De quelles indignations parle-t-on ?
Résumés
Ça a été un tournant complet dans ma vie, confie Javier, activiste de 29 ans durant le 15-M. Si ce mouvement a transformé les affects individuels en actions collectives en 2011 et contribué à bouleverser le bipartisme à partir de 2014, il a aussi eu une incidence sur les trajectoires et récits de vie d’une partie des Indignés. Ces manières de lutter participent à l'essor d'un imaginaire social-historique pro-démocratique. Interroger la notion d’affect d’indignation et ses effets exige une démarche interdisciplinaire entre sociohistoire des mouvements sociaux et anthropologie politique. L’enquête sur l’historicisation du 15-M se déroule principalement à Cordoue, où ses métamorphoses sont plurielles, dans un entrelacement de trajectoires, de mémoires et d'espaces, en dehors comme à l’intérieur des institutions. Lié à la crise « civilisationnelle », le 15-M cristallise un enjeu de taille : le déficit démocratique, que certains collectifs tentent de combler.
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- 1 Frédéric Lordon, Les affects de la politique, Paris, Éditions du Seuil, 2016, p. 102.
- 2 Alain Touraine définit la société comme « un système d’action, un mode de production de la société (...)
- 3 L’enquête se base sur l’analyse d’une trentaine d’entretiens semi-directifs menés en alternant des (...)
- 4 La définition de l’imaginaire social-historique que Manuel Cervera-Marzal et Eric Fabri reprennent (...)
- 5 Premier maire communiste d’une grande ville provinciale aux élections municipales de 1979 ayant sui (...)
- 6 La construction du « califat rouge » est intimement liée aux résistances des associations de voisin (...)
- 7 Données développées en pourcentage par année, par Datosmacro, disponible sur : [https://datosmacro. (...)
- 8 La province de Cordoue est la seconde de la communauté d’Andalousie (derrière Jaén) en termes de pe (...)
1L’indignation est une affection du corps, définie sommairement comme des sentiments de colère, de révolte que provoque quelqu’un ou quelque chose. Elle vient modifier de façon transitoire un sujet. Lorsqu'une personne se sent indignée, elle est affectée par une situation donnée, qui vient heurter le sens du juste et de l’injuste, du tolérable et de l’intolérable. En cela, l’indignation peut s’assimiler à un cri du cœur et de l'esprit, qui se révèle à la conscience, plutôt qu'une vérité qui s'impose rationnellement. Lorsque les individus se rendent compte que leurs affects sont partagés par d’autres, ces affects deviennent communs et peuvent se muer en actions collectives. L’observation de cette « fusion » d’affects, liés à un sentiment d’injustice profond mué en conflits sociaux, révèle les perceptions des défaillances en termes de justice, de dignité et d’égalité des structures sociales contingentes aux individus. Comme le souligne Frédéric Lordon : « Il n’y a pas d’action transformatrice sans détermination à l’action transformatrice »1. Dans le cas du 15-M, les motifs d’indignation et les volontés de changements sociaux sont pluriels et se déclinent en interaction directe avec la gestion politique et économique de la crise multidimensionnelle, intervenue depuis 2008. De quelles indignations parle-t-on lorsqu’elles réunissent des millions de personnes en 2011 sur les places centrales des villes espagnoles ? Qu’est-ce que ces actions collectives ont pu produire à la fois sur les structures et sur les individus y ayant participé ? En d’autres termes, comment ces indignations se sont historicisées2, voire mémorialisées plus d’une décennie plus tard ? À l’aune des entretiens et des observations menées auprès de différents acteurs3 de 2015 à 2021, un premier bilan plus de dix ans après le 15 Mai 2011 fait émerger un imaginaire social-historique4 pro-démocratique et un paysage mémoriel fragmenté dans la politique espagnole contemporaine. Comprendre le mouvement du 15-M implique de s’interroger sur ce qu’a pu représenter la cristallisation de ces affects d’indignation premiers pour les participants et participantes du mouvement. Pour cela, nous choisissons de décentrer le regard par rapport aux grandes villes telles que Madrid et Barcelone pour baser l’enquête de terrain principalement à Cordoue, une des villes les plus anciennes d’Espagne, quatre fois patrimoine de l’Humanité. Dotée d’une histoire municipale singulière fortement marquée à gauche, elle est la première ville provinciale après la chute du franquisme à avoir élu un maire issu du Parti Communiste Espagnol (PCE), Julio Anguita5 (1979 -1986) ce qui donna à la ville le surnom de « califat rouge »6. Troisième ville d’Andalousie en termes de population, Cordoue a subi de graves conséquences de la crise de 2008 avec une moyenne de 26,6 % de taux de chômage de 2011 à 20187, des milliers de personnes expulsées de leurs logements et un exode économique de personnes qualifiées très important8.
- 9 Lilian Mathieu, « L'espace des mouvements sociaux », Politix, nº 77, 2007/1, p. 131-151. [https://w (...)
- 10 Pierre Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, préface de John B. Thompson, 1991, Paris, Seuil, 20 (...)
2À l'échelle d'une ville à taille humaine, nous reprendrons à Lilian Mathieu9 le concept d’espace des mouvements sociaux « relativement autonome à l’intérieur du monde social » pour pouvoir concilier à la fois une approche par les structures au niveau national et par l’engagement de citoyens et citoyennes de Cordoue dans des actions collectives locales et dans des trajectoires de vie spécifiques au niveau municipal. Cet article entend retracer la socio-histoire cordouane du 15-M de la création de la Acampada del Bulevar au printemps 2011, jusqu’à la permanence actuelle de certains collectifs, en passant par l’occupation de façon autogérée du centre social El Rey Heredia depuis 2013, devenu un véritable carrefour d’activistes qui fonctionnent de façon assembléiste. Avant cela, il convient de revenir sur le moteur du 15-M : des indignations par rapport à la gestion de la crise comme affect partagé par les activistes, jusqu’à faire émerger un premier bilan des avancées en termes de changements sociaux depuis le 15-M et le processus de mémorialisation du mouvement sur un peu plus d’une décennie. En illustrant ses métamorphoses à Cordoue, à la fois dans la construction de certains collectifs, des trajectoires individuelles des personnes engagées dans le 15M et dans le champ politique partisan10, nous rendrons compte des multiples effets et traces de ce mouvement dans l’Espagne contemporaine.
Les indignations face à la gestion de la crise comme affect partagé, moteur du 15-M
- 11 Juan-Manuel B., entretien du 17 juin 2016, 52 ans pendant le 15-M.
- 12 Rafael Blázquez, entretien du 12 avril 2018, 46 ans pendant le 15-M.
- 13 Victoria López, entretien du 15 juin 2018, 29 ans pendant le 15-M.
- 14 Eduardo C., 26 ans pendant le 15-M, entretien du 2 octobre 2016.
- 15 L’expression « ppsoe » est la contraction péjorative du Parti Populaire (pp) et du Parti Socialiste (...)
- 16 Selon Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme : « En 2012, 48 des 487 postes des conseils d’a (...)
3À la question, « Pourquoi participer au 15-M ? », les réponses varient selon les personnes engagées : Juan-Manuel11, électricien pour les télécommunications à la retraite, s’indigne de « la dictature des marchés et l’injustice sociale qu’elle implique », il souhaite « sortir du bipartisme ». Pour Rafael12, éducateur environnemental au jardin botanique, c’est l’occasion de réaffirmer que « tout le monde a le droit à un logement et un travail digne ». Victoria13, alors étudiante en médecine, participe au 15-M dans l’idée de « renforcer l’universalité des services publics, de santé et d’éducation, et notamment l’accueil réservé aux hommes et aux femmes réfugiés », tandis que le jeune Eduardo14, au chômage, aimerait « une vraie politique d’emploi des jeunes et en finir avec la spéculation et la corruption politico-financière ». Cette polyphonie des voix, qui exprime les affects d’indignation premiers qui les ont conduit à se mobiliser et à rejoindre l’assemblée sur le boulevard piétonnier du Gran Capitán, doit se comprendre en miroir de la crise multidimensionnelle et de la diffusion de l’idée qu’« ils l’appellent démocratie ç n'en est pas une ». Le pronom « ils » représente le bipartisme traditionnel « PPSOE15 », assimilé au règne des deux grands partis de gouvernement, avec ce que ce régime implique de corporatisme, de clientélisme et de connivence avec les milieux financiers16.
- 17 Pour plus d’informations sur les Yay@flautas en Espagne, consulter le site [https://yayoflautas1f. (...)
- 18 [https://www.facebook.com/cordobayayoflautas/]
- 19 Manifeste disponible dans plusieurs langues sur le lien : [http://www.iaioflautas.org/el-nostre-man (...)
4Les mobilisations du 15 Mai représentent une réaction populaire aux conséquences de la gestion politique de la crise financière mondiale, et plus concrètement dans le cas espagnol, à l’explosion de la bulle financière et immobilière et au virage austéritaire initié par le gouvernement de Zapatero comme réponse politique à la crise et approfondi par son successeur Mariano Rajoy depuis la fin de l'année 2011 jusqu'au milieu de l'année 2018. La fiction d’une économie solide se maintient jusqu’à l’été 2008, lorsque le géant bancaire Lehman Brother, le 8 août, fait faillite. La crise économique et financière qui secoue les banques et l’économie états-unienne dès la fin de l’année 2007 a eu de graves répercussions en Espagne. Du jour au lendemain, les banques ne prêtent plus d’argent, les investisseurs n’investissent plus dans les dettes, les promoteurs immobiliers déclarent faillite et sont saisis de leurs biens par les banques qui leur avaient prêté des fonds. On peut facilement analyser ces événements comme un effet domino : la consommation chute, l’économie se rétracte jusqu’à la récession, entraînant la fermeture de milliers d'entreprises, le licenciement massif des travailleurs et l’expulsion de leurs logements pour les foyers aux revenus et aux contrats de travail précaires. Rappelons que d’importantes mobilisations ont commencé avant le 15 Mai 2011, comme la grève générale du 29 septembre 2010, convoquée par les syndicats majoritaires contre la réforme du travail de 2010 et suite à l’annonce de la réforme des retraites, sous le gouvernement Zapatero. Ces prises de décisions politico-économiques néolibérales face à la crise accentuent les inégalités et les sentiments d’injustice sociale. Les membres du 15-M critiquent fortement le bipartisme qui ne permet pas une représentation et une division des pouvoirs satisfaisantes, en particulier le système de circonscription électorale et l'application de la Loi d’Hondt dans le calcul du nombre de sièges au Parlement, qui ne sont pas perçus comme justes car pas assez proportionnels et favorisant les grands partis. Ce cycle de mobilisation est initié par une partie de la jeunesse, principalement issue des classes moyennes, pourvue d’un capital scolaire et culturel notable puisqu’il s’agit de la génération la plus formée depuis la transition démocratique espagnole en 1978, qui se trouve dans une situation de précarité économique et aspire à renouveler les élites. Les noms des collectifs qui ont appuyé la plateforme pour une « Démocratie Réelle Maintenant » (DRY), à l’origine de la manifestation du 15 Mai 2011, sont révélateurs de cet état de malaise social (comme Estado de malestar, Juventud Sin Futuro, etc). La plateforme DRY a pour slogan « nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers ». Cette jeunesse est rapidement rejointe par des catégories plus âgées de la population, et notamment pour les plus anciennes : les Yay@flautas17. Pour les Yay@flautas cordouans, les motifs d’indignation sont multiples. Ils militent pour la défense de services publics universels de qualité (santé, enseignement, transport, logement, services sociaux, droit d’asile), des conditions de travail et de retraite dignes, contre le chômage et le précariat, le sexisme, les violences machistes, le racisme, etc. Ce pluralisme dans les thématiques des actions menées peut s’observer sur le fil de leur page Facebook18. Ce groupe composé d’une trentaine de personnes âgées se réunit deux dimanches par mois pour organiser et décider du contenu des actions (principalement de l’élaboration commune des slogans et des lieux vers lesquels manifester). Ils parcourent la ville chaque lundi vers 11h, vêtus de gilets jaunes, en arborant chacun une pancarte avec différentes revendications. Les affects d’indignations sont communs à ceux déployés par le collectif DRY, mais appliqués à la génération plus ancienne, qui se surnomment ironiquement « les petits-enfants du 15-M ». À la lecture du manifeste des Yay@flautas de Cordoue19, on constate que les affects sont partagés de façon intergénérationnelle quant à la gestion politique de la crise :
- 20 Perroflautas est une expression à connotation péjorative qui désigne ce qu’on pourrait traduire par (...)
Nous sommes la génération qui a combattu et obtenu une meilleure vie pour nos enfants. Maintenant, on met l’avenir de nos enfants et petits-enfants en danger. Nous sommes fiers de la réponse sociale et de l'impulsion que montrent les nouvelles générations dans la lutte pour une démocratie digne de ce nom et pour la justice sociale, contre les banquiers et les politiciens complices. Nous sommes à vos côtés, en assemblées de quartier et aussi dans l’action. Si on souhaite annuler leur courage en les appelant « perroflautas20 », on peut nous appeler « iaioflautas ». [...] L’oligarchie financière sacrifie nos vies pour assurer ses profits. L’irresponsabilité des institutions financières est payée par les citoyens, car nous payons toujours pour renflouer les banques. [...] Pour aggraver les choses, c’est l’excuse pour mettre fin à la santé, l’éducation et tout ce qui reste de l'État-social, et privatiser les services de base pour faire des profits.
ARRÊT DE LA SPÉCULATION. NON À LA SOCIALISATION DES PERTES. SAUVETAGE DE LA CITOYENNETÉ ET NON PAS DES BANQUES. PAS PLUS DE RESTRICTIONS BUDGÉTAIRES ! NON À LA PRIVATISATION ! NE PAS PAYER CETTE DETTE !
[...] Elles – les banques – nous ont conduits à la dépression économique, au chômage de masse et à la faillite de petites et moyennes entreprises. En plus, c’est l’excuse pour rendre encore plus précaires les conditions des femmes employées.
NOUS VOULONS UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DES GENS !
- 21 Benjamín Tejerina et Ignacia Perugorría, « La crisis social de la política y la movilización políti (...)
- 22 Traduction : « Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque ».
- 23 Slogan que l’on peut traduire par : « Il n’y a pas de chorizos pour autant de voleurs ».
- 24 Voir le rapport de septembre 2016 mené en Andalousie par le syndicat Commission Ouvrière (ccoo) : c (...)
- 25 En 2015, les « mairies pour le changement » arrivent en tête des municipales dans de grandes villes (...)
5Le 15-M est devenu une référence tant polymorphique dans ses filiations que polyphonique dans les interprétations de ce que représente ce mouvement. En analysant le vocabulaire des entretiens, on observe la récurrence de l’emploi d’oppositions entre représentés/représentants, peuple/élite, bas/haut, nous/ils. Ces oppositions discursives se renforcent à partir de la crise de 2008 jusqu'au tournant du 15-M, qui représente « un moment de condensation de critiques envers un large processus d’institutionnalisation politique »21. En plus du dégagisme contenu dans le véritable leitmotiv des débuts du 15-M « Ils ne nous représentent pas », une critique importante du mouvement tient à la crise de légitimité du système résumé dans le slogan : « No es una crisis, es una estafa »22 et dans la répétition, à Cordoue notamment de « No hay pan para tanto chorizo »23. L'arnaque désigne l’explosion de la bulle financière et surtout la gestion politique de celle-ci, qui a priorisé le sauvetage des organismes financiers au détriment de l’intérêt général, avec des coupes budgétaires dans l’ensemble des services publics tandis que le taux de chômage atteint des records : jusqu’à près de 50 % chez les jeunes andalous en 201324. Ces messages exposent la défiance des Indignés vis-à-vis de leurs représentants politiques alors que la corruption entre représentants de partis avec les milieux bancaires et financiers devient une préoccupation croissante des Espagnols et des Espagnoles. Plus généralement, les activistes rencontrés partagent une vision critique du fonctionnement de la démocratie représentative. Selon Rafael Blázquez, membre actif du collectif Stop Desahucios 15-M Córdoba puis conseiller municipal pour la liste Ganemos Córdoba25 :
C’est à la fois une crise et une arnaque [...], une arnaque dans la manière de trouver des solutions à cette crise, mais la crise est civilisationnelle, on assiste à une crise profonde, c’est une crise qui anticipe tout ce qui vient, c’est une crise qui entre en collision avec les limites de la planète, du système, une crise civilisationnelle, avec cette logique de sauver le banquier et d’expulser l’ouvrier.
- 26 Elena, entretien du 1er juillet 2017, 30 ans durant le 15-M, étudiante devenue médecin.
- 27 L’article 135 modifié introduit ce principe de stabilité budgétaire dans son alinéa 3 :
- 28 3,1 % selon le baromètre d’octobre du Centre d’Investigation Sociologique (CIS) : CIS, octobre 2017 (...)
6« Le point d’orgue de cette arnaque » selon Elena26, est atteint en août 2011, lorsque Zapatero fait modifier l’article 13527 de la Constitution pour hisser le remboursement de la dette publique en « priorité absolue ». Cette gestion néolibérale de la crise a accentué la distance entre élus et électeurs, d’où la récurrence du slogan : « ils ne nous représentent pas », scandé pendant et après les élections municipales et générales de 2011. Cette gestion contribue au caractère structurel de la déception politique : différentes enquêtes du Centre d’Investigation Sociologique (CIS), recueillies dans l’ensemble du pays, montrent qu’environ 3 % des Espagnols28 sont adhérents d’un parti politique. Dans la même étude, 21,7 % des sondés affirment avoir participé à une manifestation au cours des douze derniers mois, soit environ sept millions et demi de personnes de plus de 18 ans :
- 29 Rafael Cruz, Protestar en España, 1900-2013, Alianza Editorial, 2015, p. 244.
- 30 Voir notamment le graphique où il est possible de retrouver le nombre de manifestations convoquées (...)
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Années |
Nombre de manifestations recensées en Espagne |
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2007 |
9131 |
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2008 |
15226 |
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2009 |
24023 |
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2010 |
24000 |
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2011 |
24258 |
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2012 |
46258 |
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2013 |
48000 |
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2014 |
36679 |
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2015 |
47681 |
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2016 |
42135 |
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2017 |
45029 |
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2018 |
53726 |
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Tableau du nombre de manifestations à l’échelle nationale par année Sources : Ministère de l’Intérieur, cité par l’historien Rafael Cruz29 de 2007 à 2013, complétées sur la base des ressources du Ministère de l’Intérieur30. |
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- 31 La « Loi du bâillon » entre en vigueur le 1er juillet 2015, il s’agit d’une série de mesures qui re (...)
- 32 Ángel Calle, « Ciclos políticos y ciclos de movilización. Entre el 15-M, Podemos y Nuevos Municipal (...)
- 33 Pour une ethnographie de l’Acampada, consulter Adriana Razquin Mangado, Didáctica ciudadana, La vid (...)
- 34 Ángel Calle insiste dès 2005 sur le caractère biopolitique des mobilisations liées à l’agro-écologi (...)
7Ces chiffres comptabilisent le nombre de manifestations enregistrées par le ministère de l’Intérieur à l’échelle nationale, ils montrent une première accélération importante de l’action collective espagnole contemporaine qui coïncide avec l’éclatement de la bulle financière et immobilière : entre 2007 et 2009, le nombre de manifestations augmente de plus de 262 % (de 9131 à 24 023). De 2009 à 2011, il se maintient à plus de 24 000 puis va presque doubler dès 2012 pour se maintenir à une moyenne de 47 138 manifestations convoquées et recensées chaque année jusqu’à 2018, qui culmine avec un record de 53 726 manifestations, malgré l’entrée en vigueur trois ans plus tôt de la Ley Mordaza31. Evidemment, toutes ces mobilisations ne sont pas en lien direct avec le 15-M mais le constat de leur multiplication après 2011 est un indice important pour analyser la période comme un cycle inédit d’actions collectives32. Nombre d’entre elles ont trait à l’aspiration à l’égalité (féminisme, défense des services public à travers les « marées humaines », lutte contre les réformes du travail et des retraites, etc.) et à la critique des processus de financiarisation du système, qui en plus de creuser la paupérisation et la précarisation sociale – par le mal-logement et la privatisation des services publics, entre autres – ont mis à nu un enjeu de taille : le déficit démocratique inhérent au système représentatif. Comme pour combler ses lacunes, les Indignés optent pour une autoreprésentation des individus présents à l’Acampada, campement sur la place centrale et publique qui prend la forme de laboratoire populaire d’expérimentations démocratiques33. Les Acampadas se sont popularisées en 2011 et ont multiplié34 les expérimentations des principes de délibération, d’horizontalité, d’inclusion et de partage équitable du pouvoir politique, de façon inédite dans la sociohistoire des répertoires d’actions collectives en Espagne. Son fonctionnement en Assemblée Générale et en groupes de travail sectoriels, sans porte-parole attitré et qui décide par la délibération démocratique, est repris par divers collectifs d’action sociale, notamment à Cordoue, des assemblées de quartier aux « marées humaines » et avec l’occupation de lieux abandonnés par les pouvoirs publics pour les transformer en centres sociaux autogérés.
- 35 Ruben Diez Garcia montre l’hétérogénéité voire l’incapacité des catégories politiques traditionnell (...)
- 36 Ludivine Bantigny, Mai 68, De grands soirs en petits matins, Paris, Seuil, 2018.
8En ce sens, le 15-M peut être défini comme un événement fondateur d’un mouvement social par essence hybride35 et transversal. Il s’agit d’un point de départ temporel, le 15 Mai 2011, qui initie un phénomène social dynamique (qui agit et évolue en fonction du tout-social), polyphonique et polymorphe car à la fois programmatique et organique. Comme le souligne l’historienne Ludivine Bantigny36, pour que l’événement fasse histoire, il marque une prise de conscience collective de « ce qui ne va pas » :
L’événement est un dévoilement : il expose tout ce qu’il y a de préjugés, de normes auxquelles il faut être conforme mais qui paraissent soudain insolites et désaccordées. Les imaginaires contestataires rompent avec le tout-venant de ce qui va de soi, pour mieux révéler en quoi il ne va pas.
- 37 Le point commun de ces collectifs est d’ordre méthodologique : l’organisation interne se veut la pl (...)
- 38 Voir la dernière partie de l’article pour examiner le bilan de cette dimension proactive du mouveme (...)
9À la suite de cet événement/mouvement, se crée une profusion de collectifs37 aux différents motifs d’indignation qui non seulement révèlent « ce qui ne va pas », mais aussi « comment ça pourrait aller mieux ». La dimension proactive et programmatique du mouvement est rapidement engagée : ils élaborent des actions, des propositions et des solutions aux problèmes envisagés38.
- 39 Ludivine Bantigny, op. cit.
- 40 Jaime Pastor, La emergencia del movimiento 15-M en Madrid: un nuevo actor sociopolítico en la escen (...)
- 41 Contribution d’Ángel Calle, La democracia del futuro : Del 15-M a la emergencia de una sociedad civ (...)
- 42 Titre de l’ouvrage de Cristina Monge Lasierra, El 15-M, un movimiento para democratizar la sociedad(...)
- 43 Carlos Taibo, Nada será como antes, sobre el movimiento 15-M, Madrid, Catarata, 2011.
- 44 Ángel Calle insiste dès 2005 sur le caractère biopolitique des mobilisations liées à l’agro-écologi (...)
10« L’événement produit d’emblée une tension quant au sens à lui prêter, et c’est elle qu’il faut explorer »39. Cette tension est analysée a posteriori par ses participants et participantes comme un véritable « tournant » dans l’histoire de l’action collective espagnole. De même, des politologues, sociologues et historiens40, considèrent cet événement comme fondateur d’un nouveau cycle41 d’action collective, un « mouvement pour démocratiser la société »42. Le 15-M est aussi un mouvement culturel transversal, qui a permis d’affirmer tôt « Plus rien ne sera comme avant »43 , alors que cette date marque la diffusion d’un fonctionnement assembléiste interne aux collectifs, dont les principes reposent sur l’horizontalité des rapports de pouvoir, la transparence, la recherche d’un consensus sur les actions à mener par la délibération en assemblée, etc. Ces manières de lutter contiennent une dimension ontologique44, puisqu'elles s’appliquent en même temps qu’elles aspirent à davantage de démocratie. Il ne s’agit pas seulement de faire de la politique, mais d’être impliqué dans un processus décisionnel démocratique où la souveraineté populaire est accrue en comparaison avec le champ partisan classique. Cette méthodologie se retrouve aussi bien dans le fonctionnement des collectifs issus directement du mouvement du 15-M à Cordoue comme Stop Desahucios 15-M Córdoba ou les Yay@flautas, que dans l’autogestion de lieux devenus centres sociaux, voire certaines formations électorales comme Ganemos Córdoba. Toutes ces métamorphoses post-15-M, illustrées dans cette enquête à Cordoue, montrent une articulation complexe de l’historicisation du mouvement, en dehors et à l’intérieur des institutions.
Historicisation des métamorphoses post-15-M, illustrations cordouanes
- 45 Le collectif Estado de Malestar (littéralement, « état de mal-être ») organisait déjà des manifesta (...)
- 46 Julia Cañero Ruiz, El movimiento 15-M y el enfoque de las capacidades, su desarrollo en Córdoba, Tr (...)
- 47 Agence du journal « La Policía desaloja a los acampados en la Puerta del Sol », El Público, 17 mai (...)
- 48 La Avenida del Gran Capitán est une grande avenue piétonnière, conçue dès le début du xxe siècle po (...)
- 49 L’enquête révèle non seulement une variété dans l’âge et le genre des personnes qui participent à l (...)
- 50 Extrait de l’interview de Rosa Pineda dans le journal en ligne Cordópolis : Juan Velasco, Carmen Re (...)
11À Cordoue, la manifestation portée par les collectifs Democracia Real Ya (DRY) et Estado de Malestar Córdoba45, se déroule le 15 mai 2011 et réunit entre 3000 et 5000 personnes selon les sources46. Une manifestation dépourvue de signe partisan ou syndical est promue par des citoyens « au chômage, expulsés, autonomes, travailleurs, femmes au foyer, étudiants, retraités, entre autres secteurs, de tous les âges » pour dénoncer « l’irresponsable gestion économique du pays de la part des pouvoirs publics et économiques » et revendiquer une « démocratie réelle ». Avec le slogan « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens », ils exigent un « tournant radical des formes de gestion politique et financière de l’État espagnol » en termes de « chômage comme de corruption » et que se terminent le « bipartisme et le soutien des banques avec l’argent public », selon Carlos Alberto Ruiz, l’un des organisateurs de DRY à Cordoue. Il n’y a pas d’occupation le soir même du 15 mai, mais le 17, après la circulation des images de l’expulsion des occupants de la place Puerta del Sol à l’aube47 par la police nationale anti-émeute qui indignent une partie de la population. En solidarité, une assemblée est convoquée à 18h, la décision d’occuper est prise le soir même. Rapidement l’Acampada del Bulevar prend forme et se poursuit durant deux semaines sur l’avenue piétonnière, centrale et commerciale, El Gran Capitán48. Tous les soirs jusqu’au premier juin 2011, dans cette partie bourgeoise du centre-ville, bordée de magasins de vêtements de luxe, de banques et de galeries commerciales, un micro ouvert permet l’organisation de l’Assemblée Générale (AG) dans laquelle des participants aux profils socio-professionnels variés49 prennent la parole toute la soirée. Quelques dizaines de jeunes campent toute la nuit. Rosa raconte avec nostalgie : « Ça peut paraître fou, mais ça te donnait vraiment envie d’écouter les gens. Et puis il y avait une rencontre intergénérationnelle : des jeunes de quatorze ans avec des personnes de soixante-dix ans ou plus »50. De 20h à environ 1h du matin, des personnes aux profils socio-professionnels hétérogènes se succèdent au micro après s’être inscrites au temps de parole de l’AG (car le temps est décompté afin de permettre la prise de parole d’un maximum d’individus, pour délibérer et décider des actions à mener). En complémentarité de l’Acampada, se constituent des commissions qui proposent des débats et des ateliers de sensibilisation à différentes causes : la dette publique, la banque éthique, les services publics, le droit au logement, la démocratie directe, les affaires de corruption, le droit d’asile, etc. Organisées en petits groupes de personnes, les membres de ces commissions mettent leurs compétences en commun en fonction de leur appétence dans un domaine précis, décisions qu’elles exposent ensuite à l’AG pour obtenir son aval.
- 51 Devant les coupes budgétaires dans la plupart des services publics, les activistes s’organisent en (...)
- 52 Les assemblées cessent petit à petit leurs activités en 2014 et 2015
[http://historico2013.15-Mcord (...)
12À l’issue de discussions houleuses, la levée de l’Acampada Córdoba est finalement décidée début juin, les slogans passent de « toma la calle » (prends la rue) à « toma el barrio » (prends le quartier). Sept assemblées de quartiers sont créées dans différents secteurs de la ville, la Acampada Córdoba prend alors le nom d’Acampada Bulevar. Cette dernière s’occupe davantage des connexions à l’échelle nationale, notamment les manifestations du 19 juin contre le pacte de l’Euro ou l’appel international du 15 octobre 2011, convoquées par la plateforme DRY. Elle se réunit sur ce même boulevard chaque jeudi pendant l’été 2011 puis de façon mensuelle. En 2012, quatre assemblées de quartier sont en activité : l’Assemblée Axerquia, Poniente Sur, Norte et celle du boulevard Gran Capitan. Elles partagent une commission inter-assemblée, un groupe de travail en informatique et une commission interactions avec laquelle elles communiquent avec d’autres plateformes locales et collectifs d’activistes (Stop Desahucios, la Marea Blanca51 pour la santé publique, des assemblées de voisins, etc). Le site web « histórico 15-M Córdoba 2013 »52 rend compte de la profusion d'initiatives et de l’effort pour faire converger certaines actions de ces différents collectifs.
- 53 Le « Front Civique nous Sommes la Majorité » est conçu comme une organisation de mobilisation citoy (...)
- 54 Premier maire communiste d’une grande ville provinciale aux premières élections municipales ayant s (...)
- 55 [http://colectivoprometeo.blogspot.com/]
- 56 Les marches populaires de la dignité de déroulent depuis différentes villes du pays à partir de 201 (...)
- 57 La Acampada Dignidad Córdoba, réunit des activistes ayant majoritairement participé au 15-M. La vid (...)
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13En parallèle en 2012, le « Frente Cívico Somos Mayoría »53, est impulsé par la figure politique de gauche, reconnue au niveau local et national, Julio Anguita54, appuyé par le collectif Prometeo55, dont il était le porte-parole. Le Front Civique réunit une cinquantaine d’associations et de collectifs sociaux de Cordoue (dont ceux issus du 15-M comme Stop Desahucios 15-M Córdoba) et se définit comme un outil de mobilisation sociale. Il réunit 50 000 inscriptions dans l’ensemble de la péninsule dès l’été 2012. L’assemblée constituante tenue en juillet 2013 depuis Rivas-Vaciamadrid, propose aux activistes la participation à une grande marche depuis toutes les grandes villes du pays jusqu’à Madrid pour protester contre la politique de coupes budgétaires. Cette initiative est le germe des Marches pour la Dignité56. Le 4 octobre 2013 à Cordoue, une manifestation contre la réforme des retraites, soutenue par le Front Civique et la CNT, se transforme en occupation. La Acampada Dignidad57 se constitue pour revendiquer la « libération » d’un lieu abandonné par les pouvoirs publics depuis 2011 : le collège El Rey Heredia58. Dès l’automne 2013, les citoyens du secteur sud de la ville, réputé quartier ouvrier et populaire, s’engagent pour le réhabiliter, le nettoyer, le repeindre et l’aménager pour accueillir la citoyenneté cordouane. Le projet de « cuisine ouverte » sert chaque jour des plats (sur place ou à emporter) pour près d’une centaine de personnes, les cuisiniers bénévoles se relaient chaque matin et les aliments sont issus des dons des citoyens et associations. Les anciennes salles de cours sont utilisées par les collectifs ou associations qui le souhaitent, pour des réunions, ateliers, conférences, débats, soutien scolaire, concerts, école et cinéma d’été59, etc. Dans la bibliothèque rénovée à partir de dons de particuliers, s’organisent régulièrement des présentations d'œuvres avec les auteurs. D’autres projets sont rapidement créés comme la salle de répétitions pour les musiciens ou encore un studio d’enregistrement radio : la Radio Dignidad. Mais cette initiative citoyenne n’est pas du tout appréciée par le gouvernement local de droite conservatrice, qui coupe l’accès à l’eau à la fin de l’année 2013 et essaye de les déloger sous pression policière et judiciaire. Les activistes et voisins de quartier organisent des chaînes humaines reliant une fontaine publique, et finissent par appeler à la désobéissance civile60 en se raccordant au réseau d’eau municipal. En plus de servir une centaine de repas tous les midis, le centre social va accueillir sa première école d’été dès 2014, et permet les réunions des collectifs déjà existants, tandis que de nouveaux se créent directement depuis l’ex-collège, comme « l’assemblée pro-réfugiés », « les féministes subversives », « la plateforme pour un revenu universel », des collectifs écologiques, LGBTQ+, etc. En 2015, la mairie de Cordoue, devenue socialiste en coalition avec IU et avec le soutien de Ganemos, négocie avec le centre social un contrat de cession sur plusieurs années. La mairie propose même de les subventionner, ce que les activistes refusent, craignant de perdre leur indépendance. Le lieu reste donc exclusivement financé par des dons des collectifs et des particuliers. Depuis près d’une dizaine d’années, cet ancien collège est devenu le siège de nombreuses associations et collectifs, il constitue le centre névralgique de l’activisme cordouan.
- 61 Au sujet de l’activisme de Podemos, voir l’article de Mathieu Petithomme, « L’« activisme instituti (...)
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- 68 Ganemos qualifie l’ex-maire de « référent qui nous inspire ». Toñi Caravaca, « Julio Anguita se pas (...)
14L’année 2014 correspond aux premières candidatures de Podemos61 aux élections européennes et à la constitution des prémisses des coalitions électorales qui s’inspirent du municipalisme62. Une baisse significative du nombre de manifestations est enregistrée par rapport à 2013 (23,5 %), pour remonter dès 2015 (voir tableau précédent). À Cordoue, la plupart des convocations aux actions collectives se font par des personnes qui gravitent autour du centre social el Rey Heredia, qui se conçoit comme « apartidista », les activistes refusant l’appartenance et l’affiliation à un parti politique. Pourtant, l’Assemblée citoyenne de Cordoue63 convoquée par le Front Civique Somos Mayoria le 17 juillet 2014 dans l'ex-collège, permet la discussion de différents représentants des partis de gauche (Podemos, Equo, Izquierda Unida) avec les associations de voisins et collectifs féministes, écologiques, de lutte contre les expulsions, etc. Le nom donné à l’initiative : « Nous récupérons Cordoue pour ses citoyens et citoyennes » indique la volonté de « mettre les élections au service des gens »64. Le premier objectif de Recuperemos Córdoba est d’élaborer un programme commun pour mobiliser les citoyens aux prochaines élections municipales, programme qui, une fois porté à la mairie, devra se mettre en place le plus rapidement possible, avec des mesures « claires et directes » sur la réforme de la fiscalité municipale, la paralysation des processus de privatisation et d’externalisation des entreprises publiques municipales, la mise en marche d’un modèle de développement subordonné à la durabilité de l’environnement, tout ceci selon un plan de transparence des comptes publics. Après de nombreuses assemblées au sein de l’établissement d’enseignement secondaire El Gran capitán durant l’automne 2014, « l'assemblée citoyenne » et le projet Recuperamos (qui induirait une récupération par le PCE et Izquierda Unida65) deviennent le 9 novembre 201466 « le groupement d’électeurs » Ganemos Córdoba67. Julio Anguita participe à la genèse de Ganemos Córdoba68 comme force de confluence, mais ne se présente pas comme candidat. Il offre son expérience politique dans l’élaboration participative d’un programme électoral au niveau municipal. Lors des élections de 2015, la confluence municipaliste obtient 4 sièges, tout comme Izquierda Unida, ce qui a permis l’élection de justesse (15 votes contre 14) de la mairesse issue du Parti socialiste María Isabel Ambrosio Palo. Des activistes du 15-M sont alors devenus acteurs politiques en prenant le poste de conseillers municipaux, comme Rafael Blázquez et Victoria López, en souhaitant incarner une courroie de transmission entre les mouvements sociaux et les institutions.
- 69 Le collectif Marchas Dignidad Córdoba a pour devise de « ne pas payer la dette, ni une coupe budgét (...)
- 70 Toujours en activité, le collectif Marchas Dignidad Córdoba a pour devise de « ne pas payer la dett (...)
15En complémentarité de l’effervescence des nouveaux partis et coalition électorales, des actions collectives coordonnées entre communautés autonomes se multiplient, comme pour les marches pour la Dignité qui connaissent un certain succès avec le collectif MDC69, fortement soutenu par le Frente Civico Somos Mayoría. Marchas Dignidad Córdoba (MDC)70, la « colonne andalouse » est partie à pied depuis Cordoue le 15 mars 2014, fortement appuyée par el Frente Civico Somos Mayoría qui participe à cette marche de la Dignité jusqu’à Madrid où ils convergent le 22 mars 2014. De nombreuses marches se sont succédées depuis, qui ont toutes en commun de contester le paiement de la dette : « Pas une coupe budgétaire de plus. Dehors, les gouvernements de la Troïka. Pain, travail et toit pour toutes et tous ». Les marches de la dignité iront jusqu’à la Commission européenne à Bruxelles en octobre 2015, elles sont coordonnées au niveau européen pour dénoncer les politiques d’austérité et revendiquer la souveraineté des peuples, pour plus de participation citoyenne dans les prises de décision politique.
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- 74 Le journaliste et « informateur/citoyen » Alberto Almansa a réalisé une vidéo sur la situation de F (...)
- 75 La mort de de Francisco José Lamas est relayée au niveau national, Rafael Blázquez vient témoigner (...)
16Parmi les collectifs directement issus du 15-M et toujours en activité en 2022, il y a les Yay@flautas et Stop Desahucios 15-M Córdoba. Ce dernier a bloqué les expulsions immobilières de milliers de familles cordouanes, phénomène qui a touché près d’un demi-million de familles à l’échelle nationale de 2008 à 2015, selon la PAH71. Les membres de la « plateforme des personnes affectées par l'hypothèque » militent contre les expulsions et le paiement de crédits immobiliers à taux variables octroyés par les banques, en plus de l’hypothèque du foyer cédée aux banques (et en cas de défaut de paiement celle de leurs parents qui s’étaient portés garants en cas de défaut de paiement). D’abord née à Barcelone, la PAH a essaimé des collectifs dans un pays qui compte plus de 3 millions de logements vides suite au boom immobilier, et détient le triste record du pourcentage de logement social parmi les plus bas d’Europe (moins de 1 % en 2006)72, cette situation de précarité massive liée au logement a suscité de profondes indignations. Le collectif Stop Desahucios 15-M Córdoba, créé en 2011, est toujours en activité plus d’une décennie plus tard pour répondre, selon leurs termes, à cette « situation d’urgence résidentielle » et de « pauvreté énergétique » (à propos des factures de gaz, électricité et d’eau). pour répondre à cette situation. Né durant l’été 2011, ses membres fondateurs faisaient partie de la commission Acción, sur l’avenue El Gran Capitán durant la Acampada Córdoba. « Ils sauvent le banquier et écrasent l'ouvrier », est le slogan fondateur du collectif. Dès le début de sa formation, il s'inspire des actions menées par la PAH. Ils sont intervenus dans tous les quartiers de la ville et ses alentours pour empêcher in situ les expulsions des personnes victimes de ces prêts hypothécaires, ils ont organisé des acampadas (campements) de plusieurs jours, des caceroladas (concert de casseroles) devant voire dans les banques, pour stopper leurs activités, manifestent (parfois en dansant et en chantant) devant les agences immobilières et organismes publics permettant les expulsions résidentielles, etc. Affectés directement ou non par l’expulsion, plusieurs dizaines de personnes ont investi leur énergie dans le collectif. L’accueil et l’interconnaissance entre victimes et alliés est de mise et permet un véritable échange et une pratique des concepts d’« empuissancement » et d'appui mutuel. Ce collectif a empêché plusieurs milliers d’expulsions d’habitants et d’habitantes der Cordoue. Ils militent également pour le développement des logements sociaux, pour la souveraineté énergétique, etc. La situation depuis 2008 est particulièrement préoccupante, dans la mesure où le nombre de suicides induits par les expulsions s'accroît en même temps que le sentiment de culpabilité et le désespoir des personnes expulsées de leurs foyers. Cette situation constitue un « condensateur de l’injustice sociale »73. À Cordoue, l’histoire de Francisco José Lamas remplit cette fonction. Ouvrier dans la construction, Fran’ a bâti sa maison de ses propres mains en contractant un prêt hypothécaire où ses beaux-parents et parents se sont portés garants avec leurs propres résidences. Après un accident de travail qui l’empêche de travailler pendant près d’un an, il peine à retrouver un emploi stable tandis que les dettes s’accumulent et les taux d’intérêt pour son prêt hypothécaire doublent le montant de son crédit immobilier. Il fait une première tentative de suicide devant la banque Cajasur à Cordoue en se tranchant la gorge74. Il trouve alors du soutien auprès de Stop Desahucios mais il rend les clefs de sa résidence principale à Cajasur sans les prévenir. Après quelques mois à vivre chez son père, il obtient un appartement en location. Un matin de février 2013, après avoir laissé sa fille de 8 ans à l’école, il trouve une mise en demeure du ministère des finances publiques, qui lui demande 400 euros pour avoir « vendu » sa maison. En rentrant dans l’appartement en location où il venait de déménager, il se défenestre depuis le quatrième étage, avec à la main cet appel des impôts à payer. « No es un suicidio, es un homicidio » scandent les membres du collectif pour qui sa perte représente un véritable drame75.
- 76 Javier, 33 ans durant le 15-M, professeur d’informatique. Entretien du 12 avril 2017.
17Si le 15-M a transformé des affects individuels en actions collectives inédites dans la sociohistoire de l’action politique espagnole, il a aussi eu une incidence marquante sur les choix et les trajectoires de vie des individus qui y ont participé. Pour Javier76, le 15-M représente « un tournant complet dans ma vie, dans mes choix de carrière, à propos de mes amis et même de mon couple. [...] Pour résumer, oui ça m’a complètement changé la vie ». Sa partenaire, Elena, médecin, renchérit : « Ça a été un engouement, un amour collectif pour ce qu’on était en train de faire ». Depuis une dizaine d’années, de nombreux témoignages de participants au mouvement lisent rétrospectivement certains choix de vie à l’aune du « tournant » 15-M, comme moment de politisation/conscientisation qui vient guider leurs engagements présents.
18L’incidence du 15-M sur les structures économiques et sociales reste à interroger dans la mesure où une partie de ses revendications ont non seulement modifié l’agenda politique (les moins radicales sur le plan économique et fiscal) mais ont parfois été adoptées. Enfin, le processus de mémorialisation du mouvement et la circulation de ces manières de lutter viennent renforcer l’idée selon laquelle le 15-M a approfondi la démocratisation de l’Espagne contemporaine.
Bilan et processus de mémorialisation du 15-M
- 77 Le manifeste est élaboré à la suite de milliers de propositions des participants et synthétisé par (...)
- 78 Nous reprendrons à Denis Peschanski et Brigitte Sion leur définition du concept de mémorialisation (...)
19Opérer le bilan du 15-M ne peut être exhaustif. Un tour d’horizon synthétique des propositions et revendications initiales des acampadas de 2011 par rapport à l’actualité politique de la décennie suivante permet de déployer un bilan contrasté des revendications matérielles du 15-M. Une synthèse générale, complétée par le cas cordouan, se base sur l’appréciation, plus d’une décennie plus tard, des principales revendications élaborées lors du manifeste madrilène du 20 Mai 201177, repris par la Acampada Córdoba, en termes de droit au logement, de défense des services publics et des conditions de travail dignes, de lutte contre la corruption et pour la transparence politique et économique, et enfin la lutte pour la reconnaissance de la mémoire historique républicaine, lutte dont les enjeux idéologiques pour l’hégémonie culturelle sont bien présents. Enfin, nous opérons un bilan des processus de mémorialisation4 officielle 78officielle mais surtout officieuse du 15-M, qui a traversé l’ensemble de la société espagnole contemporaine, des collectifs aux formations politiques, dans le rejet ou la réappropriation.
- 79 Pour ne citer que quelques-unes d’entre elles : le durcissement des contrôles sur les entités banca (...)
20La plupart des propositions et revendications du 15M, surtout en matière économique et fiscale, sont restées lettre morte auprès des pouvoirs publics79. D’autres ont finalement été adoptées plusieurs années plus tard, pas toujours sous la pression exclusive des mouvements sociaux, comme c’est notamment le cas concernant les luttes sociales contre les expulsions et le mal-logement. Revendiquer le mécanisme de la dation en paiement constitue une lutte en Catalogne depuis la crise de 2008 et la création de la PAH, lutte qui s’est ancrée à l’échelle nationale avec le mouvement du 15-M et les collectifs anti-expulsions tels Stop Desahucios 15-M Córdoba. Les « indignados » clament le droit à un logement digne, articulé à une réforme de la loi hypothécaire pour que la remise du logement à la banque annule la dette et le prêt. En effet, la garantie du prêt est trop souvent consentie sur l’hypothèque du logement des parents, comme pour Francisco José Lamas, qui est loin d’être un cas isolé. Selon les contrats, en plus d’être expulsées, les personnes affectées par l’hypothèque devaient éventuellement continuer à payer après avoir hypothéqué non seulement leur résidence, mais aussi parfois celle de leurs garants. Les tentatives d’Initiatives Législatives Populaires (ILP) sont vidées de leur essence et ne sont pas totalement adoptées. Sans omettre la pression de la rue dans la médiatisation de ces expulsions, ce sont davantage les sanctions de l’UE concernant le droit bancaire et immobilier espagnol, jugé abusif envers les particuliers, qui ont contribué à rénover la loi immobilière espagnole. En 2019, l’approbation de la nouvelle loi hypothécaire indique que les parties peuvent prévoir la dation en paiement dans le contrat hypothécaire. Si les changements d’ordre législatif sont intervenus par le haut sur cette thématique du droit au logement, la force des collectifs tels que Stop Desahucios à Cordoue est d’avoir pu empêcher l’expulsion in situ de milliers de personnes et de familles de leur résidence principale. La connexion entre Ganemos Córdoba et Stop Desahucios a permis quelques avancées mais pas autant qu’espéré en début de mandat. Des avancées, citons la déclaration de la Ville pour le logement digne et contre les expulsions, la création d’un bureau du logement qui veille à faire respecter cette déclaration mais qui manque de moyens, la construction de logement temporaire communautaire pour les familles en situation d’expulsion, la négociation avec les banques pour qu’elles permettent une mise à disposition des logements vacants à la location sociale, la paralysation temporaire des privatisations du foncier municipal, un plan de coopératives de logement en cession d’usage, etc.
- 80 La réforme du Code du travail est issue du décret loi, en vigueur depuis le 13 février 2012, a nota (...)
- 81 Le décret loi du 28 décembre 2021, entre en vigueur le 30 mars 2022. Consultable sur le site du Bul (...)
21Au terme d’une décennie, c’est sans doute sur les exigences liées aux conditions de travail dignes que le 15-M a le plus perdu. En effet, les conditions du travailleur espagnol se précarisent dès 2012 avec la réforme du travail,80 véritable révolution néolibérale du droit du travail, en plus des coupes budgétaires dans l’ensemble des services publics menées par le gouvernement consevrateur de Mariano Rajoy. L’une des promesses de campagne de la coalition socialiste avec Podemos et IU était l’abrogation de cette réforme. Le Decreto Ley81 intervient dix ans après et permet de restaurer en partie les droits des travailleurs, notamment en limitant les CDD. Cependant, la réforme de 2022 annoncée comme « abolition » de celle de 2012, ne revient pas sur la supériorité des accords d’entreprise sur les accords de branche, sauf en termes de salaire. Elle ne revient pas non plus sur la possibilité faite aux entreprises de licencier pour motif économique après trois trimestres de baisse consécutive de revenus par rapport à l’année précédente.
- 82 La taxe Tobin, du nom du prix Nobel d’économie, préconise un prélèvement depuis les années 70 à l’é (...)
- 83 La taxe Google applique un nouvel impôt de 3 % sur les entreprises technologiques dont le chiffre d (...)
22Beaucoup de propositions du manifeste concernent la lutte contre la corruption, qu’elle soit politique ou économique, notamment à travers une loi électorale qui oblige à présenter des listes de candidats sans aucune charge à leur actif. Le cinquième point du manifeste indique vouloir réformer les conditions de travail des politiques en supprimant les indemnisations à vie, et en proposant que les programmes et propositions des candidats aient un caractère juridiquement contraignant. Dès juillet 2011, sont notamment supprimés des compléments de salaire pour les législateurs. À Cordoue, Ganemos Córdoba a annulé de nombreux émoluments de salaire aux conseillers municipaux. Le mandat permet aussi une baisse du nombre d'assesseurs et des montants des salaires des élus et hauts fonctionnaires, un auditoire sur la dette est présidé par Ganemos, etc. Les propositions pour plus de transparence des comptes des représentants et sur les financements des partis politiques comme mesure de contention de la corruption ont pu avoir un certain écho en novembre 2013, lorsque le Congrès vote la loi de transparence, qui donne accès aux citoyens qui en font la demande à l’information fiscale publique. Les députés et sénateurs sont ainsi obligés de présenter une déclaration de leurs biens à l’entrée et à la sortie de leurs fonctions. De plus, on assiste depuis les dernières élections à des primaires pour désigner les candidats du PSOE et du PP, ce qui marque une petite avancée dans la démocratisation interne des partis politiques traditionnels. Concernant les propositions fiscales du manifeste, il n’y a guère que la Taxe Tobin82 qui a finalement été approuvée en même temps que la taxe Google83, à l’initiative de la ministre des Finances María Jesús Montero. Elle présente son projet de loi en 2020 comme une « mesure de justice sociale digitale » afin d’éviter la concurrence déloyale des grandes entreprises technologiques, hors du système fiscal actuel, alors que les autres secteurs de l'économie sont soumis à l'impôt. Ces taxes sont effectives depuis janvier 2022, soit plus de 10 ans après le 15-M.
- 84 Miguel Ángel Peña Muñoz, Las políticas públicas de memoria en Córdoba : un largo recorrido, Revista (...)
- 85 Luis Naranjo (dirs), Los lugares de memoria en Córdoba, Foro de la memoria, Córdoba, 2018.
- 86 L’une des premières actions de Vox élu au Parlement andalou en 2018, a été de présider la commissio (...)
23Enfin, l’avant-dernier point du manifeste madrilène, répété à Cordoue, insiste sur la nécessité de la « récupération de la mémoire historique et des principes fondateurs de la lutte pour la démocratie ». La loi sur la mémoire historique républicaine, initiée sous le gouvernement de Zapatero en 2007, n’a pu se déployer car n’a pas obtenu assez de fonds (ni de volonté politique) pendant les mandats de son successeur Mariano Rajoy. Au niveau municipal, la coalition PS-IU avec l’appui de Ganemos soutient les initiatives d’exhumation de fosses communes au cimetière de la Santé et après des conseils municipaux houleux, les noms de la place Cañero, de la rue Cruz Conde, et de l’avenue centrale Vallellano, personnalités liées au franquisme, sont renommées, place des Droits humains, rue du Forum romain et avenue du Flamenco, à la fin du mandat municipal en 2018. Mais de l’aveu même de Miguel Ángel Peña Muñoz, historien et activiste pour le Forum de la mémoire historique à Cordoue, le bilan est « confus et contradictoire »84 : les Lieux de Mémoire républicaine85 reconnus au niveau provincial comme Patrimoine de l’Andalousie, ne sont pas célébrés au niveau municipal, aucune réparation des victimes n’est mise en place tandis que les rues ont finalement été de nouveau renommées par le nom de famille des personnalité franquistes avec l’arrivée du PP en coalition avec Ciudadanos aux élections municipales de 2019, et l’appui de Vox86.
- 87 Ganemos Córdoba n’a pas pu se représenter en 2019 car un groupe lucratif a usurpé leur identité et (...)
- 88 Document interne de 2019 confié par Rafael Blázquez pour les besoins de l’enquête.
24Ganemos Córdoba a obtenu que la mairie garantisse à tous les cordouans un minimum vital d’accès à l’eau à travers un service public municipal qui prend en compte les revenus des foyers dans le montant du règlement des factures. Ils parviennent également à municipaliser un service d’aide à domicile, font une déclaration de la ville pour le logement digne et la création d’un bureau en défense du logement, mais sans avoir pu amplifier le parc locatif local. De façon similaire au processus de municipalisation de l’eau, ils contribuent à lutter contre la pauvreté énergétique concernant le paiement des factures d’électricité, qui n’a pas été repris par le gouvernement municipal87 suivant. De l’aveu même de l’ensemble des conseillers municipaux de Ganemos, les pesanteurs hiérarchiques, l’absence de coordination entre délégations, et les règles du jeu institutionnel municipal (notamment en termes de répartition du budget), ne leur ont pas permis d’aller aussi loin : dans la réalisation de leurs propositions. À la fin du mandat, Rafael déplore un « chaos en termes d’aide à la location », « nous n’avons pas réussi à exiger à la Junta - gouvernement régional - un plan d’amplification du parc de logement public »88.
- 89 Sur le 15-M et ses effets, lire : Jorge Cagiao y Conde et Isabelle Touton (dirs), España después de (...)
- 90 À ce propos, lire Ludovic Lamant, Squatter le pouvoir : les mairies rebelles d’Espagne, Lux Édition (...)
- 91 Motion municipale consultable sur :
[https://Ganemoscordoba.org/wp-content/uploads/2016/04/mocion-15 (...) - 92 Juan Huertas, Carmen Reina, « Un acto lúdico y el reencuentro de activistas conmemoran los diez año (...)
25Même s’il reste important à analyser, le bilan du 15-M ne se dresse pas seulement sur l’écart entre les revendications espérées par rapport à celles obtenues, mais aussi à l’aune du changement culturel dans les manières de lutter, de faire de la politique en régénérant l’idée et la pratique de démocratie89. Il a contribué à (re)mettre sur l’agenda politique des thématiques cruciales pour la cohésion sociale : le mal-logement, le remboursement de la dette, la mémoire historique, et surtout un nouvel élan pour la démocratie, notamment en termes d’organisation interne aux groupes et collectifs activistes, en promouvant des formes de pouvoir et de prise de décision plus horizontales, inclusives et transparentes. Le 15-M contribue à démocratiser la parole politique populaire et à opérer de profondes critiques du système en place. Critiques qui finissent par être reconnues comme salvatrices lorsque le mouvement est célébré par les plus hautes instances des « mairies pour le changement »90. À Cordoue, Ganemos Córdoba, à l’initiative de Rafael Blázquez, a déposé une motion à la séance plénière municipale le 12 avril 201691 pour célébrer par une plaque commémorative, le cinquième anniversaire du 15-M. Cette initiative est rejetée par le PSOE et n’obtient pas la majorité. Des commémorations moins officielles de l’esprit du mouvement ont eu lieu à Cordoue, le plus souvent à l’initiative des collectifs Stop Desahucios 15-M Córdoba et des Yay@flautas. Pour les 10 ans du mouvement, on retrouve les protagonistes de ces collectifs pour rappeler l’histoire du mouvement de façon ludique, destiné à un public de petits et grands.92
- 93 La vidéo de la chaîne YouTube de Vox España enregistre plus de 110 000 vues le 24 avril 2022, elle (...)
26Enfin, sans entrer en détail dans l’utilisation du 15-M par l’ensemble des formations partisanes actuelles espagnoles, il paraît important de noter que tout en se débarrassant initialement des étiquettes partisanes et syndicales, le 15-M a paradoxalement traversé l’ensemble des partis politiques et a même servi d’appui rhétorique pour les créer, de Podemos à Vox en passant par Ciudadanos. De nombreuses formations politiques, en dehors comme à l’intérieur des institutions, ont participé à l’historicisation et à la mémorialisation du mouvement, qui, contrairement aux premières descriptions le qualifiant « d’apolitique » a bien plutôt montré son caractère transpolitique, voire transpartisan. En effet, l’ensemble des partis se sont positionnés par rapport à lui, du rejet des représentants du Parti Populaire à l’héritage programmatique revendiqué par Podemos, en passant par l’instrumentalisation de Vox. Le service de communication du parti d’extrême droite, créé en 2013, publie une vidéo le 15 Mai 2020 intitulée « 15-M, Seguimos indignados »93. Cette vidéo dresse le portrait de trois personnes ayant participé au mouvement des indignés en 2011 qui militent à présent pour Vox. Des travellings avant mettent en scène ces trois travailleurs de différentes classes sociales dans des zones urbaines périphériques, ils parlent de leurs illusions durant le 15-M, illusions déçues par l’appropriation de la gauche et du « néocommunisme » de Podemos, dont ils assimilent l’arrivée au pouvoir comme la continuité du bipartisme. Dans une esthétique populaire, qui place les sujets au centre d’un paysage urbain en désuétude, ils critiquent la gauche partisane durant les 4 premières minutes, et consacrent la dernière à appeler à voter pour le parti d’extrême droite.
Conclusion
- 94 Mathieu Petithomme, « Podemos et le 15-M : de l’indignation au gouvernement de coalition (2011-2021 (...)
- 95 Luis Moreno-Caballud, La imaginación sostenible, ibid.
27Plus de dix ans après son apparition, l’héritage de l’événement/mouvement du 15M est d’ordre théorique et pratique : il constitue à la fois un tournant dans l’imaginaire politique, social et historique espagnol contemporain et un saut qualitatif dans l’exercice de la démocratie, par le bas, depuis les collectifs de lutte. Le rejet du bipartisme cristallisé par le 15M a ouvert l’expression d’un certain pluralisme partisan, qui s’ancre au niveau national avec le premier gouvernement de coalition en quarante ans de démocratie parlementaire, entre le PSOE et Unidas Podemos94 à la fin de l’année 2019. Au niveau local, l’exercice de la politique municipale par des formations inspirées du municipalisme ne peut se comprendre sans l’impulsion du 15M, qui remet en cause les mécanismes de la démocratie représentative en exigeant plus de contrôle politique des citoyens. Le mouvement a en outre permis de bousculer le militantisme classique vers une forme d’activisme plus horizontal, inclusif et transparent, avec des expérimentations de la démocratie directe inédites dans les collectifs nés dans son sillage. Le mouvement répond à la précarisation massive en développant des pratiques sociales d’entraide, basées sur des réseaux « d’interdépendance et d’échange qui ne se sont pas vus paralysés par la crise, mais au contraire étendus »95 comme pour l’occupation du centre social El Rey Heredia ou encore l’activité des collectifs Stop Desahucios et des Yay@flautas à Cordoue.
- 96 Donatella Della Porta, Mario Diani, Social movements : an introduction, Blackwell, Oxford, 2006 (se (...)
28Sans cette étincelle que constitue l’indignation, le feu d’une révolte commune ne peut advenir et amorcer des processus de transformation sociale. Les indignations collectives dues à la gestion politique de la crise sont le moteur du mouvement du 15M. Plus d’une décennie après, leur mise en mouvement a contribué à mettre des préoccupations citoyennes sur la table et l’agenda politique. Les mobilisations massives post-2011 ont permis la diffusion de productions de sens critique sur la gestion politique de la crise. Les structures dominantes produisent systématiquement des effets sur les affects des individus, tandis qu’il est plus rare que les affects individuels mués en action collectives produisent des changements durables sur les structures. C’est pourtant le cas du 15M, qui, tout en rejetant initialement les « représentants », a profondément traversé le champ partisan et institutionnel espagnol contemporain, évidemment moins celui des superstructures économiques. Mais l’objectif de contrôle et de direction de l’historicité dans nos sociétés n’est pas le seul critère d’appréciation d’un mouvement social. Il convient aussi d’apprécier sa capacité à « redéfinir le cadre culturel et politique dans lequel la représentation des intérêts prend place »96, comme celle de pouvoir modifier les trajectoires politiques de certains activistes et in fine dessiner un imaginaire social-historique plus démocratique au sein de la société civile. Le revers de cette aspiration à l’émancipation et à la démocratisation s’illustre dans l’instrumentalisation récente du mouvement par le parti d’extrême droite espagnol, représenté pour la première fois au Parlement andalou en 2018 et qui a remporté 14 sièges et la troisième place aux élections parlementaires andalouses de juin 2022, avec plus de 13% des suffrages. Cette manœuvre démagogique mérite d’être analysée davantage en vue d’en déconstruire les mécanismes.
Notes
1 Frédéric Lordon, Les affects de la politique, Paris, Éditions du Seuil, 2016, p. 102.
2 Alain Touraine définit la société comme « un système d’action, un mode de production de la société par elle-même et l’historicité est formée d’un modèle de connaissance, d'un modèle d’accumulation et d’un modèle culturel : connaissance, économie et éthique y sont mêlés ». Le concept d’historicité est plus sommairement défini comme « l’action de la société sur elle-même », et plus particulièrement, le processus permettant à une action collective de « rentrer dans l’histoire ». Cependant, il ne nous paraît pas l’unique critère à prendre en compte pour apprécier la capacité transformatrice d’un mouvement social. En plus d’étudier ce processus de transformation sociale sur les institutions, il convient d’apprécier les processus de mémorialisation et les effets de ces actions sociales sur les choix et les récits de vie : Alain Touraine, La voix et le regard, Paris, Éditions du Seuil, Sociologie permanente/1, 1978, p. 99-100, p. 19.
3 L’enquête se base sur l’analyse d’une trentaine d’entretiens semi-directifs menés en alternant des phases d’observation et des phases de participation à des actions collectives entre 2015 et 2020, essentiellement à Cordoue et dans une moindre mesure à Madrid. L’enquête se nourrit à la fois de documents écrits (ouvrages, articles, tracts, journaux, banderoles, affiches, compte-rendu de réunions, documents internes aux collectifs, etc) que de documents audiovisuels produits sur le 15-M.
4 La définition de l’imaginaire social-historique que Manuel Cervera-Marzal et Eric Fabri reprennent à Cornelius Castoriadis est particulièrement féconde : « Ensemble de représentations, significations et affects que les individus donnent à la réalité (qui est originellement dénuée de sens) pour l’intégrer dans un monde où elle a un sens, pour l'interpréter et la rendre compréhensible, et surtout pouvoir agir sur elle de manière sensée ». Manuel Cervera-Marzal et Eric Fabri, Autonomie ou Barbarie, La démocratie radicale de Cornelius Castoriadis et ses défis contemporains, Clermont-Ferrand, Le passager clandestin, 2015, p. 20.
5 Premier maire communiste d’une grande ville provinciale aux élections municipales de 1979 ayant suivi la transition démocratique espagnole, Julio Anguita, après avoir été plébiscité pour un second mandat, démissionne en 1986 et refuse de se représenter. Il devient député et secrétaire général du Parti Communiste Espagnol puis coordinateur de Izquierda Unida.
6 La construction du « califat rouge » est intimement liée aux résistances des associations de voisins (qui forment el movimiento vecinal) durant le franquisme, et s’institutionnalise avec l’arrivée au pouvoir de Julio Anguita comme maire en 1979. Javier Contreras-Becerra, « La construcción del “ califato rojo ”. El movimiento vecinal en Córdoba (1963-1986) », in La Historia : lost in translation?, Actas del xiii Congreso de la Asociación de Historia Contemporánea, Ediciones de la Universidad de Castilla-La Mancha, 2017 p. 1485-1498. [https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=6417331]
7 Données développées en pourcentage par année, par Datosmacro, disponible sur : [https://datosmacro.expansion.com/paro/espana/municipios/andalucia/cordoba/cordoba]
8 La province de Cordoue est la seconde de la communauté d’Andalousie (derrière Jaén) en termes de perte de population qualifiée : avec -22,6 % en 2011. Voir annexe 3, page 30 du rapport de José Blanco Alvarez, Cuantificando la fuga de cerebros en España, icede Working Paper Series, Université de Saint Jacques de Compostelle, 2019.
[https://www.usc.es/export9/sites/webinstitucional/gl/investigacion/grupos/icede/descargas/Paper-ICEDE.Jose.Blanco.pdf]
9 Lilian Mathieu, « L'espace des mouvements sociaux », Politix, nº 77, 2007/1, p. 131-151. [https://www.cairn.info/revue-politix-2007-1-page-131.html]
10 Pierre Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, préface de John B. Thompson, 1991, Paris, Seuil, 2001.
11 Juan-Manuel B., entretien du 17 juin 2016, 52 ans pendant le 15-M.
12 Rafael Blázquez, entretien du 12 avril 2018, 46 ans pendant le 15-M.
13 Victoria López, entretien du 15 juin 2018, 29 ans pendant le 15-M.
14 Eduardo C., 26 ans pendant le 15-M, entretien du 2 octobre 2016.
15 L’expression « ppsoe » est la contraction péjorative du Parti Populaire (pp) et du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (psoe), qui représentent les partis traditionnels de gouvernement, alternativement au pouvoir depuis la Constitution de 1978.
16 Selon Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme : « En 2012, 48 des 487 postes des conseils d’administration de l’ibex 35, qui regroupe les principales multinationales espagnoles (Banco Santander, Endesa, Iberdrola, Telefónica, Bankia etc.), étaient occupés par des membres du psoe et du pp (mais aussi six par des membres de ciu et un respectivement pour Izquierda Unida et le pnv), qui avaient exercé ou qui exerçaient encore des responsabilités politiques en parallèle », Alicia Fernandez Garcia & Mathieu Petithomme (dir.), « Contester en Espagne : Crise démocratique et mouvements sociaux », Paris, Demopolis, 2016. http://books.openedition.org/demopolis/1862].
17 Pour plus d’informations sur les Yay@flautas en Espagne, consulter le site [https://yayoflautas1f.wordpress.com/historia/]
18 [https://www.facebook.com/cordobayayoflautas/]
19 Manifeste disponible dans plusieurs langues sur le lien : [http://www.iaioflautas.org/el-nostre-manifest/]
20 Perroflautas est une expression à connotation péjorative qui désigne ce qu’on pourrait traduire par « les punks à chien » ou « hippies », ils retournent ironiquement le stigmate qui est fait à la jeunesse qui s’est mobilisée pour se surnommer Yay@flautas (yayo, signifiant papi, yaya, mamie).
21 Benjamín Tejerina et Ignacia Perugorría, « La crisis social de la política y la movilización política de la crisis : el 15-M », Mélanges de la Casa de Velázquez, vol. 47, n°2, 2017, p. 81-99.
22 Traduction : « Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque ».
23 Slogan que l’on peut traduire par : « Il n’y a pas de chorizos pour autant de voleurs ».
24 Voir le rapport de septembre 2016 mené en Andalousie par le syndicat Commission Ouvrière (ccoo) : ccoo, Jóvenes en el mercado de trabajo andaluz 2016 [https://andalucia.ccoo.es/816d09a0886ccaa12808083cdc4204f2000057.pdf]
25 En 2015, les « mairies pour le changement » arrivent en tête des municipales dans de grandes villes : Barcelone, Madrid, Cadix, Saint-Jacques de Compostelle. Cette « marée » municipaliste émerge en partie à Cordoue, où la formation Ganemos Córdoba obtient 4 sièges au conseil municipal et permet une coalition de gouvernement de gauche.
26 Elena, entretien du 1er juillet 2017, 30 ans durant le 15-M, étudiante devenue médecin.
27 L’article 135 modifié introduit ce principe de stabilité budgétaire dans son alinéa 3 :
« 3. [...] Les crédits correspondant aux intérêts et au capital de la dette publique des administrations devront toujours être inclus dans le montant des dépenses de leurs budgets et leur paiement jouira de la priorité absolue. Ces crédits ne pourront faire l’objet d’amendement ou de modification, lorsqu’ils seront conformes aux conditions de la loi d'émission. [...] »
28 3,1 % selon le baromètre d’octobre du Centre d’Investigation Sociologique (CIS) : CIS, octobre 2017. Étude nº 3.001 [https://www.frentecivicosomosmayoria.es/].
29 Rafael Cruz, Protestar en España, 1900-2013, Alianza Editorial, 2015, p. 244.
30 Voir notamment le graphique où il est possible de retrouver le nombre de manifestations convoquées par province et par année de 2015 à 2019 : [https://flo.uri.sh/visualisation/1386288/embed]
Les données du ministère de l’Intérieur concernant l’année 2014 (Tableau 19, graphique 5) :
[https://www.interior.gob.es/opencms/pdf/archivos-y-documentacion/documentacion-y-publicaciones/anuarios-y-estadisticas/informacion-estadistica-en-formato-reutilizable/2014/ejercicio-de-derechos-fundamentales/Reunion-y-manifestacion/MANIFESTACIONES-2014.xls]
31 La « Loi du bâillon » entre en vigueur le 1er juillet 2015, il s’agit d’une série de mesures qui restreignent considérablement les libertés de réunion et de manifestation, notamment en interdisant de filmer les agents de police ou de manifester devant les Parlements. La « loi organique de protection de la sécurité citoyenne » prévoit en outre de lourdes amendes pour avoir convoqué une manifestation non autorisée via les réseaux sociaux. Pour consulter son contenu, voir le Bulletin Officiel Espagnol, document BOE-À-2015-3442 : [https://www.boe.es/buscar/act.php ?id =BOE-À-2015-3442]
32 Ángel Calle, « Ciclos políticos y ciclos de movilización. Entre el 15-M, Podemos y Nuevos Municipalismos », in Historia Actual Online, vol. 40, n°2, 2016, p. 79-94.
33 Pour une ethnographie de l’Acampada, consulter Adriana Razquin Mangado, Didáctica ciudadana, La vida política en las plazas. Etnografía del movimiento 15-M, eug, Granada, 2017. Benjamin Sourice, La démocratie des places, des indignados à Nuit debout, vers un nouvel horizon politique, Paris, Éditions Charles Léopold Mayer, Les engraineurs, 2017
34 Ángel Calle insiste dès 2005 sur le caractère biopolitique des mobilisations liées à l’agro-écologie, à l’alter-mondialisme et aux formes d’autogestion rhizomatique des « nouveaux mouvements globaux », conçus comme embryons de « mouvements/société », qui explorent « différentes ères de sociabilités de l’être humain et dont les réseaux servent d’appui à la protestation, qu’elle prenne la forme de mobilisations concrètes ou dans des espaces au sein desquels se promeuvent et se concrétisent des traductions de savoirs et de pratiques ». Ángel Calle, Nuevos Movimientos Globales, Hacia la radicalidad democrática, s.l. Editorial popular, 2005, p. 254-255.
35 Ruben Diez Garcia montre l’hétérogénéité voire l’incapacité des catégories politiques traditionnelles (libéral, socialiste, communiste) pour définir l’idéologie du 15-M : Ruben Diez Garcia, Does the Spanish 15-M have an ideology ? Issues of method and measurement, Athenea Digital, 14 (3°), 2014, p. 199-217.
36 Ludivine Bantigny, Mai 68, De grands soirs en petits matins, Paris, Seuil, 2018.
37 Le point commun de ces collectifs est d’ordre méthodologique : l’organisation interne se veut la plus démocratique possible, les décisions sont prises à travers la délibération dans une assemblée acéphale : sans tête ni chef, puisque la rotation et la non-représentation des porte-paroles sont de mises.
38 Voir la dernière partie de l’article pour examiner le bilan de cette dimension proactive du mouvement.
39 Ludivine Bantigny, op. cit.
40 Jaime Pastor, La emergencia del movimiento 15-M en Madrid: un nuevo actor sociopolítico en la escena, Anuari del conflicto social, 2013.
41 Contribution d’Ángel Calle, La democracia del futuro : Del 15-M a la emergencia de una sociedad civil viva, Espagne, Icaria, collection Antrazyt, 2013.
42 Titre de l’ouvrage de Cristina Monge Lasierra, El 15-M, un movimiento para democratizar la sociedad, Saragosse, Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2017.
43 Carlos Taibo, Nada será como antes, sobre el movimiento 15-M, Madrid, Catarata, 2011.
44 Ángel Calle insiste dès 2005 sur le caractère biopolitique des mobilisations liées à l’agro-écologie, à l’alter-mondialisme et aux formes d’autogestion rhizomatique des « nouveaux mouvements globaux », conçus comme embryons de « mouvements/société », qui explorent « différentes ères de sociabilités de l’être humain et dont les réseaux servent d’appui à la protestation, qu’elle prenne la forme de mobilisations concrètes ou dans des espaces au sein desquels se promeuvent et se concrétisent des traductions de savoirs et de pratiques ». Ángel Calle, Nuevos Movimientos Globales, Hacia la radicalidad democrática, seconde édition, Editorial popular, 2005, p. 254-255.
45 Le collectif Estado de Malestar (littéralement, « état de mal-être ») organisait déjà des manifestations chaque vendredi depuis février 2011 sur la Plaza de las Tendillas à Cordoue.
46 Julia Cañero Ruiz, El movimiento 15-M y el enfoque de las capacidades, su desarrollo en Córdoba, Trabajo de Fin de Master, Cordoue, Université de Cordoue, 2013.
47 Agence du journal « La Policía desaloja a los acampados en la Puerta del Sol », El Público, 17 mai 2011, disponible sur :
[https://www.publico.es/espana/policia-desaloja-acampados-puerta-del.html#analytics-noticia :contenido-enlace]
48 La Avenida del Gran Capitán est une grande avenue piétonnière, conçue dès le début du xxe siècle pour offrir « à la bourgeoisie cordouane un espace ample pour la création d’un espace typiquement bourgeois » : Francisco García Verdugo, Córdoba. Burguesía y Urbanismo. Producción y Propiedad del Suelo Urbano: El sector de Gran Capitán, 1859-1936, Cordoue, Mairie de Cordoue, 1992. Voir aussi Miguel Ángel Peña Muñoz, José Amador Morales Sillero, Rafael Pila Martinez, La Otra Córdoba, Itinerario, cultura y guía didáctica en torno al movimiento obrero, Cordoue, Utopia Libros, 2020, p. 89-105.
49 L’enquête révèle non seulement une variété dans l’âge et le genre des personnes qui participent à l’Assemblée Générale mais également en termes de « capital militant » : pour de nombreux jeunes et moins jeunes, il s’agit de la première action collective. Néanmoins, on observe que les activistes impliqués sur le plus long terme, ont déjà une expérience syndicale (cnt, sat, cgt, etc.) ou militante, notamment en faveur de l’écologie et du féminisme (avec une participation pour le projet ecoféministe Casa Azul, le collectif Ecologistas en acción, la participation au centre culturel et social Juan xxiii, fondé depuis 1964, ou l’implication dans une des nombreuses associations de voisins : Javier Escalera Reyes, Agustín Coca Pérez (coordinación), Movimientos sociales, participación y ciudadanía en Andalucía, Séville, Aconcagua Libros, 2013.
50 Extrait de l’interview de Rosa Pineda dans le journal en ligne Cordópolis : Juan Velasco, Carmen Reina, « Los portavoces del 15-M en Córdoba : « El 15-M nos puso en la cara que no éramos clase media, sino clase trabajadora », Cordópolis, Cordoue, 16 mai 2021, disponible sur :
[https://cordopolis.eldiario.es/n-b/portavoces-15-M-cordoba-15-M-puso-cara-no-clase-media-clase-trabajadora_1_7935669.html]
51 Devant les coupes budgétaires dans la plupart des services publics, les activistes s’organisent en « marées humaines » : blanche pour défendre la santé publique et universelle, verte contre la marchandisation de l’enseignement, orange pour la défense des services sociaux, etc. Ces marées humaines se coordonnent régulièrement pour manifester ensemble. À partir de 2013 à Cordoue, la plupart effectuent leurs réunions au centre social autogéré El Rey Heredia. La marée blanche est particulièrement active au niveau local et coordonnée au niveau andalou et national.
« Coordinadora Andaluza Mareas Blancas » :
[https://www.facebook.com/coordinadoraandaluzademareasblancas/]
[https://www.facebook.com/niunrecortemas/]
52 Les assemblées cessent petit à petit leurs activités en 2014 et 2015
[http://historico2013.15-Mcordoba.net/].
53 Le « Front Civique nous Sommes la Majorité » est conçu comme une organisation de mobilisation citoyenne à l’échelle nationale [http://www.frentecivicosomosmayoria.es/].
54 Premier maire communiste d’une grande ville provinciale aux premières élections municipales ayant suivi la transition démocratique espagnole en 1979, Julio Anguita après avoir été plébiscité pour un second mandat, démissionne en 1986 et refuse de se représenter. Il devient député et secrétaire général du Parti Communiste d’Espagne puis coordinateur de Izquierda Unida.
55 [http://colectivoprometeo.blogspot.com/]
56 Les marches populaires de la dignité de déroulent depuis différentes villes du pays à partir de 2013, dont Cordoue, jusqu’à Madrid ou Bruxelles, pour exiger “pain, travail et toit”, et protester contre “l’attaque brutale commise par les banques et la Troïka à l’égard de la jeunesse et des familles espagnoles, contre les expulsions, le chômage, la pauvreté et la marginalisation à laquelle sont conduites une majorité de familles espagnoles”. Voir notamment la marche de l’été 2013, et l’accueil le 28 septembre 2013 des marcheurs cordouans qui ont parcouru plus de 2600 km en 87 jours entre l’Espagne, la France et la Belgique. Article de la rédaction de Diario Córdoba : [https://www.diariocordoba.com/cordoba-ciudad/2013/09/28/stop-desahuciosretoma-fuerza-marcha-37334785.html]
57 La Acampada Dignidad Córdoba, réunit des activistes ayant majoritairement participé au 15-M. La vidéo publiée le 7 octobre 2013 par le journaliste Alberto Almansa retrace la jonction entre la manifestation et l’occupation du collège le 4 octobre 2013.
[https://www.youtube.com/watch ?v =0D_LcYWdlzQ&t =7s]
58 Construit sous l’égide de l’architecte socialiste républicain Francisco Izquierdo en 1918, le collège José María Rey Heredia, du nom du mathématicien et philosophe du début du XIXe siècle, est le premier établissement scolaire public à ouvrir dans le quartier sud de Cordoue. Miguel Ángel Peña Muñoz, « Grupo Escolar Rey Heredia : libertad, igualdad y… escolaridad », sous la coordination de Luis Naranjo, Lugares de Memoria de la ciudad de Córdoba, Ed. Foro por la memoria de Córdoba, 2018, p. 26-45.
59 Une école d’été totalement gratuite permet aux enfants et adolescents d’assister à des cours de soutien scolaire, des activités et ateliers sportifs et artistiques. Les groupes d’enfants se constituent eux-mêmes en acampadas où elles et ils décident du contenu de leurs activités durant le mois de juillet.
60 Carmen Reina, « Desobediencia civil en Córdoba por el corte de suministros al Rey Heredia », El Diario, Cordoue, 31 juillet 2014.
[https://www.eldiario.es/andalucia/desobediencia-corte-suministros-rey-heredia_1_4727293.html]
61 Au sujet de l’activisme de Podemos, voir l’article de Mathieu Petithomme, « L’« activisme institutionnel » de Podemos : entre contestation et transformation organisationnelle », in Variations, n°20, 2015. [https://journals.openedition.org/variations/833]. Du même auteur, consulter Génération Podemos, Rennes, PUR, 2021.
62 Le municipalisme oriente la pratique politique municipale par des principes de démocratie directe, décentralisation, confédéralisme, etc. Il se conçoit comme une courroie de transmission entre les citoyens et les institutions politiques décisionnaires. Pour Murray Bookchin, la démocratie proposée par le municipalisme est celle de la « démocratie directe, dans laquelle les citoyens adressent leurs propres dossiers à travers des processus de délibération et prennent des décisions face à face, au lieu de laisser l’État les prendre pour eux ». « Le municipalisme libertaire est le nom du processus qui a pour finalité de créer et répandre le champ politique démocratique dans le domaine de l’auto-gouvernement et de la communauté. Pour cette raison, le lieu d’exercice de ce processus doit être la propre commune. » : Janet Biehl et Murray Bookchin, Las políticas de la ecología social : municipalismo libertario, Barcelone, Virus Editorial, Mai 2009, p. 11 et p. 61.
63 Les prises de parole de l’Assemblée citoyenne de Cordoue du 17 juillet 2014 au centre social El Rey Heredia sont disponibles en ligne : [https://www.youtube.com/watch ?v =H02TjTXgCqw]
64 Carmen Reina, « Recuperemos Córdoba : propuesta de un bloque social junto a Podemos, IU y Equo para las municipales », El Diario Andalucia, 17 juillet 2014.
[https://www.eldiario.es/andalucia/recuperemos-cordoba-podemos-iu-equo_1_4754540.html]
65 Après la double élection de Julio Anguita, Cordoue est surnommé le « califat rouge », le PCE et Izquierda Unida ont gouverné à l’échelle locale de 1979 à 2023, sauf durant trois mandats gagnés par le PP : de 1995 à 1999, de 2011 à 2015 et aux dernières élections municipales de 2019 (coalition PP-Ciudadanos, soutenue par Vox).
66 Cette cinquième assemblée marque la rupture avec le parti Izquierda Unida, qui défend l’idée d’une coalition du parti héritier du PCE avec Ganemos dans l’optique de gagner plus de sièges aux élections provinciales, tandis que les autres partis politiques (Podemos et Equo notamment) prônent la forme juridique du « groupement d’électeurs » et non de coalitions de partis. Des 530 bulletins de votes, il y a 3 votes blancs, 175 sont en faveur de la coalition électorale tandis que 352 sont pour le groupement d’électeurs, forme juridique qui est finalement adoptée à l’issue de l’assemblée. Un débat entre les deux positions est organisé par Ganemos et diffusé : [https://www.youtube.com/watch ?v =Wu2Rr5_7gX4]
Les interventions durant la V° assemblée de Ganemos sont visibles sur : [https://www.youtube.com/watch ?v =zc7SPNJEGZo&t =2s]
67 Ganemos Córdoba refuse de s’autodésigner comme parti politique, la liste se définit comme « groupement de citoyens » ou « assemblée d’électeurs ». À ce sujet, voir l’article de José María Manjavacas Ruiz, « Ciclo de movilizaciones sociales, demandas y nuevos municipalismos. El caso de la Asamblea Ciudadana Ganemos en la ciudad de Córdoba, Andalucía », Quaderns-e de l’Institut Català d’Antropologia, 22 (1), 2017, Barcelona, p. 5-17.
68 Ganemos qualifie l’ex-maire de « référent qui nous inspire ». Toñi Caravaca, « Julio Anguita se pasa a Ganemos », El Mundo, 25 mai 2016.
[https://www.elmundo.es/andalucia/2015/04/29/554127d9ca474198508b4571.html]
69 Le collectif Marchas Dignidad Córdoba a pour devise de « ne pas payer la dette, ni une coupe budgétaire de plus. Dehors, les gouvernements de la Troïka. Pain, travail et toit pour toutes et tous». Les 19 et 21 avril 2022, le collectif appelle à manifester à vélo devant la sous-délégation du gouvernement puis sur le boulevard Gran Capitán, pour la nationalisation de l’énergie électrique et l’augmentation des salaires. Leur page Facebook et leur site web témoignent de la profusion des actions menées depuis 2014. [https://marchasdignidadcordoba.org/] et [https://www.facebook.com/MarchasDignidadCordoba].
70 Toujours en activité, le collectif Marchas Dignidad Córdoba a pour devise de « ne pas payer la dette, ni une coupe budgétaire de plus. Dehors, les gouvernements de la Troïka. Pain, travail et toit pour toutes et tous ». Les 19 et 21 avril 2022, le collectif appelle à manifester à vélo devant la sous-délégation du gouvernement puis sur le boulevard Gran Capitán, pour la nationalisation de l’énergie électrique et l’augmentation des salaires. Leur page Facebook et leur site web témoignent de la profusion des actions menées depuis 2014.
[https://marchasdignidadcordoba.org/]
[https://www.facebook.com/MarchasDignidadCordoba/]
71 La Plataforma de Afectados por la Hipoteca (la PAH) est une plateforme d’aide juridique et sociale des personnes affectées par les expulsions immobilières et ayant des difficultés à payer leur loyer. [https://pahbarcelona.org/es/quien-somos/]. La plateforme incrimine les gouvernements du PP et du PSOE dans l’augmentation des expulsions, qui ont touché près de 500 000 familles depuis 2008. Article de la rédaction, « La PAH culpa a PP y PSOE de los 500 000 expulsés qu’il y a eu depuis 2008 », La Vanguardia, 13 mars 2015.
[https://www.lavanguardia.com/vida/20150313/54428969444/la-pah-culpa-a-pp-y-psoe-de-los-500-000-desahucios-que-ha-habido-desde-2008.html].
72 Comme le souligne Diego Miralles Buil dans sa thèse de géographie en préparation, l’Espagne se distingue de nombreux pays européens dans la mesure où le pourcentage de propriétaires est très élevé (plus de 80 %) et le parc de logement social extrêmement faible puisqu’inférieur à 1 % de 2002 à 2006. Diego Miralles Buil, La reterritorialisation des politiques de logement en Espagne depuis les années 2000. Entre réaffirmation du rôle des régions et réappropriation citoyenne et locale de l’habitat. Thèse de « Géographie, Aménagement et Urbanisme » à l'Université Lumière Lyon 2. Dir. Lydia Coudroy de Lille, 2022.
73 Benjamín Tejerina et Ignacia Perugorría, « La crisis social de la política y la movilización política de la crisis : el 15-M », op cit.
74 Le journaliste et « informateur/citoyen » Alberto Almansa a réalisé une vidéo sur la situation de Francisco José Lamas où il revient sur cette action. Disponible sur : [https://www.youtube.com/watch ?v =fUsZ45u1Nsw&feature =emb_title]
75 La mort de de Francisco José Lamas est relayée au niveau national, Rafael Blázquez vient témoigner dans une émission de la Sexta, pour le collectif Stop Desahucios 15-M Córdoba « ça n’a pas été un suicide, mais un homicide ». Vidéo disponible sur le site de la Sexta :
[https://www.lasexta.com/programas/sexta-noche/entrevistas/blazquez-sido-suicidio-sido-homicidio_201302105727c32c4beb28d446031367.html]
76 Javier, 33 ans durant le 15-M, professeur d’informatique. Entretien du 12 avril 2017.
77 Le manifeste est élaboré à la suite de milliers de propositions des participants et synthétisé par l’assemblée Acampada Sol, il est conçu comme une liste ouverte de propositions. Pour consulter son contenu : [https://movimiento15-M.adicae.net/manifiestos.php ?nombre =sol20mayo].
78 Nous reprendrons à Denis Peschanski et Brigitte Sion leur définition du concept de mémorialisation comme étant « la mise en récit publique d’un passé convoqué dans le présent et pour l’avenir ». La figure du « témoin » conditionne la mise en récit mémoriel pour permettre à un événement de devenir un élément de la mémoire collective. Denis Peschanski et Brigitte Sion (dir), Mémoire et mémorialisation, La vérité du témoin, Paris, Hermann/Ina Éd., coll.
79 Pour ne citer que quelques-unes d’entre elles : le durcissement des contrôles sur les entités bancaires et opérations financières, la réduction du pouvoir du FMI et de la BCE, la nationalisation immédiate des banques dont les caisses ont été renflouées par l’État, ou encore l’abrogation des mesures discriminatoires émanant du plan de Bologne, de la loi Sinde ou de la loi des étrangers. De même, la dissociation entre l’Eglise et l’État n’a pas été approfondie, ni la fermeture des centrales nucléaires, ni la récupération d’entreprises publiques privatisées, ni la réduction des dépenses militaires, etc.
80 La réforme du Code du travail est issue du décret loi, en vigueur depuis le 13 février 2012, a notamment facilité le recours des entreprises au licenciement pour motif économique.
81 Le décret loi du 28 décembre 2021, entre en vigueur le 30 mars 2022. Consultable sur le site du Bulletin Officiel Espagnol : [https://boe.es/diario_boe/txt.php ?id =BOE-À-2021-21788]. Pour approfondir les différences entre la réforme du travail de 2012 et celle de 2021, consulter : [https://elderecho.com/la-nueva-reforma-laboral-novedades-y-diferencias-con-la-de-2012]
82 La taxe Tobin, du nom du prix Nobel d’économie, préconise un prélèvement depuis les années 70 à l’égard des entreprises, de 0,2 % des opérations d'acquisition des actions émises dont la capitalisation boursière est supérieure à 1 milliard d'euros.
83 La taxe Google applique un nouvel impôt de 3 % sur les entreprises technologiques dont le chiffre d'affaires global est supérieur à 750 millions et dont les revenus en Espagne sont supérieurs à 3 millions d'euros.
84 Miguel Ángel Peña Muñoz, Las políticas públicas de memoria en Córdoba : un largo recorrido, Revista Nuestra Historia, 2022 (à paraître en ligne).
85 Luis Naranjo (dirs), Los lugares de memoria en Córdoba, Foro de la memoria, Córdoba, 2018.
86 L’une des premières actions de Vox élu au Parlement andalou en 2018, a été de présider la commission de Culture et patrimoine historique, qui s’occupe notamment de la mise en œuvre de la loi sur la mémoire historique. La reconnaissance des crimes franquistes reste un enjeu de lutte et une bataille idéologique importante pour les partis espagnols contemporains. Eva Saiz, « Vox presidirá la comisión del Parlamento andaluz que se ocupa de la Memoria Histórica », El País, 8 février 2019. [https://elpais.com/politica/2019/02/07/actualidad/1549550258_690509.htm]
87 Ganemos Córdoba n’a pas pu se représenter en 2019 car un groupe lucratif a usurpé leur identité et le nom de la liste Ganemos Córdoba, le Tribunal Constitutionnel refuse le recours présenté par une trentaine de formations politiques à travers le pays, de la « vraie » liste et empêche sa candidature.
[https://www.eldiario.es/andalucia/Ganemos-cordoba-tercera-ayuntamiento-fantasma_1_1556604.html]
Ils devront attendre les élections municipales de 2023 pour pouvoir se représenter sous l'appellation Córdoba en Común. L’assemblée citoyenne qui a permis d’annoncer leur nouvelle candidature s’est déroulée le 7 juillet 2021 au centre social El Rey Heredia.
[https://www.europapress.es/andalucia/noticia-cordoba-comun-formacion-heredera-Ganemos-cordoba-presentara-municipales-2023-20210712100613.html]
88 Document interne de 2019 confié par Rafael Blázquez pour les besoins de l’enquête.
89 Sur le 15-M et ses effets, lire : Jorge Cagiao y Conde et Isabelle Touton (dirs), España después del 15-M, Catarata, Madrid 2019. Sur le renouvellement des partis politiques : Héloïse Nez, Podemos, de L’indignation aux élections, Les petits matins, Paris, 2015.
90 À ce propos, lire Ludovic Lamant, Squatter le pouvoir : les mairies rebelles d’Espagne, Lux Éditions, 2016. Nacima Baron, Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme (dir), « Les mairies du changement en Espagne », Pôle Sud, n° 51, 2019.
91 Motion municipale consultable sur :
[https://Ganemoscordoba.org/wp-content/uploads/2016/04/mocion-15-M.pdf]
92 Juan Huertas, Carmen Reina, « Un acto lúdico y el reencuentro de activistas conmemoran los diez años del 15-M en Córdoba, in Cordopolis, El Diario, 15 Mai 2021, Consultable sur : [https://cordopolis.eldiario.es/cordoba-hoy/sociedad/acto-ludico-reencuentro-activistas-conmemoran-diez-anos-15-M-cordoba_3_7936732.html]
93 La vidéo de la chaîne YouTube de Vox España enregistre plus de 110 000 vues le 24 avril 2022, elle est publiée le 15 Mai 2020, consultable sur : [https://www.youtube.com/watch ?v =CoxdNskm NKk]
94 Mathieu Petithomme, « Podemos et le 15-M : de l’indignation au gouvernement de coalition (2011-2021) », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine, 28 | 2022. <http://journals.openedition.org/ccec/12802>
95 Luis Moreno-Caballud, La imaginación sostenible, ibid.
96 Donatella Della Porta, Mario Diani, Social movements : an introduction, Blackwell, Oxford, 2006 (seconde édition), p. 27.
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Référence électronique
Leïla Tazir, « De quelles indignations parle-t-on ? », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 28 | 2022, mis en ligne le 21 novembre 2022, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/12854 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccec.12854
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