Les fractures de l’Espagne. De 1808 à nos jours
Benoît Pellistrandi, Les fractures de l’Espagne. De 1808 à nos jours. Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2022.
Texte intégral
1Cet ouvrage en format de poche est la version remaniée et actualisée d’une Histoire de l’Espagne. Des guerres napoléoniennes à nos jours, publiée chez Perrin à Paris en 2013. Il est divisé en quinze chapitres, dont les huit premiers (378 pages) couvrent les cent trente et une années allant de l’invasion napoléonienne à la fin de la guerre civile et les sept suivants (263 pages) les quatre-vingt années du franquisme et de la restauration démocratique. L’ensemble s’appuie sur une « bibliographie sélective » consistante et à jour (p. 671-706) et est complété par une chronologie et un toujours utile index des noms cités, révélateur de l’intérêt de l’auteur pour les personnalités de l’élite au détriment des figures plus populaires. Après une brève introduction justifiant le mot « fractures » du titre, l’auteur entreprend une fresque détaillée (parfois trop peut-être) de l’histoire contemporaine de l’Espagne, sans un état des lieux préalable (ne serait-ce que bref et concis) de la crise de l’Ancien Régime espagnol à la veille de l’intervention française.
2Le premier chapitre concerne les guerres napoléoniennes et « les fondements du nationalisme libéral ». Les opérations militaires y sont décrites par le menu et font l’objet d’une très utile carte (p. 16-18). L’intervention est légitimement définie « comme un détonateur plutôt qu’une origine » (p. 46) du processus révolutionnaire libéral et de celui conduisant à la naissance des nations hispano-américaines (p. 57). Sont évoquées les « fractures » et « les concurrences de projets » qui divisent les élites et conduisent aux choix bien connus : ralliement des afrancesados à Joseph 1er et à la Constitution de Bayonne, Cortès de Cadix, Constitution de 1812, oppositions radicales entre les premiers parlementaires. Le chapitre II est consacré à « la longue résistance » des partisans de l’Ancien Régime au cours du règne d’Isabelle II, à cet « affrontement entre les deux Espagne [qui] marque la vie politique, sociale et culturelle » jusqu’en 1868 : alternance de périodes constitutionnelles et absolutistes jusqu’à la mort de Ferdinand VII ; guerre civile entre libéraux et carlistes (on aurait aimé quelques paragraphes sur la sociologie des soutiens aux deux camps) ; les réformes politiques et économiques des premiers libéraux. S’il ne s’appesantit pas sur les diverses modalités de la réforme agraire libérale, l’auteur souligne avec raison qu’elle « n’a donc pas été une révolution sociale » et que « cette question essentielle marquera la vie politique [sic] espagnole des XIXe et XXe siècles » (p. 93). On passe un peu vite sur la loi Moyano de 1857 concernant l’instruction et sur ses conséquences (p. 100) ; de même que les causes de la « révolution de septembre » 1868 (bien identifiées depuis longtemps) sont un peu escamotées : ses « sources intellectuelles » (sic, p. 108 ss) et l’impopularité de la reine (p. 101-102) sont loin de tout expliquer. Les changements sociologiques et culturels sont négligés (p. 107). Pour le chapitre III sur les années 1868-1875, B. Pellistrandi a une formule qui résume tout : « la construction d’un forum politique stabilisé se heurte à la réalité d’une arène où s’affrontent toutes les forces, tous les intérêts et tous les projets concurrents. » (p. 117). Mais, privilégiant les élites du pouvoir, il ne s’intéresse pas non plus à la sociologie des « juntes locales « (p. 115) de 1868, ni aux forces émergentes : quasiment rien sur les débuts du mouvement ouvrier et paysan ; absence de définition dans l’emploi du mot « socialisme ». Plus loin, on trouvera des affirmations à la fois justes et fausses (donc contestables) du style : « la propagande bolchevique trouvera en Andalousie dès 1917 un vaste territoire de diffusion et d’action. » (p. 205).
3Le régime de la Restauration fait logiquement l’objet du quatrième chapitre, qui s’ouvre par un portrait (un peu long) du roi Alphonse XII, une évocation de ses péripéties matrimoniales et autres détails superflus. On reste perplexe devant quelques formules alambiquées, comme celles sur la monarchie (p. 156) ou discutables, comme celle selon laquelle en 1876 Cánovas « propose une constitution en adéquation avec l’esprit et l’histoire de l’Espagne » (p. 164), comme s’il ne s’agissait pas tout simplement d’un texte taillé pour que les classes dominantes exercent à leur guise le pouvoir de façon hégémonique. Un peu plus loin l’auteur estime que « le texte de 1876 n’est pas un texte démocratique, même s’il en a les formes et qu’il favorise l’apprentissage de la démocratie » (p. 166). Avec des élections truquées en permanence grâce au « turno pacífico » qui exclut tous ceux qui s’opposent au régime politique et économique, « l’apprentissage de la démocratie » tourna vite court. Le régime se donna certes les moyens de durer un demi-siècle mais il favorisa, faute de vraies réformes, l’accumulation des haines qui devaient éclater en 1936. B. Pellistrandi le reconnaît implicitement lorsqu’il écrit plus loin que « les tensions nationales, sociales et militaires » des deux premières décennies du XXe siècle disent « la profondeur d’un conflit intérieur en gestation et l’incapacité de la politique d’y apporter une réponse pacifique et négociée. » (p. 198).
4Soucieux tout au long de l’ouvrage, de faire de l’histoire comparative, l’auteur estime que « le cas espagnol n’est pas insolite mais correspondrait plus à cette lente politisation des masses, à une acculturation politique qui prend du temps et qui commence par un mouvement descendant des élites vers le peuple. » (p. 170). En fait « la politisation des masses » (p. 171) ne se fit pas – à notre avis – au rythme des élections, mais dans les associations carlistes et les organisations catholiques, les cercles républicains, libre-penseurs, socialistes ou autonomistes, dans les syndicats naissants, de tendance anarchiste ou socialiste, ou encore au sein des très nombreuses sociétés de secours mutuels. La crise coloniale et existentielle de 1898 est largement évoquée dans ses divers aspects, malgré, au passage, quelques généralités sur le rôle d’une « mouvance anarchiste » qui, ne se suffisant pas –soi-disant– de la liberté d’association instaurée par la loi de 1887 « borde (sic) l’action directe, la propagande par le fait, c’est-à-dire les attentats terroristes » (p. 188). Les « sociétés de résistance » créés par les militants de « la mouvance anarchiste » à partir de 1870 ou à partir de 1888 par les socialistes ? Les grèves menées pas ces syndicats ? Ignorées. L’auteur admettra cependant, sans s’attarder sur le sujet, que,» à partir de 1910, la Confédération Nationale du Travail, d’obédience anarchiste, confirme la vitalité du mouvement ouvrier. » (p. 201). Rien non plus sur ces innombrables émeutes contre les impôts d’octroi (motines de consumos), qui jalonnent la période de la Restauration et traduisent la résistance populaire et féminine contre la cherté des denrées de première nécessité.
5Arrivé à l’année 1917, l’auteur invite son lecteur à effectuer un retour en arrière dans un chapitre V consacré aux « transformations de l’Espagne du XIXe siècle » dans les domaines démographique et économique. B. Pellistrandi y insiste sur les facteurs qui ont freiné la croissance de la population : misère, taux de mortalité élevé, système de santé déplorable, épidémies ravageuses, émigration vers les Amériques et l’Algérie. Puis, il s’emploie à analyser « la voie espagnole vers la modernisation économique » et les « rythmes de la croissance économique » du pays (p. 217), ce qui se traduit par un taux de croissance par habitant passant de 0,34 % entre 1830 et 1860 à 1,01 % entre 1890 et 1910 (p. 219). Une économie marquée toutefois par la faiblesse de l’Etat et des finances publiques, et aussi par la lancinante question de la terre que les désamortissements n’ont pas réglée mais aggravée ; une « cassure » aux conséquences « sociales et politiques […] décisives » sur le long terme (p. 222-225). L’auteur passe ensuite en revue les divers secteurs : la mosaïque des agricultures avec la lente constitution d’un marché national et les exportations ; le rythme propre de « la révolution industrielle » espagnole et son épicentre barcelonais ; la faiblesse du capitalisme local et la dépendance financière et technologique vis-à-vis de certains pays voisins, illustrée par l’exemple bien connu de la construction du réseau ferré. Le secteur tertiaire est un peu oublié. Vient ensuite une analyse de la croissance « physique et spatiale » des villes d’une Espagne qui reste encore majoritairement rurale.
6Avec le chapitre VI, le lecteur reprend le fil d’un récit interrompu un temps. Il s’ouvre classiquement sur ce que l’on a coutume d’appeler « la crise finale du régime de la Restauration », crise à la fois « militaire, syndicale et politique » (p. 252), sans compter sa dimension coloniale (guerre du Rif et désastre d’Anoual). Comparatiste, B. Pellistrandi souligne que « la dictature de Primo s’inscrit dans le panorama européen des années 1920 qui voient se dresser tant de régimes autoritaires » (p. 263), alors que l’on a coutume de limiter la comparaison au régime mussolinien. L’auteur souligne le musellement des oppositions et la mise en place d’un parti unique, « la reprise de la croissance » et « la modernisation tous azimuts [qui] semble alors marquer le pays. » (p. 268), « la législation sociale [qui] conjugue paternalisme et respect des droits acquis (la journée de huit heures [sic]) » (p. 269). On aurait attendu ici quelques pages sur l’instauration de commissions paritaires et de conventions dans l’industrie et les services, au lieu de la très vague allusion de la p. 291. Conséquence : « la dictature jouit ainsi d’une réputation flatteuse que symbolise le développement d’une vie urbaine de plus en plus étincelante » (p. 269). « Une vie étincelante » que ne connaissent pas les paysans de Las Hurdes filmés en 1932 par Luis Buñuel (et évoqués aux pages 415-416), ni ceux qui vont se dresser à nouveau à partir de 1930-1931 pour sortir de la faim et de la misère. La culture n’est pas oubliée, avec une évocation de son fameux « âge d’argent » et celle des intellectuels dissidents, mais les écrivains de gauche comme César Arconada ou Ramón J. Sender sont passés sous silence. Bilan : « les années de la dictature sont des années brillantes et plutôt heureuses » (p. 274). Alors pourquoi son échec et sa brièveté ? B. Pellestrandi invoque les « conflits internes à l’armée [qui] affaiblissent le pouvoir » (p. 276), le manque d’homogénéité de ses soutiens, le non règlement de la question sociale et « le maintien de structures agraires profondément inégalitaires » (p. 280), la question de la structuration de l’Etat, et tout bonnement l’absence de démocratie à laquelle aspirent alors de plus en plus d’Espagnols.
7Le chapitre VII se demande pourquoi la République fut « impossible » car, à peine instaurée, elle se retrouve confrontée à des oppositions nombreuses. Conséquence : comme en 1873, « La République – selon l’auteur – c’est d’abord une utopie doublée d’un échec. » (p. 287). Dans la gestation du projet libéral républicain, la part belle est faite aux intellectuels et à ceux qui croyaient que « l’instruction scolaire » pouvait tout changer. Une fois au pouvoir, « les républicains » ne vont pas échapper à l’absence d’homogénéité de leur premier gouvernement, aux « craquements » lors de la rédaction de la Constitution, aux rivalités entre courants plus que divergents, à l’obstruction d’un Alejandro Lerroux décidé à chasser les ministres socialistes des gouvernements Azaña. Sans compter les coups envoyés par l’extrême-gauche et les forces réactionnaires. « Impossible », dans ces conditions, de gouverner et de réformer durablement. L’auteur évoque les faits majeurs, les aléas subis par les réformes (agraire, éducative, militaire, religieuse, territoriale) lors des trois périodes gouvernementales qui précèdent le 17 juillet, ainsi que la montée de la radicalisation politique.
8Un chapitre entier est consacré à la guerre civile. Après avoir fait le bilan historiographique des pertes humaines (tués, blessés, exilés) l’auteur explique pourquoi elle ne s’achève pas le 1er avril 1939 : « cette guerre s’inscrit dans une séquence qui court jusqu’en 1945 », et même au-delà car « la répression frappe encore après 1945 et l’état de guerre n’est levé qu’en 1948. » (p. 328). Quant à la responsabilité du déclenchement du conflit, il n’y a pas de discussion possible pour B. Pellistrandi : « c’est bien la rupture de cet ordre [institutionnel républicain], par la tentative de coup d’Etat du 18 juillet 1036, qui brise la République. Sans coup d’Etat, pas de guerre ! » (p. 320). Quant à ses causes profondes, elles tiennent dans cette phrase : la guerre « exprima une situation de profonde conflictualité liée à des situations historiques, sociales, culturelles, politiques, spirituelles, géographiques, économiques bien spécifiques. » (p. 329). S’interrogeant sur la nature de l’extrême violence des protagonistes, l’auteur se demande : « N’est-on pas, en certains endroits, dans une logique d’extermination des ennemis qui le sont moins par les armes que par leurs idéologies et leurs croyances, leurs engagements et leurs convictions ? » (p. 350). Plus loin, évoquant le triomphe de la loi du talion et les massacres qui répondent aux exécutions sommaires, B. Pellistrandi estime qu’au fil du temps « les logiques de l’extermination varient » (p. 362) et que l’extermination de l’adversaire de la part des nationalistes » révèle tout simplement la nature du régime à venir » (p. 363). Il admettra plus loin, au détour de la page 416, que la « guerre civile de 1936-1939 fut en partie une guerre de classes et [que] la violence des affrontements était liée à celle des rapports sociaux foncièrement inégaux. » Globalement, ce chapitre VIII est l’exposé convaincant de faits documentés comme la politisation de l’armée et ce qui a poussé une partie d’entre elle à renverser le régime, la dimension internationale du conflit et les implications étrangères, l’unification du commandement et du pouvoir chez les franquistes à l’inverse du camp adverse, les diverses séquences chronologiques du conflit et les stratégies des deux camps, l’hétérogénéité du camp dit « républicain », les affrontements suicidaires de mai 1937 entre anarchistes et communistes, la liquidation des « poumistes » par ceux-ci, les raisons de la prolongation de la guerre, le rejet des offres de paix sans représailles de Juan Negrín d’abord et du colonel Segismundo Casado ensuite. Ce chapitre VIII s’achève sur l’évocation de la mise en place du régime pendant et juste après la guerre, sur l’attitude de Franco et des résistants républicains pendant le conflit mondial, et enfin sur la guerre des mémoires de la guerre depuis l’érection de « la grande basilique-ossuaire » du Valle de los Caídos jusqu’aux lois dites « de mémoire historique » et au travail des associations soucieuses de retrouver les corps et les noms des victimes.
9Le chapitre IX est consacré à l’analyse du système politique mis en place par Franco. L’auteur ne se perd pas en tergiversations terminologiques sur la nature du Régime, qui à l’aune de l’historiographie anglo-saxonne oscille entre régime totalitaire ou régime autoritaire. Pour lui, il s’agit bel et bien d’une dictature fasciste qui, malgré l’évolution économique qui transforme la société espagnole à partir des années 60, ne déroge pas ou peu aux mécanismes de surveillance qui définissent une dictature. Les deux idées qui guident la réflexion de B. Pellistrandi portent sur les raisons de la longévité du régime. Le franquisme a su s’adapter aux changements géopolitiques de l’après-guerre et façonner un carcan idéologique qui a momentanément fourni une cohérence, face à l’entreprise de laïcisation qu’avait promue la IIe République. Le national-catholicisme qui permit à l’Eglise de retrouver ses prérogatives (surtout en matière d’enseignement) avec le soutien de l’Armée qui constituait « la colonne vertébrale et identitaire du franquisme » (p. 388), a offert un ferment suffisamment puissant pour contenir toutes les tentatives d’émancipation et contrer les oppositions qui mettraient en cause la légitimité du Caudillo. Le poids de l’Église est considérable et son influence au niveau diplomatique permet au Régime franquiste de se présenter comme un système fréquentable et incarnant en même temps un idéal social dont les racines réactionnaires plongent dans le discours des Donoso Cortés et Menéndez Pelayo depuis le XIXe siècle. Exclue du Plan Marshall, l’Espagne bénéficie en 1953 des capitaux américains liés à des accords militaires. Concession un peu inattendue pour un régime farouchement épris d’indépendance. Ce revirement, qui aurait mérité quelques développements, tient au contexte de la guerre froide, Washington considérant le régime franquiste comme le meilleur rempart pour endiguer les visées communistes en Europe occidentale.
10La modernisation économique et sociale de l’Espagne dont les effets ne se feront sentir qu’à partir des années 60, s’appuie sur une analyse solide des mutations de la société espagnole, nourrie par de nombreux indicateurs chiffrés qui pointent une phase de croissance sans précédent, dont les facteurs sont bien connus (investissements étrangers, envois d’argent des émigrés, expansion du tourisme de masse, pôles de développement), ce qui entraîne la progression spectaculaire du PIB. Pourtant, c’est à la faveur des troubles sociaux des années 1956, 1957, 1958, qu’un double mouvement se dessine, qui n’est pas le résultat d’une stratégie d’opposition, mais d’une convergence des luttes : l’agitation étudiante (le personnel étudiant appartient à la classe aisée qui soutient le régime) et l’éveil d’une nouvelle classe ouvrière. Ni les uns, ni les autres ne font confiance aux Syndicats Verticaux, en perte de vitesse. Si la mission Rueff Pinay n’avait pas volé au secours du Caudillo qui accepta de modifier son gouvernement en profondeur en nommant au sommet de l’État une cohorte de ministres technocrates, le Régime eût été aux abois. Le Plan de Stabilisation et les mesures économiques mises en place ont permis au gouvernement de Franco de trouver un nouveau souffle. B. Pellistrandi préfère insister sur le constat d’une « modernisation matérielle » de l’Espagne, dûment chiffrée et patente pour tous ceux qui traversaient la Péninsule ibérique, à la faveur des ruées touristiques vers les plages du Levant ou du Sud andalou. L’auteur a peut-être minimisé l’agitation étudiante de 1956 ; pourtant elle fut un signe de défection vis-à-vis du clan des vainqueurs dont l’assise sociale se trouvait sérieusement effritée. Or ces troubles constituaient les signes avant-coureurs d’un changement des mentalités en butte à l’archaïsme d’un système qui avait de plus en plus de mal à contrôler les esprits.
11Un nouveau syndicalisme ouvrier apparut sous l’influence du PCE dont le leader Santiago Carrillo prônait une nouvelle politique de « réconciliation nationale » pour éviter de se heurter frontalement aux serviteurs du Caudillo. B. Pellistrandi étudie avec de nombreuses données chiffrées les facteurs d’une indiscutable modernisation économique, mais il néglige l’analyse des composantes socio-idéologiques d’une nouvelle classe ouvrière qui associe et mobilise autant les communistes que les chrétiens de gauche des Confréries Ouvrières d’Action Catholique. Cerné par des difficultés intérieures croissantes, tant sociales que politiques, Franco songe à renouveler le personnel de son gouvernement en faisant appel à des ministres liés à l’Opus Dei plus au fait de l’économie de marché après avoir fait le plus souvent des études à l’étranger. Cette arrivée des « technocrates » assurera la modernisation de l’Espagne sans rien changer à la nature autoritaire du régime. L’auteur analyse les signes d’ouverture : encouragement des investissements étrangers, assouplissement des lois sur la presse (dites lois Fraga Iribarne), que les réticences de Carrero Blanco ne parviendront pas à repousser. L’accent est mis également sur les mutations, à la faveur du Concile Vatican II (1962-1965), de l’Église espagnole, qui devient sous la houlette du cardinal Tarancón « une force de proposition et de réconciliation entre les Espagnols » (p. 413). Par ailleurs, en 1971, l’épiscopat fait officiellement acte de repentir pour son attitude pro-franquiste pendant la guerre civile.
12B. Pellistrandi prend acte d’une modernisation indiscutable de la société espagnole, qui accède à un niveau de vie qui se traduit par l’existence d’une classe moyenne plus étoffée, même si les écarts régionaux laissent apparaître des poches de pauvreté. Il analyse en profondeur les données démographiques et les conséquences d’un exode rural massif au bénéfice de métropoles situées dans les régions à fort potentiel industriel (Catalogne, Pays Basque), dont le secteur automobile constitue le fleuron. L’auteur conclut le chapitre par ce constat : « Qu’on le veuille ou non, l’héritage économique et social du franquisme, avec ou contre Franco et ses lieutenants, a installé les fondements matériels d’une modernité en devenir » (p. 444).
13Avant même la mort de Franco, les chantres du Régime en font l’éloge et soulignent une « ère de paix » accompagnée d’une réussite économique sans précédents, face aux oppositions, en particulier, l’activisme politique basque de ETA. Le pouvoir se raidit dans un ultime sursaut meurtrier avec six condamnations à la peine capitale entre avril et septembre 1975, visant les « terroristes » basques ainsi que des membres du FRAP. C’est donc un avenir incertain qui s’ouvre et que l’auteur étudie en insistant sur le retour de la Monarchie en la personne de Juan Carlos 1er, qui peut faire craindre un réveil de la branche carliste. Quel changement peut alors espérer le peuple espagnol ? Quelle politique va suivre le roi, dont le pouvoir est somme toute limité ? Les partisans de la continuité (« le bunker ») sont à la manœuvre face à un personnel politique plus jeune, désireux d’opérer graduellement un changement politique. C’est tout le débat sur la transition politique, qui sidère les observateurs étrangers, alors que, selon l’historien Santos Juliá, les forces de l’opposition antifranquistes, auront contribué à l’avènement de la démocratie. Cette transition, comme l’avance B. Pellistrandi (p. 467) a été très largement « négociée » entre les élites de tous bords, les exemples les plus marquants étant la légalisation du PCE et le retour du leader catalaniste Josep Taradellas.
14Reste à expliquer « le succès de la transition démocratique ». B. Pellistrandi insiste sur le rôle clé du tandem Juan Carlos et Adolfo Suárez, dernier chef du « Mouvement », catholique convaincu, ancien Président de l’Action Catholique d’Avila, lié à l’Opus Dei et doté d’une intelligence politique remarquable, pour ne pas dévoiler ses intentions. Celui-ci envisage par la tenue d’un débat aux Cortès, encore aux mains des procuradores, d’’approuver une loi de Réforme politique, dont le but ultime est de démanteler ce qu’il reste des institutions franquistes. Adoptée aux Cortès, cette loi est soumise à référendum. Son approbation par 94,45 % des suffrages exprimés constitue une étape décisive qui ouvre la porte à une Espagne apparemment réconciliée. Cette transition aura été gérée avec une remarquable habileté de la part d’Adolfo Suárez, qui laissait entendre à chacun « le discours qu’il était en droit d’attendre » (p. 477). Telle fut l’ambiguïté de Suárez pour calmer les réticences, surtout du côté des militaires, et sa capacité à faire cohabiter des partis politiques que tout opposait, mais qui étaient prêts à jouer une partition démocratique.
15Le chapitre XII, consacré au succès de la Transition démocratique, éclaire à bien des égards les fragilités actuelles de l’Espagne. La rapidité de la Transition a pu étonner les observateurs étrangers, d’autant plus qu’elle s’est déroulée sans heurt majeur jusqu’au coup d’État avorté d’un lieutenant-colonel de la Garde Civile, Tejero, le 23 février 1981. Le caractère « pacifique » de cette Transition mériterait d’être nuancée, à la lumière des faits remis en lumière par des travaux récents, par exemple ceux de Sophie Baby (Violence politiques en Espagne, Casa de Velázquez, Madrid, 2012). Les 714 tués entre 1975 et 1978 passent par pertes et profits, puisque Pellistrandi ne retient que le succès final de l’adoption de la constitution de 1978, qui ancrait l’Espagne dans des pratiques démocratiques, dignes d’un standard politique européen, et était censée réconcilier les deux Espagne qui s’étaient affrontées depuis la fin de la Guerre civile : vainqueurs et vaincus. »
16Cette constitution s’attache en particulier à résoudre des conflits anciens, en particulier la question des autonomies et le sort des « nationalités » qui avaient été reconnues à l’époque de la Seconde République (Catalogne, Pays Basque, Galice), dont la spécificité s’est trouvée diluée dans l’octroi d’une large autonomie à l’ensemble des dix-sept régions. Constitutionnellement, l’Espagne n’est pas un Etat fédéral, mais un ensemble de « Communautés Autonomes », d’où les ambiguïtés qui demeurent encore aujourd’hui et qui au fil des décennies ont mis en évidence les insuffisances du texte constitutionnel. Les dirigeants nationalistes du Pays Basque ne manquent pas de rappeler que le peuple basque ne se reconnaît pas dans la Constitution de 1978.
17L’article 2 du Préambule, qui proclame « l’indivisible unité de la Nation espagnole » et en même temps « reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent », par l’interprétation qu’il permet, ne fait pas l’unanimité. Il alimente encore aujourd’hui les crises périphériques (voir l’imbroglio catalan d’octobre 2017 avec la proclamation d’indépendance). La question des particularismes régionaux est source de conflits à répétitions entre les conservateurs attachés à l’unité du territoire et les nationalistes radicaux prompts à revendiquer leurs aspirations à davantage d’autonomie.
18Ce point-là à lui seul éclaire la tentative de coup d’État de Tejero, qui n’a pas trouvé le soutien indispensable de l’Armée, mais l’idée demeure dans le secteur conservateur que l’instauration de la démocratie entraîne avec elle le chaos politique. Les pages que B. Pellistrandi consacre à l’origine du complot, ourdi aussi par un secteur de la société civile, n’a toujours pas fait de la part des historiens l’objet de recherches approfondies. Ce qu’il faut surtout retenir de ce chapitre, c’est bien sûr l’ancrage définitif de l’Espagne dans l’État de droit, et aussi la montée en puissance des partis nationalistes de la périphérie. Pellistrandi rappelle à juste titre, dans l’analyse des scrutins électoraux, le hiatus des choix qui donnent la préférence à des représentants des grands partis nationaux (PSOE vs Alianza Popular puis Parti Populaire) et les personnalités issues du nationalisme pour les Parlements régionaux.
19« L’économie espagnole entre miracle et mirage » fait l’objet du chapitre XIII. Selon B. Pellistrandi, l’ancrage du pays dans la démocratie coïncide avec une période de croissance sans précédent « qui crée une société de consommation et une nouvelle hiérarchie des valeurs et de la conception de la vie, sans parler de la restauration de l’image internationale de l’Espagne » (p. 516). Sous l’égide du gouvernement socialiste de Felipe González, l’Espagne intègre la Communauté Européenne et adopte l’euro avec le gouvernement de Manuel Aznar. Mais l’embellie de l’économie espagnole dopée par les aides européennes aura été de courte durée, la crise financière de 2008 incitant les gouvernants à prendre des mesures d’austérité, qui portent un coup terrible au pouvoir d’achat des salariés. B. Pellistrandi analyse dans le détail les politiques économiques dictées par « un environnement international profondément modifié par la mondialisation » (p. 517). La crise financière de 2008 a détruit des millions d’emplois dans les secteurs de l’automobile, de la construction navale et du bâtiment, avec un taux de chômage atteignant les 26 % en 2013. Cette situation a mis à mal les succès économiques engrangés sous le gouvernement Aznar dont la politique économique tendait à faire croire à l’efficacité du néo-libéralisme. L’argent roi prouve une fois de plus que la financiarisation de l’économie n’est pas toujours au service de la création de richesses et que les retombées socio-économiques ne sont pas toujours au rendez-vous. Voilà, une nouvelle « fracture » quelque peu escamotée par l’auteur, même si elle n’est pas spécifique à l’Espagne.
20L’intégration économique de l’Espagne au Marché européen, malgré ses avatars, aura permis au pays de trouver sa place parmi les nations modernes. Mais ce qui vaut au niveau international masque mal l’émergence de nouvelles dynamiques territoriales, nées de la décentralisation, avec des compétences fiscales très différentes d’une Communauté à l’autre (p. 533 sq.), à tel point que cela peut expliquer la surenchère de la part de certains nationalistes catalans et basques, la fièvre nationaliste étant en partie fondée sur l’existence d’une fiscalité mal pensée par l’État central et que Pellistrandi n’a pas suffisamment mise en question, préférant insister sur des tensions sociétales liées à l’évolution démographique et les changements de mentalités (divorce, mariage pour tous, politique familiale, perte d’influence de la religion). Sur ce dernier point, l’auteur nuance la sécularisation de la société espagnole, en rappelant que ce qui avait choqué les Espagnols lorsque Manuel Azaña avait déclaré que « L’Espagne a cessé d’être catholique », totalement excessif à l’époque, le demeure encore aujourd’hui en 2020 où « de nombreux mouvements spirituels se sont développés et que l’Opus Dei à partir de l’université de Navarre contribue encore largement à la vie collective espagnole » (p. 551). Ce chapitre se clôt sur la « massification et homogénéisation culturelle » et le rôle tenu par les médias à l’instar de ce qui se passe dans le monde occidental, avec une place particulière vouée au sport.
21Les deux derniers chapitres (XIV et XV) forment en fait un tout puisque l’auteur y aborde l’avenir de l’Espagne, à la fois politique et institutionnel, dont le récent imbroglio catalan (déclaration d’indépendance d’une prétendue République de Catalogne) est bien l’illustration d’un système politico-administratif, peut-être arrivé à son terme et qui demanderait une révision constitutionnelle, dans laquelle aucun parti de gouvernement (de gauche ou de droite) n’ose véritablement s’engager, compte tenu des risques entretenus par le séparatisme périphérique catalan (et basque dans une moindre mesure). C’est en s’appuyant sur l’analyse des résultats électoraux que l’auteur montre le manque d’homogénéité politique de ces nationalismes, traversés par des contradictions idéologiques notoires qui recouvrent le traditionnel clivage droite /gauche et qui rendent opaques les véritables visées sur une structure étatique décentralisée ainsi que les chemins pour y parvenir.
22L’analyse du clivage droite/gauche affecte aussi les partis de gouvernement en matière économique. B. Pellistrandi constate que l’ère Felipe González n’a pas échappé à une tentation libérale, favorisant la renaissance de la gauche radicale (Izquierda Unida) qui se fera au détriment de la capacité des socialistes à transformer les déséquilibres de l’économie de marché (p. 589). Voilà une évolution en tout point semblable à ce qui est advenu aux partis socialistes de l’Europe de l’Ouest dans le sillage de Tony Blair. La politique mémorielle (p. 598-604), censée réviser le fameux pacte du silence sur lequel repose l’édifice de la constitution de 1978 n’est pas de nature à assainir les passions, et les vieux réflexes risquent de surgir à tout moment et de remettre en cause les acquis de la Transition. Mais une démocratie stabilisée n’est-elle pas en mesure d’affronter ce défi ? C’est la question à laquelle B.Pellistandi apporte une timide et brève réponse – mais on ne peut pas demander à l’historien de prédire l’avenir. Le bilan des fragilités de l’Espagne d’aujourd’hui fait que des incertitudes hypothèquent l’avenir : instabilité économique récurrente et aggravée par l’épidémie de covid ; érosion de l’autorité des partis de gouvernement concurrencés par de nouvelles formations (Podemos à gauche, Ciudadanos au centre, Vox à droite) ; perte de légitimité de la Couronne depuis les scandales qui ont terni le rôle central de Juan Carlos dans la Transition et que Philippe VI peine à rétablir ; gestion délicate des ressources économiques tant au niveau national que régional qui conduit à adopter des plans d’austérité. Tout cela pèse sur l’avenir de l’Espagne.
23Benoît Pellistrandi insiste longuement sur la crise catalane de 2017 dans le chapitre « L’Espagne en question » ; il explique comment l’emballement, voué à l’échec, à proclamer une République catalane par Carles Puigdemont et le gouvernement de la Généralité pouvait grever l’avenir de l’Espagne. Le débat qui a surgi entre constitutionalistes à propos de l’article 2 n’est peut-être pas l’essentiel. Selon Benoît Pellistrandi la complexité du problème trouve son origine dans les rapports que la gauche espagnole a établi avec les nationalismes basque et catalan depuis son combat contre le franquisme. L’auteur pose une question de fond sur l’organisation territoriale de l’État, en signalant la contradiction qui traverse la gauche espagnole depuis l’instauration de la démocratie : « La démocratie espagnole est-elle une nation de citoyens et d’individus ou une articulation politique de régions à l’intérieur desquelles s’exerce la souveraineté ? Le patriotisme sera-t-il constitutionnel ou ethnique, fondé sur des droits universels ou au contraire sur des identités territoriales ? » (p. 637-638).
- 1 Le fondateur des Cahiers… en fit un compte rendu détaillé et critique lors de sa sortie. Voir Jacqu (...)
24Le mérite de cet ouvrage est de mettre à la disposition d’un public francophone une nouvelle synthèse ambitieuse de l’histoire contemporaine de l’Espagne, depuis les convulsions tragiques du passage de l’Ancien Régime jusqu’aux réalités et difficultés de l’Espagne actuelle. Elle vient après celle publiée en 2009 par cinq autres historiens, constamment révisée, augmentée et rééditée.1 Comme la première édition de cet ouvrage collectif, celui de B. Pellistrandi, sans négliger les grandes transformations économiques sur deux siècles, privilégie le politique par rapport au social. Et aussi (nous l’avons signalé en cours de route), les élites aux couches moyennes et populaires, les figures de cette élite aux dirigeants populaires. Ce n’est pas faute de bibliographie sur ces protagonistes des « fractures » espagnoles, qu’il s’agisse de la sociologie du carlisme, des libéraux de toutes nuances, des classes ouvrières ou paysannes dans leur diversité, des professions libérales, administratives ou commerçantes.
25Malgré son indéniable rigueur, l’ouvrage de B. Pellistrandi, qui s’attache à montrer les « fractures » sociales et spirituelles sans négliger les évolutions économiques, présente quelques omissions et confusions. Nous en avons déjà signalé quelques-unes. On peut en mentionner d’autres, par exemple à propos de la Seconde République. Lorsqu’il résume les péripéties ayant conduit à l’adoption des statuts d’autonomie accordés à la Catalogne, au Pays Basque et à la Galice (p. 310-313), il omet de préciser que ce droit était inscrit dans la Constitution de 1931, puis il donne à penser (p. 312) que les diverses étapes et conditions prévues par l’article 12 (qu’il ne mentionne pas) n’ont concerné que le Pays Basque, alors que ce n’est pas le cas. Lorsqu’il évoque les trois élections législatives de la Seconde République au chapitre VII, il passe sous silence l’attitude théorique des anarchistes face au vote et l’impact de la participation ou non des militants et sympathisants libertaires sur l’issue des trois scrutins législatifs. Or, il est établi que leur participation contribua pour partie aux succès des listes de gauche en juin 1931 et février 1936 et leur abstention au succès des droites fin 1933. Il est vrai que B. Pellistrandi, pourtant bien documenté, semble avoir des lacunes dans sa connaissance du mouvement socialiste, communiste et libertaire, si l’on en croit le peu d’importance qu’il accorde au rôle de ces courants jusqu’en 1936. A moins qu’il s’agisse pour lui d’une volonté se démarquer des « historiens marxistes ». Autant il est prolixe, par exemple, sur les opérations militaires de la guerre d’Indépendance, les kilomètres de voies ferrées ou la vie conjugale du roi Alphonse XII (douze), autant il est discret sur les effectifs du PSOE, de l’UGT et de la CNT (sans parler des organisations qui la précèdent depuis 1870), leurs programmes, leurs revendications, leurs tactiques ou encore sur le cycle des grèves menées par les deux organisations syndicales. D’une façon plus large, les pratiques associatives et culturelles des classes populaires, la diversité et la prolifération de leurs réseaux de sociabilité jusqu’à leur anéantissement par le franquisme, ne retiennent quasiment pas son attention.
26Dans la partie consacrée au franquisme, on est étonné de voir fixé à « cent mille » seulement le nombre « des exilés et des vaincus » de la guerre réfugiés en France (p. 380) ; d’autre part, on aurait souhaité quelques explications plus précises sur le système de nomination et de fonctionnement des Cortès mises en place en 1942, dont il est simplement affirmé (p. 389) qu’elles étaient « représentatives sans pouvoir législatif », alors que ses membres n’étaient pas désignés au suffrage universel et que ces Cortès étaient de nature corporatiste ; de quelle « représentativité » s’agit-il dès lors ? Dans les passages consacrés à l’économie franquiste, on aurait aimé une analyse du rôle fondamental de l’Institut National d’Industrie plus complète que les quelques lignes qui lui sont consacrées à la page 437, ou de l’impact des « pôles de développement » sur les transformations socio-économiques. Enfin, si comme il est dit justement, « la société, dans ses expressions les plus modestes parfois, a conduit, elle aussi, le changement » lors de la Transition (p. 467), pourquoi ne pas avoir précisé quelles organisations ou personnalités populaires en furent les agents et quelles méthodes (grèves, concerts, manifestations, etc.) furent mises en œuvre pour peser sur les événements.
27Quoi qu’il en soit, la synthèse de Benoît Pellistandi est si foisonnante que ce compte rendu ne peut prétendre avoir fait état de toute la richesse de son information et de ses micro-analyses. En faisant appel à des approches variées, à la fois politique, économique, sociologique, l’auteur livre à son public un travail rigoureux et solidement fondé. En définitive, il propose aux hispanistes et à tous celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Espagne contemporaine un état des lieux à la fois précis et complet de ses « fractures », jusqu’aux plus récentes.
Notes
1 Le fondateur des Cahiers… en fit un compte rendu détaillé et critique lors de sa sortie. Voir Jacques Maurice, » Jordi Canal (dir.), Sophie Baby, Jean-Philippe Luis, Stéphane Michonneau et Mercedes Yusta, Histoire de l’Espagne contemporaine de 1808 à nos jours. Politique et société », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 7 | 2010, mis en ligne le 18 février 2011, consulté le 28 mai 2023. URL : http://journals.openedition.org/ccec/3549 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccec.3549
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Référence électronique
Gérard Brey et Claude Le Bigot, « Les fractures de l’Espagne. De 1808 à nos jours », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 11 juillet 2023, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/14668 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccec.14668
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