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Comptes rendus

Béatrice Muller, Maquettes antiques d’Orient. De l’image au symbole

Annie Caubet
p. 344-346
Référence(s) :

Béatrice Muller, Maquettes antiques d’Orient. De l’image au symbole, Picard, Paris, 2016, 296 pages, XIII pl., 176 figures, index, glossaire. ISBN 978-2-7084-1012-1

Texte intégral

  • 1 Muller (B.), 2002, Les « maquettes architecturales » du Proche Orient ancien. Mésopotamie, Syrie, (...)
  • 2 Yon (M.), Caubet (A.), 2001, « La tradition des maquettes architecturales de Chypre », in B. Mulle (...)

1Ce livre, dont la couverture s’orne du célèbre enclos circulaire de Vounous, traite d’un phénomène largement répandu dans l’antiquité, celui des « maquettes architecturales ». Le terme est impropre, comme l’admet l’auteur, car il ne s’agit pas d’objets destinés à préparer la réalisation d’architecture réelle, mais il n’en existe pas de plus satisfaisant. Béatrice Muller parachève là une réflexion commencée avec sa thèse1, et la direction d’un ouvrage collectif (2001) qui élargissait l‘enquête à la vaste zone comprise entre la Méditerranée et à l’Iran, et dans laquelle Chypre trouve sa place2. L’auteur aborde désormais le sujet de manière globale, toutes cultures confondues, du point de vue morphologique, fonctionnel et historique. À la faveur de cette analyse, les productions de Chypre apparaissent spécialement importantes tant par leur nombre (vu la taille de l’île en regard de la totalité du domaine envisagé), que par l’originalité et la créativité des artisans.

2Cette inventivité rend la culture matérielle de Chypre assez rebelle aux tentatives de classement du chercheur moderne. Les planches morphologiques récapitulatives en fin d’ouvrage tentent d’introduire de la clarté dans une réalité complexe, mais les maquettes chypriotes rangées dans une catégorie glissent insidieusement dans la catégorie voisine. Certes, les « maquettes ouvertes par-dessus » (pl. V) de la période chalcolithique (Kissonerga) et du Chypriote ancien (Vounous, Kalopsida, Kotchati) forment un groupe assez cohérent. Mais les « tours » chypro archaïques d’Idalion et de Kition (pl. III) se distinguent mal des « maisons à fenêtres multiples » (pl. VI) des mêmes sites. La division entre « édicules » (pl. I) et « tabernacles » (pl. II), habités ou non, s’applique inconfortablement au cas de Chypre. Le support en bronze Chypriote récent d’Enkomi préfigure assez bien les grandes maquettes d’Idalion de la période archaïque (ici Fig. 1) dans les « maisons à fenêtres multiples » (pl. VI). Mais dans cette catégorie sont aussi rangés les vases découpés (Kition), alors que ce mode de fabrication nous semble relever plutôt de la catégorie « édicule » (pl. I) où sont rangés les exemplaires levantins aménagés dans des panses de cruches.

Figure 1. Maquettes archaïques d’Idalion.

Figure 1. Maquettes archaïques d’Idalion.

Louvre N 3293 ; Louvre N 3294.

3Ces objections sont marginales, car l’essentiel du livre est ailleurs. La réflexion sur le phénomène de la miniaturisation, vue dans une perspective anthropologique et technique, en vient à interroger l’univers même de la construction, qui est reproduction du monde et acte divin ou royal. L’analyse technique se révèle particulièrement fructueuse pour évoquer l’artisan au travail et comprendre les aspirations du commanditaire et de la clientèle. Elle évacue la distinction plan circulaire / plan carré, qui est une fausse piste pour ces objets, comme le montre l’exemple des deux maquettes d’Idalion (Fig. 1), l’une de plan circulaire (ou sub‑circulaire), l’autre de plan carré (ou sub‑carré). Un chapitre important mesure la difficulté d’apprécier le réalisme architectural de ces maquettes et de percevoir la fonction des bâtiments représentés. L’auteur s’attache prudemment à l’analyse des détails architecturaux qui livrent les informations assez véridiques sur l’appareil de maçonnerie, sur des formes d’encorbellement et de toiture, des colombages, des auvents, des colonnes. La figuration des ouvertures (fenêtres, portes, trous de boulins), la présence d’escalier, est souvent révélatrice.

4L’auteur constate que l’autre grande question – celle de l’usage et la fonction de ces maquettes – ne peut recevoir de réponse unique, et la possibilité de fonction double, pratique et symbolique, lui semble raisonnable. La dimension symbolique du décor la conduit à proposer, entre autres explication, une fonction de « temple de poche » où se dérouleraient des scènes cultuelles, assez bien adaptée au cas de Chypre. Le chapitre chronologique et géographique sera particulièrement précieux. De même, il était intéressant de resituer le phénomène des maquettes dans l’histoire des croyances et des rites, depuis les principes fondateurs du Néolithique, puis au travers des avatars des principes viril et féminin, associés chacun à un animal attribut.

5Des annexes, dont un tableau des contextes connus, un excellent glossaire et une abondante bibliographie, font de cet ouvrage un instrument de travail très utile pour les spécialistes de l’histoire de Chypre et de l’Orient ancien.

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Notes

1 Muller (B.), 2002, Les « maquettes architecturales » du Proche Orient ancien. Mésopotamie, Syrie, Palestine du iiie millénaire au milieu du iie millénaire avant J.‑C., Beyrouth.

2 Yon (M.), Caubet (A.), 2001, « La tradition des maquettes architecturales de Chypre », in B. Muller (éd.), Maquettes architecturales de l’Antiquité : regards croisés (Égypte, Proche-Orient, bassin égéen, du Néolithique à l’époque hellénistique), Strasbourg et Paris, p. 143‑160.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Maquettes archaïques d’Idalion.
Légende Louvre N 3293 ; Louvre N 3294.
URL http://journals.openedition.org/cchyp/docannexe/image/333/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 310k
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Pour citer cet article

Référence papier

Annie Caubet, « Béatrice Muller, Maquettes antiques d’Orient. De l’image au symbole », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, 47 | 2017, 344-346.

Référence électronique

Annie Caubet, « Béatrice Muller, Maquettes antiques d’Orient. De l’image au symbole », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes [En ligne], 47 | 2017, mis en ligne le 01 mai 2022, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cchyp/333 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cchyp.333

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

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