María Inés VALDIVIA.- El liberalismo social en el Perú: masones, bomberos, librepensadores y anarquistas durante el siglo XIX
María Inés VALDIVIA.- El liberalismo social en el Perú: masones, bomberos, librepensadores y anarquistas durante el siglo XIX.- Lima, ANR, 2010.- 236 p.
Texte intégral
1La jeune auteure de ce livre s’est d’abord fait connaître pour des travaux sur l’anarchisme, et elle explique bien dans l’introduction de son livre comment elle en est venue, par la lecture de la presse de l’époque, à s’intéresser à la vie ouvrière du XIXe siècle, à se demander qui étaient les hommes et les femmes (libre penseurs plus ou moins affirmés) qui composaient les groupes qui écrivaient dans ces organes, comment ils s’étaient organisés, d’où ils venaient, quels étaient leurs buts par rapport au devenir du pays.
2Le fil conducteur de l’ouvrage est la conformation au Pérou d’un libéralisme social, projet caractérisé, à la différence du libéralisme a secas, par la place qu’il entendait donner à un État nettement séparé de l’Église, très préoccupé par une éducation populaire laïcisée et travaillant à la conformation d’un citoyen aux qualités civiques affirmées pour le bien de la société. A la différence du libéralisme traditionnel, le thème social était donc pour lui primordial et fondé sur la notion de fraternité.
3Il n’est dès lors pas étonnant que l’ouvrage s’ouvre sur le rôle de la Maçonnerie dans ce courant de pensée, sujet tout à fait neuf au Pérou où l’on n’en sait pas grand-chose, à la fois parce que le sujet n’a guère retenu jusque-là l’attention, ce qui peut étonner, mais s’explique également par la quasi-impossibilité d’avoir accès aux archives maçonniques.
4Si la liaison entre la pédagogie maçonnique et la construction de l’État républicain est bien connue dans les pays européens, et notamment dans le cas français, rien de tel au Pérou, donc. M. I. Valdivia consacre un long chapitre aux activités philanthropiques des Loges au XIXe siècle. Comme ce fut le cas au Chili, ainsi que l’a bien montré il y a vingt ans Cristián Gazmuri dans El 48 chileno, les pompiers, italiens dans le cas de Lima, ont joué un rôle essentiel, et ce chapitre est aussi une excellente approche de ce groupe d’immigrés européens, alors et de loin, le plus important au Pérou.
5Le trauma de la Guerre du Pacifique entraîna une inflexion notable, dans la mesure où les conséquences de la déroute amenèrent ces groupes maçons à recentrer leur réflexion et leur action sur un discours national et une réflexion plus imprégnée de sensibilités modernes.
6A partir de sa troisième partie, le livre s’infléchit vers une analyse plus générale de la libre pensée. Une place de choix est faite au Chilien Francisco Bilbao, sans doute un des plus grands penseurs latino-américains du siècle, dont on suit le séjour à Lima. Il y publie plusieurs ouvrages qui, en fonction aussi des avatars de la vie politique du Pérou lui valurent des procès et même la prison, en particulier celui qu’il consacra à Sainte Rose de Lima, avant d’être exilé à Guayaquil. Il revint ensuite au Pérou et s’y consacra dans la presse au propagandisme du libéralisme social, ce qui lui valut dans les années 1860 une grande audience idéologique et sociale, mais souleva bien des controverses, surtout lorsqu’il traita de thèmes liés à l’actualité alors brûlante et complexe de son pays d’accueil.
7La dernière partie du livre étudie les progrès de la libre pensée dans les dernières années du XIXe siècle et au début du suivant. L’auteure montre comment il se manifesta et les organes qu’il utilisa, les nuances qui alors se manifestèrent, souligne l’action de Mercedes Cabello et conclut, bien sûr, par des pages fort intéressantes et neuves sur Manuel González Prada.
8On l’aura compris, ce beau travail, une thèse universitaire, apporte beaucoup de nouveautés sur bien des aspects très mal connus de la vie intellectuelle et sociale du Pérou au XIXe siècle, et l’on doit remercier l’auteure de l’avoir fait notamment grâce à un travail dans des archives jusque-là pratiquement fermées ou plutôt délaissées.
9Il est à souhaiter qu’elle puisse continuer dans cette voie qui renouvelle considérablement ce que l’on savait de cette époque et ces mouvements qui n’ont sans doute pas retenu l’attention comme ils le méritaient, au-delà de quelques figures bien connues sur lesquelles M. I. Valdivia apporte néanmoins d’appréciables nouveautés sur leur contextualisation sociale et surtout les antécédents idéologiques qui les ont nourries.
Pour citer cet article
Référence papier
Bernard Lavallé, « María Inés VALDIVIA.- El liberalismo social en el Perú: masones, bomberos, librepensadores y anarquistas durante el siglo XIX », Caravelle, 98 | 2012, 271-273.
Référence électronique
Bernard Lavallé, « María Inés VALDIVIA.- El liberalismo social en el Perú: masones, bomberos, librepensadores y anarquistas durante el siglo XIX », Caravelle [En ligne], 98 | 2012, mis en ligne le 01 juin 2012, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/caravelle/1288 ; DOI : https://doi.org/10.4000/caravelle.1288
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