques ou des coutumes contra constitutionem, des interprétations dévoyées de la Loi fondamentale ou la promulgation de normes législatives contraires à la Constitution, mais pourtant déclarées constitutionnelles par les organes censés assurer la suprématie de la Constitution » [Vargas Lima, 2015, p. 462].

5En faisant perdre toute normativité aux dispositions constitutionnelles, les frontières du droit sont davantage poreuses aux rapports de force politiques et extrapolitiques, auxquels peuvent participer des corps constitués comme la police, les forces armées, ou encore les forces économiques et financières. Un conflit politique peut ainsi se transformer en crise institutionnelle : la résolution du conflit s’opère hors des institutions et du cadre constitutionnel. La démission « forcée » d’Evo Morales à la suite des élections générales du 20 octobre 2019 – démission qui peut, par certains aspects, s’apparenter à un coup d’État – correspond à la phase ultime de cette lecture présidentialiste, son aboutissement logique.

6Nous proposons d’étudier dans cet article la crise post-électorale comme conséquence d’une certaine interprétation de la Constitution bolivienne de 2009. En effet, une interprétation présidentialiste, fondée sur le continuisme des mandats présidentiels, a prévalu dans la compréhension et l’application des normes constitutionnelles, que ce soit à travers le juge constitutionnel ou à travers l’organe électoral (I). Cette interprétation présidentialiste, en remettant en cause la volonté populaire exprimée lors du référendum de 2016, a débouché sur un processus de déconstitutionnalisation qui peut en partie expliquer la crise institutionnelle ayant suivi les élections générales du 20 octobre 2019 et la présidence de facto de Jeanine Áñez (II).

La genèse de la crise politique : « désacraliser l’interdit du continuisme présidentiel »

L’interprétation présidentialiste de la Constitution bolivienne de 2009

7L’Amérique latine se caractérise par la prédominance historique de régimes politiques de nature présidentialiste ; l’essentiel du pouvoir politique y est détenu par le président, qui fonde sa légitimité sur son élection au suffrage universel direct [Moderne, 2001]. Ce présidentialisme est généralement limité à un mandat unique qui prohibe la réélection immédiate, mais n’empêche pas un ancien président de se représenter ultérieurement après avoir laissé passer un mandat. Toutefois, le mandat unique se trouve remis en cause depuis les années 1990, avec des révisions constitutionnelles visant à permettre la réélection immédiate du président en fonction.

8Pour caractériser ce « continuisme » des mandats présidentiels, Hubert Gourdon évoque le « présidentialisme constituant ». Celui-ci, par le fait de « désacraliser l’interdit du continuisme présidentiel » [Gourdon, 2015, p. 282], contourne et modifie le principe de non-réélection. Ce présidentialisme constituant se structure pourtant à partir d’un postulat démocratique : le pouvoir exécutif s’appuie sur une majorité électorale « populaire » qui participe activement aux différentes élections et qui vise à conserver le pouvoir afin de poursuivre un programme politique. C’est l’avis de Diego Jiménez Guachalla, vice-ministre de la Justice et des Droits fondamentaux entre 2015 et 2017, pour qui l’alternance présente dans la « démocratie néolibérale » est un principe archaïque [Entretien Jiménez Guachalla, 2017]. Avec la Constitution de 2009, on assisterait au contraire à l’avènement d’une « démocratie continue » qui ne s’exercerait pas seulement au moment des élections, mais tout au long des mandats, grâce au contrôle exercé par la société civile sur les décisions prises par l’État. Ainsi, l’alternance n’est ni nécessaire ni souhaitable, car Evo Morales serait « le seul à pouvoir synthétiser les aspirations du peuple bolivien ».

  • 2 Les révisions constitutionnelles en vue de permettre un continuisme des mandats sont fréquentes en (...)

9Le pouvoir exécutif se transforme alors en présidentialisme constituant afin de modifier les dispositions présentes dans le texte constitutionnel de manière plus ou moins conforme à la Constitution2. Les pratiques de ce présidentialisme constituant relèvent d’une tension entre la légitimité d’un président s’appuyant sur une majorité politique populaire et la nécessité de formaliser ce continuisme dans le texte constitutionnel. Cette tension, si elle n’est pas résolue dans le cadre institutionnel, peut déboucher sur un raidissement du pouvoir exécutif, qui cherche alors par des voies extrajuridiques à se maintenir au pouvoir. De ce fait, le présidentialisme constituant peut s’accompagner d’épisodes d’« interruptions présidentielles » : des « procédés plus ou moins en rupture avec la légalité constitutionnelle qui mettent inopinément un terme à l’exercice du mandat présidentiel » [Gourdon, 2015, p. 302]. On pense notamment à la démission et à la fuite du président bolivien Gonzalo Sánchez de Lozada en octobre 2003, sous la pression des mouvements sociaux – ou, dans une autre mesure, au coup d’État contre Manuel Zelaya, au Honduras en 2009, par les forces armées du pays.

10On assiste en Bolivie à un double processus, aux facettes en apparence contradictoires. D’une part, l’élargissement de la démocratie représentative à de nouveaux organes politiques et l’introduction de nouveaux mécanismes issus des démocraties participative et communautaire ont accentué – du moins en théorie – le contrôle de la société bolivienne sur le processus décisionnel de l’État grâce à la Constitution adoptée en 2009. D’autre part, l’hypertrophie de l’organe exécutif, qui trouve ses origines dans la mise en place d’un régime politique présidentialiste ainsi que dans une configuration politique inédite dans l’histoire de la Bolivie (l’apparition du « fait majoritaire » à partir de 2009, avec une majorité masiste disposant des deux tiers des sièges au Parlement et approuvant sans réserve la politique menée par l’exécutif) débouche sur un « assujettissement » de l’ensemble des autres organes politiques, et en particulier de l’Organe électoral plurinational (OEP). Ce phénomène présidentialiste, couplé au réencastrement du droit dans la sphère politique, provoque une redistribution originale du pouvoir politique. En s’appuyant sur les notions de fonction gouvernementale et de fonction de contrôle issues de la pensée de Georges Burdeau [Burdeau, 1985], nous pouvons observer en Bolivie, en lieu et place de la classique séparation des pouvoirs, une fonction gouvernementale incarnée par le président de l’État d’une part, et une fonction de contrôle, non pas assurée par le Parlement ou l’organe judiciaire, mais par la société bolivienne elle-même.

  • 3 Territoire indigène et parc national Isiboro Secure.
  • 4 Le 21 février 2016, avec un taux de participation de 84,5 %, les Boliviens ont rejeté par 51,3 % de (...)
  • 5 Le référendum du 21 février 2016 a, dans un premier temps, été une initiative portée par la Coordin (...)
  • 6 On pense notamment aux dernières lois sur la réglementation de la production de la feuille de coca, (...)

11La société bolivienne a pu influer sur la production de la norme et surtout sur sa mise en œuvre le plus souvent au travers de mobilisations sociales – comme l’ont montré les exemples du Tipnis3 ou de la réforme du Code pénal –, mais également au travers de procédures constitutionnelles, comme l’a prouvé le résultat négatif du référendum du 21 février 20164. Cependant, le risque est grand de donner aux intérêts les plus puissants le moyen de peser fortement dans l’interprétation et l’application de la norme, et de cantonner les citoyens dans des espaces en marge des processus décisionnels. On constate ainsi que certains secteurs sociaux alliés au Movimiento al socialismo (MAS) – et à l’organe exécutif – détiennent le monopole des procédures de démocratie participative, notamment en ce qui concerne le référendum d’initiative populaire5 ou le référendum révocatoire, ou encore en matière d’influence sur certains projets législatifs sensibles6.

  • 7 Article 11 de la Constitution bolivienne de 2009.

12C’est donc une interprétation présidentialiste, au détriment d’une interprétation consacrant la souveraineté populaire, qui a prévalu jusqu’en 2019. La Constitution de 2009 prévoit pourtant différents mécanismes issus de la démocratie participative afin que le peuple puisse contrôler ses gouvernants et intervenir dans le processus décisionnel. Ainsi, en plus de la possibilité de convoquer une Assemblée constituante, du référendum ou de l’initiative législative citoyenne, la Constitution de 2009 reconnaît le référendum révocatoire, l’assemblée, le cabildo et la consultation préalable pour les peuples indigènes7. Toutefois, ces mécanismes ont été neutralisés par le pouvoir exécutif, qui a pu relayer son interprétation présidentialiste avec le juge constitutionnel, mais également avec l’organe électoral.

Une interprétation contestée portée par des organes peu indépendants

13L’interprétation présidentialiste, en modifiant le texte constitutionnel, peut s’opposer à la volonté populaire ; la tentation peut être grande de vouloir la contourner. Le 21 février 2016, avec un taux de participation de 84,5 %, les Boliviens rejettent par 51,3 % des suffrages exprimés le référendum visant à une modification de l’article 168 de la Constitution bolivienne de 2009. L’organe exécutif, s’il reconnaît sa défaite, nuance toutefois le rejet du référendum en évoquant la campagne de calomnies et de mensonges dont il aurait été victime par une partie de la presse [Camacho, 2017]. Diverses solutions sont avancées afin qu’Evo Morales puisse se représenter in fine une quatrième fois en 2019, en s’appuyant sur le juge constitutionnel bolivien.

  • 8 « Los tratados e instrumentos internacionales en materia de derechos humanos que hayan sido firmado (...)
  • 9 Article 23 de la Convention interaméricaine des droits de l’homme du 22 novembre 1969.

14La sentence constitutionnelle plurinationale no 0084/2017 du TCP supprime plusieurs articles de la Constitution, notamment l’article 168 qui limite à une seule fois la possibilité de briguer un nouveau mandat présidentiel. Pour ce faire, le TCP s’appuie sur la supposée incompatibilité de la Constitution avec la Convention interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). En effet, la Constitution bolivienne dispose, dans son article 256, que les traités internationaux qui contiennent des dispositions relatives aux droits de l’homme plus favorables que celles de la Constitution prévalent sur cette dernière8. Le TCP estime ainsi que l’article 23 de la CIDH, qui dispose notamment que n’importe quel citoyen peut accéder et participer aux fonctions électives9, prévaut sur les dispositions contenues dans la Constitution.

  • 10 À la suite d’une décision du TCP critiquée par le gouvernement – le contrôle de constitutionnalité (...)

15Le TCP avec la décision du 28 novembre 2017, en supprimant plusieurs dispositions constitutionnelles relatives à la réélection présidentielle, vient s’opposer à la souveraineté populaire exprimée avec le référendum du 21 février 2016 et participe du processus de déconstitutionnalisation évoqué plus haut. Le juge constitutionnel bolivien, alors qu’il produisait une jurisprudence protectrice de la notion du vivre bien relativement indépendante du pouvoir exécutif jusqu’en 201410, devient le bras armé du pouvoir exécutif dans l’interprétation de la Constitution bolivienne.

  • 11 Article 12 de la loi no 018 sur l’OEP, du 16 juin 2010.

16Ce texte introduit par ailleurs d’importants changements dans le pouvoir électoral. L’un des changements les plus notables consiste en la transformation de la Cour nationale électorale (CNE) en un Organe électoral plurinational (OEP), c’est-à-dire un organe faisant partie du pouvoir politique au même titre que les organes exécutif, législatif et judiciaire. L’article 206 définit le Tribunal suprême électoral (TSE) comme la juridiction suprême de l’OEP. Ce tribunal est composé de sept membres, nommés pour un mandat unique de six ans. Deux d’entre eux sont obligatoirement originaires des nations et peuples indigènes originaires paysans (NPIOC), tandis qu’au moins trois membres du TSE doivent être des femmes11.

  • 12 Article 11.II de la loi no 018 sur l’OEP, du 16 juin 2010.

17Le TSE est une instance unifiée, c’est-à-dire qu’elle dispose de compétences à la fois administratives – la convocation et l’organisation des élections – et juridictionnelles – le contentieux électoral, en étant juge de cassation pour les contentieux des élections départementales, régionales et municipales, et juge en première et dernière instance pour les recours concernant les élections nationales, à l’image du Conseil constitutionnel en France. Ses décisions sont sans appel et ne peuvent être contestées par aucun organe, y compris par le TCP12.

18Six des sept magistrats du TSE sont, comme avec la Constitution bolivienne de 1967, désignés par le parlement bolivien, c’est-à-dire l’ALP, à la majorité confirmée des deux tiers. Le septième, qui est également président du TSE, est nommé par le président de l’État plurinational. Toutefois, la conjoncture politique a changé : si aucun parti politique ne pouvait auparavant prétendre à une majorité quelconque au sein du Parlement – il était nécessaire de former des coalitions avec plusieurs partis –, le MAS disposait entre 2009 et 2020 des deux tiers des voix au sein de l’ALP. Cela signifiait concrètement qu’il n’était pas obligé de négocier avec l’opposition pour s’entendre sur la désignation des magistrats.

  • 13 Salvador Romero Ballivián fut président de la CNE entre 2004 et 2008. Il a été nommé membre du TSE (...)

19Rapidement après sa fondation, le TSE se trouve décrédibilisé, en particulier au moment des élections locales de 2015. Selon Salvador Romero Ballivián13, une série de décisions « discrétionnaires et honteuses » [Entretien Romero Ballivián, 2019] est prise par l’institution électorale pour favoriser les candidats du MAS. Face à la perte de crédibilité engendrée par ces décisions, les magistrats du TSE démissionnent, et sont remplacés le 10 juillet 2015 par une équipe plus compétente et reconnue pour son expérience, avec à sa tête Katya Uriona. Cependant, le pouvoir exécutif reprend la main sur une institution pourtant jugée indépendante et de nouveau crédible. Le rapport de force débute à la suite de la publication des résultats du référendum du 21 février 2016. Sous la pression de la présidente du TSE, un système de transmission rapide et fiable des résultats a été mis en place. Le TSE décide de publier ces résultats le plus rapidement possible, afin d’éviter une manipulation ultérieure des tendances du résultat du référendum [Entretien Uriona, 2019]. Le gouvernement perd de peu ce référendum visant à permettre au président de se représenter en 2019. Les tensions entre le TSE et le pouvoir exécutif se répercutent au sein du tribunal, entre la présidente, de plus en plus isolée, et le reste des magistrats, à majorité masiste. Katya Uriona finit par démissionner le 22 octobre 2018, quelques jours avant que la plus haute juridiction électorale habilite Evo Morales à se présenter à l’élection présidentielle du 20 octobre 2019.

  • 14 Selon l’article 29 de la loi sur les organisations politiques, les résultats des primaires sont con (...)

20La défiance à l’égard de l’OEP s’accentue lors de la campagne pour les élections générales du 20 octobre 2019. Salvador Romero Ballivián, qui n’est pas encore président du TSE, précise que la campagne électorale a été problématique, le TSE n’ayant pas veillé à l’égalité entre les partis politiques, ni au niveau de leur temps de présence dans les médias, ni au niveau de leurs ressources disponibles pour mener à bien leur campagne. L’habilitation des candidats à la présidence et à la vice-présidence a également été problématique. Ainsi, lorsque Jaime Paz Zamora, ancien président de la République (1989-1994) et candidat pour le Parti démocrate-chrétien (PDC), décide de retirer sa candidature à l’élection présidentielle, le TSE refuse dans un premier temps sa renonciation, fondant sa décision sur une interprétation très restrictive de la loi sur les organisations politiques14. Le TSE l’acceptera par la suite, tout comme celle d’Edwin Rodríguez, candidat à la vice-présidence pour le parti Bolivia Dice No.

  • 15 Cette information est donnée par le TSE lui-même, lors d’une conférence tenue la semaine précédant (...)
  • 16 Les résultats préliminaires de l’enquête menée par l’Opalc-Sciences Po lors des élections du 20 oct (...)

21Raúl Prada, membre de l’Assemblée constituante entre 2006 et 2008 et sociologue marxiste, évoque la possible manipulation du padrón electoral, c’est-à-dire des listes électorales, afin de favoriser l’enregistrement des citoyens boliviens dans les zones favorables au MAS [Entretien Prada, 2019]. De même, Fernando Molina, correspondant pour le journal espagnol El País, indique que le MAS est surreprésenté dans la propagande électorale diffusée à la télévision [Entretien Molina, 2019]. Il apparaît que le TSE est plus favorable au parti présidentiel, tandis qu’il contrôle avec beaucoup de zèle les spots de campagne des autres partis politiques. Enfin, aucune date pour un éventuel second tour de l’élection présidentielle n’est prévue, ni aucun financement alloué à son organisation15. L’OEP est donc devenu un organe décrédibilisé, et largement désavoué par les Boliviens eux-mêmes16.

22L’hyperprésidentialisme, favorisé par la Constitution de 2009 et accentué par la pratique d’Evo Morales, entraîne donc une subordination des pouvoirs constitués à l’organe exécutif, y compris du juge constitutionnel et de l’organe électoral. Le contrôle de l’action de l’organe exécutif par les dispositifs prévus dans la Constitution de 2009 est inopérant. Les mécanismes de démocratie directe ne fonctionnent pas, du fait de procédures relativement complexes, et le contrôle par la justice ne s’effectue pas correctement, celle-ci étant trop dépendante du pouvoir exécutif. L’élection au suffrage universel direct des magistrats du TCP et du Tribunal suprême de justice (TSJ), à partir d’une liste de candidats établie par l’ALP, loin de renforcer l’indépendance de ces derniers, a créé un lien de subordination avec le MAS. Le véritable contrôle se trouve désormais hors des institutions étatiques, c’est-à-dire dans la société civile, à travers les mouvements sociaux, mais aussi les comités civiques. Ceux-ci auront un rôle central dans l’organisation des protestations avec la crise postélectorale bolivienne d’octobre et novembre 2019.

Les élections générales du 20 octobre 2019 : de la crise post-électorale à la réinterprétation de la Constitution

Une chronologie de la crise post-électorale d’octobre 2019

  • 17 En Bolivie, le vote est obligatoire pour les citoyens boliviens enregistrés sur le padrón electoral(...)
  • 18 En 2014 et 2016, une large majorité des Boliviens vivant à l’étranger a voté en faveur du MAS. Les (...)
  • 19 C’est l’avis de l’OEP, mais aussi celui de l’ancienne présidente du TSE, Katya Uriona, selon laquel (...)

23Lors de l’élection présidentielle, les Boliviens n’élisent pas seulement leur président ; ils votent17 également pour les sénateurs, les députés et les neuf représentants spéciaux de différents organismes internationaux ; il s’agit donc d’élections générales. Le dimanche 20 octobre 2019, à l’hôtel Real où siège temporairement le TSE, les premiers résultats issus du système de Transmisión de resultados electorales preliminares (TREP) tombent peu avant 20 heures. Ce système, relativement fiable et efficace lors du référendum de 2016, doit permettre dès 20 heures, le dimanche soir, d’obtenir les résultats sur environ 90 % des suffrages exprimés. Il faut attendre le lundi matin pour avoir près de 100 % des résultats, en prenant en compte les résultats des Boliviens de l’étranger, dont les voix sont déterminantes dans le résultat final18. Les manipulations d’images des procès-verbaux des bureaux de vote semblent peu probables19.

  • 20 Article 166.1 de la Constitution bolivienne de 2009.

24Les résultats préliminaires accordent environ 45 % des suffrages au MAS, et 37 % à la Comunidad ciudadana. Pour être élu dès le premier tour, le MAS doit obtenir un score supérieur à 40 % avec un écart d’au moins dix points avec le parti arrivé en deuxième position20. À ce stade du décompte, il y aurait donc un second tour. On constate également un reflux du vote pour le MAS par rapport à la précédente élection présidentielle. En effet, le 12 octobre 2014, le MAS avait obtenu 61,36 % des suffrages exprimés ; Evo Morales avait été réélu président de l’État avec la majorité absolue dès le premier tour, tandis que la majorité présidentielle remportait 113 sièges à l’ALP (sur 166), conservant une majorité des deux tiers.

25Cependant, lors des élections de 2019, le TREP cesse de s’actualiser au cours de la soirée, à environ 83 % du décompte. Carlos Mesa s’empresse de déclarer qu’il y aura un second tour, tandis qu’Evo Morales, accompagné de son vice-président et de plusieurs ministres, annonce un « nouveau triomphe » depuis le Palacio Quemado, affirmant que les voix des zones rurales, qui ne sont pas encore comptabilisées, permettront de « garantir le processus de changement ». À l’hôtel Real en quasi-état de siège, les magistrats du TSE commencent à valider eux-mêmes chaque procès-verbal des bureaux de vote de l’étranger. L’un des magistrats tient une petite corbeille contenant les photocopies des procès-verbaux, en saisit une, la montre à une caméra qui retransmet l’image en direct sur un écran géant, puis la transmet à ses collègues pour qu’ils l’authentifient. En bout de chaîne, la présidente du TSE déclare le procès-verbal conforme ; ce dernier est ensuite transmis au service informatique, situé juste à côté de l’estrade, pour être décompté. Parfois, il s’agit d’authentifier les procès-verbaux de bureaux de vote où dix électeurs seulement se sont déplacés.

  • 21 Le lendemain, mardi 22 octobre, Antonio Costas renonce à son poste de vice-président du TSE. Il est (...)

26Le lundi 21 octobre, le TREP est toujours bloqué. Au siège du TSE, place Avaroa, le vice-président du tribunal, Antonio Costas, explique à mi-mots qu’il s’agit d’une décision politique de l’assemblée plénière du TSE, et pas d’un problème technique – comme l’ont annoncé les magistrats dans une déclaration de presse. Cette décision aurait été prise parce que l’écart entre les deux candidats se resserrait de plus en plus, les juges souhaitant éviter des « risques de polémiques ». Toujours selon Antonio Costas21, alors que le TSE annonçait un TREP à 83 % des procès-verbaux transmis, le TSE aurait eu en sa possession 93 % des procès-verbaux (soit environ 6 800), mais aurait décidé de bloquer le système à 83 %. Lorsque le TREP est finalement relancé, dans l’après-midi du lundi, l’écart entre les deux candidats, loin de s’être réduit, s’est considérablement accru. Evo Morales n’est maintenant qu’à un point de la victoire.

  • 22 Análisis de integridad electoral — Elecciones generales en el Estado Plurinacional de Bolivia, 20 d (...)
  • 23 Plusieurs centres de recherche, comme le Celag, le CEPR ou le MIT, en association avec le Washingto (...)

27Le mardi 22 octobre 2019, le TSE proclame les résultats définitifs : Evo Morales et le MAS remportent les élections dès le premier tour, avec 47,08 % des suffrages exprimés, contre 36,51 % pour Carlos Mesa et la Comunidad ciudadana. Il y a formellement plus de dix points d’écart ; il n’y aura pas de second tour pour l’élection présidentielle, comme le dispose l’article 166.1 de la Constitution de 2009. Très rapidement, des soupçons de fraude se portent sur le vote dans les zones rurales. Les pressions sur les communautés de paysans ou d’indigènes – dont les votes sont plus favorables au MAS – peuvent en effet y être plus fortes et plus faciles que dans les villes. L’opposition suspecte également le TSE d’avoir modifié certains procès-verbaux afin d’enlever des voix à Comunidad ciudadana et de les ajouter au MAS. La victoire du MAS ne tiendrait qu’à 30 000 voix près [Chumacero, 2019 ; Villegas, 2019], soit l’avance nécessaire pour obtenir les dix points d’écart, et les procès-verbaux des bureaux de vote constitueraient les principales irrégularités. La mission électorale de l’Organisation des États américains (OEA) se range à cette thèse, évoquant des « actions délibérées qui ont cherché à manipuler le résultat de l’élection22 ». Le rapport de l’OEA est alors l’objet de critiques sévères, notamment portées par le Centro estratégico latinoamericano de geopolítica (Celag), le Center for economic and policy research (CEPR)23 ou le Washington Post [Curiel & Williams, 2020].

  • 24 Article 169.I de la Constitution bolivienne de 2009.

28Les manifestations des premiers jours suivant la proclamation des résultats, portées majoritairement par une classe moyenne blanche souhaitant la tenue d’un second tour à l’élection présidentielle, laissent bientôt place à des protestations plus violentes de certains militants du MAS, mais aussi et surtout de l’extrême droite blanche et religieuse de l’Oriente, dont Luis Fernando Camacho fut le héraut. Le dimanche 10 novembre 2019, avec la publication du rapport de l’OEA, la crise politique s’accentue au point d’aboutir à une crise institutionnelle et à la vacance du pouvoir exécutif. Alors qu’Evo Morales, conformément à l’audit réalisé par l’OEA, déclare la convocation de nouvelles élections, la police puis l’armée demandent son départ. Evo Morales, puis le vice-président Álvaro García Linera, le président de la chambre des députés, Víctor Borda, et enfin la présidente de la chambre des sénateurs, Adriana Salvatierra, ainsi que son premier vice-président, Rubén Medinacelli, démissionnent. La Constitution ne prévoit pas d’autres personnages de l’État pour remplacer le président : la fonction présidentielle est vacante24. Le 10 novembre 2019 au soir, à la demande du procureur général, la présidente et l’ancien vice-président du TSE sont arrêtés.

  • 25 Oscar Ortiz, candidat de Bolivia Dice No, parti soutenu par Jeanine Áñez, a obtenu 4,24 % des suffr (...)

29Ainsi, à partir de mouvements plus ou moins spontanés et dépourvus d’attaches partisanes, l’extrême droite peut reprendre pied dans un pays où elle était affaiblie depuis au moins les élections de 2009 et où elle a réuni moins de 5 % des voix lors des élections25, non pas pour exiger un second tour auquel Carlos Mesa aurait pu prétendre, mais pour demander la démission pure et simple du président alors en fonction, Evo Morales.

La présidence de facto de Jeanine Áñez, ou la réinterprétation de la Constitution

30Le texte constitutionnel bolivien peut être sujet à plusieurs interprétations, comme nous venons de le voir. En cas de vacance du pouvoir exécutif, il prévoit plusieurs hypothèses. Or dans le cas précis que nous venons de voir, ces dernières se sont révélées inopérantes – la Constitution bolivienne est restée muette. Il faut donc chercher ailleurs une solution juridique afin de permettre la continuité du pouvoir exécutif et d’éviter un retour de l’armée à la tête de l’État.

  • 26 « Para asegurar la participación y pluralidad política de la Cámara, la Presidencia, Primera Vicepr (...)
  • 27 Le règlement du Sénat dispose, dans son article 41 : « Son atribuciones de la Segunda Vicepresident (...)

31Les violences qui ont suivi le départ d’Evo Morales, favorisées par l’absence de la police et de l’armée dans les rues, permettent de légitimer l’installation d’une sénatrice démocrate-chrétienne qui, par le truchement des sièges vides, devient présidente par intérim. En étant seconde vice-présidente du Sénat – poste qui revenait au parti de droite Unidad demócrata, selon l’article 35.II du règlement du Sénat26 –, celle-ci devient en effet « automatiquement » présidente du Sénat27, puis présidente de l’État bolivien. Cette dernière transition est sujette à controverse, car il n’est fait mention nulle part qu’un(e) vice-président(e) d’une des deux chambres puisse devenir président(e) de l’État bolivien.

  • 28 Communiqué du TCP du 12 novembre 2019 [en ligne, consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : ht (...)
  • 29 « Magistrado afirma que el comunicado del TCP sobre la sucesión de Áñez no tiene valor legal » [en (...)
  • 30 Article 75 du règlement du Sénat.

32Le TCP reconnaît la constitutionnalité de sa présidence dans un simple communiqué de presse en date du 12 novembre 201928 – communiqué sans aucune valeur juridique qui sera critiqué quelques mois plus tard par un des magistrats du TCP, Petronilo Flores29. Le communiqué explique, à partir du cas de la succession du vice-président Jorge Quiroga, en 2001, à la présidence de la République de Bolivie à la suite du décès du président Hugo Banzer, que la succession constitutionnelle ne nécessite pas l’approbation du parlement bolivien ; Jeanine Áñez est présidente ipso facto. Une interprétation a prévalu dans ce contexte de vacance du pouvoir, évacuant toute procédure de désignation formelle de la présidence par intérim par le parlement bolivien : Jeanine Áñez s’est auto-investie présidente dans l’enceinte du Sénat le 13 novembre 2019, en présence des seuls sénateurs de l’opposition. Dans ce contexte, le quorum – au moins la majorité absolue des membres de la chambre haute30 – n’était pourtant pas réuni pour qu’une session du Sénat puisse voir le jour et que les décisions prises soient valides. Toutefois, il ne semble pas que le secrétariat de la chambre ait constaté l’absence de quorum au début de cette « session » ; celle-ci n’est donc pas formellement suspendue.

33De même, selon l’article 161 de la Constitution bolivienne de 2009, l’ALP détient comme prérogative d’admettre ou de rejeter la démission du président et du vice-président de l’État, mais aussi de recevoir le serment du président et du vice-président lors de leur investiture. Or, tandis que Jeanine Áñez s’autoproclame présidente par intérim, l’ALP n’a pas encore accepté ou rejeté la démission d’Evo Morales et d’Álvaro García Linera – elle ne le fera que le 21 janvier 2020 –, car elle ne parvient pas à réunir le quorum suffisant de parlementaires, pour la plupart dans l’incapacité de se rendre physiquement au siège du parlement bolivien [San José, 2019]. À aucun moment l’ALP n’a reçu le serment de Jeanine Áñez. De même, alors qu’en 2015 Evo Morales avait été investi président conformément à une loi votée par l’ALP, aucune disposition législative n’a reconnu Jeanine Áñez présidente par intérim. De ce point de vue, l’article 161 n’a pas été respecté. Nous pouvons considérer que cette interprétation contra constitutionem est la conséquence du processus de déconstitutionnalisation qui touche la Bolivie depuis plusieurs années, que nous évoquions dans l’introduction.

34L’interprétation de la Constitution bolivienne, entre novembre 2019 et octobre 2020, fait l’objet d’une lutte entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Le premier cherche à exercer pleinement les compétences reconnues par la Constitution, tandis que le second joue son rôle de contre-pouvoir et de frein, rôle qu’il n’avait jamais pu exercer précédemment. L’ALP, à la suite de la non-reconnaissance des résultats des élections générales, est en effet toujours dominée par le MAS, conformément aux élections de 2014. Le Sénat se dote dès le 14 novembre 2019 d’un nouveau bureau exécutif, avec à sa tête Eva Copa ; cette dernière devient également présidente de l’ALP en l’absence du vice-président de l’État.

35On constate de ce fait une érosion du phénomène présidentialiste en Bolivie, avec un Parlement devenu un véritable contre-pouvoir face à l’organe exécutif. En dressant un parallèle avec le droit constitutionnel français, nous pourrions parler d’une « cohabitation » entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Ce dernier, toujours « anesthésié » par un puissant fait majoritaire ayant duré quatorze années, reprend peu à peu l’initiative sur le processus législatif. Avec un pouvoir exécutif de droite conservatrice et un pouvoir législatif de gauche, les institutions découlant de la Constitution bolivienne de 2009 sont apparues relativement flexibles, s’adaptant rapidement à une conjoncture politique inédite.

  • 31 Ley excepcional 1270 de prórroga del mandato constitucional de autoridades electas, 20 janvier 2020

36Les deux pouvoirs politiques parviennent notamment à trouver un accord, le 19 décembre 2019, sur les nouveaux magistrats siégeant au TSE, après que Jeanine Áñez eut nommé comme président Salvador Romero Ballivián. L’exécutif et le législatif s’accordent également sur la prolongation des mandats des organes exécutif et législatif au niveau national, mais aussi à l’ensemble des différents niveaux territoriaux, jusqu’à mai 202031. L’ALP reconnaît de son côté la démission d’Evo Morales et d’Álvaro García Linera le 21 janvier 2020. Enfin, le 3 janvier 2020, le TSE annonce que les prochaines élections générales se tiendront le 3 mai 2020 ; la date du 14 juin est retenue pour un éventuel second tour, notamment concernant l’élection présidentielle.

  • 32 Loi n° 1297 de prorogation des élections générales de 2020, 2 mai 2020.

37Cette cohabitation relativement fluide entre la présidence et le Parlement est remise en cause par la crise sanitaire liée à la Covid-19. Le 21 mars, le TSE annonce la suspension du calendrier électoral, en même temps que la présidente Áñez décide d’un confinement sur l’ensemble du territoire bolivien. Les élections initialement prévues le 3 mai 2020 sont repoussées plusieurs fois, non sans un certain blocage de la part de la présidente. Le 2 mai 2020, Eva Copa, en sa qualité de présidente de l’ALP, promulgue la loi no 1297 qui dispose que les élections devront être convoquées dans un délai de quatre-vingt-dix jours, donc le 2 août 202032 au plus tard.

38On observe ici un premier point de blocage entre l’exécutif et le législatif, qui ne va cesser de s’amplifier les mois suivants. En effet, Jeanine Áñez, en tant que présidente, a comme compétence la promulgation de la loi – c’est d’ailleurs l’une des compétences principales de tout chef d’État. Cependant, elle refuse de promulguer cette loi, comme l’y autorise l’alinéa 10 de l’article 163 de la Constitution, estimant que les conditions sanitaires ne sont pas satisfaisantes. L’ALP ne considère pas les observations de la présidente comme fondées ; il revient donc à la présidente de l’ALP de promulguer cette loi.

  • 33 « En ejercicio de sus atribuciones, el Tribunal Supremo Electoral fijará, mediante resolución expre (...)

39Cette situation se représente en juin 2020, lorsqu’il paraît peu probable que les élections puissent se tenir le 2 août. Une nouvelle loi est donc présentée par l’ALP, après concertation avec le TSE et les partis politiques de l’opposition, mais aussi les Nations unies, l’Union européenne et l’Église catholique, pour repousser de nouveau les élections, au 6 septembre. La présidente Áñez refuse de promulguer cette loi, toujours en raison des conditions sanitaires. Les parlementaires considèrent ce refus de l’exécutif comme traduisant une volonté de se maintenir au pouvoir, malgré l’engagement pris par Áñez de convoquer au plus vite les élections. Le 22 juin, après douze jours d’hésitations et de déclarations contradictoires, la présidente décide finalement de promulguer la loi no 1304 modifiant la loi no 1297, qui dispose que les élections « devront se réaliser dans un délai maximum de 127 jours à partir du 3 mai, ce qui veut dire jusqu’au dimanche 6 septembre 202033 ».

  • 34 Loi n° 1315 du 13 août 2020.

40Enfin, la date des élections générales est modifiée une quatrième – et dernière – fois. La loi no 1315 du 13 août 2020, également promulguée à reculons par Jeanine Áñez, reporte finalement les élections au 18 octobre34, alors que des émeutes et des bloqueos en partie déclenchés par des secteurs afines al MAS se propagent dans tout le pays pour conserver la date du 6 septembre – et, plus globalement, pour manifester l’opposition au pouvoir en place et dénoncer la gestion problématique de la crise sanitaire.

  • 35 « Interpelar a iniciativa de cualquier asambleísta, a las Ministras o Ministros de Estado, individu (...)
  • 36 « Critican el silencio del TCP sobre temas electorales » [en ligne], El Correo del Sur, 30 septembr (...)

41La crise sanitaire a exacerbé les tensions institutionnelles entre l’ALP et le pouvoir exécutif, au point que ce dernier gouverne sans tenir compte de la première. Ainsi, les parlementaires destituent35 le ministre Arturo Murillo, qui est aussitôt renommé à son poste par la présidente Áñez. Cette période est également marquée par le silence – pour ne pas dire l’absence – du TCP, complètement décrédibilisé après les mandats de Morales, malgré des recours portés par l’opposition de droite concernant le report des élections ainsi que par le TSE lui-même, au sujet cette fois de l’attribution de la personnalité juridique au MAS36.

Conclusion

42Alors que la Constitution bolivienne de 2009 supposait la mise en place d’une démocratie fondée sur le contrôle et la participation de la société dans le processus décisionnel, c’est au contraire une lecture présidentialiste du texte constitutionnel qui s’est développée. La concentration des pouvoirs au sein de l’organe exécutif et l’assujettissement des autres pouvoirs constitués ont favorisé un processus de « dénormativisation » de la Constitution, au point que la crise politique post-électorale s’est transformée en une crise institutionnelle, avec une vacance du pouvoir exécutif et la prise de contrôle de celui-ci par un courant politique – l’extrême droite – jusque-là très minoritaire en Bolivie.

  • 37 Le MAS détient 75 sièges contre 88 en 2014 à la Chambre des députés, et 21 sièges contre 25 à la Ch (...)

43Les élections générales du 18 octobre 2020 ont finalement donné une large majorité au MAS et à son candidat à la présidence, Luis Arce Catacora, avec 55,11 % des suffrages exprimés dès le premier tour. Le MAS, qui gagne huit points depuis les élections de 2019, dispose de la majorité absolue, mais perd la majorité des deux tiers à l’ALP – qu’il avait depuis les élections de 200937. De ce fait, le MAS devra composer avec les oppositions afin de procéder à la nomination des magistrats des différentes juridictions – le TCP et le TSE notamment. On peut ainsi espérer une justice constitutionnelle plus indépendante du pouvoir exécutif, et plus à même de faire prévaloir une interprétation autonome des normes constitutionnelles.

Haut de page

Bibliographie

Bailleux Antoine & Ost François, 2013, « Droit, contexte et interdisciplinarité : refondation d’une démarche », Revue interdisciplinaire d’études juridiques, vol. 70, no 1, p. 35.

Burdeau Georges, 1985, Traité de sciences politiques, t. v, Paris, LGDJ.

Camacho Willy, 2017, « Día de la mentira » [en ligne], Página Siete, 19 février [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.paginasiete.bo/ideas/2017/2/19/mentira-127622.html#!

Chumacero Romulo, 2019, El camaleón, el mutante y Houdini. Resultados de las elecciones en Bolivia [en ligne], 26 octobre [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : http://rchumace.econ.uchile.cl/papers/cmh.pdf

Curiel John & Williams Jack R., 2020, « Bolivia dismissed its October elections as fraudulent. Our research found no reason to suspect fraud » [en ligne], The Washington Post, 27 février [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.washingtonpost.com/politics/2020/02/26/bolivia-dismissed-its-october-elections-fraudulent-our-research-found-no-reason-suspect-fraud/

Gourdon Hubert, 2015, « Continuismo et présidentialisme constituant dans les États andins », dans Jean-René García, Denis Rolland & Patrice Vermeren (dir.), Les Amériques, des constitutions aux démocraties. Philosophie du droit des Amériques, Paris, Maison des sciences de l’homme, p. 281-304.

Moderne Franck, 2001, « Les avatars du présidentialisme dans les États latino-américains », Pouvoirs, vol. 3, no 98, p. 63-87.

Sagüés Néstor Pedro, 2007, « El concepto de desconstitucionalización » [en ligne], Revista de derecho, no 2, p. 181-195 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/6119788.pdf

San José Diego Aitor, 2019, « La senadora opositora Jeanine Áñez se autoproclama presidenta de Bolivia tras el golpe de Estado » [en ligne], El Diario, 13 novembre [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.eldiario.es/internacional/senadora-opositora-jeanine-anez_1_1261630.html

Troper Michel, 2007, « Le réalisme et le juge constitutionnel », Cahier du Conseil constitutionnel, no 22, [en ligne], [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/le-realisme-et-le-juge-constitutionnel

Vargas Lima Alan, 2015, « La reelección presidencial en la jurisprudencia del Tribunal Constitucional Plurinacional de Bolivia. La ilegítima mutación de la constitución a través de una ley de aplicación normativa », Revista boliviana de derecho, no 19, janvier, p. 446-469.

Villegas Edgar, 2019, Informe sobre irregularidades identificadas en las elecciones en Bolivia realizadas el 20 de octubre 2019 [en ligne], [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://drive.google.com/file/d/1Ar2pZ4GqkCKB2QTsXN4XvKZve9AVOm3U/view

Entretiens

Jiménez Guachalla Diego Ernesto, entretien réalisé à La Paz le 24 février 2017.

Molina Fernando, entretien réalisé à La Paz le 15 octobre 2019.

Prada Raúl, entretien réalisé à La Paz les 15 et 31 octobre 2019.

Romero Ballivián Salvador, entretien réalisé à La Paz le 15 octobre 2019.

Uriona Katya, entretien réalisé à La Paz le 19 octobre 2019.

Haut de page

Notes

1 C’est notamment le sens de la théorie réaliste de l’interprétation développée par Michel Troper. Il existe toutefois des contraintes qui encadrent l’action des acteurs juridiques, qu’il s’agisse des législateurs ou des juges. Voir notamment Troper, 2007.

2 Les révisions constitutionnelles en vue de permettre un continuisme des mandats sont fréquentes en Amérique latine. Nous pouvons en citer plusieurs exemples : la « loi d’interprétation authentique », votée par le Congrès péruvien le 23 août 1996 pour permettre au président Alberto Fujimori de se représenter une troisième fois à l’élection présidentielle, alors que l’article 112 de la Constitution péruvienne de 1993 l’en empêchait ; la tentative de révision par le Congrès colombien, et son rejet par la Cour constitutionnelle le 26 février 2010, quelques jours avant le début de la campagne officielle pour l’élection présidentielle, empêchant Álvaro Uribe de se présenter une troisième fois à l’élection présidentielle ; la révision de la Constitution vénézuélienne de 1999 par l’Assemblée nationale, suivie de son approbation par référendum le 15 février 2009, permettant à Hugo Chávez de se représenter une troisième fois à l’élection présidentielle – révision qui fait suite à l’échec du référendum du 3 décembre 2007 ; la tentative – avortée – de Rafael Correa de réviser la Constitution en Équateur ; enfin, l’interprétation controversée de l’article 168 de la Constitution bolivienne de 2009 par le Tribunal constitutionnel plurinational en 2017, qui fait suite au référendum du 21 février 2016 rejeté par un peu plus de 51 % des suffrages exprimés.

3 Territoire indigène et parc national Isiboro Secure.

4 Le 21 février 2016, avec un taux de participation de 84,5 %, les Boliviens ont rejeté par 51,3 % des suffrages exprimés le référendum visant à une modification de l’article 168 de la Constitution de 2009.

5 Le référendum du 21 février 2016 a, dans un premier temps, été une initiative portée par la Coordinación nacional para el cambio (Conalcam), alliée du MAS, avant d’être porté par l’Assemblée législative plurinationale (ALP).

6 On pense notamment aux dernières lois sur la réglementation de la production de la feuille de coca, qui favorisent les cocaleros du Chapare – et alliés du MAS – au détriment des cocaleros historiques des Yungas.

7 Article 11 de la Constitution bolivienne de 2009.

8 « Los tratados e instrumentos internacionales en materia de derechos humanos que hayan sido firmados, ratificados o a los que se hubiera adherido el Estado, que declaren derechos más favorables a los contenidos en la Constitución, se aplicarán de manera preferente sobre ésta », article 256.I de la Constitution bolivienne de 2009.

9 Article 23 de la Convention interaméricaine des droits de l’homme du 22 novembre 1969.

10 À la suite d’une décision du TCP critiquée par le gouvernement – le contrôle de constitutionnalité de la Ley de notariado –, les magistrats Gualberto Cusi Mamani, Rosario Sorayda Chánez Chiré et Ligia Mónica Velásquez, en mai 2014, sont mis en accusation sur le plan pénal par la Chambre des députés, avant que la Chambre des sénateurs ne convertisse cette peine en destitution pour « non-application des devoirs ». Le TCP est ainsi épuré de toute velléité de contestation.

11 Article 12 de la loi no 018 sur l’OEP, du 16 juin 2010.

12 Article 11.II de la loi no 018 sur l’OEP, du 16 juin 2010.

13 Salvador Romero Ballivián fut président de la CNE entre 2004 et 2008. Il a été nommé membre du TSE par la présidente par intérim, Jeanine Áñez, en décembre 2019, puis élu président du TSE par l’assemblée plénière du TCP. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec lui avant les élections du 20 octobre 2019, alors qu’il était seulement membre de l’Institut interaméricain des droits de l’homme (IIDH).

14 Selon l’article 29 de la loi sur les organisations politiques, les résultats des primaires sont contraignants pour les partis politiques et leurs candidats ; seuls le décès ou une maladie grave permettent à un candidat de renoncer à se présenter à l’élection.

15 Cette information est donnée par le TSE lui-même, lors d’une conférence tenue la semaine précédant les élections générales du 20 octobre 2019.

16 Les résultats préliminaires de l’enquête menée par l’Opalc-Sciences Po lors des élections du 20 octobre 2019 – dans le cadre d’une mission d’observation électorale dont l’auteur faisait partie, aux côtés de Sebastián Urioste, Élise Gadea et Kevin Kermoal – vont dans ce sens. Les résultats de cette enquête feront l’objet d’une publication ultérieure.

17 En Bolivie, le vote est obligatoire pour les citoyens boliviens enregistrés sur le padrón electoral – les listes électorales –, hormis pour les personnes âgées de plus de 70 ans et les Boliviens résidant à l’étranger.

18 En 2014 et 2016, une large majorité des Boliviens vivant à l’étranger a voté en faveur du MAS. Les voix de ces Boliviens sont donc très convoitées par le gouvernement, d’autant plus que leur vote n’est pas obligatoire. Ils sont donc incités à s’inscrire sur les listes électorales, et à voter. L’OEP a fourni des efforts considérables pour inscrire les Boliviens de l’étranger susceptibles de fournir le plus de voix au MAS, à savoir ceux vivant en Argentine, au Brésil et au Chili.

19 C’est l’avis de l’OEP, mais aussi celui de l’ancienne présidente du TSE, Katya Uriona, selon laquelle le TREP est « merveilleux » et constitue un « mécanisme de transparence » ; entretien réalisé le 19 octobre 2019 à La Paz.

20 Article 166.1 de la Constitution bolivienne de 2009.

21 Le lendemain, mardi 22 octobre, Antonio Costas renonce à son poste de vice-président du TSE. Il est arrêté le 10 novembre 2019, en même temps que la présidente du TSE, María Eugenia Choque, pour fraude et irrégularités dans le processus électoral, à la suite de la publication du rapport de l’OEA.

22 Análisis de integridad electoral — Elecciones generales en el Estado Plurinacional de Bolivia, 20 de octubre de 2019 — Informe final [en ligne], Organisation des États américains, 10 novembre 2019 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.oep.org.bo/wp-content/uploads/2020/11/INF_FINAL_OEA_EG_2020.pdf

23 Plusieurs centres de recherche, comme le Celag, le CEPR ou le MIT, en association avec le Washington Post, considèrent que le rapport de l’OEA ne parvient pas à apporter des preuves suffisantes d’une fraude délibérée et significative. À ce sujet voir : Celag, « Sobre la OEA y las elecciones en Bolivia » [en ligne], 14 novembre 2019 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.celag.org/sobre-la-oea-y-las-elecciones-en-bolivia/ ; CEPR, « Observando a los observadores. La OEA y las elecciones bolivianas de 2019 » [en ligne], 11 mars 2020 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://cepr.net/report/observando-a-los-observadores-la-oea-y-las-elecciones-bolivianas-de-2019/

24 Article 169.I de la Constitution bolivienne de 2009.

25 Oscar Ortiz, candidat de Bolivia Dice No, parti soutenu par Jeanine Áñez, a obtenu 4,24 % des suffrages.

26 « Para asegurar la participación y pluralidad política de la Cámara, la Presidencia, Primera Vicepresidencia, Primera y Tercera Secretaría corresponderán al bloque de mayoría ; y la Segunda Vicepresidencia y la Segunda Secretaría al bloque de minoría » (article 35.II du règlement du Sénat).

27 Le règlement du Sénat dispose, dans son article 41 : « Son atribuciones de la Segunda Vicepresidenta o Segundo Vicepresidente : a) Reemplazar a la Presidenta o Presidente y a la Primera Vicepresidenta o Primer Vicepresidente, cuando ambos se hallen ausentes por cualquier impedimento ». Il n’y a donc pas besoin d’un vote pour que la vice-présidente remplace la présidente du Sénat en cas d’empêchement – que l’on peut interpréter, une fois de plus, dans un certain sens.

28 Communiqué du TCP du 12 novembre 2019 [en ligne, consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://tcpbolivia.bo/tcp/content/comunicado-1

29 « Magistrado afirma que el comunicado del TCP sobre la sucesión de Áñez no tiene valor legal » [en ligne], Los Tiempos, 14 février 2020 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://www.lostiempos.com/actualidad/pais/20200214/magistrado-afirma-que-comunicado-del-tcp-sucesion-anez-no-tiene-valor-legal

30 Article 75 du règlement du Sénat.

31 Ley excepcional 1270 de prórroga del mandato constitucional de autoridades electas, 20 janvier 2020.

32 Loi n° 1297 de prorogation des élections générales de 2020, 2 mai 2020.

33 « En ejercicio de sus atribuciones, el Tribunal Supremo Electoral fijará, mediante resolución expresa, la nueva fecha para la jornada de votación de las Elecciones Generales 2020, a realizarse en un plazo máximo de ciento veintisiete (127) días computables a partir del 3 de mayo de 2020, vale decir hasta el domingo 6 de septiembre de 2020 […] », article 1er de la loi n° 1304 du 21 juin 2020.

34 Loi n° 1315 du 13 août 2020.

35 « Interpelar a iniciativa de cualquier asambleísta, a las Ministras o Ministros de Estado, individual o colectivamente, y acordar la censura por dos tercios de los miembros de la Asamblea. La interpelación podrá ser promovida por cualquiera de las Cámaras. La censura implicará la destitución de la Ministra o Ministro. La Asamblea también podrá disponer por dos tercios el voto de confianza a las Ministras interpeladas y Ministros interpelados », article 6.19 du règlement de la chambre des députés.

36 « Critican el silencio del TCP sobre temas electorales » [en ligne], El Correo del Sur, 30 septembre 2020 [consulté le 14 décembre 2020]. Disponible sur : https://correodelsur.com/seguridad/20200930_critican-el-silencio-del-tcp-sobre-temas-electorales.html

37 Le MAS détient 75 sièges contre 88 en 2014 à la Chambre des députés, et 21 sièges contre 25 à la Chambre des sénateurs.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Victor Audubert, « L’interprétation présidentialiste de la Constitution bolivienne au cœur de la crise post-électorale de 2019 »Cahiers des Amériques latines, 96 | 2021, 67-84.

Référence électronique

Victor Audubert, « L’interprétation présidentialiste de la Constitution bolivienne au cœur de la crise post-électorale de 2019 »Cahiers des Amériques latines [En ligne], 96 | 2021, mis en ligne le 10 octobre 2021, consulté le 05 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/cal/12543 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cal.12543

Haut de page

Auteur

Victor Audubert

Sciences Po Rennes.

Victor Audubert est docteur en droit public, attaché temporaire d’enseignement et de recherche à Sciences Po Rennes et chercheur à l’Institut de droit public, sciences politiques et sociales (IDPS) de l’université Sorbonne Paris Nord. Ses recherches portent sur le droit constitutionnel et le contentieux constitutionnel, en France et en Amérique latine, en particulier dans la région andine. Il était présent en Bolivie, à La Paz, lors de la crise post-électorale de 2019, dans le cadre d’une mission d’observation électorale organisée par l’Opalc (Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, Sciences Po Paris).

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search