Navigation – Plan du site

AccueilCahiers de civilisation espagnole...36ÉtudesLe monde de l’entreprise et des é...Espagne, le coût du tourisme

Études
Le monde de l’entreprise et des échanges économiques

Espagne, le coût du tourisme

Christelle Schreiber-Di Cesare

Résumés

Faire de l’Espagne une destination touristique d’envergure est une volonté politique depuis le début du xxe siècle. Aujourd’hui, l’Espagne fait partie du trio de tête des premières destinations touristiques au monde avec, pour certains territoires, un phénomène de dépendance économique. Cet article analyse l’impact économique de l’activité touristique en Espagne et les actions des gouvernements successifs pour répondre aux enjeux de compétitivité et aux problématiques sociétales et environnementales qui se posent à chaque époque. S’attachant à trois destinations concrètes, il détaille trois sortes de territoires : les archipels, les centres historiques et les petites villes émergentes.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

  • 1 Le tourisme récepteur concerne les étrangers accueillis dans un pays, dans notre cas, les touristes (...)
  • 2 Le tourisme interne concerne les habitants d’un pays dans leur propre pays, dans notre cas les Espa (...)
  • 3 Le tourisme intérieur est celui qui combine le tourisme récepteur et le tourisme interne.
  • 4 Manuel Figuerola, « La transformación del turismo en un fenómeno de masas. La planificación indicat (...)
  • 5 Rafael Vallejo Pousada, « Turismo y desarrollo económico en España durante el franquismo (1939-1975 (...)
  • 6 Ministerio de Industria y de Turismo. Disponible sur : https://urls.fr/lq-9Dc (consulté le 17/12/20 (...)
  • 7 MIT. Disponible sur : https://urls.fr/vfR5zV (consulté le 03/02/2026).

1Dans les années 1950, l’essor du tourisme récepteur1 devint un facteur de croissance économique indéniable et un vecteur de modernisation de l’Espagne. Depuis, les arrivées toujours plus nombreuses de touristes étrangers et la généralisation du tourisme interne2 ont confirmé la place prépondérante de cette activité dans l’économie espagnole. La crise liée à l’épidémie de Covid-19 n’a été que temporaire et les flux du tourisme intérieur3 ont repris sitôt les limitations de déplacements levées. Si, en 1950, la part du tourisme dans le PIB espagnol était de moins de 1 %, elle atteignait 4,4 % une décennie plus tard4. Ainsi, l’Espagne reçut 6,2 % des touristes au niveau mondial en 1960 (4,3 millions de personnes)5 contre 1,8 % (460 000 personnes) en 1950. En 2019, l’Espagne était la deuxième destination touristique mondiale, derrière la France, avec près de 84 millions de touristes internationaux et des revenus avoisinant les 93 milliards d’euros6. En 2025, ce classement se confirmait avec des chiffres encore plus élevés : 96,8 millions de touristes internationaux accueillis en Espagne (102 millions pour la France), pour des revenus dépassant 134,7 milliards d’euros7.

  • 8 Francisco Javier Lázaro Sebastián, « El cartel turístico en España. Desde las iniciativas pioneras (...)

2La Comisión Nacional de Turismo, chargée de développer l’activité touristique dans le pays, fut créée en 1905 par décret royal. Elle engagea la restauration de monuments historiques, l’extension du réseau routier et la construction de logements touristiques. Parallèlement, les initiatives privées se développèrent, à l’instar de Marsansrof, la première agence de voyages espagnole, inaugurée à Barcelone en 1910. La création du Patronato Nacional de Turismo en 1928 confirma l’intervention de l’État dans la création de logements, le développement du réseau ferroviaire, l’aménagement de ports de plaisance et de croisière et dans les actions de promotion en Espagne et à l’étranger, afin de s’assurer des revenus stables et de moderniser l’image du pays8. Des Offices de Tourisme ouvrirent à différents endroits du pays.

3Les priorités des acteurs économiques du tourisme ont varié en fonction des époques et des besoins : si, au début du xxe siècle, l’idée était de développer un tourisme élitiste basé sur le patrimoine culturel, au fur et à mesure que les enjeux économiques se faisaient plus cruciaux, l’objectif porta sur la massification du tourisme par l’accueil des classes moyennes. Ce choix, répondant à l’urgence de redresser la situation économique et sociale des années 1950 en Espagne et à améliorer son image à l’international, eut nécessairement des répercussions à long terme. En effet, la maintenance des équipements, la rénovation des infrastructures, la gestion des ressources, la modernisation et le renouvellement de l’offre, etc., nécessitent des sommes pharaoniques que les acteurs du tourisme ne peuvent pas tous se permettre. Le tourisme a un coût (financier), mais aussi un prix (psychologique) que payent bien malgré elles les populations résidentes déplorant que le tourisme de masse ait un impact négatif direct sur leur qualité de vie.

4Cet article s’articule autour de trois axes : le basculement de certains territoires d’Espagne dans la dépendance vis-à-vis du tourisme et les actions menées par l’État espagnol et les collectivités locales pour, selon les époques, stimuler le tourisme ou lui donner de nouvelles orientations afin de limiter ses effets négatifs, générateurs de dépenses d’argent public ; l’impact économique des nouvelles exigences dues aussi bien au maintien de la compétitivité des destinations qu’aux enjeux climatiques, environnementaux et sociaux du xxie siècle ; les politiques touristiques concrètes mises en place dans trois types de destinations.

La dépendance de l’Espagne au tourisme et l’action de l’État

Le tourisme, une activité envahissante

5Les voyages de loisirs ont constitué une activité de plus en plus répandue au fur et à mesure que les populations de pays dits riches accédaient à une qualité de vie leur permettant de disposer de temps libre et d’argent. Ces déplacements furent facilités par l’invention de moyens de transport rapides qui permirent à de jeunes aristocrates européens d’effectuer, à partir de la fin du xviiie siècle, ce qu’on appela le Grand Tour. En raison de son patrimoine architectural, culturel et naturel, l’Espagne était parfois une étape de ces parcours de capitale en capitale.

6Après la deuxième guerre mondiale, l’émergence de la société des loisirs favorisée par les actions de l’État-providence dans plusieurs pays d’Europe et le dynamisme économique de la période dite des Trente Glorieuses firent du tourisme une ressource économique de plus en plus importante pour les pays récepteurs dont l’Espagne où se pressaient les classes moyennes venues de France, d’Angleterre ou encore d’Allemagne grâce à ses atouts lui permettant de rivaliser avantageusement avec la Côte d’Azur ou l’Italie.

  • 9 MIT, España Turismo 2030, Secretaria de Estado de Turismo, p. 17.

7Ce fut une véritable opportunité pour le pays qui se modernisa et s’enrichit. Au tourisme de sol y playa s’ajoutèrent le tourisme culturel, sportif, d’aventure, gastronomique, etc., sur l’ensemble du territoire et pour des activités allant de la découverte de sites archéologiques à des randonnées en pleine montagne, en passant par des visites culturelles. Madrid, Salamanque, Séville, Grenade, Tolède ou encore Ségovie devinrent des destinations prisées. La population espagnole elle-même semblait profiter de cette manne a priori intarissable, d’autant qu’elle était elle-même devenue consommatrice de tourisme. En effet, les premiers touristes en Espagne sont les résidents : en 2024 (derniers chiffres publiés), 86,7 % de leurs 162,8 millions de voyages eurent lieu à l’intérieur des frontières du pays9.

  • 10 Leandro Prados de la Escosura, Spanish Economic Growth, 1850-2015, Londres, Palgrave Macmillan, 201 (...)
  • 11 Ministerio de Comercio, de Industria y de Empresas. Disponible sur : https://urls.fr/wjIzhf (consul (...)
  • 12 MIT, Informe anual 2024, p. 81. Disponible sur : https://urlr.me/NcSEk5 (consulté le 24/01/2026).
  • 13 Carmelo Pellejero Martínez, José Joaquín García Gómez, Historia económica del turismo en España (18 (...)

8De manière continue, le secteur tertiaire se développa jusqu’à atteindre plus de 50 % du PIB et près de 39 % de la population active à la fin de la décennie 196010. Actuellement, la part de ce secteur dans l’économie dépasse 70 %11 du PIB. Dans le secteur tertiaire lui-même, la part du tourisme n’a cessé d’augmenter, stimulée par des facteurs externes (prospérité générale en Europe, augmentation globale du niveau de vie, place plus importante accordée aux loisirs) et internes (investissements publics et privés, développement du réseau de transport et de l’offre hôtelière notamment), jusqu’à représenter, en 2025, 5,8 % du PIB et 2,9 millions d’emplois (soit 13,5 % de la population active du pays)12, alors qu’elle était de 0,4 % du PIB espagnol dans la première moitié du siècle13.

9Or, certaines villes et même provinces d’Espagne ont basculé dans la dépendance au tourisme, qui finit par représenter leur source majoritaire et parfois quasiment unique de revenus. Si cela est bien connu pour les stations balnéaires vivant depuis longtemps des recettes directes et indirectes du tourisme de sol y playa, des villes de l’intérieur du pays sont également concernées, tout comme des territoires ruraux complétant avec le tourisme (gastronomique, sportif, religieux, etc.) des revenus du secteur primaire devenus insuffisants.

  • 14 Ricardo Méndez Gutiérrez del Valle, « Turismo, pandemia y nuevos contrastes territoriales en España (...)

10L’épidémie de Covid-19 est un bon exemple pour mesurer la dépendance économique de certains territoires au tourisme. Si tous ont été affectés, certains réussirent à amoindrir les effets négatifs de la crise grâce à la diversité de leurs activités économiques ou à la part réduite du tourisme international dans leur économie, comme les provinces de Lleida et de Palencia qui perdirent entre 43 et 48 % de nuitées par rapport à 2019. D’autres, au contraire, subirent de plein fouet les confinements, les restrictions de déplacements et les jauges, comme les Baléares avec quasiment 90 % de nuitées perdues en 2020 ou les provinces de Tarragone et de Barcelone avec environ 80 % de nuitées perdues14. La leçon à tirer de cette crise est que le tourisme, bien qu’il soit un élément dynamique dans l’économie des territoires sur lesquels il s’exerce, est également une source de déstabilisation de ces derniers.

1950-2025 : l’implication de l’État dans la gestion du tourisme

11Consciente de la possibilité d’obtenir rapidement des revenus substantiels grâce au tourisme, l’Administration espagnole mit en place des plans d’action dès le début des années 1950. Le premier Plan Nacional de Turismo fut lancé par décret en 1951, attribuant au Ministère de l’Information et du Tourisme la gestion de la Dirección General de Turismo et la réalisation d’un travail d’investigation d’une année nommé Anteproyecto Nacional de Turismo visant à :

  • 15 Secretaría General para la Ordenación Económico-Social, Anteproyecto Nacional de Turismo, 1952, p.  (...)

sugerir criterios básicos para la posterior redacción de un plan de Turismo, en el que de manera sistemática se propongan las medidas adecuadas para atraer, aposentar y procurar satisfacción a dos millones de turistas al año. A tal fin se considera indispensable incrementar rápidamente nuestra capacidad de alojamiento, así como perfeccionar nuestras redes de comunicación y medios de transporte15.

12L’ambition était d’élever l’Espagne au niveau des destinations phares de l’époque, la France, l’Italie et la Suisse. Pour se soulager d’une partie de la charge financière qu’engendrait le développement touristique du pays, l’État entendait faire intervenir le secteur privé qu’il pouvait subventionner au moyen d’exemptions et de déductions fiscales. Le Plan prévoyait l’allègement des procédures douanières, la collaboration avec des agences de voyages étrangères, la modernisation des infrastructures de toutes sortes (rénovation du réseau routier et ferroviaire, augmentation des capacités de parking et du nombre de stations d’essence, installation de cabines téléphoniques, amélioration de l’éclairage urbain, etc.) et l’augmentation du nombre de logements à proposer afin de limiter la saturation en saison haute. Ces choix faits en urgence étaient parfois hasardeux : la construction des immeubles sur les littoraux était anarchique, avec souvent des matériaux de qualité médiocre et qui vieillissaient mal d’un point de vue esthétique et énergétique ; les investissements de grands groupes étrangers se faisaient au détriment des entrepreneurs locaux et les technologies devenaient rapidement obsolètes.

13Les tentatives pour diminuer la surfréquentation des stations balnéaires et la saisonnalité étaient déjà présentes par des campagnes de promotion vantant le tourisme sportif en zone rurale et montagneuse ainsi que le tourisme culturel, souvent urbain. De même, furent établies des normes juridiques sur lesquelles les entreprises touristiques pouvaient s’appuyer. Plusieurs organismes furent créés pour centraliser et coordonner les initiatives publiques et privées : la Comisión Interministerial de Turismo (1954), le Departamento de Obras (1954) ou encore la Sección de Obras de Actividades Turísticas (1955). Entre 1964 et 1975, l’État franquiste mit en place trois nouveaux Planes de Desarrollo Económico y Social intégrant aussi bien le secteur public que privé, afin de promouvoir un tourisme varié et désaisonnalisé, d’améliorer la qualité des prestations et d’augmenter le nombre de logements touristiques disponibles ainsi que celui des touristes accueillis, notamment avec l’émergence du tourisme interne. La nécessité de protéger les patrimoines culturel et naturel parfois mis à mal commença à être abordée.

14Le premier Plan consacré au Tourisme qu’un gouvernement de la démocratie mit en place date de 1992 : Plan Marco de Competitividad del Turismo español, FUTURES 1992/199516. Cependant, les gouvernements des Communautés autonomes nouvellement créées avaient déjà commencé à gérer et coordonner l’activité touristique sur leur territoire. Leurs actions portaient sur la modernisation de l’offre, sur l’innovation des prestations de qualité et sur une politique de promotion plus ciblée. Le plan suivant, FUTURES 1996/199917, donnait plus de poids à l’Administration centrale afin de renforcer les coopérations entre les différents acteurs du secteur, d’améliorer la formation des professionnels impliqués dans l’activité touristique, de développer de nouvelles destinations et de proposer des solutions innovantes pour les problématiques déjà connues de surtourisme, de saisonnalité et de dégradation des infrastructures.

  • 18 María Velasco González, « Evolución de los problemas del turismo español. La Administración General (...)

15En l’an 2000, le Parti Populaire lança le Plan PICTE, Plan Integral de Calidad del Turismo Español, misant sur l’optimisation de la qualité de l’offre pour stimuler l’attractivité de l’Espagne et améliorer la rentabilité de l’activité en diversifiant les destinations à l’intérieur du pays et ainsi limiter les lieux et les périodes de surtourisme. L’État continuait sa fonction de promoteur du tourisme en Espagne à l’international et de soutien financier aux entreprises du secteur18.

Le Plan Estrategia España Turismo 203019

16Les plans d’optimisation de l’activité touristique se sont ainsi succédé au gré de l’évolution du secteur et des impératifs liés aux nouveaux modes de vie des consommateurs, aux enjeux environnementaux et à l’augmentation de la concurrence. En octobre 2025, le Secrétariat d’État au tourisme a lancé un nouveau Plan prenant en compte les aspects de performance économique, sociale et environnementale de l’activité touristique pour tous les acteurs impliqués (professionnels, résidents, touristes),

liderando acciones para avanzar en la misión y los objetivos compartidos de convertir a España en el referente mundial del turismo sostenible, poniendo a las personas en el centro del ecosistema, y situando la responsabilidad y el equilibrio como los valores prioritarios que orienten esta actividad20.

17Partant du constat que le tourisme est une activité économique majeure et en développement continu dans un monde en profonde mutation (économies émergentes plus puissantes, épuisement des ressources naturelles, vieillissement des populations, irruption de l’intelligence artificielle, place grandissante des partis radicaux, etc.), les experts à l’origine du Plan plaident pour une refonte de l’appréhension de l’activité afin de surmonter les faiblesses de l’Espagne qui sont, selon eux, la prépondérance du modèle sol y playa, la dépendance envers des pays émetteurs tels que le Royaume Uni, la France et l’Allemagne qui représentent plus de 50 % des visiteurs, la saisonnalité des flux touristiques, la saturation dans certaines destinations, l’usure des infrastructures dans des destinations pionnières, la sous-exploitation du milieu rural, la sous-utilisation des technologies digitales, notamment par les PME alors que les plateformes de multinationales ont une visibilité écrasante, et la précarisation des conditions de travail, notamment pour les femmes. En ce sens :

  • 21 Ministerio de industria, de comercio y de turismo, « Directrices generales de la Estrategia de turi (...)

el Gobierno tiene la responsabilidad de reorientar el modelo turístico español hacia la sostenibilidad, no como un valor añadido, sino como requisito para que el turismo pueda continuar siendo un motor de desarrollo económico y social para España durante muchos más años, y que lo haga de manera en la que todo el país pueda contribuir y beneficiarse de una industria global e imparable21.

18L’objectif est de proposer un modèle soutenable pour garantir la survie de l’activité touristique, en plus d’être un engagement moral et une question économique :

  • 22 Ibid.

El turismo como motor económico y social debe ser una palanca de desarrollo sostenible del territorio, que contribuya a frenar la despoblación del medio rural y su consecuente deterioro, a redistribuir la prosperidad y la riqueza, a la protección y promoción del patrimonio y del medio natural, y a la mejora de la calidad de vida ciudadana22.

19Les experts ont dégagé six axes d’action :

  • 23 Ibid.

Crecimiento socioeconómico, para lo que se deberá trabajar en favor de la competitividad y rentabilidad del sector, apostando por la calidad y acelerando el proceso de transformación digital.
Preservación de los valores naturales y culturales, partiendo de la base que la conservación de nuestro extenso patrimonio cultural y natural es un objetivo prioritario.
Beneficio social, para conseguir un reparto de los beneficios del sector, y afrontar retos como la despoblación del medio rural en España.
Participación y gobernanza, vertebrando mecanismos de gobernanza participativa entre el Estado y las Administraciones competentes a todos los niveles.
Adaptación permanente, dado que no se trata sólo de buscar la calidad y la mejora, sino también de posibilitar que el sector tenga capacidad de respuesta frente al nuevo entorno de cambios constantes.
Liderazgo, que persigue consolidar el papel de España como líder mundial en el sector23.

20L’État doit en être un acteur à part entière, collaborer étroitement avec les gouvernements des Communautés autonomes, les collectivités locales et les professionnels du secteur privé, et renforcer la présence de l’Espagne dans les organismes internationaux tels que l’Unesco ou ONU Tourisme. L’avenir dira si ce Plan aura permis de répondre aux enjeux cruciaux de notre époque et de celles à venir, alors que la concurrence entre les destinations est de plus en plus féroce et les touristes de plus en plus nombreux et exigeants.

L’impact économique des nouvelles exigences liées au tourisme du xxie siècle

La lutte pour la compétitivité en contexte de mondialisation

21La relation au tourisme a beaucoup changé avec la démocratisation des voyages et l’essor d’Internet. Avant son départ, le futur touriste s’informe et se crée des images mentales sur ce qu’il s’attend à découvrir durant son séjour :

  • 24 María José Centenero De Arce, Fernando Faria Paulino, « Turismo millenial. Una aproximación a la in (...)

La experiencia turística es fundamentalmente una experiencia de consumo. Una experiencia que generalmente se registra en imágenes, como prueba, como testimonio de nuestra presencia en un destino o región, y la mirada del turista en muchas situaciones es una mirada de apropiación del espacio visitado, de la gente y de la cultura de un lugar determinado24.

  • 25 Peter Holley, « ¿Por qué viajan los millenials? », El economista, 12/08/2018. Disponible sur : http (...)
  • 26 « Las CCAA destinan presupuestos millonarios a campañas publicitarias para animar el turismo », Dir (...)

22De nombreux touristes donnent, souvent quotidiennement, les preuves de leur consommation par le biais de photographies et de vidéos diffusées publiquement sur Internet ou de manière privée pour la sphère familiale et amicale. On dit que les destinations doivent être instagrammables, à la fois pour le touriste qui en fait l’expérience et pour la destination qui peut attirer de potentiels futurs visiteurs avec ces espaces mis en scène agissant comme des publicités, à l’instar des cartes postales d’autrefois. Les millenials seraient, selon les enquêtes, 55 % à choisir une destination spécifiquement après en avoir vu des images, vidéos, posts, reels et stories sur Instagram25. Certains de ces contenus pouvant devenir viraux au point de générer des millions de vues, les destinations sont fortement incitées à consacrer une part importante de leur budget au marketing touristique, à la veille concurrentielle et à l’analyse des marchés afin de proposer l’offre qui correspondra le mieux au tourisme expérientiel et authentique recherché par nombre de touristes actuels, toutes générations confondues. Certaines emploient des influenceurs et aménagent leur espace urbain pour augmenter ses chances d’être immortalisé et diffusé sur les réseaux sociaux. Cela passe par l’installation de totems urbains, la réalisation d’art urbain (muralisme, sculptures…), l’illumination de monuments, l’organisation d’événements (spectacles de sons et lumières, défilés…), véritables outils de marketing territorial qui représentent bien évidemment un coût à assumer par la collectivité. Le budget que chaque Communauté autonome alloue à la publicité touristique est variable, allant de 200 000 euros pour Murcia à près de 3 millions d’euros pour les Asturies en 202026, ce à quoi il faut ajouter la participation de l’État ainsi que celle des villes et des provinces.

  • 27 Nicoleta-Anca Matei, David García-León, Alessandro Dosio, Filipe Batista e Silva, Ricardo Ribeiro B (...)
  • 28 Jorge Olcina Cantos, Carmen Mínguez, Rubén Villar-Navascués, Javier Martín-Vide, Hélder Silva Lopes (...)
  • 29 Entreprise Green Urban Data. Disponible sur : https://urls.fr/R7ZWb9 (consulté le 24/01/2026).

23La compétitivité touristique de l’Espagne passe aussi par la réponse aux enjeux climatiques et environnementaux. En effet, le dérèglement climatique entraîne des chaleurs excessives dans certaines régions dès le mois d’avril, avec des épisodes de canicule parfois durables. Cela risque d’exclure une population de touristes âgée ou au contraire très jeune, donc vulnérable, et génère des pénuries d’eau problématiques autant pour l’activité touristique que pour la vie personnelle et professionnelle des résidents. Les flux touristiques peuvent ainsi se détourner de certaines destinations dont la haute saison est amoindrie, tout comme leur rentabilité. Depuis le début du xxie siècle, la demande touristique estivale pour l’Espagne a chuté d’environ 3,3 %27, touchant particulièrement les Baléares, Murcie et l’Andalousie, en partie en raison de l’inconfort thermique. En 2023 fut créée la Red Española de Ciudades por el Clima qui décida de la mise en place de « refuges climatiques » gratuits, accessibles à toutes et tous, sûrs et disposant d’un point d’eau gratuite. Leur installation, bien que pensée prioritairement pour les résidents, augmente l’attractivité de certaines destinations touristiques mais elle nécessite un investissement de la part des localités. En 2024, le pays en comptait 2122, dont 1707 en Catalogne28. Le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, a annoncé, en décembre 2025, la constitution d’un réseau national de refuges climatiques avec une prise en charge financière de l’État. Des entreprises se sont d’ores et déjà positionnées sur le marché, proposant des installations allant d’environ 3000 € HT pour des villes de moins de 20 000 habitants à environ 9000 € HT pour les villes accueillant de 100 000 à 500 000 habitants29.

Les problématiques sociétales, un enjeu économique

  • 30 Max Rousseau, « La paradoxale domination de la “nouvelle classe moyenne” sur les espaces urbains dé (...)
  • 31 Consejo Económico y Social de las Islas Baleares. Disponible sur : https://urls.fr/OS2Fe_ (consulté (...)
  • 32 Ibid.

24La démocratisation des séjours courts et des déplacements de loisirs a mené au tourisme de masse, dont l’Espagne est un symbole fort. Cela favorise la spéculation et l’opportunisme. Des logements occupés par les résidents sont réorientés vers le tourisme, provoquant la touristification de nombreux territoires. Le phénomène, bien connu pour certaines stations balnéaires, s’est étendu aux espaces urbains et notamment aux centres historiques qui peuvent connaître des transformations visant uniquement à satisfaire les besoins des touristes, au détriment de ceux de la population locale. La touristification entraîne la disparition de commerces traditionnels et met les quartiers en compétition. De plus, la raréfaction des biens disponibles accentue la pression immobilière, ce qui induit une augmentation des prix de l’immobilier dans les zones concernées. De même, la réhabilitation de bâtiments anciens, qui donne du cachet aux centres historiques, participe à la revitalisation du goût pour les « vieilles pierres » et les logements atypiques, qui sont montrés comme des cadres de vie « glamours »30 prisés des classes aisées, tandis que les classes populaires sont contraintes d’aller vivre toujours plus loin des lieux touristiques qui sont pourtant ceux qui fournissent les emplois31. De plus, la part concernant les achats immobiliers effectués par des étrangers, concernant donc essentiellement des résidences secondaires vides une partie de l’année, augmente, le record étant établi par les Baléares où 24 % des achats immobiliers sont le fait de non-résidents32.

  • 33 Jean-Christophe Gay, Tourismophobie, du « tourisme du masse » au « surtourisme », Londres, ISTE Edi (...)
  • 34 José Luis Losa, « Andalucía lanza una campaña pionera para frenar la turismofobia », El Confidencia (...)

25L’augmentation du coût de la vie et la surfréquentation récurrente de certains quartiers sont un facteur important de touristophobie33, qui a augmenté partout, notamment en Andalousie, où le gouvernement andalou a dû lancer en 2025, avec un budget de 1,5 million d’euros, le programme El Trato Andaluz militant pour la « defensa de un turismo responsable con una convivencia real y sincera »34 et rappelant l’importance des revenus générés par l’activité touristique. Dans toutes les régions, les gouvernements et les collectivités locales doivent composer avec les intérêts des uns et des autres et maintenir l’activité économique tout en essayant de préserver le confort de vie des résidents.

Le coût du surtourisme

26Dans la gestion des flux touristiques existent des « capacités de charge »35 au-delà desquelles l’équilibre écologique n’est pas garanti, les infrastructures de la ville ne peuvent plus fonctionner correctement, les ressources culturelles risquent d’être abimées et les résidents perçoivent négativement le tourisme. Les causes du surtourisme sont diverses mais elles partent toutes de la consolidation du tourisme urbain, largement mis en avant par les politiques néo-libérales à partir des années 1980. L’Union européenne s’est saisie de la question en constituant en 2021 un programme de coopération nommée Interreg Europe36, qui a lui-même mis en place le projet Tourism in Balance visant, à l’aide d’un budget de 1,75 million d’euros, à mieux appréhender et à réduire le surtourisme37. Séville est l’une des destinations choisies par les acteurs du programme mais d’autres villes du pays subissent également ce phénomène.

27Les nouvelles technologies sont un outil intéressant pour étudier le surtourisme. Ainsi, le Big Data, qui permet de stocker sur une base numérique un gros volume de données et donc d’informations issues notamment des réseaux sociaux et des objets et dispositifs connectés, aide à analyser le comportement des touristes et à identifier les pics d’affluence au cours d’une période donnée, pour chercher des solutions aux failles trouvées, généralement en distribuant spatialement et temporellement les flux de touristes. La réalité augmentée et virtuelle peut servir à organiser des parcours balisés et des visites à distance. Ainsi, engagés dans le projet MycoTour38 visant à stimuler le tourisme rural et le mycotourisme sans dégrader le patrimoine naturel, les élus de la ville de Soria ont fait installer à l’Office de Tourisme, durant l’été 2025 et avec un budget de 16 000 €, des casques virtuels permettant de découvrir en 7 minutes différentes sortes de champignons du parc mycologique Montes de Soria et d’apprendre à protéger ces espaces. L’utilisation de ces nouvelles technologies suppose cependant d’employer des personnes très qualifiées, aux salaires élevés, en plus de représenter un coût rien que par l’achat et la maintenance des dispositifs.

  • 39 Ministère de l’Économie et des Finances, Guide pratique des taxes de séjour, Juin 2020. Disponible (...)
  • 40 Jaume Font i Garolera, Mercè Colom Oliva, Daniel Imbert-Bouchard Ribera, « El impuesto turístico de (...)
  • 41 Antonio Rueda López, « El impuesto turístico en España: ¿una medida necesaria o un remedio político (...)

28L’impôt touristique est un autre levier qui permet de générer des revenus sans peser sur les résidents qui ont parfois l’impression de financer les méfaits du tourisme sans bénéficier de la manne qu’il rapporte. La taxe de séjour instaurée en France, liée aux nuitées, rapporte actuellement plus de 500 millions d’euros par an39. En Espagne, ce sont les régions qui décident de la mise en place ou non de taxes. Ainsi, aux Baléares, une écotaxe avait été votée en avril 2001 pour stimuler la compétitivité de l’activité touristique et développer le tourisme durable. Néanmoins, l’opposition de professionnels du secteur, notamment les hôteliers, fit avorter son application, bien que la somme collectée en l’espace de 18 mois (mai 2002 – octobre 2003) fut estimée à 160 millions d’euros40. En Catalogne existe depuis 2012 une taxe pour les touristes de croisière en escale dans la région et un Impuesto sobre Estancias en Establecimientos Turísticos destiné à investir dans des projets favorisant le tourisme durable et renforçant la qualité de l’offre. Dans d’autres régions, le débat est ouvert, comme dans la Communauté autonome de Valence, en Andalousie, en Galice, à Madrid ou dans les Canaries. Les entreprises privées du secteur touristique sont très réticentes, arguant de la surcharge administrative et financière engendrée et du possible renoncement de touristes à leur séjour41. Ainsi, il est indéniable que des solutions visant à suppléer les dépenses engendrées par le tourisme et le surtourisme sont envisagées à travers tout le pays et deviendront peut-être indispensables si les flux perdurent au niveau actuel ou augmentent encore.

Les politiques touristiques dans trois types de destinations

29Afin de présenter des actions concrètes de politiques touristiques visant à réduire le coût financier du tourisme et le prix psychologique que payent les populations locales, nous allons développer trois exemples, concernant trois types de territoires : les îles, espaces restreints dont les défenseurs déplorent ce qu’ils nomment la « colonisation » touristique ; les centres historiques, concentrant les flux touristiques alors que le reste de la ville est peu fréquenté ; les nouvelles destinations bénéficiant du détournement de certains touristes des zones surchargées ou trop exposées aux aléas climatiques.

Les archipels, des destinations en grand danger d’épuisement des ressources

  • 42 Gobierno de Canarias, « El sector turístico de Canarias aporta 21.424 millones de euros, un 36,8 %, (...)
  • 43 Asociación Exceltur. Disponible sur : https://urls.fr/M-dHjg (consulté le 28/12/2025).

30Les îles sont des destinations touristiques très prisées, mais elles sont aussi extrêmement vulnérables. Si les îles tropicales génèrent toujours un attrait lié à leur caractère exotique et lointain, les atouts et l’accessibilité financière des Baléares et des Canaries en font des destinations phares en Europe et le tourisme y est une activité économique essentielle : dans les Canaries, selon les chiffres de mars 2025, il représente 36,8 % du PIB régional42 et pour les Baléares, ce taux atteint 45 % alors que le secteur primaire ne représente plus que 0,7 % du PIB43.

  • 44 Ernesto Gutiérrez, « Una carga insostenible: 4,5 millones de turistas en un solo mes, duplican la p (...)

31Cependant, ces archipels dépassent régulièrement leur capacité maximale de charge touristique. Ainsi, rien qu’en octobre 2024, les Canaries ont accueilli 4,5 millions de touristes, ce qui représente le double de la population résidente de l’archipel (2,2 millions de résidents)44.

  • 45 Nous pouvons citer Manel Domènech, président du collectif Ciutat per a qui l’habita, Palma de Major (...)

32Les problèmes d’accès à l’eau et au logement, de pollution sonore et environnementale, de surtourisme sont récurrents, notamment lors de l’arrivée de bateaux de croisière, à tel point que le tourisme est vu par certains45 comme une activité prédatrice qui s’assimile à une colonisation, avec pillage des ressources. Le remplacement progressif des locations à l’année par des locations touristiques est vu comme une invasion de l’espace jusque dans l’intérieur-même des habitations, chassant les résidents et entraînant la fermeture des commerces non dédiés aux touristes.

  • 46 Boletín Oficial de Canarias, no 73, 15/04/2003. Disponible sur : https://urls.fr/7_CGv7 (consulté l (...)
  • 47 Jorge Siverio, « Canarias pulveriza en 2024 sus récords turísticos », Lazarón, 26/02/2025. Disponib (...)
  • 48 Josefina Domínguez Mujica, « El modelo turístico de Canarias », Études caribéennes, no 9-10, avril- (...)
  • 49 Consejo Económico y Social de las Islas Baleares, op. cit.

33Longtemps inactifs ou impuissants face à l’absence de contrôle des flux touristiques et au mirage du profit immédiat, les pouvoirs publics n’ont réagi que tardivement. Dans les Canaries, le gouvernement a mis en place les Directrices de Ordenación del Territorio dès avril 200346, sans effet sur l’accaparement des logements et des terres, sur l’augmentation des investissements étrangers et la dégradation de la qualité de vie des résidents, de sorte que le modèle dominant reste celui du tourisme de masse avec plus de 17,7 millions de visiteurs en 202447, un record absolu (en 2008, ce chiffre était de 12 millions48). Les nappes phréatiques ne suffisent plus, il est nécessaire de désaliniser l’eau de la mer pour répondre à la demande croissante. Le problème existe également dans les Baléares et est bien identifié par le gouvernement qui a fait mener des études afin d’étudier l’évolution de la situation hydrique de chaque île. Il en résulte que l’absence totale de fleuves, rivières et barrages oblige à puiser dans les eaux souterraines pour satisfaire les besoins de la population, ce qui est problématique en raison de l’irrégularité des pluies. Les réserves hydriques sont instables et ne peuvent couvrir que la moitié des besoins à certains moments. Les études indiquent que la désalinisation de l’eau de mer couvre 30 % de la consommation d’eau à Majorque, 70 % à Ibiza et 100 % à Formentera, ce qui a bien entendu un coût financier et énergétique important49. La production de déchets augmente elle aussi, ce qui nécessite d’allouer davantage de moyens à leur collecte et leur recyclage, argent qui n’est pas investi dans l’éducation ou la santé, par exemple.

34Il est donc nécessaire que de nouvelles politiques d’aménagement des territoires se mettent en place. Dans les Canaries, le Plan Canarias Destino a été élaboré par le gouvernement après la crise sanitaire, basé sur une meilleure utilisation des technologies afin d’améliorer la compétitivité des destinations, sur des stratégies de préservation de l’environnement pour arriver à la neutralité climatique, ou encore sur la création d’emplois. Les chiffres des arrivées de touristes internationaux dans les Canaries et les manifestations de résidents agitant des pancartes sur lesquelles étaient inscrites des phrases telles que « No es turismofobia, es canaricidio »50 montrent l’échec de cette initiative. Pourtant, les efforts sont réels et variés, comme le signale le site internet du gouvernement des Canaries51. De substantielles subventions, émanant à la fois de l’Espagne et de l’Europe via le plan Next Generation UE, sont allouées à des projets visant par exemple à attirer les flux touristiques à l’intérieur des terres et non plus seulement sur les littoraux, ce qui permettrait de diminuer la densité de ces derniers. Ainsi, 250 000 € ont été concédés en décembre 2025 pour démolir en 2026 une ancienne station d’épuration sur l’île de Fuerteventura et aménager un espace naturel. De même, 1,25 millions d’euros ont été attribués pour développer les logements en milieu rural afin d’y développer le secteur touristique. La digitalisation des ressources est également un enjeu, afin de donner davantage de visibilité, notamment internationale, à des destinations encore peu connues des différentes îles qui composent l’archipel.

  • 52 Hosteltur, Asociación española de profesionales del turismo, « El ITS impulsa nuevos proyectos para (...)
  • 53 Ramón Gómez, « Inversión histórica para un modelo turístico más sostenible en Baleares », Mallorca (...)
  • 54 Govern de les Illes Balears, « Baleares empleará por primera vez 15 millones de ITS para demoler of (...)

35En ce qui concerne les Baléares, le gouvernement a également pris des mesures. Ainsi, en 2018, il avait proclamé l’interdiction de maintenir des locations touristiques dans des copropriétés, ce qui avait permis de récupérer 20 000 logements pour des résidents. Il avait également voté l’interdiction de construire de nouveaux hôtels afin de ne plus diminuer les terres agricoles. Cependant, face à l’insuffisance de ces mesures, il opta finalement pour donner de nouvelles attributions à l’ITS, Impuesto de Turismo Sostenible, voté en 2002 et en vigueur depuis 2016 seulement. Cette taxe imputable aux touristes séjournant dans les Baléares devait servir à préserver l’équilibre environnemental de l’archipel (protection de la faune et de la flore, lutte contre le changement climatique, optimisation des énergies renouvelables), à valoriser le patrimoine local (restaurations de monuments, aménagements de sentiers de randonnées…), à dynamiser le tourisme hors haute-saison et à favoriser l’innovation sociale (modernisation d’installations sportives et culturelles, formation professionnelle…). Face à la pression touristique toujours plus forte et aux protestations des résidents, le gouvernement des Baléares mise désormais sur une communication plus transparente afin de rendre visibles les efforts entrepris. Depuis 2023, 470 millions d’euros provenant de l’ITS ont été consacrés au développement d’un modèle touristique durable et responsable, par la mise en place de plus de 100 projets destinés à l’amélioration de la qualité de vie aussi bien des résidents que des touristes et à la préservation du patrimoine naturel et culturel de l’archipel. Les projets relatifs à la gestion de l’eau, à la préservation des forêts, à la désaisonnalisation du tourisme et à la formation des professionnels du tourisme sont nombreux. Il s’agit également de moderniser des équipements sportifs et culturels52, mais aussi de sensibiliser les touristes aux bonnes pratiques53. En 2025, pour la première fois, en complément de subventions issues des fonds Next Generation, l’ITS a également servi à démolir des installations touristiques obsolètes, vouées à être remplacées non pas par des bâtiments touristiques neufs mais par des espaces verts et des constructions destinées aux seuls résidents54.

36Il est donc indéniable que les pouvoirs publics, à l’échelle régionale et locale, ont saisi l’importance de réagir face au tourisme de masse et ses conséquences. Il est encore tôt pour mesurer l’impact des mesures prises mais ils peuvent compter sur l’implication des populations résidentes qui, constituées en associations, œuvrent également, à leur échelle, à améliorer leur qualité de vie en investissant l’espace repris à l’activité touristique.

Tolède et son plus grand centre historique d’Espagne aux prises du tourisme de masse

  • 55 Fabrice Hatem, Le marketing territorial, Principes, méthodes et pratiques, Colombelles, EMS Edition (...)
  • 56 Miguel Ángel Troitiño Vinuesa, Dolores Brandis-García, María Isabel Del Río Lafuente, Manuel De La  (...)
  • 57 Créée en 1988, la Real Fundación est une institution culturelle privée qui vise à conserver et revi (...)
  • 58 Le Real Patronato est un organisme public sous l’égide du Ministère de la Culture dont le but est d (...)
  • 59 Le Consorcio, créé en 2001, est un organisme public avec une personnalité juridique. Il bénéficie d (...)

37Forte d’un riche patrimoine historique et culturel, la ville de Tolède est, depuis le début du xxe siècle, une destination touristique prisée. Depuis sa création en 1985, le Patronato Municipal de Turismo (PMT) de Tolède opère un important travail de promotion pour faire de la ville une « marque-territoire »55. Parallèlement, des vagues de travaux d’amélioration et de modernisation sont réalisées périodiquement dans le centre historique pour freiner la désertion d’une population attirée par les constructions fonctionnelles des quartiers plus modernes56. Le Plan Especial Toledo (1997), élaboré par trois institutions travaillant de concert, la Real Fundación57, le Real Patronato58 et le Consorcio59, visait déjà à maintenir les habitations privées dans le centre historique en améliorant son accessibilité, afin d’empêcher sa désertification et sa touristification. L’enjeu était également de préserver le patrimoine malgré ces travaux de modernisation et de ne pas négliger les autres quartiers au potentiel touristique et économique moindre.

  • 60 Ana Isabel Muro Rodríguez, Israel Roberto Pérez Jiménez, « La intermodalidad aéreo-ferroviaria del (...)
  • 61 Marta Rico Jérez, María Concepción Parra-Meroño, Miguel Angel Beltrán Bueno, « Las estrategias de m (...)
  • 62 Fernando Martín Gil, « Turismo y economía en las ciudades históricas españolas », Ería, no 47, 1998 (...)

38L’une des particularités de Tolède est sa proximité avec Madrid. Les deux villes se rejoignent facilement par bus, train ou voiture, faisant de Tolède une sorte de banlieue de Madrid60 accueillant de nombreux visiteurs chaque week-end. Le taux de remplissage hôtelier peut alors dépasser 90 %61 et, lors d’événements comme la fête du Corpus Christi, la Semaine Sainte ou des ponts, la ville peut dépasser sa capacité d’accueil62.

  • 63 C. M., « Es injusto decir que el Casco se despuebla por el turismo », La Tribuna de Toledo, 23/09/2 (...)
  • 64 Miguel Ángel Troitiño Vinuesa, Dolores Brandis-García, María Isabel Del Río Lafuente, et al., op. c (...)

39Or, comme l’indiquait, en 2019, le conseiller municipal de Tolède chargé de la Promotion Economique, de l’Innovation et de l’Emploi, du Tourisme de l’Artisanat, Francisco Rueda, « Toledo no necesita más visitantes, debemos atraer a personas que estén más tiempo, que consuman más y que pernocten »63. En effet, les visiteurs d’une seule journée voire de quelques heures, faisant seulement étape à Tolède, sont nombreux. Pour augmenter les nuitées, les investissements portèrent sur la modernisation des établissements hôteliers traditionnels dans le centre historique ainsi que sur la création de nouveaux établissements, notamment de catégorie supérieure (de 3 à 5 étoiles), généralement en-dehors des murailles. De même, la mairie mit en place une offre complémentaire à la simple visite rapide de sites : la Pulsera Turística qui, pour le prix de 12 euros, permet d’accéder à sept monuments emblématiques de Tolède : comme il est impossible de les visiter tous correctement en une journée, cela incite à réaliser les visites de manière plus tranquille et approfondie sur deux jours. Or, selon les études menées, les visiteurs venant pour le week-end à Tolède sont les plus intéressants car, possédant pour la plupart un haut niveau intellectuel et ressentant un fort intérêt pour les ressources historico-artistiques de la ville, ils restent deux à trois jours, logent à l’hôtel, dépensent davantage que les autres touristes et font essentiellement des visites culturelles64.

  • 65 Federación Española de Municipios y Provincias, « El turismo de reuniones cierra 2024 con 14.300 mi (...)
  • 66 Spain Convention Bureau. Disponible sur : https://scb.es/destinos/toledo/ (consulté le 22/06/2025).
  • 67 La Fundación Toledo Ciudad de Congresos regroupe la Chambre de Commerce et d’Industrie de Tolède, l (...)

40Tolède a également été insérée dans le dispositif d’État Spain Convention Bureau, créé en 1984 au sein de la Federación Española de Municipios y Provincias (FEMP) et qui comptait, en juillet 2025, 65 destinations dans toute l’Espagne où organiser des congrès, des réunions et des événements. Ce type de tourisme, qui représentait pour le pays un impact économique de plus de 12 millions d’euros en 2019, atteint désormais plus de 14,3 millions d’euros et concerne plus de 10 millions de personnes65. 17 lieux de réunion pouvant accueillir de 50 à 1000 personnes66 sont ainsi disponibles à Tolède67.

  • 68 Daniel Rodríguez González, « Verano ya no es época baja para el turismo de Toledo », Ser, 08/07/202 (...)
  • 69 « Puy du Fou supera sus previsiones y alcanza las 400.000 entradas vendidas antes de su apertura », (...)
  • 70 Parmi les investisseurs se trouvent Mapfre, Sodicaman, SMABTP, Crédit Mutuel, Compass Grup et bien (...)
  • 71 « Puy du Fou España supera los 1,7 M de visitantes y los 70 M€ en facturación », Hosteltur, 26/01/2 (...)
  • 72 Delegación Provincial de la Junta de Comunidades de Castilla-La Mancha en Toledo. Disponible sur : (...)
  • 73 « Puy du Fou España supera los 1,7 M de visitantes y los 70 M€ en facturación », op. cit.
  • 74 Depuis son ouverture et jusqu’en juillet 2025, le parc Puy du Fou España avait déjà reçu plus de 30 (...)

41La saisonnalité est un problème important pour la ville : les touristes s’y rendent majoritairement au printemps, lorsque le temps est clément et qu’ont lieu les festivités de la Semaine Sainte et du Corpus Christi, ainsi qu’à l’arrière-saison, en septembre et octobre. Ils sont également nombreux en été malgré la chaleur parfois accablante, et il semble même que cette fréquentation estivale augmente grâce à la présence du parc Puy du Fou España68 ouvert en 2021. La fréquentation y est croissante : en 2023, elle dépassait 1,1 million de visiteurs, soit 200 000 de plus qu’en 202269 et, en 2025, le parc a accueilli 1,7 million de visiteurs. Ces bons résultats permirent d’ailleurs d’obtenir, de la part des investisseurs70, une augmentation de capital de 32 millions d’euros sur trois ans afin d’intégrer progressivement de nouveaux spectacles et de mettre en place de nouveaux projets artistiques, paysagers et de restauration. Pour 2025, le bénéfice économique lié au parc pour la Région a été de plus de 250 millions d’euros71 et les dernières statistiques en date portant sur la ville de Tolède montrent que, sur les 1,6 million de nuitées réalisées par des touristes dans la province de Tolède72, 670 000 l’ont été par des visiteurs du parc73. Face au succès rencontré et aux récompenses attribuées74, qui assoient encore davantage sa notoriété, il est indéniable que l’influence du Puy du Fou sera de plus en plus notable dans l’activité économique de la ville et de la province de Tolède.

  • 75 « Los presupuestos del 2025 para la ciudad de Toledo incluyen una partida para la primera promoción (...)
  • 76 « “Ciudad creativa” eleva 266 % el presupuesto de turismo », La Tribuna de Toledo, 10/01/2023. Disp (...)
  • 77 Boletín Oficial de la provincia de Toledo, no 43, 07/03/2025. Disponible sur : https://urls.fr/1aGR (...)

42Afin de pouvoir maintenir l’activité touristique dans les meilleures conditions et adapter la ville aux nouvelles formes de tourisme, les équipes municipales successives y consacrent un budget important qui est, de surcroît, en augmentation75. Par exemple, en 2024, une subvention de 4 millions d’euros issue des fonds européens Next Generation a été demandée au Ministère du Tourisme espagnol afin de pouvoir être plus présent et plus visible sur Internet. Ainsi, Tolède est inscrite sur la plateforme centralisée, élaborée par le Ministère du Tourisme, permettant de renseigner toutes les informations relatives à l’activité touristique. L’année précédente, en 2023, la municipalité avait augmenté son budget alloué au tourisme de 266 %, grâce notamment à des fonds européens, afin que le coût des investissements liés au tourisme et au patrimoine ne pèse pas sur les résidents. Ce budget, concrètement, atteignait la somme de 1,1 million d’euros, auxquels il faut ajouter plusieurs subventions provenant de fonds européens : 3,8 millions d’euros pour promouvoir un tourisme durable, 690 000 euros afin de restaurer les jardins historiques de la ville, ou encore 4,7 millions d’euros pour continuer l’aménagement de la senda ecológica autour du Tage et rendre les rives accessibles sur une plus grande longueur. Tolède s’est également engagée dans un programme intitulé Ciudad creativa valorisant sa culture et son patrimoine avec l’objectif d’être une destination touristique plus compétitive. Au total, ce sont 14 millions d’euros que Tolède a récoltés en subventions, lui permettant de réaliser des améliorations, des aménagements et des modernisations des espaces et du patrimoine tout en prenant en compte les impératifs sociaux, écologiques et environnementaux propres à notre époque76. Ces investissements ne sont pas destinés uniquement aux touristes, mais également aux résidents qui peuvent, eux aussi, bénéficier des aménagements réalisés et des améliorations apportées et, donc, profiter davantage de leur ville. Cela est d’ailleurs très important car les aménagements supposent des travaux et donc des nuisances, et la population doit pouvoir se projeter dans un futur apaisé, agréable, amélioré. C’est pourquoi, en novembre 2024, l’équipe municipale a pris plusieurs mesures pour limiter la proportion de logements touristiques et réguler leur fonctionnement non seulement dans le centre touristique mais dans toute la ville77.

Ferrol, nouvelle destination touristique en vogue : le pari de la qualité

43Face aux vagues de canicule fréquentes et aux pics de saturation touristique dans certaines zones du pays, de nouvelles destinations apparaissent, à l’instar de Ferrol. Étant le point de départ du Camino Inglés, l’une des routes du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, cette ville de Galice a toujours été une étape notable pour les pèlerins mais était plutôt méconnue du grand public malgré des atouts indéniables : un climat tempéré en haute saison, un littoral de douze kilomètres, un riche patrimoine architectural et muséal, mais aussi une vie culturelle animée avec des fêtes déclarées d’intérêt touristique international.

  • 78 « La Xunta destaca la subida del 46 % de turistas en Ferrol », El Debate, 04/04/2025. Disponible su (...)
  • 79 Ada Romero, « Ferrol se afianza como destino turístico con un verano de récord y peregrinos llegado (...)

44Or, la proportion de touristes à Ferrol ne cesse d’augmenter, notamment en provenance de pays lointains tels que la Corée du Sud, Singapour, l’Afrique du Sud ou encore le Canada. Les chiffres de 2024 annoncent une hausse de 46,4 % par rapport à 2023 pour les arrivées de touristes, et de 30,9 % pour les nuitées78. Maica García, responsable de la Consejalía de Turismo de Ferrol, attribue ce succès au climat agréable, à l’attractivité du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et aux progrès réalisés dans la professionnalisation et l’offre proposée. Elle explique que le premier motif d’attraction est le patrimoine culturel historique, suivi du patrimoine maritime, des événements festifs et du tourisme gastronomique79.

  • 80 La série policière Rapa (2022-2024) réalisée par Jorge Coira et le film à suspense La Parra (2024) (...)
  • 81 Pablo Grandío, « Rey Varela: “Cada vez hay más ferrolanos que quieren volver a Ferrol y apostar por (...)
  • 82 « Ferrol, “Cidade 2020” », Gaceta de turismo, 07/04/2020. Disponible sur : https://urls.fr/aajFNX ( (...)
  • 83 « La Xunta da luz verde ambiental a un nuevo complejo turístico en la costa de Ferrol », La Voz de (...)
  • 84 Xunta de Galicia, « La Xunta financia con cerca de 150.000€ las obras de mejora de infraestructuras (...)

45Pour faire accroître la notoriété de la ville, l’équipe municipale a misé sur la visibilité médiatique à travers l’utilisation de Ferrol comme toile de fond de films et de séries très populaires80. Le service communication de la ville a ensuite décidé d’utiliser ce patrimoine cinématographique pour sa publicité touristique, avec le slogan « Ferrol de cine » et des vues paysagères spectaculaires81. Depuis déjà 2020, la ville reçoit des fonds européens, 9,3 millions d’euros qui, ajoutés aux financements locaux, servent à moderniser les infrastructures, à digitaliser les administrations, à améliorer la qualité de vie des résidents, à aménager des espaces comme la baie, à réhabiliter le patrimoine historique, culturel et naturel, à protéger l’environnement et à stimuler le tourisme82. En ce sens, pour pouvoir accueillir davantage de touristes, l’équipe municipale a autorisé, en octobre 2025, le projet de construction, mené par des entreprises locales, d’un complexe de dix modules touristiques sur près de 9000 mètres carrés près des plages83. Elle a également déposé un dossier de candidature pour que Ferrol obtienne le statut de Ville Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco en raison de ses particularités patrimoniales : être le point de départ du Camino Inglés, et disposer d’un patrimoine lié aux Lumières et à l’époque moderniste. Néanmoins, les acteurs politiques locaux entendent ne pas tomber dans les pièges du tourisme de masse et gardent comme ligne prioritaire la mise en place de projets les plus vertueux possibles. Ils se targuent des distinctions SICTED (Sistema Integral de Calidad Turística en Destinos) reçues à ce jour par 34 entreprises locales aux activités telles que l’enseignement du surf, l’hôtellerie, la restauration, le guidage de touristes, la vente de chaussures ou de tabac, de la bonne coopération entre les secteurs privé et public et du respect du territoire, notamment par la construction de pistes cyclables et la construction de parkings en-dehors des zones patrimoniales. Le gouvernement de Galice n’est pas en reste, finançant également des projets liés à l’accessibilité aux bâtiments, à la rénovation et à la mise aux normes de bâtiments permettant d’obtenir des labels qualité, à l’acquisition d’équipements ou de systèmes de climatisation, à la digitalisation de systèmes de gestion et de commercialisation, et à la santé et la sécurité. Pour Ferrol en 2025, 150 000 euros d’argent public ont été ainsi consacrés à l’amélioration d’infrastructures hôtelières et de restauration dans la ville84.

Conclusion

46Le tourisme a acquis une place prépondérante dans l’économie espagnole. À toutes les époques depuis le début du xxe siècle, l’État a mis en œuvre des politiques de marketing territorial pour stimuler le tourisme malgré ses corollaires dévastateurs qui sont la dépendance accrue envers ce secteur d’activité, la surfréquentation de certains lieux, l’épuisement des ressources, la dégradation du patrimoine et de la qualité de vie des résidents. Les crises vécues à l’échelle mondiale et les problématiques environnementales orientent aujourd’hui la réflexion vers des politiques de gestion, de dispersion et de limitation des flux touristiques pour permettre la survie des territoires concernés, avec tous les moyens possibles, qu’ils soient financiers, humains ou technologiques. Cela passe par des investissements d’autant plus coûteux que beaucoup d’entre eux nécessitent le recours à des technologies de pointe. Cela suffira-t-il à sauver le tourisme et, surtout, à préserver l’environnement, la qualité de vie des populations locales et les richesses patrimoniales des territoires concernés ? Il sera intéressant de continuer à observer l’évolution des flux touristiques et des mesures prises dans les territoires étudiés afin d’évaluer si les dispositifs mis en place permettent effectivement de transformer le tourisme en une activité vraiment durable et responsable.

Haut de page

Notes

1 Le tourisme récepteur concerne les étrangers accueillis dans un pays, dans notre cas, les touristes étrangers en Espagne.

2 Le tourisme interne concerne les habitants d’un pays dans leur propre pays, dans notre cas les Espagnols en Espagne.

3 Le tourisme intérieur est celui qui combine le tourisme récepteur et le tourisme interne.

4 Manuel Figuerola, « La transformación del turismo en un fenómeno de masas. La planificación indicativa (1950-1974) », in Carmelo Pellejero (dir.), Historia de la Economía del Turismo en España, Madrid, Civitas, 1999, p. 97.

5 Rafael Vallejo Pousada, « Turismo y desarrollo económico en España durante el franquismo (1939-1975) », Revista de la Historia de la Economía y de la Empresa, VII, 2013, p. 423-452.

6 Ministerio de Industria y de Turismo. Disponible sur : https://urls.fr/lq-9Dc (consulté le 17/12/2025).

7 MIT. Disponible sur : https://urls.fr/vfR5zV (consulté le 03/02/2026).

8 Francisco Javier Lázaro Sebastián, « El cartel turístico en España. Desde las iniciativas pioneras del Patronato Nacional de Turismo hasta los comienzos del desarrollismo », Artigrama, no 30, 2015, p. 143-165, p. 144.

9 MIT, España Turismo 2030, Secretaria de Estado de Turismo, p. 17.

10 Leandro Prados de la Escosura, Spanish Economic Growth, 1850-2015, Londres, Palgrave Macmillan, 2017, p. 41.

11 Ministerio de Comercio, de Industria y de Empresas. Disponible sur : https://urls.fr/wjIzhf (consulté le 24/01/2026).

12 MIT, Informe anual 2024, p. 81. Disponible sur : https://urlr.me/NcSEk5 (consulté le 24/01/2026).

13 Carmelo Pellejero Martínez, José Joaquín García Gómez, Historia económica del turismo en España (1820-2020). De los viajeros románticos al pasaporte COVID, Madrid, Pirámide, 2022, p. 287.

14 Ricardo Méndez Gutiérrez del Valle, « Turismo, pandemia y nuevos contrastes territoriales en España », Ikara. Revista de Geografías Iberoamericanas, no 1, 2022. Disponible sur : https://doi.org/10.18239/Ikara.3006 (consulté le 24/01/2026).

15 Secretaría General para la Ordenación Económico-Social, Anteproyecto Nacional de Turismo, 1952, p. 19. Disponible sur : https://urls.fr/UP9cQ9 (consulté le 25/01/2026).

16 Boletín Oficial del Estado, no 205, 19/08/1992, p. 29722-29728. Disponible sur : https://urls.fr/ViipAQ (consulté le 27/12/2025).

17 BOE, no 105, 01/05/1996, p. 15452-15457. Disponible sur  : https://urls.fr/-b_3iZ (consulté le 27/12/2025).

18 María Velasco González, « Evolución de los problemas del turismo español. La Administración General del Estado como analista y los Planes públicos como indicadores (1952-2006) », Papers, no 43-44, 2008, p. 7-31. Disponible sur : https://urls.fr/b9r4UE (consulté le 27/12/2025).

19 MIT. Disponible sur : https://urls.fr/L6ecDA (consulté le 17/12/2025).

20 Secretaría de Estado de Turismo. Disponible sur : https://www.turismo2030.es/presentacion/ (consulté le 27/12/2025).

21 Ministerio de industria, de comercio y de turismo, « Directrices generales de la Estrategia de turismo sostenible de España 2030, enero 2019 ». Disponible sur : https://urls.fr/KSztDE (consulté le 27/12/2025).

22 Ibid.

23 Ibid.

24 María José Centenero De Arce, Fernando Faria Paulino, « Turismo millenial. Una aproximación a la influencia de la publicidad de Instagram para un turismo digital », Turismo y Patrimonio, no 19, julio-diciembre 2022, p. 40. Disponible sur : https://doi.org/10.24265/turpatrim.2022.n19.03 (consulté le 24/01/2026).

25 Peter Holley, « ¿Por qué viajan los millenials? », El economista, 12/08/2018. Disponible sur : https://urls.fr/l8RGEy (consulté le 24/01/2026).

26 « Las CCAA destinan presupuestos millonarios a campañas publicitarias para animar el turismo », Dircomfinancial, 07/07/2020. Disponible sur : https://urls.fr/ZDUNzy (consulté le 24/01/2026).

27 Nicoleta-Anca Matei, David García-León, Alessandro Dosio, Filipe Batista e Silva, Ricardo Ribeiro Barranco, Juan Carlos Císcar Martínez, « Regional impact of climate change on European tourism demand », Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2023. Disponible sur : https://doi.org/10.2760/899611 (consulté le 24/01/2026).

28 Jorge Olcina Cantos, Carmen Mínguez, Rubén Villar-Navascués, Javier Martín-Vide, Hélder Silva Lopes, Macià Blázquez-Salom, « Refugios climáticos en España: lectura crítica de un equipamiento urbano para el turismo estival », Investigaciones Turísticas, no 30, 2025, p. 1-25, p. 10. Disponible sur : https://doi.org/10.14198/INTURI.28551 (consulté le 24/01/2026).

29 Entreprise Green Urban Data. Disponible sur : https://urls.fr/R7ZWb9 (consulté le 24/01/2026).

30 Max Rousseau, « La paradoxale domination de la “nouvelle classe moyenne” sur les espaces urbains désindustrialisés », in Anne Clerval, Antoine Fleury, Julien Rebotier, Serge Weber, Espace et rapports de domination, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p. 179-188.

31 Consejo Económico y Social de las Islas Baleares. Disponible sur : https://urls.fr/OS2Fe_ (consulté le 28/12/2025).

32 Ibid.

33 Jean-Christophe Gay, Tourismophobie, du « tourisme du masse » au « surtourisme », Londres, ISTE Editions, 2024. L’auteur établit une différence entre la tourismophobie et la touristophobie, expliquant que les résidents sont plutôt hostiles aux conséquences de la présence des touristes qu’au tourisme lui-même, activité qu’ils pratiquent à certains moments.

34 José Luis Losa, « Andalucía lanza una campaña pionera para frenar la turismofobia », El Confidencial, 09/12/2025. Disponible sur : https://urls.fr/nVxuQH (consulté le 25/01/2026).

35 Miguel Ángel Troitiño Vinuesa, « Turismo y ciudades históricas: retos y oportunidades », Turismo y Patrimonio, 01/2000, p. 27-34, p. 30.

36 Site Interreg Europe. Disponible sur : https://www.interregeurope.eu/ (consulté le 25/01/2026).

37 Projet Tourism in Balance (TIB). Disponible sur : https://www.interregeurope.eu/tib (consulté le 25/01/2026).

38 Mycotour. Disponible sur : https://mycotour.es/proyecto-mycotour/ (consulté le 02/02/2026).

39 Ministère de l’Économie et des Finances, Guide pratique des taxes de séjour, Juin 2020. Disponible sur : https://urls.fr/IBmuby (consulté le 25/01/2026).

40 Jaume Font i Garolera, Mercè Colom Oliva, Daniel Imbert-Bouchard Ribera, « El impuesto turístico de Catalunya. Un primer balance de su aplicación », Scripta Nova. Revista Electrónica de Geografía y Ciencias Sociales, vol. 22, no 593, 2018, p. 1-33.

41 Antonio Rueda López, « El impuesto turístico en España: ¿una medida necesaria o un remedio político ? », Mémoire de recherche élaboré sous la direction de Mercedes Castro Nuño, Facultad de Ciencias Económicas y Empresariales, Université de Séville, 2025, 63 p.

42 Gobierno de Canarias, « El sector turístico de Canarias aporta 21.424 millones de euros, un 36,8 %, al PIB regional ». Disponible sur : https://urls.fr/s2eMv0 (consulté le 28/12/2025).

43 Asociación Exceltur. Disponible sur : https://urls.fr/M-dHjg (consulté le 28/12/2025).

44 Ernesto Gutiérrez, « Una carga insostenible: 4,5 millones de turistas en un solo mes, duplican la población canaria », Canarias-Semanal, 18/11/2024. Disponible sur : https://urls.fr/WxGjIs (consulté le 29/12/2025).

45 Nous pouvons citer Manel Domènech, président du collectif Ciutat per a qui l’habita, Palma de Majorque. Interview issue du reportage « Turismo: ¿Menos es más? » diffusé en novembre 2018 sur la RTVE, disponible sur : https://urls.fr/MN8Efu (consulté le 29/12/2025).

46 Boletín Oficial de Canarias, no 73, 15/04/2003. Disponible sur : https://urls.fr/7_CGv7 (consulté le 27/12/2025).

47 Jorge Siverio, « Canarias pulveriza en 2024 sus récords turísticos », Lazarón, 26/02/2025. Disponible sur : https://urls.fr/tjzn1j (consulté le 27/12/2025).

48 Josefina Domínguez Mujica, « El modelo turístico de Canarias », Études caribéennes, no 9-10, avril-août 2008. Disponible sur : https://doi.org/10.4000/etudescaribeennes.1082 (consulté le 27/12/2025).

49 Consejo Económico y Social de las Islas Baleares, op. cit.

50 Ernesto Gutiérrez, op. cit.

51 Gobierno de Canarias. Disponible sur : https://www.gobiernodecanarias.org/turismo/ (consulté le 29/12/2025).

52 Hosteltur, Asociación española de profesionales del turismo, « El ITS impulsa nuevos proyectos para un turismo todo el año en Baleares: las claves que marcarán el rumbo », 12/12/2025. Disponible sur : https://urls.fr/-ma7XO (consulté le 29/12/2025).

53 Ramón Gómez, « Inversión histórica para un modelo turístico más sostenible en Baleares », Mallorca Diario, 13/02/2025. Disponible sur : https://urls.fr/FUD8Tn (consulté le 29/12/2025).

54 Govern de les Illes Balears, « Baleares empleará por primera vez 15 millones de ITS para demoler oferta turística obsoleta », 17/07/2025. Disponible sur : https://urls.fr/qur2uj (consulté le 29/12/2025).

55 Fabrice Hatem, Le marketing territorial, Principes, méthodes et pratiques, Colombelles, EMS Editions, 2007, p. 49.

56 Miguel Ángel Troitiño Vinuesa, Dolores Brandis-García, María Isabel Del Río Lafuente, Manuel De La Calle, Javier Gutiérrez Puebla, Pilar Lobo Montero, Fernando Martín Gil, « Toledo: problemática e implicaciones urbanas del turismo », Ería, no 47, 1998, p. 299-325.

57 Créée en 1988, la Real Fundación est une institution culturelle privée qui vise à conserver et revitaliser le centre historique de Tolède par des actions permettant de mieux vivre dans la ville, ainsi que de protéger et faire connaître son patrimoine.

58 Le Real Patronato est un organisme public sous l’égide du Ministère de la Culture dont le but est de capter des ressources qui seront investies dans des travaux d’amélioration urbanistique et patrimoniale. A Tolède, il existe depuis 1998 et il s’occupe de promouvoir l’exécution des travaux décidés, de mettre en place les services et installations votés. Il joue un rôle de coordinateur entre les différents acteurs impliqués pour une mise en place optimale des initiatives.

59 Le Consorcio, créé en 2001, est un organisme public avec une personnalité juridique. Il bénéficie du soutien du Real Patronato, il a accès à des subventions aussi bien des administrations locales, provinciales, régionales que nationales. L’activité du Consorcio consiste principalement en la conservation et la réhabilitation du patrimoine architectural et archéologique, qui peut être restauré à des fins touristiques mais également pour servir d’habitations ou d’infrastructures ; il a la totale capacité d’entreprendre des travaux. On lui doit la réhabilitation des thermes romains, ou encore celle des grottes d’Hercule.

60 Ana Isabel Muro Rodríguez, Israel Roberto Pérez Jiménez, « La intermodalidad aéreo-ferroviaria del turismo en la ciudad de Toledo », Investigaciones Turísticas, no 12, 2016, p. 121-141, p. 125.

61 Marta Rico Jérez, María Concepción Parra-Meroño, Miguel Angel Beltrán Bueno, « Las estrategias de marketing de las ciudades Patrimonio como destinos turísticos: el caso de Toledo 30° aniversario », International Journal of Scientific Management and Tourism, no 4-1, 2018, p. 149-166, p. 161. Les auteurs de l’article font référence au pont du 17 mars 2017, qui a vu le nombre de visiteurs tripler. Pour toute l’année 2017, il y a eu près de 24 000 touristes de plus et plus de 7900 nuitées de plus qu’en 2016.

62 Fernando Martín Gil, « Turismo y economía en las ciudades históricas españolas », Ería, no 47, 1998, p. 267-280, p. 268.

63 C. M., « Es injusto decir que el Casco se despuebla por el turismo », La Tribuna de Toledo, 23/09/2019. Disponible sur : https://urls.fr/Hl2qBL (consulté le 29/07/2025).

64 Miguel Ángel Troitiño Vinuesa, Dolores Brandis-García, María Isabel Del Río Lafuente, et al., op. cit., p. 306.

65 Federación Española de Municipios y Provincias, « El turismo de reuniones cierra 2024 con 14.300 millones de euros y 10,5 millones de visitantes », 22/01/2015. Disponible sur : https://urls.fr/8doAzH (consulté le 28/07/2025).

66 Spain Convention Bureau. Disponible sur : https://scb.es/destinos/toledo/ (consulté le 22/06/2025).

67 La Fundación Toledo Ciudad de Congresos regroupe la Chambre de Commerce et d’Industrie de Tolède, la Federación Empresarial Toledana, la Asociación Provincial de Empresarios de Hostelería, la Junta de Comunidades de Castilla-La Mancha, la mairie de Tolède et la Diputación Provincial.

68 Daniel Rodríguez González, « Verano ya no es época baja para el turismo de Toledo », Ser, 08/07/2024. Disponible sur : https://urls.fr/2qaQlT (consulté le 31/08/2025).

69 « Puy du Fou supera sus previsiones y alcanza las 400.000 entradas vendidas antes de su apertura », Europapress, 03/04/2023. Disponible sur : https://urls.fr/yfO9pw (consulté le 29/07/2025).

70 Parmi les investisseurs se trouvent Mapfre, Sodicaman, SMABTP, Crédit Mutuel, Compass Grup et bien sûr Puy du Fou qui détient plus de 50 % du capital.

71 « Puy du Fou España supera los 1,7 M de visitantes y los 70 M€ en facturación », Hosteltur, 26/01/2026. Disponible sur : https://urlr.me/scqbek (consulté le 02/02/2026).

72 Delegación Provincial de la Junta de Comunidades de Castilla-La Mancha en Toledo. Disponible sur : https://urlr.me/ya93ec (consulté le 02/02/2026).

73 « Puy du Fou España supera los 1,7 M de visitantes y los 70 M€ en facturación », op. cit.

74 Depuis son ouverture et jusqu’en juillet 2025, le parc Puy du Fou España avait déjà reçu plus de 30 récompenses nationales et internationales, ce qui en fait le Parc d’attractions le plus primé de l’Histoire.

75 « Los presupuestos del 2025 para la ciudad de Toledo incluyen una partida para la primera promoción de vivienda pública en el barrio de Santa Bárbara », CLM 21, 03/12/2024. Disponible sur : https://urls.fr/yhQyCI (consulté le 27/08/2025).

76 « “Ciudad creativa” eleva 266 % el presupuesto de turismo », La Tribuna de Toledo, 10/01/2023. Disponible sur : https://urls.fr/x8Q1uF (consulté le 27/08/2025).

77 Boletín Oficial de la provincia de Toledo, no 43, 07/03/2025. Disponible sur : https://urls.fr/1aGRRT (consulté le 08/01/2026).

78 « La Xunta destaca la subida del 46 % de turistas en Ferrol », El Debate, 04/04/2025. Disponible sur : https://urls.fr/saGpan (consulté le 27/01/2026).

79 Ada Romero, « Ferrol se afianza como destino turístico con un verano de récord y peregrinos llegados de todo el mundo », Cope, 21/07/2025. Disponible sur : https://urls.fr/DuL2RK (consulté le 08/01/2026).

80 La série policière Rapa (2022-2024) réalisée par Jorge Coira et le film à suspense La Parra (2024) d’Alberto Gracia, qui ont attiré beaucoup de (télé)spectateurs, montrent de nombreuses vues de la ville.

81 Pablo Grandío, « Rey Varela: “Cada vez hay más ferrolanos que quieren volver a Ferrol y apostar por ella” », El Español, 25/01/2025. Disponible sur : https://urls.fr/1je3RL (consulté le 08/01/2026).

82 « Ferrol, “Cidade 2020” », Gaceta de turismo, 07/04/2020. Disponible sur : https://urls.fr/aajFNX (consulté le 08/01/2026).

83 « La Xunta da luz verde ambiental a un nuevo complejo turístico en la costa de Ferrol », La Voz de Galicia, 15/10/2025. Disponible sur : https://urls.fr/fbPrkp (consulté le 08/01/2026).

84 Xunta de Galicia, « La Xunta financia con cerca de 150.000€ las obras de mejora de infraestructuras en siete empresas turísticas del área territorial de Ferrol », Xunta Gal, 02/02/2025. Disponible sur : https://urls.fr/HnP0i7 (consulté le 08/01/2026).

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Christelle Schreiber-Di Cesare, « Espagne, le coût du tourisme »Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 36 | 2026, mis en ligne le 29 juin 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/23462 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lek

Haut de page

Auteur

Christelle Schreiber-Di Cesare

Université de Lorraine, UR 7305 LIS (Littératures, Imaginaires, Sociétés)

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search