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Études

Humboldt et la cartographie du nord de la Nouvelle-Espagne

Chantal Cramaussel
p. 163-181

Résumés

Les cartes de la Nouvelle-Espagne d’Alexandre de Humboldt eurent un impact impressionnant dans les milieux scientifiques du début du XIXe siècle, puisqu’elles servirent de modèle cartographique sur les deux continents pendant plus de cinquante ans. Cependant, l’œuvre du savant allemand doit être considérée avant tout comme la synthèse de travaux antérieurs. En outre, son prestige international était tel que l’on oublia de relever les nombreuses erreurs de latitude et de longitude qui entachaient sa cartographie. Enfin, personne ne mit en question sa toponymie arbitraire, ni la ligne de partage des eaux qui traversait du nord au sud les hauts plateaux centraux et dont la représentation fut ensuite assimilée à une cordillère.

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Notes de la rédaction

Une première version de ce travail a été présentée sous la forme d’une communication pendant le congrès consacré à Humboldt intitulé : Humboldt y la ciencia americana (Mexico, 15-19 août 1999).

Texte intégral

Introduction

  • 2 Carte générale du royaume de la Nouvelle-Espagne, depuis le parallèle de 16° jusqu’au parallèle de (...)

1Les cartes de la Nouvelle-Espagne2 d’Humboldt eurent un impact impressionnant dans les milieux scientifiques puisqu’elles servirent de modèles cartographiques sur les deux continents pendant plus d’un demi-siècle. Cependant l’œuvre cartographique du savant allemand doit être considérée avant tout comme la synthèse de travaux antérieurs. En un an, ce grand voyageur ne put évidemment parcourir la totalité du territoire, ni réaliser les observations et calculs astronomiques qui lui auraient permis de partir de données entièrement nouvelles. Son itinéraire ne comprit par exemple aucune des énormes étendues du nord du Mexique car il ne s’aventura pas au-delà de l’Intendance de Guanajuato.

2Pour cartographier tout le royaume, Humboldt eut recours à différentes sources dont la plupart étaient inédites quoique officielles, comme il le signale lui-même dans son « Introduction géographique » à l’Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne. Tout d’abord, une série considérable de descriptions et rapports d’inspecteurs et fonctionnaires que la Couronne espagnole conservait dans ses archives de la péninsule ibérique et du Nouveau Monde fut mise à sa disposition. Sur les régions qu’il n’avait pas traversées, il obtint ensuite de précieuses informations d’importants personnages de l’époque ainsi que de savants avec lesquels il maintenait une correspondance épistolaire. La Carte générale du royaume de la Nouvelle-Espagne et, en particulier, la représentation des terres septentrionales reflète ces sources hétérogènes tout en introduisant certaines nouveautés, comme nous allons le voir.

3Nous énumérerons dans un premier temps les documents utilisés par Humboldt, puis nous analyserons ses apports quant à la détermination des longitudes et des latitudes, les divisions territoriales, la toponymie et la représentation orographique du nord de la Nouvelle-Espagne. Plusieurs comparaisons graphiques aideront à visualiser l’originalité des travaux cartographiques en question.

Les sources de Humboldt

  • 3 L’inspection des forts militaires de 1766 de Nicolas de Lafora a été publiée en 1958 : Viaje a los (...)
  • 4 Les « provinces internes » comprenaient tout le nord du Mexique et l’actuel sud-ouest des États-Uni (...)

4Humboldt doit la plupart de ses informations géographiques à quatre savants espagnols : Nicolas de Lafora, Carlos de Urrutia, Manuel Agustín Mascaró et Miguel Constanzó. Le premier d’entre eux, Nicolas de Lafora, réalisa une inspection des forts militaires du septentrion en 1766. Carlos de Urrutia l’accompagnait en tant qu’ingénieur chargé de dresser la carte de cette région encore mal connue ; de nouvelles mesures astronomiques lui permirent de cartographier plusieurs itinéraires entre Veracruz et Santa Fe et de construire une carte gigantesque qui mesurait trois mètres de long. Humboldt consulta une copie de cette dernière dans les archives du royaume de la Nouvelle-Espagne, à Mexico3. Avec l’ingénieur militaire Miguel Constanzó Humboldt fut en correspondance épistolaire suivie pendant l’année qui précéda celle de l’élaboration de la Carte générale du royaume de la Nouvelle-Espagne (Moncada, 1994 : 183, 194). Constanzó avait voyagé en 1768 avec l’inspecteur royal José de Gálvez en Haute Californie et fut sommé par le vice-roi Bucareli en 1779 de dessiner une carte complète de la juridiction territoriale de la Comandancia de las provincias internas, récemment créée4. Constanzó la réalisa en collaboration avec l’ingénieur Carlos de Urrutia, que nous avons mentionné plus haut.

  • 5 Humboldt déclare avoir consulté les travaux cartographiques de Pedro de Rivera y de Francisco Alvar (...)
  • 6 Juan de Pagazaurtundúa avait été compagnon de voyage de Manuel Agustín Mascaró : José Omar Moncada (...)
  • 7 Ces deux cartes sont citées par Juan Ortega y Medina (1978 : CXXXII), parmi celles que consulta Hum (...)

5Humboldt fut en mesure de comparer ces travaux cartographiques avec les représentations plus anciennes de l’ingénieur Francisco Alvarez Barreiro et de Pedro de Rivera qui menèrent également une inspection des forts militaires au début du XVIIe siècle5. Notre savant obtint ensuite de Juan José de Oteysa, étudiant du Colegio de Minería un « Plan manuscrit du territoire compris entre Mexico, Zacatecas, Fresnillo, Sombrerete et Durango », apparemment perdu aujourd’hui. Les études et les liens familiaux de Juan José de Oteysa en faisaient un informateur idéal. Son père et homonyme était l’associé de Pedro de Vertiz, un riche marchand d’argent qui pouvait fournir de précieux renseignements sur le chemin entre Zacatecas et Durango qu’il parcourait régulièrement (Suárez, 1997 : 155). En ce qui concerne la région de Chihuahua, Humboldt avait consulté la Carta manuscrita de la provincia de la Nueva Vizcaya entre 24° y 33°, élaborée en 1792 par l’ingénieur Juan de Pagazaurtundúa6 sous les ordres de Pedro de Nava, alors commandant en chef des Provincias Internas. Il était aussi en contact avec Diego García Conde qui travailla aux côtés de Constanzó afin de mener à bien le Levantamiento geodésico para servir a un proyecto de defensa militar de la Nueva España7, en 1797. Diego Conde appartenait à une illustre famille dont les membres occupèrent à plusieurs reprises des charges d’importance au Sonora et au Chihuahua pendant le dernier tiers du XVIIIe siècle (Almada, 1928 : 215-219) ; il était certainement une des personnes les mieux informées du nord de la Nouvelle-Espagne.

6Malgré l’enthousiaste collaboration et la bonne volonté de ces hommes de terrain instruits et tous les travaux scientifiques antérieurement cités, Humboldt n’était pas satisfait. Il savait qu’il lui manquait encore des données géographiques de base pour dresser des cartes exactes : au début du XIXe siècle, l’incertitude planait sur la position astronomique des villes et villages au nord de la Nouvelle-Espagne ; les longitudes indiquées par les cartographes n’étaient qu’approximatives et même les latitudes n’avaient pas été établies avec précision.

Les longitudes et les latitudes

  • 8 Velázquez avait accompagné José de Gálvez et créé un laboratoire pour réaliser des observations ast (...)
  • 9 Au cours du XVIe siècle, les cartographes amplifient progressivement la taille de la masse continen (...)
  • 10 Mercator reprend le schéma d’Ortélius ; sa carte est publiée dans Miguel León Portilla (1989 : 86).

7Grâce aux mesures prises para Joaquín Velázquez de Cárdenas y León dont la fiabilité sera corroborée ensuite par d’autres astronomes8, on connaissait plus ou moins les longitudes du Sonora et de la Californie. Cependant les longitudes concernant le reste du territoire septentrional étaient tellement vagues qu’il était encore impossible de préciser la largeur de la masse continentale. Depuis la fin du XVIe siècle et jusqu’au siècle des Lumières, on avait sous-estimé la distance réelle entre l’Europe et l’Amérique9. Mais, à partir du début du XVIIIe siècle la tendance contraire s’était amorcée et l’influence dominante de la cartographie française ainsi que le prestige de Guillaume de L’Isle contribua à imposer l’image d’un septentrion de la Nouvelle-Espagne trop étroit (figure n° 1 : comparaison graphique entre Mercator, 1626, et de L’Isle, 1726)10.

8Dans ce contexte, la carte de Lafora-Urrutia peut être considérée comme archaïque (le continent mesure 29 degrés de longitude à la hauteur de Chihuahua) tandis que celle de Constanzó et Mascaró de 1782 est conforme aux tendances cartographiques de l’époque (le continent mesure 15 degrés à la même latitude). Humboldt qui disposait sans doute de données supplémentaires obtenues au cours de nouveaux voyages maritimes sélectionna le modèle choisi par Mascaró et Constanzó (figures n° 2 et 3). Notre savant parvint à évaluer la largeur exacte de la masse continentale qui perdit encore un degré de longitude par rapport à la carte de Constanzó et Mascaró. La carte d’Humboldt ressemble fort pourtant à cette dernière surtout en ce qui concerne la portion ouest du continent, la seule modification majeure portant sur le littoral du Sinaloa.

Figure n° 1 : Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Mercator (1626) y de l’Isle (1726).

Figure n° 1 : Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Mercator (1626) y de l’Isle (1726).

9Humboldt réussit à se rendre compte de la distance réelle entre les deux océans, mais il ne parvint pas à situer avec justesse les agglomérations et les accidents géographiques du nord de la Nouvelle-Espagne (figure n° 4). Les erreurs de longitudes sur les cartes de 1804 et 1822 entraînent de graves altérations du cours des rivières : le Conchos, par exemple, paraît couler du sud au nord et non pas du sud-ouest au nord-est, bien que Humboldt corrige la représentation de cette rivière à l’ouest (inexacte sur la carte de Mascaró-Constanzó). En outre, sur la Carte générale, les grandes plaines désertiques entre les rivières Conchos et Bravo disparaissent presque totalement et plus au sud la superficie du Bolsón de Mapimí est très réduite. Quant aux villes de Chihuahua et El Paso, elles se trouvent décalées vers le milieu du continent.

10Ces erreurs qui peuvent nous sembler incroyables n’étaient en fait guère perceptibles à l’époque. Tant que la représentation de l’espace géographique n’entrait pas en contradiction avec l’expérience des voyageurs, personne n’était en mesure de critiquer les représentations de la région produites par les cartographes. Les habitants de la Nouvelle-Espagne parcouraient constamment le haut plateau central entre Zacatecas, Chihuahua et Santa Fe qui était traversé le grand axe commercial nord-sud, appelé « chemin royal de l’intérieur des terres » ; ils connaissaient également le territoire des contreforts de la Sierra Madre Occidental ainsi que la partie adjacente du haut plateau où avaient été fondés de nombreux centres miniers et des missions. Mais rares étaient ceux qui s’étaient aventurés à voyager d’ouest en est, dans les territoires des Indiens encore insoumis et proches du Bolsón de Mapimí, repaire et refuge célèbre des rebelles. Les estimations données en « rumbos y distancias » (orientations et distances) provenaient de voyageurs pressés dont la vie était en danger. Elles n’étaient pas suffisantes pour que les hommes de l’époque se fassent une idée des véritables dimensions des paysages de cette partie du continent.

Figure n° 2. Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Urrutia-Lafora (1771) et Humboldt (1804). Pour faciliter la comparaison visuelle, nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes d’El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.

Figure n° 2. Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Urrutia-Lafora (1771) et Humboldt (1804). Pour faciliter la comparaison visuelle, nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes d’El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.

Figure n° 3. Les coordonnées géographiques. Comparaison entre Mascaro (1782) et Humboldt (1804). Humboldt calcule les longitudes à partir de Paris et Mascaro à partir du méridien de Ténérive.

Figure n° 3. Les coordonnées géographiques. Comparaison entre Mascaro (1782) et Humboldt (1804). Humboldt calcule les longitudes à partir de Paris et Mascaro à partir du méridien de Ténérive.

Figure n° 4. Le nord de la Nouvelle-Espagne représenté par Humboldt en 1804. Nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes de Santa Fe, El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.

Figure n° 4. Le nord de la Nouvelle-Espagne représenté par Humboldt en 1804. Nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes de Santa Fe, El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.

11En 1803, un an avant d’élaborer la Carte générale de la Nouvelle-Espagne, Humboldt avait demandé à Constanzó des précisions quant aux latitudes des principales villes du nord (Santa Fe, Arizpe, Chihuahua et Durango) : « De grâce, Monsieur, ayez la générosité de me dire un mot sur Chihuahua et Durango ou de quelque autre région dont on a déterminé la latitude » (Moncada, 1994 : 194). Humboldt supposait déjà que les « villages du Nouveau-Mexique ne sont pas si au nord que l’on croit, parce que le degré de latitude est exagéré… » Il savait bien que toutes les estimations données n’avaient pas été établies à partir d’observations directes ni de mesures réalisées avec des gnomons ou autres instruments astronomiques maintes d’entre elles avaient été tout simplement établies à l’estime par ceux qui empruntaient les longs et dangeureux chemins du nord de la Nouvelle-Espagne (Humboldt, 1941 : 21). Dans l’Essai, publié pour la première fois en 1811, Humboldt signalait sans ambages qu’au nord de Durango même les indications concernant les latitudes n’étaient pas fiables. Toutes les cartes officielles de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle accusent en effet une erreur de presque un degré au nord de Mazatlán. Humboldt qui ne put mener à bien de nouvelles mesures opta pour la prudence et ne modifia donc que très légèrement les estimations d’Urrutia et de Lafora : la distance globale rapportée entre Santa Fe et Zacatecas est sensiblement la même sur la carte de 1771 que sur celle de 1804 (Humboldt, 1941).

Humboldt 1804

Urrutia-Lafora 1771

Latitude exacte

Santa Fé

36°3

36°

35°6

El Paso

32°6

33°

31°7

Chihuahua

29°

29°

28°38

Durango

24°30

24°

24°01

Zacatecas

23°

23°30

22°46

  • 11 Humboldt ne paraît pas avoir eu connaissance de la carte du Nouveau-Mexique réalisée en 1758 par l’ (...)

12Humboldt introduit de nouvelles erreurs d’estimations dans le cas de Santa Fe et Durango, situées trop au nord sur sa carte alors que les calculs de ses prédécesseurs étaient plus proches de la réalité. En revanche il corrige un peu la latitude d’El Paso et de Zacatecas11, villes qui avaient été situées, comme il le supposait, trop au nord. La position de Chihuahua, pourtant erronée, demeure inchangée.

13La discussion sur les latitudes et les longitudes se poursuivra pendant longtemps encore ; les coordonnées géographiques ne commenceront à être déterminées une fois pour toutes qu’à la fin du XIXe siècle lorsque la cartographie de la République Mexicaine acquit enfin un caractère vraiment scientifique. En 1847, les membres de la commission chargée après la guerre entre les États-Unis et le Mexique d’établir la nouvelle ligne frontière entre les deux pays s’aperçut que d’une carte à l’autre il y avait une différence de cent milles en ce qui concernait la localisation d’El Paso (Thrower, 1996). Mais les ingénieurs en question ne déterminèrent que les points situés sur la ligne frontière, ils ne vérifièrent pas la position des villes et villages situés plus au sud dont les coordonnées manquaient encore de précision. Pendant plus d’un demi siècle après la publication de l’œuvre de Humboldt les controverses entre cartographes sur ce point étaient encore à l’ordre du jour. En 1859, par exemple, le général José María García écrivit pour le Boletín de la Sociedad Mexicana de Geografía y Estadística un article intitulé « Ideas que se recopilan para la corrección de la estadística y geografía del país » (compilation d’idées pour servir à corriger les statistiques et la géographie du pays) où il faisait part des divergences entre Pedro García Conde, Jesús Hermosa et Antonio García Cubas.

14Malgré le rapport de la Commission des limites, ces savants n’étaient pas encore tombés d’accord sur les coordonnées d’El Paso. García Conde se référait encore à Humboldt tandis que ses collègues affirmaient à juste titre que l’honorable baron s’était trompé d’un degré de latitude. Quelques années plus tard, aidés par des savants mexicains, les militaires de l’Intervention française contribueront à améliorer la représentation cartographique du nord du Mexique, grâce à de nouvelles observations astronomiques qui fixèrent définitivement la position des grandes villes de la région. Cependant, les hommes de sciences tarderont encore longtemps à préciser les coordonnées géographiques des agglomérations plus modestes : dans l’Atlas méthodique d’Antonio García Cubas de 1874, tout comme dans l’Atlas historique et pittoresque du même auteur qui date de 1885, apparaissent encore de nombreuses inexactitudes, surtout en ce qui concerne les longitudes des villages de montagne.

Les divisions territoriales

  • 12 Humboldt ne la cite pas, mais il l’avait probablement consulté à Madrid.

15Humboldt s’inspire de la carte de 1782 de Mascaró-Constanzó pour marquer les divisions territoriales des provinces du nord, mais il n’inclut pas dans la juridiction de l’Intendance de Durango le Bolsón de Mapimí, qui apparaît comme une région encore insoumise ne formant pas partie de la Nouvelle-Espagne. Cette dépression n’était certes pas complètement pacifiée au début du XIXe siècle, comme beaucoup de régions éloignées du centre du royaume. Cependant, les villages que Humboldt indique sur sa carte, à l’instar de Julimes, ne se dépeuplèrent pas pendant l’époque coloniale. Au début du XIXe siècle, il était vraiment impossible de considérer le Bolsón de Mapimí comme un territoire encore à conquérir, puisque la plus grande partie de ces terres incultes avaient déjà été délimitées à la fin du siècle précédant et appartenaient à de grands propriétaires fonciers, comme José Velazco y Restán, magnat de Durango dont les terres excédaient en superficie celle du célèbre Marquis d’Aguayo, au Coahuila (Alvarez, 1991, Lobsinger, 1992) ; ces hacendados richissimes y élevaient du bétail, ce qui contribua à accentuer la désertification de cette région aride (Hernandez et al., 1995). Chez Humboldt, la curieuse exclusion du Bolsón de l’Intendance de Durango provient probablement de la l’influence de la carte récente (1799) quoique encore inédite de Juan Bautista de Anza12.

La toponymie

16Humboldt reprend à grandes lignes la toponymie utilisée par Lafora et Mascaró (comme nous l’avons analysé en détail dans notre annexe qui porte sur les toponymes de l’Intendance de Durango) : il indique tous les forts militaires et les capitales des grandes juridictions civiles (Durango, Chihuahua, Arizpe, Santa Fe). Il nous a été impossible, cependant, de retrouver la logique qui permit à notre auteur de sélectionner les autres lieux mentionnés sur sa carte de 1804. Au nord de Chihuahua, par exemple, apparaissent plusieurs hameaux sans importance dont l’unique fonction semble consister à remplir les espaces vides du désert septentrional ; de trop modestes chaînes de montagnes (sierras de Carcay, de Lucero, del Barrigón et Las Piernas de Doña María) y sont représentées, de même que le col du Chocolate et les petites lagunes de Guzmán et de la Candelaria, alors que le grand lac de Guatimape, au nord de l’actuel État de Durango n’est pas figuré. Humboldt signale aussi les villages d’Ojo Caliente et Agua Nueva qui n’étaient alors que des haciendas, ce qui pourrait refléter des renseignements erronés fournis par les personnages locaux avec lesquels le savant allemand était en contact. Mais la mention du lieu-dit de Velarde, passage à gué de la rivière Santa María (Gerhard, 1982 : 230) montre bien qu’il s’agissait la plupart du temps de remplir les blancs de la carte avec n’importe quelle sorte de toponyme.

  • 13 L’abondance de missions dans les montagnes du nord devint un leitmotiv cartographique quand le Duc (...)
  • 14 Important centre minier où siégeait le représentant des mineurs de la région.
  • 15 José Ignacio Echegaray, 1986 : 19 : « Mapa geográfico de una gran parte de la América septentrional (...)

17Il est étrange d’autre part que la Sierra Madre Occidental semble pratiquement dépeuplée contrairement aux représentations d’Alzate (1768) ou Urrutia-lafora (1771) qui y mentionnent de très nombreuses missions13. Sur la carte de Humboldt de 1804, en revanche, sont indiqués tous les centres miniers septentrionaux dont le savant connaissait l’existence grâce au professeur Fausto Elhúyar et ses étudiants du Colegio de Minería de Mexico. En 1822, pourtant, Humboldt décida de ne plus les représenter : la ville de Parral alors diputación de minería14 comme le signale le baron sur sa carte de 1804 n’est même plus consignée. Le choix des toponymes rapportés est donc assez arbitraire. Voyons maintenant les haciendas qui apparaissent sur la carte : les anciennes missions de Moris et Cerocahui sont répertoriées comme des haciendas de même que les lieux-dits des Ojos Orientales, Ojos de la Yunta et San José del Potrero, au nord de Chihuahua. Nous avons eu bien du mal à identifier ces trois derniers endroits qui n’étaient ni des haciendas ni des villages : ces toponymes correspondent en fait aux lieux d’étapes où se reposa Juan Bautista de Anza en 1799, comme l’indique ce capitaine sur la carte qu’il dressa de son périple15.

  • 16 Pour un panorama général des anciennes haciendas de l’État de Durango, voir Miguel Vallebueno, 1997

18Quant aux haciendas situées dans le territoire qui appartient à l’actuel État de Durango, elle paraissent avoir été consignées par l’étudiant au Colegio de Minería, Juan de Oteysa. A l’exception de la Zarca, toutes les autres (de Batres, del Chorro o de Muleros) se trouvent près de la hacienda del Ojo, qui appartenait à l’oncle de Juan José, Pedro de Vertiz16. Humboldt sélectionne donc les toponymes de ses cartes presque au hasard ; sur sa carte de 1804, il privilégie les centres miniers et les capitales administratives, les autres toponymes sont repris des cartes de ses prédécesseurs et servent surtout à remplir les espaces vides. Mais il est vrai que jusque dans les années 1970 du XIXe siècle dans les atlas mondiaux, la plupart des toponymes étaient sélectionnés ainsi, de manière arbitraire (voir, par exemple, Huot, 1824).

Les montagnes

19La grande innovation introduite par Humboldt relève de la représentation des montagnes. Avant Humboldt, les cartographes de l’Amérique ne signalaient pas les montagnes avec beaucoup de précision, à l’instar des toponymes, les indications du relief servaient à remplir les blancs ou à marquer des points d’orientation utiles pour les voyageurs qui allaient utiliser la carte (Cramaussel, 1993). Sur la carte générale de la Nouvelle-Espagne, en revanche, les montagnes montrent la conformation orographique des grands ensembles continentaux. Pour indiquer le relief, Humboldt eut recours aux techniques de représentation les plus modernes de son temps ; il utilise les hachures introduites en cartographie en 1799 para l’ingénieur topographe saxon Joahann Lehman et les ombres qui donnent un caractère tridimensionnel aux élévations de terrain, comme le conseillait le géographe suisse Guillaume Henri Dufour (Thrower, 1996 : 113).

20Cependant la représentation de Humboldt des chaînes de montagnes ne coïncide pas avec les images cartographiques issues d’études topographiques actuelles. Une lecture attentive de l’Essai met à jour une apparente contradiction entre le texte et l’image cartographique de 1804. Humboldt affirme en effet qu’il existe entre Mexico et le Nouveau-Mexique une « imposante plaine qui paraît s’incliner insensiblement vers le nord », il fait observer également qu’il s’agit de « plaines immenses qui paraissent être conformées par une succession de lits d’anciens lacs séparés par des collines qui ne s’élèvent que de 200 à 250 mètres au dessus de ces lits » (Humboldt, 1941 : 21-22). Comment justifier alors la représentation cartographique de la grande cordillère que Humboldt place dans le nord de la Nouvelle-Espagne au beau milieu de ce même auteur appelle dans le texte « une imposante plaine » ?

  • 17 Voir la carte de Buache intitulée : Carte physique ou géographique naturelle de la France, divisée (...)

21Il serait vain de croire qu’Humboldt désira représenter une véritable chaîne de montagnes centrale, cette apparente cordillère n’était en fait que fictive et marquait la ligne de partage des eaux entre les rivières qui se dirigent vers le Pacifique et celles qui débouchent dans l’Atlantique. La ligne de partage des eaux était alors considérée comme l’un des éléments essentiels de la géomorphologie des continents. Humboldt, à l’instar de la plupart des auteurs des atlas européens de la première partie du XIXe siècle, suivit la tradition cartographique introduite au milieu du XVIIIe siècle par le géographe royal Buache qui indiquait les lignes de partage des eaux par ce qui pourrait sembler être des chaînes de montagnes. À l’époque de Humboldt, on représentait des chaînes de montagne fictives pour séparer graphiquement les différents bassins des grandes rivières, comme celle qui unissait le Massif Central aux Pyrénées et montrait la ligne de partage des eaux entre les rivières qui débouchaient dans la Méditerranée et celles qui coulaient vers l’Atlantique17. Humboldt explique lui-même de cette manière la raison d’être de la chaîne de montagne centrale qui apparaît sur ses cartes : « la crête de cette cordillère secondaire de la Sierra Madre est celle qui divise les eaux entre l’Océan Pacifique et la mer des Antilles » (Humboldt, 1941 : 24). Notons que cette ligne de partage des eaux est interrompue sur la carte au sud du Nazas parce que l’on croyait alors que cette rivière naissait à l’ouest des montagnes. En revanche, les petites montagnes qui s’élevaient au-dessus des hautes plaines centrales n’intéressaient guère Humboldt, de telle sorte que les monts à l’ouest du Conchos et la région pourtant très montagneuse des Indiens tarahumares ne sont pas représentés du tout. Le baron soutenait pourtant que dans cette région la Sierra Madre « s’élève de nouveau considérablement… près du Golfe de Californie, où se forment les montagnes de la Pimería Alta, célèbres pour leurs placers » (Humboldt, 1941 : 24). Dans le récit de voyage de Lafora (1766) et la description de l’évêché de Durango de Pedro Tamarón y Romeral (1765) (Tamarón, 1958 : 87), cités par Humboldt, le caractère particulièrement accidenté du versant ouest de la Sierra est mis en valeur. Le savant allemand n’ignorait donc pas le haut-relief des montagnes à l’ouest du Conchos et de Durango, mais il avait décidé de privilégier d’autres éléments dans sa représentation géographique de cette partie du continent.

  • 18 « La cordillère du Mexique traverse tout le pays, c’est une chaîne de montagnes colossales qui peut (...)
  • 19 « Or la présence de cette grande chaîne le long des isthmes n’est pas plus exacte que le prolongeme (...)

22Cette constatation ne justifie pas, bien sûr, l’erreur de conception géologique qui portait à croire que la Sierra Madre Occidental était un prolongement des Andes et que ces deux chaînes formaient l’épine dorsale de tout le continent18. Ce fut une hypothèse qui perdura assez longtemps et il faudra attendre 1865 et les résultats des travaux des géologues de la Commission Scientifique de l’Intervention pour que cette conception mise à la mode par Humboldt soit réfutée une fois pour toute19.

Conclusion

  • 20 Cette dernière s’intitule Mapa geográfico de la América septentrional ou Nuevo Mapa geográfico de l (...)

23La représentation cartographique du nord de la Nouvelle-Espagne d’Humboldt n’apporte que peu de nouveautés : cet homme de science ne voyagea pas dans le septentrion et s’inspira pour le représenter des travaux de Urrutia-Lafora, et surtout de la carte de Mascaró-Constanzó de la fin du XVIIIe siècle. Il s’agit donc d’une cartographie un peu spéculative où Humboldt tenta de corriger les erreurs de ses prédécesseurs à partir de cartes plus récentes ou de données obtenues par des habitants de cette partie du continent. Cependant, le savant entreprit ce projet sans avoir à sa disposition les moyens techniques qui lui auraient permis de vérifier les estimations avancées par ses amis et confrères, de telle sorte qu’il corrigea certaines données tout en introduisant de nouvelles inexactitudes. Ainsi, il déplaça encore plus au nord les latitudes de certaines villes dont la localisation était déjà erronée chez Lafora et Urrutia, et réduisit sur ses cartes l’extension des vastes étendues planes du haut plateau septentrional. Humboldt situa Chihuahua et El Paso au milieu de la masse continentale, alors que Constanzó et Mascaró avaient indiqué leur position avec plus de justesse en 1782. Mais rappelons que ni la carte de Urrutia-Lafora ni celle de Mascaró-Constanzó n’avaient été publiées. La seule carte connue, parce qu’elle avait été gravée à Paris et à Madrid, était celle de 1768 d’Antonio de Alzate20, mais elle était déjà vieille de presque un demi-siècle lorsque l’Essai vit le jour. Les cartes de la Nouvelle-Espagne d’Humboldt, très amplement diffusées, marqueront pendant plusieurs décennies la cartographie mondiale et personne ne releva alors les erreurs de latitude et de longitude, ni mit en question la toponymie arbitraire et la ligne de partage des eaux dont la représentation s’assimilait à une cordillère.

Plain de l’Artibonite (Haiti)

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Bibliographie

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Annexe

Toponymie de l’intendance de Durango selon la carte générale de 1804

Nous avons souligné les endroits qui sont aussi mentionnés par Humboldt sur sa carte simplifiée de la Nouvelle-Espagne de 1822. Lorsque les toponymes ont changé, les noms actuels sont indiqués entre parenthèse, après le nom ancien.

Forts militaires

1. Presidio de San Eleazario (San Elizario, Texas)

2. Presidio de Janos (San Felipe y Santiago de Janos, actuellement Janos, Chih.)

3. El Carrizal (San Fernando del Carrizal, actuellement El Carrizal, Municipio de Villa Ahumada)

4. Presidio del Norte ou de las Juntas (actuellement Ojinaga, Chih.)

5. Presidio de San Buenaventura21

6. Presidio de El Príncipe

7. Presidio de San Carlos del Cerro Gordo

8. Presidio de Conchos

9. Presidio de Cerro Gordo (San Miguel del Cerro Gordo, actuellement Villa Hidalgo, Dgo.)

10. Presidio de Mapimí (Santiago de Mapimí, actuellement Mapimí, Dgo.)

11. Presidio del Gallo (San Pedro El Gallo)

12. Presidio de El Pasaje

Centres miniers

1. Santa Rosa de Cusihuiriachi

2. Santa Eulalia de Mérida

3. Chihuahua el Viejo

4. Cajurichi

5. Uriquillo (ranch du municipio d’Urique, Chih.)

6. Urique

7. El Oro de Topago

8. Uruachi

9. Batopilas

10. Loreto

11. San Joaquín (San Joaquín de los Arrieros, centre minier de l’actuel municipio de Morelos, Chih.)

12. Zapote

13. San Juan Nepomuceno

14. San Pedro (San Pedro Alfaro, dans l’actuel municipio de Parral, Chih.)

15. Río de San Pedro

16. Real de Todos Santos (actuellement Cordero, Chih.)

17. San José del Parral (diputación de minería)

18. San Francisco del Oro

19. Santa Bárbara

20. Los Sauces

21. El Magistral (El Magistral del Oro, actuellement Magistral, Dgo.)

22. Indehé (Indé, Dgo)

23. Nuestra Señora de la Merced del Oro (actuellement Santa María del Oro, Dgo.)

24. San Nicolas El Viejo

25. Sianori

26. Canelas (San José de Canelas, actuellement Canelas, Dgo.)

27. San Miguel de Coneto (actuellement Coneto de Conmonfort, Dgo.)

28. Texamen (Guadalupe de Tejamen, actuellement Tejamen, Dgo.)

29. San Francisco de la Silla (village disparu)

30. San Vicente (village disparu)

31. Guadalupe (village disparu)

32. San Dimas

33. Guarisamey (diputación de minería)

34. San José Tarpollita (San José Tayoltita, actuellement Tayoltita, Dgo.)

35. Gavilanes (village disparu probablement situé près de San Luis Villacorona)

36. San Antonio de las Ventanas (village disparu)

37. Las Manos ( ?)

38. La Concepción

39. San Nicolas de Yerbabuena (La Yerbabuena, Municipio de Rodeo, Dgo.)

40. Cuencamé

41. El Orito (village abandonné qui se trouve dans les montagne de la sierra de Yerbaniz)

42. San Juan del Río

43. Santa Catarina (Santa Catarina de Sena)

44. El Alamo (San Pedro del Alamo)

45. San Lucas

46. Real de Avinito (San José de Avinito)

47. San Miguel del Mezquital (San Miguel Anza, Zac.)

48. Chalchihuites

49. Santa María de las Nieves (Francisco Murguía, Zac.)

Agglomérations importantes

1. Chihuahua

2. Durango

3. Nombre de Dios

Villages

1. Velarde

2. Ojo Caliente

3. Agua Nueva

4. Bachimba (Bachíniva)

5. San Bernardino

6. Bachimba

7. Matachic

8. Cocomorachic

9. San Juan

10. Santa Cruz (Santa Cruz de Tarahumares ou du Padre Herrera, actuellement Rosario, Chih.)

11. Tonachi

12. Guadalupe

13. San Juan

14. Narogame (Nabogame)

15. Valle de san Bartolomé (actuellement Valle de Allende, Chih.)

16. Papasquiaro (Santiago Papasquiaro)

17. San Antonio (San Antonio de Nazas)

18. Parras

Haciendas

1. Ojos Orientales

2. Ojos de la Yunta

3. Encinillas (fait actuellement partie de la section municipale d’El Sauz, municipio de Chihuahua)

4. San José del Potrero

5. San Juan de la Cieneguilla (San Juan y la Concepción, actuellement La Cieneguilla, dans le municipio de Gran Morelos, Chih.)

6. Chancaple (Municipio del Saucillo, Chih.)

7. Cerocahui

8. Los Arrieros

9. Moris

10. San Pedro (San Pedro Alfaro, Chih.)

11. Santa Rita

12. Huejuquilla (Ciudad Jiménez, Chih.)

13. Río Florido (Villa Coronado, Chih.)

14. La Zarca (San Mateo de la Zarca, Dgo.)

15. Hacienda del Chorro (El Chorro, Dgo.)

16. Hacienda de Batres (Santa Isabel de Batres, Dgo.)

17. Hacienda del Ojo (El Ojo, Dgo.)

18. Hacienda Muleros (Vicente Guerrero, Dgo.)

Hameaux et lieux-dit

1. Los Patos

2. Casas Grandes (troisième demeure des Aztèques) (hoy Casas Grandes, Chih.)

3. Las Boquillas

4. El Sauze (El Sauz)

5. La Carretada

6. Namiquipa

7. La Tinaja

8. Los Ojos Azules

Orographie, hydrographie

1. Sierra de las Piernas de Doña María

2. Puerto del Chocolate

3. Sierra del Barrigón

4. Sierra de Lucero

5. Sierra de la Cadena (La Cadena fut hacienda au XIXe siècle)

6. Sierra de Carcay

7. Lago de la Candelaria

8. Lago de Guzmán

9. Laguna de San Martín

10. Río del Norte

11. Río de Nazas

12. Río de Conchos

13. Río Guanabal (Aguanabal)

Le cours du Chuvíscar est indiqué mais le nom de cette rivière n’est pas mentionné (Sur la carte de 1822 apparaissent les rivières citées antérieurement mais le nom des deux premières seulement est consigné)

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Notes

2 Carte générale du royaume de la Nouvelle-Espagne, depuis le parallèle de 16° jusqu’au parallèle de 38° (latitude nord), dressée sur des observations astronomiques et sur l’ensemble des matériaux qui existent à Mexico, au commencement de l’année 1804 ; cette carte est reproduite dans Humboldt (1941 : t. V) Pour élaborer nos illustrations nous avons utilisé la carte de 1822, publiée par Juan Ortega y Medina en 1978.

3 L’inspection des forts militaires de 1766 de Nicolas de Lafora a été publiée en 1958 : Viaje a los presidios internos de la América septentrional, Viajes por Norteamérica, Madrid, Aguilar. La référence à cette carte se trouve dans la liste de sources utilisées par Humboldt qu’a dressée Ortega y Medina (Humboldt, 1978 : CXXXIII).

4 Les « provinces internes » comprenaient tout le nord du Mexique et l’actuel sud-ouest des États-Unis. Le roi nomma un commandant général de cet immense territoire en 1776.

5 Humboldt déclare avoir consulté les travaux cartographiques de Pedro de Rivera y de Francisco Alvarez Barreiro, dont le voyage dans le nord date de 1726-1728. Leur rapport a été publié par Thomas Naylor et Charles Polzer (eds.) en 1988. Les cartes se trouvent p. 213, 216 et 220. Quant aux cartes des itinéraires de Pedro de Rivera, elles sont reproduites dans l’Atlas de Humboldt. Juan Ortega y Medina (Humboldt, 1978 : CXXIX) cite aussi Rivera parmi les auteurs des sources utilisées par Humboldt.

6 Juan de Pagazaurtundúa avait été compagnon de voyage de Manuel Agustín Mascaró : José Omar Moncada (1994 : 105).

7 Ces deux cartes sont citées par Juan Ortega y Medina (1978 : CXXXII), parmi celles que consulta Humboldt. Elles sont apparemment perdues.

8 Velázquez avait accompagné José de Gálvez et créé un laboratoire pour réaliser des observations astronomiques en Californie (Humbodt, 1978 : 81-82).

9 Au cours du XVIe siècle, les cartographes amplifient progressivement la taille de la masse continentale ; la représentation d’un septentrion large au nord de la Nouvelle-Espagne est finalement reprise et fixée par Ortelius dans sa célèbre carte de 1579 (Cramaussel, 1998).

10 Mercator reprend le schéma d’Ortélius ; sa carte est publiée dans Miguel León Portilla (1989 : 86).

11 Humboldt ne paraît pas avoir eu connaissance de la carte du Nouveau-Mexique réalisée en 1758 par l’ingénieur Miera y Pacheco qui accompagna le gouverneur Marin lorsqu’il mena la visite du territoire sous sa direction et détermina les latitudes de manière plus exacte (Cramaussel, 1993).

12 Humboldt ne la cite pas, mais il l’avait probablement consulté à Madrid.

13 L’abondance de missions dans les montagnes du nord devint un leitmotiv cartographique quand le Duc d’Escalona, vice-roi de la Nouvelle-Espagne, remit à l’Académie des Sciences de Paris la carte du missionnaire jésuite Eusebio Kino Alzate reporte sur sa carte publiée à Paris et Madrid en 1768 toutes les missions indiquées par Kino (Cramaussel 1998).

14 Important centre minier où siégeait le représentant des mineurs de la région.

15 José Ignacio Echegaray, 1986 : 19 : « Mapa geográfico de una gran parte de la América septentrional, comprendido entre los 19° y 41° de la latitud norte », 1779, noticias de la expedición de Juan Bautista de Anza, Museo naval VII, 17-1. Sur cette carte, comme sur celle de 1804, le Bolsón de Mapimí n’est pas inclus dans la juridiction de la province de Durango. Dans son Essai, Alexandre d’Humboldt ne mentionne ni la carte d’Anza ni d’autres qu’il avait pourtant consultées dans le Depósito Hidrográfico de Madrid avant son départ pour l’Amérique. Le scientifique allemand avait aussi feuilleté dans ce dépôt les manuscrits de l’expédition de Malaspina, qu’il se garde bien de mentionner dans son Essai : Virginia González Claverán, « Humboldt y la ciudad de México », communication présentée pendant le congrès Humboldt y la ciencia americana (Mexico, 15-19 août 1999). Cette historienne met en relief les étranges coïncidences entre les parcours et les commentaires de Humboldt et de Malaspina.

16 Pour un panorama général des anciennes haciendas de l’État de Durango, voir Miguel Vallebueno, 1997.

17 Voir la carte de Buache intitulée : Carte physique ou géographique naturelle de la France, divisée par chaînes de montagnes et aussi par terreins (sic) de fleuves et rivières. Cet auteur est mentionné dans : Antoine Bailly et Roberto Ferras, 1997 : 73. Ce fut au XVIIIe siècle que l’on « découvrit » les montagnes, tant sur le plan scientifique que littéraire. Des chaînes de montagnes factices qui représentent la ligne de partage des eaux apparaissent dans de nombreux atlas européens du XIXe siècle, voir, par exemple, Drioux et Ch. Leroy, 1863 : 41-42 : « Europe politique et ethnographique ».

18 « La cordillère du Mexique traverse tout le pays, c’est une chaîne de montagnes colossales qui peut être considérée comme un prolongement des Andes péruviennes » (Humboldt, 1941 : 23).

19 « Or la présence de cette grande chaîne le long des isthmes n’est pas plus exacte que le prolongement un peu fantaisiste qu’on lui trace au milieu des plateaux mexicains et jusqu’à l’extrémité septentrionale du continent » (Guillemin Tarayre, 1867 : 76, 238-242). Tarayre conclut que cette chaîne fut résultat de l’esprit généralisateur d’Humboldt.

20 Cette dernière s’intitule Mapa geográfico de la América septentrional ou Nuevo Mapa geográfico de la América septentrional perteneciente al virreinato de México, dedicado a los sabios miembros de la Academia Real de las Ciencias de París. Elle est reproduite dans El territorio mexicano (1992).

21 Je remercie Miguel Vallebueno de m’avoir aidée à identifier les toponymes correspondant à l’actuel État de Durango.

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Table des illustrations

Titre Figure n° 1 : Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Mercator (1626) y de l’Isle (1726).
URL http://journals.openedition.org/cal/docannexe/image/6589/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 284k
Titre Figure n° 2. Représentations cartographiques de la masse continentale. Comparaison entre Urrutia-Lafora (1771) et Humboldt (1804). Pour faciliter la comparaison visuelle, nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes d’El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.
URL http://journals.openedition.org/cal/docannexe/image/6589/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 296k
Titre Figure n° 3. Les coordonnées géographiques. Comparaison entre Mascaro (1782) et Humboldt (1804). Humboldt calcule les longitudes à partir de Paris et Mascaro à partir du méridien de Ténérive.
URL http://journals.openedition.org/cal/docannexe/image/6589/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 224k
Titre Figure n° 4. Le nord de la Nouvelle-Espagne représenté par Humboldt en 1804. Nous avons signalé par un trait plus épais les limites de l’Intendance de Durango et indiqué avec clarté les villes de Santa Fe, El Paso, Chihuahua, Durango et Zacatecas.
URL http://journals.openedition.org/cal/docannexe/image/6589/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 456k
Titre Plain de l’Artibonite (Haiti)
URL http://journals.openedition.org/cal/docannexe/image/6589/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 192k
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Pour citer cet article

Référence papier

Chantal Cramaussel, « Humboldt et la cartographie du nord de la Nouvelle-Espagne », Cahiers des Amériques latines, 36 | 2001, 163-181.

Référence électronique

Chantal Cramaussel, « Humboldt et la cartographie du nord de la Nouvelle-Espagne », Cahiers des Amériques latines [En ligne], 36 | 2001, mis en ligne le 03 août 2017, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cal/6589 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cal.6589

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Auteur

Chantal Cramaussel

El Colegio de Michoacán/UNAM

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Droits d’auteur

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