Nationaliser des héros. Les volontaires de la Grande Guerre, un instrument au service des projets nationalistes en Espagne?
Résumés
Cet article a pour but d’analyser le cas des Espagnols qui ont combattu comme volontaires dans la Légion étrangère française pendant la Première Guerre mondiale. Notamment nous déterminerons comment et pourquoi cette participation armée a fait l’objet d’une grande propagande. Dans le cas espagnol, dans le cadre d’une mobilisation culturelle d’une intensité extraordinaire, on observe une double instrumentalisation nationaliste : dans un sens catalaniste, avec l’espoir d’exporter les revendications de souveraineté catalane, et dans un sens espagnoliste réactif. Les efforts visant à nationaliser ce qui était transnational et à renforcer la propagande francophile ont donné à la question des volontaires en Espagne une importance qui a atteint la sphère diplomatique dans les mois précédant le début de la Conférence de paix.
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Mots clés :
volontaires espagnols, Légion étrangère, propagande, Grande Guerre, nationalisme, légionnairesPalabras claves:
voluntarios españoles, Légion étrangère, propaganda, Primera Guerra mundial, legionariosPériodes :
1914-1920Plan
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Introduction. Les volontaires espagnols aux différents niveaux de la transnationalité
- 1 Jay Winter et Antoine Prost, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie, Paris, Éditions d (...)
- 2 Javier Rodrigo, « Su Majestad la Guerra. Historiografías de la Primera Guerra Mundial en el siglo X (...)
- 3 E. gr. Oliver Janz, 1914-1918. La Grande Guerra, Turin, Einaudi, 2014 ; Robert Gerwarth et Erez Man (...)
- 4 Olivier Compagnon et Pierre Pursiegle, « Géographies de la mobilisation et territoires de la bellig (...)
- 5 E. gr. Alexander Watson, « Voluntary Enlistment in the Great War : a European Phenomenon ? », in Ch (...)
- 6 Parmi les travaux les plus récents dans le contexte européen, nous pouvons souligner Maartje M. Abb (...)
- 7 Jérôme Bodin, Les suisses au service de la France : de Louis XI à la Légion étrangère, Paris, Albin (...)
1Au fil des décennies d’études, de nombreuses perspectives et horizons ont marqué la production historiographique autour de la Première Guerre mondiale (1914-1918)1. Depuis quelques décennies déjà, de nouvelles perspectives d’analyse mettent l’accent sur le concept de « transnationalité »2. Cette approche, qui permet à l’historien d’aller au-delà du cadre de référence de l’État-nation, a démontré son potentiel interprétatif et sa pleine applicabilité au contexte de la Grande Guerre3, ayant permis de constater une série de phénomènes, de pratiques et de dynamiques observables dans les différentes sociétés au niveau transeuropéen, transatlantique et au-delà, qu’elles soient belligérantes ou même neutres, dont les frontières ont été remises en question par des auteurs tels que Pierre Purseigle et Olivier Compagnon4. Parmi ces phénomènes, l’un des plus frappants reste le volontariat de guerre. Bien que nous disposions aujourd’hui d’études remarquables sur l’enrôlement de volontaires dans les différentes sociétés belligérantes5, ainsi que de l’impact de la guerre sur les pays neutres6, le nombre d’études sur la participation de combattants volontaires provenant de sociétés neutres reste nettement inférieur7. En ce qui concerne ces combattants, la Légion étrangère se distingue sans aucun doute comme la grande référence pour tous ceux qui, appartenant à l’origine à un pays non impliqué dans la guerre, ont décidé de prendre parti.
- 8 « Un appel aux Amis de la France », Le Journal, 2 août 1914, p. 2 ; Mafféo Charles Poinsot, Les Vol (...)
- 9 Georges Blond, Histoire de la Légion étrangère, Paris, Plon, 1981 ; Douglas Porch, The French Forei (...)
- 10 Journal Officiel de la Repúblique française. Lois et décrets, núm. 213, 6 de agosto de 1914, p. 713 (...)
- 11 Gérard Légier, « La législation relative à la nationalité française durant la Première Guerre mondi (...)
2Certainement au début de la Grande Guerre, de nombreux étrangers, résidant ou non en France, dont beaucoup étaient des immigrés établis en France, bien que certains étaient venus en France exprès, ont exprimé leur désir de s’engager dans l’armée française, dans une mobilisation enthousiaste menée par étrangers comme l’écrivain suisse Blaise Cendrars8. Cependant, n’ayant pas la nationalité française, ces hommes ne pouvaient servir dans l’armée qu’en intégrant la Légion étrangère, la fameuse unité créée en 1831 et dont la longue histoire est étroitement liée aux campagnes coloniales de la France9. Interprétant l’esprit de milliers d’étrangers et appréciant l’opportunité militaire et de propagande d’employer des volontaires du monde entier, les autorités françaises ont prévu la possibilité exceptionnelle de s’engager «pour la durée de la guerre», au lieu du contrat conventionnel de 5 ans. Pour favoriser l’enrôlement des étrangers, le ministre de la Guerre Adolphe Messimy a préparé la Loi relative à l’admission des Alsaciens-Lorrains dans l’armée française10. Cette loi, qui ne comportait que trois points, stipulait dans son dernier point que les étrangers qui s’enrôleraient dans la Légion «pour la durée de la guerre» pourraient acquérir la nationalité française. Cette promesse eut sans doute un grand effet, et encouragea l’enrôlement11.
3Ainsi, pour différentes raisons et encouragés par les mesures annoncées par le gouvernement français, des milliers de volontaires étrangers sont devenus des combattants de la Légion étrangère. Quelle que soit leur nationalité, ils ont dû se battre sous le drapeau français et adopter les habitudes propres à la réglementation et à la tradition légionnaires qui l’emportaient sur les identités politiques ou nationales. Cependant, très souvent, depuis les arrière-gardes civiles, où différentes formes de mobilisation restaient également activées, des lectures ont été diffusées qui tentaient de s’approprier les combattants de manière particulariste et nationaliste. Pour les sociétés qui ne participaient pas activement à « la guerre qui allait mettre fin à toutes les guerres », en expression de Herbert G. Wells, les volontaires se distinguaient comme des références des groupes interventionnistes et nationalistes. Pour eux, les volontaires sont devenus un emblème des vertus nationales, chargés de virilité, de force et un contrepoids symbolique à leur propre situation de faiblesse ou de soumission à un État. Dans le cas de certains groupes nationaux d’Europe centrale et orientale, comme les Polonais ou les Tchèques, les volontaires ont immédiatement été interprétés, par exemple, comme des héros combattant au nom de petites nations sans État, qui ne disposaient pas de leur propre armée, ni de structures ou d’instruments d'État, comme une diplomatie propre. Face à l’absence de ces mécanismes, leur enrôlement exprimait prétendument le sentiment de leurs peuples respectifs.
4Cet effort de « nationalisation » de la « transnationalité » a également pu se produire en Espagne, comme nous tenterons de le vérifier dans cette étude. Notre hypothèse est que les volontaires ont été exploités comme un moyen de remédier à la situation de faiblesse que traversait l’Espagne, un pays dont la neutralité face à la guerre était largement perçue comme un symptôme d’impuissance propre à un pays de second rang ayant besoin d’entreprendre d’urgence sa régénération. De même, nous partons également de l’idée que les tensions entre les identités nationales coexistant au sein de l’État espagnol ont eu un poids spécifique dans l’appropriation nationaliste du phénomène des volontaires.
5L’étude de la question des volontaires étrangers, et espagnols en particulier, implique un travail heuristique complexe. Les sources à utiliser sont diverses, souvent dispersées, et beaucoup ont été perdues. Dans le cas des lettres écrites par les volontaires eux-mêmes depuis les tranchées, beaucoup ont tendance à taire plus qu’à expliquer. D’une manière générale, les principales sources dont nous disposons sont les fiches et dossiers des combattants aux Archives du Bureau des Anciens de la Légion étrangère à Aubagne (Bouches-du-Rhône), et les lettres envoyées par les soldats eux-mêmes au docteur Joan Solé i Pla et à son neveu José Subirá Puig. Les sources diplomatiques conservées dans des centres tels que les Archives diplomatiques de La Courneuve sont également importantes, tout comme les sources hémérographiques, qui permettent de suivre la question des volontaires dans la presse et de voir quels discours ont été construits autour d’eux. Avant d'explorer la question de l’exploitation et de la nationalisation du phénomène du volontariat, nous allons essayer de présenter la réalité numérique et sociale des Espagnols qui ont combattu dans la Légion entre 1914 et 1918.
Les voilà ! Les volontaires espagnols font la Légion
- 12 Le nombre d’étrangers engagés dans la Légion pendant la campagne de 1914-1918 fait encore l’objet d (...)
- 13 Pour example Enrique Gómez Carrillo, La gesta de la Legión Extranjera : los hispanoamericanos en la (...)
- 14 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, art. cit., p. 127.
- 15 Jean-Marc Delaunay, « Tous Catalans ?... »…, art. cit., p. 323.
- 16 Alejandro Acosta López, « Quichottes ou pauvres diables ? Le cas des Espagnols dans la légion étran (...)
6La Grande Guerre a été un événement particulièrement important dans l’histoire de l’armée française et en particulier de sa Légion étrangère. Pendant la guerre, la Légion étrangère s’est enrichie de la contribution de milliers d’étrangers, probablement environ 30.000 et 35.00012, qui ont combattu dans certaines des batailles les plus sanglantes du conflit, telles que les batailles d’Artois (mai-juin 1915), de Verdun (février-décembre 1916), de la Somme (juillet-novembre 1916), la deuxième bataille de l’Aisne (avril-mai 1917), l’offensive des Cent Jours (août-novembre 1918) et d’autres encore. Tous ces soldats étrangers ont partagé les rigueurs de la campagne, vu tomber des camarades et partagé la vie dans les tranchées, formant ensemble un monde pittoresque de Babel qui a fasciné de nombreux correspondants de guerre et écrivains de l’époque13. La Légion comptait en effet des combattants de nombreuses nationalités : Italiens, Suisses, Polonais, Russes, Américains, Portugais, Grecs, etc. Parmi eux se trouvaient aussi des hommes d’origine espagnol. L’une des premières questions qui vient à l’esprit lorsqu’on réfléchit sur les volontaires espagnols est celle de leur nombre. Jusqu’à récemment, la difficulté d’accès à la documentation militaire officielle sur la Légion rendait pratiquement impossible l’obtention de chiffres rigoureux. À cet égard, les précédents les plus clairs sont les travaux de David Martínez Fiol et de Jean-Marc Delaunay. Martínez Fiol fait état de la participation de 2 191 Espagnols à la campagne de 1914-191814 ; pour sa part, Delaunay, qui a eu accès à une partie du fonds de la Légion au Bureau des Anciens de la Légion étrangère dans le Quartier Viénot à Aubagne, a fait une projection qui va de 1 085 à 1 100 hommes15. Cependant, une exploration plus exhaustive des sources de la Légion à Aubagne a permis de fournir, contrairement à d’autres sources, des données plus fiables : on peut dénombrer un minimum de 1 533 étrangers de nationalité espagnole engagés dans la Légion pendant la guerre ou qui, par la date de leur engagement, auraient dû faire partie du corps au début de la Grande Guerre. L’exploration des mêmes sources montre également que la plupart de ces 1 533 volontaires espagnols étaient originaires des provinces de l’arc méditerranéen, avec notamment les Catalans (38,77 %), les Valenciens (15 %), les Aragonais et les Andalous (respectivement 8,5 %). Le pourcentage de soldats nés dans les provinces de l’Espagne intérieure, à l’exception de Madrid et de Burgos, fut beaucoup plus faible16.
- 17 Sur l’arrivée de population immigrée espagnole en Algérie et ses effets économiques, culturels et d (...)
7Les Espagnols de la Légion étrangère étaient plutôt des hommes jeunes, célibataires, d’un niveau socioprofessionnel modeste et installés sur le sol français avant leur engagement. En effet, 21,29 % des Espagnols dont le lieu d’engagement nous est connu se sont engagés en Algérie, notamment dans les villes d’Oran, de Sidi-bel-Abbès et d’Alger. Il s’agissait précisément de populations cosmopolites et multiculturelles qui, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, ont accueilli un grand nombre d’immigrants espagnols, surtout en provenance des zones rurales du Levant espagnol17. Le reste des soldats s’est enrôlé dans différentes parties de la France métropolitaine, en particulier dans les villes de Paris, Perpignan et Bayonne : dans le cas des soldats enrôlés dans la ville de Paris, sur un groupe de 267, tous sauf un ont déclaré avoir résidé à Paris ou dans des communes voisines avant la guerre. Il ne semble donc pas qu’il y ait eu beaucoup d’Espagnols venus en France dans l’idée expresse de s’engager comme volontaires dans l’armée française, mais plutôt des Espagnols déjà installés sur le sol français.
- 18 C’est ce qui ressort pour exemple de la Lettre du chef de bataillon Deville, 27 mars 1918, Archives (...)
- 19 Lettre du volontaire Antonio González à José Subirá, s. l., s. d., Bibliothèque Nationale d’Espagne (...)
- 20 Un légionnaire inconnu se lamente : « Je ne peux malheureusement pas recevoir le soleil de notre pa (...)
8Quant aux motivations de ces hommes, elles sont toujours difficiles à cerner. Beaucoup d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire, ou le faisaient avec beaucoup de difficultés ; certaines des lettres qui nous sont parvenues ont été écrites sous la dictée de camarades qui le savaient. De plus, dans ces lettres, les soldats veillaient à ne pas donner trop de détails personnels, préférant expliquer leur participation aux actions offensives, leur vie dans les tranchées, ou parler de leurs camarades ou d’anecdotes sans importance. Ils n’avouent que très rarement ce qui les a amenés à la Légion, pour mener une guerre à laquelle l’Espagne ne participait pas. Cela doit nous faire soupçonner qu’ils avaient un passé à cacher ou qu’ils avaient peur d’être identifiés. Quoi qu’il en soit, grâce à quelques lettres qui offrent parfois des références sincères au passé personnel de certains combattants, il est possible d’identifier les raisons les plus fréquentes de l’enrôlement. Il semble que de nombreux combattants étaient des fugitifs : ces fugitifs avaient défié les patrons dans les luttes ouvrières, ou avaient participé violemment aux émeutes révolutionnaires et anticléricales de Barcelone en juillet 190918. Dans un cas, celui du combattant Antonio González, né à Zamora, on connaît grâce a une lettre envoyé par lui-même à José Subirá son militantisme syndical : mineur d’idées socialistes, il avait organisé quelques grèves et manifestations syndicales. Après un de ces épisodes d’agitation contre les patrons, et pendant la préparation de la distribution de propagande socialiste, Zamora, avec quelques camarades, a agressé deux gardes civils, ce qui l’a amené à devoir franchir la frontière et s’enfuir en France19. Ces fugitifs se sont retrouvés sur le sol français, sans les droits propres à la nationalité française, dans l’impossibilité de retourner en Espagne sous peine d’être jugés et punis, et en manque cruel d’avenir20.
- 21 Sur les motivations des volontaires Alejandro Acosta López, « Quichottes ou pauvres diables ?... »… (...)
- 22 David Martínez Fiol, « Els intel·lectuals poilus i el mite dels voluntaris catalans », L’Avenç : re (...)
- 23 Voir cote 72PO/2/36, « Croix-Rouge : secours aux blessés ; correspondance ; tombola ; engagement de (...)
9Dans d’autres cas, paradoxalement, il semble que le contingent espagnol était également composé de personnes qui avaient tenté d’échapper au service militaire obligatoire au Maroc. Dans d’autres cas, certains soldats avaient déjà été en Afrique du Nord, mais avaient eu de très graves problèmes de discipline : par exemple, nous disposons de références documentaires sur des soldats ayant des problèmes d’alcoolisme, et même à des soldats ayant agressé ou tué un officier. Afin de ne pas subir d’amendes, de punitions ou de peines de prison, nombre de ces soldats se seraient réfugiés tant bien que mal sur le territoire français d’Algérie, où ils se trouvèrent également dans une situation d’incertitude et d’irrégularité juridique, sans pouvoir retourner en Espagne. Ce retour entraînerait de graves sanctions qui pourraient déterminer leur vie. L’Algérie représentait au moins un refuge ; paradoxalement, de nombreux Espagnols qui ne voulaient pas combattre dans l’armée espagnole se sont engagés dans la Légion française avec la promesse d’obtenir la nationalité française et de se stabiliser ainsi dans le pays d’accueil, en pensant toujours que la guerre serait une campagne courte. D’autre part, certains volontaires étaient des migrants économiques, qui n’avaient probablement pas amélioré leur situation économique et sociale en France ou qui se trouvaient au chômage et sans aucune aide : les soldats payés aux légionnaires étaient aussi une incitation pour les gens qui n’avaient rien. Enfin, le nombre de volontaires qui sont entrés dans la Légion en raison d’un engagement politique envers la France et les valeurs que la République représentait semble avoir été très faible : ces volontaires avaient tendance à être des intellectuels, des artistes bohèmes, des personnes riches à la recherche de sensations fortes, ou des personnes ayant un engagement ou un militantisme politique catalaniste, anarchiste ou républicain, le plus souvent21. L’un des exemples les plus connus et les plus médiatisés est celui de Camil Campanyà, jeune nationaliste catalan poursuivi pour délit d’imprimerie, qui trouva la mort le 4 juillet 1916 dans le petit village de Belloy-en-Santerre22. De manière surprenante, le consulat général de la République française dans la ville de Barcelone a également reçu de nombreuses offres de soldats professionnels qui souhaitaient être intégrés dans la Légion étrangère tout en conservant les mêmes grades que ceux qu'ils avaient obtenus dans l’armée espagnole23. Cependant, malgré les offres de ces soldats, leurs noms n’apparaissent pas dans les registres de la Légion, peut-être parce qu'ils ont été avertis des conséquences pour eux de la désobéissance aux règles approuvées par le gouvernement.
- 24 Le plus grand recueil de lettres conservé est celui de Joan Solé i Pla, qu’on peut consulter aux Ar (...)
- 25 Lettre du consul Charles F. Filippi au Ministère des Affaires Étrangères, 27 février 1919, Centre d (...)
10En tout état de cause, environ mille et demi d’Espagnols devinrent légionnaires, avec tout ce que cela impliquait. Vêtus de l’uniforme bleu, ils ont dû partager les tranchées avec des soldats de nombreux pays et ont rapidement adopté les codes élémentaires de la Légion. Les lettres envoyées par les soldats, souvent écrites d'une main peu assurée, transmettent la fierté de se battre pour quelque chose d’important, bien qu’il soit difficile de déterminer dans quelle mesure ces lettres sont sincères et dans quelle mesure elles sont feintes24. Ce n’est pas pour rien que les lettres expriment rarement les craintes humaines, et préfèrent relater des récits passionnants des avancées sur les tranchées ennemies plutôt que de décrire le froid, la peur ou l’émotion face à la perte tragique de camarades. Malgré ces silences, nous savons que environ un tiers des volontaires espagnols sont morts sur les champs de bataille ou ont été gravement mutilés ; certains d’entre eux, de retour en Espagne à la fin de la guerre, ont dû demander l’aumône et n’avaient pas assez d’argent pour acheter des vêtements civils25. Ignorant les raisons qui les ont poussés à risquer leur vie et leur intégrité physique, et cherchant à recueillir le misérable récit de la vie de combattant uniquement dans la mesure où il pouvait être utile pour générer un récit attrayant, la présence de ces hommes sur le front a été utilisée par certains groupes à l’intérieur de l’Espagne pour alimenter une intense campagne de propagande qui était étroitement liée à différentes idées et projets nationaux en conflit au sein de l’État espagnol contemporain. Comme nous le verrons, l’adaptation des volontaires à ces imaginaires nationalistes a fini par « nationaliser » le phénomène du volontariat, au détriment de toute sa dimension transnationale.
Faire connaître les volontaires, projeter la nation
- 26 Gaceta de Madrid, n° 211, 30 juillet 1914, p. 238.
- 27 Gaceta de Madrid, n° 219, 7 août 1914, p. 306.
- 28 Francisco José Romero Salvadó, España 1914-1918 : entre la guerra y la revolución, Barcelone, Críti (...)
- 29 Jesús Perea Ruiz, « Guerra submarina en España (1914-1918) », Espacio, Tiempo y Forma. Serie V, His (...)
- 30 Eduardo González Calleja et Paul Aubert, Nidos de espías : España, Francia y la Primera Guerra Mund (...)
- 31 Fernando Díaz-Plaja, Francófilos y germanófilos : los españoles en la guerra europea, Barcelone, Do (...)
- 32 Gerald H. Meaker, « A Civil War of Words : The Ideological Impact of the First World War on Spain, (...)
- 33 Pour le cas de la réception de la culture allemande dans les années précédant le conflit, voir l’ou (...)
- 34 Une discussion de cette approche qui a révélé l’hétérogénéité des projets et des idées politiques q (...)
11Dès que la nouvelle de l’ouverture des hostilités entre l’Empire austro-hongrois et la Serbie est parvenue à Madrid, le cabinet conservateur dirigé par Eduardo Dato Iradier s’est immédiatement empressé de publier un décret dans la Gaceta de Madrid ordonnant à tous les sujets espagnols de respecter et d’observer « la neutralité la plus stricte »26. Une semaine plus tard, alors que le conflit s’étendait déjà au continent européen et que les grandes puissances commençaient à se mobiliser, le gouvernement espagnol décréta à nouveau la neutralité27. La décision du gouvernement d’Eduardo Dato de décréter une stricte neutralité dans la Grande Guerre était justifiée par le manque d’intérêt pour le conflit, par la survie d’une économie rurale non compétitive par rapport à celle des grandes puissances, par la concentration des efforts militaires sur la « pacification » du nord du Maroc et par la crainte d’une explosion de la révolte sociale après l’expérience de la Semaine tragique de 1909, qui avait mis en évidence le rejet populaire de l'envoi de troupes au Maroc et le danger de mettre la société sous tension avec de nouvelles campagnes militaires28. La neutralité fut très bien accueillie par la population espagnole qui se crut à l’abri des conséquences de la guerre. Cependant, cette dernière a eu de nombreuses répercussions sur la société et la politique espagnoles, comme l’ont souligné de nombreuses études récentes : en plus de provoquer une pénurie sur le marché intérieur en raison de l’exportation massive de matières premières, de denrées alimentaires et de produits manufacturés vers les pays belligérants, de nombreux navires espagnols ont été attaqués par des sous-marins allemands29, l’Espagne est devenue un territoire de prédilection pour la circulation d’espions30. Par ailleurs, sur le plan idéologique, si la neutralité fut accueillie avec soulagement, l’opinion publique se divisait rapidement entre les groupes aliadophiles, ceux qui étaient favorables à la victoire des pays de l’Entente, et les secteurs germanophiles, qui prônaient la victoire des Empires centraux31. Bien qu’avec des nuances, les groupes aliadophiles étaient plutôt composés de libéraux, de réformistes, de démocrates et de républicains, qui pensaient que la victoire des Alliés donnerait un élan à la réforme de l’État espagnol et favoriserait la modernité politique et culturelle de la nation espagnole ; les germanophiles, en revanche, étaient plutôt des secteurs conservateurs qui admiraient le modèle politique et militaire prussien, et qui pensaient que la victoire allemande favoriserait l’ordre, le maintien des coutumes et la sauvegarde de la civilisation face à la dégénérescence libérale. Pour certains auteurs, comme Gerald H. Meaker, la lutte dialectique entre les aliadophiles et les germanophiles correspondait à deux manifestations du nationalisme espagnol32. Il faut dire que l’aliadophilie et la germanophilie ne peuvent être comprises sans tenir compte de l’image de la politique et de la culture des différents pays en Espagne, images et représentations culturelles qui se sont formées au cours des décennies précédentes33. La plupart des intellectuels espagnols et des personnes influentes à l’étranger furent résolument aliadophiles, tandis que la germanophilie s’enracina dans les secteurs les plus conservateurs, l’Église et dans les casernes militaires34.
- 35 En ce qui concerne les manifestes publiés par les intellectuels, il est intéressant de lire le text (...)
12La presse fut un instrument essentiel pour argumenter et renforcer les positions des Alliés. Outre la création de nouvelles revues comme España et Iberia et la publication de divers manifestes dans la presse35, de nombreux intellectuels et journalistes rédigèrent des articles d’opinion dénonçant les crimes allemands et faisant l’éloge de la résistance du peuple français, des hommes politiques et des soldats, ainsi que de l’armée française elle-même. De nombreux auteurs aliadophiles estimaient que, si l’entrée en guerre de l’Espagne n’était pas envisageable, les Espagnols doivent au moins faire savoir au peuple français qu’ils ont des sympathies pour lui. Si l’Espagne soutenait les Alliés, même si ce n’était pas en envoyant des troupes militaires, elle serait un acteur important dans le nouvel ordre international de l’après-guerre, pourrait voir certaines de ses aspirations territoriales réalisées (comme Tanger ou Gibraltar) et, en bref, parviendrait à se moderniser en tant qu’État.
- 36 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, op. cit., p. 46.
- 37 Ibidem.
- 38 Il a développé cette vision de la Grande Guerre comme une opportunité pour les minorités nationales (...)
- 39 Ibid., p. 27-43.
- 40 Karel Pichlík, Bohumir Klípa, Jitka Zabloudilová, Českoslovenští legionáři (1914-1920), Praga, Mlad (...)
13Malgré l’extraordinaire médiatisation de la Grande Guerre et l’abondance d’articles soutenant le succès de l’un ou l’autre camp, la présence médiatique des volontaires espagnols dans l’armée française fut pratiquement nulle au début de la guerre36. En revanche, le premier milieu à s’intéresser et à s’interroger sur les hommes qui combattaient en France fut le nationalisme catalan, fondamentalement le catalanisme républicain de gauche et le nationalisme catalan radical, encore très minoritaire et représenté surtout par l’organisation Unió Catalanista. Comme l’a révélé David Martínez Fiol, la diffusion médiatique des volontaires catalans est liée à l’élaboration d’une première politique internationale du catalanisme politique37. Certains théoriciens catalanistes et francophiles, comme Antoni Rovira i Virgili ou Alfons Maseras Galtés, soutenaient dans des conférences et des écrits que pour faire triompher la cause catalaniste, il fallait la faire connaître à l’étranger. Pour Rovira i Virgili, comme il l’a expliqué lors de deux conférences en octobre 1914 au CADCI de Barcelone et dans de nombreux articles, la Grande Guerre ouvrait une fenêtre d’opportunité pour les groupes nationaux sans État, car il pensait qu’après la guerre, la carte politique de l’Europe serait complètement transformée avec la création de nouveaux États résultant de la décomposition des grands empires autoritaires38. Le nationalisme catalan devait profiter de ce contexte, mais il fallait, d’une part, démontrer sa maturité par l’accord et la convergence dans cette stratégie de toutes les sensibilités du monde nationaliste ; d’autre part, il était essentiel de démontrer aux Alliés, et surtout à la France voisine, la sympathie du peuple catalan pour la cause française39. C’était la même stratégie que celle prônée par les nationalistes tchèques, représentés par le Conseil national tchécoslovaque (CNT) fondé en exil par le professeur Tomáš G. Masaryk, futur président de la Première République tchécoslovaque (1918-1938), et son collaborateur Edvard Beneš. Depuis le CNT, la diffusion de la propagande et les relations avec le monde politique français sont devenues partie d’une stratégie nationale très ambitieuse40.
- 41 Sur le Comitè de Germanor amb els Voluntaris Catalans voir David Martínez Fiol, Els « Voluntaris ca (...)
- 42 La biographie de Joan Solé i Pla dans Joan Esculies Serrat, Joan Solé i Pla : un separatista entre (...)
- 43 La Nació, 30 desembre 1916, p. 1.
14Suivant cette même stratégie, un médecin homéopathe de Barcelone, le Dr Joan Solé i Pla, commença à écrire assidûment sur les pages de Iberia et La Nació, organe de presse de la Unió Catalanista, des articles sur les volontaires catalans dans l’armée française, tout affirmant qu’ils étaient des milliers et qu’ils se battaient tous pour la France et pour la liberté de la Catalogne. Les efforts de Joan Solé i Pla ont abouti à la création, en février 1916, du Comitè de Germanor amb els Voluntaris Catalans. Cette plate-forme fut la première en Espagne à s’intéresser à la question des volontaires et à organiser un système efficace d’envoi de centaines de colis aux combattants eux-mêmes et de parrainage de guerre41. Bien qu’elle ait été composée de différentes personnalités catalanes, la personne qui a le plus œuvré au développement des activités de la plate-forme a été Solé i Pla lui-même. Ce nationaliste catalan convaincu, alors père de famille d’âge moyen42, passait une grande partie de son temps pendant les années de la guerre à correspondre avec les volontaires catalans. Grâce aux informations obtenues, et sublimant de manière épique tout ce qu’il jugeait opportun, Solé i Pla a pu rédiger un grand nombre d’articles visant à sensibiliser l’opinion publique catalane à la nécessité d’être solidaire du sacrifice « patriotique » des volontaires catalans et à faire passer l’idée que ces volontaires étaient l’« armée » d’une Catalogne qui, n’étant encore souveraine, ne pouvait pas disposer de ses propres forces ni soutenir la France de quelque manière que ce soit. La relation entre les volontaires catalans et le nationalisme a été constamment présentée dans la propagande promue par Solé i Pla et les groupes catalanistes radicaux ; par exemple, sur la couverture du dernier numéro de La Nació de l’année 1916, sous un dessin, on pouvait lire : «l’intervention des soldats de Catalogne dans la guerre, devant le monde, ne peut que signifier la pleine affirmation des aspirations à la liberté et des sentiments de justice qui battent dans notre peuple»43.
- 44 Eduardo González Calleja et Paul Aubert, Nidos de espías : España, Francia y la Primera Guerra Mund (...)
- 45 Le journal percevait 7 500 pesetas par mois. Télégramme n° 428 de l’ambassadeur Léon Geoffray au Mi (...)
- 46 Mario Aguilar, « La raza : legiones españolas al servicio de Francia (I) », El Imparcial, 24 octobr (...)
- 47 « España y los beligerantes : comentarios de la prensa extranjera : los artículos de Mario Aguilar (...)
15L’attention portée aux volontaires catalans dans la presse catalaniste a encouragé les générateurs d’opinion francophile de Madrid à imiter l’exemple et à faire connaître la présence d’Espagnols dans la Légion étrangère, mais avec une lecture différente, loin des connotations disséminées depuis Barcelone. Ainsi, surtout à partir de la fin de 1916, intellectuels et journalistes s’efforcèrent de promouvoir la propagande autour des volontaires espagnols. Comme l’ont démontré Paul Aubert et Eduardo González Calleja, l’ambassade de France à Madrid était elle-même chargée de distribuer de généreuses subventions mensuelles aux principaux journaux madrilènes et provinciaux afin qu’ils adoptassent une ligne éditoriale favorable aux intérêts français44. De tous les journaux, celui qui a reçu le plus de subventions était El Imparcial, un quotidien centriste et libéral45. La documentation diplomatique française ne permet pas de savoir si les services français ont pu jouer un rôle, mais en tout cas, entre le 24 et le 30 octobre 1916, le journal publia précisément un texte du journaliste Màrius Aguilar sur les volontaires espagnols rempli d’épopée46. Ce texte trouva rapidement un écho dans la presse espagnole et même dans certains journaux étrangers47, ce qui n’était probablement pas fortuite.
- 48 Luis Araquistáin, « Una exposición artística a beneficio de los legionarios españoles », El Liberal(...)
- 49 Télégramme n° 603 de l’ambassadeur Léon Geoffray au Ministère des Affaires étrangères, 7 novembre 1 (...)
16L’intention était de promouvoir la visibilité des volontaires espagnols, afin de faire savoir que la nation espagnole combattait également d’une manière ou d’une autre aux côtés des forces démocratiques. En effet, quelques jours plus tard, le journaliste socialiste et aliadophile Luis Araquistáin Quevedo écrivait un article dans le journal El Liberal annonçant qu’un groupe d’écrivains et d’artistes avait décidé d’organiser une exposition de dessins et d’affecter l’argent récolté par les entrées et les ventes d’œuvres à un cadeau de Noël pour les légionnaires espagnols, auquel tout le monde pouvait également contribuer en faisant un don sous forme de souscription48. Dans le cas de l’exposition d’art, la documentation diplomatique révèle que les agents de la propagande française en Espagne ont tenté de la promouvoir : Léon Rollin, correspondant en Espagne du journal parisien Le Journal, écrivit à Auguste Bréal, attaché de presse et de propagande au ministère des Affaires étrangères, pour lui expliquer la proposition et lui donner des instructions supplémentaires sur la manière de procéder. De même, l’ambassadeur à Madrid, Léon Geoffray, s’empressa d’écrire à Paris pour l’avertir d’une affaire «dont notre propagande pourra tirer grand profit»49.
- 50 « Crónica de la exposición », España : semanario de la vida nacional, 11 janvier 1917, p. 5.
- 51 Enrique García Hernán, Jacobo : el duque de Alba en la España de su tiempo, Madrid, Cátedra, 2023, (...)
17Une convergence d’intérêts s’est établie entre les agents de la propagande française en Espagne et les écrivains aliadophiles madrilènes, qui étaient prêts à collaborer activement dans le but de montrer la ferveur francophile de la nation espagnole malgré la neutralité officielle. Le monde diplomatique français comprit que, tout en les maintenant, il fallut déplacer Barcelone comme centre privilégié des relations culturelles hispano-françaises et renforcer les relations avec le monde politique et intellectuel madrilène en signe d’amitié et de respect du statu quo alphonsin. S’approcher trop près des groupes catalanistes pouvait être interprété à Madrid comme un geste de défiance de la République française à l’égard de l’Espagne, et il convenait donc d’encourager les contacts avec les groupes francophiles de la capitale. Ainsi, la première exposition d’art en hommage aux volontaires espagnols se tint en janvier 1917 au palais des comtes de Montijo et Teba à Madrid, avec la collaboration d’un grand nombre de peintres et de sculpteurs français et espagnols50. L’une des impressions les plus intéressantes pour les visiteurs de l’exposition et les abonnés de l’hebdomadaire España fut l’intérêt porté à la question des volontaires par d’éminents représentants de l’aristocratie libérale. Le duc d’Albe, Don Jacobo Fitz-James Stuart y Falcó, bien connu comme philanthrope et mécène51, devenu en novembre 1916 chef du Comité de rapprochement franco-espagnol, fit un don de 100 pesetas, l’une des sommes les plus remarquables. D’autres personnalités politiques et intellectuelles, comme le médecin Gustavo Pittaluga, s’intéressèrent également à l’initiative. La conclusion fut qu’il existaient des groupes importants de sympathisants de la cause alliée, sensibles à un projet national libéral et régénérationniste, ce qui démentait le discours germanophile selon lequel la cause alliée n’était soutenue que par des secteurs révolutionnaires déterminés à renverser le système. Cette observation serait très largement prise en compte un an plus tard, lorsqu’une initiative plus décisive serait prise pour sensibiliser l’opinion publique espagnole aux volontaires combattant en France: Le Patronato de Voluntarios Españoles.
Le Patronato de Voluntarios Españoles
- 52 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, op. cit., p. 82-83.
- 53 Joan A. Lacomba, La crisis española de 1917, Madrid, Ciencia Nueva, 1970 ; Francisco José Romero Sa (...)
18Au cours de l’année 1917, comme le souligne David Martínez Fiol, la projection médiatique de la question des volontaires espagnols s’essouffla52. L’Empire allemand a annoncé une guerre sous-marine illimitée, avec des conséquences terribles pour les navires espagnols ; les dénonciations de ces outrages répétés en haute mer remplirent les pages des publications aliadophiles. Mais surtout, 1917 fut l’année de la préparation d’une crise majeure du système de la Restauration : l’inflation entraîna une très forte tension sociale, à laquelle s’ajoutait la tension provoquée par les revendications corporatistes des militaires organisés en Juntas de Defensa et celles des groupes politiques qui manœuvraient pour une réforme constitutionnelle en profondeur permettant un nouveau partage du territoire et du pouvoir et la démocratisation du système53. La situation intérieure troublée, qui a explosé notamment en juillet et en août, a conduit les auteurs en Catalogne comme dans le reste de l’Espagne à mettre de côté la question des volontaires et à se concentrer davantage sur l’analyse de la situation politique et économique. En tout état de cause, ce n’était qu’à la fin de l’année et surtout à partir de 1918 que la figure du légionnaire réapparaît dans les pages de la presse avec une grande assiduité.
- 54 Enric Ucelay-Da Cal, « Wilson i no Lenin : l’esquerra catalana i l’any 1917 », L’Avenç, nº 9, 1979, (...)
- 55 « Missatge enviat recent-ment a Mr. Woodrow Wilson pels separatistes catalans », L’Intransigent : p (...)
19Le catalanisme aliadophile, qui avait espéré obtenir en 1917 une réforme démocratique de l’État qui reconnaîtrait la singularité catalane, s’intéressa à nouveau à la stratégie de projection à l’étranger comme moyen de parvenir à la souveraineté politique. Or, en janvier 1918, le président américain Thomas Woodrow Wilson annonça devant le Congrès américain ses fameux 14 points, parmi lesquels figurait le principe des nationalités ou le droit à l’autodétermination. Bien que les propos de Wilson aient été très vagues sur ce point et qu’il pensait surtout aux groupes nationaux de l’Empire austro-hongrois, le monde catalaniste interpréta cette annonce de manière très intéressée et redoubla de confiance dans le triomphe des Alliés pour espérer la reconnaissance d’une autonomie ou d’un État propre54. Il était donc nécessaire pour les secteurs nationalistes les plus radicalisés de s’adresser aux États-Unis et à la France et d’insister sur la propagande catalaniste en faveur des volontaires, un faire-valoir toujours présente. En août 1918, dans un message adressé au président Wilson et repris dans le journal ultranationaliste de la jeunesse L’Intransigent, il était indiqué que « nous obtiendrons la liberté que nous méritons de droit, par nos mérites et par notre volonté, liberté pour laquelle une légion de nos frères versent leur sang sur les champs de bataille français, tout près des nobles fils de votre peuple »55.
- 56 La biographie de José Subirá dans María Cáceres-Piñuel, El hombre del rincón : José Subirá y la his (...)
- 57 Pour exprimer son penchant pour la Belgique, le musicologue a publié le livre de voyage José Subirá(...)
- 58 La relation épistolaire entre José Subirá et son oncle Joan Solé au sujet des volontaires de la Gra (...)
20La poussée de la propagande nationaliste à Barcelone et toutes ses dérivations devait logiquement susciter l’inquiétude à Madrid. À cette époque, le musicologue aliadophile José Subirá Puig, très lié à certaines figures centrales de l’institutionnalisme comme José Castillejo56, décida de mener à bien une initiative qui, dépassant la logique territoriale du Comitè de Germanor amb els Voluntaris Catalans, contribuerait à renforcer la lecture des volontaires dans une clé espagnole, sans connotations catalanistes, et à favoriser le rapprochement et l’amitié entre la France et l’Espagne. José Subirá avait travaillé pendant deux ans au consulat de la République argentine à Anvers, ce qui a sans doute influencé sa position aliadophile57, mais il y avait un autre facteur important : il était le beau-neveu du Dr Joan Solé i Pla, et il était donc informé de première main des actions qu’il menait à Barcelone58.
- 59 Lettre de José Subirá à Joaquina Puig, 22 janvier 1918, Archives Nationales de Catalogne, (ANC), Fo (...)
- 60 Ibídem.
- 61 Ibídem.
21En janvier 1918, José Subirá commença à contacter différentes personnes dans l’idée de créer une plate-forme similaire à celle qui existait déjà à Barcelone. La correspondance qu’il a lui-même générée nous permet d’en connaître tous les détails. L’objectif initial de Subirá était que sa plate-forme fût composée de cinq personnes seulement, mais avec une grande influence sociale et politique. Dès le début, il eut l’appui du secrétaire francophile de l’Athénée de Madrid, Manuel Azaña Díaz, et de José María González, président de la Chambre de commerce de Madrid, dans l’espoir de «voir si c’est lui qui veut s’occuper de la comptabilité, parce que je manque un peu de comptabilité et j’aurai assez de travail à faire»59. De son côté, Subirà se réservait le poste de secrétaire de ce futur «Comité de Germanor castellano»60. L’approche de Subirá consistait à s’assurer le soutien de membres prestigieux de la société, proches des groupes les plus influents, afin de dissocier l’objectif francophile de la plate-forme de toute critique de la part des germanophiles. José Subirá le dit lui-même : «et si l’une ou l’autre de ces deux dernières personnes démissionnait, [...] qu’on les chercherait déjà, parmi les gens d’argent et d’ordre, pour ne pas alarmer les germanophiles. Araquistáin et Vidal pensent, avec raison, que s’ils se montraient, cela suffirait pour que les gens aisés regardent notre Comité d’un mauvais œil, et qu’ainsi l’objet bienfaisant que nous proposons serait ruiné»61.
- 62 Ibídem.
22José Subirá a cherché à intégrer dans son programme des personnes qui ne pouvaient en aucun cas être liées à un comportement réticent à soutenir la monarchie et le régime politique libéral, surtout après les signes de soutien à Alphonse XIII que la diplomatie française avait donnés après la crise de 1917. En effet, la diplomatie française ne s’est jamais intéressée à la moindre perturbation de la stabilité politique en Espagne., un pays qui était un partenaire commercial important et avec lequel elle partageait la frontière méridionale. José Subirá pensait intégrer à l’organisme une dame de la cour de la reine Victoria Eugenia de Battenberg qui avait un neveu engagé dans la Légion étrangère et Álvaro Alcalá-Galiano y Osma, écrivain, essayiste, historien et critique littéraire d’origine maurrassienne «qui s’est fait remarquer par son amour des Alliés dans diverses publications et qui jouit d’une grande affection au sein de la haute aristocratie madrilène»62. Finalement, aucune de ces personnes, qui auraient pu donner tant d’influence à l’organisation, n’a accepté d’y adhérer.
- 63 Parmi les membres du Patronato de Voluntarios Españoles, on trouve le prestigieux professeur Rafael (...)
23Malgré cet échec, José Subirá a réussi, par l’intermédiaire du sénateur et professeur Rafael Altamira Crevea, à faire en sorte que sa plate-forme soit créée sous le nom de Patronato de Voluntarios Españoles, en tant que branche autonome du Comité de rapprochement franco-espagnol. Ainsi, l’objectif de José Subirá fut largement atteint. Sa plate-forme serait composée de personnalités prestigieuses, disposant d’un pouvoir économique et médiatique, très bien connectées à la sphère politique madrilène (nombreux de ses membres étaient des sénateurs), et difficilement associables à de dangereuses tentations révolutionnaires63. Tous représentaient également un nationalisme espagnol libéral et modernisateur, enclin à certaines propositions régénérationnistes.
- 64 Il convient de noter que de tels gestes de solidarité humanitaire à l’égard des combattants sont de (...)
- 65 Toutes ces chroniques ont été compilées dans le livre Enrique Gómez Carrillo, La gesta de la Legión (...)
- 66 Dans une chronique, Gómez Carrillo écrivait pour exemple : « c’est ainsi que furent, à coup sûr, le (...)
24José Subirá complétait ses efforts en préparant et en envoyant dans les tranchées des colis de nourriture, de livres et de journaux, de tabac, de vêtements chauds, etc. En ce sens, comme son oncle Joan Solé i Pla, José Subirá a voulu apporter aux tranchées la chaleur de l’arrière-garde civile, en essayant de transmettre aux volontaires l’idée qu’ils avaient derrière eux la solidarité de tout un peuple et qu’ils ne seraient jamais seuls64. Cependant, un autre aspect remarquable était la présentation propagandiste des volontaires dans une logique nationale espagnole. Ces efforts de Subirá ont coïncidé et se sont déroulés parallèlement à une campagne médiatique sans précédent relancée dans la presse madrilène pour diffuser la présence des volontaires espagnols dans la Légion étrangèreet les présenter comme la meilleure preuve de l’inclination des Espagnols pour la France malgré les chaînes de la neutralité. Les journalistes Fabián Vidal et Sila écrivirent sur les volontaires, mais les chroniques du correspondant d’El Liberal, Enrique Gómez Carrillo, prestigieux écrivain et journaliste d’origine guatémaltèque, qui publia entre le 27 mars et le 30 mai 1918 une série de chroniques sur les volontaires espagnols et latino-américains sous le peu impartial titre de La gesta de los voluntarios españoles, furent particulièrement remarquables65. Dans ces chroniques, Gómez Carrillo revendiquait l’héroïsme espagnol et reliait les volontaires à certains épisodes et personnages mythifiés de la tradition nationaliste espagnole66. De même, José Subirá Puig fut très actif dans cette opération qui prétendait donner un cadre national au phénomène transnational du volontariat armé. José Subirá a également insisté pour classer les volontaires selon des stéréotypes essentialistes et nationalistes, et pour revendiquer leur participation à la guerre comme un sacrifice pour la cause de l’humanité, mais aussi pour la nation espagnole. Pour Subirá, les volontaires ont racheté l’Espagne de sa neutralité honteuse et étaient le meilleur exemple d’un esprit donquichottesque typique de la manière d’être espagnole. Les textes de Subirá présentaient souvent des références qui reliaient les volontaires à l’imaginaire nationaliste espagnol. Les textes de propagande devaient contribuer à ce que, à l’heure de la paix, la France reconnaisse l’Espagne comme une amie et une alliée, dans l’espoir que l’Espagne puisse alors jouer un rôle dans le nouvel ordre international à construire. C’était un objectif plus ou moins partagé dans le cadre des principes d’un nationalisme espagnol libéral et régénérationniste.
Le temps de la paix
- 67 Il existe une vaste littérature sur les conséquences de la Grande Guerre et les traités de paix. L’ (...)
- 68 « El municipio aliadófilo », El Diluvio, 15 novembre 1918, p. 9. Parmi les mesures : envoi de télég (...)
- 69 Raquel Castellà Perarnau (ed.), Flames a la frontera : Catalunya i la Gran Guerra, Barcelone, Museu (...)
- 70 Les liens de sympathie envers la France ont conduit à la création un an plus tard d’une « Associati (...)
- 71 Maximiliano Fuentes Codera, La Gran Guerra a les comarques gironines, Girona, Diputació de Girona, (...)
- 72 Lettre de Thierry au Ministère des Affaires Étrangères, 12 novembre 1918, Centre des Archives diplo (...)
25Le 11 novembre 1918, l’armistice de Compiègne est signé et entrait en vigueur, ouvrant une longue période de conférences et de réunions au cours desquelles le sort des pays vaincus serait fixé67. Après plus de quatre ans, l’heure de la paix avait sonné. La signature de l’armistice a suscité la liesse dans tous les pays vainqueurs ; dans le cas de l’Espagne neutre, certaines institutions et certains secteurs ont célébré avec enthousiasme une victoire dont ils pensaient qu’elle aurait un impact profond sur l’avenir politique de l’Espagne. La satisfaction pour la victoire alliée est particulièrement ressentie en Catalogne, où l’on est convaincu des opportunités qui s’ouvrent à la cause nationaliste. Le conseil municipal de Barcelone, contrôlé par les républicains lerrouxistes, approuva une série de mesures favorables aux Alliés qui lui ont valu d’être qualifié par la presse comme le « municio aliadófilo »68, , et également de nombreux autres conseils municipaux catalans ont approuvé ou débattu de mesures dans le même sens69. Dans les rues, des manifestations populaires semblent également s’avoir formé. Selon l’historien Maximiliano Fuentes Codera, dans certaines municipalités de la province de Gérone70, des ouvriers d’usines comme Grober ont célébré la victoire, des rassemblements ont eu lieu devant les consulats d’Italie ou de France71, etc. Le consul de France à Barcelone, en revanche, rapporta que les rues étaient très calmes72.
- 73 Francesc Cambó, par exemple, avait exprimé sa position pendant les premières semaines de la guerre (...)
- 74 « Catalunya i els aliats », La Veu de Catalunya, 27 novembre 1918, p. 6.
- 75 « Conmemorando el esfuerzo de los voluntarios catalanes », Iberia, 18 janvier 1919, p. 5. Voir auss (...)
- 76 Sur la campagne autonomiste catalane de 1918-1919, Albert Balcells, El projecte d’autonomia de la M (...)
26Avec la victoire des Alliés, les groupes nationalistes catalans qui avaient maintenu la stratégie propagandiste autour des volontaires catalans ont estimé qu’il était temps de faire valoir leurs efforts et d’amener les puissances victorieuses à dialoguer avec eux pour que le cas catalan soit traité de la même manière que celui des autres minorités nationales de l’Europe centrale. De plus, à cette époque, le nationalisme conservateur catalan, qui était hégémonique dans la région, fait volte-face et se rallia à la stratégie internationale des aliadophiles, alors qu’il avait été enclin, tout au long de la guerre, à maintenir une neutralité très lucrative pour les industriels catalans73. Josep Puig i Cadafalch, président de la Mancomunitat de Catalunya, multiplia les gestes de sympathie envers les représentants des pays alliés74, et en janvier 1919 proposa même une importante donation pour la reconstruction du village français de Belloy-en-Santerre, lieu hautement symbolique où la Légion étrangère s’est couverte de gloire75. Ce renforcement de l’aliadophilie et la valorisation des volontaires catalans coïncidèrent avec le début d’une campagne pour la reconnaissance de l’autonomie de la région catalane, revendication vigoureusement soutenue au Congrès des députés par le député Francesc Cambó76.
- 77 Journal Officiel de la Repúblique française. Débats parlementaires : Chambre des députés, 20 novemb (...)
- 78 Antoni Moliner Prada, « Identitats compartides : Emmanuel Brousse i la nacionalitat catalana », But (...)
27Si les journaux catalans célébrèrent la victoire des Alliés et rappelèrent le sacrifice des milliers de Catalans supposés morts sur les champs de bataille, certains facteurs contribuèrent également à renforcer l’effervescence propagandiste. Le 20 novembre 1918, dans un discours à la Chambre des députés, le député des Pyrénées-Orientales Emmanuel Brousse remercia le docteur Joan Solé i Pla pour son action en faveur des volontaires catalans qui ont combattu en France et appela le peuple français et ses représentants à ne pas oublier le sacrifice de 15 000 volontaires espagnols, dont 12 000 catalans77. Le chiffre avancé par le député Brousse était invraisemblable, mais il est immédiatement repris par la presse écrite. Les chiffres exagérés d’Emmanuel Brousse se comprennent par rapport aux positions du député lui-même : profondément catalanophile, Brousse avait de nombreux contacts et amitiés parmi les personnalités illustres de Barcelone, et pendant la guerre il avait coïncidé dans de nombreuses activités aliadophiles avec des représentants catalanistes78. Brousse pensait probablement que, depuis sa position de député, il pouvait contribuer à faire connaître l’enrôlement des volontaires catalans et promouvoir ainsi les revendications politiques spécifiques de ses amis catalanistes.
- 79 Javier Moreno Luzón, « De agravios, pactos y símbolos : el nacionalismo español ante la autonomía d (...)
28En tout état de cause, dans un climat de tension nationaliste croissante et de confrontation entre Madrid et Barcelona en raison de la campagne pour la reconnaissance de l’autonomie de la Catalogne79, la campagne médiatique effervescente sur les volontaires catalans lancée depuis Barcelone et les propos du député Emmanuel Brousse lui-même ont suscité une vive inquiétude quant aux conséquences politiques qu’ils pourraient entraîner. En ce sens, une réaction défensive a été initiée depuis Madrid qui, dans l’idée de neutraliser le discours catalaniste et de renforcer l’idée d’une Espagne alliée, a démontré le degré de politisation et d’utilisation de la question des volontaires. D’une part, le Patronato de Voluntarios Españoles a estimé nécessaire de rappeler que tous les volontaires espagnols, et même la majorité d’entre eux, n’étaient pas catalans, contrairement à ce que la propagande diffusée depuis Barcelone n’a cessé de répéter. Le 25 novembre 1918, face à la confusion que le discours de Brousse a provoquée à Madrid, le sénateur et professeur Rafael Altamira, vice-président du Patronato de Voluntarios Españoles, écrivit à José Subirá :
Cher Subirá, les journaux rapportent et diffusent le chiffre de 12 000 volontaires catalans. Est-ce vrai, compte tenu des rapports dont nous disposons, ou sont-ils incomplets ? Il serait bon de le savoir avec certitude et rapidement.
- 80 Lettre de Rafael Altamira à José Subirá, 25 novembre 1918, Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds (...)
29D’autre part, ne pensez-vous pas qu’il serait bon de préciser maintenant qu’il y a des volontaires espagnols de toutes les provinces et que le Patronat, qui est en contact direct avec eux, le sait ? La mention de certaines provinces non catalanes qui ont donné un contingent important, je pense qu’il serait utile de dissiper l’impression que le reste de l’Espagne est resté insensible»80.
- 81 Emmanuel Brousse, « La politique des neutres : les deux Espagne », Le Journal, 3 décembre de 1918, (...)
30Dans les mêmes jours, Emmanuel Brousse publia un nouvel article dans l’influent Le Journal, soulignant à nouveau la présence de 12 000 volontaires catalans et parlant de la force des sentiments aliadophiles en Catalogne81. Craignant que cette idée ne fasse son chemin et ne favorise les intérêts souverainistes des nationalistes catalans, Rafael Altamira insista à nouveau auprès de José Subirá :
- 82 Lettre de Rafael Altamira à José Subirá, 5 décembre 1918, Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds J (...)
Cher Subirá : Tu auras déjà vu l’article de Le Journal, commenté dans certains journaux d’hier. Cela rend doublement nécessaire la publication de la feuille volante dont je t’ai parlé dans ma lettre précédente. Nous ne pouvons pas autoriser par notre silence la légende selon laquelle il n’y a que des Aliadophiles en Catalogne, ce qui est aussi inexact que de supposer que toute la Catalogne est Aliadophile. Veuillez donc me faire la faveur d’envoyer la feuille volante aux journaux dans les plus brefs délais82.
- 83 Pour exemple « Patronato de Voluntarios Españoles », La Época, 17 décembre 1918, p. 2.
31Ce n’est pas un hasard si, dans les jours suivants, José Subirá publia plusieurs articles dans des journaux comme La Época, contrôlé par le marquis de Valdeiglesias, membre du Patronato de Voluntarios Españoles, affirmant que parmi les Espagnols qui avaient rejoint la Légion, il y en avait de toutes les régions et provinces espagnoles83. Madrid envoyait donc un message contraire à celui prêché par la presse catalaniste de Barcelone, avec l’intention que la stratégie catalaniste autour des volontaires se dilue et ne puisse pas nourrir ou donner de l’espoir à ceux qui, en Catalogne, réfléchissaient aux progrès réalisés par d’autres nationalismes en Europe de l’Est. La réaction des hommes du Patronato de Voluntarios Españoles était celle d’un nationalisme sur la défensive, qui se sentait menacé et incertain face aux chances de succès de la stratégie soutenue par les nationalistes catalans.
- 84 Télégramme n° 1074 de Quiñones de León au ministre d’État, 20 novembre 1918 sans heure, Archives Hi (...)
- 85 La biographie de ce jeune volontaire catalán dans David Martínez Fiol, Daniel Domingo Montserrat (1 (...)
- 86 La Trinxera Catalana, nº 4, 19 décembre 1918, p. 1.
- 87 Télégramme n° 1236 de Quiñones de León au ministre d’État, 30 décembre 1918 à 13:15, Archives Histo (...)
32Cependant, au-delà du front médiatique, la véritable bataille autour de la question des volontaires et son potentiel dans l’internationalisation du problème catalan se déroula dans les circuits diplomatiques. À cet égard, l’ambassadeur du Royaume d’Espagne à Paris, José María Quiñones de León, issu d’une famille royaliste qui avait hérité de l’ambassade après la mort du marquis de Muni, joua un rôle clé pour empêcher toute velléité de succès de la stratégie catalaniste. Certains groupes nationalistes radicaux, fortement influencés par le wilsonisme, furent particulièrement actifs et bénéficièrent en outre du soutien de certains légionnaires catalans. À cet égard, il a été porté à l’attention du ministère d’État que le commandant militaire de Perpignan avait reçu la visite d’un jeune Catalan et d’un journaliste français pour lui demander s’il serait possible que les légionnaires catalans signassent un manifeste adressé au président américain Woodrow Wilson pour demander la reconnaissance de la nation catalane. Le commandant affirma cependant que les combattants actifs ne pouvaient prendre position ni signer de tels documents politiques et que toute personne qui le ferait serait immédiatement arrêtée. La réponse du commandant satisfait pleinement les autorités espagnoles84, mais la nouvelle aggrava les inquiétudes concernant les mouvements à l’étranger d’éléments nationalistes radicaux, à un moment de grande incertitude quant aux accords que les puissances victorieuses pourraient faire passer. En outre, il était devenu évident que les groupuscules ultranationalistes n’avaient aucun scrupule à essayer de contacter les autorités étrangères et à rechercher la chaleur de Wilson. En septembre 1918, le Comité national catalan avait été créé à Paris, une organisation ouvertement séparatiste animée par le jeune volontaire catalan Daniel Domingo Montserrat, qui était déterminé à faire constamment appel aux puissances victorieuses85. En effet, ce même combattant extrémiste était chargé de publier un petit magazine représentant les quelques volontaires ayant les meilleures relations avec le docteur Solé i Pla et les plus proches des idées séparatistes catalanes, intitulé La Trinxera Catalana : dans le numéro 4 de cette publication, une vignette a été ajoutée avec une allégorie de la Catalogne liée à l’Espagne et à Wilson avec une hache sur le point de briser le lien entre la Catalogne et l’Espagne86. Dans ce climat, à tous ces risques s’ajoutait la rumeur d’une visite imminente de Francesc Cambó à Paris, sans doute dans le but de faire connaître et de promouvoir les revendications autonomistes de la Catalogne87.
- 88 Manuel Aznar, « Primeras impresiones : probable visita a los campos de batalla », El Sol, 21 décemb (...)
33Devant la dangereuse dérive que prenait la question catalane, le président du Conseil des ministres, le comte de Romanones, qui avait été le plus aliadophile de tous les principaux dirigeants des partis dynastiques, décida d’entreprendre un voyage à Paris pour évaluer de visu l’état de la situation et sonder les possibilités réelles pour l’Espagne d’obtenir la satisfaction de certaines de ses aspirations. Romanones partit en train pour Paris, où il arriva le 20 décembre 1918. L’arrivée du leader espagnol à Paris s’avéra être une pantomime bien préparée. Connaissant la volonté des groupes catalanistes de faire croire que la quasi-totalité des volontaires étaient catalans, un légionnaire madrilène, Luis Álvarez Cedrón, était présent à la gare du Quai d’Orsay88. L’image de ce combatant mutilé et blessé était sans doute celle d’un Espagnol qui s’avait sacrifié et qui avait défié la mort pour la France. Il est possible que le choix de ce volontaire pour recevoir des Romanones ait été planifié par Quiñones de León avec l’accord du Patronato de Voluntarios Españoles. Quoi qu’il en soit, devant les autorités françaises et les journalistes présents à la gare, Álvarez Cedrón lit un discours patriotique dans lequel il fait l’éloge du comte de Romanones, parlant de lui comme d’un homme politique éminent qui avait toujours aimé sincèrement la France. L’acte est certes loin d’être innocent et démontre une fois de plus que les volontaires étaient destinés à devenir un pion politique sur l’échiquier de l’après-guerre qui restait à définir.
- 89 Javier Moreno Luzón, Romanones : caciquismo y política liberal, Madrid, Alianza, 1998, p. 360-361.
34Au cours de son séjour à Paris, Romanones rencontra les grandes personnalités et les dirigeants alliés réunis dans la capitale de la Seine : Georges Clemenceau, le ministre français des Affaires étrangères Stephen Jean-Marie Pichon, le président italien Vittorio Emanuele Orlando, Woodrow Wilson, etc. L’atmosphère fut toujours cordiale, mais le résultat du voyage fut inégal : Romanones constata que les Alliés ne réservaient aucun rôle particulier à l’Espagne, que le roi Alphonse XIII n’était pas pressenti pour présider une quelconque conférence de paix et qu’aucun progrès n’avait été réalisé sur la question épineuse du Maroc. Cependant, Romanones revint satisfait pour une raison : il a obtenu l’assurance que les Alliés n’étaient prédisposés à tenir compte des revendications souverainistes catalanes, quelle que soit l’insistance de leur propagande89.
- 90 La Liga Patriótica Española avait des bases ouvrières et se nourrissait de jaimistes et d’ouvriers (...)
- 91 Manifeste « ¡Viva España ! », janvier 1919, Centre des Archives diplomatiques de Nantes, Consulat g (...)
35Dans un climat de nationalisme exacerbé, indépendamment des informations tranquillisants publiées par la presse depuis Paris, les milieux espagnolistes radicalisés ont également lancé leur campagne à Barcelone contre la campagne autour des volontaires et les tentatives des groupes catalanistes radicaux de laisser leurs revendications entre les mains des grandes puissances. La Liga Patriótica Española, une organisation de combat d’extrême droite et ultranationaliste éphémère fondée en novembre 191890, a publié début janvier 1919 un manifeste au langage fanatiquement nationaliste, plein de haine envers les Catalans et de mépris pour les vainqueurs de la guerre, dans lequel il était fait référence aux volontaires catalans. Le manifeste ironisait sur le fait que les groupes catalanistes avaient lancé le mirage selon lequel la Catalogne avait été belligérante grâce à la participation de ces volontaires : « belle représentation que celle de ces mauvais Catalans qui ont dû fuir l’Espagne pour ne pas être emprisonnés ». Le manifeste ultra avertissait également que « les Catalans cherchent à intervenir dans la Conférence de paix pour que l’indépendance soit accordée à la Catalogne, indépendance que les méchants rêvent de se voir imposer par le mandat de l'Europe »91. Le manifeste mettait en évidence la centralité de la nationalisation du phénomène des volontaires.
- 92 Télégramme n° 124 de Quiñones de León au ministre d’État, 31 janvier 1919 à 17h15, Archives Histori (...)
36Certes, comme le prévenaient les ultra-espagnolistes violents, leurs ennemis idéologiques voulaient continuer à exploiter l’image des volontaires dans leur stratégie d’internationalisation. En janvier 1919, les nationalistes catalans préparèrent une nouvelle manifestation pour faire connaître leur lecture particulière des volontaires catalans à Paris. Il s’agissait d’organiser un grand banquet, en présence du maréchal Joseph Joffre, en hommage aux volontaires catalans de la Grande Guerre, afin de célébrer la victoire et de rendre hommage à leurs camarades tombés au champ d’honneur. Il s’agissait sans aucun doute d’une initiative de visibilité, comme le comprenait l’ambassadeur José María Quiñones de León, qui limitait l’événement à la «propagande des Catalans, qui se préparent à réaliser des actes d’extériorisation de leur campagne politique à Paris». Le gouvernement français donna immédiatement l’assurance que Joffre n’encouragerait pas par sa présence cet hommage aux volontaires catalans. En communiquant cette nouvelle à Romanones, Quiñones de León a indiqué que si le banquet des volontaires catalans ne pouvait être empêché, il conviendrait au moins de consulter le Patronato de Voluntarios Españoles afin d’évaluer la marche à suivre. Finalement, le banquet a lieu le 26 janvier 1919, mais les intentions initiales des catalanistes furent déçues : Quiñones de León s’appuya sur ses contacts dans la colonie espagnole de Paris et sur l’arrivée de dizaines de volontaires de toutes les régions espagnoles, et le banquet devint un acte de célébration de l’amitié hispano-française, représentée par les volontaires espagnols. De plus, l’événement prit une orientation monarchiste et pro-espagnole, les invités levant leur verre en l’honneur du roi Alphonse XIII92. Cet épisode a montré une fois de plus que, malgré les efforts déployés pour politiser la question des volontaires dans une optique catalaniste, la diplomatie espagnole a toujours agi de manière à rendre une telle stratégie infructueuse. Bien que les groupes catalanistes aient maintenu la campagne médiatique aliadophile et la revendication des 12 000 volontaires au cours des mois suivants, le cas catalan n’a jamais été considéré sous le même angle que celui d’autres minorités nationales.
- 93 Gaceta de Madrid, n° 179, 28 juin 1919, p. 1054.
- 94 Patronato de Voluntarios Españoles, Memoria de su actuación…, op. cit. ; José Subirà Puig : Memoria (...)
- 95 L’histoire de ce monument dans Alejandro Acosta López, « La memòria dels voluntaris catalans de la (...)
37Avec la fin de la Grande Guerre, les volontaires purent progressivement rejoindre la vie civile et, bien que certains s’installèrent en France ou poursuivirent leur carrière militaire dans la Légion, le Patronato de Voluntarios Españoles obtint une sorte de pardon grâce auquel les volontaires purent rentrer en Espagne sans subir les conséquences prévues par les décrets de neutralité93. Pendant les années d’après-guerre, malgré la nouvelle de la signature des différents traités et la reconfiguration de la carte européenne et de l’ordre mondial, les mêmes groupes aliadophiles qui avaient fait de la propagande sur le volontariat dans les armées, avec des connotations catalanistes ou espagnolistes, ont continué à le faire par les canaux qu’ils jugeaient opportuns et dans la mesure où les circonstances le permettaient, en profitant de toute occasion pour défendre la mémoire des volontaires avec des lectures identitaires et nationalistes. Quant à José Subirá, il s’est chargé de la rédaction d’un ensemble de cinq livres sur les volontaires espagnols de la Grande Guerre94, qui ont été minutieusement distribués à des personnalités influentes du monde politique et culturel, à des ambassadeurs et à des hispanistes français. Son oncle, Solé i Pla, se consacra également à la préparation d’un livre inédit sous forme de manuscrit, La gesta dels voluntaris catalans, qui devait être une sorte de chronique d’exaltation patriotique des volontaires, et surtout il s’employa à obtenir des fonds pour que la mairie de Barcelone puisse enfin inaugurer une statue en hommage aux volontaires catalans, commandée au sculpteur Josep Clarà, que dans sa conception originale, il avait des connotations clairement martiales et était lié à une vision positive et nationaliste du sens du dévouement du peuple catalan95. La mémoire des volontaires espagnols ou catalans est ravivée à certaines occasions : ainsi, lors de la visite du maréchal Joseph Joffre à Madrid en avril 1920, Rafael Altamira évoqua le sacrifice des volontaires espagnols devant le héros de la bataille de la Marne, en supposant que ces combattants avaient représenté les sentiments du peuple espagnol.
- 96 Sur l’imposition du nationalisme espagnol en Catalogne à l’époque de Primo de Rivera, voir Josep Ma (...)
- 97 Ce changement d’orientation a bénéficié du respect et de la collaboration de la diplomatie français (...)
- 98 « Legionarios españoles alistados en el Ejército francés y muertos en la guerra, 1914-1918 », Archi (...)
38Avec la dictature du général Miguel Primo de Rivera y Orbaneja (1923-1930), l’utilisation nationaliste espagnole de la mémoire publique sur les volontaires atteignit son apogée. Les nouvelles autorités étaient déterminées à effacer et à rendre invisible toute patine catalaniste autour des volontaires96, tout en exploitant la mémoire des combattants comme un élément symbolique dans les relations extérieures avec la République française, marquées tout au long des années 1920 par des tensions sur la question marocaine, du moins jusqu’à l’intelligence mutuelle de 1925. À cet égard, les nouvelles autorités annulèrent le projet de monument aux volontaires catalans à Barcelone et promurent un autre monument dédié aux Français résidant à Barcelone et aux volontaires espagnols morts pendant la Grande Guerre. La cérémonie d’inauguration de ce monument, qui eut lieu le 1er juin 1925, fut couverte d’une grande pompe militaire, de discours patriotiques enflammés et vit même la participation du roi Alphonse XIII et du marquis de Magaz, vice-président du Directoire Militaire. Cet événement montrait l’orientation politique que la dictature entendait donner à la mémoire de l’enrôlement légionnaire en France, avec des concomitances évidentes avec l’exploitation parallèle par des groupes ultranationalistes dans certains des nouveaux États européens. Par ailleurs, la dictature de Primo de Rivera modifia l’orientation politique des manifestations organisées dans le village de Belloy-en-Santerre97, en insistant sur la nécessité d’éviter tout symbole catalaniste, et établit même des listes de volontaires ayant participé à la Grande Guerre pour tenter de montrer que les Catalans furent minoritaires au sein du contingent espagnol98. La dynamique des années d’après-guerre permet de vérifier que la tension entre les récits nationalistes et l’exploitation partielle des volontaires s’est maintenue.
D’une mobilisation transnationale à des lectures particularistes
- 99 Fets d’armes de catalans, Barcelone, Generalitat de Catalunya-Departament de Cultura-Serveis de Cul (...)
39Comme nous l’avons souligné dans ce travail, en Espagne aussi, la participation d’un millier de volontaires dans les rangs de la Légion étrangère a fait l’objet d’une politisation extrême selon des lignes nationalistes. Comme l’a montré ce travail, le combat des volontaires n’était pas un combat politique, mais dans de nombreux cas un combat pour la survie dans un nouveau pays. L’enrôlement des volontaires dans la Légion avait en même temps un caractère profondément transnational. Des milliers de volontaires de dizaines de nationalités et aux parcours personnels très divers ont fini par grossir les rangs d'un phénomène militaire qui, dans de nombreux cas, partait d’une certaine déconnexion ou inadaptation à la réalité des lieux d'origine, réalité que l’on cherchait à fuir ou à transformer. Ce n’est que dans le cas de certains combattants originaires de nations sans État, comme les Tchèques, que leur effort pouvait répondre à des logiques nationalistes. Dans le cas de l’Espagne, certains secteurs du nationalisme catalan ont résolument choisi d’imiter la stratégie des Polonais ou des Tchèques, en espérant que la propagande sensibiliserait l’opinion internationale afin que les revendications catalanes puissent être entendues par une puissance internationale qui interviendrait en leur faveur. Dans le cadre d’une première stratégie d’internationalisation de la cause catalaniste pleinement consciente, systématique et active, les volontaires catalans de la Légion sont devenus les protagonistes d’un récit séduisant à exporter et, en même temps, au niveau intérieur, d’une épopée fantasmée pour calmer l’insatisfaction face à la neutralité forcée. Ils servaient également à montrer l’énergie d’une Catalogne aliadophile liée à une Espagne dont la neutralité était dénoncée comme pro-allemande par ces groupes. Dans ce récit, le cadre national était souvent mis en évidence en faisant référence aux volontaires de 1914-1918 comme aux nouveaux Almogavres. En pleine guerre civile, un livret allait même jusqu’à placer les volontaires catalans à une place de choix dans le légendaire épopée catalane99.
- 100 Josep Pich Mitjana, David Martínez Fiol y Joan Esculies Serrat : « ¿Catalanes en la Conferencia de (...)
- 101 Giovanni C. Cattini, El gran complot : qui va traïr Macià ?, Barcelone, Ara Llibres, 2009, p. 30.
40Cependant, malgré les efforts inlassables pour « nationaliser » « ses » volontaires, en les soumettant à des paramètres et des références nationales catalanes, le cas catalan présentait quelques différences évidentes avec le cas d’autres nationalismes d’Europe centrale. Dans le cas de la Catalogne, la propagande sur les volontaires et toute la campagne francophile n’ont pas réussi à attirer l’attention des puissances victorieuses, qui ont suivi une autre ligne d’action en Europe centrale et orientale en raison des préoccupations géopolitiques causées par l’avènement du communisme russe100. De même, alors que dans le cas de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie, les volontaires qui avaient servi pendant la Grande Guerre ont été intégrés dans les nouvelles armées nationales, apportant leur expérience militaire et devenant souvent officiers et instructeurs, dans le cas de l’Espagne, il n’était pas nécessaire d’organiser une nouvelle armée pour un nouvel État, et les volontaires, qui avaient souvent essayé d’échapper au service militaire dans le passé, n’ont pas trouvé de place dans la sphère militaire. Seul un très petit groupe de volontaires catalans proches du nationalisme radical catalan a parfois entretenu un discours paramilitaire, sans pour autant mener d’action effective, bien qu’un ancien volontaire catalan comme Joan Inglés ait servi d’instructeur aux escamots indépendantistes qui, menés par Francesc Macià, ont tenté de lancer une invasion de Prats de Molló en 1926101.
41À Madrid, l’exaltation propagandiste des volontaires dans une perspective nationale espagnole était avant tout une réaction défensive et une occasion d’alimenter la campagne francophile. Comme dans le cas catalan, les légionnaires espagnols étaient célébrés comme un emblème de patriotisme et de rédemption. Avec une nation liée à sa faiblesse et donc neutre, les volontaires apparaissaient comme ceux qui défendaient la dignité de l’Espagne avec leur sang. De la même manière, sans trop se soucier de l’arrivée dans les dépôts de la Légion de combattants de dizaines de pays, les volontaires étaient présentés comme un symbole de l’amitié hispano-française. Ces idées détermineraient également la mémoire construite autour des combattants, comme l’ont montré les célébrations organisées sous la dictature de Miguel Primo de Rivera. Les volontaires ont été un emblème et une représentation de la nation, aussi bien pendant la guerre qu’après. En effet, l’apparition même de la campagne francophile autour des volontaires ou la création du Patronato de Voluntarios Españoles en 1918, manifestations réactives face à la force du récit diffusé depuis Barcelone, mettaient en évidence les propres insécurités et peurs du nationalisme espagnol face au miroir catalan. La question souligne le niveau de nationalisation donné aux lectures sur les volontaires espagnols.
Notes
1 Jay Winter et Antoine Prost, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie, Paris, Éditions du Seuil, 2004 ; Christoph Cornelissen et Arndt Weinrich (eds.), Writing the Great War : The Historiography of World War I from 1918 to the Present, New York, Berghahn Books, 2021.
2 Javier Rodrigo, « Su Majestad la Guerra. Historiografías de la Primera Guerra Mundial en el siglo XXI » Historia y Política, nº 32 (julio-diciembre 2014), p. 17-45 ; Maximiliano Fuentes Codera, « El giro global y transnacional : las historiografías de la Gran Guerra tras los centenarios », Historia y Política, nº 43, 2020, p. 389-417.
3 E. gr. Oliver Janz, 1914-1918. La Grande Guerra, Turin, Einaudi, 2014 ; Robert Gerwarth et Erez Manela, Imperios en Guerra, 1911-1923, Madrid, Biblioteca Nueva, 2015.
4 Olivier Compagnon et Pierre Pursiegle, « Géographies de la mobilisation et territoires de la belligérance durant la Première Guerre mondiale », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 71e année, vol. I, 2016, p. 37-64.
5 E. gr. Alexander Watson, « Voluntary Enlistment in the Great War : a European Phenomenon ? », in Christine G. Krüger et Sonja Levsen (eds.), War Volunteering in Modern Times : From the French Revolution to the Second World War, Londres, Palgrave MacMillan, 2010, p. 163-188 ; Andrekos Varnava, « The politics and imperialism of colonial and foreign volunteer legions during the Great War : comparing proposals for cypriot, armenian, and jewish legions », War in History, vol. 22, nº 3, 2015, p. 344-363.
6 Parmi les travaux les plus récents dans le contexte européen, nous pouvons souligner Maartje M. Abbenhuis, The Art of Staying Neutral : the Netherlands in the First World War, 19141918, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2006 ; Claes Ahlund (ed.), Scandinavia in the First World. Studies in the War Experience of the Northern Neutrals, Lund, Nordic Academic Press, 2012 ; Ismee Tames, « War on our Minds’s War, neutrality and identity in Dutch public debate during the First World War », First World War Studies, nº 3, 2012, p. 201-216 ; Susanne Wolf, Guarded Neutrality : Diplomacy and Internment in the Netherlands during the First World War, Leiden, Brill 2013 ; Roman Rossfeld et al. (eds.) : 14/18 : der Schweiz und der Grosse Krieg, Baden, Hier und Jetzt, 2014 ; Konrad Kuhn et Béatrice Ziegler (eds.), Der vergessene Krieg : Spuren und Traditionen zur Schweiz im Ersten Weltkrieg, Baden, Hier und Jetzt, 2014 ; Cédric Cotter, S’aider pour survivre : Action humanitaire et neutralité suisse pendant la Première Guerre mondiale, Chêne-Bourg, Georg Éditeur, 2017 ; Adrian Gerber, Zwischen Propaganda und Unterhaltung : das Kino in der Schweiz zur Zeit des Ersten Weltkriegs, Marbourg, Schüren Verlag, 2017 ; Bernard Degen et Christian Koller, « Protest und Streiks in der Schweiz in der zweiten Hälfte des Ersten Weltkriegs », Journal of Modern European History, nº 17, 2019, p. 64-82 ; Karen Gram-Skjoldager, « Denmark during the First World War : Neutral policy, economy and culture », Journal of Modern European History, nº 17 (2019), p. 234-250, et Nicolas Gex, « Louis Dumur, censeur de la neutralité helvétique », Cahiers Louis Dumur, nº 7, 2020, p. 109-121. En dehors de l’Europe, il convient de souligner la production hispano-américaine et en particulier l'expérience argentine, avec des œuvres telles que María Inés Tato, La trinchera austral : la sociedad argentina ante la Primera Guerra Mundial, Rosario, Protohistoria, 2017 ; d’un point de vue transnational, sont indispensables Olivier Compagnon, Camille Foulard, Guillemette Martin et María Inés Tato (eds.), La Gran Guerra en América Latina : una historia conectada, México, Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos, 2018 ; Maximiliano Fuentes Codera, España y Argentina en la Primera Guerra Mundial : neutralidades transnacionales, Madrid, Marcial Pons, 2021.
7 Jérôme Bodin, Les suisses au service de la France : de Louis XI à la Légion étrangère, Paris, Albin Michel, 1988, p. 295-328 ; Jan René Westh, Danske freivillige i Frankrig 1914-1918, Kobenhavn : Ordenshistorisk Forlag, 1998 ; Michaël Bourlet, « Les volontaires latino-américains dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale », Revue historique des armées, nº 255 (janvier 2009), p. 68-78.
8 « Un appel aux Amis de la France », Le Journal, 2 août 1914, p. 2 ; Mafféo Charles Poinsot, Les Volontaires étrangers enrolés au service de la France en 1914-1915, Paris, Librairie Militaire Berger-Levrault, 1915, p. 3-24.
9 Georges Blond, Histoire de la Légion étrangère, Paris, Plon, 1981 ; Douglas Porch, The French Foreign Legion : A Complete History, Londres, Macmillan, 1991 ; Pierre Montagnon, La Légion étrangère : de 1831 à nos jours, Paris, Pygmalion, 1999 ; André-Paul Comor (dir.), La Légion étrangère : Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 2013.
10 Journal Officiel de la Repúblique française. Lois et décrets, núm. 213, 6 de agosto de 1914, p. 7130.
11 Gérard Légier, « La législation relative à la nationalité française durant la Première Guerre mondiale », Revue critique de droit international privé, nº 4, 2014, p. 754-756.
12 Le nombre d’étrangers engagés dans la Légion pendant la campagne de 1914-1918 fait encore l’objet d’un débat historiographique. Les propres statistiques de la Légion font état de 42 883 hommes et, en 1924, la commission présidée par le député de la Somme Henri des Lyons de Feuchins conclut que 29 796 soldats étrangers ont servi dans l’armée française : Historique du régiment de marche de la Légion étrangère : 3e régiment étranger d’infanterie, Paris, Berger-Levrault, 1926, p. 159-162. Le rapport de Lyons de Feuchins apud Jean-Marc Delaunay, « Tous Catalans ? Les combattants espagnols de l’armée française, 1914-1918 », in Jean-Claude Allain (ed.), Des étoiles et des croix. Mélanges offerts à Guy Pedroncini, Paris, Economica, 1995, p. 312. Les travaux historiographiques des dernières décennies tendent à proposer d’autres estimations : Pierre Montagnon, par exemple, avance le chiffre de 36 000 hommes ; Douglas Porch note que les effectifs de la Légion culminent à 21 887 hommes en 1915, chiffre qui aurait été progressivement réduit, et l’historien catalan David Martinez Fiol est convaincu qu’il n’y aurait pas eu plus de 15 000 hommes dans la Légion pendant la Grande Guerre. Pierre Montagnon, La Légion étrangère…, op. cit., p. 156 ; Douglas Porch, The French Foreign Legion… op. cit., p. 337-338 ; David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans » a la Gran Guerra : 1914-1918, Barcelone, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1991, p. 62-74.
13 Pour example Enrique Gómez Carrillo, La gesta de la Legión Extranjera : los hispanoamericanos en la guerra, Madrid, Mundo Latino, 1921.
14 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, art. cit., p. 127.
15 Jean-Marc Delaunay, « Tous Catalans ?... »…, art. cit., p. 323.
16 Alejandro Acosta López, « Quichottes ou pauvres diables ? Le cas des Espagnols dans la légion étrangère pendant la Grande guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, nº 291, 2023, p. 23-41.
17 Sur l’arrivée de population immigrée espagnole en Algérie et ses effets économiques, culturels et démographiques, voir l’ouvrage classique Juan Bautista Vilar Ramírez, Los españoles en la Argelia francesa (1830-1914), Madrid, Centro de Estudios Históricos del C.S.I.C, 1989.
18 C’est ce qui ressort pour exemple de la Lettre du chef de bataillon Deville, 27 mars 1918, Archives Nationales de Catalogne (ANC), Fonds Joan Solé i Pla (Voluntaris Catalans a la Gran Guerra), Lletres de Combatents, vol. 2.
19 Lettre du volontaire Antonio González à José Subirá, s. l., s. d., Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds José Subirá, 4-Documentation personnelle et familiale, 109, Documentación del Patronato de Voluntarios Españoles acerca de la Legión Extranjera de Francia.
20 Un légionnaire inconnu se lamente : « Je ne peux malheureusement pas recevoir le soleil de notre pays, car je suis un fugitif ». Copie dactylographiée d’une lettre d’un volontaire inconnu à José Subirá, s. l., 28 décembre 1918. Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds José Subirá, 4-Documentation personnelle et familiale, 107, Cataluña en la Legión Extranjera : cartas variades [sic], etc.
21 Sur les motivations des volontaires Alejandro Acosta López, « Quichottes ou pauvres diables ?... »… art. cit., p. 36-40.
22 David Martínez Fiol, « Els intel·lectuals poilus i el mite dels voluntaris catalans », L’Avenç : revista de història i cultura, nº 294, 2004, p. 31.
23 Voir cote 72PO/2/36, « Croix-Rouge : secours aux blessés ; correspondance ; tombola ; engagement de volontaires », Centre des Archives diplomatiques de Nantes.
24 Le plus grand recueil de lettres conservé est celui de Joan Solé i Pla, qu’on peut consulter aux Archives Nationales de Catalogne, Fonds Joan Solé i Pla (Voluntaris Catalans a la Gran Guerra), Lletres de Combatents, vols. 1-16.
25 Lettre du consul Charles F. Filippi au Ministère des Affaires Étrangères, 27 février 1919, Centre des Archives diplomatiques-La Courneuve, Europe 1918-1929, Espagne, vol. 44 (Question catalane, régionalisme, septembre 1918-décembre 1923), p. 126.
26 Gaceta de Madrid, n° 211, 30 juillet 1914, p. 238.
27 Gaceta de Madrid, n° 219, 7 août 1914, p. 306.
28 Francisco José Romero Salvadó, España 1914-1918 : entre la guerra y la revolución, Barcelone, Crítica, 2002, p. 7-8.
29 Jesús Perea Ruiz, « Guerra submarina en España (1914-1918) », Espacio, Tiempo y Forma. Serie V, Historia Contemporánea, nº 16, 2004, p. 193-230 ; Enric García Domingo, ¿España neutral ? La Marina Mercante Española en la I Guerra Mundial, Madrid, Real del Catorce Editores, 2005.
30 Eduardo González Calleja et Paul Aubert, Nidos de espías : España, Francia y la Primera Guerra Mundial (1914-1919), Madrid, Alianza Editorial, 2014 ; Fernando García Sanz, España en la Gran Guerra : espías, diplomáticos y traficantes, Barcelone, Galaxia Gutenberg, 2014.
31 Fernando Díaz-Plaja, Francófilos y germanófilos : los españoles en la guerra europea, Barcelone, Dopesa, 1973 ; Andreu Navarra Ordoño, 1914 : aliadófilos y germanófilos en la cultura española, Barcelone, Cátedra, 2014 ; Maximiliano Fuentes Codera, España en la Primera Guerra Mundial : una movilización cultural, Madrid, Akal, 2014 ; Maximiliano Fuentes Codera, España y Argentina en la Primera Guerra Mundial… op. cit. ; Álvaro Ribagorda Esteban, « La participación política de los intelectuales españoles. La proyección de la Gran Guerra, la Revolución Rusa y Versalles en la crisis de la Restauración », Historia contemporánea, nº 69, p. 469-504. Un état des lieux des études sur l’impact idéologique de la Grande Guerre en Espagne dans Alejandro Acosta López, « Aliadófilos y germanófilos en el pensamiento español durante la Primera Guerra Mundial. Balance historiográfico de una Guerra Civil de palabras », Studia Historica : Historia contemporánea, nº 35, 2017, p. 339-367.
32 Gerald H. Meaker, « A Civil War of Words : The Ideological Impact of the First World War on Spain, 1914-1918 », in Hans A. Schmitt (ed.), Neutral Europe Between War and Revolution, 1917-1923, Charlottesville, University Press of Virginia, 1988, p. 9.
33 Pour le cas de la réception de la culture allemande dans les années précédant le conflit, voir l’ouvrage récent Xavier Fleck Gatius, El Segon Reich i Catalunya : Alemanya vista des de la cultura i la política catalana entre 1890 i 1914, Barcelone, Afers, 2024. Sur l’évolution de l’image de la culture allemande après le déclenchement de la guerre, Paloma Ortiz de Urbina, « La Primera Guerra Mundial y sus consecuencias : la imagen de Alemania en España a partir de 1914 », Revista de filología alemana, nº 15, 2007, p. 193-206.
34 Une discussion de cette approche qui a révélé l’hétérogénéité des projets et des idées politiques qui ont coexisté dans le camp germanophile dans Maximiliano Fuentes Codera, « Germanófilos y neutralistas : proyectos tradicionalistas y regeneracionistas para España (1914-1918) », Ayer : revista de historia contemporánea, nº 91, 2013, p. 63-92.
35 En ce qui concerne les manifestes publiés par les intellectuels, il est intéressant de lire le texte classique de l’hispaniste américain Christopher H. Cobb, « Una guerra de manifiestos, 1914-1916 », Hispanófila, nº 29, 1966, p. 45-61. Sur la revue alliadophile Iberia, publiée à Barcelone entre avril 1915 et 1919, voir Joan Safont Plumed, Per França i Anglaterra : la Primera Guerra Mundial dels aliadòfils catalans, Barcelone, A Contra Vent, 2012.
36 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, op. cit., p. 46.
37 Ibidem.
38 Il a développé cette vision de la Grande Guerre comme une opportunité pour les minorités nationales en Europe dans Antoni Rovira i Virgili, La guerra de les nacions : crònica coetània de la Primera Guerra Mundial, Barcelone, CHCC, 2016. Voir aussi Artur Bladé i Desumvila, Antoni Rovira i Virgili i el seu temps, Barcelone, Rafael Dalmau, 1984, p. 126-171 ; Xavier Ferré, De la nació cultural a la nació política. La ideologia nacional d’Antoni Rovira i Virgili, Catarroja-Barcelone, Afers, 2005, p. 143-184 ; Xosé Manoel Núñez Seixas, Internacionalitzant el nacionalisme : el catalanisme polític i la qüestió de les minories nacionals a Europa (1914-1936), Catarroja, Afers, 2010, p. 35-43.
39 Ibid., p. 27-43.
40 Karel Pichlík, Bohumir Klípa, Jitka Zabloudilová, Českoslovenští legionáři (1914-1920), Praga, Mladá fronta, 1996.
41 Sur le Comitè de Germanor amb els Voluntaris Catalans voir David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, op. cit., p. 62-74¸ Joan Esculies Serrat et David Martínez Fiol, 12.000 ! : els catalans a la Primera Guerra Mundial, Barcelone, Ara, 2014, p. 96-105.
42 La biographie de Joan Solé i Pla dans Joan Esculies Serrat, Joan Solé i Pla : un separatista entre Macià i Companys, Barcelone, Edicions de 1984, 2011.
43 La Nació, 30 desembre 1916, p. 1.
44 Eduardo González Calleja et Paul Aubert, Nidos de espías : España, Francia y la Primera Guerra Mundial, Madrid, Alianza, 2014, p. 222-265.
45 Le journal percevait 7 500 pesetas par mois. Télégramme n° 428 de l’ambassadeur Léon Geoffray au Ministère des Affaires étrangères, 24 avril 1917 sans heure, Centre des Archives diplomatiques de La Courneuve, Guerre 1914-1918, Espagne, vol. 478 (16 avril-31 mai 1917), p. 56. Voir aussi Eduardo González Calleja et Paul Aubert, Nidos de espías…, op. cit., p. 264-265.
46 Mario Aguilar, « La raza : legiones españolas al servicio de Francia (I) », El Imparcial, 24 octobre 1916, p. 1 ; « La raza : legiones españolas al servicio de Francia (II) », El Imparcial, 25 octobre 1916, p. 1 ; « La raza : legiones españolas al servicio de Francia (III) », El Imparcial, 30 octobre 1916, p. 1.
47 « España y los beligerantes : comentarios de la prensa extranjera : los artículos de Mario Aguilar », El Imparcial, 10 novembre 1916, p. 1.
48 Luis Araquistáin, « Una exposición artística a beneficio de los legionarios españoles », El Liberal, 9 novembre 1916, p. 1.
49 Télégramme n° 603 de l’ambassadeur Léon Geoffray au Ministère des Affaires étrangères, 7 novembre 1916 sans heure, Centre des Archives diplomatiques-La Courneuve, Guerre 1914-1918, Espagne, vol. 476 (1 novembre 1916-14 janvier 1917), p. 13.
50 « Crónica de la exposición », España : semanario de la vida nacional, 11 janvier 1917, p. 5.
51 Enrique García Hernán, Jacobo : el duque de Alba en la España de su tiempo, Madrid, Cátedra, 2023, p. 100.
52 David Martínez Fiol, Els « Voluntaris catalans »…, op. cit., p. 82-83.
53 Joan A. Lacomba, La crisis española de 1917, Madrid, Ciencia Nueva, 1970 ; Francisco José Romero Salvadó, España 1914-1918…, op. cit., p. 100-210 ; Eduardo González Calleja (ed.), Anatomía de una crisis : 1917 y los españoles, Madrid, Alianza, 2017 ; David Martínez Fiol y Joan Esculies, 1917 : el año en que España pudo cambiar, Sevilla, Renacimiento, 2017 ; Angel Smith, « Cataluña y la Gran Guerra : de la reforma democrática al conflicto social », Hispania Nova : Revista de Historia Contemporánea, nº 15, 2017, p. 472-499.
54 Enric Ucelay-Da Cal, « Wilson i no Lenin : l’esquerra catalana i l’any 1917 », L’Avenç, nº 9, 1979, p. 53-58 ; Xosé Manoel Núñez Seixas, Internacionalitzant el nacionalisme…, op. cit., p. 49-57.
55 « Missatge enviat recent-ment a Mr. Woodrow Wilson pels separatistes catalans », L’Intransigent : periodic nacionalista de joventuts, 7 de novembre 1918, p. 1.
56 La biographie de José Subirá dans María Cáceres-Piñuel, El hombre del rincón : José Subirá y la historia cultural e intelectual de la musicología en España, Kassel, Reichenberger, 2018, p. 43-85.
57 Pour exprimer son penchant pour la Belgique, le musicologue a publié le livre de voyage José Subirá, La Bélgica que yo vi, Madrid, Editorial Cervantes, 1919.
58 La relation épistolaire entre José Subirá et son oncle Joan Solé au sujet des volontaires de la Grande Guerre est analysée dans Alejandro Acosta López, « Les trinxeres de paper. Les actuacions al voltant dels voluntaris de la Gran Guerra en la relació epistolar entre Joan Solé i Pla i Josep Subirá », Cercles : revista d’història cultural, nº 25, 2022, p. 101-128.
59 Lettre de José Subirá à Joaquina Puig, 22 janvier 1918, Archives Nationales de Catalogne, (ANC), Fonds Joan Solé i Pla (Voluntaris Catalans a la Gran Guerra), Lletres de Combatents, vol. 13 (S).
60 Ibídem.
61 Ibídem.
62 Ibídem.
63 Parmi les membres du Patronato de Voluntarios Españoles, on trouve le prestigieux professeur Rafael Altamira, des aristocrates comme le marquis de Valero de Parma et le marquis de Valdeiglesias, propriétaire du prestigieux journal conservateur La Época, l’ancien ambassadeur et ministre Juan Pérez Caballero, des artistes comme Jacinto Octavio Picón ou José Villegas Cordero, l’écrivain et philologue Américo Castro, etc. La présidence de la plate-forme a également été assurée par le duc d’Albe, qui a souvent ouvert les portes de son palais central de Madrid, le Palacio de Liria, pour des réunions régulières.
64 Il convient de noter que de tels gestes de solidarité humanitaire à l’égard des combattants sont devenus courants dans toute l’Europe. Voir Sébastien Farré, Colis de guerre. Secours alimentaire et organisations humanitaires (1914-1947), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2019.
65 Toutes ces chroniques ont été compilées dans le livre Enrique Gómez Carrillo, La gesta de la Legión Extranjera : los hispanoamericanos en la guerra, Madrid, Mundo Latino, 1921.
66 Dans une chronique, Gómez Carrillo écrivait pour exemple : « c’est ainsi que furent, à coup sûr, les compagnons de Cortés, les frères de Balboa, ces hommes silencieux qui épouvantèrent le monde par leurs entreprises surhumaines, traversant des continents, découvrant des mers, soumettant des peuples... ». Ibídem, p. 93.
67 Il existe une vaste littérature sur les conséquences de la Grande Guerre et les traités de paix. L’un des ouvrages de référence les plus complets est Margaret MacMillan, Les artisans de la paix : comment Lloyd George, Clemenceau et Wilson ont redessiné la carte du monde, Paris, Jean-Claude Lattès, 2006.
68 « El municipio aliadófilo », El Diluvio, 15 novembre 1918, p. 9. Parmi les mesures : envoi de télégrammes aux capitales des pays alliés, préparation du voyage du maire Manuel Morales Pareja à Paris pour rencontrer Georges Clemenceau, attribution des noms de Paris et de Londres à deux rues importantes de la ville, décision de promouvoir un monument en hommage aux volontaires catalans, octroi d’un jour férié aux employés municipaux , etc.
69 Raquel Castellà Perarnau (ed.), Flames a la frontera : Catalunya i la Gran Guerra, Barcelone, Museu d’Història de Catalunya, 2018, p. 106.
70 Les liens de sympathie envers la France ont conduit à la création un an plus tard d’une « Association des amis de la France ». Lettre du consul de France à Barcelone au gouverneur civil de Gérone, Barcelone, 28 novembre 1919, Centre des Archives diplomatiques de Nantes, Consulat général de Barcelone, 72PO/2/140, Correspondance générale avec le MAE.
71 Maximiliano Fuentes Codera, La Gran Guerra a les comarques gironines, Girona, Diputació de Girona, 2015, p. 157-158.
72 Lettre de Thierry au Ministère des Affaires Étrangères, 12 novembre 1918, Centre des Archives diplomatiques de La Courneuve, Europe 1918-1929, Espagne, vol. 44 (Question catalane, régionalisme, septembre 1918-décembre 1923), p. 10.
73 Francesc Cambó, par exemple, avait exprimé sa position pendant les premières semaines de la guerre en disant que « nous devons être neutres dans la guerre, car nous ne pouvons pas être autre chose » : Francesc Cambó, « Espanya davant la Guerra Europea : causes de la guerra : la neutralitat d’Espanya », La Veu de Catalunya, 20 août 1914, p. 1.
74 « Catalunya i els aliats », La Veu de Catalunya, 27 novembre 1918, p. 6.
75 « Conmemorando el esfuerzo de los voluntarios catalanes », Iberia, 18 janvier 1919, p. 5. Voir aussi Oriol Dueñas Iturbe et Queralt Solé Barjau, « Les aspiracions internacionals del catalanisme després de la Gran Guerra. El cas de la reconstrucció de Belloy-en-Santerre (1919-1923) », Afers : fulls de recerca i pensament, vol. XXXV, 95, 2020, p. 215-237.
76 Sur la campagne autonomiste catalane de 1918-1919, Albert Balcells, El projecte d’autonomia de la Mancomunitat de Catalunya del 1919 i el seu context històric, Barcelone, Parlament de Catalunya, 2010 ; Borja de Riquer, Cambó : el último retrato, Barcelone, Crítica, 2022, p. 227-255.
77 Journal Officiel de la Repúblique française. Débats parlementaires : Chambre des députés, 20 novembre 1918, p. 3065.
78 Antoni Moliner Prada, « Identitats compartides : Emmanuel Brousse i la nacionalitat catalana », Butlletí de la Societat Catalana d’Estudis Històrics, nº 28, 2017, p. 401-439.
79 Javier Moreno Luzón, « De agravios, pactos y símbolos : el nacionalismo español ante la autonomía de Catalunya (1918-1919) », Ayer : revista de historia contemporánea, n° 63, 2006, p. 119-151.
80 Lettre de Rafael Altamira à José Subirá, 25 novembre 1918, Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds José Subirà, 1-Correspondance, 8 (1).
81 Emmanuel Brousse, « La politique des neutres : les deux Espagne », Le Journal, 3 décembre de 1918, p. 1.
82 Lettre de Rafael Altamira à José Subirá, 5 décembre 1918, Bibliothèque Nationale d’Espagne, Fonds José Subirà, 1-Correspondance, 8 (3).
83 Pour exemple « Patronato de Voluntarios Españoles », La Época, 17 décembre 1918, p. 2.
84 Télégramme n° 1074 de Quiñones de León au ministre d’État, 20 novembre 1918 sans heure, Archives Historiques Nationales de Madrid, Ministère espagnol des Affaires Étrangères, Caisse « Guerra Europea », liasse H 3132.
85 La biographie de ce jeune volontaire catalán dans David Martínez Fiol, Daniel Domingo Montserrat (1900-1968) : entre el marxisme i el nacionalisme radical, Barcelone, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 2001.
86 La Trinxera Catalana, nº 4, 19 décembre 1918, p. 1.
87 Télégramme n° 1236 de Quiñones de León au ministre d’État, 30 décembre 1918 à 13:15, Archives Historiques Nationales de Madrid, Ministère espagnol des Affaires Étrangères, Caisse « Guerra Europea », liasse H 2824.
88 Manuel Aznar, « Primeras impresiones : probable visita a los campos de batalla », El Sol, 21 décembre 1918, p. 1.
89 Javier Moreno Luzón, Romanones : caciquismo y política liberal, Madrid, Alianza, 1998, p. 360-361.
90 La Liga Patriótica Española avait des bases ouvrières et se nourrissait de jaimistes et d’ouvriers ultranationalistes qui bénéficiaient du soutien de la police et de l’armée de la garnison de Barcelone. Elle constituait, en définitive, un noyau d’activisme protofasciste proche de l’expérience des ligues patriotiques françaises : Enric Ucelay-Da Cal, « Entre el ejemplo italiano y el irlandés : la escisión generalizada de los nacionalismos hispanos, 1919-1922 », Ayer : revista de historia contemporánea, nº 63, 2006, p. 84-87 ; Javier Moreno Luzón, « De agravios, pactos y símbolos… », art. cit., p. 146-149.
91 Manifeste « ¡Viva España ! », janvier 1919, Centre des Archives diplomatiques de Nantes, Consulat général de France à Barcelone, 72PO/2/52, Correspondance politique avec le MAE et l’ambassade (1918-1919).
92 Télégramme n° 124 de Quiñones de León au ministre d’État, 31 janvier 1919 à 17h15, Archives Historiques Nationales de Madrid, Ministère espagnol des Affaires Étrangères, Caisse « Guerra Europea », liasse H 2824.
93 Gaceta de Madrid, n° 179, 28 juin 1919, p. 1054.
94 Patronato de Voluntarios Españoles, Memoria de su actuación…, op. cit. ; José Subirà Puig : Memorias y diarios : recopilación glosada, Madrid, Pueyo, 1920 ; Así dijo Montiel : historia novelesca, Madrid, Pueyo, 1920 ; Epistolarios y Narraciones : selección refundida, Madrid, Pueyo, 1920 ; Ante la vida y ante la muerte : novela histórica, Madrid, Pueyo, 1920.
95 L’histoire de ce monument dans Alejandro Acosta López, « La memòria dels voluntaris catalans de la Gran Guerra durant la Guerra Civil », Ebre 38 : revista internacional de la Guerra Civil, nº 11, 2021, p. 155-158.
96 Sur l’imposition du nationalisme espagnol en Catalogne à l’époque de Primo de Rivera, voir Josep Maria Roig Rosich, La dictadura de Primo de Rivera a Catalunya : un assaig de repressió cultural, Barcelone, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1992.
97 Ce changement d’orientation a bénéficié du respect et de la collaboration de la diplomatie française. Voir Centre des Archives diplomatiques de Nantes, Consulat général de France à Barcelone, 72PO/2/1, Don de la municipalité de Barcelone à la commune de Belloy-en-Santerre.
98 « Legionarios españoles alistados en el Ejército francés y muertos en la guerra, 1914-1918 », Archives Générales de l’Administration, Alcalá de Henarès, 54/6133, dossier 6.
99 Fets d’armes de catalans, Barcelone, Generalitat de Catalunya-Departament de Cultura-Serveis de Cultura al Front, 1938, p. 118-120.
100 Josep Pich Mitjana, David Martínez Fiol y Joan Esculies Serrat : « ¿Catalanes en la Conferencia de París ? La crudeza de la Realpolitik o cómo ni Wilson ni Clemenceau les hicieron el menor caso », in Josep Pich Mitjana, David Martínez Fiol y Jordi Sabater (eds.), La paz intranquila. Los tratados de paz de la guerra que no acabó con todas las guerras (1918-1923), Barcelone, Bellaterra, 2020, p. 291-309.
101 Giovanni C. Cattini, El gran complot : qui va traïr Macià ?, Barcelone, Ara Llibres, 2009, p. 30.
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Référence électronique
Alejandro Acosta, « Nationaliser des héros. Les volontaires de la Grande Guerre, un instrument au service des projets nationalistes en Espagne? », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 35 | 2025, mis en ligne le 26 avril 2026, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/22315 ; DOI : https://doi.org/10.4000/164vv
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