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Mémoires, thèses et habilitations

Le Sahara espagnol, de la province 53 à la Marche Verte. Evolutions des représentations et du discours colonial franquiste (Espagne, 1958-1976)

Mohammed Mimoune

Notes de la rédaction

Thèse de doctorat soutenue le 6 décembre 2025 préparée sous la direction de Madame le Professeur Florence Belmonte (Université Paul Valéry-Montpellier) en l’Université Paul Valéry-Montpellier devant un jury constitué de MM. Les Professeurs Pierre-Paul Gregorio (Université Bourgogne Europe), María Llombart Huesca (Université Paul Valéry-Montpellier), Pilar Martínez-Vasseur (Nantes) et Manuelle Peloille (Angers).

Texte intégral

1Cette thèse a pour objet d’étudier la représentation de la province du Sahara espagnol et de ses habitants entre son établissement en janvier 1958 et le départ des derniers représentants espagnols en février 1976, suite à la Marche Verte, qui a conduit à l’occupation du territoire par le Maroc. Près de cinquante ans après la fin de la présence espagnole dans des circonstances tragiques pour le peuple sahraoui, ce sujet reste d’actualité puisque l’ancienne province 53 est toujours considérée par les instances internationales comme un territoire à décoloniser, dans la mesure où le référendum d’auto-détermination qui devait permettre aux Natifs de se prononcer sur l’avenir du Sahara Occidental n’a jamais eu lieu. Aujourd’hui encore, une partie des Sahraouis vit dans des camps de réfugiés dans le désert algérien. Cette étude a donc pour objectif premier de comprendre les liens historiques entre l’Espagne et ce territoire africain dont le statut est toujours en litige.

2En pleine période de décolonisation, à rebours des autres puissances coloniales européennes, l’Espagne franquiste a transformé ses dernières possessions africaines, parmi elles le Sahara espagnol, en provinces en 1958. L’étude des médias officiels durant la période – le journal Ya, qui était l’un des principaux quotidiens pendant la dictature et les actualités cinématographiques du régime (le NO-DO) – permettra de déterminer quel a été l’impact de ce changement de statut du territoire sur la représentation du lieu et de ses habitants, ainsi que d’en établir les principales caractéristiques. L’étude du corpus permettra de répondre aux questions suivantes : cette représentation est-elle restée immuable ou a-t-elle évolué en fonction des besoins de la propagande et au gré des événements en Espagne péninsulaire et dans la province elle-même ? L’apparition des premières revendications nationalistes à partir de la fin des années 1960 a-t-elle influé sur la manière de représenter le territoire dans les médias officiels ?

3La première partie de notre étude s’attachera à analyser les principales caractéristiques de la représentation du territoire et de ses habitants dans les médias franquistes, à partir d’extraits choisis du journal Ya et du NO-DO, et la construction d’une image « tronquée » de la province. Il s’agira d’en relever les principaux aspects et d’étudier ses éléments constitutifs, suite à la provincialisation et à l’intégration du Sahara Occidental au récit national ; la mise en avant du caractère exotique du territoire, qui va de pair avec l’infantilisation des habitants autochtones, les Sahraouis, sera analysée dans les deux premiers chapitres ; l’étude de ce discours en relation avec les événements dans le territoire ou en lien avec celui-ci aura pour objectif de déterminer si cette représentation est restée immuable au cours de la période, ou si elle a au contraire été influencée par le contexte et par les événements dans la province, dans les pays voisins, ou en lien avec les instances internationales.

4La seconde partie est consacrée à l’analyse du récit de légitimation de la domination espagnole au Sahara Occidental dans les médias officiels. La mise en place de nouvelles institutions et les politiques de développement de la nouvelle province, en particulier à partir de la découverte de la riche mine de phosphates de Boucraâ au milieu des années 1960, ont conduit le régime franquiste à construire un discours spécifique sur le Sahara espagnol, articulé notamment autour de la mission civilisatrice de l’Espagne et de ses liens privilégiés avec l’Afrique, un récit que nous étudierons dans les deux premiers chapitres; l’activation de ce discours, un instrument utilisé en réponse aux pressions internes et externes, à des moments choisis, est l’objet du troisième chapitre.

5Enfin, la troisième partie de cette étude est dédiée à la période, à partir de septembre 1974, correspondant à la dernière administration espagnole dans le territoire, une période de troubles dans la province et de remise en question du récit colonial construit au cours des années précédentes. Après une période de « silence » sur le territoire, suite à l’application du décret instaurant le « Secret Officiel » sur les événements se déroulant au Sahara espagnol entre juillet 1972 et septembre 1974, le territoire fait en effet alors l’objet de nombreux articles et reportages, qui reflètent à la fois la volonté de la dictature de répondre aux arguments des pays voisins qui réclamaient la souveraineté sur le territoire mais également la volonté du Régime de contrôler le processus d’auto-détermination qui devait mener le Sahara à l’indépendance afin de maintenir sa domination sur ses ressources. Les deux premiers chapitres sont ainsi consacrés aux évolutions du récit colonial entre septembre 1974 et l’annonce par le Maroc de la Marche Verte pour occuper le territoire, en mettant l’accent sur le tournant qu’a constitué la visite des représentants de l’ONU au Sahara Espagnol en mai 1975 ; le dernier chapitre est dédié à l’évolution de ce discours entre la Marche Verte et le départ des derniers représentants espagnols en février 1976, suite aux accords de Madrid signés en novembre 1975 qui ont acté la cession du territoire au Maroc et la Mauritanie. Cette période est marquée par l’apparition de contradictions grandissantes dans le récit colonial, qui sont le reflet des atermoiements du Régime à un moment crucial de l’histoire de l’Espagne.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Mohammed Mimoune, « Le Sahara espagnol, de la province 53 à la Marche Verte. Evolutions des représentations et du discours colonial franquiste (Espagne, 1958-1976) »Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 35 | 2025, mis en ligne le 18 janvier 2026, consulté le 20 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/22746 ; DOI : https://doi.org/10.4000/164w0

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Auteur

Mohammed Mimoune

ReSO, Université Paul Valéry, Montpellier

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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