Cuando hablan los huesos, Las víctimas del Franquismo enterradas en el Cementerio de San José de Cádiz (1936-2023)
José María Gener Basallote y José Luis Molina Gutiérrez (coords.), Cuando hablan los huesos. Las víctimas del franquismo enterradas en el cementerio de San José de Cádiz (1936-2023), Cádiz, Cementerio Mancomunado de la Bahía de Cádiz S.A., 2024, 305 p. y fotografías.
Texte intégral
1En préambule une phrase indique: «Esta monografía es resultado de los proyectos de investigación realizados en el Cementerio de San José de Cádiz desde el año 2016 hasta el año 2023.» Ce travail s’inscrit dans la démarche de la récupération de la mémoire collective que l’on a pu voir en Espagne, sous l’impulsion notamment de l’Association pour la Récupération de la Mémoire Historique (Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica en espagnol). Le projet d’exhumation des victimes du franquisme s’accompagne d’un travail de mémoire sur l’identité des personnes exhumées. Ces 101 victimes sont originaires de la province de Cadix et leur exhumation a été réalisée en suivant un protocole scientifique. Dans le prologue, José Manuel Cossi González, Premier Adjoint et Délégué Municipal de la Mémoire Démocratique de la Municipalité de Cadix, écrit:
En este libro se recogen testimonios directos y datos técnicos sobre estos trabajos e investigaciones que nos han permitido intimar con las diferentes fases de un procedimiento riguroso: indagaciones históricas previas, barridos de la superficie mediante georradar, sondeos y catas, delimitación de fosas comunes y sepulturas, estudios antropológicos de los restos, tomas de muestras para concretar el ADN de las víctimas, identificaciones genéticas...
Ha sido un largo proceso, no exento de dificultades. Un camino que hemos recorrido con el convencimiento de que se trata de la plena y efectiva aplicación de derechos humanos, del cumplimiento de nuestro ordenamiento jurídico, desde el respeto a los tres conceptos básicos de toda política de Memoria Democrática: verdad, justicia y reparación.
2José Manuel Cossi González fait partie de l’équipe municipale du Parti Populaire en place depuis 2023, avec Bruno García de León, élu maire lors de l’alternance après les mandats (2015-2023) de José María González Santos (Kichi).
3Les coordinateurs de l’ouvrage précisent en introduction que Cadix est une ville où la rébellion de juillet 1936 s’est imposée très rapidement en quelques heures, mais où la répression a fait des centaines de victimes entre 1936 et 1942. Le travail réalisé depuis le début du XXIe siècle justifie le titre : Cuando hablan los huesos. Ils concluent: «Este no es un libro de arqueología ni de historia contemporánea. Es un libro de «historias» de las víctimas, sus familiares y todas las personas implicadas en este proceso de búsqueda.»
4Parmi les auteurs, on remarque José Luis Gutiérrez Molina (Cádiz, 1952). Docteur en Histoire contemporaine, ce chercheur membre du Groupe Historia Actual de l’Université de Cadix, est aussi le coordinateur scientifique de la page web Todos los nombres. Il a bien sûr fait partie de l’équipe de recherche du cimetière gaditan de San José. La démarche scientifique qui apparaît dans cet ouvrage s’inscrit dans celle du collectif Todos los nombres qui, depuis plusieurs années, coordonne des initiatives concernant «la récupération de la mémoire historique et la reconnaissance institutionnelle et sociale des personnes ayant subi la répression lors de la guerre civile et l’après-guerre» en Andalousie, en Estrémadure et en Afrique du Nord (https://todoslosnombres.org/proyecto/objetivos/).
5On note l’importance des micro-biographies ; dans une démarche inverse de celle du soldat inconnu, chaque personne compte, chaque individu est réinscrit dans la société. On se souvient de la phrase attribuée à Staline « La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique. » Ici, la statistique passe au second plan et les tragédies individuelles au premier.
6L’ouvrage documente les exhumations et montre le travail des différents spécialistes, archéologues, anthropologues et historiens. Ils relèvent les traces de différente nature, les archives, les objets qui témoignent de la vie des victimes. Les listes de ces victimes sont publiées en annexe. Quelques portraits montrent les visages de certaines victimes identifiées. A titre d’exemple, on trouve la micro-biographie et la photographie de Clemente Galé Campos, un maçon anarchiste né à Cadix et assassiné en septembre 1936. Sa biographie compte une quinzaine de lignes sur une colonne. Cet homme mentionné sur le site Todos los nombres, bénéficie d’un court témoignage de son activité politique et de sa vie privée. Il n’est plus un parmi des milliers dans une statistique, mais un individu assassiné dont on connaît le visage. Cette réinscription dans la société va à l’encontre de la démarche qui a cherché à effacer cet homme. C’est une forme minimale de justice, une mémoire de l’injustice individuelle. Une réhumanisation des victimes qui sont de retour dans la société. Ceux que l’on pourrait appeler les indésirables d’hier, selon le terme de l’historien Denis Peschanski, sont re-présentés, ils sont de nouveau présents. Les visages et les noms sont nombreux dans ce livre. Des noms, des métiers, des familles, des histoires individuelles qui tissent une histoire collective. Le livre donne à voir la vie des victimes, des vies individuelles, qui retrouvent un nom, un visage, un statut.
Pour citer cet article
Référence électronique
François Malveille, « Cuando hablan los huesos, Las víctimas del Franquismo enterradas en el Cementerio de San José de Cádiz (1936-2023) », Cahiers de civilisation espagnole contemporaine [En ligne], 36 | 2026, mis en ligne le 16 juillet 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccec/23720 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16leu
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