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Comptes rendus

Les Brigades Internationales de Franco

Claude Le Bigot
Référence(s) :

Sylvain Roussillon, Les Brigades Internationales de Franco, Versailles, Éditions Via Romana, 2012, 362 p.

Texte intégral

1Sylvain Roussillon, passionné d’histoire politique et militaire, est un autodidacte de formation. Connu pour ses engagements politiques dans les partis de droite, il a assuré la direction d’un établissement d’enseignement supérieur privé, avant d’entrer en politique dans divers cabinets ministériels. Il n’est pas connu parmi les hispanistes qui ont consacré l’essentiel de leurs travaux à l’histoire de l’Espagne contemporaine et de la Guerre civile en particulier, comme on peut le constater sur son site https://www.sylvain-roussillon.fr. Il prend volontiers le contrepied des thèses les plus solides en montrant qu’elles n’échappent pas à un esprit partisan. C’est ce que l’on retient du chapitre d’ouverture de son récent livre, Les Brigades internationales de Franco, sous-titré Les volontaires étrangers du côté national. Il n’est pas étonnant de voir circuler cet ouvrage dans un salon du Livre militaire, où l’auteur de ces lignes se l’est procuré récemment.

2On pourrait être surpris par ce titre paradoxal, tant le lecteur a pris pour habitude de ne voir accourir à la défense de la République espagnole, que les Brigades Internationales secondées à la demande du gouvernement républicain par l’aide soviétique. Or, la thèse de Sylvain Roussillon jette un éclairage pas tout à fait inédit sur l’aide italo-allemande à la manœuvre pour que l’entreprise putschiste des généraux de l’Armée d’Afrique puisse aboutir. Le livre est construit en seize chapitres qui passent en revue les individus de différentes nationalités qui, plus ou moins spontanément, se sont associés à la « Croisade » de Franco contre le bolchevisme, issus de pays dont l’ennemi déclaré était l’URSS et sa révolution.

3Les deux premiers chapitres éclairent le contexte qui devait déboucher sur la Guerre civile en Espagne : « La République gâchée » (pp. 11- 36). L’auteur y pointe les multiples erreurs politiques des gouvernements républicains, sans trop insister sur la remise en cause des réformes par le gouvernement radical-cedista (1933-1936). Le deuxième chapitre (« La course à l’abîme », pp. 37-60) veut montrer que l’embrasement de juillet 36 était inévitable. Ensuite tout se déroule suivant un schéma identique basé sur les nationalités qui se sont mises au service des putschistes, en consacrant des pages introductives aux différents contextes nationaux : Italie mussolinienne, Allemagne hitlérienne, la révolution des catholiques Irlandais, les Portugais sous le régime salazariste, les Roumains et la Garde de Fer, etc., avec quelques bons arguments, pour les pays colonisés qui entretenaient sans doute à tort un espoir d’émancipation (cas du Maroc en particulier). La politique de non intervention défendue par la Société des Nations et dont les promoteurs avaient été le couple franco-britannique n’est peut-être pas suffisamment prise en compte.

4S. Roussillon ne fournit pas d’explication sur la dynamique des ingérences étrangères, en dehors des choix idéologiques portés par des adhésions qui ne sont pas forcément spontanées. Julio Aróstegui rappelle dans un de ses derniers ouvrages sur la guerre d’Espagne (Por qué el 18 de julio… y después, Barcelona, 2006, pp. 306-312) qu’il existe une foule d’études consacrées à l’aide en hommes et matériels envers les camps antagonistes, sans voir que l’essentiel est ailleurs. L’étude détaillée de S. Roussillon souffre du même défaut, puisqu’il n’explique pas les raisons qui ont conduit dans un contexte idéologique complexe (l’Allemagne hitlérienne, l’Italie mussolinienne ou l’Union soviétique) à s’immiscer dans les affaires espagnoles.

5Cela étant dit, il demeure dans l’analyse du contexte politique des interprétations hautement discutables. En particulier à propos de « La République gâchée » qui allait conduire inexorablement à la guerre civile. Cette analyse repose sur l’interprétation faite par Bartolomé Bennassar dans son livre La guerre d’Espagne et ses lendemains (Paris, Perrin, 2004) de l’avènement de la République comme « naissance illégitime ». A l’issue d’élections municipales qui affichaient un résultat favorable aux partis de la coalition républicaine, le roi Alphonse XIII décida d’abdiquer. C’est sur cette erreur de jugement que l’Espagne s’installe dans un nouveau régime qui, aux yeux de Sylvain Roussillon, n’avait pas acquis de véritable légitimité ou ne disposait pas d’un socle suffisamment solide pour entreprendre le vaste programme de réformes qu’il avait envisagé. Les élections de février 1936 amènent aux affaires un gouvernement de Front populaire qui ne l’emporte que d’une courte tête. L’instabilité politique qui affecte le pays prouve que le gouvernement réformiste n’avait pas l’assentiment de la majorité des Espagnols. La politique anticléricale, les poussées révolutionnaires (révolte des Asturies en 1934) et les soubresauts séparatistes en Catalogne, ont fini par exacerber une droite qui voyait d’un bon œil une intervention militaire pour établir l’ordre public. Dans l’ouvrage cité de Bartolomé Bennassar, l’historien ne manque pas de rappeler que « l’ordre constitutionnel a été bafoué » (pp. 31-41), dans la répression des jacqueries de Castilblanco, Arnaldo, Casas Viejas, et de la Révolution d’octobre 1934 dans les Asturies. L’argumentaire est repris par Sylvain Roussillon qui montre l’étroitesse de la victoire du Front populaire et la bonne volonté de la CEDA d’accepter le jeu démocratique (p. 46). En novembre 1933 aussi il y eut un écart de voix réduit, mais le système électoral espagnol était tel qu’il donnait au vainqueur un avantage en sièges non proportionnel au nombre de voix.

6Il n’est pas acceptable de parler, comme le fait S. Roussillon de « l’illégitimité » de la Seconde République. Le coup d’État conduit par Franco et l’Armée d’Afrique avait-il davantage de légitimité ? Il y a dans cette manière d’interroger l’histoire un parti pris évident ; car si le Front Populaire n’a pas toujours respecté la légalité constitutionnelle, le pouvoir en place au moment du putsch n’a pas pu ou n’a pas su gérer les débordements d’une possible bolchevisation de la République. Il y avait de toute évidence des divergences profondes sur ce que pouvait être l’avènement d’une République démocratique.

7On constate un certain nombre de lacunes : pas un mot sur la Constitution, qui pourtant caractérise et définit un régime ; rien sur les réformes. Et une myopie, que trop d’autres ont aussi, qui consiste à ne voir que deux Espagne dans les années trente, alors qu’il y en avait trois, non homogènes qui plus est : pour faire simple, les conservateurs, les réformistes et les révolutionnaires. Avec cela, on peut relever dans le chapitre I des inexactitudes ou des approximations, parmi d’autres. Sur les débuts de la République, l’auteur ne connaît visiblement pas grand-chose au contenu des mesures prises dès mai et juin 1931, sinon il ne parlerait pas de « concessions sociales » (p. 23), alors que des mesures sociales fortes sont prises alors par le ministre du Travail Largo Caballero.

8Ecrire (p. 18-19) que « la gauche elle-même, dans sa version parlementaire, n’est guère plus sensible à la question agraire que la droite espagnole dans son immense majorité » (sic) et qu’Azaña étant « un citadin » « l’urgence d’une réforme agraire lui apparaît donc annexe », relève de l’absurdité : car c’est bien la coalition républicano-socialiste dirigée par Azaña qui en 1932 fait adopter, non sans mal il est vrai, ladite réforme. Cette réforme (et d’autres lois favorables à la petite paysannerie et aux journaliers agricoles) ébranlera passablement le pouvoir économique des possédants. Ecrire qu’elle restera « malheureusement sans suite » (p. 19) est plus que réducteur, même si elle sera appliquée lentement en 1933, puis paralysée par la droite radical-cedista, avant d’être fortement réactivée après février 36 !

9Il est par ailleurs erroné d’écrire (p. 33) que les femmes votent pour la première fois aux législatives de novembre 1933, car certaines l’ont fait aux municipales partielles d’avril 1933 (d’ailleurs mentionnées p. 32), ce droit ayant été instauré par la Constitution adoptée en décembre 1931. A cette occasion, environ 13% du corps électoral fut appelé aux urnes. Autre erreur (p.35) « l’ensemble de la gauche anarchiste » ne participe pas à la « révolution d’octobre » 1934, sauf dans les Asturies et dans quelques rares autres endroits. Autre approximation (p. 35) : Salvador de Madariaga n’a pas été ministre de l’Instruction Publique « entre 1931 et 1934 ». En effet, pendant la République, il est successivement ambassadeur à Washington (1931) et à Paris (1932), Ministre de l'Instruction publique et de la justice uniquement en 1934, pendant cinq semaines. En 1935-36, il est délégué de l'Espagne à la Société des Nations.

10On déplorera de ne rien trouver au chapitre II sur les programmes politiques des uns et des autres. Rien non plus sur la nature des tensions sociales, que S. Roussillon ignore superbement : son bagage intellectuel et/ou ses préjugés idéologiques ne lui permettent pas d’admettre l’existence de classes sociales ! Ecrire (p. 46) que « le Front populaire s’engage dans une politique qui tient tout à la fois de la répression et du laisser-aller » dénote que l’auteur ne s’est pas correctement documenté sur la politique gouvernementale des mois de février à juillet ! On lit aussi (p.50) : « Azaña et la majeure partie des élus de sa coalition négligent les réformes sociales, le maintien de l’ordre et la sauvegarde de la paix civile, au profit de manœuvres électorales qui ne les grandissent guère. »  C’est là une affirmation très contestable, un jugement de valeur expéditif et non une analyse fondée sur des faits. 

11Il conviendrait aussi d’expliquer l’échec d’un soulèvement militaire qui, comme l’écrivait Pierre Vilar, « se transforma en guerre civile ». Si l’on superposait la carte des résultats des élections de février 1936 et celle où les insurgés ont réussi à neutraliser les pouvoirs politiques issus des urnes, on constaterait une étroite corrélation. En gros, les grandes villes échappent aux insurgés qui ne l’emportent qu’en Vieille Castille, en Aragon et en Navarre. Le soutien au Front populaire explique largement la capacité de résistance face aux insurgés et l’enthousiasme de l’enrôlement dans les Milices populaires de l’été 1939.

12Le passage du détroit de Gibraltar par l’Armée d’Afrique fait encore aujourd’hui l’objet d’analyses contradictoires. Peut-on véritablement parler d’un « pont aérien » ? Il faut bien reconnaître que les quelques avions disponibles (Bréguet, Dornier, Fokker) ne pouvaient pas offrir un transport massif d’hommes et de matériel. Mais S. Roussillon estime tout de même qu’entre le 19 et 29 juillet, ce sont 3000 hommes de troupes qui ont pu franchir le détroit et s’emparer de Cadix et Algésiras. Il attribue (p. 67). à B. Bennassar le constat suivant : « Ce ne sont pas les avions italiens ou allemands, qui ont pour l’essentiel permis la traversée du détroit. Ils ont été très utiles, sans plus. » Or, le même Bennassar, dans le même ouvrage, en reprenant à son compte les déclarations de Gabriel Cardona (La guerra militar I. La Guerra de las Columnas, p. 45) déclare l’inverse : « C’est tout au sud de la péninsule que se produisit l’évènement qui décida du sort de la guerre, en empêchant les forces gouvernementales d’en finir rapidement avec l’insurrection. Ce fut le franchissement du détroit par les forces coloniales, tant il est vrai que « la première grande victoire des rebelles, ne fut pas une bataille mais une opération de transport. » (Bennassar, p. 93). Le passage sur le continent s’accélère à partir du 29 juillet grâce à l’arrivée de Junkers 52 allemands et de Savoia Marchetti italiens. Cette opération a-t-elle été accessoire ou décisive ? S. Roussillon estime qu’il s’agit d’un point accessoire. Or, ce pont aérien était jugé indispensable par Franco pour acheminer les hommes et un armement suffisant.

13L’appui financier est également négligé par Sylvain, en dehors du traitement des achats fournis par des sociétés commerciales ad hoc (p. 67-68). Or, cet aspect ne peut être minoré dans les préparatifs du coup d’État, à plus forte raison, quand le déploiement de l’Armée d’Afrique exigeait une logistique coûteuse. Franco et les conspirateurs ont trouvé un allié de poids chez le banquier Juan March, lequel avait déjà soutenu, en 1932, la tentative avortée du général Sanjurjo. (Cf. Pere Ferrer, Juan March. El hombre más misterioso del mundo, Barcelona, Zeta, 2010). C’est donc par affinité idéologique avec les militaires rebelles que Juan March leur prêta son concours en affrétant des aéronefs nécessaires aux déplacements de Franco entre les Canaries et le Maroc. Il fut un intermédiaire efficace pour ouvrir des lignes de crédit aux insurgés, auprès des banques italiennes, allemandes et britanniques (la Kleinwort Sons et Cie). Un détail non négligeable fut que les emprunts souscrits par les insurgés étaient payables à terme (ce qui supposait la victoire finale), alors que les achats d’armement au nom du gouvernement républicain devaient être honorés cash, auprès des autorités soviétiques (l’or de la République transféré à Moscou, pour payer les créanciers, fut une disposition sans doute très discutable).

14Il est un autre point négligé ; c’est le rôle joué par ces « Brigades internationales » de la part précisément des trois gros contingents (marocain, italien, allemand) dans la politique de terreur pour réduire la résistance républicaine ou encore soumettre les populations des régions occupées par les franquistes, à des représailles impitoyables. On assiste dans les zones « libérées » à l’installation d’un régime de terreur qui vise l’éradication totale et brutale des élus de la République, ainsi que des cadres politiques et syndicaux ou des adhérents ordinaires qui ont soutenu la Front populaire. Séville, sous la férule de Queipo de Llano, est passée au fil de l’épée. Au Nord, Mola relaie les mêmes consignes : « Toute personne œuvrant ouvertement ou secrètement à la défense du Front populaire doit être fusillée » (cité par Guy Hermet, La guerre d’Espagne, Seuil Histoire, 1989, p. 177). La Galice, qui tombe très tôt aux mains des insurgés, paie très cher son attachement à la République. Bartolomé Bennassar, le maître à penser de Sylvain Roussillon, ne s’en cache pas et pointe la nature d’un régime inique qui perdurera bien au-delà de la fin du conflit. Il écrit : « Les exécutions massives dans les villes ou les régions qui avaient basculé très vite dans la zone d’influence nationaliste ne sont explicables que par la volonté de terroriser, d’éliminer la « racaille marxiste » ou tous ceux qui pensaient mal. » p. 113). Le comportement des légionnaires aux ordres de Yagüe qui enlevèrent Badajoz est un exemple parmi d’autres des méthodes pour réduire toute résistance.

15Les Regulares indígenas, qui sont « des mercenaires marocains recrutés localement », comme le rappelle à maintes reprises Paul Preston (Une guerre d’extermination, Espagne 1939-1945, Paris, Belin, 2016, p. 132), appliquent les mêmes méthodes, utilisées pendant la guerre du Rif, et qui avaient pour but de paralyser l’ennemi par la terreur, en commettant viols, tortures, mutilations, exécutions sommaires. Même lorsque des villages tombaient sans résistance, les représailles étaient féroces. Les massacres de Badajoz sont bien connus, bien que les chiffres des victimes aient été exagérés. La liste pourrait être très longue des tueries commises par les regulares et la Légion dans les villages des provinces de Cadix, Séville, Cordoue, Grenade (cf. Paul Preston, op. cit., pp. 239 et suivantes). Dans le Nord, les Requetes sous les ordres du général Mola se distinguent de la même façon, avec la bénédiction de prêtres ultra-réactionnaires et il ne s’agit pas d’une violence spontanée ou incontrôlée, mais véritablement planifiée.

16Quant à la Légion Condor, son rôle est bien connu, en particulier à cause du bombardement de la ville basque de Guernica (26 avril 1937) précédé de celui de Durango, au Pays basque également, avec l’idée d’expérimenter les effets sur la population civile : démoraliser l’adversaire entra alors dans les techniques de combat. Les historiens se partagent encore aujourd’hui sur le véritable donneur d’ordre. Est-ce Franco ou cette unité jouissait-elle d’une totale autonomie de commandement ? Façon commode parfois de se décharger d’une réelle responsabilité. Nous sommes bien en présence, d’une logique de guerre, tout à fait nouvelle, compte tenu des moyens techniques mis en œuvre.

17Enfin les raids aériens meurtriers sur Barcelone les 16-17-18 mars 1938 sont imputables à l’aviation italienne, sans véritable objectif militaire, mais dans le seul but de briser le moral des populations civiles (Cf. Hugh Thomas, La Guerre d’Espagne, p. 524-525.)

18Il eût été intéressant de voir quelle part incombait dans les crimes de guerre à l’Armée d’Afrique, habituée à pratiquer les razzias dans les villes conquises, qui ne consistent pas simplement à s’octroyer un butin, mais à éliminer physiquement l’adversaire et à imposer un régime de terreur. Que la logique de terreur se soit exacerbée tant à gauche qu’à droite est un fait établi et les responsabilités sont partagées, en particulier depuis le début de la guerre et pendant tout l’été 1936, moment où le pouvoir légitime ne contrôle plus la rue.

19En revanche dans la montée vers la catastrophe, on ne peut pas ne pas tenir compte de la « conspiration permanente » des milieux réactionnaires, fidèles à la monarchie et les groupuscules ouvertement fascistes. Des gens comme Fal Conde transforme un mouvement comme Communion traditionnaliste en véritable armée clandestine, qui s’équipe grâce à l’aide italienne et s’entraîne en Lybie et en Sardaigne, à la suite d’un accord secret conclu à Rome le 31 mars 1934 (cf. Guy Hermet, La guerre d’Espagne, p. 86-87).

20Qu’apporte en définitive cet ouvrage sur les Volontaires pro-nationaux que l’on ne sache déjà ? Si l’on met de côté une certaine arrogance à prétendre que la plupart des historiens qui ont écrit sur la Guerre d’Espagne l’ont fait avec un parti pris idéologique, sauf Bartolomé Bennassar, qui est le seul à trouver grâce aux yeux de l’auteur, au prix tout de même de quelques torsions, qui consistent à passer sous silence des jugements plus nuancés, ce livre ne modifie en rien les apports de Guy Hermet, Paul Preston et Antony Beevor. Tout au plus, on peut concéder à l’auteur une comptabilité précise et rigoureuse des forces en présence du côté des Nationaux et des détails biographiques utiles sur le sort de ces « Volontaires », nation par nation, ainsi que les raisons de leur engagement. Le gros des troupes est fourni par les contingents italien, allemand et les Marocains de la zone espagnole. Soient sur un effectif global de 179 068 hommes, trois nationalités qui représentent à elle -seules 166 784 combattants. Le reliquat qui regroupe 56 nationalités offre le reste, soit un total à peine supérieur à 13 000 hommes, pour la plupart des Magrébins (Algériens, Tunisiens, Mauritaniens, Maliens et Marocains de la zone française). A. Beevor estime à environ 32 000/35 000 hommes les effectifs des Brigades Internationales, auxquelles il faut ajouter 5000 autres étrangers au service d’entités politiques ou syndicales, liés à la CNT ou au POUM.

21Si les effectifs sont à peu près à l’équilibre dans les camps antagonistes, sur la durée du conflit, Sylvain Roussillon fait remarquer à juste titre que « dans l’un et l’autre camps, on manque de pièces d’équipement, de moyens de transport, de munitions » (p. 330). Mais dire (pp. 229-330) que « Pas plus que les Brigades internationales, malgré leur bravoure, n’ont sauvé Madrid, les aides italienne et allemande, les volontaires portugais, irlandais ou français du Tercio, de la Phalange ou des Requetés n’ont eu une influence décisive sur le conflit » mérite pour le moins plus qu’une nuance Car en matière de stratégie militaire, l’établissement des têtes de pont sur le continent fut essentiel, et elles ont été assurées par l’assistance italo-allemande.

22Du point de vue historiographique S. Roussillon s’appuie sur une bibliographie solide concernant les combattants étrangers pro-franquistes (études et témoignages), même si utiliser le livre de Jacques Delperrié de Bayac, Les Brigades Internationales, Paris, Fayard, 1968, 467 p. sans recourir aussi à celui de R. Skoutelsky est regrettable. L’auteur a la volonté de donner des chiffres les plus exacts quant au nombre de combattants pro-franquistes étrangers ; d’expliquer leurs motivations politiques et le contexte de leur pays expliquant leur participation ; de donner des informations concernant les unités et les factions franquistes dans lesquelles ils ont ou pas combattu (armée, Tercio, requetés carlistes, brigades phalangistes, etc.) ; de faire état sur les querelles intestines entre les combattants franquistes venus de France. Mais cette rigueur incontestable dans une comptabilité qui corrige les chiffres fantaisistes souvent cités, masque le fait que S. Roussillon a eu recours à des archives de seconde main et néglige le recours à des auteurs écartés parce qu’ils ne vont pas dans le sens de la thèse au service de laquelle se place l’auteur.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Claude Le Bigot, « Les Brigades Internationales de Franco »Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 36 | 2026, mis en ligne le 16 juillet 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/23712 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16let

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Auteur

Claude Le Bigot

Professeur honoraire, Université de Rennes 2

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