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Études
Dossier : « Textes, images, symboles : construire les légitimités politiques dans l’Espagne du XIXe siècle »
Corps institutionnels et groupes sociaux

Le discours antinobiliaire en Espagne à la fin du XVIIIe et dans la première moitié du XIXe siècle

Opinions against Nobility and noblemen in Spain from late-eighteenth to mid-nineteenth century
El discurso antinobiliario en España de finales del siglo XVII a mediados del XIX
Arnaud Pierre

Résumés

Depuis au moins la fin du XVIIIe siècle, il existait en Espagne un courant d’opinion qui, s’il ne remettait pas en cause l’existence même de la noblesse, était très critique envers certains hidalgos, présentés comme oisifs, pauvres et inutiles à la société. Dans la première moitié du XIXe siècle, ce discours critique s’élargit à une dénonciation parfois virulente de « l’aristocratie », l’élite de l’ordre, assimilable aux détenteurs d’un titre de noblesse (titre de Castille). Si la critique n’est pas surprenante de la part des libéraux progressistes, elle l’est plus de la part des libéraux modérés ou de positionnements plus conservateurs. Ce travail, qui se veut une contribution à l’Histoire des cultures politiques espagnoles du premier XIXe siècle, présente le discours hostile à la noblesse durant cette période. Il s’agira de voir comment ce discours majoritaire orienta le libéralisme espagnol au moment où ses défenseurs organisaient la société issue de la révolution.

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Notes de l’auteur

Cet article reprend et amplifie une partie de ma thèse de doctorat, intitulée « La concession de nouveaux titres de Castille en Espagne dans la première moitié du XIXe siècle (1808-1854). Révolution et renouvellement de élites », sous la direction de Jean-Philippe Luis (†) et Louis Hincker, Université Clermont-Auvergne, Clermont-Ferrand, 2021.

Texte intégral

Los aristócratas se llaman en los gobiernos monárquicos brazo del Estado; en los gobiernos representativos apenas sirven de pié; lo que es cabeza no lo serán nunca en España porque dicen algunos que… que no la tienen.

  • 1 Juan Rico y Amat, Diccionario de los Políticos, o verdadero sentido de las frases y voces más usado (...)

1Ce commentaire peu amène en exergue apparaît dans le Diccionario de los políticos (1855) de l’écrivain Juan Rico y Amat1. Affirmer que les aristocrates ne peuvent pas prétendre à un rôle de direction politique de l’État par manque de solidité intellectuelle voire d’intelligence était en réalité un cliché littéraire, très partagé de surcroît : Rico y Amat, proche de la fraction la plus conservatrice du parti modéré, n’était pas l’auteur le plus susceptible de s’attaquer aux nobles.

  • 2 Sur l’histoire des cultures politiques espagnoles, Miguel Ángel Cabrera y Juan Pro Ruiz (dir.), La (...)
  • 3 Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, Paris, Éd. du Seuil, 2003, p. 13-14.
  • 4 José Caso González et Georges Demerson, « La sátira de Jovellanos sobre la mala educación de la nob (...)
  • 5 Isabel Burdiel, « Análisis prosopográfico y Revolución Liberal. Los parlamentarios valencianos (183 (...)

2Cet article a pour objectif d’analyser le discours antinobiliaire en Espagne dans la première moitié du XIXe siècle et ses conséquences dans la pratique politique des dirigeants de l’Espagne devenue définitivement constitutionnelle à partir de 1834. Il s’inscrit donc dans une Histoire des cultures politiques libérales2. Serge Berstein définit une culture politique comme « l’ensemble des représentations, porteuses de normes et de valeurs, qui constituent l’identité des grandes familles politiques »3. Il s’agira de montrer qu’un discours antinobiliaire existait en Espagne depuis le XVIIIe siècle au moins, bien étudié par l’historiographie moderniste4, mais qu’il se limitait à la dénonciation de certaines attitudes. Repris et amplifié dans les premières décennies du XIXe siècle, où il est moins l’objet d’analyses directes5, presque généralisé, il orienta l’architecture constitutionnelle de l’Espagne libérale, et servit d’argument politique aux différents groupes libéraux en compétition pour le pouvoir.

3Dans un premier temps, nous caractériserons le discours antinobiliaire du XVIIIe siècle à travers les œuvres de José Cadalso, Leandro Fernández de Moratín ou Gaspar Melchor de Jovellanos, dont l’attitude peut paradoxalement sembler moins hostile à la noblesse traditionnelle que la législation de Charles III. Dans un deuxième temps, à travers l’analyse de textes de José María Blanco White, Javier de Burgos, Joaquín Francisco Pacheco, Juan Donoso Cortés, Manuel Sánchez Silva, le marquis de Miraflores et certaines sources judiciaires, nous montrerons l’ampleur et la force de celui du XIXe, qui tend à dépasser les clivages partisans. Enfin, nous montrerons comment ce discours orienta l’architecture constitutionnelle libérale, et put servir (quoique de façon secondaire) à la lutte libérale contre certains projets réactionnaires.

Les Lumières et la critique de la noblesse oisive

  • 6 Enrique Soria Mesa, La nobleza en la España moderna: cambio y continuidad, Madrid, Marcial Pons Edi (...)

4La noblesse espagnole était extrêmement diverse et le groupe nobiliaire, caractérisé par l’existence de privilèges légaux, comptait une hidalguía nombreuse et souvent pauvre, une noblesse moyenne accaparant souvent le pouvoir municipal et une haute noblesse titrée. Cette dernière, et elle seule, représentait l’aristocratie6.

  • 7 Nicolas Le Roux et Martin Wrede (dirs.), Noblesse oblige: identités et engagements aristocratiques (...)
  • 8 Bartolomé Bennassar (dir.), Histoire des espagnols: VIe - XXe siècle, Réimpr., Paris, Laffont, 2007 (...)

5De façon générale, au XVIIIe siècle, ce n’est pas la noblesse en tant que telle qui est critiquée par de nombreux auteurs, mais une fraction de celle-ci : la noblesse pauvre, considérée comme oisive et inutile à l’État, en plus de son orgueil mal placé. L’Espagne n’est pas un cas isolé, car il s’agit d’une tendance largement européenne7. Il est vrai que l’existence dans ce pays d’une « petite noblesse dotée de quelques privilèges »8, les hidalgos, si nombreux dans le nord de la Péninsule, rendait le problème particulièrement aigu.

6De nombreux ilustrados dénonçaient l’absurdité d’une noblesse pauvre, José Cadalso par exemple. Dans l’une des scènes les plus célèbres des Cartas Marruecas (publiées en 1789 mais rédigées plusieurs années auparavant), il écrit :

Au Maroc nous n’avons pas idée de ce que par ici on appelle noblesse héréditaire, par conséquent tu ne me comprendrais pas si je te disais qu’en Espagne il y a non seulement des familles nobles mais aussi des provinces qui le sont par hérédité. Moi-même qui en suis témoin je ne le comprends pas. […]

  • 9 José Cadalso, Cartas marruecas, Madrid, Espasa Libros, 2011, lettre XII : « En Marruecos no tenemos (...)

Il y a quelques jours, je demandai si la voiture était prête, car mon ami Nuño était malade et je voulais lui rendre visite. On me dit que non. Au bout d’une demi-heure, je posai la même question, et j’eus la même réponse. Passée une autre demi-heure, je demandai, et on me répondit de même, et peu après on m’annonça que la voiture était préparée, mais que le cocher était occupé. Je m’enquis de l’occupation en descendant les escaliers, et lui-même m’informa en allant à ma rencontre et me disant : - Bien que cocher, je suis noble. Quelques-uns de mes vassaux sont venus et ont voulu me baiser la main pour emporter cette satisfaction chez eux, c’est pourquoi j’ai été retenu, mais j’en ai fini. Où allons-nous ? Et sur ces mots, il monta sur la mule et l’attela à la voiture9.

7Même si cette situation était en réalité assez improbable dans l’Espagne des années 1770, car un señor de vasallos, un possesseur de seigneurie, devait rarement être réduit à la fonction de cocher, la satire des prétentions de la noblesse pauvre est ici très claire. Il semble, au vu de la remarque qui introduit l’anecdote, que Cadalso visait surtout les privilèges provinciaux. Mais le problème représenté pour la hiérarchie sociale par l’existence de nobles pauvres, voire très pauvres, suscitait les réflexions de nombreux auteurs. Quelques années après Cadalso, Gaspar Melchor de Jovellanos, dans sa Sátira de la mala educación de la nobleza (1787), commence par moquer aigrement un noble dépenaillé :

  • 10 J. Caso González y G. Demerson, « La sátira de Jovellanos sobre la mala educación de la nobleza…», (...)

Vois-tu, Arnesto, ce majo dans sept varas
de toile grossière enveloppé, aux favoris
de trois pouces qui enlaidissent son visage,
maigre, pâle et faible, qui au coin
de la rue d’en face nous guette
d’un air torve et innocent ?10.

  • 11 F. Baras Escolá, El reformismo político de Jovellanos, op. cit.

8Pour lui, l’existence d’une noblesse pauvre était une aberration, car elle remettait en cause la société d’ordres en diminuant le respect que le peuple devrait éprouver pour un groupe idéalement dévoué à la cause de l’État11. En effet, au-delà du rejet de la noblesse pauvre, Jovellanos considérait que la noblesse ne devait en aucun cas être le groupe paresseux, orgueilleux et inculte qu’il était, selon des stéréotypes assez largement partagés à la fin du XVIIIe siècle. Cadalso imagine par exemple un charmant jeune noble andalou, tout en se lamentant sur la perte que sa grande paresse représente pour l’État ou la société :

  • 12 J. Cadalso, Cartas marruecas, op. cit., lettre VII: « -¿Cuáles fueron sus primeras lecciones?-pregu (...)

- Quelles ont été vos premières leçons ? -demandai-je
- Aucune –répondit le jeune homme- ; je savais déjà bien lire un poème et jouer quelques séguedilles ; de quoi de plus un gentilhomme a-t-il besoin ? Mon précepteur a bien essayé d’aller dans les détails, mais cela lui a très mal réussi, et lui est allé encore pire. […] En partant, je suis monté à cheval, en me disant à moi-même à voix basse : ainsi s’éduque une jeunesse qui pourrait être si utile si l’éducation était égale au talent !12

  • 13 Félix María de Samaniego, Fábulas morales, Algete, Madrid, Jorge A. Mestas, 2001, Livre I, IX, El H (...)
  • 14 Leandro Fernández de Moratín, La Mojigata, Primera edición, Barcelone, Castalia Ediciones, 2015. Vo (...)

9Une telle critique était un lieu commun de la littérature ilustrada : chez le fabuliste Félix María Samaniego, un chien est chassé par son maître parce qu’il vit paresseusement « comme un comte »13. Leandro Fernández de Moratín, quelques années plus tard, dans la Mojigata, fait du personnage de don Claudio, naïf et peu intelligent, un hidalgo oisif et sans vocation14. À la critique de la paresse s’ajoutait, logiquement, celle d’un orgueil mal placé car non fondé sur le mérite personnel, mais sur des ancêtres plus ou moins éloignés. Dans El sí de las niñas, le personnage ridicule et prétentieux de doña Irene donne à Moratín l’occasion d’une satire des prétentions à la noblesse :

  • 15 Leandro Fernández de Moratín, El sí de las niñas, 11e éd., Madrid, Ed. Cátedra, 2014, acte I, scène (...)

DOÑA IRENE : La petite, telle que vous la voyez, est le portrait craché de sa grand-mère, que Dieu lui pardonne, doña Jerónima de Peralta… J’ai à la maison son portrait, vous l’y aurez vu. Et ils l’ont fait faire, à ce que madame me disait pour l’envoyer à son oncle consanguin le révérend frère Sérapion de Saint Jean Chrysostome, évêque désigné du Michoacán.
DON DIEGO : Ouais.
DOÑA IRENE : Et le bon religieux est mort en mer, ce qui a été une perte pour toute la famille… Au jour d’aujourd’hui nous regrettons toujours sa mort ; particulièrement mon cousin don Cucufa, échevin perpétuel de Zamora, qui ne peut pas entendre parler de son Illustration sans fondre en larmes15.

  • 16 José Moñino y Redondo, comte de Floridablanca, Censo español, executado de orden del rey, Fac-Simil (...)
  • 17 Novísima recopilación de las leyes de España: dividida en XII libros en que se reforma la recopilac (...)
  • 18 Ibid., cédule royale du 18 mars 1783.

10Le gouvernement royal lui-même était d’avis que la noblesse pauvre représentait un problème à résoudre : le comte de Floridablanca se félicite, dans l’introduction du censo qui porte son nom (1787), d’avoir réduit le nombre de nobles « […] aux individus utiles et qui contribuent [au bien de l’État] »16. La législation de Charles III insistait sur la nécessité pour les nobles et les prétendants à la noblesse d’accomplir des services au roi et à l’État, afin de mériter leur statut. Cette législation royale, parfois très contestée17, insistait sur le fait que les mérites pouvaient être très variés : la cédule royale du 18 mars 1783 ouvrait l’accès à la noblesse à de nombreux travailleurs manuels (tailleurs, forgerons, savetiers)18, ce qui était inconcevable pour Jovellanos.

  • 19 Antonio Morales Moya, « Una interpretación de la nobleza española en el siglo XVIII », in Grupo de (...)
  • 20 Emilio La Parra López, La alianza de Godoy con los revolucionarios: España y Francia a fines del si (...)
  • 21 León del Arroyal, Pan y Toros. Obra apologética en defensa del estado floreciente de la España, dic (...)

11Pour les hommes des Lumières, par conséquent, il y avait beaucoup à critiquer dans la noblesse espagnole. Mais cette critique visait essentiellement la noblesse pauvre et oisive, c’est-à-dire, d’une certaine façon, la noblesse qui ne devrait pas l’être, la petite hidalguía. Au contraire, les nobles qui accomplissaient des services en faveur de l’État jouissaient d’une haute considération. Ce n’est ni l’ordre ni le groupe en tant que tels qui subissaient des critiques, ce qui était d’autant plus logique que l’ensemble des auteurs cités, et des élites espagnoles en général, pouvait être considéré comme appartenant à la noblesse ou à une situation para-nobiliaire, définie par la jouissance de l’avant-nom don ou doña19. Une critique plus radicale se développa dans les dernières années du XVIIIe siècle20. Dans le célèbre opuscule satirique Pan y Toros (1793), León del Arroyal attaque l’ensemble de la situation politique espagnole, et avec elle tous les rangs de la noblesse, moquée pour sa vanité (« Chez nous la noblesse et l’héroïsme poussent comme oignons et poireaux […]. Heureuse Espagne, toi qui as su découvrir que la vertu et le mérite sont liés aux hidalgos, et qu’il est impossible de les découvrir chez qui n’a pas un grand-père avec le Don »), y compris les plus grands seigneurs : « Qui ne cesserait de concevoir une opinion sublime de nos nobles affairés à offrir ces spectacles barbares, honorer les toreros, récompenser le désespoir et la folie, et protéger les hommes les plus grossiers de la république ? »21.

12Au siècle suivant, la critique de la noblesse prit des formes tout aussi variées, et dans la continuité des Lumières « radicales », engloba l’aristocratie dans sa critique.

Une critique généralisée de la noblesse ?

  • 22 Valentín Céspedes y Aréchaga, « “Confusión de estados”: el fin de la nobleza llana », Aportes, 2015 (...)

13Nous verrons que les critiques faites à la noblesse du XIXe siècle visent toutes les strates du groupe, surtout sa partie supérieure. De fait, entre 1836 et 1847, l’abolition de tous les privilèges propres à l’hidalguía ne laisse plus subsister légalement qu’une seule sorte de noblesse : l’aristocratie titrée22. Ces critiques n’impliquent cependant pas vraiment l’idée que l’aristocratie n’a pas de raison d’être : au contraire, le problème est qu’elle n’accomplit pas le rôle historique qui devrait être le sien.

  • 23 Sur Letters from Spain, voir Juan Luis Simal, « Letters from Spain: The 1820 Revolution and the Lib (...)

14On peut interpréter sous cet angle la critique sévère que José María Blanco White effectue de tous les échelons de la noblesse dans ses Letters from Spain (1822)23. À cette date, Blanco est bien intégré à la société britannique : il habite en Angleterre depuis 1810, a abjuré le catholicisme et est pasteur anglican. Il porte sur l’Espagne, qui n’est pas son principal sujet de préoccupations, le regard condescendant d’un membre des élites britanniques, proche des conservateurs tories. La ridicule noblesse espagnole n’est pour lui qu’un des nombreux aspects négatifs d’une culture dominée par un catholicisme étroit. Il commence par s’en prendre à l’hidalguía pauvre, dans la droite ligne des discours ilustrados :

  • 24 José María Blanco White, Letters from Spain by don Leucadio Doblado, Londres, Henry Colburn and co, (...)

Comme l’Hidalguía se développe à travers tous les mâles dont le père jouit de ce privilège, l’Espagne est envahie par la petite noblesse, qui gagne sa vie dans les plus méchants emplois. La province des Asturies ayant offert asile à cette petite proportion de la nation qui a préservé le nom et le trône espagnols contre les efforts des conquérants Arabes, il ne doit pas y avoir beaucoup de natifs de ce canton montagneux qui, même aujourd’hui, ne peuvent pas montrer un titre légal aux honneurs et immunités […] Mais les circonstances sont étrangement changées. Les Asturies sont l’une des provinces les plus pauvres d’Espagne, et les nobles habitants n’ayant, pour la plupart, pas hérité d’autre patrimoine de leurs ancêtres qu’une forte musculature, sont obligés d’en faire usage parmi les tribus plus faibles du sud. Dans cette capitale de l’Andalousie [Séville] ils ont, littéralement, occupé tous les emplois de porteurs d’eau, portiers et valets de pied24

15Mais il étend l’attaque à l’aristocratie :

  • 25 Ibid., p. 33. « Surrounded by their own dependents, and avoided by the gentry, who are seldom dispo (...)

Entourés de leurs propres dépendants, et évités par la petite noblesse, qui est rarement disposée à une relation dans laquelle prévaut le sentiment de son infériorité, peu de Grands sont exempts des conséquences naturelles d’une telle vie –ignorance crasse, vanité intolérable, et parfois, bien que rarement, une forte dose de vulgarité. Je voudrais, cependant, être juste, et en aucune façon attribuer à des individus tous les vices de leur classe. Mais je crois que j’exprime l’opinion commune dans le pays sur ce point. Les grands se sont dégradés eux-mêmes par leur comportement servile à la Cour, et ont suscité une grande réprobation par leurs intolérables grands airs à l’étranger. Ils ont ruiné leurs biens par leur mauvaise gestion et leur extravagance, et appauvri le pays en négligeant leurs immenses possessions. S’il devait y avoir une révolution en Espagne, l’orgueil blessé, et l’esprit de parti, leur dénieraient dans la constitution la part de pouvoir à laquelle ils auraient droit par leurs terres, leurs anciens droits, et l’influence qui leur reste. Par conséquent, exclus de leur responsabilité première et essentielle de maintenir l’équilibre des pouvoirs entre le trône et le peuple, les Grands espagnols resteront un poids très lourd pour la nation25.

16La violence de l’attaque de Blanco White est explicable par son parcours ; il semble que pour lui, l’aristocratie britannique soit un modèle. Il comptait en son sein quelques amis. Quant à l’accusation de s’être avilis dans une soumission à la Monarchie devenue absolue, son principal argument, elle apparaît chez de nombreux auteurs. En 1813, dans son Discurso sobre el origen de la Monarquía y sobre la naturaleza del Gobierno Español, Francisco Martínez Marina, l’un des pères du discours historiographique libéral, était déjà arrivé à une conclusion similaire :

  • 26 Francisco Martínez Marina, Discurso sobre el origen de la Monarquía y sobre la naturaleza del Gobie (...)

En ce temps-là [les VIIIe-XIsiècles] la noblesse héréditaire, cette classe qui est toujours ennemie du peuple, ce fléau de l’ordre social, forma au milieu de la nation une autre nation, un autre état, un corps nombreux, agité et turbulent dont les prétentions ambitieuses et l’esprit d’insubordination se heurtait en permanence à l’autorité du Prince et aux droits du peuple26.

  • 27 Emilio La Parra, Manuel Godoy. La aventura del poder, Barcelone, Tusquets, 2005.

17Pour Martínez Marina, le pouvoir royal était parvenu à rallier à lui l’aristocratie espagnole en l’attirant par des prébendes, et l’avait progressivement soumise à son bon vouloir. Pour de nombreux auteurs postérieurs, les rois étaient si bien parvenus à leurs fins que l’aristocratie ne représentait plus véritablement la moindre menace pour l’équilibre politique du pays ; plus encore, elle était véritablement décadente, incapable d’incarner ou de diriger la lutte contre l’absolutisme. Ce qui par ailleurs faisait peu de cas de l’opposition aristocratique à Godoy et au gouvernement de Charles IV dans les dernières années de l’Ancien Régime27.

  • 28 Javier de Burgos, Anales del reinado de doña Isabel II, Madrid, Mellado, 1850, vol. I, p. 260: « co (...)
  • 29 Juan Donoso Cortés, Historia política de la Regencia de la reina doña María Cristina de Borbón, Mad (...)

18C’était l’opinion de l’ancien afrancesado Javier de Burgos, « comme si [l’aristocratie] subsistait encore, après avoir perdu en 1808 toutes ses immunités et ses prérogatives »28. Chez Juan Donoso Cortés, l’aristocratie est un principe barbare et germanique de désordre, domestiquée en Espagne à partir de l’époque des Wisigoths par la religion catholique, puis soumise par les Rois Catholiques et Philippe II29. Chez le député progressiste Manuel Sánchez Silva, auteur des Semblanzas de los señores diputados a Cortes que han figurado en la legislatura de 1849 a 1850 (1850), le portrait du duc d’Albe, Jacobo FitzJames Stuart y Ventimiglia, est l’occasion d’une remarque d’ordre général qui repose sur la même idée, « l’abdication » de ses devoirs par l’aristocratie :

  • 30 Manuel Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes que han figurado en la legislatu (...)

Nous n’avons jamais pu savoir pourquoi la grandesse espagnole critique l’agrandissement des classes moyennes, quand elle a volontairement abandonné toute intervention dans les affaires publiques. Certains des principaux titres d’Espagne méritent le respect du fait de l’origine de leur grandeur, mais tous sont dignes de compassion tant ils s’occupent mal de leurs propres intérêts30.

19Une analyse plus poussée de ce que Sánchez Silva appelle « l’abdication » de son rôle par l’aristocratie est effectuée par Joaquín Francisco Pacheco, dans ses Lecciones de derecho político-constitucional, publiées en 1845 et tirées des leçons qu’il avait prononcées à l’Ateneo de Madrid en 1844 et 1845. Dans cet ouvrage, le leader des puritanos (l’aile gauche du parti modéré) développe longuement le rôle qui selon lui doit être attribué à l’aristocratie dans un état constitutionnel, et estime que l’ancienne aristocratie espagnole n’est plus en état d’accomplir ce rôle. Imprégné de la vision libérale de l’Histoire espagnole, Pacheco estime que l’aristocratie commit au XVIe siècle l’erreur de s’allier aux Habsbourg contre le peuple (il fait allusion aux Comuneros et aux Germanías), moment à partir duquel elle perdit tout pouvoir politique tout en gardant sa prééminence sociale. Réduite à n’être plus qu’un groupe « d’humbles courtisans », l’aristocratie n’a plus depuis plusieurs siècles le rôle directeur qui aurait dû être le sien, dans la droite ligne de Montesquieu : celui d’équilibre entre le despotisme royal et les dérives du peuple :

  • 31 Joaquín Francisco Pacheco, Lecciones de derecho político-constitucional, Madrid, Ignacio Boix, 1845(...)

Seulement, cette Aristocratie courtisane et couverte de broderies se réduisit en esprit, son ancienne audace s’affaiblit, et elle sentit que ses épaules étaient impuissantes à soutenir les grandes affaires publiques qui auparavant avaient pesé sur elles. Il ne put jamais cesser d’y avoir quelques rares Hommes d’exception en son sein qui rappelassent leurs illustres ancêtres ; mais la classe en général, le plus grand nombre, apparut sans aucun doute diminuée, pusillanime, indigne de son ancien nom31.

  • 32 David Cannadine, The decline and fall of the British aristocracy, 1st Vintage Books ed., New York, (...)
  • 33 William D. Rubenstien, « The Evolution of the British Aristocracy in the Twentieth Century: Peerage (...)

20Pour lui, cependant, l’aristocratie espagnole avait connu la même évolution que toutes ses consœurs européennes, à l’exception de l’aristocratie britannique qui avait conservé, à travers la Chambre des Lords, un rôle déterminant d’équilibre politique et de modération dans les institutions. Si Pacheco a évidemment raison de souligner la persistance du pouvoir politique de l’aristocratie britannique32, il affirme ensuite que l’aristocratie britannique était bien plus ouverte que l’espagnole, et caractérisée par un grand degré de fermeture. Ce lieu commun était quant à lui erroné : l’historiographie a montré que la nobility britannique était l’une des plus fermées d’Europe, bien plus, sans conteste, que celles d’Espagne ou de France33.

Les individus face à la noblesse : une pratique ambigüe

  • 34 A. Pierre, La concession de nouveaux titres de Castille en Espagne…, op. cit.
  • 35 Francisco Cadenas Allende, Documentación nobiliaria procedente de la Cámara de Castilla que se cons (...)

21Le discours antinobiliaire du XIXe siècle n’empêchait pas que les Espagnols fussent toujours attachés à ces marques de prestige qui, durant les premières décennies du siècle, continuaient à impliquer un certain nombre de privilèges. Entre 1808 et 1854, 265 individus obtinrent la création en leur faveur d’un ou plusieurs titres de noblesse34. Par ailleurs, un ouvrage ancien a recensé dans les archives du Conseil de Castille, pour la même période, 134 dossiers individuels sollicitant la concession de tous les échelons de noblesse possibles, depuis l’hidalguía jusqu’au titre de noblesse35. On pourrait en conclure que le discours antinobiliaire, assez général dans les textes, ne l’était pas dans la pratique. Cette conclusion ne serait pas tout à fait exacte. En effet, s’il est vrai que les titres de noblesse maintinrent un grand prestige tout au long de la période, de nombreux individus éprouvaient peu d’intérêt pour eux, et l’administration absolutiste elle-même paraît parfois avoir souhaité relativiser la primauté de la noblesse.

  • 36 Rafael Zurita Aldeguer, « El progresismo. Héroes e Historia de la Nación liberal », in María Cruz R (...)
  • 37 Adrian Shubert, Espartero, el Pacificador, trad. Eva Rodríguez Halffter, Barcelona, Galaxia Gutenbe (...)

22Sur le premier élément, il convient de rappeler à quel point la culture politique progressiste valorisait la modestie et l’idéal du serviteur de l’État que les honneurs et les richesses n’intéressent pas36, se retirant dans la vie privée une fois son travail accompli, tel un moderne Cincinnatus37. La comtesse d’Espoz y Mina, doña Juana de la Vega, veuve du guérillero Francisco Espoz y Mina, explique dans ses Mémoires les raisons pour lesquelles elle refusa avec ténacité que le régent Espartero lui concédât la Grandesse d’Espagne en plus de son premier titre :

  • 38 Juana M. de la Vega, comtesse d’Espoz y Mina, Memorias, Madrid, Tebas, 1977, p. 364: « […] la recom (...)

[…] la seule récompense à laquelle j’aspire est l’estime et l’approbation des amis de Mina […] Toute autre grâce, de quelque classe qu’elle soit, ne ferait que me tourmenter, comme le fait depuis longtemps le premier titre que j’acceptai parce que vous me dîtes que je n’avais pas le choix ; et si vous vous informez vous saurez que les amis qui ont eu des relations de quelque intimité avec moi depuis que je l’ai accepté, ne m’appellent pas ainsi parce qu’ils pensent que cela ne me plairait pas. […] Je peux vous assurer, parce que personne ne le sait mieux que moi, que l’un des plus grands regrets que mon époux emporta au tombeau fut de n’avoir pas pu réaliser son souhait de conclure sa carrière comme simple particulier38.

  • 39 Archivo General del Ministerio de Justicia (AGMJ), Condesa de Espoz y Mina, Exp. 1914, doc. 12.
  • 40 M. Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes… op. cit., p. 212-213 : « Empezaremo (...)

23Doña Juana finit sa vie en accord avec ce qu’elle exprimait dans ses mémoires : elle refusa explicitement de demander que sa Grandesse lui survécût39. Les progressistes identifiaient souvent leurs opposants modérés comme d’ambitieux collectionneurs de récompenses, ce qui était une excellente occasion de satire. Sánchez Silva s’amuse beaucoup avec le marquis de Valdegamas : « Nous commencerons en disant qu’il s’agit de M. Donoso Cortés, et en cela nous lui faisons une faveur spéciale, puisque son titre, étant si moderne et ne provenant pas d’un mérite notoire, n’est probablement pas connu en Espagne, en dehors de Madrid, par plus de vingt personnes »40.

  • 41 Pedro Agustín Girón, marquis de las Amarillas, Recuerdos, Pampelune, Universidad de Navarra, 1978, (...)

24Cependant, même chez les modérés, nous pouvons retrouver chez plusieurs individus les traces d’une relative distance vis-à-vis des titres de Castille ou de la Grandesse. Le marquis de las Amarillas, Pedro Agustín Girón, estima offensant lors de la présentation des premiers próceres de la Chambre Haute, en 1834, de n’avoir pas été convié à se présenter avec les Grands : s’il pouvait admettre de passer derrière des ducs d’Osuna ou de l’Infantado, les autres « […] par leur ascendance et leurs richesses ne valaient pas mieux que moi, et par leurs services et ceux de leurs pères et grands-pères valaient beaucoup moins ; j’ai cru avoir un juste motif de m’incommoder des choses de ce Pays »41. Le fier marquis demanda et obtint la Grandesse avec le titre de duc d’Ahumada. À l’en croire, il s’agissait surtout d’empêcher une telle injustice de se reproduire. Mais d’autres, en dépit de tous les honneurs accumulés, ne demandèrent jamais de titre de noblesse, tel Francisco Martínez de la Rosa. José de Salamanca ne demanda le marquisat par lequel il est connu qu’en 1864, après qu’il eût perdu une bonne partie de sa fortune.

  • 42 Manuel Pando y Fernández de Pineda, Marqués de Miraflores, Memorias para escribir la Historia conte (...)

25Le seul défenseur de l’aristocratie titrée durant la période est un auteur modéré, Manuel Pando y Fernández de Pineda. Il faut dire que le marquis de Miraflores, deux fois Grand d’Espagne, était très concerné par les critiques faites au groupe auquel il appartenait. Pour Miraflores, à la différence de la quasi-totalité de ses contemporains, l’aristocratie espagnole avait joué un rôle important dans la défense et le rétablissement de la liberté. S’il ne contredit pas Martínez Marina et estime qu’à partir du XVIe siècle l’aristocratie perdit beaucoup de son poids politique, il n’insiste pas sur son ralliement aux Habsbourg et affirme qu’elle fut une amie du peuple : « Sa main n’opprima pas le peuple, non, jamais : au contraire, ce fut une main amie : ses privilèges, quand elle les eut, gagnés à la lance contre les Maures, disparurent avec les libertés castillane et aragonaise lorsque Charles Quint et les Philippe firent remplacer cette aristocratie par la seule qui ait été forte durant les règnes qui suivirent […] l’aristocratie des employés publics »42.

  • 43 Ibid., p. XLVI : « […] no habrá quien extrañe pague yo un tributo de justicia a la alta aristocraci (...)
  • 44 Antonio Manuel Moral Roncal, « Las Juntas y Diputación permanente de la Grandeza de España (1815‑18 (...)

26Son principal argument, en revanche, l’oppose à tous les autres. Il affirme que l’aristocratie fut un des piliers de la lutte contre les Français en 1808 et contre l’absolutisme sous le règne de Ferdinand VII, périodes pendant lesquelles elle aurait défendu les proscrits avec un grand courage : « […] personne ne s’étonnera que je rende un juste hommage à la haute aristocratie ; une classe dont les passions et l’esprit de parti aspireront en vain à souiller et obscurcir la conduite désintéressée et généreuse »43. En généralisant, à contre-courant, au sujet d’une aristocratie titrée philo-libérale et généreuse, Miraflores commettait la même erreur que ceux qu’il souhaitait contredire : l’aristocratie espagnole n’avait aucune identité, stratégie ou action politique en tant que groupe44, pas plus que les autres strates de la noblesse. Elle était traversée par des oppositions parfois radicales, et si certains de ses membres purent exercer une influence politique importante au XVIIIe et au XIXe siècle, c’était en tant qu’individus et non en tant qu’aristocrates.

  • 45 I. Burdiel, « Analisis prosopográfico y Revolución Liberal… », op. cit.
  • 46 Jean-Philippe Luis, « La construcción inacabada de una cultura política realista », in Miguel Ángel (...)
  • 47 Sur les disensos, Georges Demerson, Sexo, Amor y Matrimonio en Ibiza durante el reinado de Carlos I (...)

27Mais avant même le triomphe du libéralisme, dont on sait que la version espagnole était bien plus plébéienne que la version française ou britannique45, certains individus appartenant à ce que Jean-Philippe Luis appelait la culture politique « royaliste » (realista)46 avaient déjà exprimé une vision de la noblesse qui relativisait son importance sociale. En 1819, un disenso (procédure juridique par laquelle des enfants sollicitaient l’autorité royale contre leurs parents afin d’obtenir l’autorisation de se marier que ces derniers leur refusaient) opposa devant l’Audience de Barcelone les barons d’Abella à leur fille Raimunda. La jeune fille souhaitait épouser José Calasanz Abad y Casades, un commerçant minorista (c’est-à-dire propriétaire d’une boutique, par opposition à un grossiste) et ses parents jugeaient inadmissible que leur haute noblesse fût souillée par une alliance avec un vulgaire tendero de vara, un petit épicier47. Or le corregidor de Barcelone, le général Francisco Copons, le capitaine-général de Barcelone, le général Francisco Javier Castaños, et les magistrats de l’Audience considérèrent tous que l’opposition des parents était irrationnelle : selon la Pragmatique Sanction de Charles III du 26 mars 1776, l’irrationalité de l’opposition des parents justifiait que les pouvoirs publics autorisassent le mariage demandé. L’Audience de Barcelone considérait en effet que la supposée différence de classe n’en était pas une, le commerce étant tout aussi honorable que la baronnie :

  • 48 AGMJ, Barón de Abella, Exp. 1499, doc. 66 : « Que al paso que conviene mantener la diferencia de cl (...)

En même temps qu’il convient de maintenir la différence de classes dans les gouvernements Monarchiques, il n’est pas nécessaire ni prudent d’observer sur la question des mariages une distinction aussi rigoureuse que celle que les Romains observèrent en d’autres époques […]. Cette gradation paraît devoir être observée entre les classes du peuple sous un gouvernement Monarchique comme le nôtre de manière à ce que l’on ne confonde pas les premiers rangs de la noblesse avec les derniers de la plèbe, mais que les premiers de celle-ci se rapprochent des derniers de celle-là ; ainsi, en même temps que l’on conserve la distinction nécessaire entre les classes, on peut également maintenir le lien entre les uns et les autres dans l’ordre social […]. Dans le cas présent il s’agit d’un mariage entre la fille d’un noble et un marchand plébéien. […] José Calasanz Abad, bien que plébéien, est commerçant, et n’est par conséquent pas de la dernière classe du peuple, parce que le commerce n’est pas réputé entre nous pour un office inférieur […]. De façon que les nobles ne dédaignent pas d’exercer, comme beaucoup le font, la profession mercantile. Il n’y a donc pas de grande inégalité entre les deux qui prétendent à l’autorisation48.

  • 49 A. Pierre, « El Caso Abella (1819-1820)…», op. cit.

28Il semble que l’on retrouve dans ce jugement l’héritage des Lumières : la noblesse est acceptée et considérée comme un élément important de la société, mais elle n’en constitue pas un élément à part. La stratification sociale hiérarchique ne doit pas impliquer une séparation stricte entre nobles et plébéiens, ce qui implique une certaine diminution des prétentions nobiliaires. Cette position, qui caractérisait les partisans d’une Monarchie éclairée et les opposait aux réactionnaires49, peut être considérée comme anticipant les réflexions menées par le Conseil d’État libéral dans les années 1840.

29Ce dernier s’appuyait avant tout sur les réflexions libérales qui estimaient que, malgré la décadence de l’ancienne aristocratie espagnole, celle-ci devait être refondée.

Les tentatives avortées du Conseil Royal en faveur d’une refondation de l’aristocratie

  • 50 Pablo Sánchez León, « Aristocracia fantástica: los moderados y la poética del gobierno representati (...)
  • 51 J. F. Pacheco, Lecciones de derecho político-constitucional, op. cit., p. 145 : « La capacidad, la (...)

30Joaquín Francisco Pacheco était un juriste respecté, et fut l’un des principaux théoriciens d’une refondation de l’aristocratie. Lui et d’autres auteurs modérés, comme Andrés Borrego, entendaient le terme dans sa conception étymologique : les meilleurs (aristoi), au sens d’une supériorité morale intrinsèque qui susciterait de la déférence et pacifierait les relations politiques en plaçant le peuple dans la position subordonnée qui lui correspondait50. Cette supériorité, que l’on trouverait plutôt chez les intellectuels, se fondait sur des mérites supérieurs. Dans ce cadre, il était judicieux d’accroître le prestige des individus possédant ces mérites supérieurs par des titres de noblesse. Mais comme la notion de mérite est éminemment subjective, les penseurs libéraux utilisèrent la richesse et la capacité (entendue souvent au sens étroit de niveau d’études) comme mesure tangible : « La capacité, la position, la richesse, voilà trois éléments d’inégalité notoires et bien définis »51.

  • 52 Emmanuel de Waresquiel, Un groupe d’hommes considérables: les pairs de France et la Chambre des pai (...)

31Le modèle britannique, idéalisé, inspirait les libéraux du continent52, et offrait avec la Chambre des Lords un exemple-type : une Chambre Haute réservée à l’aristocratie, qui y siégeait de droit, et dont les titres et le pouvoir maintenaient (supposément) la déférence des inférieurs en unissant ancienneté, richesse et mérites.

  • 53 Teresa María Navarro Caballero, « El Consejo de Estado. Origen histórico y regulación actual a la l (...)
  • 54 Sa manifestation la plus complète dans le dossier du futur comte de la Patilla : AGMJ, Conde de la (...)

32Le Conseil Royal (renommé Conseil d’État en 1860) avait été créé par la Constitution de 1845, et comme le Conseil d’État de la Constitution de 1812, il s’inspirait de ses homonymes, qu’ils fussent d’Ancien Régime ou napoléonien. Cependant, à la différence du Conseil d’État français, les membres de l’institution ne formaient pas un corps, et leurs avis n’avaient jamais de valeur contraignante53. Pourtant, le Conseil tenta d’élaborer une jurisprudence cohérente, inspirée du libéralisme conservateur et de la législation de Charles III54, qui eût permis d’intégrer une aristocratie titrée, fondée sur le mérite et la richesse, aux institutions libérales.

  • 55 C’est le cas pour José María Quiñones de León y Vigil : AGMJ, Marqués de Montevirgen, Exp. 1313, do (...)
  • 56 V. Céspedes y Aréchaga, « “Confusión de estados”: el fin de la nobleza llana », op. cit.
  • 57 AGMJ, Marqués de O’Gavan, Exp. 218, doc. 2-2.
  • 58 AGMJ, Marqués de Cúllar de Baza, Exp. 40, doc. 38.
  • 59 Juan I. Marcuello Benedicto, « Próceres y senadores en el reinado de Isabel II », in Manuel Pérez L (...)

33La résolution du 25 mars 1775 affirmait que, pour les concessions de titres de Castille, le roi privilégierait les trois critères de noblesse, mérites et richesse. Lorsque les magistrats du Conseil Royal se référaient à cette résolution, ils considéraient que le critère de noblesse était systématiquement rempli, ils l’ignoraient même dans certains cas55, ce qui était normal pour des libéraux qui avaient aboli peu à peu toutes les différences statutaires entre hidalguía et estado llano56. Les mérites exigibles devaient être « exceptionnels ou au moins très notables »57, et accomplis en faveur de l’État ou de la Nation. Quant à la richesse, elle devait au minimum impliquer une rente de 60 000 réaux, ce qui était aussi la rente minimale pour accéder au Sénat. Le Conseil cherchait par conséquent à définir des critères exigeants pour les bénéficiaires d’un nouveau titre de Castille, qui auraient ainsi formé une aristocratie légitime apte automatiquement à entrer au Sénat58, où elle aurait dans l’idéal exercé la fonction modératrice qui devait être la sienne59.

  • 60 Il s’agit du marquis de Cúllar de Baza (1848), du baron de las Rodas (1847) et du comte de Torre No (...)
  • 61 M. Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes…, p. 14, 47 et 174.

34L’échec évident de cette tentative de définir une aristocratie libérale s’explique par l’attitude des gouvernements, qui ne se privaient pas d’ignorer les avis du Conseil Royal pour des raisons de clientèle et de patronage : au moins trois prétendants obtinrent un titre pour lequel le Conseil Royal avait émis un avis négatif ; ils avaient un frère député60. Or, le népotisme des gouvernements ne faisait que renforcer l’opinion hostile à la noblesse, surtout parmi les progressistes. Sánchez Silva, très hostile aux députés qui recevaient des fonctions rémunératrices dans l’administration, n’est pas beaucoup plus indulgent envers ses collègues titrés : il se moque du marquisat de Pedro José Pidal, de celui de Donoso Cortés, des prétentions du vicomte du Cerro de las Palmas (tout en insinuant peut-être, discrètement et judicieusement, qu’il est l’amant d’Isabelle II) et de la soif de croix et d’honneurs du comte de Revillagigedo61.

  • 62 Exemple dans AGMJ, Conde de Torre Pando, Exp. 862, doc. 11.
  • 63 F. Baras Escolá, El reformismo político de Jovellanos, op. cit. Sur les majorats, Bartolomé Clavero (...)

35De plus, en tentant de recréer une équivalence entre Sénat et aristocratie par le biais du niveau de richesse, le Conseil Royal entrait dans un débat dont il ne pouvait pas sortir vainqueur : il suggérait en effet qu’il pourrait être utile de recréer des majorats62, sans vraiment le dire, et pour cause : peu d’institutions d’Ancien Régime étaient aussi impopulaires dans l’opinion libérale que les majorats, considérés depuis les Lumières comme un obstacle aux progrès de l’agriculture63. La tentative avortée de créer des sénateurs héréditaires, et par conséquent des majorats, aboutit à un échec qui ôta toute crédibilité aux tentatives d’intégrer l’aristocratie en tant que groupe aux institutions constitutionnelles.

  • 64 Juan Pro Ruiz, Bravo Murillo: política de orden en la España liberal, Madrid, Síntesis, 2006 ; Juan (...)
  • 65 Andrés Borrego, De la organización de los partidos en España, [1855], Madrid, Centro de Estudios Po (...)
  • 66 Ramón de Santillán, Memorias (1815-1856), Pampelune, Universidad de Navarra, 1960, vol. I, VI, 10.

36Le ministère de Juan Bravo Murillo (1851-1852), qui selon son biographe Juan Pro représente un des moments-clés de la constitution de l’administration espagnole moderne, fut également celui d’une tentative de restriction drastique du caractère libéral du régime64. À la fin de l’année 1852, Bravo Murillo dévoila plusieurs projets constitutionnels qui allaient dans ce sens. Parmi ceux-ci, un projet visait à créer des sénateurs héréditaires (les Grands d’Espagne), autorisés à ce titre à rétablir un majorat. Andrés Borrego, l’un des principaux opposants de Bravo Murillo, ne considérait pas cette partie de la réforme comme manifestement scandaleuse. Cela ne l’empêchait pas de s’y opposer65. Il n’était pas le seul, puisque même un ami de Bravo Murillo comme l’était Ramón de Santillán considérait que créer des sénateurs héréditaires était critiquable66. Le seul partisan décidé des projets du Président du Conseil était le marquis de Miraflores, dont le conservatisme fervent se doublait d’une défense de l’aristocratie à laquelle il appartenait.

  • 67 Isabel Burdiel, Isabel II: una biografía (1830-1904), Madrid, Taurus, 2010, p. 240 et sq.
  • 68 Juan Pan-Montojo, « La Cámara de los ‘intereses permanentes de la sociedad’: el Senado español bajo (...)
  • 69 E. de Waresquiel, Un groupe d’hommes considérables, op. cit, p. 161‑212 ; Guy Antonetti, Louis-Phil (...)

37On connaît l’opposition généralisée rencontrée par le projet de Bravo au sein des différentes opinions libérales67, qui entraîna sa chute et celle des gouvernements qui le suivirent et tentèrent la même politique. En 1857, dans le cadre de la réaction qui suivit le Bienio progresista (1854-1856), une réforme constitutionnelle créa bel et bien des sénateurs héréditaires, les Grands d’Espagne, et les autorisa à fonder un majorat. L’opposition que rencontra la réforme conduisit à son abrogation dès 1864, tandis que la loi sur les majorats ne fut même pas rédigée68. On peut se demander pourquoi la reine et les groupes les plus conservateurs de la classe politique espagnole, ses conseillers favoris, s’acharnèrent à vouloir remettre en vigueur une hérédité à la Chambre Haute. Ce n’était en effet pas nécessairement à leur avantage : en France, la Chambre des Pairs héréditaire avait manifesté une indépendance certaine, et Louis-Philippe avait accueilli avec satisfaction l’abolition d’une hérédité qui renforçait sa mainmise sur la Chambre Haute69. À moins qu’il ne se soit agi d’une option purement idéologique, il est possible que les partisans d’un Sénat partiellement héréditaire aient compté sur la docilité communément attribuée aux Grands vis-à-vis du pouvoir. Si tel est le cas, le discours antinobiliaire avait imprégné jusqu’aux défenseurs de l’aristocratie.

Conclusion

  • 70 Pedro Rújula, « La Guerre d’Indépendance et les origines politiques de la Contre-Révolution », in J (...)

38Dans la première moitié du XIXe siècle, l’aristocratie espagnole n’avait pas bonne presse. Alors qu’au XVIIIe siècle, la noblesse pauvre avait concentré l’essentiel des critiques, l’aristocratie fut englobée dans le rejet à partir des premières années du XIXe siècle. En général, il ne concernait pas les individus en tant que tels, mais le groupe, auquel on attribuait une unité d’action dont il était bien incapable. Pourquoi cette impopularité ? Le libéralisme espagnol eut en effet une connotation antinobiliaire certaine, que l’on peut attribuer à l’émergence d’un discours historique qui place l’aristocratie titrée du côté des Habsbourg et du despotisme, contre le peuple, tandis que les principaux mouvements politiques du temps, libéralisme ou absolutisme, reposaient sur la mobilisation plus ou moins voulue et contrôlée des masses populaires qui s’étaient déjà dressées contre Napoléon70. L’aristocratie, dans ce contexte, apparaissait comme à la traîne, quand elle ne s’était pas compromise avec Joseph Bonaparte. Enfin, il ne faudrait peut-être pas écarter l’hostilité latente éprouvée par les hidalgos, qui représentaient d’une façon ou d’une autre l’ensemble des groupes intermédiaires et des fonctionnaires du roi, envers une aristocratie titrée considérée comme hautaine.

39Or ce discours dominant et hostile fut intégré par les différentes cultures politiques espagnoles de la première moitié du siècle : il était particulièrement fort chez les progressistes, il était également fort chez les modérés, en dépit de leur tendance à distribuer les titres (parce que l’aristocratie serait incapable d’exercer l’influence positive qu’elle possèderait au Royaume-Uni), et existait également au sein du royalisme et, surtout, de son successeur carliste (parce que le peuple était carliste et trahi par des élites).

  • 71 Francisco Cánovas Sánchez, El Partido Moderado, Madrid, Centro de Estudios Constitucionales, 1982, (...)

40Un tel discours eut, logiquement, des conséquences dans l’organisation institutionnelle : en dépit de quelques tentatives avortées, l’aristocratie titrée, en tant que groupe, n’eut aucun ancrage institutionnel : à l’exception de L’Estamento de Próceres de l’Estatuto Real (1834‑1836) et de la réforme de 1857 abrogée en 1864, les Chambres Hautes libérales n’intégrèrent jamais une quelconque hérédité, considérée comme antilibérale. Le consensus opposé aux projets de Bravo Murillo met en évidence l’ampleur du rejet d’un Sénat en partie héréditaire. En dépit du modèle britannique, à la différence de la France qui expérimenta durant plus de quinze ans une Chambre Haute héréditaire, l’Espagne abandonna presque immédiatement cette possibilité. Certains historiens, comme Francisco Cánovas Sánchez, insistent sur la dimension aristocratique du Sénat de la Constitution modérée de 1845, en rappelant que près de la moitié des sénateurs possédaient un titre de Castille71. En réalité, ce chiffre met en avant la reconnaissance de certains individus titrés à l’élite politique, mais montre précisément l’absence de lien organique entre aristocratie ou Sénat.

41Or, en ne parvenant pas, volontairement pourrait-on dire, à doter la nouvelle « aristocratie légitime » ou « nécessaire » d’une signification institutionnelle, les libéraux espagnols la privaient de sens. Posséder un titre n’impliquait plus de privilèges de quelque ordre que ce fût, au-delà du prestige indéniable qu’il conservait.

42Le discours antinobiliaire dominant durant la première moitié du XIXe siècle eut pour effet de contribuer à une perte de sens expérimentée par l’aristocratie à partir du moment où la société libérale censitaire créait une élite de citoyens caractérisée par la capacité et le niveau de revenu. Être noble n’était plus qu’une forme parmi d’autres de reconnaissance de l’appartenance aux élites espagnoles.

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Notes

1 Juan Rico y Amat, Diccionario de los Políticos, o verdadero sentido de las frases y voces más usados entre los mismos, 2e éd., Madrid, Andrés y Compañía, 1855, p. 62.

2 Sur l’histoire des cultures politiques espagnoles, Miguel Ángel Cabrera y Juan Pro Ruiz (dir.), La creación de las culturas políticas modernas, 1808-1833, Madrid / Zaragoza, Marcial Pons / Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2014 ; María Cruz Romeo y María Sierra (dirs.), La España liberal, 1833-1874, Madrid / Zaragoza, Marcial Pons / Prensas de la Universidad de Zaragoza, 2014.

3 Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, Paris, Éd. du Seuil, 2003, p. 13-14.

4 José Caso González et Georges Demerson, « La sátira de Jovellanos sobre la mala educación de la nobleza (Versión original, corregida por Meléndez Valdés) », Bulletin hispanique, 1959, n° 614, p. 365‑385 ; Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la ilustración, Madrid, Alianza, 2005 ; Julio Álvarez Rubio, Profesiones y nobleza en la España del Antiguo Régimen, Madrid, Colegios Notariales de España, 1999 ; Fernando Baras Escolá, El reformismo político de Jovellanos, Universidad de Zaragoza, 1993; Antonio Juan Calvo Maturana, Cuando manden los que obedecen: la clase política e intelectual de la España preliberal (1780-1808), Madrid, Marcial Pons, Ed. de Historia, 2013.

5 Isabel Burdiel, « Análisis prosopográfico y Revolución Liberal. Los parlamentarios valencianos (1834-1854) », Revista de estudios Políticos, 1996, n° 93, p. 123-138. Voir également Xosé Ramón Veiga Alonso, « El liberalismo conservador, orden y libertad », in María Cruz Romeo y María Sierra (dirs.), La España liberal, 1833-1874, op. cit., p. 289‑316.

6 Enrique Soria Mesa, La nobleza en la España moderna: cambio y continuidad, Madrid, Marcial Pons Ediciones de Historia, 2007, p. 21‑56 ; Raphaël Carrasco et Béatrice Perez, « Les pouvoirs de la noblesse : définitions, moyens et clientèles Introduction », E-Spania. Revues interdisciplinaires d’études hispaniques médiévales et modernes, 2019, n° 34.

7 Nicolas Le Roux et Martin Wrede (dirs.), Noblesse oblige: identités et engagements aristocratiques à l’époque moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017. Voir notamment les contributions de N. Le Roux, M. Wrede et E. Haddad : Nicolas Le Roux, « Introduction », p. 7‑23 ; Elie Haddad, « La construction sociale de la noblesse d’épée dans le royaume de France à l’époque moderne », p. 27‑48 ; Martin Wrede, « De la haute noblesse à la semi-noblesse. Formes d’existence nobiliaire en Europe au XVIIIe siècle », p. 47‑68.

8 Bartolomé Bennassar (dir.), Histoire des espagnols: VIe - XXe siècle, Réimpr., Paris, Laffont, 2007, p. 1097.

9 José Cadalso, Cartas marruecas, Madrid, Espasa Libros, 2011, lettre XII : « En Marruecos no tenemos idea de lo que por acá se llama nobleza hereditaria, con que no me entenderías si te dijera que en España no sólo hay familias nobles, sino provincias que lo son por heredad. Yo mismo que lo estoy presenciando no lo comprendo. […] Pocos días ha, pregunté si estaba el coche pronto, pues mi amigo Nuño estaba malo y yo quería visitarle. Me dijeron que no. Al cabo de media hora, hice igual pregunta, y hallé igual respuesta. Pasada otra media, pregunté, y me respondieron lo propio, y de allí a poco me dijeron que el coche estaba puesto, pero que el cochero estaba ocupado. Indagué la ocupación al bajar las escaleras, y él mismo me desengañó, saliéndome al encuentro y diciéndome: -Aunque soy cochero, soy noble. Han venido unos vasallos míos y me han querido besar la mano para llevar este consuelo a sus casas; con que por eso me he detenido, pero ya despaché. ¿Adónde vamos? Y al decir esto, montó en la mula y arrimó el coche ». Sauf indication contraire, toutes les traductions sont nôtres.

10 J. Caso González y G. Demerson, « La sátira de Jovellanos sobre la mala educación de la nobleza…», op. cit., p. 371. « ¿Ves Arnesto, aquel majo de siete varas/de pardomonte envuelto, con patillas/de tres varas afeado el rostro/magro, pálido y débil, que al arrimo/de la esquina de enfrente nos acecha/con aire sesgo y balady [sic]? ».

11 F. Baras Escolá, El reformismo político de Jovellanos, op. cit.

12 J. Cadalso, Cartas marruecas, op. cit., lettre VII: « -¿Cuáles fueron sus primeras lecciones?-preguntele yo-. Ninguna –respondió el muchacho-; ya sabía yo leer un romance y tocar una seguidillas; ¿para qué necesita más un caballero? Mi dómine bien quiso meterse en honduras pero le fue muy mal y hubo de irle mucho peor. […] Llegada la hora de marchar, monté a caballo, diciéndome a mí mismo en voz baja: ¡Así se cría una juventud que pudiera ser tan útil si fuera la educación igual al talento! ».

13 Félix María de Samaniego, Fábulas morales, Algete, Madrid, Jorge A. Mestas, 2001, Livre I, IX, El Herrero y el Perro: « te mantiene a lo conde muy ocioso ».

14 Leandro Fernández de Moratín, La Mojigata, Primera edición, Barcelone, Castalia Ediciones, 2015. Voir également Jesús Pérez Magallón y Maud Le Guellec, Teatro español del siglo XVIII: Tomás de Iriarte, « La señorita malcriada », Leandro Fernández de Moratín, « La mojigata », Neuilly, Atlande, 2016.

15 Leandro Fernández de Moratín, El sí de las niñas, 11e éd., Madrid, Ed. Cátedra, 2014, acte I, scène 3: « DOÑA IRENE: Un vivo retrato es la chica, ahí donde usted la ve, de su abuela que Dios perdone, doña Jerónima de Peralta… En casa tengo el cuadro, ya le habrá usted visto. Y le hicieron, según me contaba su merced para enviársele a su tío carnal el padre fray Serapión de San Juan Crisóstomo, electo obispo de Mechoacán. DON DIEGO: Ya. DOÑA IRENE: Y murió en el mar el buen religioso, que fue un quebranto para toda la familia… Hoy es y todavía estamos sintiendo su muerte; particularmente mi primo don Cucufate, regidor perpetuo de Zamora, no puede oir hablar de Su Ilustrísima sin deshacerse en lágrimas ».

16 José Moñino y Redondo, comte de Floridablanca, Censo español, executado de orden del rey, Fac-Similé., Madrid, Instituto Nacional de Estadística, 1981 : « […] y reducir a individuos útiles y contribuyentes todos ».

17 Novísima recopilación de las leyes de España: dividida en XII libros en que se reforma la recopilación publicada por el Señor Don Felipe II en el año 1567 ... y se incorporan las pragmáticas, cédulas, decretos, órdenes y resoluciones reales, y otras providencias no recopiladas, y expedidas hasta el de 1804, mandada formar por el Señor Don Carlos IV, Madrid, Boletín Oficial del Estado, 1975. Ordonnance royale du 4 septembre 1804.

18 Ibid., cédule royale du 18 mars 1783.

19 Antonio Morales Moya, « Una interpretación de la nobleza española en el siglo XVIII », in Grupo de estudio de Historia de la Nobleza (dir.), La nobleza española, 1780-1930, Madrid, Rh+ Ediciones, 2013, p. 39‑55 ; A. J. Calvo Maturana, Cuando manden los que obedecen, op. cit ; Laurent Coste, « Les mots pour le dire: nommer les élites à l’époque moderne », in Le concept d’élites en Europe de l’Antiquité à nos jours, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2014, p. 107‑118.

20 Emilio La Parra López, La alianza de Godoy con los revolucionarios: España y Francia a fines del siglo XVIII, Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 1992, p.  169‑170.

21 León del Arroyal, Pan y Toros. Obra apologética en defensa del estado floreciente de la España, dicha en la plaza de toros por D. N. el año de 1794, Mexico, Imprenta de Ontiveros, 1820, p. 14 et 16: « […] entre nosotros se crían como la cebolla y los puerros la nobleza y la heroicidad […] Feliz tú [España] que has sabido descubrir que la virtud y el mérito está [sic] vinculado a los hidalgos, y que es imposible encontrarlo en quien no haya tenido un abuelo con Don » ; « ¿Quién dejará de concebir ideas sublimes de nuestros nobles afanados en proporcionar estos bárbaros espectáculos, honrar a los toreros, premiar la desesperación y la locura y proteger a los hombres más soeces de la república? ».

22 Valentín Céspedes y Aréchaga, « “Confusión de estados”: el fin de la nobleza llana », Aportes, 2015,n° XXX-3, p. 181‑209.

23 Sur Letters from Spain, voir Juan Luis Simal, « Letters from Spain: The 1820 Revolution and the Liberal International », in Maurizio Isabella and Konstantina Zanou (dir.), Mediterranean Diasporas: Politics and Ideas in the Long 19th Century, London, Bloomsbury Academic, An imprint of Bloomsbury Publishing Plc, 2016, p. 25‑41. Sur Blanco White, Fernando Durán López, José María Blanco White, o, La conciencia errante, 1. ed., Sevilla, España, Fundación José Manuel Lara, 2005.

24 José María Blanco White, Letters from Spain by don Leucadio Doblado, Londres, Henry Colburn and co, 1822, p. 38-39: « As the Hidalguia branches out through every male those father enjoys that privilege, Spain is overrun with gentry, who earns their living in the meanest employments. The province of Asturias having afforded shelter to that small portion of the nation which preserved the Spanish name and throne against the efforts of the conquering Arabs, there is hardly a native of that mountainous tract, who, even at this day, cannot shew a legal title to honours and immunities […] But circumstances are strangely altered. Asturias is one of the poorest provinces of Spain, and the noble inhabitants having, for the most part, inherited no other patrimony from their ancestors than a strong muscular frame, are compelled to make the best of it among the more feeble tribes of the south. In this capital of Andalusia [Séville] they have, literally, engrossed the employments of watermen, porters and footmen ».

25 Ibid., p. 33. « Surrounded by their own dependents, and avoided by the gentry, who are seldom disposed for an intercourse in which a sense of inferiority prevails, few of the grandees are exempt from the natural consequences of such a life –gross ignorance, intolerable conceit, and sometimes, though seldom, a strong dose of vulgarity. I would, however, be just, and by no means tax individuals with every vice of the class. But I believe I speak the prevalent sense of the country upon this point. The grandees have degraded themselves by their slavish behaviour at Court, and incurred great odium by their intolerable airs abroad. They have ruined their estates by mismanagement and extravagance, and impoverished the country by the neglect of their immense possessions. Should there be a revolution in Spain, wounded pride, and party spirit, would deny them the proper share of power in the constitution, to which their land, their ancient rights, and their remaining influence, entitle them. Thus excluded from their chief and particular duty of keeping the balance of power between the throne and the people, the Spanish grandees will remain a heavy burthen on the nation ».

26 Francisco Martínez Marina, Discurso sobre el origen de la Monarquía y sobre la naturaleza del Gobierno español, Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2011, p. 130: « Entonces la nobleza hereditaria, esta clase siempre enemiga del pueblo, esta plaga del órden [sic] social formó en medio de la nacion , otra nacion, otro estado, un cuerpo numeroso, inquieto y turbulento cuyas pretensiones ambiciosas y espíritu de insubordinación estaba en perpetuo choque asi con la autoridad del Príncipe como con los derechos del pueblo ».

27 Emilio La Parra, Manuel Godoy. La aventura del poder, Barcelone, Tusquets, 2005.

28 Javier de Burgos, Anales del reinado de doña Isabel II, Madrid, Mellado, 1850, vol. I, p. 260: « como si, entre nosotros quedase ya ésta, después de haber perdido en 1808 todas sus inmunidades y prerrogativas ».

29 Juan Donoso Cortés, Historia política de la Regencia de la reina doña María Cristina de Borbón, Madrid, CEPC, 2016. Voir notamment p. 17 et 128-133.

30 Manuel Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes que han figurado en la legislatura de 1849 a 1850, Madrid, Gabriel Gil, 1850, p. 27: « Jamás hemos podido saber por qué la grandeza española critica el engrandecimiento de las clases medias, cuando ella tiene voluntariamente abandonada su intervención en los negocios públicos. Algunos de los principales títulos de España merecen respeto por el origen de su grandeza, pero todos son dignos de compasión por lo mal que miran por sus intereses ».

31 Joaquín Francisco Pacheco, Lecciones de derecho político-constitucional, Madrid, Ignacio Boix, 1845, p. 169: « Solamente que esa Aristocracia palaciega y cubierta de bordados se enflaqueció en su espíritu, se debilitó en su antigua osadia, y sintió impotentes sus hombros para los grandes trabajos públicos que antes habían pesado sobre ella. Hombres especiales y contados no pudo nunca dejar de haber en su seno que recordasen á sus ilustres ascendientes; pero la clase en general, el mayor número, aparecieron sin duda menguados, pusilánimes, indignos de su antiguo nombre ».

32 David Cannadine, The decline and fall of the British aristocracy, 1st Vintage Books ed., New York, Vintage Books, 1999.

33 William D. Rubenstien, « The Evolution of the British Aristocracy in the Twentieth Century: Peerage creations and the “Establishment” », in Didier Lancien et Monique de Saint-Martin (dirs.), Anciennes et nouvelles aristocraties: de 1880 à nos jours, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 2007, p. 245‑257.

34 A. Pierre, La concession de nouveaux titres de Castille en Espagne…, op. cit.

35 Francisco Cadenas Allende, Documentación nobiliaria procedente de la Cámara de Castilla que se conserva en el archivo del ministerio de Justicia, Madrid, 1961.

36 Rafael Zurita Aldeguer, « El progresismo. Héroes e Historia de la Nación liberal », in María Cruz Romeo y María Sierra (dirs.), La España liberal, 1833-1874, op. cit., p. 317‑346. Voir également María Cruz Romeo, « La cultura política del progresismo : las utopías liberales, una herencia en discusión », Berceo, 2000, n° 139, p. 9‑30.

37 Adrian Shubert, Espartero, el Pacificador, trad. Eva Rodríguez Halffter, Barcelona, Galaxia Gutenberg, 2019: « Introduction »).

38 Juana M. de la Vega, comtesse d’Espoz y Mina, Memorias, Madrid, Tebas, 1977, p. 364: « […] la recompensa única a que aspiro es al aprecio y aprobación de los amigos de Mina […] Toda otra gracia, sea de la clase que quiera, no haría sino servirme de tormento, como me ha servido por mucho tiempo el primer título que acepté porque ustedes me dijeron que no había remedio; y si usted se informa sabrá que los amigos que me han tratado con alguna intimidad en el tiempo que va transcurrido, después que lo he aceptado, no me nombraban así porque creían que no me agradaba. […] Puedo asegurar a ustedes, porque nadie como yo lo sabe, que uno de los grandes sentimientos que mi esposo llevó al sepulcro fue el no haber podido concluir su carrera como simple paisano ».

39 Archivo General del Ministerio de Justicia (AGMJ), Condesa de Espoz y Mina, Exp. 1914, doc. 12.

40 M. Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes… op. cit., p. 212-213 : « Empezaremos diciendo que es el señor Donoso Cortés, y en esto le hacemos un especial favor, porque su título, como es tan moderno y no procede de mérito notorio, quizá no haya en España, fuera de Madrid, veinte personas que lo conozcan ».

41 Pedro Agustín Girón, marquis de las Amarillas, Recuerdos, Pampelune, Universidad de Navarra, 1978, vol. III, p. 70 : « […] ni por su ascendencia ni por sus riquezas, valían más que yo, y por sus servicios y los de sus padres y abuelos, valían mucho menos, creí tener justo motivo de incomodarme de las cosas de este país ».

42 Manuel Pando y Fernández de Pineda, Marqués de Miraflores, Memorias para escribir la Historia contemporánea de los siete primeros años del reinado de Isabel II, Madrid, Viuda de Calero, 1843, p. XLVIII : « Su mano no fue opresora del pueblo, no, nunca: por el contrario, fue mano amiga: sus privilegios, cuando los tuvo, ganados á lanzadas contra los moros, desaparecieron con las libertades castellana y aragonesa desde que Carlos V y los Felipes hicieron reemplazar esta aristocracia por la sola que en los reinados sucesivos ha sido fuerte, […] la aristocracia de los empleados públicos ».

43 Ibid., p. XLVI : « […] no habrá quien extrañe pague yo un tributo de justicia a la alta aristocracia; clase cuya conducta desinteresada y generosa en vano aspirarán á empañar las pasiones y el espíritu de partido ».

44 Antonio Manuel Moral Roncal, « Las Juntas y Diputación permanente de la Grandeza de España (1815‑1833): un intento de intervención política conjunta de la alta nobleza », Historia y Política, 2020, n° 43, p. 159‑191.

45 I. Burdiel, « Analisis prosopográfico y Revolución Liberal… », op. cit.

46 Jean-Philippe Luis, « La construcción inacabada de una cultura política realista », in Miguel Ángel Cabrera y Juan Pro Ruiz (dirs.), La creación de las culturas políticas modernas 1808-1833, op. cit., vol. I, p. 319‑345.

47 Sur les disensos, Georges Demerson, Sexo, Amor y Matrimonio en Ibiza durante el reinado de Carlos III, Palma de Mallorca, El Tall, 1993. Sur l’affaire Abella en particulier, Arnaud Pierre, « El Caso Abella (1819-1820). Debates en torno a la movilidad social durante la Primera Restauración absolutista », Pasado y Memoria. Revista de Historia Contemporánea, 2019, n° 18, p. 195‑220.

48 AGMJ, Barón de Abella, Exp. 1499, doc. 66 : « Que al paso que conviene mantener la diferencia de clases en los gobiernos Monárquicos, no es necesario ni prudente que en los enlaces matrimoniales se observe tan rigurosa distinción entre ellos como en algunas épocas observaron los Romanos […] Esta misma graduación parece que debe observarse entre las clases del pueblo bajo un gobierno Monárquico como el nuestro de manera que no se confundan los primeros grados de la nobleza con los últimos de la plebe, pero que los primeros de esta se aproximen a los últimos de aquella; con lo cual al paso que se conserve la debida distinción entre las clases, pueda también mantenerse el enlace de unas con otras en el orden social. […] En el caso presente se trata de un matrimonio entre la hija de un noble y un comerciante plebeyo. […] José Calasanz Abad, aunque plebeyo, es comerciante, y por consiguiente no de la ínfima clase del pueblo, porque el comercio no está reputado entre nosotros por oficio bajo […] De modo que no se desdeñan los nobles de ejercer, como ejercen muchos, la profesión mercantil. No hay, pues, grande desigualdad por esta parte entre los dos que pretenden la licencia ».

49 A. Pierre, « El Caso Abella (1819-1820)…», op. cit.

50 Pablo Sánchez León, « Aristocracia fantástica: los moderados y la poética del gobierno representativo », Ayer, 2006, n° 61, p. 77‑103.

51 J. F. Pacheco, Lecciones de derecho político-constitucional, op. cit., p. 145 : « La capacidad, la posición, la riqueza, hé aquí tres elementos de desigualdad bien claros y notorios ».

52 Emmanuel de Waresquiel, Un groupe d’hommes considérables: les pairs de France et la Chambre des pairs héréditaire de la Restauration, 1814-1831, Paris, Fayard, 2006, p. 25-32 et 68-74 ; Emmanuel de Waresquiel, « Le “moment anglais” de la Restauration. Quelques voyages Outre-Manche », in C’est la révolution qui continue! la Restauration, 1814-1830, Paris, Tallandier, 2015, p. 323‑340.

53 Teresa María Navarro Caballero, « El Consejo de Estado. Origen histórico y regulación actual a la luz de la ley orgánica 3/2004 de 28 de Diciembre », Anales de Derecho. Universidad de Murcia, 2006, n° 24, p. 9‑39.

54 Sa manifestation la plus complète dans le dossier du futur comte de la Patilla : AGMJ, Conde de la Patilla, Exp. 461, doc. 3.

55 C’est le cas pour José María Quiñones de León y Vigil : AGMJ, Marqués de Montevirgen, Exp. 1313, doc. 19.

56 V. Céspedes y Aréchaga, « “Confusión de estados”: el fin de la nobleza llana », op. cit.

57 AGMJ, Marqués de O’Gavan, Exp. 218, doc. 2-2.

58 AGMJ, Marqués de Cúllar de Baza, Exp. 40, doc. 38.

59 Juan I. Marcuello Benedicto, « Próceres y senadores en el reinado de Isabel II », in Manuel Pérez Ledesma (dir.), El Senado en la Historia, Madrid, Senado, 1998, p. 175‑225.

60 Il s’agit du marquis de Cúllar de Baza (1848), du baron de las Rodas (1847) et du comte de Torre Novaes de Quiroga (1852).

61 M. Sánchez Silva, Semblanzas de los señores diputados a Cortes…, p. 14, 47 et 174.

62 Exemple dans AGMJ, Conde de Torre Pando, Exp. 862, doc. 11.

63 F. Baras Escolá, El reformismo político de Jovellanos, op. cit. Sur les majorats, Bartolomé Clavero Salvador, Mayorazgo: propiedad feudal en Castilla 1369-1836, Madrid, Siglo XXI Ed, 1974.

64 Juan Pro Ruiz, Bravo Murillo: política de orden en la España liberal, Madrid, Síntesis, 2006 ; Juan Pro Ruiz, « La práctica política de los gobiernos antiparlamentarios del final de la Década Moderada (1851-1854) », Revista de las Cortes Generales, 1987, n° 12, p. 7‑57 ; María Teresa Mayor de la Torre, « Efectos del golpe de estado de Luis Napoleón Bonaparte en la política española: Bravo Murillo y el proyecto de reforma constitucional », Cuadernos de Historia Contemporánea, 1989, n° 11, p. 27‑43.

65 Andrés Borrego, De la organización de los partidos en España, [1855], Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2007, p. 135.

66 Ramón de Santillán, Memorias (1815-1856), Pampelune, Universidad de Navarra, 1960, vol. I, VI, 10.

67 Isabel Burdiel, Isabel II: una biografía (1830-1904), Madrid, Taurus, 2010, p. 240 et sq.

68 Juan Pan-Montojo, « La Cámara de los ‘intereses permanentes de la sociedad’: el Senado español bajo la Constitución de 1845 », Revista de las Cortes Generales, 1990, n° 21, p. 59‑82.

69 E. de Waresquiel, Un groupe d’hommes considérables, op. cit, p. 161‑212 ; Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1993, p. 669‑671.

70 Pedro Rújula, « La Guerre d’Indépendance et les origines politiques de la Contre-Révolution », in Jean‑Philippe Luis (dir.), La guerre d’Indépendance espagnole et le libéralisme au XIXe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, 2011, p. 159‑176 ; Pedro Rújula, « El antiliberalismo reaccionario », in María Cruz Romeo y María Sierra (dirs.), La España liberal, 1833-1874, op. cit., p. 377‑409.

71 Francisco Cánovas Sánchez, El Partido Moderado, Madrid, Centro de Estudios Constitucionales, 1982, p. 160‑163.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Arnaud Pierre, « Le discours antinobiliaire en Espagne à la fin du XVIIIe et dans la première moitié du XIXe siècle »Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 16 juillet 2023, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/14948 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccec.14948

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Auteur

Arnaud Pierre

CRIHAM, Université de Poitiers

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