Texte intégral
- 1 Pour une synthèse événementielle de l’histoire du royaume franc de Chypre au Moyen Âge, les ouvrage (...)
- 2 À ce sujet : Paviot 1997.
1Fondé en 1191 lors de la conquête de l’île sur les Byzantins par le roi d’Angleterre Richard Cœur-de-Lion, le royaume de Chypre – sous l’autorité de la Maison de Lusignan – est le seul État latin d’Orient à subsister face à la reconquête de la Syrie-Palestine par les Mamelouks en 1291. À partir de 1269, Hugues III de Lusignan hérite du titre de roi de Jérusalem, faisant de Chypre la demeure temporaire de la couronne hiérosolymitaine dans l’attente d’une éventuelle reconquête de la Terre sainte. À la fois siège du titre royal le plus prestigieux de l’Occident médiéval, dernier bastion latin face aux puissances musulmanes et place commerciale stratégique dans les échanges avec le Levant, le royaume de Chypre va connaître une certaine longévité malgré une position géopolitique des plus complexes1. Pour faire face à cette situation précaire, les souverains chypriotes dépendent en grande partie des princes et souverains occidentaux, auprès desquels ils cherchent une aide militaire, notamment à travers la conclusion d’alliances matrimoniales2.
- 3 Sur ces épisodes et les mentions de la bibliographie antérieure, je me permets de renvoyer à ma thè (...)
2Parmi ces alliés potentiels, la Maison de Savoie se démarque par un rapprochement de plus en plus fort durant le xve siècle. Malgré l’assise profondément alpine de leurs États, les comtes puis ducs de Savoie s’impliquent régulièrement en Méditerranée orientale tout au long des xive et xve siècles, bien avant de disposer de leur propre façade maritime avec l’annexion de Nice en 1388. Durant le xive siècle, c’est d’abord l’espace byzantin qui reçoit l’attention des princes savoyards. Suite au mariage d’Isabelle de Villehardouin avec Philippe de Savoie-Achaïe en 1301, la branche cadette revendique la principauté de Morée jusque dans les années 1390. Quant à la branche comtale, elle se rapproche de la famille impériale des Paléologue à travers le mariage d’Anne de Savoie et de l’empereur Andronic III en 13263.
- 4 Sur Amédée VIII et son principat : Ripart, Guilleré, Vuillemin 2021 ; Andenmatten, Paravicini Bagli (...)
- 5 Chamorel 2023, p. 117-168.
3Durant le premier quart du xve siècle, les États de Savoie connaissent leur apogée sous le principat d’Amédée VIII, premier à porter le titre de duc4. Délaissant l’ancienne alliance byzantine, il marie son fils Louis avec Anne de Lusignan en 1433, inaugurant une nouvelle orientation dans la politique levantine de la dynastie. À partir de 1449, le duc Louis et la duchesse Anne déploieront d’importants moyens pour transformer cette alliance en un véritable projet de rattachement du titre royal chypriote à la Maison de Savoie5. Produits d’une politique d’expansion vers l’Italie, ces percées méditerranéennes sont aussi la marque d’une volonté d’étendre l’influence de la dynastie, d’en renforcer le prestige et de s’élever dans la hiérarchie princière, particulièrement par l’obtention d’un titre royal.
- 6 Archivio di Stato di Torino, sezione Corte (désormais abrégé ASTo/C), Materie politiche per rapport (...)
- 7 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona, Protocolli d (...)
- 8 Archivio di Stato di Torino, sezioni Riunite (désormais abrégé ASTo/R), Camera dei conti Savoia: in (...)
- 9 Barbero 2024.
4Le présent article a pour but de présenter la place du royaume de Chypre dans les ambitions des Savoie en exploitant les fonds des Archives d’État de Turin, qu’il s’agisse des grands actes diplomatiques6, des actes notariés issus des protocoles ducaux et caméraux7 et de l’importante documentation comptable8. En outre, la récente thèse de doctorat de Chiara Barbero sur Anne de Lusignan offre de nouveaux éléments sur l’implication de la duchesse dans les manœuvres du couple ducal pour obtenir le titre royal9. Cet apport précieux me permettra de revenir sur certaines de mes conclusions précédentes pour mieux les nuancer et donner un regard plus précis sur les relations entre les princes de Savoie et le royaume de Chypre.
- 10 Sur les Montferrat et l’Orient, voir les travaux de Walter Haberstumpf : Haberstumpf 1989 ; Haberst (...)
- 11 Sur la participation d’Amédée III à la deuxième croisade : Ripart 2008.
5Contrairement à leurs voisins de la dynastie des Montferrat, les comtes de Savoie ne se sont que très partiellement engagés dans le mouvement des croisades des xie-xiiie siècles10. Le seul cas véritablement attesté est la participation du comte Amédée III à la deuxième croisade de 1146, accompagnant son neveu le roi de France Louis VII. Alors qu’il était chargé de diriger l’avant-garde de l’armée, cette dernière subit une lourde défaite face aux Turcs lors de la traversée du mont Cadmos. Blessé ou tombé malade, Amédée III décède peu après lors d’une escale à Chypre vers la fin du mois de mars 114811.
- 12 Sur la place de la Chronique de Savoye dans l’historiographie dynastique, voir en dernier lieu : Ri (...)
- 13 Ripart 2008, p. 160-161. Pour le récit de l’ensemble de cet épisode, voir Cabaret, Chronique de Sav (...)
6Malgré ce dénouement peu glorieux, cet événement est repris au xve siècle par le chroniqueur Jean d’Orville, dit « Cabaret », qui transforme cette déconfiture en un véritable épisode fondateur pour la dynastie. Il rédige vers 1419 la Chronique de Savoye, commandée par Amédée VIII de Savoie à la suite de son élévation au titre de duc trois ans auparavant, œuvre dont le récit se veut être une démonstration de la gloire de la lignée et de sa légitimité à assumer son nouveau titre12. Écartant les circonstances originales de la croisade, Cabaret place Amédée III comme défenseur providentiel de la ville d’Acre aux côtés des Hospitaliers de Saint-Jean, n’hésitant pas à revêtir l’habit du grand maître – mort au combat – afin de tromper les musulmans et d’encourager les assiégés. Pour le récompenser de son courage, les Hospitaliers offrent au comte d’adopter les armes de l’ordre pour ses propres armoiries, expliquant ainsi l’origine du symbole dynastique de la croix d’argent sur fond de gueules13. Après être retourné sur ses terres, Amédée III aurait été pris d’un nouvel élan de dévotion :
- 14 Cabaret, Chronique de Savoye (éd. Chaubet 2006), p. 86.
Puis que le conte Amé heust desmouré ung espace de temps en son païs, luy print une devotion au cuer d’aler visiter le Saint Sepulcre en Jherusalem et es aultres lieux circunstant. […] Et en Jhersualem rendit son voyage, s’y remonta en la mer et naga tant qu’il arriva en Chippres, et la luy prist une griesve maladie de laquelle il trespassa. La cognoyssance venue au roy de Chippres que le conte Amé de Savoye qui tant estoit de grand renomee fust mort en son royalme, tres devotemant le fist porter en l’abbaye du Mont Saincte Croix et la l’ensevellyr moult honorablement, l’an mil.C. cinquante quatre14.
7Bien que le récit de Cabaret reste totalement anachronique et imaginaire – l’ordre de l’Hôpital ne s’étant pas encore emparé de Rhodes, Acre n’étant pas assiégée et Chypre étant encore une possession byzantine –, il met en lumière le prestige que la participation à la guerre sainte accorde à la dynastie. Il faut attendre un peu plus de deux siècles pour qu’un autre comte de Savoie prenne la croix pour une expédition de plus grande ampleur et plus étroitement liée au souverain chypriote le plus ambitieux de la fin du Moyen Âge.
- 15 Pierre Ier de Lusignan et sa politique ont fait l’objet d’une étude collective récente : Beihammer, (...)
8En janvier 1364, le comte Amédée VI de Savoie – surnommé le « Comte Vert » pour son goût pour cette couleur – fait vœu de croisade et promet de se joindre au projet de croisade promu par le pape Urbain V, le roi de France Jean le Bon et le roi de Chypre Pierre Ier de Lusignan. En effet, ce dernier se démarque de ses prédécesseurs par une politique bien plus agressive contre les puissances musulmanes voisines, visitant entre 1362 et 1363 les cours occidentales pour rallier le plus grand nombre de souverains dans une nouvelle expédition15.
- 16 Sur la croisade d’Amédée VI : Chamorel 2016 ; Chamorel 2023, p. 74-86.
9En dépit des appels de Pierre Ier à hâter les préparatifs, le projet initial est fortement compromis par la mort du roi de France en octobre 1364, tandis que le comte de Savoie est retenu face à la menace des Grandes Compagnies qui s’approchent de ses domaines. Au mépris de ces obstacles, le roi de Chypre mène les croisés vers Chypre et s’empare d’Alexandrie en octobre 1365. S’étant assuré de la garde de ses États et ayant achevé le rassemblement des troupes et des fonds, Amédée VI décide d’orienter son expédition en direction de Constantinople afin de porter aide à son cousin Jean V Paléologue. En août 1366, le Comte Vert avec son armée s’empare de Gallipoli alors aux mains des Ottomans avant de passer les Dardanelles pour se rendre à Constantinople. Apprenant que le basileus est captif du tsar de Bulgarie, le comte de Savoie mène ses troupes en mer Noire et, après une succession de sièges contre les villes côtières, obtient la libération de Jean V en janvier 1367. Après avoir négocié son aide et obtenu la promesse de l’empereur de se soumettre au pape, le Comte Vert s’empare de deux places fortes ottomanes avant de regagner Venise à la fin du mois de juillet16.
10Même si l’expédition d’Amédée VI a suivi des objectifs bien éloignés de ceux de Pierre Ier, le souverain chypriote semble avoir maintenu quelques contacts. Dans sa Chronique rédigée au début du xve siècle, Leontios Machairas relate que le roi Pierre aurait envoyé des émissaires vers Constantinople afin d’appeler Amédée VI à le rejoindre dans une nouvelle campagne contre les Mamelouks :
- 17 Machairas, Une histoire du doux pays de Chypre (éd. Cervellin-Chevalier 2002), p. 275.
Bien ! J’étais prêt à venir, mais les Vénitiens m’ont dit que la paix était conclue. Alors, comme je n’avais plus rien à faire, je suis allé au secours de mon neveu et je ne peux pas l’abandonner17.
- 18 Chamorel 2023, p. 285. Venise avait également tenté d’encourager Pierre Ier et Amédée VI de mener l (...)
11Le propos de Machairas fait probablement écho à l’hostilité de Venise contre toute tentative d’attaque qui risquerait d’endommager ses relations commerciales avec le sultan d’Égypte suite à la croisade d’Alexandrie. La Sérénissime avait d’ailleurs, dans un premier temps, refusé que le comte de Savoie affrète des navires vénitiens pour les mêmes craintes18. Toutefois, une autre source vient corroborer les échanges entre le comte de Savoie et le roi de Chypre.
- 19 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Viaggio in Levante, mazzo 1, no 1. L’ensemble d (...)
12En effet, le déroulement de la croisade d’Amédée VI est connu grâce à la comptabilité tenue par Antoine Barbier, clerc de la chambre des comptes de Savoie, qui consigne jour après jour les dépenses de l’expédition19. Quelques jours après avoir appareillé de Venise, le comte de Savoie rencontre des hérauts du roi de Chypre auxquels il offre un don :
- 20 Bollati di Saint-Pierre 1900, no 71, p. 38 : « Libravit ibidem dicta die xxiiii junii de mandato do (...)
Délivré au même lieu, le 24e jour de juin [1366] par ordre du seigneur d’Urtières, de la main dudit Savoie [héraut d’armes], aux ménestrels et hérauts du roi de Chypre, en don fait par le comte dans le port de Veruda, quatorze florins de bon poids20.
- 21 Ibid., no 710, p. 169 : « Libravit ibidem dicta die, de mandato domini, duobus menestreriis princip (...)
13Pourrait-il s’agir des messagers mentionnés par Machairas ? Si rien ne permet de l’assurer, Amédée VI ne maintient pas de relations diplomatiques particulières avec Pierre Ier durant le reste de sa campagne. Ce n’est qu’en août 1367, alors que le comte est revenu à Venise, qu’apparaissent à nouveau des contacts avec d’autres représentants du roi de Chypre21.
14Pourtant, la réputation du souverain chypriote et la perspective de poursuivre une activité de croisé s’avèrent attirer plusieurs combattants de l’armée du comte. Le compte d’Antoine Barbier fait mention de plusieurs séries de dons accordés par Amédée VI à certains nobles ayant combattu lors de la croisade pour se rendre à Chypre.
Combattants ayant reçu un don du comte Amédée VI pour se rendre à Chypre (montants en florins de bon poids)
| Date et lieu |
Nom |
Montant |
Réf. Bollati 1900 |
| 08.05.1367 Constantinople |
« Seigneur de Marseille » |
72 fl. |
no 509, p. 129 |
| 30.05.1367 Péra |
Alexandre, chevalier écossais |
240 fl. |
no 534, p. 133 |
| Alegret de La Palud |
120 fl. |
no 535, p. 133 |
| Archimand de Grolée |
120 fl. |
no 537, p. 133 |
| Termon Argod, de Morestel |
30 fl. |
no 540, p. 134 |
| 22.07.1367 Négrepont |
Antoine « le jeune », bâtard de Savoie |
285 fl. |
no 654, p. 157 |
| Pancerot de Serraval |
50 fl. |
| Renaud d’Andelot |
100 fl. |
| Jean de Vienne |
370 fl. |
| Vauchier de Vienne |
95 fl. |
| Luppo de Ventons |
95 fl. |
- 22 L’étude du marquis Terrier de Loray reste, malgré son ancienneté, la meilleure référence sur le par (...)
- 23 Voir le tableau comparatif à la fin de l’étude Paviot 2006, p. 62-68, plus spécialement p. 68 pour (...)
- 24 Si cette écriture comptable n’est pas datée, les libellés précédents sont datés de la fin du mois d (...)
15Ces quelques cas illustrent l’attrait de l’esprit de croisade au sein de la noblesse à la fin du Moyen Âge, où la participation aux « voyages d’Outremer » sert autant de rite de passage que d’un moyen pour acquérir expérience militaire et prestige, attirant autant les cadets, les fils bâtards que des individus plus accomplis. C’est le cas de Jean de Vienne, membre de l’ordre du Collier fondé par Amédée VI, qui deviendra amiral de France en 137322, puis qui participera aux croisades de Mahdia en 1390 et de Nicopolis en 139623. Bien que leur séjour sur l’île ait dû se limiter à quelques semaines, ces nobles se sont bien rendus à la cour de Nicosie, puisque le compte d’Antoine Barbier mentionne le remboursement d’un emprunt effectué par le fils bâtard du comte, Antoine, alors qu’il se trouvait sur l’île, auprès d’un membre de la famille vénitienne des Cornaro24.
- 25 Chamorel 2023, p. 78-79.
16Force est de constater que les relations entre le comte de Savoie et le royaume de Chypre se sont limitées à des contacts épars, découlant surtout de l’initiative de Pierre Ier probablement dans l’espoir de convaincre le comte de Savoie de prolonger sa campagne pour se battre à ses côtés. Même la Chronique de Savoye, dont l’auteur n’hésite pourtant pas à multiplier – voire exagérer ou inventer – les accointances entretenues par les comtes de Savoie avec les lignages de tout l’Occident médiéval, ne mentionne à aucun moment le roi de Chypre. Au contraire, ce sont les liens dynastiques entre les Savoie et la famille impériale de Byzance qui sont mis en avant par le chroniqueur. Au-delà de cet aspect, des raisons plus pragmatiques ont très certainement poussé Amédée VI à choisir la Romanie comme cible de son expédition – déjà fort coûteuse et non sans aléas – qui conservait son statut de guerre sainte et qui posait bien moins de risques qu’une hasardeuse campagne à destination de Chypre25.
- 26 Sur la domination génoise de Famagouste, voir Otten-Froux 2021.
- 27 Chamorel 2023, p. 89-90 ; Fasola 1923, p. 3-7 ; Mas Latrie 1852, p. 378-379. Les instructions des a (...)
17Le Comte Vert se retrouve mêlé une dernière fois au royaume de Chypre lors des tractations diplomatiques de la Paix de Turin entre 1381 et 1383. Choisi comme médiateur pour mettre fin aux affrontements entre Gênes et Venise à la suite de la guerre de Chioggia, Amédée VI doit également régler le conflit opposant Gênes au roi Pierre II de Lusignan autour du contrôle de la ville de Famagouste26. Or, en 1378, Pierre II avait pris pour épouse Valentina Visconti, fille de Bernabò Visconti, seigneur de Milan, afin de trouver un allié capable d’attaquer Gênes. Loin d’agir de manière altruiste, Amédée VI veut profiter de sa position pour réduire l’influence des Visconti, alliés de Venise et rivaux des Savoie en Italie du Nord. Le roi de Chypre devient ainsi victime de cet antagonisme, puisqu’il ne semble pas être convié, dans un premier temps, aux négociations prenant place à Turin ! Finalement, c’est au bout de deux ans de négociations que la crise est réglée, alors que Pierre II est décédé et que lui succède son oncle Jacques Ier27.
- 28 Sur le réseau d’alliance entre les Montferrat, les Paléologue et les Savoie : Chamorel 2023, p. 67- (...)
18Comme nous avons pu le voir, les relations entre les comtes de Savoie et le royaume de Chypre ont conservé un caractère fortement épisodique entre les xiie et le xive siècle. Bien qu’en première ligne des mouvements de croisade, les souverains chypriotes n’ont représenté que des acteurs de second plan dans les projets dynastiques des Savoie, ces derniers privilégiant des alliances leur permettant d’accroître leur prestige tout en renforçant la position de leurs États. Dans cette optique, il était ainsi plus avantageux de se rapprocher des Paléologue détenteurs d’un séduisant titre impérial et dont l’un des représentants, Théodore, était devenu un proche voisin en héritant du marquisat de Montferrat28. Le cas des négociations de la Paix de Turin est particulièrement révélateur, puisque le roi de Chypre est au départ totalement écarté des négociations, non pas par hostilité personnelle, mais pour nuire aux Visconti alors concurrents des Savoie.
19Ce désintérêt va connaître un retournement spectaculaire au siècle suivant, le royaume insulaire recevant une attention toute particulière et dont l’impact sur la Maison de Savoie sera durable.
- 29 Sur ces mariages et leurs négociations : Réal 2013, p. 15-17. Sur le mariage de Louis de Savoie et (...)
- 30 Ibid., p. 39-40.
- 31 Hill 1948a, p. 471-481 ; Paviot 1997, p. 107-108.
20Fort de sa nouvelle dignité et ayant achevé la cohésion territoriale des États de Savoie, le duc Amédée VIII s’affaire à organiser le mariage de ses enfants et petits-enfants en cherchant clairement des alliances pouvant renforcer ses relations avec les grandes cours29. À partir de 1427, le duc entre en relation avec le roi de Chypre Janus pour négocier le mariage de sa fille Anne avec son fils Amédée, qui décède prématurément. Le contrat de mariage stipulant qu’Anne prendrait comme époux un autre fils du duc si ce genre de situation survenait, c’est le second fils d’Amédée VIII, Louis, qui est choisi30. Pour le duc de Savoie, il est clair que l’intérêt principal est de lier sa famille à un lignage détenant un titre royal, le roi Janus cherchant quant à lui désespérément un soutien financier et militaire suite à la terrible défaite qu’il a subie contre les Mamelouks en 1426 à la bataille de Khirokitia31.
- 32 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 7 ; édité dans M (...)
21La mort du roi Janus, en juin 1432, retarde l’exécution des fiançailles et ce n’est qu’en septembre 1433 que les ambassadeurs savoyards arrivent sur l’île. Le rapport des ambassadeurs a été conservé et donne un témoignage très vivant des dernières étapes des négociations avec le nouveau souverain Jean II32. Les pourparlers se durcissent sur la question du versement des 100 000 ducats de la dot prévue par le contrat de mariage. Les ambassadeurs arrivent à une solution plutôt défavorable au duc qu’ils expriment, non sans amertume, dans leur rapport :
- 33 Mas Latrie 1855, p. 20.
Et lors, quant vismes que ne povions riens besoignier, nous fusmes quasi tous desesperés et dismes entre nous que mieulx valoit accepter ces xM ducas que non riens fere, mais que quelque bon mercheant respondist de payer les autres deux milles ducas à aucuns convenable terme33.
- 34 Grivaud 1998, p. 391-393.
- 35 Coureas 2013, p. 363-364.
22L’étude de Gilles Grivaud a démontré que la situation financière du royaume s’est fortement détériorée, ses revenus passant d’environ 243 000 ducats dans les années 1412-1413 à seulement un tiers de ce montant à la fin du xve siècle34. Autre chiffre permettant de mettre en relief la somme initiale de la dot, la rançon exigée par le sultan d’Égypte pour libérer le roi Janus en 1427 s’est élevée à 200 000 ducats35. La comparaison de ces quelques chiffres illustre la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les souverains chypriotes dont les ressources sont épuisées par les attaques des Mamelouks. Se contentant des 10 000 ducats, l’ambassade savoyarde emmène Anne de Lusignan en Savoie où elle épouse Louis le 7 février 1434. Nous allons voir que la dette de la dot, loin d’être oubliée, va servir de pivot à des revendications bien plus ambitieuses.
- 36 Sur ces crises : Biolzi 2024, p. 115-130 ; Barbero 2018, p. 163-183.
23À la suite du principat brillant d’Amédée VIII, les États de Savoie entrent dans une période de crises profondes. Devenu duc après l’élection de son père au pontificat en 1440, Louis de Savoie s’engage dans une guerre pour obtenir le duché de Milan, en 1449, qui s’avère être une défaite désastreuse engloutissant les ressources de la principauté. À cette défaite viennent s’ajouter d’importants troubles déchirant la noblesse savoyarde entre les membres des plus anciennes familles avec les favoris du duc Louis et de la duchesse Anne36. Pour les détracteurs du couple ducal, la personne responsable est tout indiquée :
- 37 Chronique de la Maison de Challant, cité dans Castelnuovo 2002, p. 429.
Il advient que a la court de Savoye, par orguyl et druge se leverent parties et debas secretz, envies merveilleuses et malediction terribles. D’aucuns du pais de Cipres, que la duchesse de Savoye avoit amené, voulurent estre avanciers et desadvancier les plus grans de court ; dont ceulx qui soubsteignent les Chippriens pour complaire a la dame furent de court, les aultres nobles furent debouttés. Dont d’aulcuns se adviserent de faire alliance ensemble, a soy venger les ungz des aultres et firent chapitre37.
- 38 Barbero 2024, p. 194-239, plus particulièrement sur l’entourage chypriote de la duchesse Anne : p. (...)
24Rédigée au milieu du xve siècle par Pierre du Bois, chroniqueur au service des comtes de Challant, la Chronique de la Maison de Challant expose le point de vue des opposants dénonçant l’attitude tyrannique de la duchesse Anne et la mainmise de ses favoris chypriotes dans les affaires de la principauté. Il est désormais bien établi que, si les Chypriotes qui ont accompagné Anne de Lusignan en Savoie ont bénéficié de faveurs, l’octroi d’offices d’importance s’est limité à quelques privilégiés, alors que les plus hautes fonctions de la cour sont restées entre les mains de nobles originaires des États de Savoie38.
25A priori, la conjoncture semble donc défavorable à toute action en Orient. C’est pourtant à la même période que le couple ducal va déployer des moyens conséquents pour s’emparer du titre royal de Chypre.
- 39 Sur la carrière de Lancelot de Lusignan à Chypre, puis en Savoie : Rudt de Collenberg 1982, p. 115- (...)
- 40 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona, Protocolli d (...)
- 41 Traité édité dans Mas Latrie 1855, p. 67-72. Ibid., p. 69 : « […] Semper et quando prefatus illustr (...)
26En février 1449, quelques mois avant le début de la guerre contre Francesco Sforza pour s’emparer de Milan, le duc Louis envoie à Gênes Lancelot de Lusignan, cardinal de Chypre et cousin d’Anne39, pour traiter avec Raffaele Adorno qui cherche à revenir à la tête de la ville ligure. Le 12 février, un traité secret est établi dans lequel le duc promet de soutenir militairement le patricien génois, en échange de quoi Raffaele Adorno s’engage à fournir également troupes et navires afin de soutenir Louis de Savoie pour « obtenir la domination sur le titre et le royaume de Chypre »40. Malgré l’échec du coup d’État d’Adorno, un traité en tout point similaire est renouvelé, en septembre 1450, avec le doge Pietro di Campofregoso41. Est-ce que l’absence de versements du restant de la dot d’Anne a pu attiser l’hostilité du duc Louis ? On ne peut complètement écarter cette hypothèse. Cependant, le jour même où le traité de 1449 est conclu, Louis envoie une lettre à son père :
- 42 Traduction tirée de Gaullieur 1851, p. 287-288.
De plus, très Saint Père, on m’a notifié que le roi de Chypre est mort, et que le royaume de Chypre est en grande division. Car les uns veulent avoir pour seigneur moi ou l’un de mes enfants. Les autres le roi d’Aragon, les autres les Vénitiens, les autres les Génois. Et ils disent que si j’y envoie, ils me prendront plutôt qu’un autre. J’ai fait entretenir des pratiques avec eux, et j’ai maintenant ici par devers moi, le Génois Raphael Adorno, qui ne doute point d’avoir pour moi la Seigneurie de Gênes si je le veux aider de trois mille chevaux. Il propose aussi d’envoyer des galées en Chypre, et de faire par manières que le dit royaume me demeurera. En icelui suivant, je serais quitte des tributs que paie ledit royaume aux Génois qui monte environ sept mille ducats par an42.
27Il est donc possible que Louis de Savoie ait été encouragé par cette fausse rumeur pour avancer les droits issus de son épouse et revendiquer le royaume pour son propre compte.
- 43 Pibiri 2004, p. 447-448.
- 44 Pibiri 2004, p. 448 et note 27. ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 16, reg. 107, fol. 111-112 : (...)
- 45 Chamorel 2023, p. 150.
28Dans tous les cas, le couple ducal cherche clairement à avancer ses pions puisqu’il négocie, le 8 avril 1450, une dispense du pape Nicolas V pour que leur troisième fils, Janus, puisse épouser sa cousine Charlotte de Lusignan, unique fille du roi Jean II. Ce dernier décide finalement de marier sa fille au duc João de Coimbra en 1456. Cette décision est loin de plaire aux Génois qui voient dans cet acte une tentative de la reine Hélène Paléologue de favoriser le parti catalano-aragonais à leur détriment43. Au mois d’avril, la Banque de Saint-Georges envoie Benedetto Vernazza, Génois de Famagouste, en Savoie pour encourager le duc Louis à « perturber le mariage ». Le 20 août suivant, un navire est affrété pour transporter une importante délégation savoyarde de quarante membres à Famagouste, puis vers Alexandrie et Beyrouth44. Bien que le voyage ne semble pas être concrétisé, ces préparatifs démontrent que l’appel génois a reçu l’attention du couple ducal qui a peut-être également envisagé d’entrer en contact avec le sultan d’Égypte, Alexandrie et Beyrouth se situant toutes les deux en territoire mamelouk45.
- 46 Sur cette répudiation en lien avec les noces entre Louis de Savoie et Charlotte de Lusignan : Pibir (...)
- 47 Hill 1984b, p. 549-550 ; Barbero 2024, p. 248-251.
- 48 Chamorel 2023, p. 151-154.
29La mort de João de Coimbra durant l’été 1457 offre une occasion inespérée pour les ambitions savoyardes. Le couple ducal propose comme candidat leur second fils, Louis, comte de Genève, répudiant sans scrupule Annabelle d’Écosse, dont il est l’époux depuis 144446! Malgré la mort du roi Jean II de Lusignan, le contrat de mariage est conclu en octobre 1458 et, une année plus tard, Charlotte et Louis sont mariés à Nicosie47. Afin de renforcer la position de leur fils, le duc Louis entreprend des négociations avec Gênes, s’engageant à assurer le versement du tribut chypriote dû à la Mahone de Famagouste pour une période de trois ans. Dans le même temps, une délégation savoyarde se rend au concile de Mantoue convoqué par le pape Pie II, offrant à ce dernier l’entretien de quatre galées pour son projet de croisade. Cette participation très tardive – le concile arrivant presque à son terme – relève moins d’une soudaine ferveur pour l’idéal de guerre sainte que du souhait d’ajouter un nouvel atout pour soutenir leur fils fraîchement couronné48.
30Les manœuvres du duc Louis et de la duchesse Anne démontrent l’importance accordée à l’acquisition du royaume de Chypre. Alors même que le duché de Savoie sort d’une guerre coûteuse et est déchiré par les troubles internes, le couple ducal a envisagé toutes options leur permettant d’accomplir leurs ambitions. Après dix ans de tractations, c’est finalement par un moyen traditionnel, l’alliance matrimoniale, qu’ils réussissent à placer un membre de la Maison de Savoie sur le trône de Chypre. Toutefois, ce royaume si ardemment désiré va très rapidement être contesté et les Savoie ne pourront jouir que brièvement de leur nouvelle couronne.
- 49 Jacques II de Lusignan (1439-1473), dit « le Bâtard », roi de Chypre entre 1460 et 1473, fils de Je (...)
- 50 Ibid., p. 548-550.
- 51 Pibiri 2011, p. 475-477 ; Pibiri 2016, p. 210-213 et p. 221-222.
31Peu après le couronnement de la reine Charlotte le 15 octobre 1458, son frère bâtard Jacques – issu de l’union illégitime entre Jean II de Lusignan et Mariette de Patras – entre en rébellion et se présente comme le souverain légitime de l’île49. Quittant précipitamment Chypre, Jacques se réfugie au Caire afin d’obtenir le soutien du sultan Inal, ce dernier accueillant le prince rebelle avec intérêt50. C’est à cette période que Louis de Savoie arrive à Chypre pour épouser Charlotte de Lusignan et qu’ils s’engagent dans les pourparlers avec le pouvoir égyptien. Une première délégation subit d’importantes pertes dues à l’épidémie de peste qui touche Le Caire, tandis que la seconde finit par être emprisonnée par le sultan51. Fort du soutien de ce dernier qui lui procure une armée, Jacques envahit l’île en septembre 1460.
32Entretemps, les nouvelles de la révolte sont rapidement parvenues à la cour de Savoie puisqu’au début du mois de février 1460, le duc Louis rédige une missive à l’attention de son fils pour l’informer de la constitution d’une armée de secours :
- 52 La minute de la lettre est conservée dans : ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Pro (...)
Monseigneur mon fils, je me recommande a vous de tout mon cuer. Et vous plaise savoir monseigneur mon fils, que le XIIIe jour du present moys, entre deux et trois heures de nuyt, j’ay receu lettres de mes bien amés et feaulx escuyers Loys Bambay et George de Prozasc, données à Venyse, apportées par mon chevalcheur, par lesquelles ils notifient premierement vostre bon estats, ensemble leur bonne estement. […] J’ay incontinent donné ordre de vous envoyer ung ou deux capitaines, IIIC fans (sic) ensemble certains armes artillieries aussi. Et desia est fait, arrest et ferme nostre bien amé et feal capitaine Michial de Piemont. Et neantmoins, j’ay envoyé à Genes affin que plus bresvement, il tramectent deux de leurs naves à Famegostas […]52.
- 53 Pour l’estimation des contingents savoyards envoyés au secours de Chypre, avec les références aux s (...)
- 54 ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 16, reg. 107, fol. 107v.
- 55 Sur l’analyse financière de ces coûts avec référence aux sources : Chamorel 2023, p. 416-426.
33Une nouvelle révolte nobiliaire ayant éclaté dans le duché, la situation en Savoie est loin d’être idéale. Néanmoins, le couple ducal rassemble troupes et navires dans la précipitation pour soutenir leur fils. En plusieurs vagues successives, entre février 1460 et décembre 1461, le pouvoir savoyard envoie près de 2 000 combattants et marins, 8 navires – affrétés à Gênes ou à Nice – ainsi qu’une importante réserve de vivres et d’équipements militaires, dont une vingtaine de pièces d’artillerie à poudre53. Au total, le duché de Savoie a dépensé pour le secours à Chypre environ 62 390 florins de petit poids, entre 1459 et 1461, alors que, pour la même période, les entrées de la Trésorerie générale s’élèvent à 94 691 florins54. Même si ces montants doivent être considérés comme une estimation minimale du coût de l’armée de secours – une partie de la documentation n’ayant pas été conservée –, ils attestent que le pouvoir savoyard a engagé entre les deux tiers et les trois quarts de ses revenus pour soutenir le couple royal, un investissement qui a été en partie amorti par les fonds du subside levé sur les États de Savoie à l’occasion du mariage de Louis et de Charlotte55.
- 56 C’est le cas de la Chronica latina Sabaudie dont l’auteur est ouvertement hostile au duc Louis et à (...)
- 57 ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 38, mazzo 6, reg. 44, Fol. 57v-58 : « Dux Sabaudie salute. Pr (...)
34Tout au long de ces préparatifs, la duchesse Anne semble avoir eu un rôle plus important que celui que j’avais estimé lors de mes recherches. En effet, l’une des accusations émises par les détracteurs du pouvoir ducal est celle du détournement des richesses du duché en faveur des Chypriotes et du royaume de Chypre56. Il est vrai que le duc Louis ordonne l’envoi d’un trésor de 6 000 florins qui doit être remis en main propre au roi Louis et à la reine Charlotte, cependant l’affaire n’est pas secrète57. Dès lors, qu’en est-il ?
35Alors que le duc envoie la missive informant son fils de l’envoi prochain des troupes de secours, à la même date, Anne envoie une première missive à un haut prélat chypriote qui, hélas n’est pas nommé, mais qui doit être un proche de la famille royale si l’on en croit la formule de salutations :
- 58 AST/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona Protocolli cam (...)
Tres reverend pere en Dieu et tres chier et amé cousin. Nous avons sceu les bons et grand faveurs, aydes et secours que jusque icy avez donné à monseigneur mon filz, le roy de Chippres, dont tres acertes et tres cochement vous remercions. […] Mon dit seigneur envoyé promptement par dela certain nombre de gens d’armes et en a baillé la charge et conduicte à nos tres chiers et bien amez George de Prosacz, prieur de Verceil et gouverneur de Nyce, au seigneur de Veygier aussi. Sy vous prions de rechief que vostre plaisir soit les adresser, conseiller, ayder, conserter et conduire comme bien besoing sera. [...] Non obstant que quelque charge que monditseigneur ait baillé, neantmoins son entention, et la mienne aussy, est que de tout se fait vous ayez principalement la conduicte et disposition ; et sur tous aultres monseigneur et nous en avons en vous nostre esperance58.
- 59 Chamorel 2023, p. 517-518 ; Barbero 2024, p. 252-253.
36Quelques jours plus tard, une lettre similaire est envoyée à deux nobles de la cour de Nicosie, Gauthier et Jean de Nores. Le contenu de la lettre n’est pas sans quelques ambivalences, puisque la duchesse semble insinuer que les destinataires auraient une autorité supérieure sur l’emploi des troupes savoyardes. Plutôt qu’un indice de manipulation de l’autorité de son époux le duc, les propos d’Anne semble plutôt indiquer des craintes concernant l’inexpérience de leur fils dans les affaires militaires. Son discours serait ainsi le signe que le couple ducal a préféré que le commandement des opérations soit confié en une personne plus experte. Enfin, elle prend également contact avec les patriciens vénitiens Pietro et Santino Cornaro afin d’être tenue au courant des nouvelles provenant de l’île59. La duchesse Anne a donc pleinement exploité ses relations avec les lignages du royaume de Chypre pour s’assurer que les ordres du couple ducal soient correctement relayés et exécutés.
- 60 Sur les possessions d’Anne dans le duché : Barbero 2024, p. 60-73. Sur ses finances : ibid., p. 119 (...)
37De plus, sa participation dans les préparatifs de l’expédition de secours paraît plus importante ce que j’écrivais dans mes précédentes conclusions. Les recherches de Chiara Barbero offrent un nouveau regard sur l’influence d’Anne de Chypre dans le duché de Savoie, notamment par ses importantes ressources financières, issues d’un domaine personnel qui s’est agrandi au cours des années 1450, qui fait d’elle l’un des principaux créanciers du duc60.
- 61 Compte d’Antonio Carleti pour le subside récolté à l’occasion de l’accession de Louis de Savoie à l (...)
- 62 Chamorel 2023, p. 173-174 et p. 398-399.
- 63 Barbero 2018, p. 103-110 ; Castelnuovo 1993, p. 22-23.
- 64 Barbero 2024, p. 152 et p. 253-254.
38Bien que les sources administratives sur l’expédition de secours à Chypre soient fragmentaires, on sait qu’un compte particulier a été tenu par Francesco Cerrati, qualifié de receveur spécial pour l’expédition61. Si ce compte ne paraît pas avoir été conservé, Francesco Cerrati est mentionné dans un grand nombre de documents qui attestent de son rôle62. Officier savoyard spécialiste des questions financières, Cerrati a effectué une longue carrière au service du duc de Savoie comme receveur du Piémont, trésorier des guerres puis trésorier général de Savoie63. Or, lors des événements liés à Chypre, le même personnage est également le trésorier personnel de la duchesse Anne, cette dernière lui confiant la tâche de rassembler les fonds issus de subsides et d’avancer les sommes devant régler l’affrètement des navires pour l’expédition64.
39Faut-il en déduire que l’organisation du secours à Chypre a relevé avant tout de l’initiative de la duchesse Anne ? Il est certain qu’elle y participa activement en usant de son réseau personnel. Naturellement, le fait que Francesco Cerrati cumule les fonctions de trésorier personnel de la duchesse et de trésorier général de Savoie pourrait être l’indice d’une mainmise de la princesse chypriote sur les affaires du duché. Toutefois, en comparant les dates de la quasi-majorité des actes que j’ai cités ci-dessus, tous sont rédigés à Carignano, qu’il s’agisse de ceux émis par le duc Louis ou son épouse. Il est donc indéniable que les résolutions d’importance furent prises de manière commune par le couple ducal, nous laissant dans l’ignorance quant à la portée de l’influence d’Anne sur les décisions de son mari…
- 65 Hill 1948b, p. 571-572.
- 66 Chamorel 2023, p. 291-293.
40En dépit des renforts savoyards, le roi Louis et ses troupes sont défaits devant Nicosie, forçant le couple royal à se réfugier dans le château de Kyrenia, tandis que Jacques s’empare du reste de l’île65. Face à la gravité de la situation, la reine Charlotte décide de se rendre en Occident pour négocier l’envoi de nouveaux combattants. Durant son voyage, sa galée est attaquée par plusieurs navires vénitiens. Alors que Venise avait conservé une hostilité passive depuis le début du conflit, cet acte affiche clairement son ralliement à Jacques le Bâtard, dans le but d’évincer ses rivaux génois de l’île66. Le titre royal tant convoité par la Maison de Savoie risque de lui échapper.
- 67 Chamorel 2023, p. 161-162.
41Charlotte de Lusignan arrive en Savoie à la toute fin de décembre 1461. Entre janvier et avril 1462, le duc Louis et la duchesse Anne secondent la reine dans ses demandes de secours auprès des cours occidentales, envoyant plusieurs ambassades à Gênes, auprès du pape, du roi d’Aragon, du roi de France et du duc de Bourgogne67. Cependant, cette solidarité a un coût et comme la situation chypriote reste incertaine, le duc de Savoie impose un traité contraignant à sa belle-fille. Daté du 18 juin 1462, l’acte énonce les compensations que Charlotte doit restituer au duc et surtout les conditions de la succession au trône. Tout d’abord, la reine s’engage à payer le restant du montant de la dot de sa tante – soit les 85 000 ducats restants –, ainsi que les sommes dépensées pour la défense du royaume :
- 68 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 10. Édité dans G (...)
[…] Premierement de quatre vints et cinq mille ducats qui leur sont deus, et esquels est tenue ladite reyne, pour le reste de la somme de cent mille ducats donnée, constituée et promise en mariage à mesdits seigneur et dame par feu ledit roy père de madite dame duchesse, comme de ce s’appert par le contract et instrument de mariage68.
42Si Charlotte venait à décéder avant le roi Louis, sans avoir eu d’héritiers, le royaume de Chypre reviendrait à la Maison de Savoie. Dans le cas où Louis décéderait et que Charlotte ne contracterait pas un second mariage, les deux parties seraient quittes, tandis qu’en cas de secondes noces, la reine devrait rembourser tous les frais mentionnés ci-dessus à raison de 10 000 ducats par an dès le nouveau mariage. Finalement, si le couple venait à mourir sans héritiers, les droits sur Chypre seraient transmis à la duchesse Anne :
Premierement, que deffaillant de ce monde ladite reine, que Dieu ne veuille, sans enfants dudit roy Louis present, ledit roy demeur seigneur et roy du pays et royaume de Chypre, et les siens, par ainsi qu’il fut accordé comme confesse la reine […] Le second, que deffaillant le roy Louis sans enfans et demeurant la reine, et ne prenant autre mary, mesdits seigneur et dame ne luy demandent rien à sa vie. Le tiers, que prenant la reine autre mary, mesdits seigneur et dame, et les siens, doivent avoir tant en payement de la reste du mariage de madite dame, qu’est quatre vints et cinq mille ducats, comment pour les frais et despens qu’ont supporté mesdits seigneur et dame à cause de ce royaume […] C’est assavoir dix mille bons ducats devoir à payer promptement à mesdits seigneur et dame et leurs hoirs, par ladite reine et les siens un chascun an, commençant alors contrait ledit second mariage […] Item, et le quart, que deffaillant, que Dieu ne veuille, lesdits roy et royne sans enfans, le royaume demeure à madite dame la duchesse et les siens entierement69.
43L’ensemble de ces clauses illustrent clairement les intentions du couple ducal, exploitant la dette de la dot comme un verrou pour s’assurer que le titre royal de Chypre soit conservé par la Maison de Savoie. Même la compensation annuelle de 10 000 ducats durant dix ans, dans le cas où Charlotte prendrait un nouvel époux, est totalement irréalisable si l’on considère les difficultés financières du royaume de Chypre relevées plus haut. Toutes ses demandes d’aide restant lettre morte, la reine Charlotte ne peut que se soumettre à ces conditions défavorables avant de repartir vers Chypre. Elle aborde à Rhodes en février 1463, retrouvant son époux qui s’y était réfugié. Ni l’un ni l’autre ne regagneront Chypre.
44Revenu en Occident en novembre, le roi Louis tente une dernière fois de trouver de l’aide en vain. Témoignage émouvant de leur chute, Charlotte fait parvenir une missive à son époux le 1er septembre 1464 pour lui rapporter la situation militaire et nous apprenant indirectement la mort de leur fils en bas âge :
Mon tres redouté seigneur, se de moy vous plaist savoir celon mon caus, je suis en bonne sancté et la plus desolée femme du monde, consideré que je suis hors de mon pays et royalme et privée de vostre noble personne et Dieus par sa misericorde m’a vollu conssoiller aucunement d’unq biau filz et la fortune envieuse je ne say par quel destin de luy suis privés, comme par autres plus largement je ay escript à vostre magesté.
D’autre part un qui s’en est fuy du Caire, dit comme le soldan faisoet appareiller une grosse armée pour mander en Chypre. Une chose vous fai dire mon tres redouté seigneur, que se j’eusse xx ou xxv mille ducats, comme j’avois autresfois le vailliant ou plus, je fusce à present en possetion de nostre royalme et usse mandé pour vous faire venir joyeusement. A present la poureté m’a si fort surprise, que je ne peus achever chose que je entreprens.
- 70 ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 11. Édité dans G (...)
Et si vostre magesté ne met remede, nous desmeurerons sans royalme ne seigneurie, et demorer à la mercy d’autruy, il nous vaudra mieux entrer en une religion, que vivre honteusement. […] D’une chose vous supplie, cy pitié et amour avés en mon caus, veilliés moy secourir et retourner par dessa. Et si la chose est briefve, vous me treuverés en vie et porons recouvrer nostre royaume avec l’ayde de Dieus70.
- 71 Hill 1948b, p. 589-594.
45Quelques mois plus tard, la garnison de Kyrenia se rend et Jacques est couronné roi de Chypre. Parvenant à s’émanciper du sultan d’Égypte, Jacques II se rapproche de Venise en épousant Caterina Cornaro en 146871. Entretemps, le duc Louis de Savoie meurt en janvier 1465, deux ans après son épouse, et son successeur Amédée IX s’oppose fermement à tout projet de reconquête, rejetant les requêtes de son frère déchu.
46Se limitant à des contacts occasionnels durant le xive siècle, les relations entre les princes de Savoie et le royaume de Chypre se sont renforcés tout au long du xve siècle. Plus qu’un intérêt pour l’île elle-même, le fait que les souverains chypriotes étaient les détenteurs de l’un des titres royaux les plus prestigieux de l’Occident médiéval – celui de roi de Jérusalem – n’a qu’accentué les aspirations savoyardes. Si le royaume de Chypre n’a représenté qu’une possibilité pour le duc Amédée VIII, parmi d’autres, de se rapprocher d’une couronne royale, le mariage d’Anne de Lusignan avec Louis de Savoie constitue un tournant significatif.
47En rupture avec ses prédécesseurs, le duc Louis va s’engager, dès son avènement en 1440, avec détermination dans les affaires chypriotes, y compris lorsque ses États sont durement engagés dans des conflits tant internes qu’externes. N’écartant aucun moyen, du projet de conquête au complot, c’est finalement par un moyen habituel, celui de l’alliance matrimoniale, que la Maison de Savoie a obtenu ce titre royal tant convoité.
48Bien que le poids de son influence reste difficile à mesurer avec exactitude, le rôle de la duchesse Anne a été capital. Pouvant prétendre à la succession tant par son lignage que par la dette de sa dot, elle a usé de son réseau et de ses ressources financières pour appuyer les revendications de la Maison de Savoie. Preuve de sa détermination à maintenir à tout prix leur fils sur le trône, le couple ducal a engagé d’importants moyens militaires et diplomatiques pour défendre Chypre, alors que le duché de Savoie est empêtré dans une nouvelle révolte nobiliaire et que Jacques II s’est emparé de la totalité de l’île.
- 72 Magnante 1926 ; Magnante 1929 ; Chamorel 2023, p. 543-552.
- 73 Mongiano 1997. L’acte de donation du royaume de Chypre a été détruit lors de l’incendie provoqué pa (...)
- 74 Hill 1948b, p. 738. La lettre au sultan est conservée dans ASTo/C, Materie politiche per rapporto a (...)
49Cette fièvre levantine ne s’éteint qu’à la mort du duc Louis en 1465, son successeur Amédée IX repoussant toute tentative de reconquête. Cependant, il ne s’agit que d’un intermède et, dès la mort de Jacques II en 1473, les Savoie renouvellent leurs revendications face à Venise72. Après vingt années d’efforts vains, la reine Charlotte abandonne sa lutte pour récupérer son trône et cède le 25 février 1485, par un traité conclu dans la basilique Saint-Pierre à Rome, l’ensemble de ses droits au duc Charles Ier de Savoie73. Cette dignité royale reste néanmoins titulaire et Charles Ier se limite à adresser une lettre au sultan d’Égypte, en août 1488, pour lui demander de reconnaître ses droits alors que l’année suivante, Venise ajoute l’île à ses domaines ultramarins74.
- 75 Chamorel 2023, p. 552-567.
50S’engageant dans une longue dispute diplomatique avec la Sérénissime, les princes de la Maison de Savoie n’auront de cesse de revendiquer la couronne jusqu’au xviie siècle. Relégué à un élément de leur titulature, le titre chypriote passe au second plan lorsque les Savoie obtiennent un rang royal bien plus tangible, avec l’acquisition du royaume de Sicile en 1713, avant d’être rapidement échangé par celui de Sardaigne en 1718. Le 21 avril 1861, Victor-Emmanuel II de Savoie abandonne son ancienne titulature pour ne porter que le titre de roi d’Italie, achevant une longue marche vers la royauté initiée près de quatre siècles auparavant75.
ASTo/C : Archivio di Stato di Torino, sezione Corte
ASTo/R : Archivio di Stato di Torino, sezioni Riunite
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Réal S. 2013. Les alliances matrimoniales de la cour de Savoie au xve siècle. Mémoire de master, Université de Lausanne.
Ripart L. 2008. « La croisade du comte Amédée III de Maurienne : un potlatch sans contrepartie ? ». B. Grévin, A. Nef, E. Tixier (dir.), Chrétiens, juifs et musulmans dans la Méditerranée médiévale. Mélanges en l’honneur d’Henri Bresc. Paris, p. 149-165.
— 2018. « L’historien, le prince et la ville dans la Chronique de Savoie de Cabaret (1419) ». L. Ripart (éd.), Écrire l’histoire, penser le pouvoir. États de Savoie, xve-xvie siècles, Sociétés, religions, politiques 44. Chambéry, p. 41-54.
Ripart L., Guilleré Ch., Vuillemin P. (éd.) 2021. La naissance du duché de Savoie (1416), Sociétés, religions, politiques 49. Chambéry.
Rudt de Collenberg W. H. 1982. « Les cardinaux de Chypre Hugues et Lancelot de Lusignan ». Archivum Historiae Pontificiae 20, p. 83-128.
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Notes
Pour une synthèse événementielle de l’histoire du royaume franc de Chypre au Moyen Âge, les ouvrages de George Hill restent toujours des outils précieux : Hill 1948a et Hill 1948b.
À ce sujet : Paviot 1997.
Sur ces épisodes et les mentions de la bibliographie antérieure, je me permets de renvoyer à ma thèse : Chamorel 2023, p. 51-116.
Sur Amédée VIII et son principat : Ripart, Guilleré, Vuillemin 2021 ; Andenmatten, Paravicini Bagliani 1992.
Chamorel 2023, p. 117-168.
Archivio di Stato di Torino, sezione Corte (désormais abrégé ASTo/C), Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1 – mazzo 3 (1381-1728).
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona, Protocolli ducali/Protocolli camerali.
Archivio di Stato di Torino, sezioni Riunite (désormais abrégé ASTo/R), Camera dei conti Savoia: inventario 16 : Compte des trésoriers généraux de Savoie ; inv. 38 : Comptes de voyages ; ASTo/R, Camera dei conti Piemonte: articolo 86 : Comptes des receveurs des subsides pour le Piémont.
Barbero 2024.
Sur les Montferrat et l’Orient, voir les travaux de Walter Haberstumpf : Haberstumpf 1989 ; Haberstumpf 1995 ; Haberstumpf 2003.
Sur la participation d’Amédée III à la deuxième croisade : Ripart 2008.
Sur la place de la Chronique de Savoye dans l’historiographie dynastique, voir en dernier lieu : Ripart 2018.
Ripart 2008, p. 160-161. Pour le récit de l’ensemble de cet épisode, voir Cabaret, Chronique de Savoye (éd. Chaubet 2006), p. 80-86.
Cabaret, Chronique de Savoye (éd. Chaubet 2006), p. 86.
Pierre Ier de Lusignan et sa politique ont fait l’objet d’une étude collective récente : Beihammer, Nicolaou-Konnari 2023.
Sur la croisade d’Amédée VI : Chamorel 2016 ; Chamorel 2023, p. 74-86.
Machairas, Une histoire du doux pays de Chypre (éd. Cervellin-Chevalier 2002), p. 275.
Chamorel 2023, p. 285. Venise avait également tenté d’encourager Pierre Ier et Amédée VI de mener leurs troupes en Crète afin de réprimer la révolte des sujets de la Sérénissime en échange de la gratuité du transport des troupes : Housley 1986, p. 211-214.
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Viaggio in Levante, mazzo 1, no 1. L’ensemble du compte est édité dans Bollati di Saint-Pierre 1900.
Bollati di Saint-Pierre 1900, no 71, p. 38 : « Libravit ibidem dicta die xxiiii junii de mandato domini Ureriarum, manu dicti Savoie, menestriis et eyraudo regis Chippri, ex dono eis facto per dominum in portu de Veruda, xiiii florenos boni ponderis ».
Ibid., no 710, p. 169 : « Libravit ibidem dicta die, de mandato domini, duobus menestreriis principis Galilee, ex dono sibi facto per dominum manu dicti Piamont, menestrerii domini, vi florenos boni ponderis » ; Ibid. no 860, p. 193 : « Libravit ibidem dicta die [6 août 1367 à Venise] duobus buffonis domini Barnabonis [Bernabò Visconti] euntibus Chipprum, ex dono sibi facto per dominum, xx florenos boni ponderis ».
L’étude du marquis Terrier de Loray reste, malgré son ancienneté, la meilleure référence sur le parcours de Jean de Vienne : Loray 1877.
Voir le tableau comparatif à la fin de l’étude Paviot 2006, p. 62-68, plus spécialement p. 68 pour Jean de Vienne.
Si cette écriture comptable n’est pas datée, les libellés précédents sont datés de la fin du mois de novembre 1368, ce qui nous renseigne sur la période de retour en Italie de ces personnages, ou du moins une partie de ceux-ci. Bollati di Saint-Pierre 1900, no 1138, p. 242-243 : « Libravit […] ultra tercentum ducatos auri quos dominus mandavit eidem expediri pro eodem apud Venetias per dominum Bartholomeum Michaeli de sexcies centum ducatis auri quos eidem domino Bartholomeo portare debuit Bonifacius de Mota ad opus domini Anthonii bastardi domini […] cui dictus dominus Anthonius in ipsis tenebatur mutuo sibi facto apud Chipprum manu Petri Cornerii, fratris dicti domini Fredelici ».
Chamorel 2023, p. 78-79.
Sur la domination génoise de Famagouste, voir Otten-Froux 2021.
Chamorel 2023, p. 89-90 ; Fasola 1923, p. 3-7 ; Mas Latrie 1852, p. 378-379. Les instructions des ambassadeurs savoyards chargés de négocier avec Gênes et Chypre sont conservées dans ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 4.
Sur le réseau d’alliance entre les Montferrat, les Paléologue et les Savoie : Chamorel 2023, p. 67-70.
Sur ces mariages et leurs négociations : Réal 2013, p. 15-17. Sur le mariage de Louis de Savoie et Anne de Chypre : Barbero 2024, p. 22-59.
Ibid., p. 39-40.
Hill 1948a, p. 471-481 ; Paviot 1997, p. 107-108.
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 7 ; édité dans Mas Latrie 1855, p. 19-20.
Mas Latrie 1855, p. 20.
Grivaud 1998, p. 391-393.
Coureas 2013, p. 363-364.
Sur ces crises : Biolzi 2024, p. 115-130 ; Barbero 2018, p. 163-183.
Chronique de la Maison de Challant, cité dans Castelnuovo 2002, p. 429.
Barbero 2024, p. 194-239, plus particulièrement sur l’entourage chypriote de la duchesse Anne : p. 208-226 ; Chamorel 2023, p. 505-515.
Sur la carrière de Lancelot de Lusignan à Chypre, puis en Savoie : Rudt de Collenberg 1982, p. 115-126.
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona, Protocolli ducali, reg. 89, fol. 21-24. Le traité est édité dans Claretta 1878, p. 355-361. Ibid., p. 358 : « Item promisit ut ante et se obligavit predictus dominus Raffael suo et nominibus quibus supra. Quod semper et quandocumque erint in preheminencia Janue et favorabiliter ad omnem requisitionem prefacti illustrissimi domini ducis sumptibus comunitatis Janue aut sumptibus eorum subveniet dicto illustrissimo domino de galeris duabus armatis, solutis pro mensibus tribus, aut de quingentis balesteriis solutis pro mensibus tribus, in electione prefacti illustrissimi domini ducis queos pocius voluerit aut galeas, aut balistarios. Item […]. Quod obtenta impresia Janue ad omnem requisitionem prefacti illustrissimi principis prestabunt suos favores ydoneos et possibiles pro regno Cipri semper et quandocumque illustrissimus genitor dicte dominationis habebit titulum et possessionem dicti regni per quem dictum regnum spectet dicto illustrissimo genitori ».
Traité édité dans Mas Latrie 1855, p. 67-72. Ibid., p. 69 : « […] Semper et quando prefatus illustrissimus princeps dominus dux Sabaudie, infra decem annos, voluerit, in Janua, classem parare ad acquirendum per se regnum Cipri, quod ipse illustrissimum dominus dux Januensium dabit, et dari faciet prefato illustrissimo principi tot corpora triremium quot judicaverit, et declaraverit magnificus dominus Johannes Philippus de Flisco, ac etiam in subsidium dicte classis de pecunia excelsi communis Janue erogare florenos in duo a tribus milibus usque in quinque millia ».
Traduction tirée de Gaullieur 1851, p. 287-288.
Pibiri 2004, p. 447-448.
Pibiri 2004, p. 448 et note 27. ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 16, reg. 107, fol. 111-112 : « Sequitur pacta inhita et stantia inter magnificum dominum Jacobum ex comitibus Valispergie, Sabaudie cancellarium, nomine et vice illustrissimi domini, domini ducis Sabaudie, ex una parte, et nobilem Johannem de Lebraghis, de ipsis suo nomine et nomine domini Johannis de Miraballis, de Neapoli (sic), ex alia parte. Et primo sicut promitterunt levare in Nicia ambaxiatores prefati illustrissimi domini, domini ducis, cum personis quadraginta et ipsos conducere in Famagosta de insula Cypri […] Item si dictis ambaxiatoribus placuerit sunt obligati et teneantur stare in portu, ubi descendent viginti vel triginta dies, ipsis dominis Johanni de Lebraghis et de Mirabellis ad rationem de ducatis mille ducentum pro mense. Item promitterunt ipsis domini Johannes esse in portu Nycie, die vicesima augusto proxime futurum et dictis ambaxiatores cum dictis personnis et rebus eorum levare et conducere in Cypro […] Item quamdo steterit quod placuerit ambaxiatoribus in portu in Cypro que possit ire usque in Alexandria et Baruto ; et postea redire et levare dictos ambaxiatores ».
Chamorel 2023, p. 150.
Sur cette répudiation en lien avec les noces entre Louis de Savoie et Charlotte de Lusignan : Pibiri 2004.
Hill 1984b, p. 549-550 ; Barbero 2024, p. 248-251.
Chamorel 2023, p. 151-154.
Jacques II de Lusignan (1439-1473), dit « le Bâtard », roi de Chypre entre 1460 et 1473, fils de Jean II et Mariette de Patras. Selon les chroniqueurs chypriotes, il est considéré comme le favori de son père. Il devient archevêque de Nicosie en 1456, mais s’exile une première fois de l’île après avoir commis l’assassinat du chancelier royal en 1457. Jean II lui pardonne ses actes et le restitue dans ses fonctions : Hill 1984b, p. 528-531 et p. 536-542.
Ibid., p. 548-550.
Pibiri 2011, p. 475-477 ; Pibiri 2016, p. 210-213 et p. 221-222.
La minute de la lettre est conservée dans : ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona, Protocolli ducali, reg. 98, fol. 514.
Pour l’estimation des contingents savoyards envoyés au secours de Chypre, avec les références aux sources, je me permets à nouveau de renvoyer à ma thèse. Concernant l’armée : Chamorel 2023, p. 187-203, concernant la flotte : p. 333-343.
ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 16, reg. 107, fol. 107v.
Sur l’analyse financière de ces coûts avec référence aux sources : Chamorel 2023, p. 416-426.
C’est le cas de la Chronica latina Sabaudie dont l’auteur est ouvertement hostile au duc Louis et à la duchesse Anne. Chronica latina Sabaudie (éd. Promis 1840), col. 616 : « […] Omnes thesauros quos pater [Amédée VIII] ei dimiserat in maxima copia consumpsit, et quicquid habere potuit, illud ad regnum Cipri suasione uxoris mandavit et patriam suam depauperavit ». Sur l’auteur de cette chronique : Crittin 2018.
ASTo/R, Camera dei conti Savoia, inv. 38, mazzo 6, reg. 44, Fol. 57v-58 : « Dux Sabaudie salute. Premissa mandamus per venerabilem spectabilemque fidelem consiliarum nostrum, fratrem Gaspardum de Ayrascha, militem Iherosolomitanum et preceptorem Candeoli quem super navi nostra ad regnum Chipri puntialiter, Deo auctore, duximus destinandum sex millia fl. pp. per ipsum dilectosque fidelem consiliarium nostrum Karolum de Briga, patronum dicte navis, et Cipprum, armorum regem, defferendos et portandos et per eos exbursandos in manibus serenissinorum regis et regine Chipri et non in alienis. Qua propter volumus et vobis mandamus expresse sic omnino fieri volentes quatinus illos sex mille fl. quos vobis puntare tenetur. Idem frater Gaspardus reponi faciatis in una cassia in qua affligi et apponi faciatis tres clavaturas cum tribus clavibus ; quarum una tradatur et expediatur prefato venerabili fratri Gaspardo, alia vero dicto patrono et alia dicto Chippres, armorum regi […] ».
AST/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Protocolli dei notai della corona Protocolli camerali, reg. 52, fol. 98.
Chamorel 2023, p. 517-518 ; Barbero 2024, p. 252-253.
Sur les possessions d’Anne dans le duché : Barbero 2024, p. 60-73. Sur ses finances : ibid., p. 119-157, plus particulièrement sur les sommes prêtées à son époux, p. 152-155 et le tableau récapitulatif p. 162-165.
Compte d’Antonio Carleti pour le subside récolté à l’occasion de l’accession de Louis de Savoie à la couronne de Chypre, conservé dans ASTo/R, Camera dei conti Piemonte, art. 86, par. 2, mazzo 3/1, reg. 10, fol. 180-180v : « Francisco Cerrati, ducali consiliario et generali Sabaudie ac receptore ad causam armate predicte ».
Chamorel 2023, p. 173-174 et p. 398-399.
Barbero 2018, p. 103-110 ; Castelnuovo 1993, p. 22-23.
Barbero 2024, p. 152 et p. 253-254.
Hill 1948b, p. 571-572.
Chamorel 2023, p. 291-293.
Chamorel 2023, p. 161-162.
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 10. Édité dans Guichenon 1660, p. 391.
Ibid., p. 392.
ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 11. Édité dans Guichenon 1660, p. 395.
Hill 1948b, p. 589-594.
Magnante 1926 ; Magnante 1929 ; Chamorel 2023, p. 543-552.
Mongiano 1997. L’acte de donation du royaume de Chypre a été détruit lors de l’incendie provoqué par les troupes allemandes, en septembre 1943, qui anéantit les Archives d’État de Naples. Ces dernières avaient été déplacées dans la villa Montesano de San Paolo Belsito de Nola pour éviter les dégâts des bombardements alliés. Une copie médiévale de cet acte, ainsi qu’une copie de l’époque moderne, sont conservées aux Archives d’État de Turin : ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 1, fasc. 2.
Hill 1948b, p. 738. La lettre au sultan est conservée dans ASTo/C, Materie politiche per rapporto all’interno, Regno di Cipro, mazzo 2, fasc. 1.
Chamorel 2023, p. 552-567.
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