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La disparition de Rubens Paiva : les avancées de l’enquête de la Commission nationale de la vérité

Vivien Fialho da Silva Ishaq et Carolina de Campos Melo
Traduction de Amandine Biencourt

Notes de l’auteur

Vivien Fialho da Silva Ishaq, décédée le 17 avril 2022, était titulaire d’un doctorat en histoire de l’université fédérale Fluminense (UFF) et coordonnait au niveau régional les Archives nationales à Brasilia. Elle a été directrice exécutive du rapport final de la Commission nationale de la vérité. Carolina de Campos Melo est titulaire d’un doctorat en droit de l’université d’État de Rio de Janeiro (UERJ), professeure au sein du département de droit de l’université catholique de Rio de Janeiro (PUC-Rio) et avocate fédérale (Avocature générale de l’Union). Elle a été membre du comité de rédaction du rapport final de la Commission nationale de la vérité.

Texte intégral

Dans la matinée du mercredi 20 janvier 1971, jour férié de la Saint-Sébastien — saint patron de la ville de Rio de Janeiro — le soleil brillait intensément lorsque Rubens Paiva et sa famille ont été surpris par l’arrivée à leur domicile de six agents du Centre de renseignement et de sécurité de l’aéronautique (Cisa). En civils et armés de mitraillettes, ils sont entrés par la porte arrière de la maison familiale à deux étages située en bord de mer, dans le quartier de Leblon.

1Rubens Beyrodt Paiva était originaire de l’État de São Paulo, né dans la ville côtière de Santos. Ingénieur civil et homme d’affaires, il avait été élu – en octobre 1962 – député fédéral de São Paulo sous l’étiquette du Parti travailliste brésilien (PTB), le même parti que l’ancien président João Goulart, ou simplement Jango, comme on le surnommait. À la Chambre des députés, il avait occupé les fonctions de vice-président du groupe parlementaire formé par son parti et de vice-président de la Commission d’enquête parlementaire (CPI) mise en place en 1963 pour examiner les activités de l’Institut de recherche et d’études sociales (Ipes) et de l’Institut brésilien d’action démocratique (Ibad), suspectés de recevoir des fonds internationaux visant à déstabiliser le gouvernement.

2Le 31 mars 1964, à la suite du coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement constitutionnel, un régime dictatorial a été instauré dans le pays ; il allait durer vingt-et-un ans. Le président João Goulard est décédé durant son exil, en Argentine en 1976, sans avoir pu assister à la transition démocratique de son pays en 1988 où une nouvelle Constitution démocratique a été promulguée. Entre 1964 et 1985, les militaires ont gouverné le Brésil au moyen d’actes institutionnels et de mesures d’exception, permettant la persécution des opposants et des dissidents par des licenciements, révocations de droits politiques, des emprisonnements et des exils ; une époque où la torture, l’assassinat et la disparition forcée étaient systématiquement utilisés contre ceux qui contestaient le régime. Les généraux-présidents ont construit un système répressif complexe qui imprégnait les structures administratives des pouvoirs publics et exerçait une surveillance permanente sur les principales institutions de la société civile : syndicats, organisations professionnelles, universités, églises, partis. Une censure était également exercée, en interdisant les manifestations d’opinion et les expressions culturelles identifiées comme hostiles au régime militaire.

  • 1 Son fils, Marcelo, se souvient qu’il demandait souvent à son père de raconter encore et encore cett (...)

3À l’aube du 2 avril 1964, soit deux jours après le coup d’État, Rubens Paiva a quitté Brasília en direction de Rio de Janeiro afin d’y prononcer un discours en direct à la Radio nationale, défendant la légitimité du gouvernement Jango qui venait d’être renversé et appelant le peuple à lutter contre ce coup d’État et ses militaires, selon lui fascistes et putschistes. Rubens Paiva a été, quelques jours après, destitué de son mandat par le premier Acte institutionnel promulgué le 9 avril 1964. Craignant d’être arrêté, le député a tenté de fuir Brasília à bord d’un petit avion, mais a été surpris par l’arrivée des forces de la répression qui, malgré tout, n’ont pas réussi à empêcher le parlementaire d’échapper, indemne, à la fusillade du cordon de police formé contre lui. Fuyant en voiture à toute vitesse à travers la ville, il est finalement parvenu à se réfugier à l’Ambassade de Yougoslavie1. Durant la même année, il a quitté Paris pour s’installer en Uruguay, mais c’est lors d’une escale à Rio de Janeiro qu’il est descendu impulsivement de l’avion, a traversé la piste, est entré dans le hall et a pris un taxi jusqu’à l’aéroport Santos Dumont d’où il s’est envolé pour São Paulo, apparaissant par surprise au domicile familial. Deux ans plus tard, la famille a déménagé à Rio de Janeiro, où elle a loué une maison face à la plage de Leblon, à l’angle des rues Delfim Moreira et Almirante Pereira Guimarães. C’est dans cette maison qu’il a vécu pour la dernière fois avec sa famille. Son épouse, Maria Eunice Facciola Paiva, et leurs cinq enfants — Vera Sílvia, Maria Eliana, Ana Lúcia, Maria Beatriz et Marcelo — n’ont, à ce jour, toujours pas pu veiller le corps de Rubens Paiva.

4Entre 2012 et 2014, les découvertes effectuées par la Commission nationale de la vérité (CNV) ont apporté de nouveaux éléments à l’enquête : une affaire de vol avec homicide dans le sud du pays, la déposition d’un agent « Y » et l’implication d’un général, s’ajoutant aux dépositions et aux documents recueillis au fil des décennies. Durant cette même période, cinq militaires retraités ont été poursuivis par le Ministère public fédéral pour les crimes commis contre le député. Les résultats de l’enquête menée par la CNV ne correspondent en aucun cas aux déclarations faites par les militaires au moment des faits.

Les enquêtes de la CNV sur les violations graves des droits humains2 commises sous la dictature

  • 2 L’expression « violations graves des droits humains » désigne les atteintes aux droits considérés c (...)

5La Commission nationale de la vérité a été mise en place le 16 mai 2012 et dissoute le 16 décembre 2014. Son caractère temporaire s’inscrit dans la lignée de dizaines d’expériences similaires menées sur les cinq continents, en période de transition démocratique ou dans le cadre d’accords de paix. Sa création est intervenue plus de vingt-six ans après la fin de la dictature militaire, ce qui démontre que le temps n’a pas constitué un obstacle à l’examen du lourd héritage des violations graves des droits humains au Brésil. Conformément aux fonctions qui lui ont été confiées par la loi nº 12.528 du 18 novembre 2011, la Commission a mené son analyse jusqu’à l’élucidation des violations graves des droits humains commises entre le 18 septembre 1946 et le 5 octobre 1988 ; dates qui correspondent aux promulgations des constitutions démocratiques. Ainsi, le travail de la CNV s’est inscrit dans une perspective de reconnaissance du droit à la mémoire et à la vérité historique. En août 2012, quelques mois après sa mise en place, le conseil directeur de la CNV a adopté une résolution définissant le périmètre de ses recherches : celles-ci porteraient exclusivement sur les violations graves commises par des agents publics, par des individus sous leur autorité, avec le soutien ou dans l’intérêt de l’État. Ont ainsi été exclues les actions d’individus agissant indépendamment, dont beaucoup avaient déjà fait l’objet d’enquêtes et avaient été jugés par le Tribunal de justice militaire durant la dictature. Par ailleurs, en définissant ses objectifs et ses compétences, la loi a établi une liste de quatre violations graves des droits humains rendant nécessaire l’ouverture d’une enquête en raison de leur gravité : la torture, l’exécution, la disparition forcée et le recel de cadavres. D’autres violations ont été ajoutées au cours de ses deux ans et demi d’activité : les détentions illégales et arbitraires ainsi que les violences sexuelles qui correspondent à une réalité imposée par le régime militaire.

6Instaurée des années après la transition démocratique, la CNV s’est appuyée sur les démarches menées par les familles de victimes – mortes et disparues –, ainsi que sur celles des acteurs de la société civile et de diverses organisations et institutions. Depuis l’instauration du régime militaire, et surtout après le retour à la démocratie, ces acteurs ont progressivement remis en question le récit officiel des événements. Un exemple notable est celui de la pétition des prisonniers politiques de São Paulo, en 1975, qui exposait la nature systématique des abus. Ce document dénonçait des situations et des méthodes récurrentes tout en identifiant des agents militaires appartenant à différents échelons hiérarchiques. Ou encore la publication, en 1985, de Brasil : Nunca Mais par l’archidiocèse de São Paulo et le Conseil œcuménique des églises. Sans oublier la publication, en 1995, du Dossier des morts et disparus politiques à partir de 1964, portée par la Commission des familles de morts et disparus politiques. D’autres avancées – antérieures à la CNV – sont dues à l’État brésilien, comme celles prises à l’initiative du Ministère public fédéral, de la Commission spéciale sur les morts et disparus et de la Commission d’amnistie du ministère de la Justice. En collaboration avec les Archives nationales, l’analyse des archives du – désormais dissous – Service national d’informations (SNI), transférées en 2005, ainsi que d’un vaste ensemble de documents relatifs à la dictature, a été par ailleurs menée. Toutefois, ce qui n’a pas pu être anticipé – et ce qui a eu un impact significatif sur le fonctionnement de la CNV – a été la création de plus d’une centaine d’autres commissions de la vérité à différents niveaux : étatique, municipal, mais aussi au sein d’universités, de syndicats et d’autres secteurs.

7Son rapport de quatre mille pages, divisé en trois volumes, a été rendu public le 10 décembre 2014. La dernière partie du volume I, réservée aux conclusions et aux recommandations, a fait état de quatre conclusions principales : la mise au jour de violations graves des droits humains entre 1946 et 1988, notamment pendant la dictature militaire ; la confirmation du caractère généralisé et systématique des violations graves des droits humains (la répression et l’élimination des opposants étant devenues une politique d’État) ; la reconnaissance de ces actes comme des crimes contre l’humanité à l’encontre de la population civile – hommes, femmes, enfants, adolescents, personnes âgées, appartenant à des groupes sociaux les plus divers, comme les travailleurs, les paysans, les indigènes et les étudiants –, non soumis à la loi d’amnistie ou au délai de prescription ; la persistance du cadre dans lequel se produisent des violations graves des droits humains jusqu’à aujourd’hui, qui résulte en grande partie de l’impunité pour les actes commis pendant la dictature militaire. Vingt-neuf recommandations qui pointaient les étapes restant à franchir afin de renforcer la démocratie ont été adoptées pour que de telles violations ne se reproduisent plus au Brésil.

  • 3 La CNV reconnaît que ces chiffres ne correspondent certainement pas au total des morts et des dispa (...)

8Dès les premiers jours qui ont suivi le coup d’État en 1964, des homicides ont été commis par les organes de sécurité avec un usage arbitraire de la force dans des circonstances illégales. Près de 191 morts par exécution sommaire ou résultant de tortures perpétrées par des agents au service de l’État et 243 victimes de disparitions forcées ont été identifiées, soit plus de la moitié des 434 victimes de la dictature3. Ces crimes ont été perpétrés au sein d’une structure complexe régie par l’État, alors que la victime était sous sa garde, même si elle était hors des installations policières ou militaires, dans des lieux spécialement aménagés pour la torture et les exécutions. La grande majorité des décès est survenue à la suite de tortures, durant les longs interrogatoires auxquels étaient soumis les prisonniers politiques. Pour dissimuler les circonstances réelles de ces assassinats, les organes de sécurité ont mis en scène des fusillades, suicides ou accidents. La plupart des corps qui ont été remis aux familles pour leur inhumation étaient dans des cercueils scellés, afin de cacher les marques des sévices.

  • 4 Une partie de ses recherches fut présentée en février 2014, lors d’une audience publique tenue aux (...)

9Les disparitions forcées faisaient partie d’une politique de la dictature visant à dissimuler les crimes commis par les agents de l’État. Conformément aux réglementations internationales sur ce sujet, elles ont été considérées comme des crimes permanents qui perdurent tant que les restes de la victime n’ont pas été identifiés. Autrement dit, une disparition forcée ne prend fin que lorsque le sort de la victime est connu et son identité confirmée. Ainsi, pour que l’infraction puisse être considérée comme ayant cessé, il ne suffit pas d’une simple présomption de décès, que ce soit par l’émission d’un certificat de décès ou la reconnaissance officielle de l’État. L’arrestation, la torture, le décès et la disparition forcée de Rubens Paiva ont été le résultat d’une politique systématique du régime militaire contre les opposants politiques. Celle-ci était fondée sur une structure hiérarchique, un plan d’action détaillé, l’utilisation illégale de fonds publics, des procédures établies, des budgets alloués et la reconnaissance officielle de ces actes par des distinctions honorifiques, comme l’a révélé le travail de la Commission nationale de la vérité4.

La détention illégale de Rubens Paiva

10Quelques instants avant l’invasion de la maison familiale de Leblon, vers 10 heures, Rubens Paiva avait répondu à un appel d’une personne souhaitant lui remettre une correspondance en provenance du Chili. Son fils, Marcelo, se souvient que ses parents étaient dans le salon, prêts à aller à la plage. Vers 11 heures, sa fille Eliana est sortie et se rappelle que son père lui a demandé avant qu’elle ne parte : « Tu ne vas pas me faire un bisou  ? » Ce à quoi elle a répondu : « Bien sûr que si ». Eliana a raconté qu’elle n’oublierait jamais ce moment, car « ce fut la dernière fois que j’ai vu papa » [Ribeiro, 2015]. Marcelo rapporte que les militaires ont fermé toutes les fenêtres et les rideaux de la maison et ont commencé à poser des questions, échangeant des informations par radio. Ils ont informé Rubens Paiva qu’ils devaient l’emmener pour un témoignage. L’ex-député est alors monté à l’étage pour se préparer, a mis un costume et une cravate, une montre au poignet, quelques carnets dans sa poche, puis est sorti escorté par deux agents, tandis que quatre autres sont restés dans la maison. Toute la famille, à l’exception des filles Eliana et Vera – la première était à la plage et la seconde à Londres –, a été gardée captive et injoignable dans sa propre maison par les agents, pendant que Rubens Paiva était emmené dans la voiture de son épouse, Eunice, à la caserne de la 3e zone aérienne, située à côté de l’aéroport Santos Dumont et dirigée par le lieutenant-brigadier João Paulo Moreira Burnier. Il s’agissait là d’une manière de s’assurer que personne ne saurait rien de la détention de Rubens Paiva.

11Vers 14 heures, Eliana est rentrée de la plage et a trouvé sa mère très effrayée, qui lui a expliqué que son père avait été arrêté et qu’elle devait essayer de sortir de la maison afin de prévenir son oncle, avocat. Eliana se souvient de son retour à la résidence familiale : « Le plus costaud m’a demandé : “Qu’es-tu allée faire dehors ?”, j’ai répondu que j’étais allée jouer. Et lui, furieux : “Non, ce n’est pas vrai, tu es allée prévenir ton oncle que ton père a été arrêté”. Comment le savait-il ? Mon oncle, en bon avocat, a appelé à la maison pour savoir ce qu’il s’était passé. Ils ont écouté sur un des autres combinés ». Eunice a également demandé à son fils Marcelo d’apporter un mot caché dans une boîte d’allumettes à la voisine, sur lequel était écrit « Rubens a été arrêté, personne ne peut venir ici, sinon il sera arrêtée aussi » [Ribeiro, 2015].

  • 5 [N.d.T]. Instrument de torture utilisé durant la dictature militaire brésilienne, composé d’une bar (...)

12Le jour suivant, le 21 janvier, les agents du Cisa ont emmené Eunice et Eliana Paiva, alors âgée de 15 ans, au Détachement d’opérations et d’informations (DOI) de la 1re armée, situé dans le quartier de Tijuca. Vers 11 heures du matin, elles ont été conduites à bord d’une Coccinelle et, une fois arrivées devant le stade Maracanã, ont dû enfiler des cagoules noires. Bien que les agents du DOI aient confirmé que Rubens Paiva était détenu sur place, Eunice et sa fille n’ont pas été autorisées à le voir. Eliana a passé toute la journée encagoulée, debout, adossée à un mur, tandis que des personnes passaient et criaient : « Communiste ! » Elle a été l’objet de harcèlement sexuel et a reçu de nombreux coups sur le crâne au cours de ses trois interrogatoires : le premier, dans une petite salle sans fenêtres où se trouvaient un « pau de arara5 » et du sang sur le sol. Après avoir répondu à des questions sur de nombreuses personnes, et même sur un travail scolaire qu’elle avait réalisé sur la révolution en Tchécoslovaquie, elle a finalement été libérée. Eunice, quant à elle, est restée emprisonnée durant 12 jours, jusqu’au 2 février [Ribeiro, 2015].

  • 6 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58477.86.
  • 7 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.13761.86, p. 47.

13Au moment de sa libération, Eunice a aperçu la voiture dans laquelle Rubens Paiva avait été emmené depuis leur domicile, une Opel Kadett, stationnée dans la cour intérieure de la caserne. Plus tard, elle lui a été restituée, accompagnée d’un reçu de restitution du ministère de l’Armée. Marcelo se souvient que sa mère est revenue à la maison très amaigrie et sans son père. La famille, cependant, gardait l’espoir de revoir bientôt Rubens, car comme l’explique Marcelo, « à cette époque, beaucoup de gens étaient arrêtés. Ils faisaient une déposition, restaient quelques jours, puis sortaient. Ce fut le cas pour de nombreux amis de la famille. On ne parlait pas encore de disparus politiques ; mon père fut le cinquième au Brésil » [Ribeiro, 2015]. Dans l’espoir de le revoir, la famille apportait des vêtements et des objets, qu’elle remettait au deuxième étage du ministère de l’Armée, à Rio de Janeiro. Quelques jours plus tard, une nouvelle livraison de vêtements a été refusée, sous prétexte que Rubens Paiva ne se trouvait dans les locaux d’aucune organisation militaire sous le commandement de la 1re armée. En effet, le régiment militaire a déclaré dans un rapport officiel, afin de justifier la disparition de Rubens Paiva, que, alors qu’il était conduit par des agents de sécurité pour être interrogé sur des faits liés à des « activités subversives, le véhicule a été intercepté par des éléments inconnus, peut-être des terroristes, et il [Rubens Paiva] a pris la fuite vers un lieu inconnu, ce qui fait actuellement l’objet d’une enquête6 ». La même version a été soutenue par le ministère de l’Armée, en 1993, dans un rapport adressé au ministre de la Justice, affirmant qu’après l’interception et la fuite, il n’existait aucun registre concernant ce qu’il est devenu7.

CNV : les recherches dans les archives de la répression

14De nombreux efforts ont été déployés afin d’enquêter sur l’affaire Rubens Paiva avant la création de la CNV (Commission nationale de la vérité). Son nom figure dans le dossier Dictature : morts et disparus politiques au Brésil (1964-1985), ainsi que dans l’annexe I de la loi nº 9.140/1995, qui est la première liste officielle des morts et disparus reconnus par l’État brésilien. En 2012, son mandat de député fédéral lui a été symboliquement restitué lors d’une séance solennelle organisée par la Chambre des députés.

  • 8 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58801.86.
  • 9 [N.d.T] « O doutor chegou ». En portugais du Brésil, le terme doutor revêt d’une signification addi (...)

15Au cours de l’investigation – dont de nombreux éléments ont été révélés lors d’une audience publique tenue aux Archives nationales en février 2014 –, la CNV a découvert qu’une enquête avait été ouverte en 1986 dans le but d’élucider la disparition du député. Dans une déposition faite au Département de l’ordre politique et social de la Surintendance régionale du Département de la police fédérale à Rio de Janeiro (Dops/SR/DPF/RJ), en septembre de cette année-là, Cecília de Barros Correia Vieira de Castro a affirmé que, dans la nuit précédant la détention illégale de Rubens Paiva, le 19 janvier, des agents du Cisa avaient procédé à sa propre arrestation et à celle de Marilene de Lima Corona à l’aéroport de Rio de Janeiro-Galeão, où elles avaient débarqué d’un vol en provenance du Chili. Dans cette même déposition, elle a déclaré avoir été interpelée, avec Marilene, dans l’avion de la compagnie Varig Airlines avant que toutes deux ne soient « conduites dans l’une des dépendances de l’aéroport du Galeão, plus précisément à la base aérienne, ancien aéroport » pendant que des agents procédaient à une fouille. Plusieurs lettres d’exilés politiques au Chili destinées à être remises à Rio de Janeiro ont été trouvées8, dont une destinée à Rubens Paiva. Cecília a ensuite été emmenée, la tête couverte d’une cagoule, vers une autre dépendance du Galeão, où elle a subi des violences et a été déshabillée. Elle a passé le reste de la nuit à subir des menaces et toutes sortes d’humiliations. Le jour suivant, le 20 janvier, elle a déclaré qu’une personne non identifiée était arrivée dans le local où elle se trouvait et avait fait le commentaire suivant : « le docteur9 est arrivé ». C’était Rubens Paiva, comme elle en a eu la certitude quelques heures plus tard en embarquant dans une voiture. Mains attachées, chemise dépareillée tâchée de sang, l’homme au visage marqué et aux yeux « exorbités » a immédiatement été reconnu par Cecília : il s’agissait de Rubens Paiva. Celui-ci a semblé aussi se souvenir d’elle : elle était professeure à l’école des enfants du député, le collège Sion. Ils sont restés tous deux silencieux. Cecília a précisé dans sa déclaration qu’il avait la peau très rouge, mais qu’il était manifestement encore en vie à ce moment-là. Pendant le trajet, juste avant d’arriver au DOI, Marilene, Rubens Paiva et Cecília ont dû tous trois couvrir leur visage d’une petite serviette.

  • 10 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.ARJ.ACE.446.71.
  • 11 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58801.86.

16La CNV a identifié, dans les archives du SNI, un document du bureau de Rio de Janeiro, daté du 25 janvier 1971, qui complète avec précision le témoignage de Cecília sur l’événement. Selon cette note d’information, « Rubens Paiva Beyrodt a été localisé, détenu et emmené au QG de la 3e zone aérienne et, de là, conduit avec Cecília et Marilene au DOI10 ». Le document réaffirme les faits décrits dans la déposition de Cecília Viveiros de Castro dans laquelle elle a révélé qu’elle était montée dans la même voiture que Rubens Paiva, à la caserne de la 3e zone aérienne, qui les a conduits au DOI. Une fois arrivés, Cecília se souvient avoir été guidée par une personne jusqu’à un lieu inconnu, où on lui a mis une cagoule sur la tête, et on lui a ordonné de placer ses mains contre le mur et d’épeler son nom de famille. Elle a ajouté que lors de l’identification, un agent criait sur eux et que le député avait dû épeler son nom de famille11. Rubens Paiva a ensuite été emmené dans la salle d’interrogatoire, et il n’a plus été revu par Cecília et Marilene.

  • 12 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.13761.86, p. 20-23.

17La version officielle de l’armée selon laquelle Rubens Paiva se serait échappé lors d’un sauvetage aux alentours de l’Alto da Boa Vista a subi d’autres revers en 1986, lorsque de nouvelles informations provenant de témoignages ont commencé à combler les lacunes dans l’histoire de sa disparition. Le premier témoignage a été celui du lieutenant-médecin de l’armée de l’époque, Amílcar Lobo, au Département de police fédérale, le 25 septembre 1986, dans la même enquête policière ouverte pour élucider la disparition de Rubens Beyrodt Paiva. Amílcar Lobo a déclaré qu’au cours d’une nuit, en janvier 1971, il avait été appelé à son domicile pour effectuer une intervention. En arrivant au DOI, on l’avait conduit dans une dépendance faisant office de prison, où, dans l’une des dernières cellules, il avait trouvé un individu souffrant de fortes douleurs abdominales. En examinant le patient, il avait constaté que celui-ci présentait un « ventre de bois », ce qui en langage médical peut caractériser une hémorragie abdominale, qui semblait dans cette situation indiquer une rupture hépatique. Au début et à la fin de l’examen, le patient lui avait dit s’appeler Rubens Paiva. Le médecin avait conseillé à la personne qui l’avait conduit jusqu’à cette dépendance que le patient soit immédiatement hospitalisé, et que, au vu de l’état clinique présenté, il n’aurait que quelques heures à vivre, et que ses chances de survie n’étaient que de vingt pour cent. Plus tard, Amílcar a reçu un appel : la personne qu’il avait examinée durant la nuit était décédée12.

18Le deuxième témoignage a été celui du capitaine Raimundo Ronaldo Ramos, qui conduisait Rubens Paiva pendant l’évasion présumée. Il a affirmé avoir vu « une personne traverser la rue entre deux voitures ». De son côté, le sergent Jurandyr Ochsendorf e Souza a déclaré – le 25 septembre 1986 – au cours de la même enquête policière avoir accompagné le capitaine à l’Alto da Boa Vista, avec son frère le sergent Jacy Ochsendorf e Souza, sans pouvoir affirmer avoir vu le prisonnier s’évader du lieu et :

  • 13 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.ARJ.ACE.13761.86.001.002.

« qu’en réalité le déclarant ne connaissait pas le nom du prisonnier qu’il conduisait (...) que le déclarant ne peut pas affirmer si la personne qu’il avait transportée ce jour-là était réellement Rubens Paiva, quand l’interception a eu lieu, que le déclarant ne peut pas préciser de quelle manière il a pris connaissance du nom du prisonnier comme étant Rubens Paiva, mais que cela a pu être à travers les organes [officiels]13 ».

  • 14 Comissão da Verdade do Estado do Rio de Janeiro (CEV-Rio), Relatório, Rio de Janeiro, 2015, p. 186.
  • 15 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 563.

19Ce n’est qu’en 2013 que l’hypothèse de la fuite de Rubens Paiva a été définitivement écartée, grâce au témoignage du colonel de réserve de l’armée brésilienne, Raymundo Ronaldo Campos, devant la Commission de la vérité de l’État de Rio de Janeiro (CEV-Rio). Celui-ci avait été affecté au DOI à la fin de l’année 1969, jusqu’aux premiers mois de l’année 1971. Il a expliqué à la CEV-Rio que, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1971, le chef du secteur des opérations de permanence, le major Francisco Demiurgo Santos Cardoso, l’avait appelé pour lui dire : « Écoute, tu vas prendre la voiture, l’emmener à un endroit bien éloigné d’ici, tu vas y mettre le feu pour dire que la voiture a été interceptée par des terroristes et tu reviens ici ». Il avait alors questionné son supérieur en répondant « euh, pourquoi ? », et avait reçu comme réponse que c’était « pour justifier la disparition d’un prisonnier14 ». Raymundo Ronaldo Campos a affirmé que le major Demiurgo ne lui avait pas donné le nom du prisonnier sur le moment, mais seulement plus tard, une fois revenu à la caserne, afin de remplir le rapport de mission. Ça n’a été qu’à ce moment-là qu’il l’a informé qu’il s’agissait de Rubens Paiva, raison pour laquelle le nom du prisonnier politique figurait sur le rapport de mission. Raymundo a conclu son témoignage en déclarant que, d’après ce qu’il avait entendu du major Demiurgo, la personne qui se trouvait dans la voiture était « morte, morte, morte pendant l’interrogatoire15 », sans qu’il ne sache dans quelles conditions exactement.

Les avancées de l’enquête : des agents militaires de la répression identifient le tortionnaire de Rubens Paiva

  • 16 [N.d.T] Le CPF (Cadastro de Pessoas Físicas) est un numéro d’identification délivré par l’administr (...)
  • 17 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 564.

20L’enquête a franchi une étape décisive en novembre 2012, avec la remise de documents jusqu’alors en possession du colonel Júlio Miguel Molinas Dias, ancien commandant du DOI (Détachement d’opérations et d’informations) du 1er corps d’armée, à Rio de Janeiro. Ces documents avaient été saisis par la police civile de l’État du Rio Grande do Sul après l’assassinat du colonel Molinas, survenu le 1er novembre 2012. Parmi ces pièces figurait un document du DOI intitulé « Relevé de réception », qui s’est avéré être une preuve cruciale pour éclaircir les circonstances de l’arrestation illégale et arbitraire de Rubens Paiva. Il atteste de l’entrée de l’ancien député au DOI le 20 janvier 1971, après qu’il a été transféré par l’équipe du Cisa (Centre de renseignement et de sécurité de l’aéronautique) depuis le QG-3. Il contient également l’inventaire des documents et objets personnels de Rubens Paiva : un CPF16, une carte de fidélité Diners Club, un permis de conduire, une ceinture en cuir noir, des stylos, une montre, de l’argent, 14 livres et 4 carnets de notes17. Sur ce même document, figure une annotation manuscrite précisant la remise des carnets au major de l’époque, José Antônio Nogueira Belham, qui commandait le DOI.

21Un autre progrès significatif a été réalisé par la Commission nationale de la vérité (CNV), grâce aux témoignages, recueillis à différents moments, de deux militaires ayant servi dans les rangs du 1er bataillon de police de l’armée. Ces derniers ont été témoins des actes de torture qui ont conduit à la mort de Rubens Paiva au DOI de Rio de Janeiro. Le premier témoin, l’officier de l’armée Ronald José Mota Batista de Leão, et le second, son subordonné, ont rapporté les faits. Ce dernier, témoin oculaire des tortures infligées à Rubens Paiva, a vu son identité protégée conformément à l’article 4, alinéa I, de la loi nº 12.528/2011, et a été désigné sous le pseudonyme d’agent Y.

  • 18 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.000306/2014-98.
  • 19 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.003667/2014-28.

22Le capitaine de l’époque, Ronald Leão, a relaté que l’arrivée de Rubens Paiva au bataillon s’était déroulée de nuit. Celui-ci avait été amené par des agents du Centre d’information de l’armée de terre (CIE), par la porte arrière du bâtiment. Ronald Leão avait cherché à savoir de qui il s’agissait, mais les militaires du CIE, le major Rubens Paim Sampaio et le capitaine Freddie Perdigão, l’en avaient empêché, invoquant qu’il s’agissait d’un prisonnier important placé sous la responsabilité du CIE et du DOI-Codi (Détachement d’opérations et d’information-Centre d’opérations de défense interne). Ronald Leão a affirmé avoir averti le commandement du bataillon avant de rentrer chez lui. Le lendemain, le 21 janvier vers 17 h, en passant devant la salle d’interrogatoire dont la porte était entrouverte l’agent Y avait aperçu à l’intérieur l’interrogateur Hughes utilisant un « mode non traditionnel d’interrogatoire » sur une personne qui, à première vue, semblait d’âge moyen. Estimant que ce qu’il avait vu pourrait avoir des conséquences fatales, l’agent Y s’était immédiatement rendu au bureau du capitaine Ronald Leão pour lui faire part de ses observations. Ensemble, ils avaient décidé de signaler l’incident au chef du DOI, le major Belham, en l’avertissant des conséquences potentielles des événements en cours18. Ils s’étaient ensuite adressés au commandant du bataillon, le colonel José Ney Fernandes Antunes, pour l’informer de leur conversation avec le major. Le lendemain matin, le 22 janvier, à son arrivée à la caserne, Ronald Leão a déclaré avoir été informé « d’une possible évasion du prisonnier en question » et de l’ouverture d’une enquête interne pour établir les faits19.

  • 20 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.003667/2014-28.

23Dans une lettre adressée à la Commission nationale de la vérité (CNV), le militaire Ronald Leão a mentionné plusieurs officiers susceptibles d’éclaircir les circonstances entourant la torture, la mort, et la disparition de Rubens Paiva. Il a ainsi évoqué le général Belham, qui dirigeait à l’époque le DOI-Codi et se trouvait dans les locaux lors de l’arrivée de Rubens Paiva. Selon Leão, ce dernier sait qui a interrogé le prisonnier et ce qui s’est exactement passé. Il a aussi mentionné l’officier de réserve Hughes, un interrogateur du DOI, décrit comme un homme musclé aux yeux bleus, qui, après avoir quitté l’armée, aurait travaillé pour les services des Postes et Télégraphes. Le colonel Raymundo Ronaldo Campos, un officier de cavalerie et participant actif des interrogatoires, a également été cité, tout comme Rubens Paim Sampaio, le chef de l’équipe du CIE, responsable de l’interrogatoire de Rubens Paiva20.

24En avril 2013, l’agent Y a remis à la CNV sa déclaration formelle confirmant les propos tenus par Ronald Leão. Il a réaffirmé que Rubens Paiva était arrivé au DOI de nuit, après la fin des activités du bataillon, alors qu’il était déjà rentré chez lui, et n’avait appris l’arrivée du prisonnier que le lendemain, par la voie de rumeurs. La description de l’agent Hughes comme tortionnaire de Rubens Paiva, fournie par le capitaine Ronald Leão et l’agent Y, correspond à celle du chef des interrogatoires, telle que l’a donnée Cecília de Barros Correia Viveiros de Castro à Marcelo Paiva. En effet, cette dernière a relaté qu’ils – Marilene, Rubens Paiva et elle-même – avaient été contraints de rester debout durant une longue période, les bras levés, dans une pièce fermée. Face à la durée prolongée du supplice, Cecília aurait défailli et aurait été soutenue par Rubens Paiva, qui se trouvait à ses côtés. L’attitude de Rubens Paiva aurait provoqué l’irritation du responsable de l’interrogatoire, que Cecília décrit comme un officier blond aux yeux bleus lequel s’est jeté sur lui et a commencé à le rouer de coups. « Vous allez le tuer », s’est écriée l’une des femmes. Cette intervention a fait perdre toute mesure à cet officier qui, saisissant la femme par les cheveux, l’a contrainte à s’approcher de Rubens Paiva, qui gisait sur le sol. « Ici, on ne torture pas, on est en guerre ! », a hurlé l’officier [Paiva, 1986, p. 71-72]. L’enquête menée par la Commission nationale de la vérité (CNV) a permis d’identifier cet officier sous le nom d’Antônio Fernando Hughes de Carvalho, né à Rio de Janeiro le 1er juin 1942 et décédé en 2005. Hughes a été reconnu comme étant l’interrogateur vu par l’agent Y dans une salle du DOI, soumettant Rubens Paiva à des actes de torture.

  • 21 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.000306/2014-09.
  • 22 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 570.

25Lors d’un témoignage présenté à la CNV le 24 février 2014, l’agent Y a identifié, à partir d’une photographie présentée par la conseillère Rosa Cardoso, Antônio Fernando Hughes de Carvalho comme l’agent qu’il avait vu infliger des tortures extrêmement violentes à Rubens Paiva, lesquelles auraient pu causer sa mort. L’agent Y a déclaré : « À ce moment-là, compte tenu des conditions physiques de Monsieur Paiva, j’ai senti qu’il pourrait ne pas y survivre. Toutefois, je ne peux pas affirmer si son état physique à cet instant était dû à des épisodes antérieurs ou si c’est cet interrogatoire qui a directement causé sa mort21 ». Antônio Fernando Hughes de Carvalho a reçu la médaille du Pacificateur, distinction spéciale de l’armée pour des services éminents rendus dans la lutte contre la subversion, et considérés comme contribuant ainsi au maintien de la loi, de l’ordre et des institutions22.

Les militaires impliqués dans l’enlèvement et la torture de Rubens Paiva

  • 23 « Les folhas de alterações ou “carnets militaires” sont des registres semestriels dans lesquels son (...)

26Parmi les militaires mentionnés dans la déclaration de Ronald Leão, deux sont décédés : Amílcar Lobo et Freddie Perdigão Pereira. Le 13 juin 2013, la CNV a convoqué le général de réserve José Antonio Nogueira Belham pour fournir des éclaircissements au conseiller Cláudio Fonteles, concernant le cas de la disparition de Rubens Paiva et d’autres faits liés à son service dans l’armée brésilienne. Quatre mois plus tôt, le 14 février 2013, le général Belham avait déjà transmis à la CNV une déclaration manuscrite concernant ses fonctions exercées en tant que directeur du DOI du 1er corps d’armée, durant la période de novembre 1970 à mai 1971, accompagnée de son carnet militaire23.

  • 24 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 568.

27Le général Belham a par ailleurs été informé de l’existence des témoignages recueillis par la CNV provenant de témoins oculaires de l’arrestation et de la torture subie par Rubens Paiva au DOI du 1er corps d’armée. Il a pris connaissance des déclarations des deux témoins, qui, le 21 janvier 1971, après avoir été témoins des sévices subis par le député, s’étaient rendus dans son bureau afin de lui rapporter en détail la scène observée dans la salle d’interrogatoire. Face aux faits exposés, le général Belham a confirmé connaître les témoins, mais a nié l’existence d’un tel épisode, alléguant qu’il n’était pas au DOI ce jour-là, car il était en congé et hors de la ville de Rio de Janeiro. Toutefois, cette affirmation a été contestée par le conseiller Cláudio Fonteles, sur la base de l’analyse de son carnet militaire pour la période allant du 1er janvier au 30 juin 1971. Cette analyse a révélé que le militaire était en service les 2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26 et 29 janvier 1971, comme en témoignent les déplacements avec versement d’indemnités journalières inscrits au carnet24. Il convient de rappeler que le 20 janvier 1971 est la date à laquelle le député fédéral Rubens Paiva a été conduit, en fin de journée, au DOI du 1er corps d’armée. Le général Belham a conclu son témoignage en s’engageant à envoyer une preuve attestant qu’il n’était pas au DOI le 21 janvier 1971. La CNV ne l’a jamais reçue.

28Dans le document transmis par le général avant sa convocation par la CNV figure l’affirmation selon laquelle :

  • 25 Arquivo CNV, 00092.000306/2014-98, Manifestação de José Antônio Nogueira Belham.

« durant les périodes de novembre 1970 au 17 février 1971 et du 17 février à mai 1971, lorsqu’il était en charge du commandement, aucun décès n’a eu lieu au DOI/IEX. La directive du Commandant de la 1re armée d’alors, le général Sylvio Frota, personne religieuse (catholique) et responsable, était qu’aucun prisonnier ne devait être maltraité et que, dès son entrée au DOI/IEX, tout prisonnier devait être soumis à un examen médical rigoureux pour vérifier son état physique25. »

  • 26 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 732.

29Malgré cette déclaration, la CNV a révélé qu’au moins quatre prisonniers politiques détenus au DOI sous sa direction restent toujours disparus : Celso Gilberto de Oliveira, de la Vanguarda Popular Revolucionária (VPR), disparu le 10 décembre ; Antônio Joaquim de Souza Machado et Carlos Alberto Soares de Freitas, tous deux de la Vanguarda Armada Revolucionária Palmares (VAR-Palmares) et disparus le 15 février ; et Aluízio Palhano Pedreira Ferreira (VPR), disparu le 20 mai. De même, elle a constaté que durant la période où le général Belham dirigeait le DOI, cinq autres prisonniers politiques ont été exécutés dans cette unité : Aderval Alves Coqueiro, du Movimento Revolucionário Tiradentes (MRT), tué le 6 février 1971 ; Gerson Theodoro de Oliveira et Maurício Guilherme da Silveira, tous deux de la VPR et tués le 22 mars ; Marilena Villas Boas Pinto et Mário de Souza Prata, tous deux de l’Ação Libertadora Nacional (ALN) et tués le 3 avril26.

Politique d’État : responsabilité, institutions et lieux

  • 27 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 843.

30La désignation des auteurs des violations graves des droits humains par la CNV s’est fondée sur le présupposé que la répression a opéré à travers des chaînes de commandement. La démonstration que ces violations ont résulté d’une politique d’État invalide tout argument suggérant que des « excès » auraient été commis dans les « sous-sols » de la dictature. L’indication de la responsabilité, comme dans le cas de Rubens Paiva, s’est basée sur la « participation coordonnée d’agents à différents niveaux hiérarchiques et dans l’exercice de fonctions distinctes, organisées selon des chaînes de commandement27 ». La CNV a ainsi établi trois catégories de segmentation pour la responsabilité des violations graves des droits humains. Tout d’abord, la responsabilité politico-institutionnelle des présidents militaires, des ministres des trois corps d’armée et des dirigeants des principaux centres de renseignement tels que le CIE, le CISA et le Centre de renseignement de la marine (Cenimar). Cette responsabilité leur incombe en raison de leur rôle dans la définition, la structuration, la planification et la mise en œuvre des politiques de persécution et de répression des opposants au régime militaire. Ensuite, la responsabilité liée au contrôle des structures et à la gestion des procédures s’applique à ceux qui, par action ou par omission, dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions hiérarchiques, ont permis que se produisent, de manière systématique ou ponctuelle, des violations graves des droits humains au sein des unités de l’État sous leur supervision. Enfin, la troisième catégorie, appelée responsabilité directe, vise les individus ayant directement exécuté ou causé, de manière immédiate et intentionnelle, les violations graves des droits humains. Pour les trois catégories, la CNV a établi une liste de 377 agents publics.

  • 28 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. III, Brasília, Imprensa Nacional, 2014.

31Dans le volume III de son rapport28, celle-ci a mis en lumière la chaîne de commandement des organismes impliqués dans l’arrestation, la torture, la mort et la disparition du député ainsi que les responsables directs des violations graves. Elle a dévoilé également les sources documentaires/testimoniales sur lesquelles ont reposé ces désignations : Antônio Fernando Hughes de Carvalho (1942-2005) ; João Paulo Moreira Burnier (1919-2000) ; José Antônio Nogueira Belham (1934-); Rubens Paim Sampaio (1934-) ; Amílcar Lobo Moreira da Silva (1939-2005) ; Jurandyr Ochserndorf e Souza (1939-) ; Jacy Ochserndorf e Souza (1945- ) ; Raymundo Ronaldo Campos (1935- ) ; Freddie Perdigão Pereira (1936-1996) ; José Ney Fernandes Antunes (1926- ) et Francisco Demiurgo Santos Cardoso (1930-). Par ailleurs, elle a identifié comme lieux des violations graves des droits humains de Rubens Paiva : sa résidence, située avenue Delfim Moreira, dans le quartier de Leblon, où il a été arrêté illégalement ; le quartier de la 3e zone aérienne, sur l’avenue General Justo, lieu où il a été torturé ; et le DOI-Codi, où il aurait été torturé, tué et où son cadavre aurait été initialement dissimulé. Malgré le témoignage du colonel à la retraite Paulo Malhães à la CNV, selon lequel il aurait lui-même jeté le corps du député à la mer, sans aucun autre indice confirmant cette déclaration, la CNV a considéré que la responsabilité de l’État brésilien demeurait quant à l’identification des restes de la victime, leur restitution à la famille et l’éclaircissement des circonstances de sa mort. Dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, les avancées de l’enquête n’ont pas été suffisantes pour déterminer le sort des victimes.

  • 29 [N.d.T] Le STF (Supremo Tribunal Federal) est la plus haute juridiction du Brésil, chargée de garan (...)
  • 30 Supremo Tribunal Federal, « Juiz deve ouvir apenas testemunhas listadas pela PGR no caso Rubens Pai (...)
  • 31 [N.d.T] Le jugement sur le fond, ou «  julgamento do mérito », désigne la décision d’un tribunal qu (...)

32Toujours durant les enquêtes menées par la CNV, en mai 2014, le juge fédéral de première instance de Rio de Janeiro a reçu une plainte déposée par le Ministère public fédéral (MPF) contre cinq ex-militaires accusés d’homicide et de recel de cadavre du député. Le général José Antônio Belham, ex-commandant du DOI, et l’ex-membre du CIE, Rubens Paim Sampaio, ont été inculpés pour homicide avec trois circonstances aggravantes, recel de cadavres et bande organisée armée. La plainte mentionne également la participation de João Paulo Moreira Burnier, Antônio Fernando Hughes de Carvalho, Freddie Perdigão Pereira et Ney Fernandes Antunes, déjà décédés. Le colonel à la retraite Raymundo Campos et les frères Jurandyr et Jacy Ochsendorf e Souza ont été accusés de recel de cadavres, fraude procédurale et association de malfaiteurs armée. Selon le MPF, Francisco Demiurgo Santos Cardoso, Freddie Perdigão Pereira, Antônio Fernando Hugues de Carvalho, Syseno Sarmento, Ney Fernandes Antunes et Ney Mendes, déjà décédés, ont dissimulé le cadavre de la victime. En accord avec la logique des enquêtes de la CNV, la procédure pénale a été autorisée sous l’argument que ni la loi d’amnistie ni la prescription ne s’appliquent aux crimes commis contre Rubens Paiva, car ils sont considérés comme des crimes contre l’humanité. La décision judiciaire a été approuvée, à l’unanimité, par le Tribunal régional fédéral de la 2e Région (TRF-2), à Rio de Janeiro, dans une position inédite du pouvoir judiciaire, qui a considéré que l’institution de l’amnistie ne s’applique pas aux crimes commis par des agents de la dictature militaire contre l’opposition au régime. L’action pénale est toutefois suspendue depuis septembre 2014, à la demande du juge du Tribunal suprême fédéral29 (STF), Teori Zavascki, sur la base d’une décision du tribunal de 2010 qui a déclaré la loi d’amnistie de 1979 conforme à la Constitution fédérale. En novembre 2015, en réponse à une demande du cabinet du Procureur général de la République, le juge a autorisé le Tribunal fédéral de Rio de Janeiro à procéder à l’audition de trois des quinze témoins dans le procès, en raison de leur âge avancé et de leur état de santé affaibli30. À l’issue du jugement sur le fond31, qui dépend d’une nouvelle décision du Tribunal suprême fédéral, est attendue la confirmation de la plus haute cour nationale sur la possibilité que les personnes accusées de crimes contre l’humanité puissent être jugées au Brésil.

Conclusion

33Le cas de Rubens Paiva indique une synergie entre l’action du MPF et de la CNV, et ce, même durant la période d’activité de la CNV. Le 10 décembre 2014, le rapport final de la CNV a été remis à la présidente Dilma Rousseff, lors d’une cérémonie au Palais du Planalto, et à la société civile. À cette même date, la CNV a remis son rapport final, en audience, au Procureur général de la République afin que les enquêtes réalisées parviennent rapidement au Ministère public.

  • 32 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. III, Brasília, Imprensa Nacional, 2014.

34Une fois le mandat de la CNV terminé, le MPF a ouvert de nouvelles procédures d’enquête criminelle, afin de prendre en compte les 434 cas de personnes mortes et disparues qui font l’objet du volume III du rapport final de la CNV32. Depuis lors, de nouvelles accusations criminelles ont été présentées, certaines prennent en considération les conclusions du rapport et les documents révélés par la CNV [Martins et al., 2015]. Par ailleurs, la CNV a joué un rôle clé dans la reconstruction de l’histoire des cas de violations graves des droits humains, dans l’identification des structures, des lieux, des institutions et des circonstances liées à leur perpétration, mais aussi des éventuelles ramifications au sein des divers appareils étatiques et de la société. Même si les recherches n’ont pas offert à toutes les familles de disparus l’opportunité de donner à leurs proches une sépulture digne, des étapes significatives ont été franchies dans la compréhension de la structure répressive, ses institutions, ses agents et son mode de fonctionnement. Documents, témoignages, preuves et indices systématisés dans les archives de la CNV se trouvent aujourd’hui aux Archives nationales, accessibles au public.

35Les vingt-neuf recommandations présentées en vue d’assurer la non répétition des violations graves des droits humains donnent la direction des réformes légales et institutionnelles encore attendues par la démocratie brésilienne. Il convient ici de faire référence aux deux premières : la reconnaissance par les forces armées de leur responsabilité institutionnelle dans la survenance de violations graves des droits humains durant la dictature militaire, ainsi que la détermination de la responsabilité juridique – pénale, civile et administrative – des agents publics qui en ont été la cause. Dans la mesure où l’impunité est au principe de la poursuite des violations graves des droits humains, la CNV ne pouvait pas rester silencieuse quant à l’étendue et aux implications de l’amnistie accordée en 1979. À ceux qui auraient pu parier que la Commission nationale de la vérité représenterait une alternative à la justice au Brésil, celle-ci a affirmé que vérité et justice sont aujourd’hui les deux faces d’une même médaille, outil nécessaire au renforcement de l’État de droit démocratique.

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Bibliographie

martins André Saboia, osmo Carla & melo Carolina de Campos, 2015, « Aportes y repercusiones del informe de la Comisión nacional de la verdad », Revista Puentes, édition spéciale juin 2015.

melo Carolina de Campos, 2020, « La Commission nationale de la vérité. Des compétences et des avancées mises à l’épreuve par les tribaunaux brésiliens », dans Camille goirand & Angélica müller (dir.), 2020, Documenter les violences, Paris, IHEAL.

paiva Marcelo Rubens, 1986(1982), Feliz Ano Velho, São Paulo, Círculo do Livro.

paiva Marcelo Rubens, 2015, Ainda estou aqui, Rio de Janeiro, Objetiva.

ribeiro Aline, 2015, « Filhos de Rubens Paiva falam sobre o dia em que o pai não voltou », Revista Época [En ligne] http://epoca.globo.com/vida/noticia/2015/08/filhos-de-rubens-paiva-falam-sobre-o-dia-em-que-o-pai-nao-voltou.html

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Notes

1 Son fils, Marcelo, se souvient qu’il demandait souvent à son père de raconter encore et encore cette histoire à ses amis, car « c’était incroyable d’imaginer un homme plutôt corpulent et sédentaire, toujours en chaussures, costume et cravate, avec des boutons de manchette, dans une scène cinématographique, héroïque » [Paiva, 2015, p. 101].

2 L’expression « violations graves des droits humains » désigne les atteintes aux droits considérés comme inaliénables, tels que le droit à la vie et à l’intégrité personnelle, qui ne peuvent être suspendus, même en cas de guerre ou d’état d’urgence.

3 La CNV reconnaît que ces chiffres ne correspondent certainement pas au total des morts et des disparus, mais seulement aux cas dont la vérification a été possible malgré la présence d’obstacles comme la difficulté d’accès aux dossiers détenus par les forces armées.

4 Une partie de ses recherches fut présentée en février 2014, lors d’une audience publique tenue aux Archives nationales. Ce volet a été mis en avant dans le rapport final, parmi les cas de disparition forcée (chapitre 12), et a également fait l’objet d’une analyse dans le volume III, consacré aux victimes.

5 [N.d.T]. Instrument de torture utilisé durant la dictature militaire brésilienne, composé d’une barre horizontale où la victime est suspendue par les genoux et les poignets liés.

6 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58477.86.

7 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.13761.86, p. 47.

8 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58801.86.

9 [N.d.T] « O doutor chegou ». En portugais du Brésil, le terme doutor revêt d’une signification additionnelle de celle en français. En effet, il s’agit d’une forme respectueuse pour s’adresser à une personne considérée comme éduquée ou importante, comme un médecin ou un avocat, sans que ces personnes ne soient obligatoirement détentrices d’un doctorat.

10 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.ARJ.ACE.446.71.

11 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.58801.86.

12 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.AC.ACE.13761.86, p. 20-23.

13 Arquivos Nacionais, Fundo SNI, BR.DFANBSB.V8.ARJ.ACE.13761.86.001.002.

14 Comissão da Verdade do Estado do Rio de Janeiro (CEV-Rio), Relatório, Rio de Janeiro, 2015, p. 186.

15 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 563.

16 [N.d.T] Le CPF (Cadastro de Pessoas Físicas) est un numéro d’identification délivré par l’administration fiscale brésilienne permettant d’effectuer diverses démarches, telles que l’achat de biens immobiliers, de véhicules ou encore l’accès à certains soins médicaux.

17 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 564.

18 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.000306/2014-98.

19 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.003667/2014-28.

20 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.003667/2014-28.

21 Arquivos Nacionais, Fundo CNV, 00092.000306/2014-09.

22 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 570.

23 « Les folhas de alterações ou “carnets militaires” sont des registres semestriels dans lesquels sont consignés les éléments importants de la carrière des agents des forces armées : lieux de travail, missions réalisées, prix et éloges par leurs supérieurs pour services rendus » [Melo, 2020, p. 257].

24 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 568.

25 Arquivo CNV, 00092.000306/2014-98, Manifestação de José Antônio Nogueira Belham.

26 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 732.

27 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. I, Brasília, Imprensa Nacional, 2014, p. 843.

28 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. III, Brasília, Imprensa Nacional, 2014.

29 [N.d.T] Le STF (Supremo Tribunal Federal) est la plus haute juridiction du Brésil, chargée de garantir l’application de la Constitution.

30 Supremo Tribunal Federal, « Juiz deve ouvir apenas testemunhas listadas pela PGR no caso Rubens Paiva », 2015 [En ligne] https://noticias.stf.jus.br/postsnoticias/juiz-deve-ouvir-apenas-testemunhas-listadas-pela-pgr-no-caso-rubens-paiva/

31 [N.d.T] Le jugement sur le fond, ou «  julgamento do mérito », désigne la décision d’un tribunal qui statue sur les questions principales du litige, en analysant le fond du dossier (les faits et les preuves) et en rendant une décision définitive sur les droits et obligations des parties impliquées.

32 Comissão Nacional da Verdade, Relatório, vol. III, Brasília, Imprensa Nacional, 2014.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Vivien Fialho da Silva Ishaq et Carolina de Campos Melo, « La disparition de Rubens Paiva : les avancées de l’enquête de la Commission nationale de la vérité », Cahiers des Amériques latines [En ligne], 106 | 2025, mis en ligne le 24 juin 2025, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cal/20197 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14cr7

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Amandine Biencourt

Diplômée d’un master en études lusophones de l’université Sorbonne Nouvelle ; apprentie CNRS aux Éditions de l’IHEAL

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Droits d’auteur

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