La difficile constitution d’un ensemble châtelain : les seigneurs d’Amboise à travers les Gesta Ambaziensium dominorum (milieu xie siècle-milieu xiie siècle)
Résumés
À partir d’une source narrative peu étudiée, les Gesta Ambaziensium dominorum, cet article propose de réfléchir à la constitution du patrimoine des seigneurs d’Amboise du milieu du xie siècle au milieu du xiie siècle. À l’origine simple vassal du comte d’Anjou, le lignage des seigneurs d’Amboise parvient à assurer son autorité sur les châteaux d’Amboise, de Chaumont-sur-Loire et de Montrichard. Pour devenir l’un des plus puissants barons ligériens, le seigneur d’Amboise a utilisé tous les moyens à sa disposition : achat, mariages hypergamiques sous l’œil approbateur du comte d’Anjou ou guerres féodales marquées par les escarmouches autant que les fourberies. En étudiant l’une après l’autre la prise de possession, souvent progressive et parfois rapide, des seigneurs d’Amboise sur leurs différents châteaux, il s’agit de mettre en exergue les équilibres précaires sur lesquels repose la société féodale des xie et xiie siècles.
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Mots-clés :
aristocratie, société féodale, chronique, guerre féodale, vassalité, seigneurie, château, Anjou, Blois, frontière, AmboiseKeywords:
Aristocracy, feudal society, chronicle, feudal war, vassalage, lordship, castle, Anjou, Blois, frontier, AmboisePlan
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- 1 Chroniques des comtes d’Anjou et des seigneurs d’Amboise, Louis Halphen et René Poupardin (éd.), Pa (...)
- 2 Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la France féodale, Paris, Hachet (...)
1En 1153, le seigneur d’Amboise Sulpice II meurt dans les geôles du comte de Blois Thibaud V. Ses trois châteaux d’Amboise, de Chaumont-sur-Loire et de Montrichard ne lui ont pas permis de résister aux attaques du comte de Blois. En trois générations, ces châteaux avaient été patiemment rassemblés au sein d’un même lignage, jusqu’à faire du seigneur d’Amboise l’un des plus puissants barons de la région ligérienne. Avec l’emprisonnement de Sulpice II et la destruction de son château de Chaumont-sur-Loire, cet important ensemble de seigneuries, à la frontière des principautés angevine et blésoise, risque de se disloquer. Au faîte de sa puissance sous Sulpice II, le lignage des seigneurs d’Amboise n’a paradoxalement jamais été autant en difficulté. Serait-ce parce que la puissance prête facilement le flanc au « vice de la discorde et de l’arrogance », comme l’auteur des Gesta Ambaziensium dominorum l’analysait peu après 11551 ? Avant d’y répondre, il faut se demander comment les seigneurs d’Amboise ont construit leur puissance. Comment ont-ils obtenu les trois châteaux qui fondent leur pouvoir ? La fidélité du lignage d’Amboise au comte d’Anjou est-elle, comme le pensait Georges Duby, au cœur de leur ascension et en partie de leur chute2 ?
- 3 Cette chronique a été éditée par Louis Halphen et René Poupardin (éd. cit., n. 1, p. 74-132). Peu é (...)
- 4 L. Halphen et R. Poupardin (éd. cit., n. 1), p. lvii-lviii. Georges Duby affirme que la plupart des (...)
- 5 Il s’agit ici du début des lettres I, 6 et 7, cf. Sidoine Apollinaire, Lettres (livres I-V), André (...)
- 6 GAD, p. 74 : « Olim tibi, dilecte mi, quod queris scribere concupiscebam sed nunc quidem maxime imp (...)
- 7 G. Duby (op. cit., n. 2), p. 242.
- 8 Dominique Barthélemy, Les deux âges de la seigneurie banale. Pouvoir et société dans la terre des s (...)
- 9 G. Duby (art. cit., n. 4), p. 335-345.
2Pour répondre à ces questions, nous pouvons nous appuyer sur les Gesta Ambaziensium dominorum, la chronique des seigneurs d’Amboise, qui retrace l’histoire de ce lignage sur cinq générations3. Très certainement commandée par le sire d’Amboise Hugues III, fils aîné de Sulpice II, cette chronique a probablement été rédigée peu de temps après la mort de Sulpice II survenue au milieu de l’année 1153. Mais elle ne peut pas avoir été rédigée avant le 19 décembre 1154, date du couronnement d’Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre, mentionné à la fin du texte. Ces éléments placent la rédaction de la chronique en 1155 ou peu de temps après. Son auteur anonyme est un clerc proche de la famille, probablement un chanoine de Saint-Florentin d’Amboise4. Dans les premières lignes de son texte, paraphrasant Sidoine Apollinaire5, il explique qu’il est poussé à prendre la plume afin de répondre à la demande d’un lecteur qui souhaite connaître le lignage des seigneurs d’Amboise ainsi que les malheurs qu’ils rencontrent6. Pour Georges Duby, ce lecteur serait Henri II, roi d’Angleterre et comte d’Anjou. C’est pourquoi le récit prendrait la forme d’une déploration, d’une plainte pour soutenir ce lignage vassal dans les revers de fortune qu’il vient de subir face au comte de Blois7. Mais il peut aussi s’agir d’un lecteur fictif et d’un effet rhétorique de la part du chroniqueur. Le but pour l’auteur ne serait pas d’attirer la sympathie d’Henri II Plantagenêt, mais de soutenir, par les mots, le lignage de son maître dans le moment de difficulté qu’il traverse. En effet, ancrer une famille dans le temps, s’attarder sur la constitution de son patrimoine et montrer ses qualités chevaleresques sont des moyens de légitimer son pouvoir. Il s’agit de l’un des buts des récits généalogiques qui se multiplient au cours du xiie siècle, à un moment où la hiérarchie aristocratique se structure nettement8, et la chronique des seigneurs d’Amboise est un exemple parmi d’autres9.
- 10 Sulpice et Hugues sont les deux noms qui reviennent le plus souvent dans cette maison, mais la fréq (...)
- 11 Dans les récits généalogiques, la plupart des lignages enracinent leur mémoire dans des origines lé (...)
- 12 Le chroniqueur a aussi consulté les Gesta consulum Andegavorum, dont il recopie certains passages q (...)
- 13 GAD, p. 75 : « Nunc quidem de genere ipsius, que quibusdam scriptis reperi et antiquorum relatione (...)
3La chronique fait donc l’éloge des Sulpicides10, exalte leurs mérites, détaille leurs qualités morales et physiques et n’omet aucun de leurs coups d’éclat, quitte à exagérer, à inventer certains détails ou à reprendre des topoï circulant à l’époque de la rédaction11. Le récit peut être vu comme un miroir des représentations du milieu du xiie siècle : les valeurs et le modèle de chevalerie qu’il prône sont ceux mis en avant à cette période. Le chroniqueur répond ainsi à des enjeux idéologiques et à certains codes littéraires. Néanmoins, cela ne signifie pas que cette œuvre ne soit qu’une image du milieu du xiie siècle, projetée sur le siècle précédent, qui ne permettrait pas d’étudier la société féodale des xie et xiie siècles à travers le lignage des seigneurs d’Amboise. Pour écrire les Gesta, le chroniqueur précise, au début et à la fin de son récit, s’être appuyé sur ses souvenirs personnels et des témoignages oraux pour le xiie siècle et sur des sources écrites pour la période antérieure12. Il écrit ainsi au début de son texte : « Maintenant j’essaierai de t’informer, toi qui désires connaître la famille des seigneurs d’Amboise, sur ce que j’ai trouvé sur elle dans certains écrits et ce que j’ai appris des histoires des anciens13. » L’une de ses dernières phrases est aussi réservée à ses sources :
- 14 GAD, p. 131-132 : « Hactenus mihi videor de Hugone et filio suo Suplicio ea que oculis meis vidi et (...)
Seulement jusqu’ici il me semble avoir dit au sujet d’Hugues et de son fils Sulpice ce que j’ai vu de mes yeux et ce que j’ai entendu de mes propres oreilles, et pour les autres sujets ce que j’ai découvert dans différents écrits. J’ai compilé tout cela dans un seul ouvrage et développé sans exagération dans mon faible style insuffisamment orné14.
4À cette volonté de justifier son propos s’ajoute qu’il ne peut pas sacrifier l’exactitude de ses informations au profit de la glorification du lignage qui l’emploie. Ce récit, en effet, met aussi en scène une grande partie des lignages aristocratiques ligériens, dont les descendants contemporains de la rédaction de l’œuvre ne manqueraient pas de s’insurger si le chroniqueur venait à prendre trop de liberté. De fait, excepté les origines des seigneurs d’Amboise, le reste du lignage, leurs mariages ainsi que la plupart des personnes citées dans la chronique se retrouvent dans les sources diplomatiques issues des monastères de la région.
5Confronter la chronique à la documentation diplomatique venue des fonds de l’abbaye tourangelle de Marmoutier ainsi que celle, à la marge, de la Trinité de Vendôme, permet de mieux appréhender les étapes de la constitution de l’ensemble châtelain des sires d’Amboise ainsi que les différents acteurs et enjeux de cette construction, en révélant les points communs entre les deux types de sources, mais surtout leurs divergences et leurs oppositions, conséquences de leurs objectifs de rédaction bien différents.
Amboise : de la seigneurie partagée au pouvoir unique
6Fils d’Hugues, fondateur légendaire de la dynastie, Lisois Ier est le premier seigneur d’Amboise du lignage (fig. 1).
- 15 GAD, p. 83 : « Ipse [Fulco] morbo atque etate confectus […] filium suum Goffridum Martellum jam adu (...)
- 16 GAD, p. 83 : « Erat tunc apud Lochas pretor quidam, custos arcis, nomine Arardius, Lisoii amicus, q (...)
- 17 GAD, p. 84 : « Inpetravit autem comes a Supplicio thesaurario Hersendim Lisoio dari et matrimoni co (...)
- 18 GAD, p. 78 : « Itaque [Fulco] predictum Lisoium adscivit, inveniensque eum in his que deliberaverat (...)
- 19 Gabriel Fournier, Le château dans la France médiévale, Paris, Aubier, 1978, p. 80.
- 20 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 78.
7Selon les Gesta, le comte d’Anjou Foulques Nerra, au soir de sa vie, cherche à récompenser Lisois pour ses nombreux services et à attacher ce fidèle vassal à son fils Geoffroy Martel15. Sur le conseil d’Airard, garde du château de Loches, Foulques Nerra lui donne la main d’Hersende, nièce de Sulpice, trésorier de Saint-Martin de Tours16. Par ce mariage, Lisois obtient la Tour de Pierre, château en pierre que le trésorier Sulpice avait fait construire à ses frais et qui remplace l’ancien logis en bois17. Pour ses qualités guerrières, il se voit donc récompenser par une union hypergamique souhaitée par son seigneur. Alors que Lisois semble, en effet, n’être qu’un de ces milites gravitant autour de Foulques Nerra18, Hersende appartient à un puissant lignage de l’aristocratie tourangelle, assez riche pour construire un château en pierre dans la première moitié du xie siècle19, et assez influent pour donner successivement deux trésoriers à Saint-Martin de Tours20.
- 21 GAD, p. 84, cf. supra n. 17.
- 22 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 78 ; Émile Mabille (éd.), La pancarte noire de Saint-Martin de To (...)
- 23 Construit de manière chronologique, le récit est entaché de certaines imprécisions et confond parfo (...)
- 24 Sur la question, voir Bénédicte Sère, « L’amitié dans la pensée du millénaire médiéval. Tableaux d’ (...)
- 25 Cartulaire de l’abbaye cardinale de la Trinité de Vendôme [désormais abrégé TV], Charles Metais (éd (...)
- 26 Collection Anjou-Touraine (coll. Housseau) [désormais abrégé AT], II, 531. GAD, p. 86 : « Lisoius g (...)
- 27 AT, II, 531 ; GAD, p. 76 : « Ex hac vero Odelina genuit Lisoium Algeriumque et Albericum. » / De ce (...)
8Si l’on suit la chronique, les noces entre Lisois Ier et Hersende ont lieu peu avant la mort de Foulques Nerra en 1040. Mais le trésorier Sulpice, à qui le comte a demandé l’accord pour le mariage21, est mort aux environs de 103022. Il n’est pas étonnant de constater une différence entre ces dates. N’ayant pas des connaissances très assurées sur la chronologie du début de son récit23, le chroniqueur cherche davantage à montrer le lien entre, d’un côté, la bravoure et la fidélité de Lisois Ier au comte d’Anjou et, de l’autre, le château qu’il obtient en récompense. Il insiste ainsi sur le rôle de l’amitié vassalique, comme le montre l’usage fréquent du terme d’« amicitia » sous la plume du chroniqueur pour caractériser le lien entre un seigneur et son vassal ou entre frères24. Les sources diplomatiques ne sont pas d’une grande aide ici pour résoudre ce problème de chronologie : la date la plus lointaine concernant Lisois Ier, à laquelle il est possible de remonter avec certitude, est le 6 janvier 1049, soit bien après la mort de Foulques Nerra25. Dans ce document, Lisois d’Amboise souscrit une donation faite par le comte d’Anjou Geoffroy Martel et sa femme Agnès à l’abbaye de la Trinité de Vendôme. Si cette information ne permet pas de confirmer le contexte du mariage entre Lisois et Hersende, qui pourrait donc être postérieur à la mort de Foulques Nerra, elle ne remet pas en question le mariage en lui-même, ni sa conséquence majeure qu’est l’implantation du lignage de Lisois à Amboise. Une charte souscrite par Geoffroy Martel indique que Lisois est bien marié à Hersende et de cette union est né Sulpice, information donnée aussi par la chronique26. Lisois est même qualifié de vassal du comte d’Anjou qui lui avait inféodé des coutumes qu’il cède alors à Marmoutier. La présence du frère de Lisois, Aubri, est un autre point de correspondance entre la documentation diplomatique et la chronique27. Dernier élément, le nom de Sulpice est peu porté dans la région ligérienne, ce qui laisse penser que Hersende est bien la nièce de Sulpice, le trésorier de Saint-Martin. Ce nom a dû entrer dans la réserve onomastique du lignage des seigneurs d’Amboise par le mariage entre Lisois et Hersende. Lisois donne le nom de l’oncle de son épouse à son fils aîné, s’appropriant ainsi une partie du prestige du lignage tourangeau.
- 28 TV, 96 ; Cartulaire de Marmoutier pour le Vendômois [désormais abrégé MV], Auguste de Trémault (éd. (...)
- 29 Michel Bur, La formation du comté de Champagne (vers 950-vers 1150), Nancy, Publications de l’unive (...)
- 30 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 141-150.
- 31 J. Boussard (art. cit., n. 3).
9Si peu de chartes mentionnant Lisois Ier peuvent être datées avec précision, celles qui le peuvent sont toutes postérieures à 1044, année de la capture du comte de Blois Thibaud III par Geoffroy Martel à Saint-Martin-le-Beau28. Pour prix de sa libération, Thibaud III donne au comte d’Anjou la ville de Tours et ses possessions tourangelles29. S’ensuit alors une éviction des fidèles du comte de Blois au profit de fidèles du comte d’Anjou, mise en avant par Jacques Boussard30. Airard, le gardien de Loches, qui a soufflé au comte l’idée du mariage entre Lisois et Hersende, aurait ainsi bénéficié de ce changement en obtenant la charge de vicomte de Tours, détenue auparavant par Ganelon de Montigny, trésorier de Saint-Martin de Tours et fidèle du comte de Blois31. Il est alors possible que le mariage de Lisois Ier et d’Hersende ait eu lieu dans ce temps d’augmentation du domaine du comte d’Anjou et de redistribution à ses vassaux. Quel que soit le déroulement exact des événements, Lisois Ier, en tenant la Tour de Pierre, est devenu l’un des seigneurs d’Amboise : il doit alors composer avec deux rivaux qui tiennent chacun un château.
- 32 GAD, p. 89 : « Ernulfus filius Leonii de Magduno, custos domus consulis que vocabatur Domicilium. » (...)
- 33 G. Fournier (op. cit., n. 19), p. 78.
- 34 Gesta consulum Andegavorum [désormais abrégé GCA], éditées dans L. Halphen et R. Poupardin (éd. cit (...)
- 35 Dominique Barthélemy, « Note sur le titre seigneurial, en France, au xie siècle », Archivum latinit (...)
- 36 Hélène Débax, La seigneurie collective. Pairs, pariers, paratge. Les coseigneurs du xie au xiiie si (...)
10La Touraine passée aux mains des comtes d’Anjou, Amboise devient l’une des places les plus importantes du domaine angevin par sa position stratégique en tant que première défense contre le comte de Blois. Le comte d’Anjou prend alors soin de la fortifier tout en s’assurant d’en garder le contrôle. Amboise est ainsi le siège de trois fortifications qui ont chacune un seigneur différent. Le premier, appelé le Domicile, est un château comtal sur lequel le contrôle du comte est étroit durant tout le xie siècle puisqu’il en désigne les gardiens32. Le deuxième est la Tour de Pierre. Cette organisation en double motte assurait une meilleure défense d’Amboise et permettait de tenir plus facilement face au rival blésois33. La dernière fortification s’appelle la Motte-Foucois. Selon la chronique des comtes d’Anjou, au lendemain de la victoire de Saint-Martin-le-Beau en 1044, Geoffroy Martel a donné cette maison fortifiée, bientôt élevée en château, à son vassal Foucois de Thorigné pour le récompenser des services rendus34. Sulpice et Foucois sont appelés dans la chronique « domini » et sont à la tête d’une société politique, celle des milites castri d’Amboise, ce qui ne laisse aucun doute sur leur statut. Il peut ici s’agir d’une configuration assez classique pour les châteaux importants : plusieurs tours ou « domiciles » chevaleresques composaient la place forte d’Amboise35. Celle-ci pourrait donc être considérée comme une seigneurie partagée entre trois puissants36. Le fait qu’il y ait trois seigneurs peut être compris comme le signe d’un émiettement du pouvoir, puisque le comte d’Anjou a dû partager son autorité, représentée par son « gardien », sur Amboise. Néanmoins, il est aussi possible d’y voir une stratégie du comte visant à s’attacher des familles aristocratiques par la vassalité, tout en renforçant la défense de cette place en multipliant les fortifications au frais de ses vassaux. L’équilibre entre ces trois seigneurs ne dure cependant qu’un temps et les tensions s’exacerbent rapidement.
- 37 Sur le conflit entre Foulques IV le Réchin et Geoffroy le Barbu, se reporter à : L. Halphen (op. ci (...)
- 38 GAD, p. 90 : « Barbato Ernulfus, Fulconi Richin Fulcoius favebat, Supplicius neutri. »
- 39 GAD, p. 91 : « Fulcoius nutu consulis Supplicium et suos impugnabat, existimans quod comes honorem (...)
- 40 Ce rôle du comte en tant qu’arbitre et appui d’une revendication d’un de ses vassaux au détriment d (...)
- 41 GAD, p. 92-93 : « Ebardus, qui turrim custodiebat, audiens Supplicium deliberatum, ipsam arcem, nes (...)
- 42 D. Barthélemy (op. cit., n. 3), p. 567.
- 43 GAD, p. 93 : « Supplicius absque causa cum domino suo Stephano disceptare nolebat et sacramentum St (...)
- 44 GAD, p. 91 : « Supplicius Lisoiusque a Calvo Monte comitem, Bucardum atque Fulcoium infestabant, il (...)
- 45 GAD, p. 94-95 : « Quamdie Calvimontenses venatorem Fulchoii cum equis et canibus et venatione ab ip (...)
- 46 GAD, p. 95 : « Berengarius de Orcario domum cum rupe, quam apud Orcarium munierant, Fulcoio juveni (...)
11La rivalité entre le seigneur de la Tour de Pierre et celui de la Motte-Foucois se fait jour dès que l’occasion se présente. Un premier conflit éclate en 1068 et est lié à l’affrontement fratricide entre Foulques le Réchin et Geoffroy le Barbu pour obtenir le comté en 106837. Dans cet affrontement, chaque seigneur d’Amboise a fait un choix différent : « Ernoul était favorable au Barbu, Foucois à Foulques le Réchin, Sulpice à aucun des deux38. » Alors qu’Ernoul, le gardien du Domicile, perd sa charge pour avoir choisi Geoffroy le Barbu, le prétendant malheureux, Foucois, cherche à faire fructifier son soutien à Foulques le Réchin, devenu comte d’Anjou. Foucois revendique alors pour son fils le château de Sulpice39, en faisant valoir le mariage de son fils avec Élisabeth, sœur de Sulpice. Le comte Foulques le Réchin approuve cette revendication, qui lui permet aussi bien de récompenser la fidélité de Foucois que de punir l’absence de soutien de Sulpice40. Le comte d’Anjou ne se contente pas de légitimer la revendication de Foucois par son approbation, il intervient dans le conflit à ses côtés. Cet affrontement se solde par une défaite de Sulpice Ier, qui entame son autorité à Amboise : capturé par le comte Foulques, Sulpice Ier, doit lui remettre la Tour de Pierre41. Si Sulpice Ier a bien été puni pour sa neutralité, Foucois n’a finalement pas été récompensé pour son soutien et ne récupère pas la Tour de Pierre. Vers 1077, Sulpice Ier choisit de nouveau la neutralité en refusant de prendre les armes contre le comte de Blois Étienne II dans un conflit qui l’oppose au comte d’Anjou42. Allié à Foucois et à Bouchard de Montrésor, Foulques le Réchin lui déclare alors la guerre pour le châtier43. Les deux seigneurs d’Amboise profitent de cet affrontement pour rouvrir leur querelle et s’assurer la prééminence à Amboise. Comme chacun cherche à éliminer son rival, cette guerre prend une ampleur considérable. Loin de se contenter, comme lors du conflit précédent, de chevauchées pour piller et incendier les terres de Foucois44, Sulpice Ier cherche à s’emparer du château de son rival. À l’aide de ses vassaux de Chaumont, il prend la Motte-Foucois par ruse et la rase entièrement45. Foucois de Thorigné et son fils Foucois le Jeune se réfugient alors à Orsay, où Sulpice vient mettre le siège. Après de nombreux assauts, le château d’Orsay finit par tomber et le jeune Foucois est tué alors que son père a réussi à s’échapper pour se réfugier à Montrichard, où il demeure jusqu’à sa mort, sans rien tenter contre son rival46. Sulpice a donc réussi un coup de maître en évinçant un lignage rival d’Amboise. Se retrouvent alors face à face les Sulpicides et le gardien du Domicile.
- 47 L. Halphen (op. cit., n. 3), p. 173.
- 48 GAD, p. 104 : « Gosfridus Martellus, quemadmodum his resistatur discutiens, sciens quia sine sociis (...)
- 49 GAD, p. 104 : « Hugo providens, scilicet si Martellus morte preoccupatur Domicilium frustra esse si (...)
- 50 GAD, p. 104-105 : « sciens Ambazienses Hugoni assensum prebuisse seque senem, actiones suas in temp (...)
- 51 O. Guillot (op. cit., n. 3), p. 117-118.
12Il revient à Hugues II, le fils de Sulpice Ier, de devenir le seul maître de la place forte polycentrique d’Amboise. Il y parvient en profitant des dissensions au sein de la famille comtale. Ces mésententes commencent à apparaître avec le mariage entre le comte d’Anjou, Foulques IV le Réchin, et sa troisième épouse, Bertrade de Montfort, en 1089. Cette dernière cherche alors à déshériter Geoffroy, dit Martel le Jeune, fils de Foulques IV et de sa seconde épouse, Ermengarde de Bourbon, pour faire place nette à son propre fils, le futur Foulques V47. Afin de s’assurer du soutien d’Hugues d’Amboise dans ce conflit avec sa belle-mère et son demi-frère, Geoffroy propose la main de sa demi-sœur Élisabeth, assortie d’une magnifique dot qu’est le Domicile, le château comtal d’Amboise. Mais cette concession ne prendrait effet qu’à la mort de Foulques IV48. Cependant, Geoffroy meurt avant son père en 1106. Craignant que cette mort trop précoce ne remette en cause l’accord passé avec Geoffroy, Hugues saute sur la première occasion pour forcer la décision. Fort des prétentions qu’il avait sur le Domicile grâce à son mariage avec Élisabeth et sachant qu’il n’obtiendrait plus le Domicile, il profite de l’absence du gardien Hugues du Gué pour prendre le château et le détruire49. Le chroniqueur ne mentionne aucune réaction immédiate de Foulques IV pour laver cet affront que lui a fait le seigneur d’Amboise. Il explique cette indolence par la vieillesse de Foulques et par l’assentiment que reçoit Hugues II des Amboisiens pour s’être érigé seul seigneur de cette place50. Mais ces explications sont à relativiser : préférant souligner l’audace et la réussite d’Hugues II, la chronique passe sous silence le fait que le comte était occupé ailleurs par un danger bien plus grand. À cette époque, en effet, le comte est aux prises avec le duc d’Aquitaine au sud-ouest de ses domaines. Dès 1103-1104, moment où Foulques IV est obligé de partager le pouvoir avec son fils Geoffroy, le comte d’Anjou entre en conflit avec le duc d’Aquitaine Guillaume IX au sujet de la Saintonge. Après s’être apaisé, le conflit reprend à la mort de Geoffroy : le duc d’Aquitaine, chargé par le roi Philippe Ier de ramener de la cour royale jusqu’en Anjou le futur Foulques V, le fait prisonnier, et ne le libère peut-être qu’au bout d’un an51.
- 52 GAD, p. 107 : « Eodem anno Fulco Richin comes protervus obiit. Cujus honorem Fulco filius ejus susc (...)
13La destruction du Domicile ainsi que la position d’Hugues, qui s’est imposé comme seul seigneur d’Amboise, sont entérinées à la mort de Foulques le Réchin en 1109 : Foulques V le Jeune concède la totalité d’Amboise à Hugues en échange de son hommage52. Par ce moyen, Foulques V s’assure la fidélité d’Hugues qui, en contrepartie, assoit définitivement le pouvoir de son lignage à Amboise. Il a donc fallu trois générations pour que le lignage des Sulpicides s’implante définitivement à Amboise. Pour cela, ils ont pu compter sur leur château de Chaumont qu’ils ont acquis parallèlement.
L’acquisition progressive de Chaumont-sur-Loire par les seigneurs d’Amboise
- 53 GAD, p 87-88 : « Supplicio, Lisoii filio, Gosfridus de Calvo Monte, filius Gelduini, quamdam neptam (...)
- 54 GAD, p. 88 : « quod factum est assensu et voluntate comitis Teobaudi et Stephani filii sui, qui amb (...)
- 55 GAD, p. 81 : « Gelduinus itaque, sicut predictum est, Salmurio expulsus, cum Odone Blesensium comit (...)
- 56 Selon la chronique, Gilduin aurait demandé le château de Chaumont-sur-Loire au comte de Blois pour (...)
- 57 Cf. supra n. 53.
- 58 MB, 76.
14Si l’on suit les Gesta Ambaziensium dominorum, l’acquisition du château de Chaumont-sur-Loire par les seigneurs d’Amboise se fait grâce au mariage de Sulpice Ier avec Denise, nièce et héritière de Geoffroy Puella, seigneur de Chaumont. La prise de possession des biens de Geoffroy semble être définie lors du mariage et se déroule en deux temps. Dans un premier, Sulpice obtient de Geoffroy la moitié de Chaumont et de tout ce qu’il possédait ; dans un second, à la mort de ce dernier, il hérite du reste de ses possessions53. Le comte de Blois, Thibaud III, et son fils Étienne ont accepté cette union en échange de l’hommage de Sulpice54. Chaumont-sur-Loire est, en effet, dans la mouvance du comte de Blois qui y a installé le père de Geoffroy en compensation de la perte de Saumur, prise par le comte d’Anjou en 102655. Ce mariage entre Sulpice Ier et Denise aurait ainsi pour conséquence l’installation à Chaumont d’un lignage fidèle au comte d’Anjou et implanté à Amboise, place fortifiée la plus à l’est des domaines angevins. Le château de Chaumont est alors le pendant d’Amboise pour les Blésois : il est chargé de protéger la frontière occidentale des domaines blésois face au comte d’Anjou. Pour cette raison, il a été confié à l’un des plus fidèles tenants du comte de Blois : Geoffroy de Chaumont, dont le lignage est décrit comme farouchement opposé au comte d’Anjou56. Pourquoi le comte de Blois accepterait qu’un lignage fidèle à son ennemi s’implante dans une place forte stratégique à la frontière des deux comtés ? La chronique n’apporte pas de réponse satisfaisante, puisque le chroniqueur est peu disert sur les circonstances de ce mariage, qu’il explique seulement par les qualités chevaleresques de Sulpice57. La documentation diplomatique permet de mieux saisir le contexte de cette union, qu’elle confirme, et de proposer des pistes d’explications58.
- 59 Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 92 : « Hujus rei gratia ego Lisoius, castri quod vocatur Cal (...)
- 60 O. Guillot (op. cit., n. 3), p. 285. Sur ces questions, voir aussi D. Barthélemy (art. cit., n. 35) (...)
- 61 MB, 25 : « Galterium nostre congregationis monachum terre nostre in bosco blimarcio prepositum, emi (...)
15Dans une charte de donation à l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, un certain Lisois, qualifié d’oppidanus, à savoir châtelain, du château de Chaumont, donne au monastère un tonlieu qu’il percevait à Chaumont sur les biens transportés par les moines59. Ce châtelain de Chaumont a une femme nommée Hersende et un fils appelé Sulpice : il peut donc être identifié à Lisois Ier d’Amboise. La désignation oppidanus est à souligner, car, selon Olivier Guillot, il est clairement distinct du mot dominus chez les moines de Saint-Florent de Saumur qui utilisent ce terme à plusieurs reprises. Il s’agirait d’un chevalier qui garde un château pour un tiers mais n’en est pas le seigneur60. Cette charge serait accompagnée de l’acquisition ou de l’inféodation de certains droits à proximité du château, dont le chevalier obtient la garde, pour lui donner une certaine assise territoriale. Cela semble être le cas pour Lisois Ier, comme le laissent penser le tonlieu donné et le fait qu’un Lisois, qualifié « de Chaumont », donne son consentement pour la vente d’un étang à Monteaux, près de Blois, en présence de Maurice Escherpel, l’un des plus importants milites de Chaumont. Il est donc très probable que l’obtention de ce droit, visible par le consentement qu’il accorde, soit une conséquence de sa charge d’oppidanus, qui lui a permis de prendre pied dans le château et dans ses alentours61. L’implantation des Sulpicides ne serait donc pas seulement liée au mariage entre Sulpice et Denise, mais aussi à la charge de châtelain obtenue par Lisois. Faute d’une datation précise et du fait du flou des sources narratives comme diplomatiques, il est difficile de savoir si ces deux événements sont concomitants ou si l’un précède l’autre.
- 62 Paris, BnF, lat. 12878, fol. 125 : « Dominus abbas Albericus transiens per castrum quod vocatur Bal (...)
- 63 MB, 26 ; Rilly-sur-Loire (dép. Indre-et-Loire, arr. Blois, cant. Montrichard).
- 64 J. Boussard (art. cit., n. 3).
- 65 J. Boussard (art. cit., n. 3).
16L’autre information pouvant être rattachée à ce dossier, et révélée par la documentation diplomatique, est la capture de Geoffroy de Chaumont par le comte d’Anjou Geoffroy Martel, qui le retient à Baugé62. La datation de ce document est imprécise : la présence d’Albert, abbé de Marmoutier, permet de la dater entre 1032 et 1063, période de son abbatiat. Geoffroy de Chaumont, en tant que premier rempart blésois face aux Angevins, aurait donc guerroyé contre le comte d’Anjou et aurait été capturé à cette occasion. Mais il est difficile de savoir quelle est cette occasion. Il est possible qu’il ait été capturé en même temps que son seigneur Thibaud III à la bataille de Saint-Martin-le-Beau en 1044. Geoffroy Martel aurait donc accordé la liberté au seigneur de Chaumont à condition qu’il accepte de marier sa nièce et héritière au fils d’un de ses proches milites. Par ailleurs, il aurait profité de l’emprisonnement de Thibaud III pour confier Chaumont à Lisois Ier en tant que châtelain. Une charte en faveur de Marmoutier vient renforcer l’hypothèse de l’implantation de Lisois Ier comme conséquence de la guerre de 1044. Après les troubles qui suivent la prise de Tours par Geoffroy Martel, Lisois participe à un plaid visant à renforcer une donation faite non loin de Chaumont, à Rilly-sur-Loire63. Durant cette période pendant laquelle le comte d’Anjou évince les vassaux de son adversaire pour les remplacer par ses fidèles, les moines avaient sûrement peur de perdre ce qui leur avait été donné, les incitant à demander des assurances64. L’obtention de la charge de châtelain par Lisois Ier et le mariage de Sulpice Ier avec Denise, la nièce de Geoffroy de Chaumont, se placeraient alors dans la logique d’éviction des tenants du comte de Blois, mise en avant par Jacques Boussard, au lendemain du rattachement de la Touraine aux domaines angevins65.
- 66 La chronique est, en effet, parcourue de récits de captures ou de tentatives de capture des adversa (...)
- 67 Dominique Barthélemy, « Autour d’un récit de pactes (« Conventum Hugonis ») : la seigneurie châtela (...)
17Cette capture de Geoffroy de Chaumont est l’élément essentiel pour expliquer l’implantation des Sulpicides à Chaumont. Le seigneur de Chaumont et le comte de Blois n’ont, en effet, rien à retirer – et n’ont rien retiré – de cette implantation d’un lignage fidèle à leur adversaire. La main du seigneur de Chaumont et peut-être celle du comte de Blois ont donc été forcées. Dans une société où la négociation est l’objectif de tout conflit, il faut, pour obtenir des concessions aussi importantes que tous les biens d’un rival sans contrepartie, que la partie qui dirige les négociations ait un solide atout entre les mains, comme la capture du rival66. Néanmoins, selon Dominique Barthélemy, à partir de l’étude du Conventum Hugonis et notamment de l’hommage que doit faire Hugues de Lusignan à Foulques Nerra, cette double vassalité peut être vue comme un compromis de paix67. Si le comte de Blois doit, en effet, accepter à terme un fidèle angevin à la tête du château de Chaumont, il n’en a cependant pas été totalement dépossédé, puisque ce château reste dans sa mouvance. L’obtention de la charge de châtelain de Chaumont par Lisois tout comme la capture de Geoffroy de Chaumont, qui sont essentielles dans le dossier, sont totalement passées sous silence dans la chronique. Ce silence peut être interprété comme une précaution du chroniqueur afin de ne pas courroucer le comte de Blois. Sans doute, ne voulait-il pas rappeler, à un moment de tension entre les Sulpicides et le comte de Blois, qu’ils devaient leur position à Chaumont à une défaite blésoise.
- 68 H. Debax (op. cit., n. 36).
- 69 GAD, p. 109 : « Gosfridus de Calvo Monte […] Pontilevi sepultus est ; qui centum annos complevit, [ (...)
18Jusqu’à la mort de Lisois Ier, la situation de Chaumont aurait été particulière puisque l’autorité y était partagée entre trois chevaliers différents : Geoffroy de Chaumont et Sulpice Ier étaient coseigneurs et vassaux du comte de Blois, chacun avec la moitié des droits du château, et Lisois Ier tenait son autorité du comte d’Anjou en tant que gardien du château68. Les situations d’Amboise et de Chaumont se ressembleraient alors. Quoi qu’il en soit, à la mort de Geoffroy de Chaumont au début du xiie siècle et après un demi-siècle de situation confuse à Chaumont, les seigneurs d’Amboise, à travers Hugues II, fils de Sulpice et de Denise, deviennent enfin les seuls seigneurs de Chaumont69.
L’acquisition de Montrichard : entre conquête et achat
- 70 Aubri, seigneur de Montrichard, était aussi seigneur de Montrésor, château que son père Bouchard de (...)
- 71 GAD, p. 86 : « Eufemiam Bucardus de Montesaurio, filius Rogerii Diabolerii, uxorem duxit et ex ea g (...)
- 72 Cf. supra n. 45 et 46. GAD, p. 91 : « Bucardum de Montesauro, qui Eufemiam, Supplicii et Lisoii sor (...)
19Contrairement aux deux autres châteaux, Montrichard n’est pas entré par mariage, et donc par héritage, dans le patrimoine des Sulpicides. Cette acquisition a lieu une fois que le lignage a assuré sa mainmise sur Amboise et sur Chaumont-sur-Loire. Elle est le fait d’un lignage solidement possessionné dans la région et sûr de sa puissance, ce qui explique que l’initiative vienne du sire d’Amboise lui-même. Situé à moins de vingt kilomètres d’Amboise et de Chaumont, Montrichard a toujours représenté un danger en même temps qu’une cible pour les Sulpicides. Ce château était tenu par un puissant lignage qui possédait aussi le château de Montrésor70. Afin de réduire la capacité d’agression de cette famille rivale implantée au sud-est de Tours, Lisois Ier avait lié les deux lignages par le mariage de sa fille Eufemia avec Bouchard de Montrésor71. Ces noces n’ont pas eu le résultat escompté : lors du conflit entre Sulpice Ier et Foucois, qui se termine par la destruction de la Motte-Foucois, Bouchard de Montrésor prend le parti de Foucois et porte les armes contre Sulpice Ier. Défait par ce dernier, Bouchard se fait moine. Afin de solder le conflit, son fils, Aubri de Montrésor, fait hommage à Sulpice pour Montrichard et ses autres fiefs72. Sulpice Ier est ainsi parvenu, les armes à la main, à faire entrer son neveu Aubri, seigneur de Montrésor et de Montrichard, dans sa vassalité. Cependant, Aubri profite d’un moment de difficultés des Sulpicides pour remettre en cause l’hommage et secouer la tutelle qu’ils lui ont imposée.
- 73 GAD, p. 107 : « Erat etiam eis [Goscelino et Ugone de Sancta Maura] auxilio Albericus de Monthesaur (...)
- 74 Le conflit débute par la revendication soutenue par les frères de Sainte-Maure sur la dîme de Saint (...)
- 75 GAD, p. 107 : « Itaque Hugo […] bellum gerere cepit et aperte Montricardum petere. » / Ainsi Hugues (...)
- 76 GAD, p. 111 : « Fulco promisit quod non eis [Radulfo et Hugone] amplius noceret, imo amore uxoris s (...)
- 77 GAD, p. 111-112 : « Iterum Radulfus et Hugo cum suis auxiliis Montricardum obsederunt ; postremo op (...)
20Alors que le seigneur d’Amboise, Hugues II, est en guerre contre les frères de Sainte-Maure, Aubri de Montrésor refuse de faire l’hommage à Hugues II pour ses terres et soutient par les armes Joscelin et Hugues de Sainte-Maure contre son seigneur73. Cependant, Hugues II sort victorieux de cette guerre contre les frères de Sainte-Maure74. Une fois ces derniers éliminés et son pouvoir sur Amboise assuré, il se tourne vers son vassal récalcitrant, qui refuse toujours de le reconnaître comme son seigneur. Devant ce refus, Hugues prend les armes et réclame Montrichard75. Après différents épisodes guerriers, Hugues II, n’arrivant pas à emporter la décision, négocie contre de l’argent l’appui du comte d’Anjou Foulques V en faveur de ses prétentions sur Montrichard76. Ce soutien acquis, le seigneur d’Amboise assiège une nouvelle fois Montrichard, mais, alors qu’il allait prendre le château, Foulques V arrive et se fait livrer la place forte par les assiégés, privant ainsi Hugues II d’une grande victoire. Le comte la confie alors à un de ses fidèles, Archembaud de Bray, qui la garde jusqu’à ce qu’Hugues ait versé au comte la somme fixée pour l’obtenir. Une fois celle-ci payée, le seigneur d’Amboise reçoit Montrichard77. Ainsi Hugues II a mis la main, en 1109 ou 1110, sur le château de Montrichard grâce à un subtil mélange de guerres et de négociations. Au début des années 1110, le sire d’Amboise tient, après bien des péripéties, entre ses mains les châteaux d’Amboise, de Chaumont-sur-Loire et de Montrichard, faisant de lui l’un des plus puissants barons ligériens.
L’ascension des seigneurs d’Amboise entre mariages hypergamiques et autonomie sous l’œil du comte
- 78 Charte 2305 dans « Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France », Telma : traitement (...)
- 79 TV, 92 et 96 ; MV, 117 ; AT, II, 531.
- 80 Fabrice Lachaud, « Robert le Bourguignon ou la promotion d’un fils cadet au xie siècle », La Mayenn (...)
- 81 F. Lachaud (art. cit., n. 80), p. 42 et F. Lachaud (op. cit., n. 80), p. 48.
21Si l’on retrace la constitution de l’emprise territoriale des Sulpicides, il apparaît que leur ascension doit beaucoup à leur seigneur angevin. Les deux mariages, qui sont au fondement de leur puissance, semblent procéder du comte d’Anjou. Sans lui, ces unions étaient hors de portée du lignage d’Amboise : la nièce du trésorier de Saint-Martin de Tours et celle de Geoffroy de Chaumont appartiennent à des familles aristocratiques de trop haut parage pour les Sulpicides au milieu du xie siècle. Le chroniqueur explique ces alliances matrimoniales par la fidélité et la capacité guerrière de Lisois Ier et de Sulpice Ier. Le compagnonnage guerrier est une explication, même si les Sulpicides n’étaient pas les seuls compagnons d’armes des comtes d’Anjou. Si la chronique mentionne sans surprise la participation de Lisois Ier et Sulpice Ier aux guerres menées par le comte, les sources diplomatiques, qui ont peu d’intérêt à insister sur ce point, ne font apparaître qu’une fois Sulpice Ier dans l’ost du comte d’Anjou78. Sulpice Ier souscrit à la concession faite par Foulques IV d’un don à Pontlevoy, concession faite lors du siège de Maillé. Quant à la proximité entre le comte d’Anjou et les Sulpicides, les informations tirées des chartes nuancent le récit du chroniqueur : aucun acte ne mentionne Lisois aux côtés de Foulques Nerra. Mais il est témoin de quatre donations faites par Geoffroy Martel, dont l’une d’elles explicitement réalisée à la cour comtale79. Quant à Sulpice Ier, seule la charte évoquée précédemment lors du siège de Maillé témoigne de sa présence auprès du comte. Devant cette faible moisson d’informations issues des sources diplomatiques et la partialité de la chronique en faveur des seigneurs d’Amboise, d’autres facteurs sont alors à mettre en avant. Les deux premiers mariages des Sulpicides permettent de renforcer l’influence du comte d’Anjou dans une zone stratégique dans sa lutte qui l’oppose régulièrement au comte de Blois au cours des xie et xiie siècles. Les noces de Sulpice Ier et de Denise ont, en effet, pour conséquence, à terme, de remplacer un tenant des comtes de Blois par un lignage proche des comtes d’Anjou. Geoffroy Martel avait déjà utilisé cette stratégie en enlevant l’honor de Craon à Guérin, qui se rapprochait trop du comte de Bretagne, pour le remettre à son vassal fidèle et encore peu puissant Robert le Bourguignon, seigneur de Sablé80. Fabrice Lachaud montre que le comte d’Anjou a favorisé l’ascension de Robert le Bourguignon, au point que ce dernier se constitue un « bloc territorial conséquent » afin de renforcer l’autorité comtale sur le Maine, région stratégique entre l’Anjou et la Normandie81. Comme pour les Sulpicides, cette manœuvre comtale est scellée par un mariage entre l’ancien lignage de Craon et le nouveau : le fils de Robert le Bourguignon se marie avec une parente de Guérin.
- 82 GCA, p. 46 : « fratres Archenbaudus Busenchaiaci et Supplicius Beati Martini thesaurarius, ambo per (...)
- 83 GAD, p. 90 : « Fulco comes, pater Martelli, Leonio de Magduno in feodo custodiam Domicilii […] olim (...)
- 84 Il s’agit d’une des stratégies que Bernard Bachrach met en évidence (art. cit., n. 3, p. 796-816).
- 85 Nous reprenons la distinction entre zone interne et zone externe mise en avant par Dominique Barthé (...)
- 86 GAD, p. 86 : « Busenchaicus vero et illud de Castalione nepoti suo [i.e. Supplicii thesaurarii] Rob (...)
- 87 Ces interventions sont aussi visibles dans le Conventum Hugonis, qui montre le duc d’Aquitaine, Gui (...)
22Quant au mariage entre Lisois et Hersende, il poursuit deux objectifs. D’un côté, il permet de remplacer un lignage solidement implanté dans la région et assez puissant pour avoir des velléités d’autonomie par l’un de ses fidèles qui lui doit sa position82. En récompensant Lisois, il affaiblit ainsi le lignage du trésorier de Saint-Martin de Tours. De l’autre, en installant un autre vassal à Amboise, il cherche à faire contrepoids au puissant gardien du Domicile comtal, qui était aussi seigneur de Meung-sur-Loire83. Dans la même logique, l’installation, voulue par le comte d’Anjou, de Foucois de Thorigné à Amboise semble concomitante à l’implantation de Sulpice Ier à Chaumont-sur-Loire. Le comte cherche donc à diviser le pouvoir entre différents rivaux afin qu’aucun ne concentre trop de puissance et ne lui fasse alors concurrence dans la région84. Cette stratégie s’explique d’autant plus qu’Amboise et Chaumont-sur-Loire appartiennent à la zone périphérique des terres angevines, où le pouvoir du comte n’y est pas aussi assuré qu’au cœur de son domaine85. Le poids du comte dans ces alliances matrimoniales est particulièrement visible, puisqu’à chaque fois un neveu est écarté de l’essentiel de la succession, à savoir le château, au profit du lignage d’Amboise. Il est, en effet, mention dans la chronique de Robert, cousin d’Hersende, qui a hérité de son oncle, le trésorier Sulpice, de Buzançais et de Châtillon-sur-Indre, ainsi que Savary à qui son oncle Geoffroy de Chaumont lègue en 1087, à la mort de Guillaume le Conquérant, toutes ses possessions en Angleterre86. L’intervention du comte dans le mariage des héritières permet donc au comte d’arbitrer certains conflits entre ses vassaux, d’éclater des patrimoines de vassaux devenant trop puissants ou d’attiser les rivalités entre eux, en donnant l’héritière à l’un au détriment de l’autre87. Il s’agit de l’une des cartes importantes du jeu assez limité des comtes, dont ils usent sans modération pour assurer un équilibre précaire entre les vassaux et garantir leur supériorité.
- 88 GAD, p. 104, cf. supra n. 48.
23Donner la main d’une riche héritière à son vassal est aussi un moyen pour le comte de récompenser sa fidélité et de se l’attacher plus étroitement et personnellement. Pour les trois mariages étudiés plus haut, ce n’est pas un hasard s’ils concernent trois générations différentes de seigneurs d’Amboise, mais aussi de comtes d’Anjou. Le mariage entre Hugues et Élisabeth, demi-sœur de Geoffroy, fils de Foulques IV, est particulièrement significatif de ce point de vue, puisque le chroniqueur indique clairement que ce mariage avait pour but de resserrer et obtenir l’amitié d’Hugues dans un contexte de conflits larvés entre les deux fils de Foulques IV88. Néanmoins, cette union rompt avec la politique d’équilibre entre les vassaux à laquelle les comtes précédents s’étaient astreints, puisqu’Hugues II d’Amboise serait le seul seigneur d’Amboise et n’aurait plus aucun rival dans cette place. Cette rupture s’explique par la concurrence entre deux prétendants de la famille comtale et par la place d’Hugues, qui est alors l’un des plus puissants aristocrates de l’est de la principauté angevine.
- 89 GAD, p. 82 : « Mons proprius Gelduini erat, ville vero de proprio feodo ejusdem ; que omnia Fulco G (...)
- 90 Cf. D. Barthélemy (art. cit., n. 67), p. 467 et D. Barthélemy (art. cit., n. 40), p. 70.
- 91 Cf. supra, n. 71.
- 92 Nous nous appuyons ici sur l’analyse de Dominique Barthélemy, qui qualifie le système de la guerre (...)
- 93 F. Lachaud (art. cit., n. 80).
- 94 Comme dans le conventum Hugonis, la supériorité comtale n’est jamais mise en question et les confli (...)
24Alors que Lisois Ier et Sulpice Ier sont sur la défensive, cherchant à consolider leur autorité nouvelle sur Amboise et Chaumont-sur-Loire, Hugues II est en position de force ce qui lui permet de faire preuve d’une certaine autonomie. La destruction du Domicile et la prise de Montrichard sont des preuves éclatantes de l’affirmation de son pouvoir. L’étude de ces deux cas montre que certains critères sont indispensables pour qu’un sire de château prenne des initiatives. Son action devait être perçue comme légitime. Pour Montrichard, Hugues II s’attaque à Aubri de Montrésor, car ce dernier a refusé de lui rendre l’hommage qu’il lui devait. Pour le Domicile, la légitimité d’Hugues vient de son mariage avec Élisabeth : Geoffroy III Martel le Jeune lui avait concédé le Domicile en même temps que la main de sa demi-sœur. Les Gesta insistent sur la légitimité des actions d’Hugues montrant qu’elle était nécessaire et préalable à tout conflit89. L’autre critère est le désintérêt ou la faiblesse du comte d’Anjou. Pour le Domicile, Hugues II devait rentrer en conflit direct avec le comte puisqu’il risquait de ne pas obtenir le château comtal suite à la mort de Geoffroy Martel le Jeune. Sachant qu’il n’avait aucune chance dans un affrontement direct, Hugues II profite d’un moment de difficulté de Foulques le Réchin, alors en conflit avec le duc d’Aquitaine qui retenait le futur Foulques V en prison. Quant à Montrichard, le comte Foulques V, venant de succéder à son père, laisse ses vassaux régler leur conflit entre eux tout en en surveillant les différentes étapes. Comme pour Hugues de Lusignan dans le Conventum Hugonis, il apparaît que les plus grands rivaux des Sulpicides ne sont pas les comtes d’Anjou ou de Blois, mais les autres seigneurs ligériens qui sont d’un rang égal ou proche du leur90. Le comte finit par intervenir en négociant son appui à Hugues II d’Amboise. Il s’agit ici du dernier critère à mettre en avant : le comte intervient pour terminer le conflit, assurer son autorité et celle du vainqueur. Le seigneur d’Amboise, en effet, n’acquiert pas seul le château de Montrichard, mais le reçoit de Foulques par l’intermédiaire d’Archembaud de Bray, rappelant ainsi clairement la supériorité et la tutelle comtales. Par ailleurs, recevoir Montrichard du comte d’Anjou légitime la conquête d’Hugues. Cette intervention comtale est déterminante puisqu’elle permet à Hugues d’évincer son propre cousin de Montrichard et d’en prendre possession91. Concernant le Domicile, le conflit se termine par l’hommage qu’Hugues II rend à Foulques V. Cet hommage rappelle et confirme la suzeraineté du comte, tout en affermissant le pouvoir du seigneur d’Amboise puisqu’il légitime la destruction du Domicile. Cet épisode montre que les moments de faiblesse du pouvoir comtal sont des périodes durant lesquelles les sires de château peuvent profiter de l’autonomie offerte pour accroître leur pouvoir, mais qu’une régulation s’opère dès lors que le pouvoir comtal se stabilise92. Similaire en bien des points à celui des Sulpicides, le cas de Robert le Bourguignon est aussi emblématique, puisqu’il a profité du conflit entre Foulques Nerra et son fils Geoffroy Martel pour obtenir le château de Sablé, puis du conflit fratricide entre Geoffroy le Barbu et Foulques le Réchin pour acquérir la seigneurie de Durtal93. Les deux premiers mariages des seigneurs d’Amboise sont aussi à replacer dans ce contexte de difficultés, mais, cette fois-ci, du pouvoir du comte de Blois. À travers ces deux exemples, il apparaît que l’autonomie châtelaine reste sous un certain contrôle comtal et que les seigneurs châtelains n’ont ni les moyens ni la volonté de renverser les hiérarchies, même lors des périodes de relative faiblesse comtale94. Dans la chronique tout comme dans le Conventum Hugonis, nous voyons alors une société féodale fondée sur un « système visqueux », pour reprendre la notion de Dominique Barthélemy, qui se régule en fonction des différentes recompositions des pouvoirs. Plus une personne est haut placée dans la société, plus ses marges de manœuvre sont grandes : un puissant sire de château a donc plus de possibilités d’autonomie par rapport à son seigneur qu’un aristocrate de moindre envergure.
Conclusion
25Les Gesta Ambaziensium dominorum sont un observatoire privilégié pour étudier la constitution d’un ensemble seigneurial au gré des possibilités offertes dans la société féodale du milieu du xie siècle au milieu du xiie siècle. En confrontant la chronique et les sources diplomatiques, il apparaît que le comte d’Anjou est un acteur essentiel de la construction de la seigneurie des Sulpicides. Les deux mariages fondateurs de la puissance de ce lignage sont voulus par le comte, qui récompense et s’attache la fidélité des Sulpicides tout en ayant aussi un intérêt propre. Si à partir d’Hugues II, le comte tolère plus l’ascension des Sulpicides qu’il ne la favorise, la constitution de cet ensemble territorial homogène lui permet notamment de disposer d’un fidèle à la tête d’une seigneurie tampon, à la frontière des comtés d’Anjou et de Blois. Si les seigneurs d’Amboise ont lutté, eu des difficultés et de la chance lors des deux premières générations, leur destinée s’est accélérée avec Hugues II, seigneur d’Amboise et de Chaumont-sur-Loire. Ce patrimoine solide, et désormais bien implanté dans le lignage, lui a permis de prendre des initiatives et de faire basculer certains équilibres en sa faveur. Néanmoins, ces initiatives sont toujours limitées et le seigneur d’Amboise sait quand il peut pousser son avantage et quand il faut s’arrêter pour éviter de perdre ses acquis. Mais il y a toujours une prise de risque, comme en témoigne la mésaventure de Sulpice II qui, coincé par sa double vassalité entre le comte d’Anjou et celui de Blois, a fini dans les geôles de ce dernier. La paix entre les deux comtes ennemis a alors été scellée au détriment de sa vie et son château de Chaumont. Cet épisode rappelle que sires, aussi puissants soient-ils, et comtes ne jouent pas dans la même cour. Cependant, la mort de Sulpice II et la destruction du château de Chaumont n’ont pas signé la fin du lignage qui récupère cette place forte, quelque temps plus tard.
26Les sources sur les seigneurs d’Amboise témoignent des équilibres précaires de la société féodale, qui basculent au gré des stratégies des différents acteurs et des événements, que ce soit une succession comtale ou seigneuriale, un emprisonnement ou un rétablissement rapide d’un adversaire… Une société féodale se fait jour : l’affirmation du pouvoir des seigneurs d’Amboise bénéficie des crises du pouvoir comtal, blésois ou angevin, ou d’autres pouvoirs seigneuriaux. Chaque acteur sait très bien quelles sont les limites de son autonomie et ne cherche en aucun cas à remettre en cause la hiérarchie féodale. Celle-ci tend à se renforcer et à se cristalliser, en même temps que se renforcent les pouvoirs comtaux et, à l’échelon inférieur, seigneuriaux. Les Gesta Ambaziensium dominorum et les Gesta consulum Andegavorum peuvent être compris dans cette perspective d’affirmation symbolique de leur pouvoir.
Notes
1 Chroniques des comtes d’Anjou et des seigneurs d’Amboise, Louis Halphen et René Poupardin (éd.), Paris, 1913, pour les Gesta Ambaziensium dominorum [désormais abrégé GAD], p. 74 : « Discordie enim et superbie vitio congregata disgregantur et disgregata destituuntur. » La chronique n’ayant fait l’objet que d’une édition et non d’une traduction, nous proposons dans les notes de cet article de traduire les passages cités.
2 Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981, en particulier le chapitre « Les sires d’Amboise », p. 241-268.
3 Cette chronique a été éditée par Louis Halphen et René Poupardin (éd. cit., n. 1, p. 74-132). Peu étudiées en elles-mêmes, les Gesta Ambaziensium dominorum ont fait l’objet d’un article de Georges Duby (op. cit., n. 2), dans lequel il s’intéresse surtout aux femmes du lignage et à leur rôle dans ce texte, en insistant sur l’importance des mariages et le contexte d’écriture de la chronique. La chronique des seigneurs d’Amboise a aussi été sollicitée par plusieurs historiens, notamment dans des travaux sur le comté d’Anjou : Bernard Bachrach, « Enforcement of the Forma Fidelitatis : The Techniques used by Fulk Nerra, Count of the Angevins (987-1040) », Speculum, 59, 1984, p. 796-816 ; Dominique Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme de l’an Mil au xive siècle, Paris, Fayard, 1993 ; Jacques Boussard, « Le trésorier de Saint-Martin de Tours », Revue d’histoire de l’Église de France, vol. 47, no 144, 1961, p. 6788 ; Jacques Boussard, « L’éviction des tenants de Thibaut de Blois par Geoffroy Martel, comte d’Anjou, en 1044 », Le Moyen Âge, 69, 1963, p. 141150 ; Jean-Hervé Foulon, « L’Église et son rôle dans les conflits familiaux angevins : le cas exemplaire de la famille comtale durant la seconde moitié du xie siècle », dans La parenté déchirée : les luttes intrafamiliales au Moyen Âge, Martin Aurell et Catalina Girbea (dir.), Turnhout, Brepols, 2010, p. 177-202 ; Olivier Guillot, Le comte d’Anjou et son entourage au xie siècle, 2 vol., Paris, Picard, 1972 ; Louis Halphen, Le comté d’Anjou au xie siècle, Paris, Picard, 1906 ; Kimberley A. Loprete, Adela of Blois : countess and Lord (c. 1067-1137), Dublin, Four Court press, 2007 ; Florian Mazel, Féodalités (888-1180), Paris, Belin, 2010.
4 L. Halphen et R. Poupardin (éd. cit., n. 1), p. lvii-lviii. Georges Duby affirme que la plupart des récits généalogiques du xiie siècle étaient rédigés par des clercs domestiques et non plus des moines, cf. Georges Duby, « Remarques sur la littérature généalogique en France aux xie et xiie siècles », Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1967, p. 342.
5 Il s’agit ici du début des lettres I, 6 et 7, cf. Sidoine Apollinaire, Lettres (livres I-V), André Loyen (éd. et trad.), t. 2, Paris, Les Belles Lettres, 1970.
6 GAD, p. 74 : « Olim tibi, dilecte mi, quod queris scribere concupiscebam sed nunc quidem maxime impellor, cum casus Supplicii et filiorum suorum me angit, nec dissimulare possum quin angat. » / Depuis longtemps, mon cher, je désirais écrire ce que tu as demandé, mais je suis maintenant fortement poussé à le faire, puisque le malheur de Sulpice et de ses fils me tourmente et que je ne peux dissimuler ce qui me tourmente.
7 G. Duby (op. cit., n. 2), p. 242.
8 Dominique Barthélemy, Les deux âges de la seigneurie banale. Pouvoir et société dans la terre des sires de Coucy (milieu xie-milieu xiiie siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019 (1re éd. 1985).
9 G. Duby (art. cit., n. 4), p. 335-345.
10 Sulpice et Hugues sont les deux noms qui reviennent le plus souvent dans cette maison, mais la fréquence du nom d’Hugues et, à l’inverse, la rareté de celui de Sulpice dans la région, nous incitent à qualifier ainsi le lignage des seigneurs d’Amboise.
11 Dans les récits généalogiques, la plupart des lignages enracinent leur mémoire dans des origines légendaires et les Gesta n’y font pas exception. Le fondateur du lignage d’Amboise serait le filleul d’Hugues Capet et ce dernier l’aurait établi à Lavardin par le mariage avec l’héritière de ce château (GAD, p. 75) : « Electo autem a Francis communi consilio, post obitum Lotharii, Hugone Capet in regem, regie potestatis dignitas quantum dilectionis et solicitudinis circa filiolum suum Hugonem haberet patenter ostendit. […] dedit predicto Hugoni Lavardinum cum apendiciis ipsius oppidi […] Qui [Hugo] duxit uxorem nomine Helpes, cui oppidum illud hereditario jure contingebat. » / Mais après la mort de Lothaire et l’élection d’Hugues Capet roi par une assemblée franque, le dignitaire du pouvoir royal montra ouvertement combien il avait d’affection et de sollicitude envers son filleul. […] il donna à Hugues Lavardin avec les dépendances de ce château. […] Celui-ci prit pour femme Helpes à qui ce château revenait par droit héréditaire. Aucun autre document n’atteste ces informations. De la même façon, le lignage de Chaumont qui se mêle à celui des seigneurs d’Amboise pour n’en former plus qu’un, plonge aussi ses racines dans la légende puisqu’il revendique du sang danois (cf. GAD, p. 77).
12 Le chroniqueur a aussi consulté les Gesta consulum Andegavorum, dont il recopie certains passages qui abondent au début de la chronique, mais qui se font de plus en plus rares à mesure qu’il développe l’histoire des seigneurs d’Amboise et que celle-ci se dissocie peu à peu de l’histoire des comtes d’Anjou, cf. L. Halphen et R. Poupardin (éd. cit., n. 1), p. lxi-lxv.
13 GAD, p. 75 : « Nunc quidem de genere ipsius, que quibusdam scriptis reperi et antiquorum relatione didici, tibi enucleare tentabo, qui Ambaziensium dominorum progeniem scire desideras. »
14 GAD, p. 131-132 : « Hactenus mihi videor de Hugone et filio suo Suplicio ea que oculis meis vidi et auribus audivi dixisse, de ceteris vero, que diversis scriptis repperi, in unum compilasse et stilo ingenioli mei non satis expolito convenienter explicasse. »
15 GAD, p. 83 : « Ipse [Fulco] morbo atque etate confectus […] filium suum Goffridum Martellum jam adultum vocavit […] Volo igitur consilio procerum meorum et tuo considerare quid pro multo servitio a Lisoio suscepto sibi possim dare. » / Celui-ci [Foulques] accablé par la maladie et par l’âge […] appela son fils, alors adulte […] Je veux examiner avec le conseil de mes grands et avec le tien ce que je pourrai donner au vassal Lisois pour ses nombreux services.
16 GAD, p. 83 : « Erat tunc apud Lochas pretor quidam, custos arcis, nomine Arardius, Lisoii amicus, qui consulendo consuli monuit ut filiam Archembaudi de Busencaiacho Lisoio daret. » / Il y avait alors à Loches un certain châtelain, garde de la forteresse, du nom d’Airard, ami de Lisois, qui engagea le comte, qui l’avait consulté, à donner la fille d’Archembaud de Buzançais à Lisois.
17 GAD, p. 84 : « Inpetravit autem comes a Supplicio thesaurario Hersendim Lisoio dari et matrimoni copulari cum turre Ambazie lapidea, quam prefatus Suplicius suis propriis suptibus extruxerat, et cum omnibus que jure turri appendebant. » / Le comte obtint du trésorier Sulpice de donner Hersende à Lisois et de les unir par le mariage avec la Tour de Pierre d’Amboise, que Sulpice avait dressé à ses propres frais, et avec tout ce qui en dépendait de droit.
18 GAD, p. 78 : « Itaque [Fulco] predictum Lisoium adscivit, inveniensque eum in his que deliberaverat consiliosissimum, suis familiaribus consiliis impertivit. » / Ainsi [Foulques] appela à soi Lisois, trouvant qu’il était d’excellents conseils, pour qu’il intègre son cercle proche. Lisois ne semble alors pas tenir de château. Il est question du château de Bazougers qu’il aurait obtenu de sa mère, mais nous n’avons trouvé aucune autre mention à ce propos.
19 Gabriel Fournier, Le château dans la France médiévale, Paris, Aubier, 1978, p. 80.
20 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 78.
21 GAD, p. 84, cf. supra n. 17.
22 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 78 ; Émile Mabille (éd.), La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, Tours, 1866, p. 32.
23 Construit de manière chronologique, le récit est entaché de certaines imprécisions et confond parfois les faits. L’absence de dates à l’intérieur du récit oblige à situer les faits relatés dans la chronique par rapport à des événements majeurs mentionnés, dont nous connaissons la date par d’autres sources, comme la mort des comtes, qui servent alors de repères chronologiques à l’intérieur du récit.
24 Sur la question, voir Bénédicte Sère, « L’amitié dans la pensée du millénaire médiéval. Tableaux d’une exposition », Consecutio Rerum, 3, 2017, p. 125-139.
25 Cartulaire de l’abbaye cardinale de la Trinité de Vendôme [désormais abrégé TV], Charles Metais (éd.), 3 vol., Paris, 1893, 1894 et 1895, charte 92.
26 Collection Anjou-Touraine (coll. Housseau) [désormais abrégé AT], II, 531. GAD, p. 86 : « Lisoius genuit ex Hersendi duos [filios], Supplicium et Lisoium. » / Lisois eut d’Hersende deux fils, Sulpice et Lisois.
27 AT, II, 531 ; GAD, p. 76 : « Ex hac vero Odelina genuit Lisoium Algeriumque et Albericum. » / De cette Odelina sont nés Lisois, Augier et Aubri.
28 TV, 96 ; Cartulaire de Marmoutier pour le Vendômois [désormais abrégé MV], Auguste de Trémault (éd.), Vendôme, 1893, 117 ; Paris, Bibliothèque nationale de France, nouv. acq. lat. 1930, fol. 92 ; Marmoutier. Cartulaire blésois [désormais abrégé MB], Charles Métais (éd.), Blois, 1889-1891, chartes 25 et 26 ; Archives départementales d’Indre-et-Loire, H 270, n° 5 ; Archives départementales du Loir-et-Cher, 11 H 53, n° 7.
29 Michel Bur, La formation du comté de Champagne (vers 950-vers 1150), Nancy, Publications de l’université de Nancy, 1977, p. 196.
30 J. Boussard (art. cit., n. 3), p. 141-150.
31 J. Boussard (art. cit., n. 3).
32 GAD, p. 89 : « Ernulfus filius Leonii de Magduno, custos domus consulis que vocabatur Domicilium. » / Ernoul, fils de Léon de Meung, garde du château comtal, appelé le Domicile. GAD, p. 99 : « cum comes custodiam Domicilii sui Haimerico de Currone prebuisset. » / Comme le comte confia la garde de son Domicile à Aimeri de Courron. Le verbe praebere montre bien cette liberté du comte dans le choix de son gardien. De plus, le comte est en effet très attentif à nommer des milites de familles différentes pour empêcher toute patrimonialisation de cet honor et conserver son autorité sur ce château. Olivier Guillot montre que l’auteur de la chronique des seigneurs d’Amboise souligne bien à chaque fois que ce ne sont que des custodes (cf. O. Guillot, op. cit., n. 3, I, p. 284-285).
33 G. Fournier (op. cit., n. 19), p. 78.
34 Gesta consulum Andegavorum [désormais abrégé GCA], éditées dans L. Halphen et R. Poupardin (éd. cit., n. 1), p. 58 : « Verum cum quid Fulcoio [de Torinneio] pro servicio recompensare vellet […], diu premeditaret domum munitissimam que erat in loco qui usque hodie Mota Fulchoii a vulgo vocatur terramque magnam ex suo proprio cum multis feodis Ambaziaco donavit. » / Mais comme il [Geoffroy Martel] voulait récompenser Foucois pour son service […], il lui donna un domicile très fortifié qui était situé sur le lieu appelé aujourd’hui communément la Motte-Foucois, ainsi qu’une grande terre de son domaine avec de nombreux fiefs à Amboise.
35 Dominique Barthélemy, « Note sur le titre seigneurial, en France, au xie siècle », Archivum latinitatis medii aevi, 54, 1996, p. 142, n. 40.
36 Hélène Débax, La seigneurie collective. Pairs, pariers, paratge. Les coseigneurs du xie au xiiie siècle, Rennes, PUR, 2012, p. 13 et 19-78 (« La coseigneurie : les mots et la chose »).
37 Sur le conflit entre Foulques IV le Réchin et Geoffroy le Barbu, se reporter à : L. Halphen (op. cit., n. 3), p. 146-147 ; O. Guillot (op. cit., n. 3) et J.-H. Foulon (art. cit., n. 3).
38 GAD, p. 90 : « Barbato Ernulfus, Fulconi Richin Fulcoius favebat, Supplicius neutri. »
39 GAD, p. 91 : « Fulcoius nutu consulis Supplicium et suos impugnabat, existimans quod comes honorem Supplicii filio suo Fulcoio daret, qui Elisabeth sororem ejus uxorem duxerat, si eum ab Ambaziaco expellere posset. » / Avec l’assentiment du comte, Foucois combattait Sulpice et les siens, estimant que le comte avait donné l’honneur de Sulpice à son fils Foucois par son mariage avec Élisabeth, sœur de Sulpice, à condition qu’il puisse chasser ce dernier d’Amboise.
40 Ce rôle du comte en tant qu’arbitre et appui d’une revendication d’un de ses vassaux au détriment d’un autre apparaît aussi dans le Conventum Hugonis, « memorandum » dans lequel Hugues le Chiliarque « se justifie tout en présentant ses griefs contre son seigneur le comte de Poitiers Guillaume – qui est également duc d’Aquitaine », cf. Dominique Barthélemy, « Vassaux et fiefs dans la France de l’an Mil », dans Feudalism. New Landscapes of Debate, Sverre Bagge, Michael H. Gelting et Thomas Lindkvist (éd.), Turnhout, Brepols, 2011, p. 70.
41 GAD, p. 92-93 : « Ebardus, qui turrim custodiebat, audiens Supplicium deliberatum, ipsam arcem, nesciente Lisoio, sine aliquo pacto, ut stultus, hominibus consulis tradidit. » / Évrard qui gardait la tour, apprenant que Sulpice avait été délivré, livra de façon insensée cette forteresse aux hommes du comte sans que Lisois le sache et sans aucun pacte.
42 D. Barthélemy (op. cit., n. 3), p. 567.
43 GAD, p. 93 : « Supplicius absque causa cum domino suo Stephano disceptare nolebat et sacramentum Stephano factum palam Fulconi coram omnibus pretendebat, quod prevaricari nullatenus volebat […] Quamobrem comes dolo, ibidem habito consilio, Supplicium capere disposuit. » / Sulpice ne voulait pas prendre les armes contre son seigneur Étienne sans raison et il mettait en avant le serment fait à Étienne devant tout le monde et en présence de Foulques, serment qu’il ne voulait violer d’aucune manière […] C’est pourquoi, alors que le conseil était tenu au même endroit, le comte décida de capturer Sulpice par la ruse. Sulpice fait ensuite la paix avec Foulques sans que soient compris Bouchard de Montrésor et Foucois, ce qui indique que ces derniers étaient alliés avec le comte, cf. GAD, p. 94 : « Bucardus tamen de Monthesauro et Fulcoius extra pacem fuerunt. » / Cependant Bouchard de Montrésor et Foucois furent en dehors de la paix.
44 GAD, p. 91 : « Supplicius Lisoiusque a Calvo Monte comitem, Bucardum atque Fulcoium infestabant, illisque nolentibus, totam terram usque Lochas et Turonim vastantes depredantesque omnia incedebant. » / Sulpice et Lisois attaquaient depuis Chaumont le comte, Bouchard et Foucois, et comme ces derniers ne voulaient rien faire, ils incendiaient toute la terre jusqu’à Loches et Tours, pillant et dévastant tout.
45 GAD, p. 94-95 : « Quamdie Calvimontenses venatorem Fulchoii cum equis et canibus et venatione ab ipso capta ceperunt ; pannis quorum induti homines Supplicii equosque eorum equitantes cum canibus et venatione summo diluculo Ambazio ad domum Fulchoii pervenerunt. Qui cornibus clangentes ut eis aperirent, clamaverunt mentientes Fulchoium prope adesse. Supplicius cum multis Mala Valle absconsus erat et Gosfridus, pretor Ambazie, in fossato non longe a domo cum XXti famulis insidiabatur. Existimantes homines Fulcoii dominum suum adesse, cum canes et equos cognoscerent, decepti portas aperuerunt. Intrant occlamantes Calvimontenses ; Gosfridus Manemunitus, predictus pretor, eos subsecutus, portitore occiso, ad superiora domus ascendit eamque captam sonitu buccine domino nuntiavit. Supplicius festinans accurrit et, impleto terra et lapidibus fossato et puteo, domum illam omnino delevit. » / Un jour, les hommes de Chaumont capturèrent le veneur de Foucois avec ses chevaux, ses chiens et ses prises de chasse. Revêtus des habits du veneur et chevauchant ses chevaux avec ses chiens, les hommes de Sulpice parvinrent au domicile de Foucois à l’aube. Sonnant les cors pour qu’on leur ouvre, ils crièrent, en mentant, que Foucois était avec eux. Sulpice était caché à Mala Valle avec de nombreux hommes et Geoffroy, châtelain d’Amboise, tendait une embuscade avec vingt familiers dans un fossé non loin du domicile. Puisqu’ils reconnurent les chiens et les chevaux, les hommes de Foucois crurent à tort que leur seigneur était présent et ouvrirent les portes. En criant les hommes de Chaumont entrèrent. Geoffroy Manemunitus, le châtelain susdit, les suivit et, une fois le garde de la porte tué, il monta aux niveaux supérieurs du domicile et il en annonça sa prise à son seigneur par le son d’une trompette. Sulpice accourut rapidement et, après avoir rempli le fossé de terre et de pierres, il détruisit entièrement ce domicile.
46 GAD, p. 95 : « Berengarius de Orcario domum cum rupe, quam apud Orcarium munierant, Fulcoio juveni tradidit. Supplicius et sui domum illam variis assultibus aggressi sunt et sepe obstantibus defensoribus repulsisunt ; ad ultimum eam ceperunt et succenderunt. Berengario ibi occiso, filius ejus Lescelinus de Orcario evadens cum Fulcoio sene Montricardo aufugit. Cum vero milites Fulcoium juvenem captum adducerent, rustici pedites inter manus militum eum frustatim detruncaverunt. […] senex Fulcoius cum Alberico Montricardo usque ad obitum suum mansit. » / Bérenger d’Orsay transmit à Foucois le Jeune un domicile en pierre qu’il avait fortifié à Orsay. Sulpice et les siens attaquèrent ce domicile par des assauts variés, furent souvent repoussés mais finirent par le prendre et l’incendier. Comme Bérenger y fut tué, son fils Lescelin d’Orsay, s’échappant, fuit avec Foucois le Vieux à Montrichard. Mais alors que des chevaliers amenaient Foucois le Jeune captif, des piétons paysans le découpèrent en morceau. […] Foucois le Vieux resta avec Aubri de Montrichard jusqu’à sa mort.
47 L. Halphen (op. cit., n. 3), p. 173.
48 GAD, p. 104 : « Gosfridus Martellus, quemadmodum his resistatur discutiens, sciens quia sine sociis nemo quicquam tale conatur, cogitans quomodo amicitiam Hugonis sibi contrahat et adjungat, in quo animus similis suo inerat, quod cum contigit, amor exoriatur necesse est, Elisabeth, sororem suam, ex matre sua Ermengardi et Guilelmo Jalinniacensi ortam, Hugoni in conjugio sociavit. Martellus Hugoni et uxori sue Domicilium et quicquid Ambazio possidebat post obitum patris sui concessit. » / Geoffroy Martel, examinant comment s’opposer à eux [Foulques le Réchin et Bertrade] et sachant que personne n’entreprenait une telle affaire sans alliés, pensa à la manière de contracter et s’adjoindre l’amitié d’Hugues, dont l’esprit était similaire au sien, et parce que pour y arriver, il était nécessaire que l’amour naisse, il unit par le mariage sa sœur Élisabeth, née de sa mère Ermengarde et de Guillaume de Jaligny, et Hugues. Geoffroy Martel leur concéda, à la mort de son père, le Domicile et tout ce qu’il possédait à Amboise.
49 GAD, p. 104 : « Hugo providens, scilicet si Martellus morte preoccupatur Domicilium frustra esse sibi datum, quomodo delere posset excogitabat. […] Hic [Hugo de Vado] quadam die cum omnibus suis, exceptis tribus ad custodiam domus relictis, Remorentino causa predandi perrexit ; quod Hugo comperiens Domicilium sibi promissum invasit, cepit et delevit. » / Pensant que le Domicile lui aurait été donné en vain si Geoffroy Martel mourait [avant son père], Hugues imaginait la façon de le détruire. […] Un jour, [Hugues du Gué] avec tous ses hommes, à l’exception de trois laissés pour la garde du Domicile, alla à Romorantin pour piller. Apprenant cela, Hugues envahit le Domicile qu’on lui avait promis, le prit et le détruit.
50 GAD, p. 104-105 : « sciens Ambazienses Hugoni assensum prebuisse seque senem, actiones suas in tempus distulit » / Sachant que les hommes d’Amboise avaient montré leur assentiment à Hugues et qu’il était vieux, il [Foulques IV] différa ses actions dans le temps.
51 O. Guillot (op. cit., n. 3), p. 117-118.
52 GAD, p. 107 : « Eodem anno Fulco Richin comes protervus obiit. Cujus honorem Fulco filius ejus suscipiens, amicus Hugonis factus, totum Ambazium sibi concedens, hominagium ab ipso in pace recepit. » / Cette même année, le violent comte Foulques le Réchin mourut. Son fils Foulques reçut l’honneur de son père. Devenant l’ami d’Hugues et lui concédant tout Amboise, il reçut l’hommage de ce dernier dans la paix.
53 GAD, p 87-88 : « Supplicio, Lisoii filio, Gosfridus de Calvo Monte, filius Gelduini, quamdam neptam suam, sororis sue Chane filiam, nomine Dionisiam, quam parvulam nutrierat, quoniam summe prudentie vir et armis strenuus habebatur, in matrimonio copulavit eique medietatem Calvi Montis et omnium que possidebat in vita sua donavit atque post obitum suum omnia ex integro habenda concessit. » / Geoffroy de Chaumont, fils de Gilduin, unit par le mariage Sulpice, fils de Lisois, et sa nièce, nommée Denise, la fille de sa sœur Chana, qu’il avait nourrie petite. Puisque [Sulpice] était considéré comme un homme d’une très grande prudence et actif par les armes, il lui donna de son vivant la moitié de Chaumont et de tout ce qu’il possédait et à sa mort, il lui concédera tout ce qu’il possédait alors.
54 GAD, p. 88 : « quod factum est assensu et voluntate comitis Teobaudi et Stephani filii sui, qui ambo hominagium a Supplicio pro honore Calvi Montis quiete et pacifice susceperunt » / Cela a été fait avec l’accord et par la volonté du comte Thibaud et de son fils Étienne, qui reçurent tous les deux librement et pacifiquement l’hommage de Sulpice pour l’honneur de Chaumont.
55 GAD, p. 81 : « Gelduinus itaque, sicut predictum est, Salmurio expulsus, cum Odone Blesensium comite, pro cujus fidelitate terram suam perdiderat, Blesim venit […] Gelduinus, accepto Calvimonte, castrum edificavit et munivit. » / Ainsi Gilduin, chassé de Saumur comme il a été dit, vint à Blois avec le comte Eudes de Blois pour la fidélité duquel il avait perdu sa terre […] Acceptant Chaumont, Gilduin y édifia un château et le fortifia. Voir L. Halphen (op. cit., n. 3), p. 41.
56 Selon la chronique, Gilduin aurait demandé le château de Chaumont-sur-Loire au comte de Blois pour compenser la perte de Saumur, car « il ne voulait pas être éloigné du voisinage de ses ennemis qui lui avaient arraché sa terre », cf. GAD, p. 81 : « [Gelduinus] nolebat enim ab inimicorum suorum, qui sibi terra abstulerant, vicinitate longue fieri, petivit Calvimontem. »
57 Cf. supra n. 53.
58 MB, 76.
59 Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1930, fol. 92 : « Hujus rei gratia ego Lisoius, castri quod vocatur Calvus Mons oppidanus, […] sancto Florentio et monachis in ejus monasterio Deo militantibus, faventibus conjuge ac filiis meis, omne theloneum sive pedagium quod de quibuslibet rebus eorum per praenominatum castrum conducendis me contingit, pro anime mee et conjugis ac filiorum meorum remedio, concedo […] Signum Lisoii qui hanc kartam fieri precepit. Signum Hersendis uxoris ejus signum Sulpicii filii ejus, atque Hugonis fratris ejus. » / Moi Lisois, châtelain du château que l’on appelle Chaumont, concède à Saint-Florent et aux moines servant Dieu dans ce monastère, pour le remède de mon âme, celles de ma femme et de mes fils, et avec leur accord, tout le tonlieu ou péage que j’avais sur toutes les choses passant par le château susdit. […] Seing de Lisois qui demanda de faire cette charte. Seing d’Hersende, sa femme, seing de Sulpice son fils et d’Hugues son frère.
60 O. Guillot (op. cit., n. 3), p. 285. Sur ces questions, voir aussi D. Barthélemy (art. cit., n. 35), p. 140-143.
61 MB, 25 : « Galterium nostre congregationis monachum terre nostre in bosco blimarcio prepositum, emisse stagnum quod quidem situm (est) in pago blesensi apud villam que vocatur mons Tedaldi, a Guarino blesensi vicario, atque ab Abelino milite […] [Galterius] dedit et Lisoio de Calvo Monte dimidium modium avene […] ob auctoramentum scilicet empcionis sue. » / Gautier, moine de notre congrégation et prévôt de notre terre dans le bois de Blémars, acheta l’étang qui est situé dans le pays de Blois au village appelé Monteaux, au viguier de Blois Guarin et à Abelin, chevalier […] [Gautier] donna à Lisois de Chaumont un demi muid d’avoine […] pour le consentement à son achat.
62 Paris, BnF, lat. 12878, fol. 125 : « Dominus abbas Albericus transiens per castrum quod vocatur Balgiacus, venit ad Gauzfridum de Calmonte, filium Gelduini de Salmuro qui erat ibi in captione comitis Gauzfridi. » / L’abbé Alberic, passant par le château appelé Baugé, vint à Geoffroy de Chaumont, fils de Gilduin de Saumur, qui y était dans la prison du comte Geoffroy.
63 MB, 26 ; Rilly-sur-Loire (dép. Indre-et-Loire, arr. Blois, cant. Montrichard).
64 J. Boussard (art. cit., n. 3).
65 J. Boussard (art. cit., n. 3).
66 La chronique est, en effet, parcourue de récits de captures ou de tentatives de capture des adversaires. Les seigneurs d’Amboise ont été capturés et emprisonnés deux fois et ont échappé à une capture, cf. GAD, p. 92, 93 et 127.
67 Dominique Barthélemy, « Autour d’un récit de pactes (« Conventum Hugonis ») : la seigneurie châtelaine et le féodalisme, en France au xie siècle », Il feudalesimo nell’alto medioevo, Spolète, Presso la Sede del Centro, 2000, p. 475.
68 H. Debax (op. cit., n. 36).
69 GAD, p. 109 : « Gosfridus de Calvo Monte […] Pontilevi sepultus est ; qui centum annos complevit, […] Cujus honorem totum nepos ejus Hugo possedit. » / Geoffroy de Chaumont […] fut enterré à Pontlevoy. Il vécut cent ans. […] Son neveu posséda tout son honneur.
70 Aubri, seigneur de Montrichard, était aussi seigneur de Montrésor, château que son père Bouchard de Montrésor détenait, cf. GAD, p. 95 et 107.
71 GAD, p. 86 : « Eufemiam Bucardus de Montesaurio, filius Rogerii Diabolerii, uxorem duxit et ex ea genuit Albericum. » / Bouchard de Montrésor, fils de Roger le Diable, se maria à Eufemia, d’elle naquit Aubri.
72 Cf. supra n. 45 et 46. GAD, p. 91 : « Bucardum de Montesauro, qui Eufemiam, Supplicii et Lisoii sororem, habebat, contra ipsos ad omnia mala agenda incitavit. » / Il [Foucois] incita Bouchard de Montrésor, qui était marié à Eufemia, sœur de Sulpice et Lisois, à faire toutes mauvaises actions contre eux. GAD, p. 95 : « Bucardus de Monthesauro, morbo coactus, monachus efficitur. […] Albericus, cum avunculis suis Supplicio et Lisoio concordatus, hominium debitum Supplicio pro Montricardo et aliis feodis fecit. » / Bouchard de Montrésor, poussé par la maladie, se fit moine. […] Aubri, ayant fait la paix avec ses oncles Sulpice et Lisois, fit hommage à Sulpice pour Montrichard et les autres fiefs.
73 GAD, p. 107 : « Erat etiam eis [Goscelino et Ugone de Sancta Maura] auxilio Albericus de Monthesauro, filis Bucardi, Hugoni hominium debitum facere renuens. » / Aubri de Montrésor, fils de Bouchard, refusant de faire l’hommage dû à Hugues, les avait aidés.
74 Le conflit débute par la revendication soutenue par les frères de Sainte-Maure sur la dîme de Saint-Cyr et toute la villa que tenait Hugues. La mort de Joscelin et d’Hugues de Sainte-Maure met un terme au conflit. GAD, p. 106-107 : « Isti duo fratres, armis strenui, militie periti nimiumque superbi, auxilio comitis Fulconis freti, decimam Sancti Cirici villamque totam, quia avi eorum Gelduini fuerant, violenter ab Hugone exigebant et auferre nitebantur. […] Duo illi fratres Goscelinus et Ugo ob sevitiam et superbiam suam a militibus Haie, quos multum deturpabant, occisi sunt. » / Ces deux frères, actifs par les armes, connaisseurs de la chevalerie et très orgueilleux, exigeaient d’Hugues, avec violence et l’aide du comte, la dîme de Saint-Cyr et toute la villa, parce qu’elle appartenait à leur ancêtre Gilduin et ils s’efforçaient de l’obtenir. […] Ces deux frères furent tués à cause de leur cruauté et de leur orgueil à la Haye par des chevaliers qu’ils avaient fortement combattus.
75 GAD, p. 107 : « Itaque Hugo […] bellum gerere cepit et aperte Montricardum petere. » / Ainsi Hugues décida de mener la guerre et de demander ouvertement Montrichard.
76 GAD, p. 111 : « Fulco promisit quod non eis [Radulfo et Hugone] amplius noceret, imo amore uxoris sue et peccunie sibi ab Hugone promisse, quomodo Montricardum habeant auxiliaretur. » / Foulques leur promit de ne pas leur nuire davantage, au contraire, par amour de sa femme et par l’argent promis par Hugues, il les aidait pour obtenir Montrichard.
77 GAD, p. 111-112 : « Iterum Radulfus et Hugo cum suis auxiliis Montricardum obsederunt ; postremo oppido petorritis et aliis machinis pene jam capto, Fulco comes usque Nantolio cum paucis militibus venit. Illi de oppido scientes se non posse defendere, consuli oppidum tradiderunt, qui Archenbaudo Bresis donec promissa haberet commendavit. Fulco comes, cum paucis diebus Turonis moraretur, peccunia recepta, Archenbaudo Bresis advocato, Montricardum Hugoni reddere precepit. Itaque Hugo Montricardum, antecessoribus suis olim injuste ablatum, recepit. » / Raoul et Hugues assiégèrent une seconde fois Montrichard avec leurs alliés. Alors que le château était enfin presque pris grâce aux balistes et autres machines de guerre, le comte Foulques vint jusqu’à Nanteuil avec quelques chevaliers. Ceux du château, sachant qu’ils ne pouvaient se défendre, livrèrent le château au comte qui le confia à Archembaud en attendant d’obtenir ce qui lui était promis. Comme le comte Foulques resta quelques jours à Tours et qu’il reçut l’argent, il convoqua Archembaud de Bray et lui ordonna de rendre Montrichard à Hugues. Ainsi Hugues reçut Montrichard autrefois arraché injustement à ses ancêtres.
78 Charte 2305 dans « Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France », Telma : traitement électronique des manuscrits et des archives, CNRS-IRHT, 2012, en ligne [http://www.cn-telma.fr/originaux/charte2305/].
79 TV, 92 et 96 ; MV, 117 ; AT, II, 531.
80 Fabrice Lachaud, « Robert le Bourguignon ou la promotion d’un fils cadet au xie siècle », La Mayenne : archéologie, histoire, 23, 2000, p. 35-58 ; Fabrice Lachaud, Le lignage en question : femmes, alliances et filiations chez les Craon, Bordeaux, Ausonius, 2017.
81 F. Lachaud (art. cit., n. 80), p. 42 et F. Lachaud (op. cit., n. 80), p. 48.
82 GCA, p. 46 : « fratres Archenbaudus Busenchaiaci et Supplicius Beati Martini thesaurarius, ambo pernimium consuli fideles, qui partem Ambaziaci oppidi jure hereditario possidebant. » / Les frères Archembaud de Buzençais et le trésorier de Saint-Martin Sulpice, tous les deux excessivement fidèles au comte, qui possédaient de droit héréditaire une partie de la place forte d’Amboise.
83 GAD, p. 90 : « Fulco comes, pater Martelli, Leonio de Magduno in feodo custodiam Domicilii […] olim donaverat. Nam Fulco, cum Landonensem viceconsulatum possideret, sepe per Madgdunum, inter Aurelianum et Baugentiacum situm, transibat et Leonium inter principales amicos habebat. » / Le comte Foulques, père de Martel, avait autrefois donné en fief à Léon de Meung la garde du Domicile […]. Car Foulques, comme il possédait la vicomté de Château-Landon, passait souvent par Meung-sur-Loire, situé entre Orléans et Beaugency, et il considérait Léon parmi ses principaux amis.
84 Il s’agit d’une des stratégies que Bernard Bachrach met en évidence (art. cit., n. 3, p. 796-816).
85 Nous reprenons la distinction entre zone interne et zone externe mise en avant par Dominique Barthélemy dans Nouvelle histoire de la France médiévale, xie-xiie siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1990.
86 GAD, p. 86 : « Busenchaicus vero et illud de Castalione nepoti suo [i.e. Supplicii thesaurarii] Roberto proprium remansit. » / Mais Buzançais et ce qui dépendait de Châtillon-sur-Indre restèrent à son neveu Robert. GAD, p. 98 : « Mortuo autem rege et regina, Gosfridus quod in Anglia possidebat, concedente rege Willelmi filio, Savarico nepoti suo prebuit. » / Or le roi et la reine étant morts, Geoffroy offrit à son neveu Savary ce qu’il possédait en Angleterre avec l’accord du roi, le fils de Guillaume.
87 Ces interventions sont aussi visibles dans le Conventum Hugonis, qui montre le duc d’Aquitaine, Guillaume V, favoriser certains de ses vassaux au détriment d’Hugues de Lusignan, afin de maintenir un équilibre entre les seigneurs du Poitou et ainsi maintenir et affirmer son pouvoir, cf. D. Barthélemy (art. cit., n. 67), p. 467.
88 GAD, p. 104, cf. supra n. 48.
89 GAD, p. 82 : « Mons proprius Gelduini erat, ville vero de proprio feodo ejusdem ; que omnia Fulco Gelduino et suis abstulit. Tunc Fulco in monte qui prius Gelduini erat oppidum constituit, quod Montricardum nuncupavit, et Rogerio Diabolerio ad custodiendum tradidit, ne inimici sui Ambazio vel Lochas libere descenderent. » / La vallée appartenait à Gilduin et les villae à son fief. Foulques arracha tout cela à Gilduin et aux siens. Alors Foulques établit dans la vallée, qui était auparavant à Gilduin, une place forte, qu’il appela Montrichard, et la confia à Roger le Diable. GAD, p. 112 : « Hugo Montricardum, antecessoribus suis olim injuste ablatum, recepit. » / Hugues reçut Montrichard qui avait autrefois été injustement arraché à ses prédécesseurs.
90 Cf. D. Barthélemy (art. cit., n. 67), p. 467 et D. Barthélemy (art. cit., n. 40), p. 70.
91 Cf. supra, n. 71.
92 Nous nous appuyons ici sur l’analyse de Dominique Barthélemy, qui qualifie le système de la guerre et de l’interaction féodale de « système visqueux », cf. Nouvelle histoire des Capétiens, 987-1214, Paris, Seuil, 2012, p. 24.
93 F. Lachaud (art. cit., n. 80).
94 Comme dans le conventum Hugonis, la supériorité comtale n’est jamais mise en question et les conflits entre le comte et ses vassaux sont épisodiques et ne peuvent que se terminer rapidement, cf. D. Barthélemy (art. cit., n. 67), p. 472 et D. Barthélemy (art. cit., n. 40), p. 70-73.
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|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Généalogie simplifiée des Sulpicides du xie siècle au milieu du xiie siècle |
| Crédits | J. Limorté |
| URL | http://journals.openedition.org/ccm/docannexe/image/10244/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 177k |
Pour citer cet article
Référence papier
Jérôme Limorté, « La difficile constitution d’un ensemble châtelain : les seigneurs d’Amboise à travers les Gesta Ambaziensium dominorum (milieu xie siècle-milieu xiie siècle) », Cahiers de civilisation médiévale, 260 | 2022, 349-364.
Référence électronique
Jérôme Limorté, « La difficile constitution d’un ensemble châtelain : les seigneurs d’Amboise à travers les Gesta Ambaziensium dominorum (milieu xie siècle-milieu xiie siècle) », Cahiers de civilisation médiévale [En ligne], 260 | 2022, mis en ligne le 03 janvier 2025, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccm/10244 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccm.10244
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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