Catalogue des manuscrits notés du Moyen Âge conservés dans les Bibliothèques publiques de France. Collections de Normandie, Bibliothèque nationale de France et bibliothèques parisiennes, Christian Meyer (éd.), Laura Albiero (collab.)
Catalogue des manuscrits notés du Moyen Âge conservés dans les Bibliothèques publiques de France. Collections de Normandie, Bibliothèque nationale de France et bibliothèques parisiennes, Christian Meyer (éd.), Laura Albiero (collab.), Turnhout, Brepols, 2021, xxxiv-511 p.
Texte intégral
1Le Catalogue des manuscrits notés du Moyen Âge conservés dans les Bibliothèques publiques de France, sous la direction de Christian Meyer, se poursuit avec ce nouveau volume, septième et dernier de la série. Réalisé avec la collaboration de Laura Albiero, il est consacré à la présentation de quelques fonds particulièrement riches et importants : ceux de Normandie tout d’abord, puis les fonds parisiens – Arsenal, Mazarine, Assemblée nationale, etc. Il inclut la Bibliothèque nationale de France, qui avait été initialement écartée du projet. Les Addenda et corrigenda, en fin de volume (p. 381-422), offrent de précieux compléments aux précédents volumes parus. Ils concernent des manuscrits des bibliothèques municipales (désormais abrégées BM) d’Amiens, Angers, Arras, Auch, Autun, Beaune, Bordeaux, Bourges, Cambrai, Chalon-sur-Saône, Châlons-en-Champagne, Charleville-Mézières, Chartres, Chaumont, Colmar, Dole, Douai, Le Mans, Lille, Lyon, Mâcon, Meaux, Metz, Millau, Orléans, Provins, Reims, Saint-Omer, Semur-en-Auxois, Sens, Soissons, Strasbourg, Troyes et Verdun. On peut regretter que ces fonds n’aient pas été détaillés dans la table des matières, ce qui aurait facilité la consultation.
2Le catalogue s’ouvre par les manuscrits de Normandie, actuellement conservés dans les bibliothèques municipales d’Alençon, Avranches, Bayeux, Caen, Coutances, Évreux, Fécamp, Le Havre et Rouen. Ils proviennent de cette « terre d’abbayes », dont firent partie, par exemple, Notre-Dame de Lyre, le Mont-Saint-Michel et Saint-Wandrille. Ces fonds ont connu des trains de dispersion très anciens, pour certains dès la guerre de Cent Ans. Les notices suivent ici le modèle déjà adopté dans les précédents volumes de la série : cote, titre et contenu du volume, brefs éléments de description et de mise en page, présentation de la notation et sa mise en page, contenu du manuscrit – liturgique si c’est le cas – et bibliographie.
3Des éléments de notation, en effet, peuvent aussi figurer dans des textes patristiques, théologiques ou grammaticaux. Il en est ainsi des quatre lignes en notation carrée ajoutées dans un manuscrit du Manipulus florum de Thomas d’Irlande – Caen, BM, ms. 33, originaire de Paris –, ainsi que des neumes en français qui figurent sur les vers du De consolatione philosophiae de Boèce – Alençon, BM, ms. 12, seconde moitié du ixe siècle, Nord de la France –, ou encore des neumes normands portés sur les trois premiers vers d’un poème sur la vanité et la misère du monde, de la main d’Ordéric Vital – Alençon, BM, ms. 1, avant 1113. Ces ajouts renvoient au milieu scolaire. C’est aux xive et xve siècles que remontent des notations alphabétiques figurant sur le manuscrit du Chronicon Fontanellense – Le Havre, BM, ms. 332 (A 34), seconde moitié du xie siècle, abbaye de Saint-Wandrille –, en correspondance de vers des offices de saint Wandrille, de saint Wulfran et de la Vierge. Ces additions témoignent de l’usage du célèbre recueil historique hors bibliothèque, sans doute dans le cadre des lectures communes à l’église ou au chapitre, une pratique qui était largement attestée dans d’autres abbayes médiévales. Lors des célébrations des fêtes, à Saint-Denis, par exemple, on lisait des extraits de la Vita Dagoberti regis et de la Vita et actus beati Dionysii. Pour l’abbaye de Jumièges, le manuscrit Rouen, BM, 267, un missel festif du xiie siècle – plus un fragment de prosaire –, retient l’attention en tant que produit d’une époque de transition, où coexistaient plusieurs types de notation, qui tous sont pratiqués par le même copiste. Enfin, aucun des manuscrits liturgiques de l’ancienne cathédrale de Rouen décrits dans un ancien inventaire du temps de l’archevêque Geoffroy († 1128), dans le manuscrit Rouen, BM, 1405 ne semble avoir subsisté. Sont conservés en revanche un cantatorium, à l’usage du chantre – Rouen, BM, ms. 256 – et un groupe de livres notés issus de l’atelier parisien de Jean Grusch (1231-1245).
4Les notices des manuscrits conservés dans les fonds parisiens sont courtes, mais elles donnent bien une idée des ressources ici disponibles. Le bilan de l’enquête menée par C. Meyer et par L Albiero impressionne. Pour le fonds latin (Lat. et NAL), par exemple, environ 1 200 manuscrits notés ont été répertoriés. L’objectif étant aussi d’illustrer la « complémentarité <des fonds parisiens > par rapport à ceux déjà décrits » (p. vii), il fallait retracer l’histoire de l’arrivée de ces manuscrits notés dans les collections nationales. C’est l’objet de l’introduction du volume. C. Meyer y insiste, à raison, sur les pertes de manuscrits notés survenues depuis la Révolution. Celles-ci sont dues, dans bien des cas, au désintérêt pour les manuscrits liturgiques, qui furent parfois utilisés pour fabriquer des demi-reliures ou pour le service de l’artillerie (p. xvii). Mais cela n’explique pas tout ; de nombreux manuscrits ont suivi d’autres filières de dispersion, plus anciennes.
5Ainsi le rôle joué par certains érudits de l’entourage du roi dans le passage de manuscrits dans les collections nationales avait déjà été mis en évidence. C’est le cas de Nicolas Lefèvre († 1612), précepteur de Louis XIII, proche de Pierre Pithou et de Papyre Masson, qui fut également en contact avec les Jésuites du collège de Clermont. Nicolas Lefèvre, répertorié dans le présent catalogue comme possesseur de plusieurs manuscrits notés, en acquit plusieurs dans des abbayes, comme Saint-Denis, et dans d’autres institutions religieuses. Les manuscrits de Nicolas Lefèvre se reconnaissent par la présence de tables caractéristiques de la main de l’érudit et de cotes de sa bibliothèque, qui fut acquise par le président Jacques-Auguste de Thou, dont les livres passèrent ensuite à Colbert († 1683) ; je me permets de renvoyer à D. Nebbiai, La bibliothèque de l’abbaye de Saint-Denis en France du ixe au xviiie siècle, Paris, CNRS, 1985, p. 130-136 ; catalogue des manuscrits subsistants p. 187-233, plus liste de manuscrits liturgiques p. 313-317.
6En revanche, les réseaux méridionaux ayant alimenté la collection du célèbre ministre et secrétaire d’État de Louis XIV sont moins connus (p. xiii). Les émissaires de Colbert se sont activement servis dans les collections des couvents et des abbayes, en négociant parfois sans scrupule avec les religieux – cf. Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale (puis nationale), Paris, 1868-1881, t. 1, p. 465. Mais les manuscrits ont pu également quitter leurs collections d’origine avec l’accord de leurs possesseurs, ou de leurs héritiers. Ce serait le cas de ceux de Pierre Saxi, un chanoine et érudit canoniste d’Arles – † 1630 et non pas en 1637 –, auteur d’un Pontificium Arelatense ou Histoire des archevêques d’Arles, paru en 1629, et aussitôt condamné par le parlement de Provence. P. Saxi, en effet, ici répertorié pour avoir possédé un sacramentaire noté du ixe siècle à l’usage de la cathédrale d’Arles (p. XIV) – Paris, BnF, lat. 2812, originaire de Lyon –, a également eu en sa collection l’actuel Paris, BnF, lat. 5537, un exemplaire de Constitutiones Romanorum pontificum, du xie siècle. D’après une note de Pierre Baluze figurant au fol. Ar, ce manuscrit a été vendu à Colbert directement par les héritiers de P. Saxi et il n’est pas impossible que le sacramentaire Paris, BnF, lat. 2812 ait suivi le même parcours. Voici la note de Pierre Baluze en question : « delatus ex urbe Arelatensis, ubi emptus est ab heredibus Saxii, anno MDCLXXXII, in hanc bibliothecam Colbertinam ». Enfin, quelques autres grandes collections parvenues à la Bibliothèque nationale de France s’avèrent riches en manuscrits notés : ce sont des collections religieuses, provenant de personnalités comme Le Tellier, évêque de Reims (1642-1710), qui fit don de ses manuscrits à la bibliothèque du Roi – 41 d’entre eux portent des notations musicales –, ou à des abbayes, comme celle de Saint-Martial de Limoges, qui fut intégrée dans la bibliothèque du Roi en 1731 (90 manuscrits notés).
7Peu de manuscrits notés provenant des bibliothèques des couvents et établissements religieux parisiens ont subsisté. En fait, selon C. Meyer, il y aurait eu très peu de manuscrits notés dans les « bibliothèques générales » de ces établissements – cf. p. xvi : « il semble par ailleurs que les couvents et établissements de Paris ne possédaient en leur bibliothèque générale qu’un très faible nombre de manuscrits notés ». Cependant, la notion de « bibliothèque générale » devrait, me semble-t-il, être précisée et replacée dans son contexte historique. Qu’est-ce que la « bibliothèque générale » d’un couvent ou d’un collège ? Comment s’est-elle formée et comment a-t-elle été alimentée ? Quelles sont les sources qui en témoignent ? De fait, l’introduction de C. Meyer illustre bien la grande hétérogénéité du corpus des manuscrits notés, aussi bien en ce qui concerne leur origine, que leurs usages et contenus. Il est donc difficile d’isoler en son sein des filières de transmission qui seraient propres à ces manuscrits, mais le présent catalogue représente une étape fondamentale dans cette perspective.
8Voici pour terminer quelques suggestions bibliographiques. L’ouvrage de Geneviève Nortier, Les bibliothèques médiévales des abbayes bénédictines de Normandie : Fécamp, Le Bec, Mont-Saint-Michel…, Caen, P. Lethielleux, 1966, non cité dans la bibliographie, demeure une référence pour l’histoire de ces collections. Pour Saint-Martial de Limoges, voir au moins Jean-Loup Lemaitre, La bibliothèque de Saint-Martial aux xiie et xiiie siècles, Limoges, Pulim, 2006. Pour les manuscrits liturgiques de Saint-Denis, cf. Anne Walters-Robertson, The Service-Books of the Royal Abbey of Saint-Denis. Images of Ritual Music in the Middle Ages, Oxford, Clarendon Press, 1991 – l’ouvrage est cité dans la notice du Paris, BnF, lat. 17296, mais ne figure pas dans la bibliographie. Pour les manuscrits liturgiques des cathédrales provençales, consulter Cathédrales en Provence 2 paru dans la revue Provence historique, t. 66, en 2016.
Pour citer cet article
Référence électronique
Donatella Nebbiai, « Catalogue des manuscrits notés du Moyen Âge conservés dans les Bibliothèques publiques de France. Collections de Normandie, Bibliothèque nationale de France et bibliothèques parisiennes, Christian Meyer (éd.), Laura Albiero (collab.) », Cahiers de civilisation médiévale [En ligne], 266 | 2024, mis en ligne le 01 juin 2024, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccm/17340 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11v0y
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