Une génération entre deux crises : jeunes précaires et indignés dans l’Espagne actuelle
Résumés
À l’occasion des 10 ans du mouvement des Indignés espagnols, cette contribution tâchera de dresser une analyse de ses apports et de ses retombées. Pour y parvenir, elle s’intéressera d’abord, au discours indigné afin d’étudier dans quelle mesure il marque toujours l’agenda politique et médiatique espagnol. Ensuite, elle étudiera les retombées et traces du mouvement au sein de la jeunesse et au niveau social et politique afin de mieux comprendre les ruptures et les continuités.
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- 1 Ignacio Ramonet, « Palabras de “indignados”: escuchad la ira del pueblo », Le Monde diplomatique en (...)
1Cette contribution s’intéresse à la jeunesse espagnole qui, en 2011, prenait la rue pour manifester contre les conséquences de la crise de 2008. Considérés comme les grands perdants de cette crise, des dizaines de milliers de jeunes ont ainsi occupé la Puerta del Sol à Madrid à partir du 11 mai 2011. Mais quelles ont été les répercussions du 15-M ? Quelle en-est la suite ? Qu’en est-il de cette jeunesse indignée dans l’Espagne actuelle ? À l’occasion des 10 ans du mouvement des Indignés espagnols, nous nous proposons de dresser une analyse de ses apports et de ses retombées. Il s’agira dans un premier temps de s’intéresser à la question de la mémoire et de la représentation du mouvement par le biais d’une analyse du discours indigné. On reviendra ainsi sur les mots, sur les symboles et les imaginaires véhiculés sur les affiches et les slogans, afin d’étudier comment le discours « révolutionnaire »1 et les problèmes mis en avant par les Indignés marquent toujours l’agenda médiatique et politique en Espagne. Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons aux retombées et aux traces du mouvement. Des traces socioéconomiques d’abord, à travers une radiographie de la situation actuelle de la jeunesse espagnole, touchée par la précarité et par des inégalités devenues chroniques. Enfin, nous mettrons la focale sur le changement politique, en tâchant de comprendre à l’inverse quelles sont les motivations qui poussent désormais une partie de la jeunesse à se laisser séduire par l’extrême-droite.
Le 15-M, la révolte d’une jeunesse indignée
Le contexte d’émergence de ce mouvement social emblématique
- 2 Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme, Contester en Espagne, Paris, Demopolis, 2015, p. 9-2 (...)
- 3 Nader Abid et all., « Le rôle de médias et des TIC dans les Révolutions arabes : l’exemple de la Tu (...)
- 4 Héloïse Nez, « Des informateurs citoyens. Usages des images par les Indignés espagnols », Sciences (...)
2À partir du soir du 15 mai 2011, les places de dizaines de villes espagnoles furent occupées par des milliers de jeunes exprimant leur indignation devant les ravages de la crise de 2008 qui s’avéra multiforme, à la fois économique, financière mais aussi politique et sociale, et qui frappa durement l’Espagne2. Cette mise en mouvement de la jeunesse doit être comprise dans un contexte contestataire plus général marqué par la révolte populaire qui avec seulement quelques mois d’avance (décembre 2010), se propageait dans les rues et places en Tunisie et en Egypte d’abord, puis durant tout le printemps 2011 dans d’autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Un mouvement inédit de contestation sociale dont les répercussions se sont étendues au-delà du monde arabe. À ce propos, le manque de leadership et de structure de la révolution tunisienne qui fit tomber la dictature de Ben Ali en à peine quatre semaines, inspira le mouvement des Indignés espagnols souvent critiqué en raison de son manque d’organisation et de son absence de leadership. De même, le rôle et l’impact de l’usage des nouvelles technologies sur le déroulement des événements en Tunisie, rappelons au passage que cette révolution a souvent été qualifiée de « révolution Internet »3, trouva son écho dans l’usage du web par les Indignés, qui a constitué « un puissant vecteur de diffusion de la mobilisation »4. Par ailleurs, l’insatisfaction des Tunisiens à l’égard des médias de masse eut son égal dans le discours des Indignés espagnols contre la manipulation des images et de l’information par les médias nationaux. Une preuve de plus, s’il en faut, de l’influence du « Printemps arabe » chez les manifestants espagnols, peut être illustrée dans la circulation de l’affiche « En Madrid, como en Egipto », qui témoigna de l’existence de « cadres d’injustice » communs et d’une forme de circulation des répertoires de mobilisations entre ces deux mouvements de révolte.
- 5 Carmen Haro et Víctor Sampedro, « Activismo político en red: del movimiento por la vivienda digna a (...)
- 6 « El desmantelamiento de la cooperación española en dos décadas del 0,7 », Cadena Ser, 28-ix-2014.
- 7 Esther Vivas, En pie contra la deuda externa, Barcelona, El viejo topo, 2008.
- 8 Eva María Ferreras, « Redes sociales y cambio social. El movimiento 15-M y su evolución en Twitter (...)
3Au niveau national, le 15-M doit aussi être mis en perspective5 avec certains mouvements sociaux emblématiques qui ont vu le jour au cours des dernières décennies, qui influencèrent – directement ou indirectement – les discours et les pratiques du 15-M. On peut citer notamment le mouvement 0,7 % né en 1994 sous la forme de campements installés devant le Ministère des Finances afin d’exiger au gouvernement de consacrer 0,7 % du PIB à la coopération internationale6. De même, le 15-M est héritier du mouvement pour l’abolition de la dette qui en 1998 et sous le slogan « Deuda Externa, Deuda Eterna », répondait à l’appel de quatre organisations catholiques7. L’émergence du 15-M s’inspira aussi d’autres mouvements de contestation sociale plus récents : la plateforme « Nunca Mais » qui surgit en 2003 suite au naufrage d’un pétrolier face aux côtes de la Galice provoquant un désastre écologique et une mobilisation citoyenne sans précédent ; les grandes manifestations animées par le slogan « No a la Guerra », survenues en 2003 contre la décision du gouvernement conservateur de José María Aznar (PP) d’envoyer des troupes en Irak ; les vagues de protestations du 13 mars 2004 contre la politique de communication du gouvernement d’Aznar suite aux attentats terroristes du 11 mars à Madrid ou encore, le « Mouvement pour un logement digne » à partir de 2006 ou le mouvement « Anti Ley Sinde » de 2010 pour l’accès à un Internet libre et sans censure. De façon plus précise, le 15-M est né dans le sillage de l’activisme de deux autres organisations « Democracia Real Ya » et « Juventud Sin Futuro », qui participèrent activement à la convocation de la manifestation du 15 mai 2011 à la Puerta del Sol8.
- 9 Ariadna Fernández-Planells, Carles Feixa Pampols et Monica Figueroas-Maz, « 15-M en España: diferen (...)
- 10 Kerman Calvo, Téresa Gómez et Luis Mena, «15-M. Quienes son y qué reivindican», Documento de trabaj (...)
- 11 Javier Toret, Tecnopolítica y 15-M: la potencia de las multitudes conectadas, Barcelona, UOC editor (...)
4Ces mouvements contestataires très divers ont servi de précédents au 15-M, car ils montrèrent notamment la capacité des citoyens à générer des mobilisations instantanées en s’appuyant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication9. L’usage des réseaux sociaux (Twitter, Facebook, WhatsApp, etc.) par les participants du 15-M, a contribué à diffuser les protestations et à transmettre des « contre-discours » en marge des discours officiels et des médias dominants : ainsi, 65 % des jeunes eurent connaissance de l’appel à manifester via Facebook et Tuenti tandis que 35 % disent l’avoir appris par des canaux d’information plus « classiques »10. Des réseaux sociaux qui canalisèrent la contestation sociale tout en relayant le mécontentement et le mal-être de la jeunesse. De nombreuses études ont ainsi montré le rôle joué par les nouvelles technologies, les Indignés appartenant pour la plupart à la jeune génération dite des « digital natives »11.
- 12 José Manuel Robles, Antón R. Castromil, Arturo Rodríguez, Mildred Cruz et Rubén Díez, «El 15 M en l (...)
- 13 Ángel Calle Collado et José Cantón Mena, « 15 M: rebeldías en movimiento », Libre pensamiento, nº71 (...)
5Pour cette génération de jeunes, les réseaux sociaux sont devenus l’outil privilégié pour la coordination de l’action collective et le recrutement de nouveaux sympathisants, tout comme l’espace permettant d’élargir les actions de protestation12. Une fonction auparavant exercée notamment par les syndicats. Néanmoins, l’ampleur de la précarité de l’emploi chez les jeunes a restreint l’utilité du syndicat comme outil de lutte sociale. De même, les problèmes liés au logement et le retard dans l’émancipation des jeunes ont rendu difficile leur rapprochement avec les luttes des collectifs de voisins. Seule l’université semblait demeurer alors un espace propice à l’activisme de la jeunesse, mais le coût très élevé des études semble exclure une partie des jeunes en raison de leur origine socio-économique. La jeunesse chercha donc de nouveaux espaces de confluence, et trouva surtout dans les réseaux sociaux une nouvelle agora de rencontre et de participation13.
- 14 Carlos Taibo, Nada será como antes: sobre el movimiento 15 M, Madrid, Catarata, 2011.
- 15 Ariadna Fernández-Planells, Carles Feixa Pampols et Monica Figueroas-Maz, « 15-M en España…», art. (...)
- 16 Kerman Calvo, Teresa Gómez-Pastrana et Luis Mena, « Movimiento 15-M: ¿quiénes son y qué reivindican (...)
6Mais qui étaient ces Indignés et quel était leur profil ? Plusieurs enquêtes ont montré que le mouvement du 15-M répondit à un appel lancé par et pour la jeunesse espagnole14. Ainsi, parmi les Indignés de la Plaza Catalunya à Barcelone, plus de 60 % des jeunes avaient entre 18 et 25 ans, 25 % entre 26 et 30 ans et moins de 15 % des manifestants se situaient dans la tranche d’âge 31-50 ans15. Dans le cas des assemblées à Salamanque, la plupart d’entre eux avaient entre 19 et 25 ans16. Une autre caractéristique sociologique semble être le niveau de formation : il s’agissait de jeunes étudiants (32,4 % de ceux présents sur la Plaza Catalunya), suivant une formation universitaire ou ayant déjà décroché un diplôme universitaire (comme ce fut le cas de plus de 70 % des jeunes indignés à Salamanque). Le mouvement des Indignés illustra donc la révolte d’une jeunesse urbaine, diplômée ou en voie de l’être, touchée par le chômage, la précarité et l’absence de perspectives d’insertion professionnelle.
Une analyse du discours indigné : des symboles aux slogans politiques
- 17 Selon Manifestómetro, site web spécialisé dans le comptage du public lors de ce type de convocation (...)
- 18 « Cronología de la acampada indignada en la Puerta del Sol », Público, 31-v-2011.
- 19 « La acampada del 15-M de la Puerta del Sol se mantiene pero se reestructurará », El Mundo, 30-v-20 (...)
7Sous le slogan « No somos mercancía en manos de políticos y banqueros », les collectifs et activistes regroupés autour de la plateforme « ¡Democracia Real Ya ! » et avec le soutien de l’association « Juventud sin futuro », lancèrent le 15 mai 2011, dans plus de 50 villes espagnoles et via les réseaux sociaux, un appel à manifester contre les coupes budgétaires et le démantèlement de l’État-providence. Ce jour-là, sur la Plaza del Sol, nom de l’une des places les plus emblématiques de la capitale espagnole, éclata ce que l’on considère désormais comme la révolution pacifique de la jeunesse espagnole. Quelques jours plus tard, le 24 mai, des affiches, des banderoles et des slogans ornaient les échafaudages de l’un des bâtiments d’El Corte Inglés. Progressivement, l’iconographie contestataire occupa d’autres espaces sur la Puerta del Sol et se déploya sur les vitrines des nombreux magasins autour de cette place, provoquant par ailleurs le mécontentement des commerçants. Au fil des jours, le mouvement conserva son caractère de masse : ainsi, le 15 mai, entre 12 000 et 50 000 personnes assistèrent à la convocation de Madrid17 (20 000 selon la police). Une semaine plus tard, ils étaient plus de 15 000 à répondre aux appels à manifester. De même, le soir du 15-M, la police procéda à l’évacuation d’environ 200 personnes qui avaient installé leur campement sur la place malgré l’interdiction d’y camper, le 19 mai il y avait encore plus de 400 tentes18. La cohabitation avec les riverains engendra quelques moments de tensions lorsque certains commerçants commencèrent à se plaindre d’une chute considérable des ventes en raison de l’ampleur des campements et d’une évolution du profil des indignés. Tout paraît indiquer que l’ambiance bon enfant des premiers campements et le caractère pacifique des premiers Indignés, furent remplacés par des attitudes plus radicales et moins ouvertes au compromis19. Confrontés à certaines plaintes et critiques, les Indignés de la Puerta del Sol approuvèrent alors via une consultation, le retrait d’affiches et de banderoles des vitrines des petits commerces.
- 20 Ángel Calle Collado et José Cantón Mena, «15 M: rebeldías… », art. cit., p. 34-41.
8Le 15-M doit être compris comme un appel à la conscience, celle de la mobilisation comme moyen de défendre et d’obtenir des droits et des libertés dans la lignée des revendications « classiques » de la classe ouvrière en faveur des droits au logement et à la protection sociale20, et comme l’expression d’une volonté de rupture avec les logiques néolibérales imprégnant le système bancaire et financier et avec les structures politiques dominantes issues de la transition. L’impossibilité du PP et du PSOE de freiner les effets de la récession, et leur volonté d’imposer coûte que coûte et malgré leur impopularité, toute une batterie de mesures d’austérité dictées par les marchés (le processus de Bologne, la réforme du travail, l’allongement du départ à la retraite, la hausse de la TVA, la baisse des salaires des fonctionnaires, les coupes dans les dépenses publiques, la privatisation de certaines banques (cajas de ahorro) et des entreprises publiques, etc.), furent à l’origine de la contestation sociale et devinrent les germes d’une indignation généralisée en Espagne.
- 21 Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme, Contester…, op. cit., p. 37-38.
9Les motifs du mécontentement avaient fait l’objet de plusieurs manifestations convoquées à l’initiative de syndicats et d’organisations politiques. Mais la convocation du 15-M se voulait à la fois contestataire et génératrice d’espoir, comme l’ont véhiculé certains slogans à forte charge symbolique et tonalité péremptoire tels que : « El futur és nostre », « Somos la levadura que levantará la masa », « Yes we camp ! », « Menos Madrid-Barça y más peña en la Plaza », ou encore, la conviction que le changement était possible : « ¡Si se puede ! »21.
- 22 Christian Delporte, Denis Marechal, Caroline Moine et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Images et sons (...)
- 23 Alicia Fernandez Garcia et Mathieu Petithomme, Contester…, op. cit., p. 37.
- 24 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne à l’épreuve de la contestation : mouvements sociaux et mutatio (...)
10Depuis le début du 15-M, les Indignés eurent recours à des phrases, des messages, des affiches et des slogans qui tâchèrent d’exprimer des sentiments intimes et douloureux, des revendications réalistes et/ou utopiques, et des constats souvent dramatiques sur la situation du pays. Ces mots exposés et scandés partout dans les principales places publiques des villes espagnoles cristallisèrent, durant les mois de mai et juin 2011, la colère d’une bonne partie de la jeunesse. Fortement inspirés par les slogans de Mai 68, les Indignés espagnols comprirent à leur tour que la bataille politique devait passer par « la domination des mots »22 et de ce fait, ils transformèrent certaines devises en véritables symboles du mouvement. Des Indignés espagnols qui grâce à un langage iconique, frappant, ludique, interactionnel et transgressif, provoquèrent dans la société un « choc moral »23. De même, le recours à l’indignation comme mot d’ordre, comme l’illustra bien le slogan « Pienso, luego me indigno », permit de faire évoluer les consciences et de réclamer des droits sociaux et politiques face à un agenda néolibéral. Je reviendrai à ce propos sur quelques affiches emblématiques de cette volonté d’insoumission véhiculée par l’usage de l’anaphore et l’accumulation de la négation : « Generación NINI : ni nos vamos, ni nos callamos » ; « Sin casa, sin curro, sin pensión, sin miedo » ou encore, « Sin pan no habrá paz ». De même, sur d’autres manifestations iconographiques, on peut lire l’emploi d’un lexique social traduisant la volonté des Indignés de récupérer la lutte de classe et de remobiliser les classes moyennes et populaires afin qu’elles prennent leur destin en main. Des slogans tels que « Me niego a ser otro ladrillo en el muro » ou « Obrero, despierta, el paro está en tu puerta », furent révélateurs d’une prise de conscience de l’affaiblissement de la capacité d’action politique des classes populaires24.
- 25 Ángel Calle Collado et José Canton Mena, «15 M: rebeldías… », art. cit., p. 34-41
- 26 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art.cit., p. 367 ; Tomás Albericha, « Movimientos Sociales (...)
11C’est en révisant et en analysant l’ensemble de ces slogans et affiches porteurs d’un renouveau discursif à fort caractère transgressif, insoumis et fédérateur d’un mécontentement diffus mais dans « un espace inclusif de mobilisation »25, que l’on peut mieux comprendre la réussite du mouvement qui réside dans une forme de prise de conscience. Les slogans suivants illustrent bien cette idée : « No podemos apretarnos el cinturón y bajarnos los pantalones al mismo tiempo » ou encore « No somos antisistema, el sistema es antinosotros ». On remarque ici une socialisation de la contestation exprimée par le recours à la première personne du pluriel, qui illustra un changement d’attitude des Espagnols envers la politique avec un regain d’intérêt et une augmentation de la défiance à l’égard du personnel politique26.
- 27 « Los indignados resisten una nueva noche desafiando la prohibición de la Junta electoral », La Van (...)
- 28 20 minutos, 17-v-2011.
- 29 El País, 11-vi-2011.
- 30 Diario de Sevilla, 9-vi-2011.
- 31 Iñigo Errejón, « El 15-M como discurso contra-hegemónico », Encrucijadas, nª2, 2011, p. 120-20145; (...)
12La récupération du cri de résistance « ¡No pasarán ! »27, fut l’expression de la détermination des Indignés de continuer à occuper l’espace public en dépit des tentatives policières pour les expulser et déloger les campements, dont les médias se firent rapidement écho (« La policía desaloja por la fuerza a los jóvenes que estaban acampados en la Puerta del Sol »28 ; « Carga policial contra el 15-M en Salamanca »29 ou encore, « Una carga policial contra los ‘indignados’ acaba con al menos 18 heridos y 5 detenidos en Valencia »)30. Durant les mois que dura l’occupation des places publiques, les appels à la désobéissance civile furent nombreux via le recours à des affiches telles que : « Solo el pueblo salva al pueblo. Desobediencia civil », « Nuestra reflexión : revolución ». Une désobéissance civile dotée d’une capacité de convocation inédite31 et caractérisée par son caractère public et non violent, comme le montre l’usage de l’asyndète dans certains slogans tels que « Caminamos libres, con amor, sin miedo, creando una nueva realidad », ou cette affiche en forme de livre où l’on pouvait lire « Escut contra la violència ».
- 32 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art. cit., p. 358.
- 33 Ibid.
- 34 Francisco Del Pino Ortega, Análisis del discurso de los eslóganes del 15 M: identidad y antagonismo(...)
- 35 Pascal Dufour, « Le pouvoir vient-il de la rue ? », in La politique en questions, Montréal, PUM, 20 (...)
13C’est dans les slogans et les revendications des Indignés concernant la sauvegarde des droits démocratiques que l’on trouve cette volonté de faire évoluer le système et de mettre fin à ses failles32. En mettant en question le système politique hérité de la Constitution de 1978, en exigeant une révision de celle-ci susceptible de garantir l’indépendance de la justice, la transparence en politique ou encore, un nouveau modèle autonomique, les Indignés remirent en cause l’ordre social et bousculèrent l’ordre institutionnel sans pour autant vouloir le renverser33. Des slogans tels que « Declaramos ilegal la democracia actual » ou « La llaman democracia y no lo es », véhiculèrent une critique forte, quoique diffuse, du système démocratique et du modèle économique. Il s’agissait de dire comment tous les deux ont transformé les citoyens en acteurs passifs dépendants des choix des hommes politiques et des banques. À ce sujet, nous évoquerons la tonalité âpre et accusatrice de certains slogans à l’égard des banques : « Si te fías de los bancos, acabarás durmiendo en uno » ; « Zapatero, lacayo de los banqueros », « La banca siempre gana y no me da la gana » ou « La pasta banquerillos que no tengo el chichi pa farolillos ». D’autres slogans vont exprimer la demande d’une démocratie plus directe et sans partis (« El pueblo unido funciona sin partidos »), voire la revendication de nouveaux espaces politiques alternatifs et ouverts opposés aux espaces fermés et institutionnalisés des élites politiques : « La calle es nuestra », « Sin miedo hay futuro. Seguiremos en la calle »34. Le substantif « rue » est ici utilisé comme synonyme d’espace de mobilisation collective et comme un lieu de production du politique35.
14Par ailleurs, les Indignés réussirent à mettre sur le devant de la scène médiatique les liens très étroits entre les hommes politiques et les banques. En effet, c’est dans ce contexte d’indignation que les Espagnols apprirent comment des hommes politiques siégeaient dans les conseils d’administration des banques. Ils découvrirent scandalisés comment des accusations de corruption étaient prescrites avant même d’avoir été jugées par la justice ou encore, comment une banque pouvait procéder à des expulsions locatives. À cet égard, on mettra en avant les affiches dénonçant la corruption d’une partie de l’élite politique : « No nos falta dinero, nos sobran ladrones » ; « No hay pan para tanto chorizo » ou « Tu “Botín”, mi crisis ». Certaines revendications furent assez prosaïques telles que les demandes de plus de diversité dans la représentation politique, plus de justice sociale et moins d’obstacles à l’emploi pour les jeunes diplômés. D’autres furent en revanche assez explicites. Nous citerons à ce propos les slogans dénonçant la précarité et le manque de perspectives professionnelles des jeunes : « Me sobra mes al final del sueldo » ; « Rebeldes sin casa » ; « Juventud sin futuro » ; « Nietos en paro, abuelos trabajando » ou encore, « Violencia es cobrar 600 euros ».
- 36 Mathieu Petithomme, « La crise de la représentation et l’ascension de Podemos : L’émancipation cito (...)
15Si le mouvement des Indignés se voulait non partisan, certains slogans apparaissent comme des signes visibles de la désaffiliation politique croissante des Espagnols envers les partis traditionnels et d’une crise de la représentation36 : « Ni cara A ni cara B. Queremos cambiar de disco » ; « Vota a Nadie. Nadie te dará trabajo. Nadie te comprenderá » ; No tenéis ni ideas » ; No les votes : ¡bótales ! » ; « Los políticos nos mean, los medios dicen que llueve » ou encore, « El próximo parado, que sea un diputado ». Des slogans qui voulaient également signifier la rupture et la déconnexion des élites politiques avec les aspirations citoyennes. La crise de la représentation s’apprécie aussi dans d’autres slogans exprimant explicitement le désenchantement à l’égard du bipartisme et le discrédit des deux grands partis : « Luché contra el PP, y me estafó ZP » ou encore, « ¿Dónde está la izquierda ? Al fondo a la derecha », « PSOE y PP la misma mierda es », et « Ni PSOE ni PP ». Responsables de la spéculation bancaire et immobilière des années du « boom » économique (1993-2007), dotés d’appareils internes touchés par de nombreuses affaires de corruption et ayant tour à tour soutenu et adopté des politiques d’austérité, le PSOE et le PP furent perçus par les Indignés comme faisant partie du problème et non de la solution, ce qui se retrouva dans les nombreux slogans ici étudiés.
Génération indignée, dix ans après
Les transformations et les retombées du 15-M
- 37 Héloïse Nez, « Le nouveau municipalisme en Espagne : changer le pouvoir depuis l’échelle locale ? » (...)
16Comme l’annonça le slogan indigné : « No nos vamos, nos expandimos », le démantèlement des campements sur les principales places publiques pendant le mois de juin 2011 n’a pas entraîné la fin du mouvement, mais plutôt sa mutation et son passage de la rue aux quartiers : « Nos vemos en los barrios ». Le mouvement ne chercha plus seulement à protester mais à être constructif par l’implication dans l’activisme et de multiples initiatives citoyennes dans les quartiers. L’héritage des Indignés dans l’Espagne du temps présent est donc multiforme : social et politique à la fois. Social d’abord, avec la mise en place d’initiatives en défense des droits des citoyens en matière d’éducation, de santé et de soutien aux plus vulnérables. Parmi ces nouvelles actions, on évoquera la création d’assemblées de quartier afin de développer un réseau d’entre-aide et de soutien37 face à un État-providence de plus en plus menacé. Suite au 15-M, ont ainsi émergé de nombreux projets alternatifs et parallèles à l’économie de marché tels que la collecte des surplus des commerces et des restaurants et leur distribution aux personnes vulnérables ; la création de mouvements permettant de renouer des liens entre la ville et le monde rural avec par exemple la création de jardins écologiques et partagés ou encore, la multiplication de marchés de troc, le tout sans faire appel à l’argent.
17Solidarité, fraternité et organisation, mots d’ordre du mouvement des Indignés continuent à nourrir d’autres initiatives telles que la création de brigades de surveillance des droits humains dans des quartiers à forte présence d’étrangers, afin de faire face aux interventions de la police ; la création de coopératives des débiteurs dont la finalité est d’aider les personnes endettées dans leurs échanges avec les créanciers ou encore, la naissance de l’Oficina precaria qui a pour but d’aider les chômeurs et de lutter contre les licenciements abusifs. Enfin, la lutte contre les expulsions locatives et la défense du droit au logement, grands chevaux de bataille des Indignés, suit son cours grâce au travail de la « PAH », la Plateforme des victimes du crédit, qui vit le jour avant 2011, mais dont le soutien des militants du 15-M a été d’une grande aide afin d’éviter de nombreuses expulsions ou encore, la création de l’Oficina de Vivienda née avec la volonté de créer des groupes d’aide aux personnes concernées et d’apporter un soutien et un suivi individualisés.
- 38 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art. cit., p. 365.
- 39 Ibid., p. 366.
18L’héritage des Indignés est aussi politique avec une revitalisation de la culture politique, la mise à l’agenda public d’une série de sujets tels que l’ouverture d’un débat sur les limites du système politique hérité de la Constitution de 1978, le durcissement des peines pour les délits de corruption, la transparence en politique, la dation en paiement, un nouveau rééquilibrage de l’échiquier politique ou encore, un rajeunissement de la classe politique espagnole38. À ce propos, on citera la création d’un audit citoyen de la dette et sa transformation postérieure en tribunal populaire dont l’objectif était de permettre à la population de juger les actions de la classe politique et économique. Les demandes de transparence en politique, si chères aux Indignés espagnols se sont concrétisées, une fois les campements démantelés, avec la création de la plateforme Graba tu pleno, qui misa sur les enregistrements de séances plénières comme moyen d’améliorer la transparence et de garantir la participation citoyenne. La transparence en politique exigée par les Indignés a de même conduit certaines mairies à se doter d’un service de streaming permettant la retransmission en direct des séances plénières des conseils municipaux39.
- 40 Mathieu Petithomme, « Cadix : gouverner à gauche dans une ville socialement fragile », Mouvements, (...)
- 41 Mathieu Petithomme, « Penser global, agir local : les politiques symboliques du nouveau municipalis (...)
19Toujours dans le domaine du politique, d’autres initiatives ont surgi afin de donner réponse au slogan « No nos representan » et d’asseoir le visage du mécontentement citoyen dans les institutions espagnoles. Dans un contexte de renouvellement politique si fortement exigé par les Indignés, de nombreuses formations politiques et plateformes citoyennes (Podemos, Equo, Partido X, EnRed, Confluencia, Asamblea Ciudadana, En Comú, Ahora Madrid, Marea, etc.) ont tâché de « prendre les institutions d’assaut » comme l’exigeaient les Indignés. L’émergence de cette pluralité politique est symptomatique de la transformation de la dynamique mobilisatrice des Indignés en force électorale capable d’emporter des batailles politiques. Ainsi, les résultats des municipales de 2015 ont permis l’entrée dans les institutions locales de confluences entre des partis politiques et des mouvements citoyens qui ont réussi à « incarner une alternance à gauche » dans les plus grandes métropoles espagnoles (Madrid, Barcelone, Valence par exemple), parfois gouvernées depuis plus de vingt ans par les conservateurs comme à Madrid, Valence ou Cadix40. Fidèles aux ambitions des Indignés et héritières de leurs revendications, ces coalitions politiques nouvelles ont placé les questions sociales souvent négligées par les exécutifs précédents au centre de l’agenda politique41.
20Plus qu’une transformation politique, les retombées du 15-M ont une valeur culturelle notamment dans la manière de comprendre la politique : assembléiste, horizontale, transparente et plus focalisée sur les gouvernés. Ainsi, certains partis politiques, tels que le PSOE et Podemos, ont procédé à la célébration de primaires donnant plus de poids aux militants qu’aux exécutifs dirigeants. De même, dans l’Espagne post 15-M, les exercices de transparence dans le domaine public sont de plus en plus exigés. Les slogans « No nos representan » exprimant la désaffection à l’égard de la classe politique et « Los de arriba, los de abajo » traduisant des formes de déconnexion avec le peuple, ont débouché dix ans plus tard, sur une érosion des loyautés politiques traditionnelles, ce qui s’est traduit électoralement par un déclin important des partis traditionnels (PP et PSOE), autrefois hégémoniques. Des partis dominants qui doivent désormais apprendre à négocier et à nouer des alliances s’ils veulent gouverner : un changement majeur dans la culture politique espagnole.
- 42 En 2006, 18,1% des jeunes déclaraient s’intéresser à la politique.
- 43 María T. Pérez Díaz (dir.), Informe Juventud en España 2002, Dirección General del INJUVE y Observa (...)
21Néanmoins, les retombées du mouvement n’ont pas été suffisantes pour renverser le pessimisme des jeunes sur la possibilité d’activer des changements via les canaux conventionnels et sur l’actuel système de représentation politique. Ainsi, malgré un intérêt croissant à l’égard de la politique (37 % des jeunes avouent être intéressés par celle-ci, soit le double d’il y a dix ans42), les partis politiques ne constituent pas la première porte à laquelle les jeunes frappent, mettant bien en évidence que les formes d’activisme ont désormais évolué. Les canaux de participation qu’ils utilisent se trouvent majoritairement sur Internet, les jeunes étant très actifs dans des campagnes sur les réseaux sociaux, et au sein de mouvements sociaux autonomes, créés par le bas et dirigés par des jeunes43. Par ailleurs, ils votent moins que les autres classes d’âge, mais plus qu’il y a dix ans : en 2019, leur participation aux élections législatives fut moins importante de 6,6 % en comparaison avec les autres électeurs, tandis qu’en 2008 et en 2011 l’écart était de 10 %. Depuis l’émergence de nouveaux partis en 2015, l’écart s’est réduit progressivement.
Mais qu’en est-il de la jeunesse indignée ? Précarité et inégalités dans l’Espagne de l’après 15-M
- 44 Anna Planas-Lladó, Pere Soler-Masó et Carles Feixa-Pampols, « Juventud, políticas públicas y crisis (...)
- 45 « España, ante la generación perdida », El Confidencial, 12-xii-2020.
- 46 ¿España deja atrás a sus jóvenes?, El País, 6-vi-2021.
22Dix ans se sont écoulés depuis que le 15 mai 2011, plusieurs milliers de jeunes occupèrent la Puerta del Sol en guise de protestation contre le manque de démocratie et les politiques néolibérales de réponse à la crise. Mais qu’est-ce qui sépare la génération 15-M de la génération actuelle ? En 2008, la crise économique frappa durement toute une génération de jeunes. Néanmoins, les données antérieures à l’éclatement de la crise esquissaient déjà une vulnérabilité sociale particulièrement inquiétante chez les jeunes : fin 2007, leur taux de chômage était de 39,4 % pour les 16-19 ans, 20,4 % pour les 20-24 ans et 13,6 % pour les 25-29 ans44. En 2011, le chômage chez les jeunes battait des records historiques. Mais aujourd’hui, les chiffres ne sont pas meilleurs : dans la tranche d’âge 19-29 ans, seulement quatre jeunes sur dix ont un emploi. Le chômage des jeunes s’est donc ankylosé dans l’économie espagnole45. Un autre mauvais indicateur concerne le décrochage social : un jeune sur trois parmi les 20-29 ans se trouve en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale46.
- 47 « La generación perdida: se duplica el número de jóvenes que deja de estudiar para trabajar », El C (...)
- 48 « La generación perdida », El Mundo, 18-v-2021.
- 49 « La generación perdida: se duplica..., art. cit.
- 50 « Los perdedores de la crisis del coronavirus: jóvenes y trabajadores sin cualificación », El Confi (...)
- 51 « La recuperación del empleo vuelve a fomentar el abandono escolar de los jóvenes », El Confidencia (...)
23Quand la bulle immobilière éclata en 2008, la société espagnole découvrit l’existence de deux millions de jeunes âgés de moins de 25 ans qui avait arrêté leurs études pour travailler dans le secteur du bâtiment et qui étaient dès lors « inemployables »47. Certains considèrent alors cette génération de jeunes espagnols post 15-M comme une génération perdue. Dix ans après la vague d’indignation qui a secoué l’Espagne en 2011, de nombreux jeunes continuent à envisager difficilement leur avenir48. Sur le marché du travail, il n’y a eu ni restructuration ni changements de grande ampleur, mais plutôt des ajustements et des glissements. Par exemple, le secteur de la restauration a remplacé celui du bâtiment comme le grand employeur des jeunes sans études ; les serveurs sont devenus les nouveaux maçons de l’Espagne post-crise49. En effet, la « folie de la brique » a presque disparu de la vie des jeunes, puisqu’elle ne représente que 4 % des nouveaux contrats de travail. En revanche, la restauration et le commerce capitalisent presque la moitié des contrats des 16-19 ans. Une partie importante du reste des contrats de travail sont rattachés à des secteurs qui, en Espagne, ne demandent aucune qualification (agriculture, stockage, etc.). Les données sont explicites à cet égard : 91,6 % des contrats signés par les 16-19 ans ont été proposés à des jeunes n’ayant aucune qualification. Et pour la tranche d’âge des 20-24 ans, 80 % des jeunes nouvellement embauchés n’ont pas de diplôme50. En Espagne, la reprise de l’emploi après les périodes de crise engendre d’ailleurs souvent une augmentation de l’abandon scolaire d’une partie de la jeunesse, comme c’est le cas dans la période actuelle51.
- 52 « Igualdad de oportunidades. Desigualdad social en España y en Europa », El Diario, 18-i-2016.
- 53 « España paraíso de la desigualdad social », El Periódico, 20-i-2018.
- 54 « El alumno pobre tiene seis veces más riesgo de fracaso que el rico », El Periódico, 18-ii-2015.
- 55 L’Espagne présente non seulement les niveaux les plus élevés d’inégalités socioéconomiques de l’UE, (...)
24Les données macroéconomiques permettent de dire que l’insertion professionnelle des jeunes espagnols s’améliore avec notamment une diminution substantielle du chômage (30,5 % en 2019 contre 55 % en 2013). Néanmoins, ces données cachent le problème endémique de la précarité de l’emploi : plus de 55 % des jeunes ont un contrat à durée déterminée. Des jeunes qui doivent non seulement faire face à un marché de l’emploi précaire en raison du manque d’opportunités, du caractère principalement temporaire des emplois qui leur sont proposés et de faibles salaires, mais qui font aussi face à des inégalités sociales qui mettent en cause la méritocratie. En effet, d’après une récente étude, l’Espagne présente des niveaux très élevés d’inégalités économiques et entre les générations52. Par exemple, au niveau éducatif, 52 % des Espagnols de classe aisée possèdent un diplôme universitaire contre 32 % des classes moyennes et 14 % des classes populaires. À l’âge de 15 ans, 53 % des jeunes issus des classes populaires ont au moins redoublé une fois contre 8 % seulement des enfants issus des classes aisées. L’échec scolaire touche aussi six fois plus les enfants d’origine sociale modeste que ceux appartenant à un milieu aisé53. Le système éducatif espagnol ne parvient donc « ni à neutraliser les différences sociales » ni « à distribuer des résultats indépendamment de l’origine familiale »54. Le clivage social est donc bien ancré dans l’Espagne actuelle, où la classe sociale d’origine détermine très fortement le niveau éducatif, professionnel et économique de la génération suivante55.
- 56 Traduction espagnole de Neet « Not in Education, Employement and Training ».
- 57 « La apatía de un ni-ni », El País, 2-x-2014.
- 58 « España no es país para », Público, 3-iii-2013.
- 59 Sur la nouvelle émigration espagnole lire l’article de Paola García, « La nouvelle émigration espag (...)
- 60 « España encabeza la lista de paro juvenil en la Eurozona », El Mundo, 30-iv-2021.
25Qui plus est, le pourcentage de jeunes qui ne travaillent pas et ne poursuivent pas non plus d'études reste toujours préoccupant. La médiatisation de leur précarité prit forme à travers la figure du « Ni-Ni » (sans travail, ni études)56, métaphore de l’inactivité d’une bonne partie de la jeunesse rattrapée par la crise57. Dix ans après le début de la crise, la situation demeurait dramatique avec 38,2 % des 16-29 ans non scolarisés et sans emploi. Un chiffre qui s’est réduit mais qui reste élevé et qui n’est jamais parvenu à atteindre le niveau d’avant la crise : en avril 2019, le taux de Ni-Ni était de 19,9 %, quatre points de plus qu’en 2007, situant l’Espagne à la troisième place des pays de l’OCDE. Le désespoir, mot d’ordre de la jeunesse espagnole en 2008 est devenu une constante dans l’Espagne actuelle. La Une du journal Público « España no es país para los jóvenes » publié en 2013, afin d’informer de la fuite de plus de 4 000 jeunes partis travailler à l’étranger faute de perspectives professionnelles, demeure d’actualité58. Sous le slogan « No nos vamos, nos echan », est née une initiative populaire qui dénonce l’exil forcé de la jeunesse espagnole précaire59. Une jeunesse qui se résigne de plus en plus à demeurer une génération perdue60.
- 61 Adolescencia y Juventud; Barométro juvenil 2019 et Indice Sintético de Desarrollo Juvenil Comparado (...)
- 62 Rapport mené par l’Observatorio de Emancipación Juvenil del Consejo de la Juventud de España (CJE) (...)
26Les jeunes espagnols ont dû mal à s’émanciper et les chiffres parlent d’eux-mêmes : seulement 8 % des jeunes âgés de 20 à 24 ans quittent le domicile familial face à 30 % en Europe. Parmi les 25-29 ans, le taux d’émancipation est de 39 % contre 59 % en Europe61. Une autre donnée importante et qui pénalise encore la jeunesse espagnole est donc l’âge moyen d’émancipation : ainsi, tandis que les jeunes en Suède s’émancipent en moyenne à 17 ans, en Espagne, ils le font à 29 ans. Une jeunesse peu émancipée, convalescente après les ravages de la crise de 2008 et durement frappée par la crise de la Covid- 19 : en mars 2020, seulement 17,3 % des jeunes espagnols s’était émancipé, le pire pourcentage depuis 200162.
- 63 Cette augmentation fut encouragée par le gouvernement de Mariano Rajoy (PP) qui en 2012 permit aux (...)
27Par ailleurs, les inégalités géographiques tout comme la privatisation des services ont explosé dans l’Espagne d’après la crise, comme l’on peut constater au sein de l’enseignement supérieur. Faire des études universitaires est de plus en plus une question d’argent en raison du coût très élevé des cursus63. Au prix exorbitant des études, il faut ajouter le manque d’aides publiques (bourses) pour les financer : à ce propos, 70 % des jeunes universitaires espagnols paient les frais d’inscription contre par exemple, 15 % en République Tchèque. Si les universités espagnoles deviennent difficilement accessibles pour une partie des jeunes, l’investissement public par élève est en baisse constante : entre 2010 et 2015, la réduction a été de 13 %, l’Espagne est ainsi le deuxième pays européen ayant le plus réduit l’investissement moyen par étudiant.
- 64 Données disponibles sur : [https://ec.europa.eu/education/sites/default/files/document-library-docs (...)
- 65 « Ayudas para el reciclaje profesional », El País, 18-x-2020.
28Malgré cela, le taux d’inscription dans les universités espagnoles est bien plus élevé que dans d’autres pays européens : 38,5 % des 20-24 ans sont inscrits dans un cursus universitaire contre 32,6 % en France, 30,8 % en Italie ou 24,1 % au Royaume uni. Mais si les inscriptions sont en hausse, le décrochage scolaire l’est également. Ainsi, la probabilité de terminer une formation universitaire est plus faible en Espagne que dans d’autres pays européens. De plus, seulement 4,5 % des jeunes espagnols obtiennent un diplôme après 30 ans, trois fois moins que dans les pays nordiques par exemple. Au niveau du secondaire, fin 2019, l4,9 % des jeunes entre 16 et 24 ans avait abandonné le lycée sans avoir obtenu le diplôme du baccalauréat, un pourcentage bien au-dessus de la moyenne européenne (10,2 %)64. Une donnée significative face à un marché de l’emploi en constante évolution, et où les modèles productifs sont souvent mis en question comme l’illustre bien l’actuel marché post Covid-1965.
29À la lueur de l’ensemble de ces données, nous pouvons souligner que dix ans après le mouvement des indignés, l’Espagne de 2021 propose toujours à ses jeunes un avenir assez sombre. La précarité de l’emploi, les inégalités sociales et les écarts de revenus entre les Espagnols, déjà criantes en 2011, ont été exacerbées. Les aides publiques, qui devraient être l’un des piliers des ressources des jeunes car elles peuvent aider des milliers de personnes à sortir de situations de pauvreté et de précarité, sont très limitées, et celles qui existent, telles que le récent revenu minimum vital (IMV), sont soumises à des critères d’âge et de statut.
Dix ans après le 15-M… la tentation radicale ? L’attrait d’une partie de la jeunesse pour l’extrême-droite
- 66 Inta Mierina et Ilze Koroleva, « Support for far-right ideology and anti-migrant attitudes among yo (...)
- 67 Néanmoins, toujours considérées comme plus modérées que les hommes, les jeunes femmes sont de plus (...)
- 68 Enquête réalisée par Sociométrica et CIS, cf. « Vox y Podemos fueron los partidos más votados por l (...)
- 69 Fabio García, Leticia Ruiz et Gema Sánchez, « La derecha española dividida: posiciones ideológicas (...)
30Au cours des dernières années, plusieurs études menées au niveau européen ont montré comment l’extrémisme de droite est une idéologie qui attire souvent les jeunes, et particulièrement les jeunes hommes66, l’âge et le sexe constituant des variables explicatives du vote d’extrême-droite, tout comme un faible niveau d’éducation67. En Espagne, Vox, parti d’extrême-droite fondé en 2013 par d’anciens membres du PP, cherche depuis lors à mobiliser la jeunesse, notamment les jeunes hommes. Cette tendance s’est concrétisée lors des élections de 2019 : 19,4 % des jeunes hommes (de moins de 30 ans) ont voté pour Vox, contre seulement 6,5 % des jeunes filles68. Pour ce qui est des électeurs de Vox, l’âge semble être non seulement une variable dominante (plus on est jeune et plus on a de probabilité de voter pour Vox), mais aussi un facteur explicatif important de la progression électorale du parti, car il a réussi à modifier le profil de ses électeurs, en attirant d’abord à ses débuts des électeurs d’âge moyen, puis en attirant davantage de jeunes par la suite69.
- 70 Millán Arroyo, « Las causas del apoyo electoral a Vox », Política y Sociedad, vol. 57, nº3, p. 707
- 71 Jose M. Rojo, Jaime Coulbois et Claudida Mayordomo, « Una propuesta de estudio de las diferencias e (...)
31Néanmoins, les électeurs de Vox s’éloignent du profil attendu par certains chercheurs spécialistes de l’extrême-droite qui les caractérisent souvent comme des hommes plutôt âgés, sans études universitaires et issus de milieux ruraux et de petites villes70. En effet, selon une enquête menée par le CIS, les femmes ayant voté pour ce parti ont poursuivi des études secondaires voire universitaires71. Par ailleurs, si la ruralité au sens large renforce le vote pour l’extrême-droite dans plusieurs pays européens, le cas Vox suppose une exception car presque la moitié de ses électeurs vit dans des villes de plus de 50 000 habitants. Ainsi, la règle selon laquelle plus on s’éloigne des grandes villes, plus on a tendance à voter pour l’extrême-droite, qui s’applique par exemple en France avec le vote en faveur du Rassemblement National, est démentie dans le cas espagnol.
- 72 Inta Mierina et Ilze Koroleva, « Support for far-right ideology and anti-migrant attitudes among yo (...)
- 73 Mercedes Fernández, Consuelo Valbuena et Raquel Caro, Estudio sobre la evolución del racismo, la xe (...)
- 74 Millán Arroyo, « Las causas…» , art. cit. p. 696.
32Par ailleurs, des facteurs socioéconomiques tels que les difficultés économiques ou le chômage sont également mis en avant pour expliquer la hausse du vote d’extrême-droite chez les jeunes72. Ce facteur est particulièrement à retenir dans le cas de la jeunesse espagnole car c’est elle qui a le plus subi les effets de la crise de 2008, les transformations socioéconomiques et l’insécurité sur le marché du travail. Le contexte socioéconomique de crise entre 2008 et 2014 ne s’est pas traduit initialement par l’essor du discours de l’extrême-droite73. Les effets de la crise économique, les coupes budgétaires et les scandales de corruption ont suscité une désaffection et une perte de confiance de l’électorat jeune à l’égard des partis traditionnels et de ce fait, une remise en cause du bipartisme PSOE-PP et une forte fragmentation électorale. Cela peut donc expliquer l’émergence de Podemos et de Ciudadanos, à partir des élections de 2014, tandis que Vox restait marginal. Il est donc nécessaire d’envisager d’autres explications afin de mieux comprendre la fulgurante ascension de ce parti d’extrême-droite dans l’Espagne du temps présent74.
- 75 Cas Mudde, The far right today, Cambridge, Polity Press, 2019.
- 76 CIS, Actitudes hacia la inmigración, nº 3190, novembre 2017.
- 77 CIS, Barómetro de diciembre 2019. Postelectoral elecciones generales 2019, novembre 2019.
- 78 « Nativism is driving the far right surge in Europe and it is here to stay », The Guardian, 12-xi-2 (...)
- 79 CIS, Macrobarómetro marzo 2019. Preelectoral elecciones generales 2019, mars 2019.
33L’Espagne constitue sans doute un cas d’étude intéressant à plusieurs égards, car depuis la Transition démocratique et jusqu’en 2018, aucune formation politique d’extrême-droite n’est parvenue à entrer dans les institutions ni à occuper un espace politique significatif. Si l’extrême-droite a toujours été présente lors des différents rendez-vous électoraux par le biais de partis tels que La Falange, España 2000 ou Alianza nacional etc., ils ont à peine obtenu 1 % des voix au cours des trente dernières années. L’exception espagnole ne peut pas se comprendre sans tenir compte du poids politique et de la ligne idéologique très conservatrice du PP qui a réussi jusqu’à très récemment, à rassembler toutes les voix à droite, du centre-droit jusqu’au vote ultra-conservateur. Comment expliquer l’émergence soudaine de Vox ? Tout paraît indiquer qu’en 2018, le pays présentait un contexte assez fertile pour l’émergence de partis de droite radicale car des propos basés sur le nativisme, l’autoritarisme et le populisme, trois ressorts nécessaires, se diffusaient au sein de la population75. Ainsi, selon une enquête de 2017 sur les attitudes à l’égard de l’immigration76, 39 % des Espagnols considéraient qu’il y avait trop d’étrangers en Espagne. Pour ce qui est de l’autoritarisme, dans une enquête de juillet 2019, 17 % des personnes interrogées déclaraient avoir été victimes d’un délit au cours de dix dernières années et 32 % estimaient les peines bien trop laxistes. Qui plus est, 5 % des personnes sondées considéraient qu’un régime autoritaire pourrait être mieux que la démocratie77 . L’idée selon laquelle « on n’est pas assez dur avec les délinquants », que l’on peut parfois entendre, traduit ce que Cas Mudde considère comme « la fatigue de la tolérance et de la permissivité »78. Enfin, la corruption et la fraude apparaissaient pour un tiers des Espagnols comme le deuxième problème du pays79.
- 80 Pia Knigge, « The ecological correlates of right–wing extremism in Western Europe », European Journ (...)
34La cartographie du vote Vox est très riche d’enseignements et nous apprend que des facteurs contextuels tels que les menaces supposées sur l’identité contribuent à expliquer sa réussite80. Ainsi, l’irruption de Vox est étroitement liée à un contexte identitaire national très agité, marqué par la crise catalane de 2017 : l’inquiétude à l’égard du sécessionnisme catalan s’est transformée en cause principale du décollage électoral de Vox, fermement opposé à l’indépendantisme. Rappelons que ce parti fut créé principalement par des anciens membres du PP déçus par Mariano Rajoy, dirigeant du parti à l’époque, car considéré comme trop modéré, surtout en raison de sa réponse au mouvement indépendantiste catalan. La progression de Vox dans les intentions de vote coïncida ainsi avec la célébration du référendum indépendantiste et avec l’application de l’article 155 enclenchant la mise sous tutelle de la Catalogne.
- 81 La publication de ladite sentence par le Tribunal suprême espagnol eut lieu le 14 octobre 2019.
35Enfin, le dernier élan du vote d’adhésion pour Vox fut constaté lors de la sentence du procès contre les responsables du référendum (« consultation ») d’indépendance avec la répercussion médiatique des désordres qui provoquèrent les protestations contre ladite sentence en Catalogne81. La poussée électorale de Vox est donc à mettre en lien avec la montée du thème de l’identité nationale espagnole. On pourrait également ajouter le débat sur l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco du mausolée Valle de los Caídos, une mesure symbolique pas du tout appréciée des électeurs de droite et qui suscita des divisions dans l’opinion publique, mais surtout au sein de la droite. Une droite qui est restée très ambigüe, conservatrice ou même nostalgique du régime franquiste, comme pourraient l’illustrer les abstentions du PP et de Ciudadanos ou l’opposition de Vox au décret d’exhumation. La question identitaire est de ce fait devenue le nouveau noyau de radicalisation de l’extrême-droite en Espagne, ainsi que l’un des items de sa réussite auprès d’une certaine frange de la jeunesse, même si elle ne représente et ne séduit pas, fort heureusement, la jeunesse espagnole dans son ensemble.
Conclusion
- 82 Graeme Hayes et Sylvie Ollitraut, La désobéissance civile, Paris, Presses de Sciences-Po, 2012, p. (...)
36Le 15 mai 2011, la société espagnole s’est réveillée et a connu des mobilisations sociales jamais vues depuis la Transition. Des rassemblements très festifs et sans leader nés sur les ruines d’une crise économique mondiale qui légitimèrent la désobéissance civile comme un moyen de lutte. Au rythme de ces mobilisations et de la main des Indignés, une conscience politique a émergé de même qu’une volonté transgressive qui cherchait à désobéir dans le but de faire évoluer les lois et le système politique en vigueur82. Mais quelles ont été les répercussions du 15-M ? Quelle est sa suite ? Qu’en est-il de cette jeunesse indignée dans l’Espagne actuelle ? Des mots tels que « corruption », « casta » ou « régime de 1978 » qui, en 2011, furent en partie à l’origine de l’éclatement du ras-le-bol, constituent toujours aujourd’hui une forme de point de départ. Dix ans après ce cycle de protestations qui a changé la politique espagnole, les jeunes peinent toujours à trouver un emploi. Ils ont du mal à s’émanciper et à trouver un logement, ils enchaînent les petits boulots et les contrats temporaires. Les perspectives d’embauche de toute une génération se sont progressivement assombries poussant de nombreux jeunes à partir à l’étranger. Des jeunes pour qui la précarité est devenue majoritaire, la situation stable un mirage et le vote à l’extrême-droite une tentation.
- 83 « Comment le RN est devenu le premier parti de la génération 25-35 ans », Le Monde, 5-iv-2021.
- 84 « El extremismo de derecha… », art cit., p. 32
- 85 « La extrema derecha se hace con el control de Tik tok, la red social de los menores », La Vanguard (...)
- 86 Mathieu Petithomme, Génération Podemos. Sociologie politique d’un parti indigné, Rennes, PUR, 2021.
37Néanmoins, la tentation de l’extrême-droite chez une jeunesse bouleversée et désabusée par les années de crise mais aussi par le manque de perspectives ne semble pas être une spécificité espagnole. En France par exemple, le vote jeune d’extrême-droite est très ancré chez les 25-34 ans83. Si parmi les facteurs explicatifs de l’essor de Vox on peut mettre en avant le résultat d’une décennie de crise sociale et économique et de corruption, de même que sa capacité à raviver la tradition de l’ultranationalisme espagnol à la lumière d’un nouvel ennemi, à savoir le mouvement indépendantiste catalan, sa percée chez l’électorat jeune s’explique également par sa présence tentaculaire sur les réseaux sociaux. En effet, Vox est très actif sur les plateformes sociales en ligne, où il utilise des stratégies de désinformation84. Il s’agit du parti politique avec le plus grand nombre de followers sur Instagram qui est l’un des réseaux sociaux préféré des jeunes espagnols. C’est aussi le parti le plus présent sur Tik Tok, un autre réseau social très populaire au sein de la jeunesse85. Ainsi, tandis qu’en 2015, Podemos répondait à la colère d’une bonne partie de la jeunesse espagnole indignée et « apparaissait comme un débouché politique aux militants impliqués dans le mouvement 15-M »86, dix ans après, c’est l’extrême-droite représentée par Vox qui incarne la radicalité, même s’il ne s’agit plus d’une radicalité progressiste mais bien plutôt réactionnaire. Bien évidemment, il ne s’agit pas de dire ici que les sympathisants du 15-M sont devenus des sympathisants de l’extrême-droite, ce qui n’est évidemment pas le cas. Il s’agit juste de constater que l’aimant de la radicalité du populisme de gauche que pouvait représenter Podemos dans la première phase de mutations politiques post 15-M à partir de 2014, s’est vu concurrencé dans une seconde phase après le référendum d’indépendance catalan de 2017, par une autre forme de populisme ancré à l’extrême-droite.
Notes
1 Ignacio Ramonet, « Palabras de “indignados”: escuchad la ira del pueblo », Le Monde diplomatique en español, nº189, 2011, p. 4-5.
2 Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme, Contester en Espagne, Paris, Demopolis, 2015, p. 9-23.
3 Nader Abid et all., « Le rôle de médias et des TIC dans les Révolutions arabes : l’exemple de la Tunisie », Erès, nº75/1, 2011, p. 219-235.
4 Héloïse Nez, « Des informateurs citoyens. Usages des images par les Indignés espagnols », Sciences de la société, nº94, 2015, p. 139-20154.
5 Carmen Haro et Víctor Sampedro, « Activismo político en red: del movimiento por la vivienda digna al 15-M », Teknokultura. Revista de Cultura Digital y Movimientos Sociales, vol, 8, nº2, 2011, p. 157-20175.
6 « El desmantelamiento de la cooperación española en dos décadas del 0,7 », Cadena Ser, 28-ix-2014.
7 Esther Vivas, En pie contra la deuda externa, Barcelona, El viejo topo, 2008.
8 Eva María Ferreras, « Redes sociales y cambio social. El movimiento 15-M y su evolución en Twitter », Revista Telos, Cuadernos de Comunicación e Innovación, nº89, 2011.
9 Ariadna Fernández-Planells, Carles Feixa Pampols et Monica Figueroas-Maz, « 15-M en España: diferencias y similitudes en las prácticas comunicativas con los movimientos previos », Última década, nº39, décembre 2013, p. 115-20138.
10 Kerman Calvo, Téresa Gómez et Luis Mena, «15-M. Quienes son y qué reivindican», Documento de trabajo. Colección Zoom Político. Madrid, Fundación Alternativas, 2011.
11 Javier Toret, Tecnopolítica y 15-M: la potencia de las multitudes conectadas, Barcelona, UOC editores, 2015.
12 José Manuel Robles, Antón R. Castromil, Arturo Rodríguez, Mildred Cruz et Rubén Díez, «El 15 M en los medios y en las redes. Un análisis de sus estrategias comunicativas », Empiria. Revista de metodología de Ciencias Sociales, nº32, 2015, p. 37-62.
13 Ángel Calle Collado et José Cantón Mena, « 15 M: rebeldías en movimiento », Libre pensamiento, nº71, 2012, p. 34-41.
14 Carlos Taibo, Nada será como antes: sobre el movimiento 15 M, Madrid, Catarata, 2011.
15 Ariadna Fernández-Planells, Carles Feixa Pampols et Monica Figueroas-Maz, « 15-M en España…», art. cit., p. 124.
16 Kerman Calvo, Teresa Gómez-Pastrana et Luis Mena, « Movimiento 15-M: ¿quiénes son y qué reivindican? », Zoom Político, Laboratorio de alternativas, n°4, 2011, p. 6-8.
17 Selon Manifestómetro, site web spécialisé dans le comptage du public lors de ce type de convocations.
18 « Cronología de la acampada indignada en la Puerta del Sol », Público, 31-v-2011.
19 « La acampada del 15-M de la Puerta del Sol se mantiene pero se reestructurará », El Mundo, 30-v-2011.
20 Ángel Calle Collado et José Cantón Mena, «15 M: rebeldías… », art. cit., p. 34-41.
21 Alicia Fernández García et Mathieu Petithomme, Contester…, op. cit., p. 37-38.
22 Christian Delporte, Denis Marechal, Caroline Moine et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Images et sons de Mai 68 (1968-2008), Paris, Nouveau-Monde, 2011.
23 Alicia Fernandez Garcia et Mathieu Petithomme, Contester…, op. cit., p. 37.
24 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne à l’épreuve de la contestation : mouvements sociaux et mutations politiques depuis la crise », HispanismeS, n°10, 2018, p. 352-368.
25 Ángel Calle Collado et José Canton Mena, «15 M: rebeldías… », art. cit., p. 34-41
26 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art.cit., p. 367 ; Tomás Albericha, « Movimientos Sociales en España: Antecedentes, Aciertos y Retos del Movimiento 15-M », Revista Española del Tercer Sector, nº 22, 2012, p. 59-92.
27 « Los indignados resisten una nueva noche desafiando la prohibición de la Junta electoral », La Vanguardia, 19-v-2011.
28 20 minutos, 17-v-2011.
29 El País, 11-vi-2011.
30 Diario de Sevilla, 9-vi-2011.
31 Iñigo Errejón, « El 15-M como discurso contra-hegemónico », Encrucijadas, nª2, 2011, p. 120-20145; « Los indignados desafían la prohibición de la Junta electoral y colapsan la Puerta del sol de Madrid », Europapress, 18-v-2011.
32 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art. cit., p. 358.
33 Ibid.
34 Francisco Del Pino Ortega, Análisis del discurso de los eslóganes del 15 M: identidad y antagonismo, tesis doctoral, Universidad Rey Juan Carlos, 2017 .
35 Pascal Dufour, « Le pouvoir vient-il de la rue ? », in La politique en questions, Montréal, PUM, 2008, p. 59-66.
36 Mathieu Petithomme, « La crise de la représentation et l’ascension de Podemos : L’émancipation citoyenne au cœur de l’échiquier politique », in Contester…, op. cit., p, 265.
37 Héloïse Nez, « Le nouveau municipalisme en Espagne : changer le pouvoir depuis l’échelle locale ? », Mouvements, vol. 94, nº 2, 2018, p. 55-65.
38 Alicia Fernandez Garcia, « L’Espagne… », art. cit., p. 365.
39 Ibid., p. 366.
40 Mathieu Petithomme, « Cadix : gouverner à gauche dans une ville socialement fragile », Mouvements, vol. 94, n°. 2, 2018, p. 45-54.
41 Mathieu Petithomme, « Penser global, agir local : les politiques symboliques du nouveau municipalisme », Pole Sud, nº51, 2019, p. 79-98.
42 En 2006, 18,1% des jeunes déclaraient s’intéresser à la politique.
43 María T. Pérez Díaz (dir.), Informe Juventud en España 2002, Dirección General del INJUVE y Observatorio de la Juventud en España, 2021, p. 403-404.
44 Anna Planas-Lladó, Pere Soler-Masó et Carles Feixa-Pampols, « Juventud, políticas públicas y crisis en España: ¿Triángulo mágico o triángulo de las Bermudas? », Revista Latinoamericana de Ciencias Sociales, Niñez y Juventud, vol. 12, nª2, 2014, p. 551-564.
45 « España, ante la generación perdida », El Confidencial, 12-xii-2020.
46 ¿España deja atrás a sus jóvenes?, El País, 6-vi-2021.
47 « La generación perdida: se duplica el número de jóvenes que deja de estudiar para trabajar », El Confidencial, 30-vi-2019.
48 « La generación perdida », El Mundo, 18-v-2021.
49 « La generación perdida: se duplica..., art. cit.
50 « Los perdedores de la crisis del coronavirus: jóvenes y trabajadores sin cualificación », El Confidencial, 2-xi-2020.
51 « La recuperación del empleo vuelve a fomentar el abandono escolar de los jóvenes », El Confidencial, 15-xii-2018.
52 « Igualdad de oportunidades. Desigualdad social en España y en Europa », El Diario, 18-i-2016.
53 « España paraíso de la desigualdad social », El Periódico, 20-i-2018.
54 « El alumno pobre tiene seis veces más riesgo de fracaso que el rico », El Periódico, 18-ii-2015.
55 L’Espagne présente non seulement les niveaux les plus élevés d’inégalités socioéconomiques de l’UE, mais c’est aussi le pays où le lien entre origine socioéconomique et classe sociale est le plus déterminant.
56 Traduction espagnole de Neet « Not in Education, Employement and Training ».
57 « La apatía de un ni-ni », El País, 2-x-2014.
58 « España no es país para », Público, 3-iii-2013.
59 Sur la nouvelle émigration espagnole lire l’article de Paola García, « La nouvelle émigration espagnole et la crise de 2008 », in L’Espagne et le Portugal d’aujourd’hui. Mutations sociales et défis politiques, Rennes, PUR, 2022, p. 35-52.
60 « España encabeza la lista de paro juvenil en la Eurozona », El Mundo, 30-iv-2021.
61 Adolescencia y Juventud; Barométro juvenil 2019 et Indice Sintético de Desarrollo Juvenil Comparado (ISDJC-2018), rapports réalisés par le Centro Reina Sofía.
62 Rapport mené par l’Observatorio de Emancipación Juvenil del Consejo de la Juventud de España (CJE) relatif au premier semestre 2020.
63 Cette augmentation fut encouragée par le gouvernement de Mariano Rajoy (PP) qui en 2012 permit aux gouvernements régionaux d’augmenter les prix (jusqu’à un maximun de 25% du prix réel des études). Troisième pays de l’UE le plus cher pour une inscription en master derrière le Royaume Unie et la Lettonie, et le sixième pour ce qui est du prix des Licences.
64 Données disponibles sur : [https://ec.europa.eu/education/sites/default/files/document-library-docs/education-and-training-monitor-2020-eu-factsheet_en.pdf]
65 « Ayudas para el reciclaje profesional », El País, 18-x-2020.
66 Inta Mierina et Ilze Koroleva, « Support for far-right ideology and anti-migrant attitudes among youth in Europe: A comparative analysis », The Sociological Review, nº 63, 2015, p. 184
67 Néanmoins, toujours considérées comme plus modérées que les hommes, les jeunes femmes sont de plus en plus présentes dans des groupes et mouvements d’extrême droite. Cf. El extremismo de derecha entre la juventud española: situación actual y perspectivas, Observatorio de la juventud, 2020.
68 Enquête réalisée par Sociométrica et CIS, cf. « Vox y Podemos fueron los partidos más votados por los jóvenes varones menores de 30 años », El Español, 16-xi-2019.
69 Fabio García, Leticia Ruiz et Gema Sánchez, « La derecha española dividida: posiciones ideológicas y clivaje », Política y Sociedad, vol. 57, n°3, 2020, p. 719-745; Stuart Turnbull, Lisa Zanotti, Jose Rama et Andrés Santana, Vox. The Rise of the Spanish Populist Radical Right, London, Routledge, 2020.
70 Millán Arroyo, « Las causas del apoyo electoral a Vox », Política y Sociedad, vol. 57, nº3, p. 707
71 Jose M. Rojo, Jaime Coulbois et Claudida Mayordomo, « Una propuesta de estudio de las diferencias en el perfil de los votantes de Vox atendiendo a su género », in Luces y sombras en el camino, Madrid, Dykinson, 2021, p. 976.
72 Inta Mierina et Ilze Koroleva, « Support for far-right ideology and anti-migrant attitudes among youth in Europe: A comparative analysis », The Sociological Review, 63, 2015, p. 183-205.
73 Mercedes Fernández, Consuelo Valbuena et Raquel Caro, Estudio sobre la evolución del racismo, la xenofobia y otras formas conexas de intolerancia en España, OBERAXE, 2017.
74 Millán Arroyo, « Las causas…» , art. cit. p. 696.
75 Cas Mudde, The far right today, Cambridge, Polity Press, 2019.
76 CIS, Actitudes hacia la inmigración, nº 3190, novembre 2017.
77 CIS, Barómetro de diciembre 2019. Postelectoral elecciones generales 2019, novembre 2019.
78 « Nativism is driving the far right surge in Europe and it is here to stay », The Guardian, 12-xi-2019.
79 CIS, Macrobarómetro marzo 2019. Preelectoral elecciones generales 2019, mars 2019.
80 Pia Knigge, « The ecological correlates of right–wing extremism in Western Europe », European Journal of Political Research, vol. 34, nº2, 2003, p. 249-279.
81 La publication de ladite sentence par le Tribunal suprême espagnol eut lieu le 14 octobre 2019.
82 Graeme Hayes et Sylvie Ollitraut, La désobéissance civile, Paris, Presses de Sciences-Po, 2012, p. 14-2015.
83 « Comment le RN est devenu le premier parti de la génération 25-35 ans », Le Monde, 5-iv-2021.
84 « El extremismo de derecha… », art cit., p. 32
85 « La extrema derecha se hace con el control de Tik tok, la red social de los menores », La Vanguardia, 11-iii-2020.
86 Mathieu Petithomme, Génération Podemos. Sociologie politique d’un parti indigné, Rennes, PUR, 2021.
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|---|---|
| Titre | Photo de la Puerta del Sol |
| Crédits | Source : El País, 12/05/2021 |
| URL | http://journals.openedition.org/ccec/docannexe/image/12912/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 210k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Alicia Fernández García, « Une génération entre deux crises : jeunes précaires et indignés dans l’Espagne actuelle », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 28 | 2022, mis en ligne le 18 juillet 2022, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/12912 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccec.12912
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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