Javier RAMIREZ JUAREZ, Jean-Christian TULET (Coords.).- Recomposición territorial de la agricultura campesina en América Latina
Javier RAMIREZ JUAREZ, Jean-Christian TULET (Coords.).- Recomposición territorial de la agricultura campesina en América Latina.- Colegio de Postgraduados en Ciencias Agrícolas / Laboratoire Géographie de l’Environnement (GEODECNRS), Mexico, Plaza y Valdés, 2010.- 231 p.
Texte intégral
1« En Amérique Latine l’agriculture familiale représente plus de 80% des unités productives, emploie environ deux agriculteurs sur trois, apporte 30 à 40% du PIB agricole et intègre plus de 60% de l’emploi sectoriel ». C’est sur ce constat que Javier Ramirez et Jean-Christian Tulet introduisent ce livre, dont les contributions sont issues, pour la plupart, d’interventions du cinquième congrès européen de latino-américanistes CEISAL (Bruxelles, avril 2007), en particulier suite à une table ronde sur le thème « ¿Exclusión o recomposición del campesinado en América Latina? ».
2Les transformations du monde agraire latinoaméricain des dernières décennies donnent en effet lieu à un débat de fond. Car elles ont conduit un certain nombre d’auteurs, à travers la notion de « nouvelle ruralité », à considérer que les changements sont tels que l’on peut parler d’une transition d’un monde agraire dominé par la production agropastorale à une société rurale plus diversifiée. De là, le rural ne signifie plus exclusivement l’agricole, c’est la « désagrarisation de l’activité productive ». Cette « nouvelle ruralité » défendue notamment par des auteurs comme De Grammont, Perez ou Teubal, affirme que sous l’effet conjoint de la mondialisation du système agroalimentaire mondial, du contrôle de celui-ci par des firmes transnationales, et d’un agencement de ces dynamiques par les politiques d’ajustement structurel, les acteurs ruraux traditionnels se sont appauvris et ont peu à peu quitté les campagnes.
3La réalité complexe du monde rural et de ses évolutions s’appréhende par une approche prudente et rigoureuse, elle demande des travaux de terrain et des études de cas. C’est pourquoi sans chercher à nier les changements souvent brutaux que connaît le monde rural, ni à alimenter une vision duelle voire manichéenne des enjeux en cours, il est important de nuancer ces affirmations en prenant en compte l’hétérogénéité des processus, et la conséquente diversité des réponses paysannes.
4C’est là le principal intérêt de l’ouvrage, dont les contributions mettent en valeur la diversité des stratégies et des reconfigurations agricoles, ainsi que des possibles voies de développement de l’agriculture familiale, à travers l’étude des atouts et des limites de systèmes de productions de plusieurs régions de Colombie, du Venezuela et du Mexique. On y trouve principalement des exemples de reconversion agricole par l’apparition et le développement de l’horticulture dans les hautes vallées tropicales − souvent par une bonne mise à profit de réseaux d’irrigation au sein d’exploitations relativement modestes − en particulier dans les Andes vénézuéliennes et dans les hautes terres centrales du Mexique. Dans une moindre mesure, mais à nouveau soutenu par des exemples concrets, le thème des systèmes de production agricoles alternatifs et la question de la durabilité sanitaire et environnementale de ces nouveaux foyers maraîchers tiennent aussi une place importante dans le livre. Les aspects sociaux et territoriaux, au rôle trop souvent sous-estimé dans ces processus de transformation rurale, ressortent ici dans la discussion avec la place qui leur est due. Enfin on appréciera quelques éclairages sur l’évolution de l’orientation des politiques de développement rural des dernières décennies au Mexique, et sur l’efficacité toute relative des institutions publiques et des programmes de développement mis en place par cet Etat pour passer d’une agriculture traditionnelle à une agriculture commerciale.
5On regrettera cependant, alors que les auteurs insistent sur l’importance des particularités locales et l’hétérogénéité des phénomènes selon les régions, le déséquilibre de représentation des trois pays abordés: hormis un article traitant de l’Amérique Latine dans son ensemble (autour de l’évolution de la production et de la consommation de céréales), six contributions ont trait au Mexique, trois au Venezuela, une seule en Colombie. Peut-être faut-il y voir un reflet du manque de travaux scientifiques sur le monde rural latinoaméricain en général. On aurait alors aimé voir cette « surreprésentation » du Mexique atténuée par une conclusion générale qui tenterait de replacer les apports de ces études de cas dans des questionnements plus vastes; par exemple sur la question controversée de la présence ou du manque de main-d’œuvre dans ces milieux ruraux.
6La FAO et la Banque Mondiale elles-mêmes soutiennent dans de récents rapports que l’agriculture familiale reste l’un des secteurs le plus étendu et dynamique des zones rurales; et que les politiques publiques n’ont pas suffisamment tenu compte de cette importance dans les pays d’Amérique Latine. Ces institutions affirment également aujourd’hui que l’agriculture paysanne va jouer un rôle de premier ordre dans la promotion d’un développement durable et dans la réduction de la pauvreté rurale, objectifs d’agenda mondial s’il en est. Pour étonnants qu’ils soient de la part de ces organismes, il n’en reste pas moins que ces rapports viennent étayer les dires de ceux qui préfèrent au terme d’exclusion celui de recomposition. D’où le titre de l’ouvrage, fruit d’une collaboration internationale et pluridisciplinaire qui montre si besoin est que la compréhension de phénomènes complexes est toujours facilitée par l’échange et la confrontation des regards.
Pour citer cet article
Référence papier
Simon Prime, « Javier RAMIREZ JUAREZ, Jean-Christian TULET (Coords.).- Recomposición territorial de la agricultura campesina en América Latina », Caravelle, 95 | 2010, 255-256.
Référence électronique
Simon Prime, « Javier RAMIREZ JUAREZ, Jean-Christian TULET (Coords.).- Recomposición territorial de la agricultura campesina en América Latina », Caravelle [En ligne], 95 | 2010, mis en ligne le 01 décembre 2010, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/caravelle/7617 ; DOI : https://doi.org/10.4000/caravelle.7617
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