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Comptes rendus

Jan‑Marc Henke (avec une contribution de Cornelis W. Neeft), Die zyprischen Terrakotten aus Milet. Neue Überlegungen zur Einordnung der archaischen zyprischen Terrakotten aus ostägäischen Fundkontexten und ihrer werkstattspezifischen Zuweisung

Hélène Aurigny
p. 346-348
Référence(s) :

Jan‑Marc Henke (avec une contribution de Cornelis W. Neeft), Die zyprischen Terrakotten aus Milet. Neue Überlegungen zur Einordnung der archaischen zyprischen Terrakotten aus ostägäischen Fundkontexten und ihrer werkstattspezifischen Zuweisung, Milesische Forschungen 7, De Gruyter, Berlin et Boston, 2017, XV + 340 p., 79 pl. dont 3 en couleurs. ISBN 978‑3‑11‑054381‑0

Texte intégral

1Ce volume des “Milesische Forschungen”, qui contient un catalogue des 213 terres cuites chypriotes de Milet, déborde d’emblée ce seul objet, puisqu’il entend proposer une nouvelle classification des terres cuites chypriotes archaïques de l’est de l’Égée et de leurs ateliers de production. La table des matières très détaillée (9 pages !) révèle ce projet ambitieux, mais aussi une faiblesse dans l’organisation synthétique de l’ensemble.

2L’introduction (chapitre 1) présente les objectifs et la méthode de l’étude. Le problème est de classer les terres cuites de Milet dans les catégories existantes, en tenant compte des avancées récentes de la recherche, notamment des travaux de Sabine Fourrier. Les terres cuites de Milet semblent majoritairement trouver leurs modèles dans les productions de l’est de Chypre, autour de Salamine. La description du corpus qui est rejetée à la fin du chapitre 5 aurait pu figurer dans l’introduction.

3Le chapitre 2 traite de l’histoire de la recherche sur la plastique chypriote, depuis le xixe siècle, quand les explorateurs cherchaient surtout des pièces de collections, sans se soucier du contexte des œuvres. C’est avec les fouilles suédoises (1927-1931) d’Einar Gjerstad que la sculpture chypriote archaïque gagna une mise en ordre chronologique qu’à bien des égards on conserve encore aujourd’hui. À partir des sculptures d’Ayia Irini, il avait défini une évolution générale de la plastique chypriote, du modelage simple vers un rendu naturaliste du corps humain. Les découvertes de Samos permirent de remonter un peu la datation : les travaux de Gerhard Schmidt détaillèrent, en le conservant, le schéma d’ensemble de Gjerstad, bien que rapidement Andreas Stylianou ait souligné que bon nombre de détails s’expliquaient par des choix stylistiques bien plus que par une évolution chronologique générale. Les travaux de B. Lewe (1975), de M. Brönner (1990), puis de J. et V. Karageorghis apportèrent des révisions de la chronologie et des classements stylistiques, avant que l’étude de la plastique de calcaire par R. Senff ne renouvelle la terminologie en prenant ses distances avec le système Gjerstad. Mais, en 2007, c’est Sabine Fourrier qui étudia de façon systématique les ateliers de production locaux de Chypre, en montrant qu’ils correspondaient non seulement à une organisation culturelle de Chypre, mais aussi à l’expansion géographique des différents royaumes chypriotes archaïques. Une page rassemble commodément les chronologies de Gjerstad et de Schmidt (p. 22).

4Le chapitre 3 détaille le costume, la coiffure et l’attitude des terres cuites féminines et masculines, éléments qui auraient gagné à être mis en relation plus clairement avec les différents ateliers de production. Le chapitre 4 aborde les aspects techniques et la polychromie de la production chypriote. En huit pages, l’auteur rappelle, à la suite de S. Fourrier, que la technique est aussi une caractéristique d’atelier et ne saurait se plier à une évolution chronologique générale. À l’est de Chypre domine le moulage (et c’est l’origine de la plupart des figurines retrouvées en Égée orientale), tandis qu’à l’ouest les artisans ont préféré le modelage. Les différentes techniques correspondent à différents types : plaquettes, figures creuses faites avec des moules de plaquettes ou d’autres moules pour les détails, figures « mixtes » (modelées et moulées), figurines modelées.

5Le chapitre 5 utilise les données contextuelles et stratigraphiques milésiennes pour préciser la chronologie des productions. Le sanctuaire extra urbain d’Aphrodite à Zeytintepe, dont la datation du bothros entre 700 et 630 (date de sa fermeture) fait l’objet d’une contribution par C.W. Neeft, et quelques contextes périphériques, permettent de brosser une image générale des terres cuites chypriotes de Milet. Les six cents fragments de figurines chypriotes, dont seules quatre ne proviennent pas de Zeytintepe, forment presque un quart des figurines de terre cuite du viie siècle ; la moitié est assez bien conservée pour entrer dans un classement typologique ou stylistique. Le catalogue comprend finalement 217 numéros, qui rassemblent parfois plusieurs fragments d’un même objet. 66% sont des représentations féminines, contre 18% masculines et 16% non identifiables.

6Le chapitre 6 réunit les remarques sur le style et les techniques des terres cuites de style salaminien selon Sabine Fourrier. L’auteur évoque d’abord les critères d’identification du style salaminien, et plus largement des styles régionaux à Chypre, avant de se concentrer sur le style des terres cuites d’Arsos, qui se développe selon trois tendances, puis celui des terres cuites d’Achna, et enfin le style proprement salaminien.

7Le chapitre 7 s’intéresse à la production chypriote des contextes égéens : avec près de 80 pages, cette partie est aussi longue que l’ensemble des autres chapitres (hors catalogue). En treize sous-parties, l’auteur explore l’ensemble de la documentation de son corpus, et même bien au‑delà, en intégrant à sa réflexion le matériel de Samos, Rhodes… La première sous-partie est consacrée aux observations sur les plaquettes féminines, trouvées en grand nombre à Rhodes et Samos, et dont les parallèles sont nombreux à Arsos. Puis l’auteur examine les documents proches de la figurine T600 de Samos, dont l’invention du type est vraisemblablement salaminienne. Les productions d’un autre atelier sont ensuite rassemblées autour de la figure Arsos 540 du musée de Chypre, d’un modelé plastique avec quelques éléments de parure détaillés, et de ses très proches variantes. Elles sont majoritaires à Samos et à Milet, mais aucun lieu de fabrication n’est proposé. L’auteur s’intéresse ensuite à des figures qui combinent des éléments des deux précédentes, T600 de Samos et Arsos 540, dont l’origine doit être recherchée de nouveau dans les ateliers de Salamine. Puis des groupes stylistiques sont constitués autour de la figure T1106 de Samos, proche d’exemples d’Achna ; des figures C637 et C587 du musée de Chypre ; de la terre cuite T 1472 de Samos ; du seul fragment n° 50 de Milet ; de la figure C609 du musée de Chypre ; et des fragments d’origine chypriote occidentale, avant que des fragments beaucoup plus difficiles à caractériser soient évoqués.

8Dans l’ensemble, même si les classements sont en général convaincants, le fait que les regroupements ne soient pas d’abord fondés sur les figures de Milet, dont le catalogue devrait constituer le point de départ de la mise en ordre du matériel, ne rend pas le raisonnement très limpide. Est‑ce une étude des terres cuites chypriotes de Milet ou des terres cuites chypriotes de l’Égée ? Le morcellement de l’analyse se poursuit dans les chapitres suivants qui se réduisent parfois à une page ! Le chapitre 8 regroupe des fragments de terre cuite de taille naturelle ou s’en approchant, et fait le point sur les modalités de fabrication des terres cuites de grand format. Le chapitre 9 est consacré aux figurines de « style mixte » : elles combinent une tête massive, dont le visage est moulé, et un corps creux modelé ou tourné. Ce chapitre ne rassemble que 3 figurines. Enfin, le chapitre 10 se focalise sur une seule figurine illustrant la technique du modelage libre sans matrice, qui présente un corps de section ovale et les bras levés en un geste d’adoration.

9Le chapitre 11 rassemble les figures chypriotes et « chypriotisantes » anciennes, dont les plaquettes datées du deuxième quart du viie siècle sont les plus anciennes représentantes. Le chapitre 12 fait le bilan de la chronologie des figurines d’après les contextes de découverte de Milet et de Samos. Si le contexte samien avait suggéré de dater les dernières terres cuites chypriotes jusqu’au milieu du vie siècle, le bothros milésien du viie siècle qui a livré des fragments de céramiques corinthiennes de 690 à 630 invite à remonter et à limiter la durée des importations chypriotes.

10Le chapitre 13 conclut que les techniques de production de la coroplathie égéenne orientale n’ont pas été particulièrement stimulées par l’exemple chypriote, mais que les artisans ont aussi puisé dans les modèles crétois ; toutefois, on note que l’emploi du moule pour les visages des figurines est contemporain des premières importations chypriotes. L’auteur recense les jalons qui indiquent l’adoption de techniques connues dans la coroplathie chypriote, avec des exemples essentiellement samiens.

11Le chapitre 14 aborde la question de la consécration des terres cuites chypriotes dans les sanctuaires de l’Égée orientale : leurs circonstances, l’origine et le sexe des dédicants sont d’abord étudiés, avant que l’analyse du répertoire n’apporte un éclairage sur leur identité et la signification des figures. L’auteur place les terres cuites chypriotes dans l’ensemble des offrandes étrangères, essentiellement orientales, parvenues dans les sanctuaires grecs durant le viie siècle, sans tenir compte de l’abondante bibliographie récente sur cette question. Il s’attache à démontrer, à partir de l’exemple du sanctuaire d’Aphrodite à Milet, que l’offrande de terres cuites ne saurait être interprétée comme celle d’une représentation du dédicant, mais plutôt d’une image en lien avec les divinités honorées. Des particularités locales plaident en faveur de dédicants locaux, et non chypriotes, et l’aspect étranger, voire oriental, de ces figurines pouvait avoir accru leur intérêt aux yeux des dédicants ioniens. L’auteur suggère cependant que l’abondance de cette documentation et la proximité culturelle entre Chypre et la Grèce de l’Est auraient encouragé la fondation de nouveaux cultes, dont – peut‑être – celui d’Aphrodite à Milet. Il conclut sur le fait que, comme les objets égyptiens, les documents chypriotes ne sont pas de simples « exotica », mais reflètent de nouveaux flux culturels qui atteignent les sanctuaires de Grèce de l’est.

12Dans l’ensemble, malgré l’hésitation entre un classement typologique, technique et stylistique, et une organisation un peu répétitive, cet ouvrage constitue une étude fondamentale des terres cuites chypriotes d’Asie Mineure.

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Pour citer cet article

Référence papier

Hélène Aurigny, « Jan‑Marc Henke (avec une contribution de Cornelis W. Neeft), Die zyprischen Terrakotten aus Milet. Neue Überlegungen zur Einordnung der archaischen zyprischen Terrakotten aus ostägäischen Fundkontexten und ihrer werkstattspezifischen Zuweisung »Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, 47 | 2017, 346-348.

Référence électronique

Hélène Aurigny, « Jan‑Marc Henke (avec une contribution de Cornelis W. Neeft), Die zyprischen Terrakotten aus Milet. Neue Überlegungen zur Einordnung der archaischen zyprischen Terrakotten aus ostägäischen Fundkontexten und ihrer werkstattspezifischen Zuweisung »Cahiers du Centre d’Études Chypriotes [En ligne], 47 | 2017, mis en ligne le 01 mai 2022, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cchyp/330 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cchyp.330

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